VARIATIONS DE LA TOXICITÉ URINAIRE
saccharoso à Oi,7 pour 1000 comme pour la solution de chlorure de sodium à 6,1 pour 1000, le point de congélation est le même, — 0^^)0. Je n'en conclus pas que la proportion de la substance en dissolution était la meilleure possible pour chacun des deux liquides, mais j'ai le droit d'invoquer mes expériences de 1870 pour montrer que je n'avais pas pu méconnaîti'e rimportance d'une condition physique invoquée par les critiques de 1(S97 comme capable d'ébranler toute la doctrine.
Mais si j'avais eu, en 1870, la notion de l'influence nuisible aux globules que peut produire le mélange au sang d'une solution de substances solides trop ou trop |)eu concentrée, si j'avais, en 1885, lors de mes recherches sur la toxicité urinaire, fait l'application de cette notion et montré que, grâce aux substances dissoutes, l'urine peut être moins toxique que l'eau distillée, et cela avant que de Vries n'ait publié ses travaux sur la force de turgescence dans les cellules végétales, avant que Hamburger n'ait entrepris toute sa série d'études sur l'influence que les solutions salines exercent sur les globules, avant que van t'IIofî ait donné les lois de la tension osmotique, je ne pouvais cependant pas méconnaître le progrès accompli par le développement de ces notions. C'est pour corriger par l'application de ces nouvelles méthodes les imperfections qu'on pouvait légitimement reprocher aux procédés que j'avais employés pour la détermination de la toxicité urinaire, que j'ai invité MM. Claude et Balthazard à déterminer expérimentalement dans quelle mesure le défaut d'isotonie s'ajoute à la toxicité dans les injections intra-veineuses d'urines. Ce travail accompli dans mon laboratoire a trouvé place dans le n** 5 de mai 1899, du Journal (le P/njsioUxfie el de PaUiologie générale. On y verra que l'urine pure fournie par des individus normaux ayant — 1*^,50 pour point de congélation et tuant à la dose de 40 centimètres cubes un kilogramme de lapin dont le sang se congèle à — 0^50, tue à la dose de 46 centimètres cubes si on lui ajoute la moitié de son volume d'eau — la totalité du liquide injecté est alors 46 -f 25 — ()9 centimètres cubes. Elle tue à la dose de 5*2 centimètres cubes si on lui ajoute son volume d'eau — la totalité du liquide injecté est alors 5*2 H- 52 — 1 04 centimètres cubes . Elle tue à la dose de 51 centimètres cubes si on lui ajoute deux fois son volume d'eau — la totalité du liquide injecté est alors 51 H- 102 = 155 centimètres cubes. Elle tue à la dose de 58 centimètres cubes si on lui ajoute trois fois son volume d'eau — la totalité du liquide injecté est alors 58 -f- 114 = 152 centimètres cubes.
Cette expérience est des plus instructives. Elle montre que, à mesure qu'on dilue l'urine normale, la quantité d'urine pure contenue dans la dose mortelle du mélange va d'abord en augmentant puis diminue ensuite, tandis que le volume de la dose mortelle des différents mélanges augmente d'abord, puis reste stationnaire, bien que la quantité de l'urine pure diminue de plus en plus.
Si l'on ne conq^tait qu'avec l'urine, il fiiudrait dire que sa toxicité diminue d'abord pour augmenter ensuite, ce qui est invraisemblable. C'est même absurde si l'on pousse à l'extrême : il arrive un momentoù, quelle que
TROUBLES PRÉALABLES DE LA NlfTRITION.
soit rauginentation de la dilution, la quantité mortelle des liquides de plus en plus dilués qui est néeessaire pour tuer un kilograriune reste invariable. Il faudrait donc admettre, si Turine seule agissait, que Furine qui tue 1 kilogramme à la dose de 40 centimètres cubes quand elle est pure, le tue à la dose de 52 centimètres cubes quand on lui ajoute son volume d'eau, puis à la dose de 51, 58, 15 centimètres cultes à mesure qu'on y ajoute plus d'eau et finalement à la dose de 0 quand la dilution est , quand le liquide injecté n'est plus que de l'eau distillée.
