‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 26 sur 131 · Préparation de sang sec dans la chlorose · texte numérisé non relu

Préparation de sang sec dans la chlorose

Les hématies se font remarquer par l'irrégularité et la hizarrerie de leur forme, par rinégalité et la petitesse de leur taille (on distingue quelques globules nains). En bas et à droite du dessin est représenté im leucocyte, au centre un hématoblaste. (Cette figure doit être comparée à la ligure 1.)

globine. Celle-ci ne saurait davantage, en raison de la faible quantité de sang prélevée, être demandée aux méthodes chimiques adoptées par Pelouze, Hoppe-Seyler, MM. Schutzenberger, Risler et Quinquaud. Schmaltz s'est adressé à l'étude du poids spécifique du sang : à toute diminution de l'hémoglobine correspondrait un abaissement proportionnel du poids spécifique ; chez l'homme, ce poids serait, à l'état normal, de 1,059, chez la femme de 1,056; dans la chlorose et les anémies symptomatiques, il tomberait à 1,050, 1,040 et même 1,050. Preycr, M. Henocque(*) et

(*) Hénocque, art. Hématoscoi-ie, Hématoscope, Hémato-spectuoscopes, du Diction, encyclop. des sciences médicales.

(rautres observateurs ont eu recours à des métliocles spectroscopi([ues. Mais la connaissance du taux de Thénioglobine, depuis les travaux de Welcker, est surtout demandée aux procédés chromométriques. Grâce à ceux-ci, on peut savoir d'une façon suffisamment rigoureus(» si l'hémoulobine contenue dans 1 millimètre cube de sancf, c'est-à-dire si la richesse globulaire, ou par abréviation R, atteint les 4/5, 5/5, les *2/5 du taux normal, en d'autres termes, si R= 4 millions, 5 ou 2 millions.

Bien plus, en combinant la chromométrie et la numération des globules,, par abréviation N, on peut fixer la valeur de chaque globule en hémoglobine, c'est-à-dire la valeur globulaire, ou par abréviation G. Cette détermination n'est pas sans importance. Dans la majorité des cas, le taux de l'hémoglobine s'abaissant plus que le chiffre des hématies, la valeur de chaque globule en hémoglobine devient inférieure à la normale, c'està-dire à l'unité, et G = 0,80, 0,50, etc. Mais il n'en est pas toujours ainsi : dans les anémies extrêmes, surtout dans l'anémie pernicieuse progressive, le chiffre des hématies s'abaisse plus que le taux de l'hémoglobine, et la valeur globulaire tend à devenir supérieure à la normale, ce qu'explique aisément la présence dans le sang d'un grand nombre de globules géants. Ce rapport inverse du chiffre des hématies et du taux de l'hémoglobine dans les anémies légères et moyennes d'une part, de l'autre dans les anémies extrêmes et dans l'anémie pernicieuse, a une certaine signification diagnostique, sans que l'on puisse dire toutefois, ainsi qu'on l'a écrit, que l'exagération de la valeur globulaire soit caractéristique de l'anémie pernicieuse, puisque, ainsi que nous venons de le dire, la même constatation peut être faite, très rarement, il est vrai, dans les anémies essentielles et symptomatiques ayant atteint le degré extrême.

Au point de vue du pronostic, la connaissance de la richesse globulaire rapprochée de la notion du chiffre des hématies a également une certaine portée : à richesse globulaire égale, le pronostic sera d'autant moins fâcheux que la valeur globulaire sera plus faible, c'est-à-dire que le nombre des hématies sera plus élevé. Ainsi, une anémie dans laquelle R (richesse globulaire) = 1 million, N (nombre des hématies) =1 million, G (valeur globulaire) — !, est beaucoup plus grave qu'une anémie dans laquelle R= 1 million, N = 2 millions, G = 0,50 (Hayem).

Les notions précédentes permettent de saisir les traits distinctifs des quatre degrés que M. Hayem a délimités dans l'anémie.

