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OPÉRATIONS PERMETTANT LE DIAGNOSTIC DE L'ESPÈCE MICROBIENNE

Le diagnostic de l'espèce microbienne repose :

1° Sur la morphologie et les réactions colorantes du microbe.

2° Sur le mode de développement des microbes dans les milieux de culture, et la constatation de certaines propriétés physiques et chimiques.

ô° Sur les résultats de l'inoculation aux animaux.

4° Sur certaines réactions biologiques enfin, telles que la réaction d'immunité et la réaction agglutinante.

Les caractères tirés de ces diverses manipulations ont plus ou moins de valeur; quelques-uns, nous le verrons, sont spécifiques et permettent à eux seuls le diagnostic de l'espèce; la plupart sont contingents et ne peuvent servir à étayer le diagnostic que par leur réunion.

Morphologie et réactions colorantes. — La forme et le mode de groupement des microbes donnent de précieux renseignements pour le diagnostic bactériologique, mais ne suffisent jamais à eux seuls à caractériser l'espèce bactérienne.

Les réactions colorantes peuvent avoir plus de valeur : toutes les bacté -

[F WIDAL et F BEZANÇON ]

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ries se colorent par les couleurs d'aniline basiques telles que le violet de gentiane, le bleu de méthylène, la fuchsine, mais certaines ont pour la matière colorante des affinités spéciales, dont on peut tirer parti au point de vue du diagnostic.

Certaines espèces, telles que le bacille de la tuberculose et le bacille de la lèpre, sont très hautement différenciées par leurs réactions colorantes; elles se laissent difficilement imprégner par les solutions d'aniline ; mais, une fois colorées, elles résistent à l'action décolorante de l'alcool et des acides dilués. La méthode d'Ehrlich, qui met en évidence ces propriétés du bacille tuberculeux, est une réaction spécifique ; elle permet d'emblée le diagnostic de la tuberculose et l'on ne saurait oublier qu'elle a valu au bacille de Koch, dès sa découverte, l'honneur de faire comprendre, du premier coup, aux cliniciens l'importance des recherches bactériologiques.

Sans avoir la valeur élective de la méthode d'Ehrlich, une autre méthode, la méthode de Gram, peut aussi servir au diagnostic bactériologique.

Toutes les bactéries, le bacille tuberculeux excepté, se colorent bien, à froid, par une solution (phéniquée ou anilinée) de violet de gentiane ou de fuchsine et il n'y a pas là matière apparente à différenciation ; selon la nature du microbe, la teinture mord cependant plus ou moins profondément. Pour mettre le fait en évidence, après avoir coloré la préparation par la substance d'aniline, il suffit, comme l'a proposé Gram, de la traiter par une solution aqueuse d'iode et d'iodure de potassium, puis de faire agir un agent décolorant tel que l'alcool absolu. On voit alors que certaines bactéries restent colorées, tandis que les autres sont devenues incolores.

Les bactéries peuvent être classées en deux catégories, celles qui prennent le Gram ou se colorent parla méthode de Gram, et celles qui ne prennent pas le Gram.

Quelques microbes ne réagissent pas franchement à la méthode de Gram ; ils ne restent colorés après passage dans la solution iodo-iodurée et dans l'alcool qu'à condition que l'action de ce dernier agent ne soit pas prolongée.

Ces microbes, tels que le vibrion septique, le proteus vulgaris, peuvent cependant bénéficier de la division dichotomique si l'on modifie légère^ ment la technique et si l'on remplace la méthode de Gram un peu brutale par la technique de Claudius(1) dans laquelle une solution d'acide picrique est substituée à la solution iodo-iodurée et le chloroforme ou l'huile d'aniline sont substitués à l'alcool.

La méthode de Gram ne peut jamais à elle seule suffire à définir l'espèce microbienne, elle permet seulement de s'orienter dans le diagnostic de la nature du microbe : un bacille qui prend le Gram ne peut pas être un bacille de la fièvre typhoïde, un bacille qui se décolore par le Gram ne peut pas être le bacille de la diphtérie, etc.

Les renseignements donnés par la morphologie, le mode de groupement ,

(*) Claudius, Annales de l'Institut Pasteur, XI. 1807. p. 532.

