ROLE DU SYSTÈME NERVEUX
Rôle du système nerveux. — Reste enfin le système nerveux. Après les détails donnés dans les chapitres précédents, nous n'avons pas besoin d'étudier longuement son influence. Rappelons seulement qu'il n'y a, pour ainsi dire, pas une maladie d'organe qui ne puisse être simulée par une affection nerveuse. Qu'on passe en revue les symptômes de Thystérie et l'on verra qu'ils se confondent aussi bien avec ceux des affections digestives qu'avec ceux des lésions cardiaques ou pulmonaires. La même remarque peut s'appliquer aux lésions organiques. La symptomatologie si chargée du tabès suffit à le démontrer. Pendant longtemps on a considéré comme souffrant de gastralgie les individus atteints de crises gastriques. Nous avons vu un tabétique qui subit la taille pour des crises vésicales, dont on n'avait pas saisi la nature.
Les affections nerveuses peuvent modifier l'irritabilité et la sensibilité des organes, leur motricité, leurs actes fonctionnels et notamment leur sécrétion, leur circulation, leur nutrition. Comme exemples du premier groupe, nous citerons les anesthésies et les hyperesthésies des tissus, des viscères ( viscéralgies), des organes des sens. Comme exemples du deuxième groupe, nous rappellerons les crampes et les paralysies, les troubles moteurs du cœur, tachycardie, pouls lent permanent, syncope, les modifications des mouvements respiratoires et notamment la respiration de Cheyne Stokes. Veut-on des exemples de troubles sécrétoires et circulatoires, il suffit de signaler les ecchymoses, les congestions, les hémorragies, les crises de vomissements, de diarrhée et de sueur. Quant aux modifications nutritives, tantôt elles portent sur un organe ou sur un tissu, telles sont les éruptions cutanées, les maux perforants, les ostéopathies et les arthropathies, si longtemps rangées dans le groupe des lésions rhumatismales, tantôt elles se traduisent par des modifications générales qui peuvent secondairement produire des lésions viscérales. Telle est par exemple l'influence de la phospliaturie. Thomas avait signalé la phospliaturie comme une des causes de la néphrite interstitielle. M. A. Robin a décrit une albuminurie phosphaturique qui pourrait aboutir à une lésion rénale et reconnaîtrait pour cause prédisposante Tarthritisme, pour cause déterminante le surmenage nerveux.
11 nous serait facile de citer d'innombrables exemples empruntés à la pathologie nerveuse. Qu'il nous suffise de rappeler encore la fréquence des troubles réflexes ayant pour point de départ les organes des sens. Ceux-ci ne semblent pas retentir autrement sur l'économie : expansion périphérique du système nerveux, ils ne provoquent des sympathies morbides que sous l'influence de ce système.
La rapide étude que nous venons de faire nous semble établir, d'une façon indiscutable, que jamais une lésion ou un trouble ne peut rester
iocal. Dès qu'une partie est atteinte, toutes les autres le sont à leur tour: mais elles le sont à des degrés et sous des formes variables, ce qui explique la diversité et la multiplicité des types cliniques. Or, dans certains cas, la lésion locale modifie toute l'économie, parce qu'elle est provoquée par un organisme vivant, une bactérie par exemple, produisant des substances solubles rapidement absorbées. Ces faits sont bien connus et nous n'y avons pas insisté. Ce que nous avons voulu mettre en évidence, c'est que les troubles fonctionnels entraînent des modifications générales. L'étude que nous avons faite n'est donc qu'un corollaire de la pbysiologie. C'est de la connaissance exacte du fonctionnement normal qu'on peut déduire le mécanisme des manifestations pathologiques. Mais, quand une partie lésée a retenti sur une autre, celle-ci devient à son tour le point de départ de nouvelles manifestations morlùdes. Toute une série d'organes se prennent ainsi successivement, et le clinicien éprouve souvent de grandes difficultés à rétablir la chronologie des accidents. C'est par un examen attentif, minutieux, par une interprétation, souvent fort délicate, des troubles actuels, qu'il parviendra à reconnaître quel a été l'organe premièrement atteint et à reconstituer les séries morbides dont nous venons d'esquisser le mécanisme.
TABLE DES MATJÈRIiS
du tome III.
( P R E M n : p. E P A Pv T I E )