VARIATIONS DE LA TOXICITÉ URINAIRE
Ce qui précède me dispense d'entrer dans de grands développements. Depuis que j'ai prouvé, après Feltz et Ritter, la réalité de la toxicité urinaire; depuis que je l'ai mesurée, depuis que j'ai établi la multiplicité des poisons urinaires, ne laissant plus à la potasse, l'unique poison uri-
(fui ne sont pas bien portants, dont la nutrition se fait mal, dont le rapport — est élevé. Un
fait que je puis ajouter, c'est que quand une urine décolore à chaud le sel de cuivre en solution alcaline, cette môme urine colore à froid en brun plus ou moins foncé ou même en rouge la solution de perchlorure de fer.
J'ai, en 1871, essayé de doser ce que j'appelais Y oxygène manquant, la quantité d'oxygène nécessaire pour que les matières urinaires soient complètement oxydées. J'employais une solution titrée de permanganate de potasse que je versais dans l'urine additionnée d'acide sulfurique. La rapidité de la décoloration varie beaucoup d'une urine à une autre, mais, à un moment, la décoloration se fait de plus en plus lente, tellement qu'on narrive pas à constater son terme précis.
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naire pour les pathologistes de Nancy, qu'une part très souvent et très notablement inférieure à la moitié de la toxicité totale; depuis que j'ai enfin assigné aux composés organiques la part prépondérante dans cette toxicité, on a dù reconnaître que la nutrition, que l'élaboration de la matière organique, et plus particulièrement de la matière azotée, et plus spécialement de l'albumine des tissus, que la désassimilation, en un mot, engendre des poisons. S'il y a des poisons dans l'urine comme il y en a dans la bile et dans tout le contenu intestinal, c'est parce qu'il y a des poisons, c'est parce qu'il se fabrique des poisons dans les tissus. J'ai montré la toxicité de l'extrait alcoolique de la plupart des tissus et indiqué les variations de cette toxicité; Charrin et Ruffer ont constaté une toxicité spéciale de l'extrait aqueux obtenu à chaud; Roger, entrant dans une voie nouvelle et plus féconde, a établi que l'infusion à froid des tissus, immédiatement après l'ablation chez l'animal qu'on met à mort, est toxique à un haut degré, faisant ainsi le premier pas vers la découverte des toxalbumines. Grâce à ses expériences, nous avons pu assister aux variations d'intensité que subissent d'heure en heiu^e les poisons organiques en dehors de toute putréfaction, témoignant que la vie persiste dans les cellules après la mort générale de l'ensemble, que cette vie, dans les premiers stades des transformations qui aboutissent à la destruction, engendre des poisons et que ces poisons, si la circulation est supprimée, peuvent s'accumuler soit parce que la respiration ne peut plus exercer sur eux son action oxydante, soit parce que les émonctoires ne peuvent plus les éliminer, soit parce que le foie ne peut plus les transformer.
A mesure que le processus de destruction avance, la molécule, très complexe au début, se fragmente, se multiplie et se simplifie par dédoublements ou par oxydations. Elle devient à la fois plus petite, plus capable de franchir les fdtres et moins toxique. Elle arrive enfin cà un état stable, où elle s'est dépouillée de ce qu'elle peut céder de son énergie, ce qui suppose, en général, que, à la faveur de l'oxygène, elle a perdu ce qu'elle peut abandonner de son carbone, où elle est dialysable et où si, par accident, elle est entravée dans son élimination, elle risque moins de provoquer rempoisonnement. Elle est alors non plus matière de désassimilation, mais matière excrémentitielle.
Si les urines ne contiennent pas d'autres matières organiques que les matières vraiment excrémentitielles, elles sont toxiques assurément, mais elles le sont à un degré modéré et la toxicité minérale l'emporte sur la toxicité organique. Si les matières incomplètement transformées sont présentes dans l'urine, elles augmentent notablement sa toxicité et en changent les qualités.
Si les urines jaunes, pâles, à toxicité minérale prédominante, ont pour caractéristique, quand on les injecte dans les veines du lapin, de provoquer l'arrêt du cœur, les urines plus foncées, à toxicité organique prédominante, ont pour caractéristique principale le myosis. Ainsi la durée
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plus où moins longue d'un des stades trnnsitoires de la destruetion inconiplèle de la matière, en rendant possil)lo rap])arition, en plus on moins forte proportion dans les urines, de pioduits imparfaitement ti'ans- Ibrmés, influence le degré et le caractère de la toxicité de ce liquide. Pour cette raison je considère la détermination de la toxicité urinairo connue im élément de renseigneuuuit si Ton veut juger non plus la rapidité de la destruction, mais la perfection de la destruction, c'està-dire la rapidité avec laquelle la matière qui se détruit parcourt toutes les phases de la métamorphose régressive et arrive à être aussi complètement détruite que peut Fétre la matière excrémentitielle.
