TOXICITÉ DES COMPOSÉS ORGANIQUES
est de même pour la strychnine; niais Faction diminue si Ton augmente le nombre des radicaux alcooliques ; réthylstrychnium est convulsivant, le diéthylstrychnium l'est beaucoup moins, le triéthylstrychnium ne l'est plus.
Des changements analogues se produisent quand un hydroxyle est remplacé par un groupe S04H; la morphine perd ainsi son action hypnotique ; la transformation est d'autant plus intéressante qu'elle semble se produire dans l'organisme; c'est à l'état sulfoconjugué que l'alcaloïde se trouve dans l'urine, ce qui a pu conduire quelques auteurs à nier son élimination par la voie rénale.
Nous avons vu que l'introduction d'un radical alcoolique donne aux alcaloïdes une action sur les muscles ; il en est exactement de même pour les glycosides.
Prenons la xanthine : C5H4Az402; l'adjonction successive du groupe méthyl diminue l'action de cette substance sur la moelle et la transforme on un corps paralysant les réflexes et agissant sur* les muscles (Filehne) : nous aurons ainsi la diméthylxanthine et surtout la triméthylxanthine C5H(CH;î)5Az402 ou caféine, qui est un vrai poison musculaire.
Dans d'autres cas, un radical alcoolique transforme une substance inolfensive en un corps très actif : telle est la méthylguanidine provenant de la guanidine (Klebs) ou la propylglycyainine qui dérive de la créatine par substitution du radical propyl à un atonie d'hydrogène (Griffïths).
Un des corps les mieux étudiés à cet égard est l'atropine C^fl^AzO3. On le considère comme une tropine Az.C8IIuO.ÏI dont un 11 est remplacé par le radical de l'acide tropique C8H902. Or la tropine n'exerce aucune action sur la pupille, et n'agit que très faiblement sur le pneumogastrique ; les propriétés si caractéristiques de l'atropine ne s'acquièrent que par la substitution que nous venons d'indiquer. Enfin, l'addition d'un radical alcoolique fait perdre à l'atropine tous ses effets physiologiques, sauf ceux qui portent sur la pupille et le pneumogastrique (Fraser).
Nous avons insisté à plusieurs reprises sur les relations qui existent entre les albumines et les alcaloïdes ; Guareschi admet à ce propos que les toxalbumin.es renferment latent le groupe alcaloïdique ; on conçoit qu'il peut être mis en liberté dans maintes circonstances naturelles ou au cours des manipulations chimiques ayant pour but d'isoler les substances nocives.
Sans avoir épuisé, dans les quelques pages qui précèdent, toutes les questions que soulève l'étude si intéressante de la constitution des poisons, nous avons indiqué quelques faits et résumé les principales hypothèses. Divers détails qui n'ont pu trouver place dans ce chapitre seront exposés à propos de Faction réciproque des poisons et des cellules.
La conclusion qui se dégage des diverses théories que nous avons exposées, c'est qu'il est difficile, à l'heure actuelle, de saisir la relation qui existe entre la constitution d'un corps et son pouvoir toxique. Si l'on tient compte de la variabilité d'action des isomères, on cherchera l'explication
LES INTOXICATIONS
des phénomènes dans les affinités chimiques plutôt que dans les formules de constitution ou les poids atomiques. Ainsi le phosphore blanc et le phosphore rouge ont le même poids atomique et leur action, bien différente dans l'organisme, est en rapport avec la différence de leurs affinités chimiques. La même remarque s'applique aux corps à l'état naissant; ils ont une plus grande affinité chimique et possèdent un plus haut pouvoir toxique. Lewin a montré, par exemple, que les sulfo-carbonates alcalins se décomposent dans le sang sous F influence de l'acide carbonique : il se produit de l'hydrogène sulfuré qui agit sur les globules avec beaucoup plus d'énergie que lorsqu'on absorbe directement ce gaz.