‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 24 sur 131 · L — PRÉSENCE DANS LE SANG D'ÉLÉMENTS PARASITAIRES · texte numérisé non relu

L — PRÉSENCE DANS LE SANG D'ÉLÉMENTS PARASITAIRES

Les parasites du sang se distinguent en animaux et microbiens.

Parasites animaux. — Les seuls parasites animaux qui aient été rencontrés dans la circulation périphérique sont la fdaire de Wucherer et l'hématozoaire de Laveran.

Le diastoma hœmatohium de Bilharz, dont la présence est si commune en certains pays dans le système de la veine porte et le réseau veineux de la vessie, n'a pas encore été observé dans le sang du doigt.

FiLAiRE DE Wucherer. — La découverte delà filaria sanguinis liominis appartient à Wucherer; mais c'est Lewis (*) qui le premier a signalé son existence dans le sang d'un individu vivant.

Ce parasite est un ver qui appartient à la classe des Annélides, ordre des Nématodes, famille des Filariadées. Il présente trois variétés dites diurna, nocturnaoïi perstans, selon qu'il se rencontre dans le sang seulement pendant le jour, seulement pendant la imit ou à la fois le jour et la nuit (Patrick Manson).

Pour le mettre en évidence, il faut s'adresser à la préparation du sang frais.

La fdaire du sang a la forme d'un serpent (lig. 5). Sa longueur est de 540 [x, sa largeur est de 7 [X. Elle est formée d'une substance homogène et entourée par un tube transparent dans lequel elle peut s'allonger et se raccourcir. Ainsi qu'on l'a dit, ce tube est au parasite ce que le sarcolemme est aux libres musculaires striées. La perstans r^g. 5.- Fiiaria sanguinis hominis. seule en est dépourvue. A l'extrémité cépha- (Dapiès Lewis.)

lique de l'animal on distingue un point

qu'on considère comme i'orifice buccal et un rudiment d'œsophage. Tout d'abord très mobile, après son extraction des vaisseaux, s'agitant entre les globules sanguins sans toutefois progresser, la blaire devient peu à peu paresseuse, puis inerte. En même temps, le corps de l'animal perd son homogénéité pour devenir granuleux et finement strié.

La filaire, telle que je viens de la décrire, ne représente point le parasite adulte, mais embryonnaire. Son évolution s'achèverait dans le corps de certains moustiques qui pendant la nuit aspirent le sang des

(^) Lewis, The Hematozoon. The Lancet, 1875, t. I, p. 56

SÉMIOLOGIE DU SA?iG.

individus infectés. Transmise de Thomme au moustique, la filaire atteindrait au bout de quelques jours 1 millimètre de longueur sur 50 \j. de large. Le moustique qui la porte venant mourir dans les mares où il dépose ses œufs, elle abandonnerait son cadavre pour nager librement dans l'eau, d'où elle pénétrerait de nouveau dans le corps de l'homme soit par ingestion, soit à la faveur d'une excoriation cutanée. Traversant les tissus, elle irait se fixer dans les organes lymphatiques, où elle' ne cesse de produire des embryons. Ceux-ci se répandent dans la lymphe et, selon les circonstances, sont éliminés par l'urine ou pénètrent dans le sang, circulant pendant la nuit, se fixant dans quelque organe pendant le jour.

La filaire est l'agent d'une grande maladie des tropiques (M à laquelle les Anglais ont appliqué l'heureuse désignation de filariose (filariom diseases), maladie à expressions multiples et diverses dont la synthèse est due à la découverte du parasite. L'hématurie, la chylurie, la diarrhée chyleuse, les épanchements chyliformes, les tuméfactions ganglionnaires, les lymphorragies, l'éléphantiasis en sont les manifestations symptomatiques principales (^). Le critérium en réside dans la mise en évidence par Texamen du sang ou de l'urine de la fdaire de Wucherer.

