DANS LES TISSUS
L'hémoglobine est à l'état constant d'évolution ou de transformations ; en effet, se chargeant d'oxygène dans les poumons, elle est distribuée à l'état d'oxyhémoglobine par les artères et mise en rapport avec les tissus et leurs éléments; elle leur abandonne la plus grande partie de son oxygène pour revenir à l'état d'hémoglobine réduite dans les veines, et traversant le cœur droit, elle s'oxygène à nouveau dans les poumons. Il est facile de reproduire in vitro ces transformations successives.
En effet, si l'on examine avec un spectroscope à vision directe du sang provenant d'une artère et déposé dans un verre à expérience où il est étendu d'eau, on y constate les caractères spectroscopiques de l'hémoglobine oxygénée ou oxyhémoglobine, et en partie tdier les deux bandes d'absorption caractéristiques situées entre les raies D et E, entre l'orangé et le vert foncé. Ce sang présente, d'ailleurs, la coloration rouge vif, vermeille, rutilante, dite artérielle. Si nous ajoutons à ce sang, dans le verre à expérience, un agent réducteur, c'est-à-dire une substance chimique avide d'oxygène telle que le sulfure d'ammonium, ou si, par l'action du vide, nous le privons d'oxygène, ou bien encore si les bactéries de la putréfaction lui ont enlevé l'oxygène qu'il contenait, la coloration du sang est changée; elle est d'un rouge plus sombre, ponceau, à reflets
SPECTROSCOPIE DU SA^'G
verdàtres, dichroïqiies, et les phénomènes spectroscopiques sont tout à fait différents : leur caractéristique à faible épaisseur (70 millièmes de millimètre) est une large bande unique couvrant le jaune orangé, le jaune vert et le vert de D à E et au delà même. L'oxyhémoglobine a perdu son oxygène, elle est réduite, c'est-à-dire transformée en hémoglobine
réduite, dont les caractères spectroscopiques sont représentés dans la figure 15.
Si maintenant, ce sang contenant l'hémoglobine réduite est agité ou battu en présence de l'air ou de l'oxygène, il reprend sa couleur primitive rutilante , artérielle ( l'hémoglobine s'est à nouveau chargée d'oxygène), le spectroscope y démontre les deux bandes caractéristiques de l'oxyhémoglobine.
Cette expérience est une représentation du rôle de l'oxyhémoglobine dans la respiration pulmo naire et dans les oxydations qui en sont la conséquence à l'intérieur de notre organisme, dans l'intimité des tissus et des éléments cellulaires. En effet, c'est dans les poumons que les globules rouges du sang, qui contiennent toute la matière colorante, se chargent d'oxygène et constituent la réserve d'oxygène qui sera distribuée par les artères dans les capillaires et mise en contact avec les éléments des tissus.
C'est dans les capillaires que s'opèrent les échanges gazeux entre le sang et les éléments anatomiques, les cellules, auxquelles l'hémoglobine abandonne son oxygène. Les combustions, les oxydations, les mutations respiratoires des éléments cellulaires, représentent ici les agents réducteurs de riiémoglobine, laquelle, sous forme d'hémoglobine réduite, est transportée par les veines au cœur droit et aux poumons ; mais il faut noter que si cette réduction se fait en permanence dans les tissus, elle n'est jamais aussi complète que dans nos expériences, car le sang veineux renferme encoro^'S pour 100 d'oxyhémoglobine, avec 6 pour 100 d'hémo-
59 51* tô
Apparition de la bande imiqae
Bande unique cai^aclérisLique —
et
Disparition duA-ert et du bleu
Fig. 15. — Phénomènes spectroscopiques de l'hémoglobine réduite, examinée dans Thématoscope, à diverses épaisseurs.