V anémie du premier degré, dite légère, est caractérisée par l'abaissement de la richesse globulaire R, qui devient égale à 5 ou 4 millions; N, le nombre des hématies, égale 5 à 5 millions; G égale ainsi l'unité ou descend jusqu'à 0,65.

Dans V anémie du deuxième degré, dite moyenne, R varie de 2 à o millions; N oscille de 5 à o millions. Les globules petits et nains sont en grand nombre et G tombe de 0,70 à 0,30, s'arrêtant d'ordinaire autour de 0,50.

Dans Vanémie du troisième degré, dite intense, R égale de 2 millions

SÉMIOLOGIE DU SANG.

à 800000 globules; N égale de 4 millions à 800 000; G peut descendre jusqu'à 0,40, mais souvent se rapproche de l'unité, qu'il dépasse légèrement dans certains cas. On distingue deux variétés d'anémie du troisième degré, l'une à petits globules et à globules nains, l'autre à grands globules et à globules géants. Dans la première variété, le nondjre des globules est élevé et la valeur de G faible; dans la seconde, le nombre des hématies est faible et la valeur de G forte, égale ou supérieure à l'unité.

Vanémie du quatrième degré, dite extrême^ est caractérisée par un appauvrissement tel du sang en hémoglobine, que R égale un chilï're qui ne dépasse pas 800000; N est de même exprimé par un chiffre maximum de 800000; à ce degré de l'anémie, les grands globules et les globules géants deviennent nombreux, si bien que G égale de 0,88 à 1,70. Les hématies nucléées apparaissent dans le sang.

Les deux états dans lesquels se trouve normalement l'hémoglobine des hématies nous sont connus : ou bien elle est à l'état d'hémoglobine dite sim])le ou réduite, ou bien elle est combinée à l'oxygène et à l'état d'oxyhémoglobine. L'hémoglobine réduite donne au sang une coloration noire, veineuse; l'hémoglobine oxygénée, une coloration rouge, artérielle. La distinction des deux états de l'hémoglobine peut être faite à l'examen microscopique, à la condition que la préparation du sang contenant des globules chargés d'hémoglobine réduite, connue dans l'asphyxie, par exemple, soit faite ra|)idement afin que l'hémoglobine ne s'oxyde pas au contact de l'air : l'hémoglobine oxygénée donne aux éléments qui la contiennent une coloration claire, l'hémoglobine réduite une teinte sombre. Mais la distinction des deux états de l'hémoglobine est remarcpiablement plus aisée, nous y avons insisté, par l'examen spectroscopique.

L'hémoglobine peut, d'autre part, former des combinaisons anomales et se trouver dans les globules sanguins à l'état dliémoglobine oxycarbonée ou de méthémoglobine. La rutilance du sang, les réactions spectrales de l'hémoglobine oxycarbonée suffisent à la caractériser; sa signification sémiologique est nettement déterminée. Le spectre de la méthémoglobine a été précédemment figuré; on pourra être mis sur la voie de l'existence de la méthémoglobine dans le sang à la teinte légèrement brunâtre et terne qu'elle impose aux hématies. J'ai énuméré les conditions étiologiques au milieu desquelles elle se produit, et par suite je n'ai pas à insister ici sur sa valeur diagnostique.

La vulnérabilité anomale des hématies, telle qu'elles se transforment aisément hors des vaisseaux en corpuscules peu colorés (chlorocytes d'Hayem) et en corpuscules incolores (achromacytes d'Ilayem), ou telle que sur des préparations sèches elles ne se conservent point et s'entourent de cristaux, ou telle enfin que sur des préparations sèches elles prennent l'aspect cril)riforme, correspond à des altérations qualitatives des hématies qui ne sont pas nettement fixées ; elle a d'ailleurs peu d'importance au point de vue sémiologique. Il suffit de savoir que les chlorocytes et les achromacytes appartiennent surtout aux maladies infectieuses graves, et

SÉMIOLOGIE DU SANG.

que les métamorphoses cristallines se montrent dans les diverses anémies.