Hématozoaire de Laveran. — Jusqu'aux travaux de M. Laveran on inclinait à penser que l'impaludisme était lié à l'infection de l'organisme par un parasite végétal. Cet observateur a renversé cette hypothèse et établi le rôle d'un parasite animal, qui est analogue à certains parasitaires de la grenouille, du lézard, de la tortue, du geai, de la corneille, de la chouette, etc., et qui, comme ces êtres, doit être rangé en histoire naturelle dans la classe des sporozoaires à côté des coccidies.

L'hématozoaire de Laveran se montre dans le sang des paludéens sous 4 formes principales qui prennent les désignations de corps sphériques, de flagella, de corps en croissant, de corps segmentés ou en rosace.

Les corps sphériques ont de 1 à 8 [jl de diamètre; ils sont formés d'une substance transparente contenant le plus souvent des grains pigmentaires noirs régulièrement ou irrégulièrement disposés. La substance hyaline des corps sphériques est douée de mouvements amiboïdes et les grains pigmentaires sont souvent animés d'un mouvement très vif. Tantôt ces corps sont libres dans le plasma sanguin et tantôt accolés aux hématies (fig. 6).

Les flagella sont fins, transparents, d'une longueur de 21 à '28 [j.. Quelques-uns sont libres ; la plupart sont insérés par une de leurs extrémités sur un corps sphérique. Certains corps sphériques en possèdent deux,

(^) Selon Guitéras, la filaire pourrait être constatée non seulement chez les individus vivant ou ayant vécu sous les tropiques, mais encore chez des individus n'ayant pas quitté certaines contrées du Nord.

(2) D'après P. Manson, la maladie désignée sous le nom de Sommeil des nègres serait également engendrée par la filaire.

(^) Laveran, Du paludisme et de son hématozoaire. Paris, 1891.

SÉMIOLOGIE DU SAiNG.

trois ou quatre. Lorsqu'un corps sphérique présente plusieurs flagella, ceux-ci s'attachent sur le même point ou se disposent d'une façon symétrique. L'extrémité libre des flagella ofl'rc habituellement un petit renflement piriforme; quelquefois aussi d'autres renflements existent dans la continuité des flagella. Libres, les flagella se déplacent avec rapidité; attachés, ils impriment au corps sphérique duquel ils émanent des mouvements plus ou moins étendus, viennent à leur contact (fig. 6).

Les corps en croissant sont effilés à leurs extrémités, souvent réunies par une ligne très fine. Ils sont composés

cmglant

et chassant les hématies qui des éléments cylindriques incurvés et

par une substance translucide, renfermant vers la partie moyenne des grains de pigment noir. Leur longueur est de 8 à 9 [j. et leur largeur de 2 \). environ. Ces corps sont toujours libres, dépourvus de flagella, inertes et chargés de pigment immobile (fig. 6).

Les corps segmentés ou en rosace sont sphériques, pigmentés au centre et régulièrement segmentés. D'après Golgi, cette forme aurait une grande importance, car elle représenterait le principal mode de multiplication du parasitaire.

Si l'étude histologique permet de fixer minutieusement les aspects divers de l'hématozoaire du paludisme, on ignore à peu près complètement le mécanisme de ses modifications successives, et l'on ne sait rien de l'état où il se trouve dans la nature, en dehors de l'organisme humain.

Les formes jeunes semblent représentées par les corps sphériques de petite taiUe qu'on rencontre surtout dans les fièvres récentes; les corps en croissant appartiennent principalement à la cachexie paludéenne.

L'image microscopique la plus frappante est fournie par les flagella; mais ceux-ci manquent, ou du moins échappent à l'observation, dans le plus grand nombre des cas. D'ailleurs, les divers aspects du parasite sont également pathognomoniques.

Lorsque le paludisme se manifeste par des accès fébriles intermittents.

