‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 53 sur 131 · INSPECTION · texte numérisé non relu

INSPECTION

A IV'tat normal, les pulsations des artères, même les plus giosscs et les plus superficielles, sont à peine perceptibles à l'œil nu. Quand l'action du cœur est accélérée et augmentée, ces pulsations se traduisent sous forme de battements vifs, plutôt d'une trémulation rythmique à laquelle on a donné le nom de danse des artères.

Le phénomène est surtout appréciable au niveau des carotides. Dans les cas les plus accentués, on le rencontre sur des points plus éloignés du cœur : temporales, artères des membres. Il peut se produire sous l'influence de causes non pathologiques (eff'orts physiques, émotions vives); la durée en est alors toujours éphémère et la signification diagnostique nulle. Il en est autrement dans certaines affections s'accompagnant d'hypertrophie du ventricule gauche, notamment dans l'insuffisance aortique. Ce phénomène avait déjà attiré l'attention de Corrigan. (( Quand on examine à nu un individu affecté de cette maladie, dit-il, on est frappé de la pulsation singulière qui existe dans toutes les artères de la tète, du cou et des membres supérieurs : à chaque diastole du cœur, on voit ces vaisseaux soulever la peau » (^). Dans cette maladie, la condition favorisante spéciale paraît être l'élasticité artérielle. On rencontre fréquemment la danse des artères quand l'ondée sanguine est brusque et la tension plus ou moins abaissée. Presque constante dans l'insuffisance aortique des jeunes, d'origine endocardique, elle est ordinairement moins accusée et peut faire défaut dans l'insuffisance d'origine athéromateuse. Au lieu de se montrer sur un grand nombre de vaisseaux, elle peut être strictement limitée à la région du cou. Tel est le cas de la maladie de Basedow, la tachycardie paroxystique essentielle, certaines formes de péricardite et quelques autres états pathologiques rares et mal catalogués. Normalement, même chez les sujets très amaigris, il ne doit pas y avoir de battements artériels visibles dans le triangle limité, en dedans par le sterno-mastoïdien, en bas par la clavicule, en dehors et en haut par l'omoplato-hyoidien.

(*) M. Bouchard [Académie des sciences, 1896) a appliqué les rayons de Rtjntgen au diagnostic des anévrismcs de l'aorte ; l'avenir dira ce qu'on peut attendre de ce nouveau moyen d'exploration. S'il permettait un jour d'évaluer exactement le volume du cœur, il serait d'un précieux secours en sémiologie cardiaque.

(^) MM. Potain et Rendu font remarquer fort justement que « sous l'inlluencc de ces alternatives continuelles de distension et de retrait, les artères ne tardent pas à devenir llexueuscs, en même temps qu'elles augmentent le champ de leurs excursions ; aussi apparaissent-elles comme des cordons mobiles, et roulent-elles sous le doigt comme si elles floUaient dans une gaine trop lâche pour les contenir. Cette apparence est encore exagérée si l'on fait élever verticalement les bras des malades, de façon à favoriser le retour du sang dans l'aorte. A chaque contraction ventriculaire, l'artère huméralc est portée brusquement en avant et en dehors, pour reprendre sa situation normale lors de la pause cardiaque ».

SÉMIOLOGIE DU CŒUR ET DES VAISSEAUX

I/inspoction des artères renseigne également snr l'existence de lenrs flexKosités anormales. On recherche d'hahitude ce signe pathognomonique de ratliérome au niveau des temporales et des radiales. Yenneman(') a signalé une exagération de l'ondulation des artères rétiniennes chez les sujets atteints d'hyperkinésie du cœur ou de cardiopathies fonctionnelles sans signes stéthoscopiques. Thoma croit que ces anomalies de courbure tiennent à l'artério-sclérose au début. A propos des renseignements qu(; peut donner l'inspection des artères de la rétine, il est bon d'ajouter qu'à l'état pathologique seulement on observe un pouls rétinien visiljle. Rahlmann a montré (^) qu'il reconnaissait rarement pour cause une afïéction de l'oùl et qu'il était presque toujours au contraire le signe local d'une anomalie de la circulation générale pouvant être d'un grand poids dans le pronostic des affections du cœur et des vaisseaux.

