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ÉTUDE SPECTROSCOPIQUE DES TRANSFORMATIONS DE L'HÉMOGLOBINE

globine réduite. La réduction complète n'existe que dans l'asphyxie, elle est d'ailleurs un signe certain de la mort.

Tels sont les phénomènes de la réduction de l'oxyhémoglohine qui ])euvent être étudiés non seulement m vitro ^ dans le sang extrait des vaisseaux, mais que le spectroscope nous permet aussi de reconnaître et d'analyser dans l'organisme vivant, sans qu'il soit même nécessaire d'extraire une goutte de sang, par le simple examen des téguments.

L'étude du sang dans les tissus vivants a été faite pour la première fois par Iloppe Seyler qui, examinant par transparence l'oreille de rhomme, celle du lapin, ou la lumière diffuse transmise par la paume de la main, y reconnut le spectre de l'oxyhémoglohine ; après lui, Stroganof, Fumouze, Vierordt, montrèrent que non seulement on pouvait reconnaître le spectre du sang à la surface cutanée de l'homme ou dans la patte de la grenouille, mais encore constater la réduction de l'oxyhémoglohine dans le sang des animaux asphyxiés ou simplement dans les doigts de la main dans lesquels la circulation était interrompue par une ligature. Ces observations ne présentaient alors qu'un intérêt de curiosité, mais j'ai, de 1885 tà 1885, démontré l'importance de ce moyen d'étude en le méthodisant. J'en ai étendu les applications de façon qu'il est possible de constater, dans les tissus vivants de divers animaux, la présence de l'oxyhémoglohine, d'en apprécier la transformation en hémoglobine réduite, et, enfin, de déterminer par l'examen spectroscopique des tissus vivants non seulement la quantité d'oxyhémoglobine contenue dans le sang, mais aussi la durée de la réduction de cette matière colorante dans les tissus, arrivant ainsi à mesurer l'activité des échanges entre le sang et les tissus.

Pour analyser le sang à la surface des téguments ou dans les viscères, les vaisseaux mis à nu, le cœur de la grenouille, les muscles, l'oreille du lapin, la plante du pied des cobayes, le simple spectroscope à vision directe peut sufQre.

En effet, si chez l'homme on examine à la lumière diffuse la surface de la paume de la main, l'oreille, les téguments du visage, la conjonctive palpébrale, les lèvres, on aperçoit une bande perpendiculaire légèrement obscure, en quelque sorte estompée, placée entre le rouge et le vert, plus exactement à droite de la raie D, dans la position de la bande a de l'oxyhémoglobine, on peut même reconnaître la seconde bande ^ de l'oxyhémoglobine, située à droite de la précédente, dans le vert et près de la raie E. Il faut une certaine habitude de l'usage du spectroscope pour voir ce phénomène d'emblée, mais avec le spectroscope muni de V analyseur chromatique y il est très facile de le reconnaître et de le démontrer.

Pour rendre les observations comparables entre elles, il faut procéder méthodiquement et suivre les préceptes techniques que j'ai donnés sur VEtude de la réduction de V oxijhémoglohine à travers Vongle du pouce (^).

(i) Compt-es rendus de la Soc. de bioL, 6 et 27 déc. 1894, n"^ 41, p. 671; n° 44, p. 760.

SPECTROSCOPIE DU SANG

J'ai choisi le pouce de préférence à tout autre doigt, parce qu'en outre de la facilité d'application instantanée de la ligature, il offre cet avantage de présenter une phalangette facile à isoler.

Si Ton ohserve avec le spectroscope à vision directe la suface de l'ongle du pouce, on reconnaît nettement la première bande de l'oxyhémoglobine, faiblement la seconde; si l'on applique rapidement une ligature avec un tube de caoutchouc enroulé autour de la phalange du pouce et que l'on continue à observer avec le spectroscope les deux bandes caractéristiques, on voit la seconde bande pâlir rapidement et disparaître

en quelques secondes, mais la première bande est encore visible, bien qu'elle soit moins nette; en trente secondes, elle pâlit, s'amincit, laisse voir le jaune assez brusquement :

c'est le phénomène du virage; enfin, elle disparaît, au bout d'une minute environ, laissant le spectre solaire réfléchi par l'ongle; la réduction est accomplie.

J'appelle virage le moment d'apparition du jaune et de la raie D, et durée de la réduction le temps qui sépare l'application de la ligature et la disparition complète de la bande a (fig. 16).

Aussitôt qu'on enlève la ligature, on voit réapparaître cette bande, et elle offre même une intensité plus prononcée qu'avant la ligature.

Ces phénomènes étant définis, en voici la signification : la ligature de la phalange interrompt la circulation dans l'extrémité du pouce, et l'on a ainsi isolé dans la région de la phalangette une certaine quantité de sang artériel et par conséquent d'hémoglobine oxygénée ou oxyhémoglobine. Ce sang échange de l'oxygène avec les tissus et devient veineux; en d'autres termes, l'oxyhémoglobine a abandonné aux tissus l'oxygène qu'elle avait fixé par l'acte respiratoire ; elle est à l'état d'hémoglobine réduite.

Durée Lali^at 0"

de ure

i Wl

M Af 1 ■

Etat normal

Ligature

KenforcemcTit des bandes

Virage

HédacLLciQ

Cyanose

Fig. 16. — Phénomènes spectroscopiques de la réduction de il'oxyhémoglobine à la surface sous-unguéale du pouce.

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