Fig. 6. — Hématozoaire du paludisme. (D'après M. Laveran.) — Dans cette figure, on voit successivement une hématie à laquelle sont accolés deux corps sphériques, une hématie à laquelle est accolé un corps sphérique plus volumineux, deux corps sphériques plus volumineux encore, un corps sphérique pourvu de trois flagella, un flagellum libre, deux corps en croissant, et enfin trois corps en rosace, dont l'un est segmenté et désagrégé.

SÉMIOLOGIE DU SANG.

si l'on veut rechercher l'hématozoaire de Laveran, il faut choisir, pour l'examen du sang, les instants qui précèdent l'accès, ou le début de l'accès lui-même. Les cas dans lesquels les malades n'ont pas encore pris de quinine sont les plus favorables.

On aura recours à la simple préparation de sang frais qui a, sur les préparations sèches colorées, l'avantage de laisser aux flagella leur mobilité.

Grâce aux mouvements que ces éléments impriment aux hématies, on pourra, dans certains cas, malgré leur extrême transparence, reconnaître leur présence; mais le plus souvent, les corps sphériques seuls, que la privation de noyaux distingue radicalement des leucocytes mélanifères, seront aisément décelés par l'observateur.

Parasites microbiens. — Un grand nombre d'espèces microbiennes ont été rencontrées dans le sang périphérique ou dans le sang des viscères; il faut citer notamment le spirille d'Obermeier, la bactéridie charbonneuse, le bacille de Koch, le bacille de la morve, le bacille d'Eberth, le colibacille, le pneumocoque, le streptocoque et les staphylocoques.

Spirilles d'Obermeier. — On sait, depuis les recherches d'Obermeier que la fièvre récurrente est engendrée parmi spirille, présentant de 10 à

20 spires d'égal rayon (fig. 7). Sa longueur est de 16 à 40 [x; sa minceur est remarquable, particulièrement aux extrémités qui se terminent en s'effdant; son diamètre ne dépasse pas le quart ou le tiers de celui du bacille-virgule. Cet organisme est doué de mouvements rapides autour de son axe longitudinal et possède parfois aussi des mouvements de latéralité. Il conserve sa mobilité pendant plusieurs jours dans le sérum sanguin ou dans une solution saline, mais la , ^, . perd dans la ûlvcérine.

Fig. 7. — Spirilles d Obermeier. ^ i • • ' i?- i '

(D'après une préparation due à Sacharoii avait cxprimc 1 idcc quc les i obligeance de M. Metchnikoff.) spirilles d'Obermeier étaient une émanation

de corps protoplasmiques amiboïdes, à la façon des flagella du paludisme devenus libres; d'où la désignation d'héniatozoon de la fièvre récurrente par lui proposée; mais il a récemment reconnu l'inexactitude de ses observations.

Les spirilles apparaissent immédiatement avant les accès et disparaissent peu de temps avant la crise ou défervescence. Dans les intervalles apyrétiques qui séparent les accès ou rechutes ils font défaut dans le

(*) Obermeier, Yorkommcn fcinster, cinc Eigenbcwcgung zcigcndcr Fiiden ins Blute on Recurcus-Kranken. Centralbl. f. med. Wissens., 1875, Bd. II, S. 145,.

SÉMIOLOGIE DU SANG.

sang; on y trouve de petits corps réfringents remarqués par Sarnow et considérés par von Jaksch comme les spores des spirilles.

Deux opinions sont émises sur le mode de disparition des spirilles du sang.

D'après l'une, ils seraient tués dans le sang par la température élevée qu'ils ont provoquée, laissant des spores qui mettraient huit jours à se transformer en spirilles. Alors se produirait un nouvel accès fébrile amenant la mort des micro-organismes adultes, mais pouvant encore permettre la survie des spores.

