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IIL — MODIFICATIONS DES ÉLÉMENTS FIGURÉS NORMAUX DU SANG

A l'état normal, le sang renferme, outre les hématies, les hématoblastes et les leucocytes, des granulations graisseuses et des granulations de nature indéterminée.

Les granulations graisseuses sont sphériques et ont de 1 à 2 p. de diamètre. Leur nombre est susceptible d'augmenter considérablement dans quelques états morbides, le diabète et l'alcoolisme par exemple.

Les granulations de nature indéterminée atteignent jusqu'à 4 \l de

(^) A propos des faits de cirrhose pigaientaire rapportés par MM. Hanot et CliaulTard, et depuis par d'autres auteurs, MM. Kelsch et Kieuer émettent la supposition que le pigment, qui tient une si large ploce dans l'anatomic pathologique de cet état niorhide, doit offrir les caractères du pigment ocre des paludéens. J'ai pu vérifier cette hypothèse et, depuis lors, d'autres observateurs l'ont vérifiée à leur tour. Le pigment de la cirrhose pigmentaire résiste effectivement aux acides et aux alcalis et offre la réaction ferrique mise en évidence par l'action du sulfhydrate d'ammoniaque et du ferrocyanure de potassium (coloration noire dans le premier cas, bleue dans le second).

(2) Il faudrait également faire une réserve pour la fièvre récurrente.

(') Kelsch et Kiener, Traité des maladies des pays chauds, 1889, p. 304.

diamètre; elles sont sphériqiies, incolores, réfringentes, analogues à certaines granulations des ganglions lymphati([ues, de la rate et de la moelle des os. Dans la leucémie elles deviennent quelquefois très nombreuses (Hayem).

Ces modifications du sang sont peu importantes; il n'en est pas de même de celles qui portent sur les hématies, les hématoblastes et les leucocytes.

Modifications des hématies. — Le chiffre des globules rouges s'élève en moyenne à 5 000 000 par millimètre cube dans les conditions normales. Ce chiffre peut être dépassé ou n'être pas atteint.

L'augmentation du nombre des hématies, Vhypercytéinie, résulte soit de la privation des boissons, soit de la soustraction à l'organisme d'une certaine quantité de liquide : le jeûne et l'inanition d'un côté, de l'autre les transpirations abondantes, les purgations (Brouardel) (*), les diarrhées, notamment la diarrhée cholérique, réalisent ces conditions. A la j)hase algide du choléra, on peut compter jusqu'à 6 500 000 hématies.

Si la pléthore n'était pas un mot, elle devrait avoir pour substratuin anatomique une élévation permanente du nombre des globules rouges ; à la vérité, quelques individus ont bien d'une façon constante près de 0 000000 d'hématies, mais sans offrir les manifestations attribuées à cette disposition morbide (Hayem).

C'est dans la cyanose congénitale, dans la Maladie bleue, que les hypercytémies les plus remarquables ont été relevées, sans que d'ailleurs une explication pleinement satisfaisante en ait été fournie. Krehl le premier a signalé ce fait, qui a été vérifié en France par M. Vaquez, par M. Hayem et par moi-même. Dans mon cas, le chiffre des hématies s'élevait à 7 500000, mais il peut devenir plus considérable encore et atteindre 8 et môme près de 9 millions.

La diminution du chiffre des hématies, ïoligocytémie, est extrêmement commune : les privations, les fatigues, les chagrins, les excès, le défaut d'air et de lumière, les hémorragies, les troubles digestifs et circulatoires, les maladies infectieuses aiguës et chroniques, notamment la tuberculose et la syphilis, les intoxications, entre autres la saturnine, les affections néoplasiques, le cancer et la lymphadénie, certaines maladies nerveuses, telles que l'hystérie, enfin la chlorose et l'anémie pernicieuse en sont les sources les plus habituelles (-). Il est très fréquent de voir le chiffre des hématies décroître jusqu'à 4, o et même 2 millions. Il peut tomber beaucoup plus bas : M. Hanot et moi (^) avons relaté une observation de cancer hépatique massif dans laquelle il n'étaitplus que de 600000.

(^) Brouardel, De l'influence des purgatifs et de l'inanition sur la proportion des globules rouges contenus dans le sang. Soc. méd. des hôp., et Union méd., n° 110, 1876.

(■•^) Yoy. dans A. Gilbert et G. Lion, Hématologie clinique [Arch. gén. de méd., 1884, nov. et déc), les modifications du nombre des bématies dans les divers états pbysiologiqucs.

p) Y. Hanot et A. Gilbert, Loc. cit., p. VIT».

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SÉMIOLOGTE DU SA>G.

A la période terminale de ranémie pernicieuse, il s'affaiblit parfois encore pour descendre au-dessous de 500000. Selon M. Hayeni, lorsque, à la suite d'une ou deux grandes hémorragies, le nombre des globules rouges s'abaisse au-dessous de 1 500000, la vie est en danger; cependant la guérison a été observée alors que le sang ne contenait même plus 1 million de globules par millimètre cube. Dans les anémies progressives, la réparation du sang n'est impossible que lorsque le chiffre des hématies devient inférieur à 500000.

Les modifications qualitatives des hématies peuvent porter sur leurs dimensions et sur leur forme; elles peuvent consister en une diminution de leur richesse en hémoglobine, en une combinaison anomale de cette hémoglobine; enfin elles peuvent se traduire par l'augmentation de leur viscosité, par leur vulnérabilité excessive, par leur mobilité et pai' l'inversion de leurs réactions micro-chimiques.