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les réactions colorantes sont parfois suffisants pour assurer le diagnostic bactériologique dans les conditions ordinaires de la clinique; ainsi on pourra affirmer la nature blennorragique d'un écoulement dans lequel on aura trouvé des diplocoques en grains de café, réunis en amas, contenus dans l'intérieur des cellules, se décolorant par la méthode de Gram.

Pour la plupart des microbes, la morphologie et la réaction colorante ne suffisent pas à caractériser l'espèce et il est nécessaire de recourir à la méthode des cultures.

Méthode des cultures. — Pour certaines espèces, le diagnostic est assuré par la culture sur certains milieux électifs.

Le bacille de la diphtérie par exemple ne peut être suffisamment différencié par les méthodes de coloration. Un frottis de fausse membrane diphtérique, coloré par le bleu de Roux, permet de soupçonner la présence du bacille de Lœffler, mais la culture de l'exsudat, sur sérum de bœuf coagulé, est seule capable de fournir un diagnostic certain.

Le coccobacille, isolé par Pfeifler dans les crachats des malades atteints de grippe, se reconnaîtra à son aspect de fin bacille se décolorant par le Gram, mais le diagnostic ne pourra être porté d'une façon certaine que si l'on ensemence le crachat sur un milieu à base d'hémoglobine (gélose additionnée d'une goutte de sang ou sang gélosé), seul terrain qui convienne à la culture du microbe.

Le milieu électif n'est pas nécessairement un milieu solide et l'on a souvent avantage à utiliser certains milieux liquides qui favorisent le développement prépondérant de l'espèce bactérienne que l'on recherche.

L'eau peptonée constitue ainsi, comme l'a montré M. Metchnikoff, le milieu de choix pour l'isolement du vibrion cholérique des selles et de l'eau où il se trouve contenu : le lait est d'autre part, comme Ta montré M. Achalme, le milieu le plus favorable pour l'isolement de certains microbes anaérobies qu'il a trouvés dans le myocarde et les valvules cardiaques à l'autopsie de malades atteints de rhumatisme articulaire.

Le sérum liquide de lapin jeune est, comme l'un de nous l'a vu avec M. Grillon, le milieu de choix pour l'isolement et le diagnostic du pneumocoque; il convient aussi pour le diagnostic du tétragène, du pneumobacille, qui s'y présentent sous leur forme caractéristique, entourés de leur capsule, comme dans l'organisme de l'homme ou des animaux.

Le procédé de choix pour isoler le bacille d'Eberth du sang des typhiques consiste, à ensemencer une grande quantité de sang (4 centimètres cubes) dans une grande quantité de bouillon (500 à 500 centimètres cubes) ('). On atténue de la sorte, l'action bactéricide du sang, qui s'opposerait sans cela à la germination du bacille.

Lorsqu'il n'existe pas de milieu électif de développement pour le microbe que l'on cherche à différencier, on étudie les caractères des cultures sur les divers milieux usuels de laboratoire, tels que la gélose, la

(*) Voy. .1. Couiuiont, Bull, de la Soc. méd. des hop., 27 décembre 1001.

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gélatine, la pomme de terre, l'artichaut (Roger), le bouillon, le lait, etc.

La culture sur gélatine a une grande valeur diagnostique. Il est d'abord toute une catégorie de microbes qui ne se développent qu'à une température supérieure à 30 degrés et qui par suite ne peuvent donner de colonies sur la gélatine dans les conditions où celle-ci est employée comme milieu solide, c'est-à-dire à une température ne dépassant pas 22 à 24 degrés.

Les microbes qui poussent sur la gélatine se divisent enfin en deux groupes : les uns donnent naissance à des colonies visibles à l'œil nu sans modifier la consistance du milieu, les autres sécrètent une diastase qui liquéfie la gélatine ; il y a là encore un de ces procédés dichotomiques qu'on peut utiliser pour le diagnostic : un microcoque en amas prenant le Grain, qui ne liquéfie pas la gélatine, n'est pas le staphylocoque pyogène, un bacille qui liquéfie ne peut être le colibacille ou le bacille d'Eberth, etc.

La culture/ sur pomme de terre peut aussi servir au diagnostic : beaucoup de microbes, tels que le bacille d'Eberth retiré fraîchement du corps humain, ne. donnent pas de colonies apparentes à la surface d'une pomme de terre stérilisée, tandis que d'autres, tels que le colibacille, développent des colonies luxuriantes, de couleur jaunâtre.