D'après une seconde opinion émise par Ponlick, pendant l'apyrexie les spirilles se trouveraient dans la rate. Cette supposition a été vérifiée par M. Metchnikoff en 1887 et de nouveau récemment par Soudakewitch (^). Profitant de la découverte de Carter et de Koch sur la réceptivité des singes vis-à-vis de la fièvre récurrente, ces bactériologues ont pu, en innoculant un certain nombre d'animaux et en les sacrifiant à diverses phases de la maladie, constater qu'on n'observe pas de phagocytose ni de destruction des spirilles dans le sang; qu'avant la crise, les spirilles qui sont parfaitement vivants se rassemblent tous dans la rate et y sont englobés par les microphages ou leucocytes à noyaux lobés, alors que ni le foie, ni les reins, ni les ganglions lymphatiques, ni la moelle des os ne contiennent de spirilles. Si dans diverses maladies infectieuses les éléments de la rate prennent une part importante dans la lutte que l'organisme soutient contre les microbes, si même dans certaines, comme la fièvre typhoïde, le rôle principal appartient à la rate, dans la fièvre récurrente la rate serait le terrain exclusif de la lutte.

Pour rechercher les spirilles, on peut s'adresser à la préparation du sang frais qui permet de reconnaître la mobilité de ces organismes ou à la préparation de sang sec coloré avec une solution alcaline de fuchsine. D'ordinaire une simple gouttelette de sang contient un nombre considérable de spirilles. Lorsqu'ils sont rares, il convient de recourir à la méthode indiquée par Gunther (^) : faire agir pendant 10 secondes une solution d'acide acétique à 5 pour 100 sur une préparation de sang sec fixé par la chaleur, dessécher, neutraliser en exposant la lamelle aux vapeurs de l'ammoniaque, colorer au moyen de la solution de violet de gentiane et d'aniline d'Ehrlich, laver à l'eau, sécher, éclaircir, monter dans le baume au xylol. Les hématies dont l'hémoglobine a été dissoute ne se colorent pas et les spirilles se distinguent plus aisément. Leur mise en évidence est caractéristique de la fièvre récurrente.

Bagtéridie charbonneuse. — L'évolution du charbon comprend deux phases distinctes : la première est marquée par l'apparition d'un accident local, la pustule maligne ; la seconde par l'addition à cet accident de

(*) Soudakewitch, Recherches sur la fièvre récurrente. Annales de l'Institut Pasteur, 1891, p. 545.

('^) Gunther, Fortschritte d. Med., 1885, Bd. III, S. 755.

SÉMIOLOGIE DU SANG.

phénomènes généraux. A la première phase le charbon est curable, à la seconde il est inévitablement mortel.

Le diagnostic du charbon peut être établi d'une façon certaine à la première période, par l'examen bactériologique du liquide pustuleux. L'étude du sang permet de reconnaître, si l'infection est devenue générale, et si par conséquent la maladie est entrée dans la phase inéluctablement fatale.

La culture du sang et son inoculation sont à cet égard très précieuses, car elles fournissent des résultats positifs, même alors que l'infection sanguine est à son minimum. Mais malgré que certains animaux, tels que la souris, soient sensibles à l'inoculation bactéridienne au point qu'elles succombent en moins de vingt-quatre heures, le sang rempli de germes, l'inoculation comme la culture a le désavantage de ne pas pouvoir donner à une question, qui se pose d'une façon pressante, une solution immédiate.

Depuis PoUender Brauell, Da vaine (^), on sait que le simple examen microscopique du sang est capable de remplir ce desideratum dans la majorité des cas. Il sera bon de recourir successivement à la préparation

de sang frais, qui montre la bactéridie dans son immobilité, et à la préparation sèche simplement colorée avec une solution aqueuse de fuchsine, lavée dans l'eau et montée dans la glycérine, qui laisse apercevoir les parasites plus aisément.