Le fait de la relation qui existe entre la toxicité urinaire et la proportion du carhone par rapport à l'azote ajoute à la puissance de ces raisons. On peut dire ({ue, à l'état normal ou chez l'homme qui, hien (pi'en état de disposition morbide, n'a pas encore réalisé la maladie, on voit fréquemment l'augmentation de la toxicité marcher parallèlement avec l'élévation du coefticient ^ et se montrer en rapport avec une activité nutritive moins intense. Je ne puis pas dire que les choses se passent de la ménu' façon dans les maladies, et en particulier dans les maladies fébriles ou dans les maladies infectieuses.
Mais de ce parallélisme hahituel il ne faudrait pas conclure que la toxicité est un attribut des suhstances riches en carbone ni qu'elle est proportionnelle à cette richesse. L'ammoniaque qui ne contient pas de carbone est, à (piantités d'azote égales, 40 fois plus toxique que l'urée, le sucre qui ne contient pas d'azote est peu toxi((ue; l'acide hippuri<[ue, le corps azoté qui dans l'urine est le plus riche en caibone, a luie toxicité à peu près nulle. Par contre le liquide intestinal, la bile et particulièrement les acides hiliaires très riches en carbone, sont très toxiques. La hile 26 fois plus riche en carhone que Turine est 10 fois plus toxique.
11 en est de mèiue d'une urine à une autre.
Depuis que j'ai fait voir comhien certaines urines des maladies des reins ont une toxicité diminuée, l'exploration de la toxicité urinaire a pris, au moins à titre exceptionnel, une place dans la clinique. H y a lieu de dire ici que cette recherche doit être faite avec certaines précautions dont il n'a pas été tenu compte autrefois, ce qui a pu vicier les résultats de quelques constatations et ce qui a donné à penser que la doctrine de la toxicité urinaire ne repose pas sur des hases solides. Une critique qui m'a été adressée, particulièrement en Allemagne, c'est que la tension osmotique des urines est variable, que la tension du sang varie peu, que l'injection en proportion notahle d'une urine à tension osmotique très forte, dans les veines d'un animal, doit modifier hrusquement et de façon très notable la tension osmotique du plasma sanguin et modifier, aux dépens des globules, l'isotonie de ce plasma qui est la condition physique de l'action normale des glohules et même de leur existence.
Cette critique est très juste, encore que la part qu'il y a lieu de faire
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aux variations do risotonic ne supprime nullement la part bien autrement importante qu'il convient de réserver à la toxicité, à l'action chimique d(ï l'urine et non pas seulement à son action physique ('). J'avais d'ailleurs devancé moi-même la crili(|ue et j'avais eu soin de l'aire remarquer que les variations de densité de l'urine — on ne disait pas encore les variations de l'isotonie — exercent une influence sur le degré d'action nuisible de l'm'ine injectée, (jue l'eau distillée elle-même tue à des doses variant de 00 à 120 centimètres cubes par kilogramme d'animal, tandis (|ue l'eau salée à 7 pour 1000, comme cela avait été établi avant moi, est loin d'avoir le même degré nocif, et j'avais montré qu'on peut injecter certaines solutions salines jusqu'à la dose de 596 centimètres cubes par kilogramme, sextupler la masse du sang avant de provoquer la mort qui était alors le résultat de la distension excessive du système vasculaire et de ru[)tures capillaires, les globules restant indemnes, tandis que l'eau distillée les gonfle et amène la dissolution et l'issue de l'hémoglobine. Encore la mort par injection d'eau salée n'arrive-t-elle que si l'introduction est faite très rapidement. Si on la fait lentement en versant la solution dans les bronches avec assez de lenteur pour ne pas provoquei* l'engouement pulmonaire, l'absorption par le poumon se faisant proportionnellement à la capacité sécrétoire du rein, on peut injecter dans le poumon, faire pénétrer dans le sang et éliminer par les reins, en un temps donné, des quantités de liquide vingt fois supérieures à ce que l'urine emporte normalement dans le même tenq3s, et cela sans provoquer d'accidents. Les expériences de M. Dastre sur le lavage du sang devaient, en utilisant une autre voie d'introduction, aboutir à la même démonstration. J'avais enfin établi que certaines urines agissent comme l'eau salée, (pi'elles peuvent être moins nuisibles que l'eau distillée, qu'on peut en injecter jusqu'à '200 centimètres cubes et plus, par kilogranune de lapin, avant de provoquer la mort. C'étaient des urines de malades atteints de néphrite interstitielle, dans des périodes voisines de l'urémie, où les matières toxiques étaient en majeure partie retenues dans le sang, tandis que certaines substances, un peu d'urée et des sels, surtout du chlorure de sodium, s'éliminaient et donnaient à l'urine cette modeste
(') A défaut d"aiilrcs preuves suraliondautes de la réalité de la toxicité uriuaire, il en est une que me fournit une très curieuse oliservation recueillie par M. le docteur Merz, professeur à l'Ecole d'Alger, et qu'il a eu l'obligeance de me communiquer il y a déjà bien des années.
