‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 39 sur 131 · PAR MM · texte numérisé non relu

PAR MM

RAYMOND TRIPIER DEVIC

Professeur à la Faculté de médecine Agrégé à la Faculté de Lyon

de Lyon. Médecin des hôpitaux.

Les symptômes subjectifs et les troubles fonctiouuels u'occupeut que le second rang parmi les signes des maladies du cœur et des vaisseaux. Cela tient, d'une part, à ce que souvent ils n'apparaissent ou ne deviennent manifestes que d'une façon tardive, de l'autre, à ce que les affections cardio-vasculaires parvenues à leur période terminale aboutissent, à des nuances près, à un même com])lexus symptomatique dépendant des mêmes lésions anatomiques ultimes. Aussi le diagnostic de ces maladies se fait-il, presque exclusivement, au moyen des signes physiques dont on ne peut constater l'existence qu'à l'aide de certaines méthodes d'exploration : inspection, palpation, percussion, auscultation et emploi des appareils enregistreurs (^).

Ces méthodes mettent en relief des phénomènes anormaux dont la valeur clinique ne peut être interprétée qu'à la faveur des notions précises fournies à l'observateur par l'anatomie et la physiologie. C'est assez dire que les résultats de cette interprétation seront en raison directe de la certitude de nos connaissances sur le fonctionnement normal de ces organes.

Il serait donc logique de faire précéder cet article d'un exposé se rapportant aux travaux des physiologistes ([ui ont contribué à donner, à la sémiologie des affections cardio-vasculaires, les éléments indispensables à cette étude. Mais le cadre restreint dont nous disposons ne nous le permet pas. Nous nous contenterons de rappeler, chemin faisant, les phénomènes essentiels qui doivent nous servir de guide, et tout d'abord le point capital relatif à la manière de concevoir la révolution du cœur et son rapport avec le choc de la pointe.

Il semblait, après la publication des tracés cardiographiques de MM. Chauveau et Marey, que non seulement la théorie de Beau était

(*) Ceux-ci sont évidemment d'une grande utilité pour l'analyse dos mouvements du cœur et les détails de sa contraction, mais cette méthode de contrôle n'est guère utilisable dans la pratique courante, aussi serons-nous très brefs à son endroit.

SEMIOLOGIE DU CŒUR ET DES VAISSEAUX

absolument renversée, mais qu'il était impossible dorénavant d'interpréter d'une façon différente les mouvements dus aux contractions des diverses parties du cœur et, par conséquent, les pbénomènes pathologiques qui en dépendent. Cependant, dans ces derniers temps, M. Potain a proposé une théorie qui n'est, en partie, qu'une reproduction de celle de Beau.

Comme on peut le voir sur les tracés de MM. Chauveau etMarey (fig. 22), la systole des oreillettes (o) se produit un moment avant celle des ventricules, s'accusant sur les tracés du ventricule et du choc précordial par un léger soulèvement. L'oreillette est déjà en diastole lorsque se produit la grande ascension qui correspond à la ibis à la contraction ventriculaire (v) et au choc précordial (c).

C'est aussi ce dont on avait pu se rendre compte précédemment par les vivisections, en constatant la faible pression dans l'oreillette au moment de sa systole et l'état flasque du ventricule pendant toute sa diastole.

Pour M. Potain, la propulsion de la pointe du cœur se fait successivement par la systole de l'oreillette qui va se terminer et par celle du ventricule à son début ('). C'est d'ailleurs aussi ce qui ressort très nettement du schéma proposé par l'auteur (^). Presque toujours, dit-il, l'oreillette commence le mouvement que le ventricule continue et achève. Un peu plus loin même il arrive à conclure « que le mouvement de propulsion de la pointe peut être accompli, en partie ou en totalité, par la systole auriculaire » (^).

Or, sur quoi s'appuie M. Potain pour établir sa théorie en opposition formelle avec celle de MM. Chauveau et Marey, laquelle, on le sait, repose sur des tracés intra-cardiaques ? Est-ce sur d'autres tracés intra-cardiaques pris dans des conditions plus ftivorables, avec des appareils plus perfectionnés? Non. C'est en recueillant chez riionmie des tracés simultanés de la radiale et du choc précordial, en comparant ces tracés avec ceux de MM. Chauveau et Marey et en indiquant simplement le désaccord qui existe entre eux.