La viscosité des hématies correspond également à des modifications qualitatives indéterminées. En dehors de toute interprétation, ce phénomène pathologique est d'une constatation aisée. Dans les conditions normales, si avec la pointe d'une aiguille on presse sur la lamelle qui recouvre une préparation de sang humide, récemment faite, on voit les piles de globules rouges s'étirer comme si elles étaient en caoutchouc. Dès que la pression cesse, les piles reprennent leur disposition primitive sans que les éléments qui les constituent aient cessé d'être soudés entre eux. Lorsque la coagulation est effectuée, la viscosité, à la faveur de laquelle les hématies se groupent en piles, diminue, et si alors on exerce la moindre pression sur la lamelle, les piles se déforment, se désagrègent et les hématies se dispersent. Dans un certain nombre d'états morbides, la viscosité des hématies augmentant, les piles qui résultent de leur entassement, au lieu de former des îlots disséminés dans une mer, se réunissent pour circonscrire des lacs plasmatiques. Quelquefois même, notamment dans les cachexies, dans la cirrhose hypertrophique avec ictère d'Hanot, les hématies particulièrement visqueuses se soudent pour former une masse commune (Hayem).

La mobilité des hématies constitue une des manifestations les plus curieuses de leur constitution morbide. A l'état normal, dans une préparation de sang pur, les globules rouges apparaissent absohiment immobiles; il n'en est pas de même à l'état pathologique, lorsque le sang présente les lésions de l'anémie extrême ou du quatrième degré, quelles que soient d'ailleurs les conditions étiologiques de ces lésions, qu'il s'agisse d'anémie extrême pernicieuse progressive, d'anémie extrême chlorotique, ou d'anémie extrême symptomatique d'un cancer ou de toute autre affection. Dans ces conditions, certaines hématies manifestent leur contractilité selon quatre modes différents (Hayem) (^) : les unes apparaissent douées dans toute leur masse d'une obscure contractilité amiboide et se déforment à la façon des leucocytes ; d'autres se munissent d'un à trois prolongements tentaculaires colorés par l'hémoglobine, immobiles ou doués de mouvements et capables d'amener des oscillations dans le corps globulaire d'autres encore oscillent constamment sur place, s'ofPrant à l'observation tantôt de champ, tantôt obliquement et tantôt à plat; enfin, certaines hématies prennent l'apparence de bâtonnets noueux, étroits, d'une longueur de 5 à 12 [j., et acquièrent la propriété de se déplacer avec activité dans le champ microscopique. Les globules mobiles de ce dernier type méritent la désignation de pseudo-parasites que leur adonnée M. Hayem. Il n'est pas douteux que plusieurs observateurs ne les aient pris pour des parasites véritables. Leur mobilité persiste de deux à trois heures, au bout desquelles ils se transforment en éléments rigides. On peut alors recon-

(1) Hayem, De la contractilité des globulesj rouges et des pseudo-parasites du sang dans l'anémie extrême. Bull, de la Soc. des hôp., 1890, p. 118

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naître qu'ils sont composés par des globules nains déformés dont le disque très exigu porte un ou deux prolongements en doigt de gant. Les hématies mobiles seraient des éléments de constitution imparfaite, ayant conservé, tout en fixant une certaine proportion d'hémoglobine, les propriétés contractiles des hématoblastes.

Selon von Jaksch, Maragliano et Castellino, la faculté de devenir contractiles serait pour les hématies une manière banale de manifester leur souffrance, et les déformations globulaires, si variées et si communes dans les anémies, en seraient la conséquence et le témoignage.