Ceux-ci offrent la forme de bâtonnets rectilignes de 5 à 20 \j. de long (fig. 8), qui, à un grossissement de 600 à 700 diamètres, se montrent fragmentés en articles courts de 1,5 à 2 [j. de longueur sur 1 {j. à l!^,5 de largeur, placés bout à bout, comme les anneaux d'un taenia. Les extrémités de chaque article sont légèrement renflées et donnent à l'ensemble des bâtonnets l'aspect de bambous. Des espaces clairs, la plupart de forme lenticulaire, existent au niveau des interstices des articles ; ils résultent de ce que ceux-ci sont creusés à leurs extrémités. Enfin une capsule enveloppe les bâtonnets dans toute leur étendue (Gratia). Jamais les bactéridies ne prennent dans le sang les formes filamenteuses qu'elles revêtent dans les milieux de culture ; elles n'y produisent également pas de spores et s'y multiplient uniquement par scissiparité.

PoLLENDER, Caspev S Vierteljahressch. f. geritliche u. ôffentliche Med., 8, 103, 1855. (*) Davaine, Comptes rendus de l Acad. des sciences, 57, 220, 1863.

Fig, 8. — Bactéridie charbonneuse. (Préparation faite non avec du sang humain, mais avec du sang de cobaye mort 56 heures après l'inoculation.)

SÉMIOLOGIE DU SANG.

Bacilles de la tuberculose et de la morve. — Pour la recherche des baciHes de la tuberculose dans le sang, on s'adressera soit au procédé classique d'Ehrlich, soit aux méthodes plus rapides d'Herman ou de Ziehl.

C'est seulement, on le conçoit, au cours de la tuberculose granulique aiguë, pour laquelle on a d'ailleurs proposé la désignation de bacillémie, que Meisels Rûtimayer et d'autres observateurs ont relevé dans des préparations de sang la présence des bacilles de Koch. Ils sont peu nombreux, et leur découverte nécessite une grande patience; mais elle est pathognomonique.

Liebmann a insisté sur l'apparition commune des bacilles de Koch dans le sang des phtisiques soumis à l'action de la tuberculine, et de cette constatation l'on a fait une arme nouvelle contre l'usage de ce remède ; mais les affirmations de cet auteur n'ont pas généralement été confirmées.

Selon von Jaksch, le bacille de la morve pourrait être également rencontré dans des préparations de sang. Si l'on avait l'occasion de rechercher ce micro-organisme, l'on devrait traiter les préparations de sang sec par le procédé de Loeffler.

Bacille d'Eberth et colibacille. — Le bacille d'Eberth a été vainement cherché dans le sang du doigt ainsi que dans le sang veineux par divers microbiologistes. Le sang des taches rosées, par contre, a fourniàNewhaus 9 résultats positifs sur 15 cas examinés et la ponction de la rate, plus favorable encore, a permis à Maragliano, à Lucatello, à Cliantemesse et Widal d'y recueillir le bacille d'Eberth dans tous les cas.

Le colibacille a été pour la première fois rencontré dans le sang d'un individu affecté de choléra nostras par Girode et moi (^). Nous l'avions obtenu par la ponction du poumon; depuis, il a été retiré du sang du foie par Hanot dans un cas d'ictère grave et du sang périphérique dans diverses infections, notamment dans l'infection urinaire (Sittmann et Barlow).

Pneumocoque, streptocoque, staphylocoques. — Dans la pneumonie, le sang périphérique ne charrie qu'exceptionnellement le pneumocoque, si ce n'est aux approches de la mort. Le sang du foie n'est pas moins souvent stérile, et dans le cours de l'année 1896 avec mon interne Grenet, j'ai pu y chercher l'organisme de Talamon, chez 14 malades dont 6 ont succombé, sans l'y rencontrer une seule fois. La pneumococcémie peut d'ailleurs se produire en dehors de la pneumonie.

De même que le pneumocoque chez les pneumoniques, le streptocoque chez les érysipélateux ne fait irruption dans le sang qu'à l'agonie. La

(») Meisels, Wiener nied. Woch., 54, 1149, 1187, 1884.

