OCCLUSION INTESTINALE
Toute occlusion intestinale donne lieu à un syndrome dont les éléments constituants sont la constipation absolue (rétention des gaz comme des fèces), le météorisme et les vomissements; il s'y joint, en général, des douleurs abdominales, un cortège de troubles généraux avec une température normale ou de l'hypothermie.
Ces accidents, que nous allons analyser de plus près, ont le plus souvent une marche aiguë, rapide et continue, qui aboutit à une mort prochaine, si l'intervention thérapeutique ou la disparition spontanée de la cause pathogénique n'y mettent pas fm. Dans quelques cas la marche subit une ou plusieurs rémissions, ou bien elle est continue, mais lente et chronique.
Voyons les détails du tableau.
La constipation n'est pas toujours absolue dès le début, ou plutôt elle n'est constatable qu'après l'évacuation des matières contenues dans l'intestin en aval du siège de l'occlusion; mais, à partir de ce moment, elle est complète et le caractère capital est qu'il n'y a plus d'émission de gaz.
Le météorisme, qui n'est vraiment constitué avec tons ses caractères que 24 ou 48 heures après la constipation absolue, se distingue par son intensité : la paroi abdominale est assez distendue pour qu'on ne puisse })lus la déprimer par la palpation; on peut voir se dessiner sous les téguments les ondulations serpentines des anses intestinales qui se contractent en amont de l'obstacle. On peut noter comme conséquences du météorisme la dyspnée, le hoquet par entrave au rytbme du diaphragme.
Les vomissements peuvent être d'abord alimentaires ; ils sont rapidement séro-muqueux, puis verdâtres et enfin fécaloïdes, si le siège de l'occlusion est situé assez bas sur l'intestin.
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La douleur peut être d'abord localisée au poiut où se fait rocclusion ; mais elle ne tarde pas à être irradiée et dilï'use, étant surtout causée par les contractions désespérées du muscle intestinal en amont de l'obstacle, en partie aussi par le météorisme et une liyperesthésie qui varie suivant les individus.
L'état général est rapidement altéré suivant le type dit péritonéal ou cholériforme : faciès grippé, abdominal, bippocratique, c'est-à-dire le nez effdé, les orbites excavés, l'expression anxieuse; la respiration accélérée et faible, la voix cassée, puis éteinte; la soif insatiable, le lioquet presque continu, un amaigrissement rapide qui contraste de façon saisissante avec l'augmentation de volume du ventre.
Le pouls est petit et fréquent. La chaleur du corps s'abaisse au-dessous de la normale de 1 à 5 degrés; l'apyrexie ou l'hypothermie sont de règle, à moins de complications inflammatoires viscérales ou péritonéales.
La peau se couvre de sueurs froides et visqueuses. La cyanose du visage et des extrémités s'accuse au fur et h mesure que le collapsus s'accentue vers l'asphyxie par engouement et congestion pulmonaires et la mort, à moins qu'une péritonite par perforation ne vienne modifier le tableau par l'intervention d'un redoublement de douleurs et la fièvre.
Quand la guérison survient, elle est annoncée par l'émission de gaz, suivie de garde-robes de plus en plus abondantes.
La production d'une fistule stercorale par anus contre nature est encore une terminaison possible, mais exceptionnelle.
La forme aiguë évolue en 6 ou 10 jours; dans les cas subaigus avec rémissions passagères, la durée peut être de trois semaines; il y a une forme chronique qui peut durer bien davantage.
Pour apprécier la valeur sémiologique du syndrome de l'occlusion, on devra le difl'érencier des complexus symptomatiques comprenant au nombre de leurs éléments la constipation, le météorisme, les vomissements.
On éliminera l'étranglement des hernies en explorant les anneaux et les orifices insolites comme le triangle de J.-L. Petit; on ne négligera pas surtout le toucher vaginal ou rectal.
Une constipation même prolongée ne produit pas des douleurs comparables à celles de l'occlusion, ni des vomissements d'une telle fréquence et ayant successivement les caractères mucoso-bilieux et fécaloïdes. Surtout l'émission des gaz persiste.
Les syndromes de la colique hépatique, néphrétique ou saturnine ont bien les vomissements et la douleur, la constipation tenace aussi pour l'intoxication saturnine ; mais les localisations spéciales de la douleur, l'absence de météorisme croissant ou le ventre rétracté, ici encore la persistance des gaz, permettent le diagnostic.
