SÉMIOLOGIE DU SA.NG
coloration jaune vcrdâtre foncé dans l'ictère et d'une couleur rubis dans rhémoglobinéniie.
Sa réaction physiologique est alcaline ; dans le choléra et dans certains cas d'ictère, elle devient neutre et même acide.
Il est composé d'eau, de matières albuminoïdes, sérine et séroglobuline ; de sels inorganiques, parmi lesquels prédominent le chlorure de sodium et le carbonate de soude; il contient en outre des matières azotées, urée, acide urique, créatine, créatinine, xanthine, leucine, thyrosine, des leucomaïnes('), du glucose, de la lécithine, un ferment saccharifiant, un pigment particulier, des traces d'oxyhémoglobine, des gaz, acide cai'bonique et azote.
A l'état pathologique, le sérum peut différer du sérum normal soit par des modifications quantitatives ou qualitatives des principes normaux, soit par Taddition aux principes normaux de principes anormaux.
L'eau augmente dans divers états morbides, notamment dans les anémies (hydrémie); elle diminue à la suite des évacuations alvines et des transpirations abondantes.
La sérine et la séroglobuline augmentent d\me façon relative dans les conditions qui amènent une élévation du chiffre des globules du sang et mie diminution de Feau du sérum, c'est-à-dire à la suite des diarrhées et des sudations notables ; mais on ne connaît aucune condition capable d'amener une augmentation absolue de la quantité de ces matières albuminoïdes. On les a accusées de diminuer (hypo-albuminose) dans les phlegmasies, la chlorose et les maladies hydropigènes (Becquerel et kodier). On les a accusées également de modifications qualitatives, d'une diffusibilité anomale dans le mal de Bright (Semmola), mais M. Hayem ayant transfusé le sang d'un chien brightique à un chien sain, n'a pas constaté l'existence d'albuminurie chez ce dernier et n'a pas pu ainsi mettre en évidence cette prétendue diffusibilité.
Le chlorure de sodium, dont le chiffre normal est de 4 pour 1000, diminue légèrement dans la plupart des maladies, telles que la pneumonie, la chlorose, la phtisie, etc. (Becquerel et Rodier).
L'urée, qui n'existe dans le sang normal qu'à l'état de traces, augmente dans l'empoisonnement urémique.
L'acide urique, dont la proportion physiologique est minime, et dont l'existence même a été niée dans le sang normal, se rencontre en quantité appréciable dans le sang des goutteux (uricémie), (0,025 à 0,075 pour 1000, d'après Garrod). La même constatation ne peut être faite dans d'autres états morbides tels que le rhumatisme articulaire aigu, si bien qu'elle a une certaine importance sémiologique. On poui^ra rechercher, par le procédé dit du fil, la présence de l'acide urique dans le sérum que donne la piqûre du doigt aussi bien que dans la sérosité d'un vésicatoire.
(1) Robert ^YT:IiTZ, Tlù'sc do. doctorat. Paris, 1889.
SÉMIOLOGIE DU SA^"G.
Le sang normal ne renferme pas plus de 1 à 1,5 pom- 1000 de glucose; sa quantité peut être portée à 9 pour 1000 (glycémie) chez les diabétiques (Hoppe-Seyler) ; elle serait également plus élevée qu'à l'état physiologique chez les carcinomateux (Freund).
L'oxyhémoglobine, dont le sérum normal montre à peine des traces, peut augmenter (hémoglobinémie) non seulement au point de fournir au spectroscope les bandes d'absorption caractéristiques, mais même de modifier, ainsi que nous l'avons dit, la couleur du sérum.
Parmi les principes anomaux que peut contenir le sérum, il faut mentionner les acides biliaires, la bilirubine et ses dérivés, l'urobiline, les peptones, l'acétone, l'hypoxanthine et la glutine.
La présence des acides biliaires dans le sérum, de la bilirubine et de ses dérivés, est observée dans l'ictère (cliolémie). L'examen à l'œil nu et au spectroscope, l'emploi du réactif de Gmelin, décèlent les pigments biliaires (^); l'analyse chimique et l'étude physiologique (action sur le cœur de la grenouille atropinisée) décèlent les acides biliaires.
L'urobilinémie laisse au sérum sanguin sa teinte normale, mais elle est aisément reconnue au spectroscope. Elle est la preuve soit d'une destruction exagérée des hématies, soit de l'insuffisance fonctionnelle du foie (ïïayem).
D'après Ludwig les peptones apparaîtraient dans la leucémie.