La pâleur des hématies par insuffisance d'hémoglobine, leur contractilité, leurs déformations, seraient des phénomènes connexes; il en serait de même des modifications de leurs aptitudes colorantes (Maragliano et Castellino). Contrairement aux hématies saines dont le protoplasma se teint sous l'action des couleurs acides, les hématies des anémiques se coloreraient dans leurs portions altérées, douées de contractilité amiboïde qui en entraîne la déformation, sous l'influence des substances basiques. Il existerait dans ces conditions, si je puis m'exprimer ainsi, une véritable inversion des réactions histo-cliimiques du protoplasma globulaire.

MoDiFiCATioAs DES HÉMATOBLASTES. — Chcz l'homiue adultc, OU comptc en moyenne 250000 hématoblastes par millimètre cube. Dans l'état pathologique, le nombre de ces éléments peut s'abaisser jusqu'à 50 000 et s'élever jusqu'à 800 000.

La diminution du chiffre des hématoblastes se rencontre dans les fièvres de longue durée, telles que la fièvre typhoïde, dans les anémies extrêmes et dans l'anémie pernicieuse. Elle est la marque de l'atteinte du processus hématopoiétique dans son principe même.

L'augmentation du chiffre des hématoblastes est transitoire ou durable.

Transitoire, elle se manifeste brusquement après les hémorragies et les maladies aiguës. Elle constitue la poussée hématohlastique, la caractéristique principale de la crise hématique. Elle est de bon augure, car elle est le signe de la rénovation du sang. Sa durée passagère tient à la transformation rapide des éléments nouveaux en hématies.

Durable, elle se produit progressivement dans la chlorose et les anémies syinptomatiques légères ou moyennes. Elle est la conséquence de l'arrêt d'évolution des hématoblastes qui, quoique formés en moins grand nombre qu'à l'état normal, ne parviennent pas à se transformer en hématies.

Dans ces mêmes conditions, les hématoblastes qui à l'état physiologique mesurent un diamètre de 2 à 5 \x peuvent offrir des formes hypertrophiées dont le diamètre atteint 5 et 6t*,5. Ces hématoblastes, auxquels convient le qualificatif de géants sont donc supérieurs en taille à un grand nombre d'hématies; mais ils s'en distinguent par leur forme, leur vulnérabilité et leur défaut d'hémoglobine (Hayem)(^).

(*) Les hématoblastes peuvent présenter d'autres altérations : comme les hématies et dans les

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Modifications des leucocytes. — Les 6000 leucocytes que contient par millimètre cube le sang normal se distinguent en 3 variétés. Dans la première se rangent de petits éléments, d'un diamètre de 6 à 7!^,5, formés d'un unique noyau entouré d'une très mince couche de protoplasma finement granuleux (fig. 11). La seconde comprend des globules plus volumineux de 7î^,5 à 10 [j. de diamètre, composés d'une masse protoplasmique notable, finement granuleuse, contenant un seul noyau plus ou moins singulièrement découpé ou des noyaux multiples (fig. 11). Dans la troisième variété, enfin, se placent des éléments de 8 à 9f^,5 de diamètre pourvus d'un noyau simple, de deux noyaux distincts, ou d'un double noyau en bissac et d'un protoplasma abondant, chargé de grosses granulations réfringentes (fig. 11).

Les leucocytes les plus nombreux sont ceux de la deuxième variété, qui représentent 70 pour 100 du chiffre total; ceux de la première forment 25 pour 100 et ceux de la troisième 7 pour 100 (Hayem).

La deuxième et la troisième variété renferment des globules doués de contractilité amiboïde ; les éléments de la première en sont généralement privés.

Ainsi que l'a montré Ehrlich (^), les granulations protoplasmiques des leucocytes normaux possèdent ce caractère commun de se colorer par des réactifs neutres. Mais toutes les granulations, et par suite tous les leucocytes, ne sont pas neutrophiles, et l'on peut rencontrer dans le sang normal un certain nombre d'éléments dont les granulations se colorent sous l'action des réactifs acides, tels que l'acide picrique et l'éosine, ou sous l'influence des réactifs basiques, tels que le violet ou le vert de méthyle, la fuchsine, le violet de gentiane. Dans la première alternative, les granulations et les leucocytes sont dits acidophiles ou ëosinophiles ; dans la seconde, basophiles.