L'aspect des colonies que donnent certains microbes sur la pomme de terre est même quelquefois assez caractéristique pour jouer un rôle prépondérant au point de vue diagnostique : le bacille de la morve, par exemple, donne sur pomme de terre des colonies spéciales de couleur chocolat.

La méthode des cultures permet encore de rechercher le degré de température le plus favorable au développement des bactéries et les températures limites au delà desquelles cesse la vie du microbe.

La recherche des propriétés zymotiques des bactéries peut avoir aussi une grande valeur diagnostique. Ainsi le meilleur caractère différentiel du bacille d'Eberth et du colibacille était, il y a quelques années, avant qu'on ait utilisé les propriétés agglutinantes du sérum typhique au point de vue du diagnostic, la constatation de certaines propriétés fermentatives fournissant un excellent moyen de diagnostic entre le bacille d'Eberth et le colibacille.

Le bacille d'Eberth ne fait pas, en effet, fermenter le lactose, comme l'un de nous l'a montré avec M. Chantemesse, contrairement au colibacille qui, ensemencé dans du bouillon additionné de lactose et de carbonate de chaux, transforme le lactose en acide lactique et produit un dégagement abondant d'acide carbonique.

Certains microbes transforment les peptones du milieu de culture et donnent lieu à la production d'indol que l'on met facilement en évidence en ajoutant à la culture quelques gouttes d'azotite de potasse et d'acide sulfurique. Cette addition produit une belle coloration rouge ou rose. Le vibrion cholérique, certains colibacilles, le proteus, présentent cette réaction et nous verrons dans la suite, au chapitre du diagnostic du cho-

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léra, l'importance que Koeh a attribuée à la recherche de cette réaction.

La valeur diagnostique des réactions chimiques a été très discutée ; les propriétés fermentatives ne seraient pas l'apanage de l'espèce, mais varieraient avec les échantillons microbiens d'une même espèce.

Cette variabilité des propriétés fermentatives serait plus apparente que réelle, d'après M. Grimbertl1), et tiendrait à ce que les expérimentateurs utilisent, pour la recherche des réactions, des milieux de culture tels que le bouillon de viande ou les peptones du commerce dont la composition est très variable; en se servant de milieux de composition nettement définie, on obtiendrait au contraire des résultats toujours identiques pour une même espèce microbienne : la réaction de l'indol, par exemple, serait l'apanage des espèces colibacille et protéus et ne ferait jamais défaut.

Il en est de môme des autres propriétés chimiques des bactéries, action sur les matières azotées, sur l'urée, les nitrites, les hydrates de carbone, etc., qu'on doit toujours rechercher dans les cas difficiles pour assurer le diagnostic de l'espèce.

Inoculation aux animaux. — L'inoculation aux animaux d'un pro^ duit pathologique peut servir à double fin : tantôt à elle seule, elle suffit à assurer le diagnostic, tantôt elle complète les résultats apportés déjà par l'examen direct et par la culture.

Un microbe présent dans un tissu pathologique peut n'être décelable ni par l'examen direct, ni par les procédés de culture, et l'inoculation à une espèce animale sensible permettra seule d'en découvrir la présence. Dans le liquide d'une pleurésie, ou dans le pus d'un abcès froid, le bacille de Koch peut être si discret que seule l'inoculation à doses massives de l'exsudat ou du liquide sera capable de révéler la nature de l'infection par la production de lésions tuberculeuses.

Dans d'autres cas où l'examen direct et les caractères des cultures sont insuffisants, l'inoculation à l'animal rend encore des services.

Ainsi l'inoculation à la souris de crachats pneumoniques permet, mieux que la culture sur milieux usuels, l'isolement et le diagnostic du pneumocoque ; l'animal étant particulièrement sensible au pneumocoque va succomber très rapidement à la septicémie pneumococcique. Les autres espèces microbiennes contenues dans les crachats restent cantonnées au point d'inoculation, et l'examen du sang montre en grande quantité et à l'état de pureté le diplocoque lancéolé et capsulé caractéristique.

Le diagnostic de la morve est souvent délicat et ne pourra être assuré que si après inoculation du produit pathologique ou de la culture au cobaye mâle on observe l'apparition de l'orchite spécifique.