(^) A. Gilbert et J. Girode. Contribution à l'étude clinique et bactériologique du choléra noslras. Bull Soc. méd. des hop., 1891, 6 février.

streptococcémie, toutefois, est beaucoup plus commune que la pneumoccémie : outre qu'elle peut compliquer les angines à streptocoques (Fraenkel), la scarlatine (M. Raskin), outre que selon Petruschky et Jakowski, contrairement à l'opinion de Straus, elle est fréquente chez les tuberculeux dont elle expliquerait la fièvre hectique, elle est encore et surtout la raison première de la majorité des cas d'infection purulente chirurgicale (Arloing et Chantre) et d'infection puerpérale (Doléris, Widal).

La staphylococcémie peut accompagner le furoncle, l'anthrax, l'ostéomyélite et comme la streptococcémie, à laquelle elle s'associe quelquefois, elle peut découler de l'infection d'une plaie chirurgicale ou de la plaie utérine réalisée par l'accouchement.

D'après Sittmann la constatation de staphylocoques dans le sang comporterait un pronostic moins sombre que celle du pneumocoque et du streptocoque, la pneumococcémie et la streptococcémie pouvant d'ailleurs elles-mêmes se terminer par la guérison.

IL — PRÉSENCE DANS LE SANG D'ÉLÉMENTS ANORMAUX EMPRUNTÉS A L'ORGANISME MÊME

On a observé la présence dans le sang d'éléments néoplasiques divers, sarcomateux (Simon) et épithéliomateux (^) (Nepveu), de cellules endothéliales détachées de la tunique interne des vaisseaux (Hayem), de granulations de nature indéterminée, de cristaux octaédriques (Gharcot) ne différant de la tyrosine que par leur solubilité acétique, cristaux que l'on a considérés comme constants dans la leucémie, enfin de globules rouges à noyaux et de granulations pigmentaires mélaniques.

Nous devons insister sur les caractères et sur la valeur sémiologique des globules nucléés et des particules de pigment.

Hématies nucléées. — Ces éléments ne sont pas visibles dans le sang frais; dans les préparations sèches, ils se distinguent au contraire assez aisément des autres hématies, grâce à leur noyau, sans l'addition d'aucun réactif et mieux encore après l'action de l'eau iodo-iodurée.

Leur diamètre mesure de 7i^,5 à 16 p., leur forme est arrondie, ovalaire ou irrégulière. Ils sont composés d'un corps et d'un noyau. Le corps est homogène, infdtré d'hémoglobine, moins coloré que celui des hématies vulgaires ; il prend par suite, après l'action de l'iode, une teinte acajou plus claire que celles-ci. Le noyau, volumineux, atteint jus-

(*) Sittmann, La bactcriolog-ic du sang clans les septicémies. Deutsche Arc/i. fur Jdiii. Med., 1894, Bd. LUI, S. 522.

p) De cette constatation faite sur le vif nous devons rapprocher celle que nous avons faite, M. Hanot et moi, sur le cadavre d'un individu emporté par un cancer gastro-liépatique, de l'existence dans le sang porte de cellules cancéreuses, saisies ainsi en pleine migration. V. Hanot et A. Gilbert, Étude sur les maladies du foie, 1888, p. 192.

SÉMIOLOGIE DU SANG.

qu'à 6 et 7 iJ. cle diamètre; il est sphérique ou ovoïde, fortement granuleux, dépourvu de nucléole; il occupe rarement le centre exact de riiématie; sous l'influence de l'iode, il apparaît délimité par un double contour et rempli de granulations de couleur acajou (fig. 9).

Les hématies nucléées ressemblent à l'une des variétés de globules rouges nucléées de l'embryon et à certains éléments de la moelle fœtale et de la pulpe splénique. D'ailleurs, leur apparition dans le sang est considérée comme le résultat de l'effort fait par la rate et la moelle osseuse pour compenser l'insuffisance de l'hématopoiese normale. Elles sont facilement distinguées des leucocytes dont le protoplasma se charge dans ({uelques conditions d'hémoglobine, par leur richesse toujours plus grande en cette substance et par la forme de leurs noyaux.