L'acétone se montre dans le sang au cours de divers processus, notamment dans les processus fébriles (acétonémie). On a attribué à son accumulation la production du coma diabétique.
L'hypoxanthine n'existerait pas dans le sérum fraîchement extrait : son apparition dans le sang ainsi que celle de la glutine seraient caractéristiques de la leucémie.
Le sérum peut charrier un grand nombre d'autres principes anomaux. Il est vraisemblable que les perturbations fonctionnelles et les lésions organiques sont capables d'entraîner l'apparition dans le sang de substances diverses, entre lesquelles certaines sont toxiques (auto-intoxications). L'alimentation d'autre part, les professions qui entraînent le maniement de corps absorbables, l'ingestion de médicaments, les empoisonnements peuvent amener l'introduction dans le sang de corps variés.
Enfin, les micro-organismes produisent incessamment ou suscitent la production de substances qui circulent dans le sang et jouent un rôle considérable dans la symptomatologie et le pronostic de la plupart des maladies.
L'une de ces substances, récemment, a été mise en évidence dans la
(*) Avec Fournier j'observe, depuis l'an dernier, une jeune femme qui m'a été adressée par M. Brocq qu'elle était allée consultée pour une xanthodermie particulière occupant une partie de la face, la paume des mains et la plante des pieds. Les muqueuses et notamment les conjonctives sont normales. Les urines, abondantes, sont très pâles. Le sérum, au contraire, examiné à la fin de 1896 et plusieurs fois depuis, est jaune et au spectroscope fournit la réaction des pigments biliaires. Il s'agit donc ici d'un cas d'ictère fruste, remarquable par l'association paradoxale de ces symptômes, xanthodermie partielle et xanthémie d'une part, leucosurie de l'autre.
SPECTROSCOPIE DU SANG
fièvre typhoïde par M. AVidal(^), qui a proposé d'utiliser ses propriétés pour le diagnostic.
Cette substance exerce, sur les cultures du bacille d'Eberth, une action agglutinante telle qu'elle y provoque la formation d'amas microbiens caractéristiques.
En pratique, pour la recherche instantanée de la réaction de Widaï, il convient d'ajouter à une culture en bouillon du bacille d'Eberth, âgée de vingt-quatre heures, le sérum à examiner, dans la proportion de 1 pour 10, puis de placer une goutte du mélange sous le microscope. On y constate immédiatement des agglomérats microbiens disséminés dans la préparation à la façon des îlots d'un archipel.
Le phénomène apparaît du cinquième au septième jour de la dothiénentérie, s'atténue pendant la convalescence, disparaît de dix à trente jours après la guérison ou persiste encore après plusieurs années. Il doit être regardé non comme lié à l'immunité, mais à Tinfection.
Sur les cultures du colibacille, des paracolibacilles et surtout sur celles du bacille de la psittacose (Gilbert et Fournier) (^), le sérum des typhiques n'est pas sans exercer une certaine action agglutinante, mais celle-ci n'est pour ainsi dire qu'ébauchée.
Comme, d'autre part, le sérum des individus sains ou atteints d'affections autres que la dothiénentérie n'exerce pas d'action agglutinante sur le bacille d'Eberth, on voit les services que peut rendre le séro-diagnostic.
(*) \YiDAL, Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Bull. Soc. méd. des hôpit., 26 juin 1890 et Presse médicale, 27 juin, 8 août, 30 septembre, 10 octobre 1896.
(^) A. Gilbert et L. Fournier, De la Psittacose. Académie de médecine, séance du 20 octobre 1896; Société de biologie, 19 décembre 189G et Presse médicale, 16 janvier 1897.
SPECTROSCOPIE DU SANG
SÉMIOLOGIE
Par A. HÉNOCQUE
Directeur- adjoint du Laboratoire de physique biologique du Collège de France.
L'étude spectroscopique du sang, au point de vue sémiologiqiie, comprend :
1*^ L'analyse spectroscopique qualitative et quantitative de la matière colorante du sang, l'hémoglobine;
L'étude spectroscopique des transformations de l'hémoglobine dans les tissus, c'est-à-dire la mesure de l'activité de la réduction de cette substance ou des échanges gazeux entre l'oxyhémoglobine et les éléments des tissus ;
5° Les variations de l'activité de la réduction de l'oxyhémoglobine à l'état normal ;
4" Les modifications de l'activité de la réduction de l'oxyhémoglobine dans les divers états pathologiques, et sous l'influence des agents thérapeutiques et des médications ;
5" L'étude spectroscopique des dérivés de l'hémoglobine.