L'inoculation à l'animal est encore d'un grand secours pour le diagnostic de la peste. Si l'examen direct du pus n'a pas montré le coccobacille d'Yersin, sans attendre le résultat des cultures, on inoculera

(*) Grimbert, Dp l'unification des méthodes de culture en bactériologie. Arcli. de parasitologie, I, 1898.

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le pus au rat ou au cobaye. Si ce pus provient bien d'un pestiféré, on verra se développer des lésions des ganglions et de la rate. Des frottis de ces organes montreront en quantité considérable le microbe sous son aspect caractéristique de coccobacille plus coloré aux extrémités qu'au centre.

L'inoculation à l'animal rend encore de grands services pour indiquer approximativement le degré de virulence du microbe pathogène. Selon leur degré de virulence, les microbes déterminent, en effet, chez le même animal toute une gamme de lésions : le streptocoque, par exemple, inoculé sous la peau de l'oreille du lapin déterminera, selon le degré de virulence, tantôt un simple érythème, tantôt un érysipèle, tantôt même une septicémie (Widal).

L'inoculation au cobaye d'une culture de bacille de Lœffler permettra de reconnaître, dans certains cas difficiles, qu'il s'agissait bien de bacille diphtérique virulent et non de bacille avirulent ou de pseudo-diphtérique.

Si importants que soient les renseignements donnés par la recherche des propriétés zymotiques et par l'inoculation aux animaux, ils ne peuvent pas toujours suffire à assurer le diagnostic.

Beaucoup de microbes pathogènes, tels que le bacille diphtérique, le vibrion cholérique, sont difficiles à distinguer de microbes très voisins, qu'on peut trouver dans certains cas à l'état normal dans le corps de fliomme (bacille pseudo-diphtérique, pseudo-vibrions cholériques).

Pour d'autres, qui sont des commensaux habituels de notre économie, tels que le streptocoque, le colibacille, la difficulté est de même ordre. 11 est souvent impossible par les procédés usuels de technique de distinguer le microbe pathogène des microbes de même famille qui habitent à l'état normal dans la cavité bucco-pharyngée ou dans l'intestin.

Un certain nombre de réactions biologiques peuvent, dans ces circonstances difficiles, apporter plus de précision au diagnostic ; nous allons maintenant les étudier.

Réaction d'immunité (1). — L'inoculation à un animal d'une dose de virus insuffisante pour le tuer détermine un certain degré de vaccination qui lui permet dans la suite de résister à l'inoculation d'une dose plus forte du même virus, mortelle pour les animaux témoins : Pfeiffer et lssaëff ont tiré de ce fait expérimental une méthode qu'ils ont appliquée au diagnostic des vibrions cholériques et des pseudo-vibrions : on doit considérer comme vibrion cholérique tout vibrion suspect qui, inoculé à un cobaye, le vaccine contre un vibrion notoirement cholérique.

Cette méthode qui n'est pas à l'abri de toute critique au point de vue scientifique, comme l'ont montré Metchnikoff et Gruber, a de plus Fin*

(*) Pfeiffer et Issaëff, Ueber die specifische Bedeutung' der Chôleraimfliunitât. Zeitschrifi fur Hygiène, XVII, 1894. — Pfeiffer et Kolle, Weitere Untersuchungen ùber die specifische Immunitàtsreaction der Cholcravibrionen im Tierkôrper und Reagenglase. Centralblatt fur Bacter., XX, 1896, p. 129.

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.convénient de n'être point pratique et a subi de la part de ses auteurs mêmes une modification importante.

D'après Pieiffer et Issaëfï' le sérum d'un animal vacciné contre un microbe possède un pouvoir protecteur spécifique, il immunise les animaux contre ce microbe ou contre un microbe de même espèce et non contre une espèce étrangère : ainsi le sérum d'un cobaye vacciné contre le bacille virgule, injecté à faible dose à un cobaye neuf, le vaccine contre l'inoculation subséquente d'un vibrion cholérique vrai et reste sans effet contre l'inoculation d'un virus étranger. La réaction d'immunité de Pfeiffer, dont nous aurons plus tard à discuter la valeur diagnostique, a été généralisée au diagnostic du bacille d'Eberth et du colibacille, des diverses espèces de streptocoque, des bacilles diphtérique et pseudodiphtérique.

