L'INTOXICATION PENDANT LA VIE FŒTALE
traversent le placenta; on admet qu'il en est de même pour les sels de cuivre, mais la quantité en est bien minime. Philippeaux lit ingérer chaque jour 2 grammes d'acétate de cuivre à une lapine pleine; celle-ci mit bas au trente-deuxième jour 10 petits pesant ensemble 500 grammes; les cendres provenant de leur incinération ne renfermaient que 0gr,005 de cuivre métallique : il faut avouer qu'on est sur la limite des erreurs possibles au cours de l'analyse. Parmi les métaux qui ne passent pas de la mère au fœtus, M. Porak signale le fer et le mercure, mais ce dernier s'accumule en abondance dans le placenta.
Les altérations que le phosphore détermine au niveau des vaisseaux se traduisent par des hémorrhagies placentaires qui permettent l'intoxication du fœtus; dans une observation récente de Seydel, une femme ayant pris du phosphore pour avorter, on trouva chez le fœtus de nombreuses hémorrhagies viscérales et une stéatose hépatique ; le foie, qui reçoit le premier le sang placentaire, était l'organe le plus altéré, ainsi que l'avait déjà remarqué Miura dans des expériences sur les animaux.
Flourens ayant fait ingérer de la garance pendant quarante-cinq jours à une truie pleine constata que les petits, au moment de leur naissance, avaient des dents et des os colorés en rouge. Cependant la plupart des matières colorantes ne traversent pas le placenta : les résultats sont négatifs, avec Talizarine et l'acide chrysophànique (Porak) ou avec le carmin d'indigo.
On s'accorde à penser que les alcaloïdes donnés à la mère peuvent atteindre le fœtus : il en serait ainsi de l'opium, de l'atropine, de la quinine. 11 semble même que le fœtus puisse acquérir une certaine accoutumance vis-à-vis de ces poisons ; les enfants des opiphages présentent, dit-on, une grande résistance à l'opium.
Enfin, il faut encore signaler le passage au fœtus des matières odorantes comme l'essence de térébenthine, des sels à acide organique comme les salicylates ou le prussiate jaune de potasse, des narcotiques comme le chloroforme ou le chloral. Au contraire, d'après les recherches récentes de MM. Wertheimer et Delczenne, l'injection intraveineuse de peptones, chez une chienne pleine, ne rend pas le sang des petits incoagulable.
Un seul gaz mérite d'être étudié, c'est l'oxyde de carbone. Ilogyes avait admis qu'il n'agissait pas sur le fœtus, le résultat négatif tenait à la trop courte durée de l'expérience; MM. Gréhant et Quinquaud ayant fait inhaler ce gaz pendant 50 minutes à une chienne pleine constatèrent que le sang du fœtus en contenait, mais en renfermait 6 fois moins environ que le sang de la mère.
La quantité des poisons qui pénètrent dans le corps du fœtus est très variable; généralement les doses sont assez minimes ; en donnant 4 grammes de nitrate de potasse à la mère, M. Porak n'a trouvé que 0gr,05 chez le fœtus.
Les substances toxiques peuvent s'échapper par deux voies : par l'urine
LES INTOXICATIONS
ou par le placenta. C'est, semble-t-il, par le placenta que se fait l'élimination : car l'eau de l'amnios ne contient pas la substance introduite. M. Porak, qui a étudié cette question, conclut que l'urine n'élimine pas de poison pendant la vie intra-utérine; si l'on recueille ce liquide au moment même de la naissance, on ne peut y déceler la substance étrangère; l'élimination par la voie rénale ne commence qu'après la naissance, et se produit plus lentement que chez la mère; elle ne devient active que quelques jours plus tard.
Les substances pénétrant dans le fœtus par la veine ombilicale se trouvent tout d'abord amenées dans le foie, et doivent traverser cette glande avant de passer dans la circulation générale, déduction faite de la petite quantité qui peut suivre le canal d'Arantius. Or le foie est déjà capable d'agir sur les alcaloïdes et de les modifier; cette action apparaît en même temps que sa fonction glycogénique, c'est-à-dire vers le milieu de la vie intra-utérine. Pourtant les poisons diffusent bien plus chez le fœtus que chez l'adulte; ils envahissent le foie, les centres nerveux, la peau, tandis que, chez la mère, ils se localisent dans la glande hépatique (Porak).
Malgré la diffusion si notable des poisons, le fœtus se montre beaucoup plus résistant que l'adulte. L'acide cyanhydrique, la strychnine, la curarine, ont pu être donnés à des doses élevées, soit à des fœtus renfermés encore dans l'utérus, soit à des nouveau-nés, sans produire d'accidents. Gusserow a injecté de 0gI,025 à 0gr, 15 de sulfate de strychnine à 47 fœtus à terme appartenant à différentes espèces (lapin, chat, chien); une seule fois il observa des convulsions, chez un fœtus très vigoureux; la plupart des animaux succombèrent cependant, mais ce ne fut qu'au bout de cinq à quinze minutes, c'est-à-dire après un temps fort long, eu égard aux doses massives employées; des chiens et des chats nouveau-nés qui avaient reçu de 0gl',l à 08M5 de strychnine résistèrent à ces quantités énormes.
Le fœtus est peu sensible au chloroforme et au chloral : si l'on tue une femelle pleine avec un de ces narcotiques, bien souvent, quatre et cinq minutes après l'arrêt des battements cardiaques chez la mère, on retire les petits encore vivants. Les résultats sont semblables pour l'acide carbonique : il faut une asphyxie plus prolongée pour tuer un fœtus que pour tuer sa mère.
Tous ces phénomènes tiennent évidemment au peu de développement des centres nerveux. Et si, dans quelques expériences, les fœtus ont succombé rapidement, il ne s'est pas agi, semble-t-il, d'une intoxication, mais d'accidents en quelque sorte mécaniques : nous voulons parler de l'abaissement de la pression sanguine chez la mère; c'est ce qui survient, par exemple, sous l'influence de l'acide carbonique, du chloroforme ou du chloral (Runge) . C'est aussi en modifiant la circulation placentaire que les intoxications peuvent entraîner l'avortement.
Si les poisons passent de la mère au fœtus, réciproquement ils peuvent