11 y a donc, à coté de la toxicité des substances en dissolution dans Furine. une autre condition nuisible, c'est la quantité trop faible ou trop grande de l'eau dans laquelle ces substances sont dissoutes.
La toxicité apparente la plus faible est, dans l'expérience que j'analyse, obtenue quand à 1 volume d'urine pure on ajoute 1 volume ou '2 volumes d'eau distillée. Les quantités d'urine pure qui dans ces deux degrés de dilution concourent à produire la mort d'un kilogramme d'animal sont respectivement 52 et 51 centimètres cubes. On pourrait trouver entre ces deux limites une toxicité apparente encore plus faible, c'est-à-dire que le nombre de centimètres cubes d'urine pure présents dans la dose mortelle de la dilution serait encore supérieur à 52. Des raisons déduites du calcul donnent i\ penser que ce nombre serait 58 centimètres cubes, la quantité d'eau surajoutée étant 77 centinu''tres cubes, auquel cas le volume de l'urine ])ure étant 1, le volume de la dilution serait 2,52. Admettons donc que l'ui'otoxie, la ([uantité de poison urinaire capalde à elle seule de tuer 1 kilogranune de lapin, se trouve en dissolution dans 58 centimètres cubes de cette urine pure, c'est-à-dire dans les 57 centimètres cubes d'eau qui sont à peu près dans cette quantité d'urine. A cette eau urinaire ont été ajoutés 77 centimètres cubes d'eau pour la dilution. C'est, pour le cas particulier, (piand l'urotoxie, la masse du poison urinaire supposé sec, se ti'ouve en dissolution dans ces 15i centimètres cidies d'eau que l'inlluence nuisible de la dilution est réduite à son mininuun.
S'il y a moins d'eau, la concentration ajoute son action nuisible à la toxicité réelle. Au lieu du poison contenu dans 58 centimètres cubes d'urine, il suffit de celui qui est contenu dans 52 centimètres cvd)es si la dilution est 2; il suffit de celui qui est dans 46 centimètres cubes si la dilution est 1,5; il suffit de celui qui est dans 40 centimètres cubes si la dilution est 1. L'excès de la concentration, le manque d'eau, agit pour provoquer la mort quand on injecte cette urine pure autant que le feraient 18 centimètres cubes d'urine pure si, ajoutés aux 40 centimètres cubes, les 58 étaient dilués à 2,52.
D'autre part, la surabondance de l'eau ajoute également son action nuisible à celle de la toxicité réelle. Si le poison urinaire qui tue un kilogranune est contenu dans 58 centimètres cubes de l'urine qui nous occupe, à la condition que cette urine soit diluée à 2,52, le môme résultat sera olrtenu par 51 centimètres cubes si la dilution est 5, par 58 centimètres cubes si la dilution est 4, par 15 centimètres cubes si la
VAKIATICKNS DE LA TOXICITÉ URINAIRE
dilution est 10. L'excès de la dilution, la surabondance de Teau a*;issent donc pour provoquer la mort et leur action nuisible s'ajoute à la toxicité de l'urine.
La toxicité vraie est moins grande que celle que semble indiquer l injection intra-veineuse de l'urine en nature parce que l'urine en nature tue non seulement par sa toxicité, mais aussi par sa concentration. L'urine est connue les autres solutions qui, injectées dans le sang, nuisent si elles sont trop ou trop peu concentrées. Elle a comme elles un point de dilution intermédiaire qui est optimum, où l'action physique s'éteint, où l'action chimique se produit seule. Ce point optimum où le liquide est physiquement indifférent, c'est l'état isotonique.
On sait que la tension osmotique est proportionnelle au nombre des molécules en dissolution dans un liquide. On sait aussi que l'abaissement du point de congélation d'un liquide est proportionnel au nombre des molécules en dissolution. 11 en résulte que le point de congélation de l'urine est inversement proportionnel à son degré de dilution. On peut introduire cette nouvelle donnée dans l'expérience que j'analyse et qne je résume en un tableau.
Quantité d"urine pure
Dofrrés AbaissomiMit du point Doso contenue dans
de la dilution. de congélation. toxique. la dose toxique.