Un agent du service actif d'une ligne de chemin de fer en Algérie avait souffert de fièvres intermittentes. Un matin sa femme vient avertir notre collègue que son mari n'est pas guéri et ipie ce matin même il a eu un accès très violent avec mouvements convulsifs. On reprend la médication par la quinine, nouvel accès le lendemain avec les mêmes caractères. M. Merz assiste au troisième de ces accès et constate les secousses convulsives, mais il constate aussi l'absence d'élévation thermique. Il pousse alors plus avant ses investigations et son interrogatoire, et apprend enfin que, la fièvre résistant, le malade avait cédé aux conseils de quelques amis et que, suivant une pratique qui n'est pas exceptionnelle dans les pays à fièvre, il buvait chaque matin un grand verre de son urine, de l'urine du réveil, de l'urine convulsivante. Ici, il ne saurait être question d'un changement apporté à la tension osmotique du plasma, la toxicité seule de l'urine pouvait être en cause. Le singulier remède fut supprimé et les accès convulsifs ne se renouvelèrent pas.
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densité, nous disions ce degré de tension osmotiqoe qui la faisait isotonique et préservait les globules de la destruction. Pour ce dernier motif elles n'étaient pas nuisibles à la dose où l'eau distillée provoque la mort par dissolution des globules. Par suite de la rétention des poisons dans le sang, elles n'étaient pas toxiques à cette même dose. Mais elles contenaient cependant un peu de poison et étaient plus toxiques que l'eau salée à 7 pour 1000. Il fallait de cette urine, pour tuer un kilogramme d'animal, plus qu'il n'aurait fallu d'eau distillée et moins qu'il n'aurait fallu d'eau salée. Il me sera peut-être permis d'ajouter que j'avais quelques raisons de ne pas méconnaître ce côté de la question : l'influence physique exercée sur les globules par le degré plus ou moins grand de concentration de l'urine injectée. J'ai le premier, je crois, abordé ce sujet, il y a. trente ans, à l'aide de l'expérimentation. Le 26 mars 1870, je communiquais à la Société de Biologie une méthode de dosage des globules du sang à l'état frais, méthode qui est basée sur le dosage de l'albumine dans le sérum de deux échantillons de sang d'une même saignée reçus presque simultanément dans deux capsules tarées dont l'une renfermait un poids connu d'une solution de sucre de canne pesant lO^O à l'aréomètre, a étant le poids de l'albumine contenue dans 1 gramme de sérum pur, a' le poids de l'albumine contenue dans 1 gramme de sérum dilué, / étant le poids de la liqueur sucrée mélangée au sang de la seconde capsule, on arrivait à connaître le poids x de sérum pur qui se trouvait mêlé à cette liqueur sucrée par la formule ii?= ^^zr^r Mais cela supposait que, du fait du mélange de la solution de saccharose au sang, il n'était pas survenu de changement dans la composition des globules, qu'ils n'avaient rien gagné par endosmose ni rien perdu par exosmose, qu'ils ne s'étaient ni gonflés ni rétractés, que la liqueur était pour eux indifférente, on dit aujourd'hui : isotonique. Cette qualité de la liqueur dépendait de sa densité, de la quantité plus ou moins grande de saccharose qu'elle tenait en dissolution, et c'est par des tâtonnements que j'étais arrivé à choisir un liquide qui ne me semblait au microscope ni augmenter ni diminuer les différentes dimensions des globules rouges.
Les premiers essais de M. Malassez en vue d'obtenir un liquide également indifférent pour les globules rouges sont de décembre 1872 et de mars 1875. Le liquide auquel il donnait alors la préférence, en se basant aussi sur l'absence de modifications des dimensions des globules, contenait 6^M0 de chlorure de sodium par litre de solution aqueuse. Il lui semblait alors obtenir avec cette solution le môme effet indifférent qui me paraissait réalisé par ma solution pesant 1026, laquelle contenait 64^' , 7 de saccharose par litre. J'ai eu récemment la curiosité de rechercher à l'aide de la cryoscopie ce que valaient comme tension osmotique ces deux liquides composés isolément, par deux expérimentateurs dilTérents, en suivant la même méthode, à une époque où il n'était pas question des relations du point de congélation avec la tension osmotique. Pour la solution de