La réaction d'immunité ne peut servir que pour le diagnostic de microbes assez virulents pour tuer les animaux témoins ou leur donner des lésions appréciables; ainsi le vibrion suspect doit être pathogène visà-vis du cobaye témoin pour que la réaction d'immunité puisse avoir sa signification. Le très faible pouvoir pathogène que présentent pour les animaux certains microbes très virulents pour l 'homme, la rapidité avec laquelle diminue ou disparait la virulence des bactéries dans les milieux de culture, en restreignent singulièrement l'application.

De la réaction d'immunité on peut rapprocher une méthode de diagnostic des microbes basée sur l'impossibilité que présentent certains microbes à se développer à nouveau sur un milieu qui a déjà servi à la culture de la même espèce microbienne. C'est là une méthode que l'un de nous a proposée le premier avec M. Chantemesse

Si l'on racle une culture de bacille d'Eberth bien développée sur gélose et si Ton essaie de réensemencer avec du bacille d'Eberth la surface du milieu, on voit, comme l'a montré l'un de nous avec M. Chantemesse, que le bacille d'Eberth ne se développe plus; il semble que le milieu ait été vacciné par la première culture ; par contre un microbe voisin tel que le colibacille est, comme l'a vu ensuite M. Wurtz, susceptible de se développer comme si le tube de gélose était vierge.

On peut ainsi séparer non seulement le colibacille du bacille d'Eberth, mais encore, comme l'ont vu MM. Achard et Renaut, les diverses races de colibacilles et même distinguer le bacille de la psittacose du bacille d'Eberth.

On peut aussi se servir de cultures en milieu liquide que l'on filtrera et réensemencera avec le microbe dont on veut faire le diagnostic (Marmorek); le milieu se fertilise-t-il à nouveau, c'est qu'il s'agit d'une espèce différente de celle quia servi au premier ensemencement.

La méthode est loin d'être susceptible de généralisation, le vibrion

(*) Chantemesse et Widal, Recherches sur le bacille d'Eherth et l'étiologie de la fièvre typhoïde. Arch. de physiol., avril 1887.

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septique, le bacille tuberculeux, pour ne prendre que ces exemples, poussent avec une extrême abondance sur les milieux qui ont déjà une première fois servi à la culture.

Réaction agglutinante. — La réaction d'immunité n'est plus guère utilisée aujourd'hui dans la pratique courante du diagnostic bactériologique. La réaction agglutinante, au contraire, est constamment employée.

Cette réaction agglutinante qui constitue, comme l'ont montré les recherches de l'un de nous, la meilleure méthode de diagnostic de la fièvre typhoïde, se trouve être aussi un procédé excellent pour distinguer les unes des autres les espèces microbiennes voisines, le bacille d'Eberth et les bacilles ébertbiformes, le vibrion cholérique et les pseudo-vibrions : il suffira, en effet, pour assurer le diagnostic du bacille d'Eberth, de véri fier si le microbe suspect est agglutiné par le sérum dilué d'animaux vaccinés contre ce microbe ou, plus simplement, de le mettre en présence du sérum d'un malade que l'on a reconnu antérieurement atteint de lièvre typhoïde et de vérifier s'il est ou non agglutiné.

Sans vouloir faire ici un historique complet de la question de l'agglutination, nous rappellerons les travaux de ceux qui ont les premiers constaté et étudié la réaction agglutinante fournie par le sérum des animaux immunisés.

En 1889, MM. Charrin et Roger (l) ont les premiers constaté le développement en amas du bacille pyocyanique ensemencé dans le sérum pur d'animaux immunisés contre l'infection due à ce microbe.

Deux ans plus tard, en 1891, M. Metchnikoff (2) étudia méthodiquement la question et fit des constatations analogues pour ce qui concerne le vibrio metchnikowi et le pneumocoque; n'ayant plus constaté le même phénomène avec le sérum des animaux immunisés contre la pneumo -entérite des porcs, M. Metchnikoff n'osa lui attribuer une portée générale.

En 1895, M. Issaëff (3), dans un travail fait à l'Institut Pasteur, confirme pour le pneumocoque ce que M. Metchnikoff avait vu en 1891. Plus tard, MM. Issaëff et Ivanoff (*) firent semblable constatation pour le vibrion d'Ivanoff.