Degrés. Centimètres cubes. Centimètres cubes.
Le point de congélation du sang du lapin, l'animal chez lequel se fait Finjection intra-veineuse des urines, est — 0",56.Le degré optimum de dilution de l'urine sera donc vraisemblablement celui qui aura pour point de congélation — 0,56. 11 sera donc intermédiaire à la dilution 2 qui a, dans ce cas, — 0,65 pour point de congélation et à la dilution 5 qui a pour point de congélation — 0, i5. Ce degré optimum sera obtenu en divisant le point de congélation de l'urine pure par le point de congélation du sang du lapin, ^='2,r)'2. C'est en ajoutant à 1 d'urine, 1,52 d'eau distillée qu'on aura dans ce cas la dilution isotonique.
C'est là la principale correction qu'il convient d'apporter à la méthode d'exploration de la toxicité des urines telle que je l'ai autrefois formulée.
L'expérience seule déterminera la dose toxique de l'urine ainsi diluée : le nombre de centimètres cubes qu'il en faut injecter, par kilogramme, pour tuei' l'animal. En divisant ce nombre par le degré de la dilution, on a le nouibre de centimètres cubes d'urine pure qui représentent une urotoxie.
Si l'iu iDe pure avait un point de congélatiou inféiieur à — 0\56, il
TROUBLES PRÉALABLES DE LA ^UTRJTION
faudrait raniciier à ce degré par addition de chlorure de sodiiuu. Si le point de congélation était — 0,45, par exemple, la (piantité de chlorure de sodium nécessaire pour abaisser encore de DM 1 (56 — 45 = 1 1) ce point de congélation serait donnée par la formule j^n=0^",18, 1 gramme de chlorure de sodium en solution dans 100 d'eau donnant une solution qui se congèle à — 0*^,60.
Cette méthode plus rigoureuse se trouvera assez souvent limitée dans ses applications par Tobligation d'injecter de trop grandes quantités de liquide, ce qui, à Faction de la toxicité, ajouterait une inlluence nuisible non plus d'ordre physique mais d'ordre mécanique. Ajoutons que cette correction aura besoin elle aussi d'être corrigée. On verra en effet, dans l'étude analytique si savamment poursuivie par MM. Claude et Balthazard, que le point optimum de dilution donnant l'indifférence physique la plus complète au liquide d'injection ne correspond pas toujours exactement au point de congélation du sang . Nous ne touchons pas encore à la perfection. Nous avons au moins limité l'erreur dans l'estimation de la toxicité.
J'ai chei'ché à montrer par les développements qui précèdent que la destruction normale de la matière azotée multiplie graduellement les molécules, dérivées de cette matière ; que, dans ces molécules, la proportion du carbone uni à l'azote va en diminuant graduellement, ce qui est manifeste surtout dans les molécules urinaires, et enfin que plus la destruction est complète et parfaite, plus l'ensemble de ces molécules qui s'éliminent par les urines perd de sa toxicité. Ce sont des résultats produits par des actions qui ne sont peut-être pas identiques, qui ne sont pas non plus parallèles, mais qui, dans l'ensemble, procèdent dans une même direction.
Les déductions que j'ai tirées des notions acquises touchant la destruction normale de l'albumine et de mes déterminations relatives au rapport du carbone et de l'azote dans les produits urinaires, connue aussi tout l'ensemble des faits recueillis par tant d'observateurs sur les variations de la toxicité urinaire, sont favorables h cette conception (|ue je résumerai (^n trois mots : dans la nutrition parfaite, molécules urinaires nombreuses, petites, peu toxiques ou mieux ayant dans leur ensemble une faible toxicité.
Je n'ai pas pu me soustraire à l'obligation de vériher directement, objectivement, la valeur de ces affirmations qui visent non plus l'ensemble des matières dérivées de l'albumine, mais l'ensemble des molécules urinaires qui ont pour origine l'albumine, ce (pie j'appelle la molécule urinaire élaborée moyenne, molécule qui n'est pas iN&elle mais dans laquelle se résume comme en un symbole la moyenne des caractères des molécules dérivées de l'albumine qui s'échappent par les urines.
