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ANALYSE SPECTROSCOPIQUE DE L'HÉMOGLOBINE

Les procédés employés dans les laboratoires présentent des difficultés techniques et des manipulations compliquées, mais en suivant la méthode et les procédés que j'ai institués sous le nom d'hémato-spectroscopie, il est très facile de pratiquer la spectroscopie du sang, même au lit du malade.

Prenant pour base de ma méthode ce principe général que le sang doit être examiné pur, et non additionné d'eau, de sérum ou d'autres réactifs, j'ai remplacé l'examen spectroscopique du sang dilué par celui d'une couche mince de ce liquide dont l'épaisseur, rendue progressivement variable, peut être déterminée et notée en valeurs métriques. L'appareil de précision qui permet cette étude est désigné sous le nom à'Hëniatoscope d'Hénocque.

SPECTROSCOPIE DU SANG

Il est essentiellement constitué par deux lames de verre d'inégale largeur; maintenues en contacta Tune de leurs extrémités, elles s'écartent à l'autre extrémité d'une distance de 500 millièmes de millimètre, limitant ainsi un espace prismatique presque capillaire. Quelques gouttes de sang non dilué, tel qu'il est extrait d'une piqûre avec une aiguille à la pulpe du petit doigt, déposées entre les deux lames y forment une couche d'une épaisseur et d'une coloration graduellement progressives. Une échelle millimétrique gravée sur le verre permet de mesurer l'épaisseur de la couche ohservée. Pour doser Toxyliémoglobine on observe avec un

0 fO 20 30 SO

Fig. 12. — Ilémaloscope de verre ou cuve hématoscopique.

L s. CL. c£.

Fig. 13. — Coupe de l'Jiématoscope.

simple spectroscope à vision directe, ou avec des appareils plus perfectionnés dénommés hématospectroscopes. La coloration nulle à 0 mm. devient rougeâtre, rouge carminée et de plus en plus intense vers 60 mm. Il est évident que la teinte doit être d'autant plus foncée que le sang contient une plus grande quantité d'oxyhémoglobine, ce qui permet la mesure quantitative de la richesse du sang en matière colorante active .

A cet effet, il suffît d'examiner à quelle épaisseur on peut observer un phénomène bien défini, que j'appelle les bandes caractéristiques de roxijJiémoglobine, en d'autres termes le phénomène des deux bandes égales en longueur d'onde et en obscurité, occupant dans le spectre deux plages étendues entre 570 et 590 X pour la bande a et 550 à 550 pour la bande p.

On peut encore définir ce phénomène en disant qu'il coïncide avec l'épaisseur à laquelle on perçoit le maximum d'obscurité des bandes a et p avec l'espace intermédiaire verdàtre sans aucune obscurité.

Une table de concordance donne la quantité d'oxyhémoglobine correspondante avec l'épaisseur observée dans l'échelle de l'hématoscope.

La figure suivante montre ce phénomène en même temps que les autres spectres du sang k diverses épaisseurs et avec une quantité normale de 14 pour 100.

En effet, si l'on examine le sang par tranches successives de la division

ANALYSE SPECTROSCOPIOUE DE L'HEMOGLOBINE.

0 à la division 60, on voit d'abord apparaître la première bande a de l'oxyliémoglobine vers 5 mm., puis les deux bandes a et p; celles-ci deviennent plus foncées si l'on poursuit l'examen vers la partie plus épaisse, à droite, puis elles se confondent, et enfin la plage verte du spectre disparait et on

ne voit plus que les rayons orangés et rou-

es

Apparition des 2 bandes Epaisseur 15^tt

bandes eçales Epaisseur 70 jtL

Confusion d(

bandes Epaisse ui' l'OO^^x

La simplicité de cette méthode m'a permis de faire un nombre considérable d'observations, et les résultats que j'en ai publiés comprennent plus de 2000 analyses spectroscopiques personnelles auxquelles s'ajoutent celles de mes élèves parmi lesquelles je dois citer plus particulièrement les docteurs Baudouin, Porge, Tripet, Donatien Labbé, Marcel Labbé, Vauthrin, Lejard, Salle, Mo njarras, Masoin, Lagrange, etc.

La quantité cVoxijhémoglohine, contenue dans le sangdel'homme à Vétat physiologique, varie dans des conditions assez restreintes.