Certains empoisonnements (arsenic, tartre stibié) peuvent embarrasser, simulant surtout l'étranglement interne en produisant le collapsus algide, mais ils s'accompagnent souvent de diarrhée.
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
Les péritonites aiguës ont la fièvre, le caractère superficiel . diffus des douleurs, la précocité des vomissements. Le diagnostic des péritonite* suraiguës, par perforation siégeant sur la vésicule biliaire, lappendice csecal, l'intestin, est des plus difficiles parfois. On retiendra comme signes de j)résomption l'absence de phlegmasie antérieure du péritoine, le peu de durée de la localisation de la douleur, qui est plus marquée à la pression, le météorisme égal des deux côtés, la constipation moins absolue, les vomissements plutôt bilieux que fécaloïdes, une matité manifeste dans la région sous-ombilicale indiquant un certain degré d'épancbement, le frisson au début, puis la fièvre, qui n'apparaît dans rocclusion que si celle-ci se complique de péritonite, le pouls particulièrement serré, petit, fréquent. Mais, dans le cours de certaines péritonites, la paralysie de la tunique musculaire amène l'inertie intestinale et permet une production rapide et intense de gaz ; le tableau clinique se rapproche tellement de celui de l'occlusion que ces faits ont été décrits comme pseudo-étranglements (Ilenrot).
L'iléus nerveux, occlusion par simple spasme, n'a pas la marche fatalement croissante et les symptômes généraux rapidement mauvais ; on relève chez le sujet des stigmates névropathiques.
11 faut encore envisager l'hypothèse de certaines adénites inguinales, d'un testicule en ectopie et enflammé, ou dans la forme algide certains cas de choléra sans évacuation diarrhéique (choléra sec) qui incidentent quelquefois les épidémies cholériques.
On devra ensuite établir le diagnostic de la cause de l'occlusion, en faisant une analyse serrée des commémoratifs.
Comme causes d'occlusion aiguë, on passera en revue l'invagination aiguë, le volvulus, l'étranglement interne.
Comme causes d'occlusion chronique, l'invagination chronique (Rafinesque), les rétrécissements de l'intestin cancéreux, syphilitique ou cicatriciel, l'obstruction même dans la cavité, la compression par des organes voisins ou tumeurs, les adhérences et brides, les coudures brusques.
Enfin on fera le diagnostic du siège en recherchant le siège de la douleur primitive, le degré du météorisme et la forme du ballonnement. Ainsi, pour l'intestin grêle, l'obstruction siégeant sur la partie moyenne donne un ballonnement limité aux régions ombilicale, hypogastrique et épigastrique avec dépression des régions iliaques et angulo-coliques; si elle siège sur la fin de l'iléon, le météorisme est plus général, la saillie plus globuleuse avec persistance des dépressions coliques.
La glycosurie peut être rangée parmi les symptômes de certains étranglements herniaires. Fr. Neugebauer( Fî'm./t/m. Woch., septembre 1896), l'ayant observée dans deux cas à la clinique de Nicoladoni (de Gratz), a institué des expériences sur les chiens et les lapins pour en élucider le mécanisme : chez les animaux ayant pris un aliment hydrocarbure, la glycosurie apparaissait après la ligature d'une partie de l'intestin voisine de l'estomac (duodénum et jéjunum) ; elle faisait défaut si la ligature
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portait sur la partie inférieure de l'iléon on le gros intestin. Kalisch avait déjà émis l'opinion que la glycosurie alimentaire ap[)araît clia([ue fois que les fonctions du duodénum sont abolies. Ainsi la <>lycosurie ne doit accompagner la hernie étranglée chez riiomme ([ue si Tétranglement siège sur le duodénum et le jéjunum.
En faveur du siège sur le gros intestin, surtout à partir du côlon descendant et sur rS iliaque, on aura le météorisme le plus complet, ou un ballonnement médian encadré par de gros cylindres côlicpics.
Les auteurs anglais ont dit que la quantité d'urine émise est d'autant moindre que l'obstacle est situé plus haut; ce signe a été contesté, la diurèse pouvant être influencée par d'autres fiicteurs (vomissements, sueurs profuses).
S. Duplay a proposé d'utiliser pour se renseigner l'injection d'eau [)îul'anus, pour savoir quelle quantité l'intestin peut conserver; on comprend que là encore la tolérance du sujet est un facteur très variable.
La précocité des vomissements a été donnée comme présomption d'un siège élevé, mais elle indique plutôt l'intensité de la constriction de l'intestin.