‹ Traité de pathologie générale [electronic resource]Chapitre 100 sur 137 · LES INTOXICATIONS ACCIDENTELLES · texte numérisé non relu

LES INTOXICATIONS ACCIDENTELLES

11 est inutile d'insister longuement sur ces diverses causes dont l'étude est faite d'une façon complète dans les traités de pathologie interne et de thérapeutique.

Enfin, dans bien des cas, les accidents sont dus à l'infidélité de la drogue prescrite. Rien n'est variable comme l'activité des extraits : leur composition dépend non seulement du mode de préparation, mais encore de la richesse de la plante en principes actifs, ou des parties qui ont été employées. L'alcoolature de racine d'aconit, par exemple, peut amener des accidents quand on atteint 1 gramme, tandis que l'alcoolature, préparée avec les feuilles et les Heurs, peut être administrée aux doses de 20 et même de 45 grammes sans produire aucun effet (Oulmont).

Nous n'avons pas besoin de dresser la nombreuse liste des empoisonnements dus à des erreurs de doses, que l'erreur soit le fait du médecin ou du pharmacien. En Angleterre on observe, par an, une moyenne de 140 intoxications médicamenteuses; elles sont surtout fréquentes chez les enfants.

11 convient de placer à part, les troubles que peuvent provoquer les inhalations anesthésiques : protoxyde d'azote, éther, chloroforme.

Le protoxyde d'azode a déterminé des accidents quand il a été employé sans ménagement ou inhalé pendant longtemps; mais il n'est guère redoutable si l'on s'en sert pour une opération rapide ; en Amérique on n'a noté aucun phénomène fâcheux sur 30000 observations.

L'éther serait, d'après Morgan, beaucoup moins dangereux que le chloroforme : cet auteur relève 4 cas de mort sur 92815 éthérisations et 53 cas sur 152 260 chloroformisations : la mortalité serait donc de 4,5 pour 100 000 avec l'éther, 34 pour 100 000 avec le chloroforme.

Les accidents produits par le chloroforme peuvent tenir à une altération de ce liquide, qui donne de l'acide chlorhydrique et de l'oxychlorure de carbone.

Intoxications par accidents, suicides, crimes. — Ce serait sortir de notre sujet que d'étudier, d'une façon complète, les intoxications par accidents, suicides ou crimes. Nous nous contenterons de quelques indications sommaires.

Autrefois, c'était de l'arsenic que se servaient la plupart des criminels; cette substance formait la base du poison des Borgia, ainsi que de la célèbre Aqua Toffana; la marquise de Brinvilliers donnait de l'acide arsénieux et du sublimé.

Dans la première moitié de ce siècle, les composés arsenicaux étaient encore employés; de 1825 à 1840, il y eut 195 empoisonnements par l'arsenic. A partir de cette époque, on commença à utiliser le phosphore : le premier crime commis au moyen de ce corps date de 1840; en 1860, il y en eut 94. La facilité avec laquelle on se procure du phosphore explique l'emploi si fréquent de cette substance; on se sert soit des pâtes destinées à détruire les animaux nuisibles, soit d'allumettes; il a souvent suffi de 50 allumettes pour empoisonner un homme. Mais les progrès de la chimie, en rendant très simple la recherche de l'arsenic et du phos-

LES INTOXICATIONS

phore, firent abandonner ces substances. Le pliospbore ne sert pins qu'aux suicides; il produit parfois des intoxications accidentelles, notamment chez les enfants.

Ce sont aussi des intoxications accidentelles qui sont imputables au mercure : le sublimé a été parfois ingéré par erreur. Les crimes sont très rares; M. Hugounenq n'en a relevé que 8 en l'espace de cinquante ans.

Le plomb, qui constitue l'un des principaux toxiques journaliers ou professionnels, sert rarement à perpétuer des crimes (9 cas seulement en France), et ne cause qu exceptionnellement des empoisonnements accidentels.

Le zinc produit assez souvent des accidents, au moins en Angleterre, où le chlorure est employé comme désinfectant sous les noms de Burnetfs desinfecling fluid et de Crew's desinfecting fluid. Plusieurs fois le sulfate de zinc a été pris, par erreur, comme purgatif, à la place du sulfate de magnésie. Or il suffit d'ingérer 1 gramme de sulfate de zinc pour produire des vomissements et des phénomènes assez graves.

Les acides minéraux, les alcalis caustiques sont rarement employés dans le but criminel ou pour le suicide; ils ne produisent guère que des accidents. Parmi les acides organiques, l'acide oxalique ou les oxalates (sels d'oseille) ont assez souvent servi au suicide.

Rarement employé dans un but criminel, l'oxyde de carbone cause un grand nombre d'intoxications accidentelles (poêles mobiles, gaz à éclai rage, briquettes des voitures, incendies, etc.), et de morts volontaires, au moins en France, où les suicides sont si souvent accomplis au moyen du réchaud de charbon.

Parmi les poisons d'origine végétale, il faut placer en première ligne l'opium, qui sert rarement aux criminels (21 cas en France), mais qui, sous forme de laudanum ou de chlorhydrate de morphine, est fréquemment employé pour les suicides. En Angleterre la strychnine, qu'on se procure facilement, parce qu'elle entre dans la composition des produits destinés à tuer les animaux nuisibles (Battle's vermin killed), a souvent servi aùx personnes qui voulaient se tuer; ce sont surtout les femmes <jiii s'empoisonnent de cette façon : 45 pour 100 des suicides accomplis par des Anglaises sont dus à cet alcaloïde.

Les autres substances végétales sont moins importantes; le tabac a produit quelques intoxications accidentelles : témoin l'histoire de cet homme qui fut empoisonné pour s'être couvert le corps avec des feuilles de tabac qu'il voulait introduire en contrebande. Rarement on s'en est servi dans un but criminel; nous n'avons guère à citer que la célèbre affaire Bocarrné, en Belgique. On ne compte, en France, (pie 5 crimes commis avec la digitale : le plus connu est l'affaire La Pommerais. Enfin, il n'y a guère que des empoisonnements accidentels qui aient été produits par les champignons, par le colchique, mangé en salade, la grande ciguë prise pour du persil, les fruits de la morclle ou de la belladone. Gauthier de Claubry a rapporté à ce sujet le fait suivant : 160 soldats du 12e régiment d'infanterie, pressés par la soif, mangèrent des

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