Lânomiale, chez l'homme de vingt à cinquante ans, varie entre 15 et 14 pour 100, chez la femme entre 12 et 15 pour 100; mais la plupart des habitants des villes ne présentent pas au delà de 15 pour 100 et chez les médecins le chiffre 12 pour 100 est presque constamment observé.

Chez les habitants de la campagne, les cultivateurs, quand ils sont robustes, la moyenne peut même dépasser 14 pour 100 et atteindre 14,5 pour 100. "

Dans les hauts plateaux du Mexique, à l'Équateur, à 1890 mètres, la moyenne semble plus faible, 11 à 12 pour 100, avec un nombre de globules relativement plus élevé qu'il n'est en Europe pour cette même quantité (').

' Dispoiulion du verL Fis. li

Epaisseur 250^

Phénomènes spectroscopiques de l'oxyliémoglobine du sang chez l'homme.

(*) J. MoNJARFiAS, Communication au Congrès international de médecine de Rome, 1895.

SPECTROSCOPIE DU SANG

Chez la femme, on peut observer 11,5 pom^ 100, sans qu'il y ait trouble notable dans Torganisme, la normale est de 15 à 12.

Chez les nouveau-nés, la quantité normale est habituellement très élevée 15, 14 et même davantage.

De cinq à dix ans la normale s'abaisse, elle oscille entre 11 et 12 pour 1 00 ; mais, de dix à quinze ans, elle se relève surtout chez les jeunes filles qui atteignent facilement 15 pour 100 à l'époque des règles; au delà, la moyenne 12 h. 14 pour 100 est atteinte.

La menstriiation agit régulièrement sur la quantité d'oxyhémoglobine (Vauthrin, Hénocque) Il y a souvent, un ou deux jours avant l'apparition des règles, une augmentation de l'oxyhémoglobine de 1 pour 100, suivie d'une diminution de 1 à 2 ou même 5,5 pour 100 pendant l'époque, et après la cessation des règles une nouvelle augmentation de 1 pour 100 ou davantage, c'est-à-dire dans l'état physiologique, un retour à la quantité qui précédait la phase prémonitoire dite du « molimen hémorragique » .

Les variations diurnes sont peu prononcées, Vierordt et Eichtenstein ont constaté une légère augmentation après le repas de midi, mes observations m'ont démontré que cette augmentation n'atteint pas 1 pour 100 ; mais j'ai noté, avec V analyseur chromatique, des différences de 1/2 à 1/4 pour 100, entre les quantités d'oxyhémoglobine observées le matin à jeun et après un repas copieux à midi. L'usage des boissons aqueuses en excès ne modifie pas sensiblement la quantité d'oxyhémoglobine, non plus que le jeûne ni l'inanition; au contraire, les sueurs répétées, une forte évacuation séreuse, l'abstention de boissons augmentent légèrement la quantité d'oxyhémoglobine de 1/2 à 1 pour 100 (Leichtenstern, Hénocque).

En résumé, les variations qu'on peut considérer comme physiologiques oscillent entre 11,5 et 14 pour 100 d'oxyhémoglobine soit, en prenant comme unité physiologique 14 pour jOO, de 0,80 à 1 ou 1/5, ce qui correspondrait à des oscillations de 4 000 000 à 5 000 000 de globules rouges, en admettant qu'ils renfermeraient chacun une quantité approximativement égale d'oxyhémoglobine.

Les divers états pathologiques, les traumatismes produisent dans la quantité d'oxyhémoglobine des variations fort importantes à constater, car la quantité d'oxyhémoglobine peut descendre au-dessous de 4 pour 100 et rester quelque temps à ce chiffre sans que la mort soit inéluctable. J'ai observé plusieurs accouchées qui à la suite de métrorragies ne présentaient que 4 pour 100 pendant près d'une semaine, et j'ai même constaté la prolongation de la vie pendant plus de trois ans chez une petite fdle atteinte de coxalgie avec suppurations multiples et qui présenta des oscillations entre 5,5 et 4, ou 4,5 pour 100. Néanmoins, on peut dire qu'à partir de 4 pour 100 la vie est compromise, et l'indication de la transfusion peut alors se présenter.

(*) L. Vauthrin, Dosage de l'hémoglobine par lo méthode spectroscopiqiic du D'' Hénocque. Thèse inaugurale de la Faculté de méd. de Paris, 1887.

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