Jusque-là on n'avait essayé in vitro que l'action des sérums purs des animaux vaccinés, la voie était bonne, mais le procédé ne pouvait conduire à une méthode sûre pour la pratique ; les sérums normaux employés à l'état pur agglutinant parfois les microbes ensemencés, comme nous l'avons vu, après avoir ensemencé le bacille d'Eberth dans un grand nombre de sérums d'individus non typhiques, et, d'autre part, le sérum pur des typhoïdiques étant parfois suffisamment bactéricide pour empêcher tout développement des bacilles d'Eberth ensemencés.

(*) Charrin et Roger, Comptes rendus de l'Acad. des se., 1889, t. CIX, p. 710.

(2) Metchnikoff, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1891, p. 473. 474.

(3) Issaëff, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1893, p. 269.

(4) Issaëff et Ivanoff, Zeitschrift f. Hygiène, 1894, p. 122.

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En J 894, Pfeiffer lit connaître le phénomère qui porte son nom; voici en quoi il consiste :

Si l'on injecte dans le péritoine d'un cobaye solidement immunisé contre le choléra des vibrions cholériques délayés dans du bouillon, ou si l'on injecte dans le péritoine d'un animal neuf une culture délayée de vibrions cholériques et en même temps une petite dose de sérum préventif; dans les deux cas, on voit , au bout de 10 à 50 minutes, une heure au maximum, un grand nombre de vibrions immobilisés et transformés en granules arrondis.

Les pseudo-vibrions ne subissant pas, en présence du choléra-sérum, la transformation en granules, il y a là un moyen de diagnostic des vibrions cholériques.

En 1896, Pfeitîer et Kolle (*) ont essayé de répéter l'expérience avec le bacille d'Eberth et le sérum antityphique ; ils ont recherché ce qu'ils appellent la réaction d'immunité en inoculant dans le péritoine des cobayes une émulsion de bacilles d'Eberth additionnée d'une petite dose de sérum d'hommes convalescents de fièvre typhoïde, ils n'ont observé que d'une façon inconstante le phénomène qui ne fait jamais défaut lorsqu'on opère avec le vibrion et le sérum cholérique.

Le phénomène de Pfeiffcr n'est applicable qu'au diagnostic des vibrions cbolériqucsetdespseudo-vibrions, etsatechniqueesttrop délicate pour être utilisée pour le diagnostic clinique ; un grand progrès fut dans la recherche de l'influence que les sérums peuvent avoir in vitro sur les microbes.

La transformation en granules des vibrions, sous l'influence du cholérasérum, peut en effet s'observer in vitro , comme l'a montré M. Metchnikoff en mélangeant à des vibrions cholériques du choléra-sérum et une petite dose d'exsudat péritonéal d'un cobaye sain ; la présence de cet exsudât est même inutile, d'après la remarque de M. Bordet, si l'on se sert de sérum frais et le phénomène se constate facilement in vitro parle simple contact du sérum-choléra et des vibrions.

La réaction s'observe encore, comme l'a vu M. Bordet (2), si, au lieu de choléra-sérum pur, on se sert de sérum dilué dans une solution salée. Cette modification de technique permet de parer à une cause d'erreur signalée par M. Bordet : certains sérums neufs, non dilués, peuvent parfois produire in vitro la transformation en granules, comme le fait le choléra-sérum. M. Bordet signale enfin un phénomène nouveau qui s'observe in vitro, lorsqu'on met en contact du choléra sérum et des vibrions : l'agglomération de ceux-ci en petits amas, V agglutination.

Le phénomène de Pfeiffer et la réaction agglutinante sont deux phénomènes différents ; le premier ne se produit qu'avec le concours de l'organisme dans le corps du cobaye et consiste en une véritable bactériolyse ; la réaction agglutinante s'observe in vitro, et, comme l'a montré Sa-

(*) Pfeiffer et Kolle, Ucbcr die specifische Immunitiitsreaction der Typhusbacillcn. Zeitschrift f. Hygiène, 189G, vol. XXI, n° 2, p. 203. (2) Bordet, ' Ann. de VInst. Pasteur, 1895, p. 492.

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limbeni, n'apparaît même que lorsque le sérum est au contact de l'air.