L'inspection permet aussi de se rendre compte d'un phénomène qui, bien que ne se passant pas ckins les artères, nous paraît devoir être signalé ici. Il s'agit du pouls capillaire décrit sur les vaisseaux rétiniens par Quincke, de Kiel, en 1868. Eichhorst admet qu'on peut l'observer sur les capillaires de la matrice unguéale chez les sujets bien portants. Lebert et Quincke l'auraient trouvé très accusé au même niveau, dans l'anévrisme de l'aorte, la chlorose et diverses autres affections. Quoi qu'il en soit de l'affirmation de ces auteurs, à notre avis on ne rencontre pas le phénomène, tout au moins d'une manière incontestable, en dehors de la maladie de Corrigan. Quand l'ongle de la main est légèrement comprimé en un point de manière à produire une tache blanche entourée d'une zone rouge, on voit celle-ci empiéter à chaque systole cardiaque sur la partie décolorée pour rétrocéder à chaque diastole. C'est en cette région qu'on a coutume de le rechercher, c'est là où la constatation en est le plus facile. On l'observe encore sur d'autres points du corps (^). Le pouls capillaire unguéal est de règle dans l'insuffisance aortique, dont il constitue un des meilleurs signes périphériques, au même titre que le pouls de Corrigan et le double souffle crural. Comme ces derniers, il est surtout très net dans l'insuffisance aortique des jeunes, faisant souvent défaut quand l'athérome est cause de la lésion orificielle et dans tous les cas oîi l'impulsion cardiaque est affaiblie, notamment quand il existe des lésions mitrales concomitantes .

L'inspection peut encore nous renseigner sur l'existence d'un phénols) Vennemax, Académie de médecine de Bruxelles, 1801. (2) Râhlmaxn, Klin. Monalsheft. Augenlieilk., 1890.

(^) En frottant la peau du front chez les sujets qui présentent le phénomène du pouls capillaire, on peut provoquer une tache vaso-motrice qui devient le siège de battements visibles et qui permet de compter le pouls du malade. Ce phénomène s'expliquerait ainsi : le frottement de la peau produirait une paralysie vaso-motrice faisant cesser le spasme du système artériel que certains auteurs croient constant dans la maladie de Corrigan. Ce spasme cessant, le sang chasse par l'impulsion exagérée du cœur se transmet avec les saccades qu'il présente au sortir du ventricule (RuAULT, Thèse de Paris, 188.3). — IIirtz, Soc. méd. hôp., 1889, a signalé également l'existence du phénomène au niveau de la zone congeslive entourant les pla((ues d'urticaire chez un malade atteint d'insuffisance aortique.

ALPAîION I)i:S ARTÈRES.

mène signal4par F. Miillor (') et désigné par cet. auteur sous le nom de pouls amygdalicn. Comme le pouls capillaire, c'est un signe périphéi-iquc de Tinsuftisance aorti(pie, consistant en des battements exagérés des carotides intei'nes, visil)les au niveau des amygdales. Jusqu'ici on n'en a pas signalé Texistence dans d'autres affections.

On pourrait parfois observer des pulsations artérielles hépatiques visil)les. l*]ichborst("), Lebert les auraient rencontrées chez certains basedowiens en leur attribuant pour cause l'augmentation de la fluxion artérielle habituelle chez ces malades. Rosenbacli aurait également constaté leur présence dans deux cas d'insuffisance aortique. Comme le fait d'ailleurs remarquer l'auteur, il est évident qu'il ne faut pas confondre ces battements artériels hépatiques avec les pulsations veineuses dont il sera fait mention plus loin. Cette confusion ne doit pas être facile à éviter; il s'agit dans les deux cas de phénomènes fort rares.

Certains auteurs admettent que le dicrotisme peut être accessible à la vue et croient qu'il est possible, chez certains sujets amaigris, de voir battre la radiale deux à trois fois à chaque contraction ventriculaire.

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