Selon Zappert (^), le nombre des leucocytes éosinophiles à l'état normal serait de 50 à 250 et pourrait s'élever jusqu'à 700 par millimètre cube.

A l'état pathologique, les leucocytes peuvent subir des modifications considérables dans leur nombre, dans la proportion respective de leurs variétés, dans leurs dimensions, dans leur contractilité amiboïde, ainsi que dans leur protoplasma, leurs granulations et leurs noyaux.

mêmes conditions, ils donnent parfois naissance à des cristaux ; dans des affections diverses, ils laissent exsuder une abondante matière visqueuse et s'agglomèrent pour former de petites concrétions auxquelles M. Hayem donne le nom de plaques cachectiques et de plaques phlegmasiques.

(») Ehrlich, Zeitsclir. f. klinische Medicin, Bd. I, S. 553, 1880. — Eichorn, Id., 1884. (2) Zappert, Cellules cosmophiles dans le sang humain. Zeitschr. f. klin. Med., XXIII, S. 227.

Fig. 11. — Leucocytes du sang normal. — En haut est représenté un élément de la première variété (globulin de Robin); au-dessous deux éléments de la deuxième variété ; en bas un élément de la troisième variété.

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La diminution du chiffre des leucocytes s'observe dans les mêmes conditions que Foligocytémie hématoblastique, c'est-à-dire dans les fièvres prolongées, telles que la fièvre typhoïde, dans les anémies extrêmes et dans Tanémie pernicieuse. Le nombre de ces éléments peut descendre jusqu'à 2 000 (Hayem).

Le chiffre des leucocytes doit être considéré comme accru lorsqu'il dépasse 10 000; il peut s'élever à 500000 et au delà.

Le degré de l'augmentation du nombre des leucocytes a une haute signification : seule, la leucémie ou leucocytémie comporte une multiplication considérable de ces éléments et tous les chiffres supérieurs à 70 000 lui appartiennent (Hayem).

Les leucocytes nouveaux ne se rangent pas dans une seule et même variété; cependant, ceux de la première variété, c'est-à-dire les glohulins de Robin, prédominent dans la leucémie ganglionnaire et ceux des autres variétés dans la leucémie splénique. A côté des leucocytes de dimensions normales, se montrent d'ailleurs dans le sang des formes naines dont le diamètre demeure inférieur à 6 [x, et des formes géantes dont le diamètre atteint 15, 16 et même 20 \h.

On a insisté sur la perte de la contractilité amiboïde des leucocytes recueillis dans le sang des leucémiques (Neumann, Lowit). A cet égard, il y a lieu de faire cette remarque que les leucémies ganglionnaires sont principalement caractérisées par l'augmentation du chiffre des globules blancs de la variété 1 , et que ces éléments ne possèdent généralement pas de contractilité à l'état normal. Dans un cas de leucémie splénique où j'ai étudié (') l'état de la fonction amiboïde des leucocytes, j'ai noté que les globules géants ainsi que ceux de la première variété en étaient privés, alors que les éléments de la deuxième et de la troisième variété en jouissaient normalement.

On a également mentionné la possibilité de l'infiltration liémoglobique et de la dégénérescence hyaline des leucocytes dans la leucémie. Leur infiltration par des granulations graisseuses serait, selon Mosler, la marque de leur origine médullaire et la caractéristique d'une leucémie myélogène.

Plus importantes seraient, d'après Ehrlich, les modifications présentées par les granulations protoplasmiques des leucocytes dans leurs réactions colorantes.