Durham (*) enfin, en 1896, résumant les travaux faits avec Gruber, précise les règles à suivre et montre comment, en suivant le procédé indiqué par Bordet, au moyen des sérums dilués provenant d'animaux immunisés contre le choléra ou l'infection typhique, on peut faire rapidement à l'œil nu et au microscope la différenciation des diverses espèces de vibrions ou celle des bacilles typhiques et des colibacilles. Gruber et Durham, Pfeiffer et Kollc étudient le phénomène de l'agglutination, selon le terme proposé par M. Gruber.

Dans toute la suite de ces travaux que nous venons d'énumérer, il n'est jamais d'ailleurs question que de la recherche d'une inaction d' immunité, et il n'est jamais fait allusion à la possibilité de trouver une réaction de lapériode d'infection, comme l'a montré l'un de nous dans les recherches qui l'ont conduit à se servir de la réaction agglutinante, non plus pour le diagnostic des microbes, mais pour le diagnostic des maladies. C'est ce fait que la réaction agglutinante est une réaction de la période d'infection qui est la base du sérodiagnostic (2).

Pour en rester sur le terrain du diagnostic des microbes par la réaction agglutinante, qui seul doit nous occuper dans ce chapitre, nous devons faire remarquer que la réaction agglutinante, de même que la réaction d'immunité, a une valeur diagnostique bien différente, selon qu'on l'applique à des microbes spécifiques tels que le bacille d'Eberth, ou à des microbes saprophytes comme le colibacille et le pneumocoque.

Ainsi, la réaction agglutinante absolument spécilique, vis-à-vis du bacille d'Eberth, puisque un même sérum agglutine à un taux sensiblement égal les divers échantillons de bacille d'Eberth qu'on met à son contact (Widal et Sicard) (3), n'est déjà plus aussi rigoureuse pour les vibrions cholériques, les divers échantillons de ce microbe ne se comportant déjà plus de la même façon vis-à-vis d'un même sérum agglutinant (Widal et Sicard, Nobécourt) (4).

Elle perd enfin toute valeur réelle pour le diagnostic des espèces microbiennes qui vivent à l'état saprophytique dans l'organisme de l'homme. La propriété agglutinante se développe bien dans les humeurs au cours des infections colibacillaires et pneumococciques, comme dans les cas de fièvre typhoïde; mais, tandis que, dans cette maladie, la propriété agglutinante existe vis-à-vis de tout bacille d'Eberth, dans les infections colibacillaires ou pneumococciques, etc., elle se manifeste d'une façon inégale, vis-à-vis des divers échantillons de colibacille (Widal et Nobécourt) (5) ou de pneumocoque (Bezançon et Griffon) (6). Très marquée

(*) Gruder et Durham, Eine neue Méthode zur raschen Erkennung des Choleravibrio und des Typhusbaeillus. Mûnchener med. Wochenschrift, 51 mars 1896, p. 285.

(-) F. Widal, Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Soc. méd. des hôpitaux, 26 juin 1896. (5) Widal et Sicard, Presse méd., 2 déc. 1896.

(4) Widal, art. Choléra. Traité de méd., II, 2e édit.

(5) Widal et Nobécourt, Sem. méd., A août 1897. — Nobécourt, Soc. de biol., 26 nov. 1898.

(6) F. Bezançon et Griffon. Ann. de l'Inst. Pasteur, juillet 1901.

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vis-à-vis de l'échantillon qui a déterminé l'infection, elle se montre plus faible, ou même absente, vis-à-vis d'un autre échantillon.

Elle apparaît, en un mot, comme un réactif trop délicat pour servir de base au diagnostic des espèces saprophytiques. Si, en effet, on lui attribuait une valeur absolue pour la classification des microbes en espèces distinctes, on en viendrait à considérer comme différents, non pas des espèces microbiennes, non pas même des races, mais de simples échantillons qui possèdent, tels les divers pneumocoques, même caractère morphologique, mêmes propriétés biologiques et, surtout, même pouvoir pathogène (Bezançon et Griffon).

Les mêmes raisons s'opposent à l'emploi de la réaction d'immunité comme procédé de diagnostic de certaines espèces saprophytiques. Souvent, le sérum des animaux vaccinés n'a de propriétés préventives puissantes que vis-à-vis de l'échantillon qui a servi à la vaccination; en attribuant à la réaction d'immunité une valeur qu'elle n'a pas, on risque, comme on Ta fait pour le streptocoque, de considérer comme des espèces distinctes de simples échantillons qui ne possèdent, au contraire, que des caractères communs (Widal et Bezançon)

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