C'est d'abord le volume ou niieu.v le [)oids de cette molécule ïuoyenne que j'ai cherché à déterminer, plus tard et accessoirement le nom[)re de ces molécules et la toxicité de chacune d'elles.
C'est à la cryoscopie que j'ai demandé de me faire connaître le poids de cette molécule urinaire élaborée moyenne. Et, commeje devais pour cette recherche déterminer le point de congélation des urines, certaines personnes ont pensé que mes essais n'étaient qu'une nouvelle contribution à l'étude de la tension osmotique dont j'ai eu l'occasion de parler ])récédemment, étude à laquelle Hamburger a donné un si grand développement et au service de laquelle Dreser en 1891 a apporté le secours des déterminations cryoscopiques, étude à laquelle se rapportent encore les tiavaux de Koranyi (1894), Winter (1895), llédin (1897), Vaquez id Bousquet (1899). Mais tous ces travaux visaient les propriétés osmotiques des Immeurs en présence des cellules; et, quand ils invoquaient le secours de la cryoscopie, ils lui demandaient de déterminer le degré de la tension osmotique de l'humeur étudiée, degré de tension qui est proportionnel à la température de congélation de cette humeur; et du même coup ils en recevaient une notion sur le nombre des molécules en dissolution dans cette humeur, puisque ce nombre est également proportionnel au point de congélation et que la tension osmotique dépend de ce nombre des molécules en dissolution.
Ce que j'ai demandé à la cryoscopie {Soc. de Diolog., 7 janvier 1899; C. R. Ac. des Se., 9 janvier 1899; Joimi. de Phijs. et de Palh. gén., mai 1899) vise un tout autre but. Je lui demande non les conditions de l'osmose entre les humeurs et les tissus, entre le sang et les globules, entre le sang et les cellules glandulaires, non les conditions de l'entrée et de la sortie des matériaux dans l'intimité des tissus ou à travers les glandes, mais l'activité plus ou moins grande de la destruction de l'albumine, le terme plus ou moins avancé auquel Torganisme pousse cette destruction, le poids des molécules élaborées comparé au poids de la molécule qui subit l'élaboration. On avait déterminé avant moi le nombre des molécules urinaires. J'ai déterminé le poids de la molécule urinaire élaborée. Le poids de la molécule d'albumine est 6000; la molécule d'urée pèse 60. La cryoscopie m'apprend que la nutrition est plus ou moins parfaite suivant que le poids de la molécule élaborée s'éloigne plus ou moins de 6000, se rapproche plus ou moins de 60.
Si le corps le plus abondant parmi les dérivés urinaires de l'albumine est l'urée, on peut supposer que le poids de la molécule élaborée moyenne pourra se rapprocher de 60, et aflirmer (ju'il sera supérieur à 60. En effet, le chlorure de sodium dont le poids moléculaire, 58,5, est un peu inférieur à celui de l'urée, n'est pas matière dérivée de l'albumine, ni matière élaborée, [l a une origine alimentaire et, après quelque dissociation passagère, il sort de l'organisme dans le même état où il y est entré. Il n'entre pas en ligne de compte dans l'évaluation de la molécule élaborée moyenne. Une seule substance, à origine incertaine, a un poids sensible-
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TROUBLES PRÉALABLES DE LA NUTRITION
laent moindre que rurce : c'est l'eau oxygénée dont le poids moléculaire est 34; mais Furine n'en renferme que des traces.
Si l'on passe en revue la série des substances constitutives de l'urine, on comprend facilement que, bien que l'urée représente à elle seule une masse quatre ou cinq fois plus considérable que l'ensemble de toutes les autres matières élaborées, le poids de la molécule élaborée moyenne devra être notablement supérieur à 60. On s'en convaincra en jetant un coup d'œil sur le tableau suivant qui indique, en face de chaque substance, son poids moléculaire. J'y ai inscrit des composés dont un élément est dérivé de l'albumine, mais dont un autre, de nature minérale, a une origine différente et sera compté indûment dans la masse des matières élaborées, pour ne pas introduire dans l'analyse une couq^lication plus grave que l'crieur ([u'ellc se proposerait de supprimer.