Vacidophilîe ou éosinophilie d'un grand nombre d'entre eux serait un signe indubitable de leucémie. Mais les recherches récentes n'ont pas confirmé cette manière de voir. D'une part, non seulement à l'état normal (Zappert, Troje), mais encore dans la chlorose et les anémies graves (Canon, Kanthack (^), Zappert) on peut trouver un nombre considérable de leucocytes éosinophiles dans le sang, d'autre part cette même

(*) A. Gilbert in G. Hayem, 1. c, p. 856.

(^) Kanthack, De l'augmentation du nombre des leucocytes éosinophiles comme élément de diagnostic de la leucémie. Bi it. med. Journ., 46 juillet 1892.

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modification des leucocytes peut faire défaut dans la leucémie (Dreschfeld, Kantliack, Troje, etc.).

Troje (^), enfin, a cherché dans l'état des noyaux des leucocytes un caractère propre à la leucémie. Ceux-ci offriraient un certain nombre de figures karyokinétiques alors qu'on n'en observerait pas dans le sang normal. Cependant Spronck en aurait rencontré chez des individus sains dans deux éléments sur 1000.

Des états morbides très nombreux, en dehors de la leucémie commençante, sont capables d'amener une élévation du chiffre des leucocytes telle que l'on en compte de 10 à 70 000 par millimètre cube.

Toute augmentation du nombre des leucocytes qui ne dépend pas de la leucémie ou leucocytéinie, prend l'appellation de leucocijtose ; on doit distinguer une leucocytose permanente et une leucocytose passagère ('^).

L'élévation durable du chiffre des globules blancs reconnaît pour causes principales les néoplasies carcinomateuses et sarcomateuses.

On compte assez fréquemment, dans ces alfections, de 10 à '20 000 leucocytes. M. Hayem môme a relevé le chiffre de 50 000 dans un cas de sarcome des os et celui de 70 000 dans un cas de cancer du corps thyroïde. On conçoit l'utilité de la constatation de cette leucocytose dans certains faits où le diagnostic est incertain (").

L'accroissement transitoire du nomlire des leucocytes est un fait d'une grande banalité.

Les hémorragies en sont suivies, ainsi cpie Ilenle, Remak, Moleschott, Vierordt, Weber, M. Kirmisson et d'autres auteurs l'ont établi.

11 en est de même des suppurations (Malassez) : le phlegmon, l'angine phleginoneuse, la morve, le larcin, la pyohémie, s'accompagnent de leucocytose. Le chiffre des leucocytes s'élève rapidement et s'accroît tant que le pus ne se fait pas jour au dehors; l'évacuation du pus amène une diminution subite de ces éléments.

La pneumonie (Hayem, Granclier), si l'on excepte sa forme typhoïde (Hayem et Gilbert), provoque l'apparition d'une leucocytose dont la courbe suit parallèlement la courbe thermique pour s'abaisser subitement avec elle le jour de la défervescence. Des effets semblables sont occasionnés par l'érysipèle (Vulpian et Troisier), le rhumatisme articulaire aigu, la goutte aiguë, la pleurésie, la bronchite, la pneumonie tuberculeuse, la grippe, l'embarras gastrique, la dysentérie, la néphrite diffuse aiguë, la blennorragie aiguë, la méningite tuberculeuse, les fièvres éruptives à une phase de leur évolution, le charbon, le scorbut, la diphtérie.

Sur la leucocytose diphtérique, particulièrement, de nombreuses publications ont paru. Je citerai celles de MM. Bouchut et Dubrisay, de M. Culfer, de MM. Lécorché et Talamon, de M. Binant. En présence des

(*) Troje, Ueber Lcukacmic iind Pscudolcukacmio. Berlin, klin. Wochenschr., n° 12, S. 285, 1892.

(2) iNous n'avons pas à nous occupiT ici des loucocytoscs pliysiolog-iqucs et thérapeutiques. ("') Alexandre, De la leucocytose dans les cancers. Thèse de doct. Paris, 1887.