Lorsqu'un pareil défaut de concordance existe entre la physiologie et la ])athologie, cela tient à ce que l'une ou l'autre est dans l'erreur quand elles ne le sont pas toutes deux. Pour le cas particulier, si l'on met en parallèle la nature des expériences faites de part et d'autre, on ne peut s'empêcher de reconnaître que les tracés recueillis au moyen d'ampoules placées dans les cavités cardiaques des animaux, pendant qu'une autre ampoule se trouve dans la paroi du thorax pour noter les battements de la pointe, donnent d'autres probabilités de certitude que les tracés pris sur l'homme dans les conditions défectueuses que tout le monde connaît. MM. Chauveau et Marey ont répété leurs expériences un grand nombre de fois. Les laboratoires de notre Faculté de médecine et de

(*) Potain, Clinique Diédicale de la Cliaiitr, ]>. 5")0. (^) Potain, rod. loc, p. hi'!.

(5) PoTAi.N, eoct. loc., p. 555.

SÉMIOLOGIE DU CŒUR ET DES VAISSEAUX

l'Ecole vétérinaire de Lyon renferment de très nombreux tracés pris par M. Chauveaii et par M. Arloing qui ont bien voulu les mettre à notre

disposition. Nous reproduisons ici plusieurs révolutions du cœur, d'après le tracé classique de MM. Cliauveau et Marey, où l'on peut bien saisir les

SÉMIOLOGIE DU CŒUR ET DES VAISSEAUX

rapports qui existent entre la contraction auriculaire, celle du ventricule et le choc de la pointe. Or, tous ces tracés donnent des indications immuables et sont absolument comparables entre eux, tandis que les tracés des auteurs qui ont fait leurs recherches sur l'homme présentent les résultats les plus variables, comme M. Potain le reconnaît d'ailleurs lui-même. Pour que la théorie de l'éminent clinicien de la Charité lut admissible, il faudrait démontrer d'abord que les tracés de MM. Chauveau et Marey donnent des indications fausses et ensuite que les tracés pris sur l'homme fournissent des indications plus précises. Tant que cette démonstration n'aura pas été faite, nous croyons qu'on ne peut raisonnablement abandonner une théorie basée sur des expériences d'une aussi rigoureuse précision.

Si nous avons tant insisté sur ce point de la physiologie du cœur, c'est qu'il a été mis en cause par M. Potain dont l'autorité est si grande en pathologie cardiaque et qui, dans ce cas particulier, nous paraît engagé dans une voie fâcheuse pour les déductions pathologiques qu'il tire de sa théoi'ie. C'est dire que, à notre grand regret, nous ne pouvons pas mieux adopter les vues pathologiques que la théorie physiologique dont elles découlent.

Dans ce cas, et du reste comme toujours, la pathologie étant étroitement subordonnée à la physiologie, nous ne pouvons et ne devons prendre pour guide que les expériences paraissant offrir la plus grande garantie de certitude. Nous aurons très souvent, dans le courant de cet article, l'occasion d'appliquer ces données qui nous serviront de base dans l'interprétation des phénomènes pathologiques.

A l'exemple de quehjues auteurs, nous avons réuni dans un même chapitre l'inspection et la palpation. Les deux méthodes ont en effet des ra])ports si étroits, des points de contact si multiples, qu'en les étudiant séparément nous aurions été exposés bien des fois à des redites inutiles.

La sémiologie du cœur, du péricarde, et des gros vaisseaux sera d'abord étudiée. Nous aborderons ensuite celle des artères et des veines, en faisant la plus large part à ceux de ces vaisseaux dont l'exploration est le plus souvent entreprise dans un but diagnostique : carotides, sous-clavières, radiales, veines jugulaires, vaisseaux cruraux, etc.

INSPECTION ET PALPATION DU CŒUR

SÉMIOLOGIE DU CŒUR

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