Les hématies dans les conditions physiologiques ont de 6 à 9 [x de diamètre et se distinguent en petites, moyennes et grandes : les premières ont un diamètre moyen de 6!-^, 5 les secondes de 1'^-,^ les dernières de 8!^-, 5. On trouve de plus, dans le sang, quelques rares éléments nains dont le diamètre oscille entre 5!^,5 et 6 [j..

A l'état pathologique, on peut voir s'accumuler dans le sang un nombre considéral)le de (/lobules nains; de plus, on peut y voir* apparaître des éléments anomaux, les globules géants, dont le diamètre mesure^de 9 à 1*2 \). et atteint parfois 15 et 16 \j. (Hayem).

Les conditions étiologiques de l'oligocytémie sont également celles de la multiplication dans le sang des globules nains et de l'apparition des globules géants. Toutefois, on le coni^^oit, à la suite d'une ou deux grandes pertes de sang, le nombre des globules rouges reste })endant quelques jours purement et simplement abaissé. De même, à la fin des maladies aiguës et au début des anémies chroniques symptomatiques de la tuberculose ou du cancer, par exemple, la lésion du sang consiste à peu près exclusivement dans l'abaissement du chiffre des globules rouges (Hayem).

M. Malassez a proposé la distinction des anémies en deux groupes, dont l'un serait caractérisé parla diminution du diamètre des hématies, l'autre par son augmentation. Au premier groupe se rattacheraient les anémies symptomatiques, à l'exception de l'anémie saturnine qui se rangerait avec la chlorose dans le second. Mais, en réalité, ainsi que M. Hayem l'a établi, les globules géants et les globules nains n'appartiennent exclusivement cà aucune des modalités de l'anémie. D'une façon générale, dans les anémies légères ou moyennes, ce sont les globules nains qui prédominent, tandis que les globules géants ne sont qu'en faible proportion ; dans les anémies extrêmes au contraire et dans l'anémie pernicieuse plus particulièrement encore, le chiffre des globules géants s'élève progressivement jusqu'au tiers du chiffre total.

La moindre modification apportée dans la conformation des globules

SÉMIOLOGIE DU SANG.

rouges est facile à apprécier, en raison de la constance à l'état sain de leur aspect régulièrement discoïde et biconcave.

Parmi les formes anomales qu'ils peuvent prendre, les unes sont artilicielles et se produisent après l'issue du sang hors des vaisseaux, les autres préexistent dans le sang en circulation.

Les déformations du premier ordre, imputables à l'observateur luimême, se produisent sous l'influence de l'humidité, du choc de la lame ou de la lamelle, au contact de corps étrangers, etc. La fragmentation des hématies, leur état mûriforme et crénelé, rentrent dans cette catégorie. Il en est de même de leur transformation en corpuscules incolores et en microcytes. Considérés comme les représentants d'un quatrième élément du sang, les coyyusciiles incolores décrits par Norris(*) ne sont autre chose que des hématies privées d'hémoglobine, devenues sphériques, vésiculeuses et transparentes. Les microcytes étudiés par Masius et Vanlair(^) sont des hématies devenues sphériques en conservant leur hémoglobine, et par suite plus petites et plus foncées que les hématies normales. La description de la microcytémie reposerait ainsi tout entière sur une technique insuffisante de la préparation du sang (Hayem).

Les modifications de forme des hématies (poikilocytose de Quincke) qui préexistent dans le sang en circulation ne font pas perdre à ces éléments leur biconcavité. Elles consistent essentiellement dans la perte de la forme discoïde régulière, compliquée ou non de la production de prolongements partant du bord épais de l'élément (voy. fîg. 10). « Supposez qu'on prenne un disque mou, biconcave, à bord épais et malléable, qu'on le saisisse à pleines mains, qu'on l'étiré de manière à en altérer la forme circulaire, puis que sur divers points de ses bords on soulève des prolongements variables, on aura ainsi une idée des divers aspects que peuvent prendre les globules rouges. Tout en restant biconcave, le disque deviendra ovalaire, piriforme, fusiforme ou plus irrégulier encore, tandis que le bord portant un ou plusieurs prolongements formera, avec le corps de l'élément, l'image d'une raquette, d'une cornue, d'un marteau ou même d'un corps tellement irrégulier qu'il échappera à toute comparaison (Hayem). »

Si la simple diminution du chiffre des hématies caractérise pendant quelques jours l'anémie qui succède à une hémorragie abondante, si cette simple diminution constitue la lésion dominante de l'anémie qui succède aux maladies aiguës et de l'anémie chronique symptomatique commençante, l'altération de la forme des globules et de leurs dimensions sans diminution notable de leur nombre ne se rencontre que dans la chlorose de moyenne intensité ou dans la chlorose en cours de traitement déjà améliorée, mais non guérie ; sa valeur diagnostique est donc considérable. Enfin, la coexistence de ces modifications diverses, diminution de nombre, altération de forme et de dimensions, appartient également,

(1) NoRRis, l,ondon med. Record, janv. 1880.

(2) Masius et Vanlair, De la microcvthémic. Bull, de l'Acad. de méd. de Belqique p 5F) 1871. " Ji •

SÉMIOLOGIE DU SANG.

une réserve étant faite pour les cas spécifiés dans les lignes précédentes, à toutes les anémies chroniques spontanées et symptomatiques (Hayem).

L'appauvrissement des hématies en ^^hémoglobine se manifeste déjà à l'examen grossier du sang par sa décoloration. Au microscope, on peut reconnaître que la décoloration porte plus spécialement sur les petits globules et sur les globules déformés. Mais ces constatations macroscopique et histologique ne sauraient donner la mesure de la raréfaction de l'hémo-

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