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opinions contradictoires émises par les différents observateurs, je n'ai pas jugé inutile en 1885, alors que j'étais interne de M. Grancher, d'étudier à nouveau la question

Mes recherches ont comporté 58 examens (^) et se sont adressées à 2'2 cas. Ceux-ci doivent être distingués en deux catégories, la première comprenant les cas simples quelle que soit la localisation de la diphtérie, la seconde les faits complexes.

Les cas simples sont au nombre de 15, dont 6 se sont terminés par la guérison et 9 par la mort.

Dans les diphtéries simples guéries, le nombre le plus élevé des leucocytes, dans chaque cas, a été le suivant : 1" 12 000; l"" 14000; Tf 15000; 4« 11000; 5° 10 000; 6*' 14 000.

Sur les 9 cas simples terminés par la mort, il en est 5 qui méritent une place à part, parce qu'après la numération a été faite la trachéotomie qui a pu jouer un certain rôle dans l'issue de la maladie; dans ces trois cas le nombre le plus élevé des leucocytes a été : IMl 000; 2*^ 7 000; 7f 10 000. Dans les 6 autres cas, le chiff^re des globules blancs le plus élevé était : r 15000; 2° 16 000; 7f 7 000; 4° 12 000; 5" 17 000; G'' 6 000.

Sous la rubrique de cas complexes je range ceux dans lesquels coexistait avec la diphtérie, soit une adénite suppuréc, soit une surface suppurante due à l'action d'un vésicatoire et entourée d'une auréole érysipélateuse ; un cas dans lequel la diphtérie avait été précédée de rougeole et s'accompagnait d'une néphrite intense; enfin des faits dans lesquels la numération a été pratiquée après la trachéotomie. Ces faits, au nombre de 7, m'ont donné des chiffres dont les plus élevés sont les suivants : riOOOO; 2^20000; 5^ 17000; 4° 13000; 5^*25000; 6^51 000; 7" 51 000.

Ces numérations montrent que dans la diphtérie simple la leucocytose est fréquente, sans être constante; qu'elle est légère, puisque le chiffre des leucocytes le plus élevé que j'aie obtenu est de 17 000; qu'elle n'est pas en rapport avec la gravité de la maladie, et qu'elle peut manquer dans des cas mortels (dans 2 cas d'angine diphtérique mortelle, sans croup, j'ai compté 7 000 et 6 000 globules blancs). Elle n'a donc pas la valeur diagnostique ni la valeur pronostique qu'on a voulu lui attribuer, d'autant que l'angine simple, dite pultacée, peut s'accompagner de leucocytose (11 000 leucocytes dans l'une de mes observations, 12000 dans l'autre; 9 000, 15 000 et 15 000 dans 5 observations que m'a communiquées M. Lion).

Ces numérations montrent en outre que des causes diverses intercur-

Récemment, M. Gabritschewsky a encore dénombré les leucocytes dans la diphtérie. G.vBnrrscHEWsKY, Annales de l'Institut Pasteur, 1894, p. 675.

(-) Le chiffre des hématies dans presque tous les cas a oscillé autour de 4500000; dans quelques cas il s'est élevé à 5000000 et au-dessus, dans quelques cas il est descendu à 4000000 et au-dessous. La valeur globulaire, dans 12 cas, a oscillé entre 0,90 et 1, dans les autres elle s'est abaissée au-dessous de 0,90 jusqu'à 0.60.

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renies ont une action très manifeste sur le nombre des leucocytes et peuvent en porter le chiffre au delà de 30 000; qu'il y a lieu par conséquent, pour apprécier le rôle joué par la diphtérie dans la production d'une leucocytose, de dégager les faits simples des faits complexes.

J'ai recherché si la multiplication du nombre des leucocytes présentait des connexions étroites avec l'augmentation de la fibrine du sang, et si elle était subordonnée à la tuméfaction des amygdales et des ganglions du cou, mais il ne m'a pas semblé que ni cette connexion ni cette subordination fussent évidentes.

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