Ces éléments se montrent dans le sang au cours de la leucémie d'une part, où leur nombre ne dépasse jamais 1000 par millimètre cube, d'autre part dans l'anémie pernicieuse progressive et dans diverses anémies symptomatiques extrêmes ('), où ils restent toujours très peu nombreux et annoncent une issue fatale à brève échéance (Hayem).

Granulations mélaniques. — Le sang peut charrier des granulations mélaniques dans la mélanose et dans l'impaludisme.

La présence de granulations pigmentées dans le sang des individus affectés de néoplasmes mélaniques a été signalée par M. Nepveu (^).

Ce pigment est libre ou inclus dans les leucocytes; libre, il est disséminé dans le plasma sous la forme de hues granulations noirâtres ou rassemblé en cylindres courts et minces qui semblent être les moules des capillaires.

Il tire sa provenance des productions mélaniques, et son existence dans le sang doit être considérée comme l'indice de la généralisation des néo- [)lasies et comme une contre-indication à toute intervention opératoire. Mais son défaut n'autorise pas la conclusion adverse, car je n'ai pas trouvé la moindre granulation pigmentaire dans le sang d'une femme que l'autopsie, quelques jours après ma dernière prise de sang, a montrée atteinte d'un néoplasme mélanique généralisé.

Chez les enfants du premier âge, les hématies nucléées apparaissent dans le sang- plus aisément que chez l'adulte. Plus l'enfant est jeune et moins il est nécessaire que l'anémie soit marquée pour que cette apparition ait lieu, et chez les enfants de moins de cinq mois une anémie simplement intense, non extrême, suffit à provoquer la présence d'hématies nucléées dans la cu'culation. — Luzet, Etude sur les anémies de la première enfance et sur l anémie infantile pseudo-leucémique. Thèse de doct. de Paris, 1891.

(2) Nepveu, Bull, de Iff %c. de biol., t. XXYI, p. 82, 1874, et Mém. de chir., 1880, p. 165.

Fig. 9. — Hématies nucléées dans la leucémie. — (Préparation de sang sec colorée par l'eau iodoiodurée.) A côté de sept hématies nucléées on distingue deux hématies normales.

SÉMIOLOGIE DU SANG.

Chez les paludéens, le pigment mélanique apparaît au cours des accès fébriles aigus graves et disparaît rapidement après les accès aigus légers. Dans l'impaludisme chronique, il ne se montre qu'à Toccasion des recrudescences aiguës.

Il siège principalement dans le protoplasme des leucocytes et dans les hématozoaires, que l'on regarde actuellement comme les agents de sa formation aux dépens de l'hémoglobine des hématies.

Ce pigment est formé de grains plus ou moins volumineux, arrondis ou irréguliers, dont la couleur varie du brun au noir foncé. Sa composition chimique élémentaire est inconnue : on n'y peut déceler du fer par les réactifs ordinaires. Il résiste aux acides forts, à l'acide chlorhydrique et à l'acide sulfurique, même bouillants; il pâlit jusqu'à prendre une teinte jaune chamois sous l'influence des alcalis, tels que l'ammoniaque et la potasse; il se laisse dissoudre par le sulfhydrate d'ammoniaque (Kiener). Il présente donc d'étroites analogies physico-chimiques avec le pigment des tumeurs mélaniques, et se distingue au contraire nettement des autres pigments, en particulier du pigment ocre (*) à réaction ferrique, réfractaire à la potasse, que l'on rencontre fréquemment dans les organes des paludéens.

Bien que l'on connaisse un grand nombre de maladies infectieuses et d'intoxications dans lesquelles la destruction globulaire atteint un haut degré, il n'en est aucune dans laquelle la circulation de pigment mélanique dans le sang ait été constatée : la mélanémie peut donc être considérée — une réserve étant faite pour la mélanose ("^) — comme un produit exclusif et caractéristique de la maladie (Kelsch et Kiener) (^).

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