ACTION DU FOIE SLR LES POISONS
une veine du système porte, on est forcé, clans le deuxième cas, d'introduire plus de poison, pour amener les mêmes effets ou pour tuer ranimai; généralement il faut employer une dose double (sels de cuivre) ou triple (sels de fer). Le métal qui se dépose ainsi peut séjourner fort longtemps dans la glande; Philippeaux a trouvé du cuivre dans le foie d'un lapin, un mois après qu'on eut cessé de lui faire ingérer ce métal. Orfila avait observé déjà des faits analogues.
Toutes les substances minérales ne sont pas également arrêtées ; c'est ainsi que le foie est sans action sur les sels de soude ou de potasse, tels que le chlorure ou le laçtate; par contre, il fixe les iodures (CI. Bernard, Mosler) et les bromures (Féré).
L'action du foie sur les alcaloïdes avait été signalée dès 1875 par Héger (4), puis étudiée par Schiff (2) et par un assez grand nombre d'expérimentateurs (5). Les résultats obtenus n'ont d'abord été accueillis qu'avec une certaine réserve. Mais les derniers travaux publiés sur ce sujet (*) semblent avoir fini de convaincre les incrédules. 11 est facile en effet de démontrer l'action du foie sur les alcaloïdes ; on peut employer une de ces trois méthodes : 1° étudier comparativement la marche de l'intoxication chez un animal normal et chez un animal dont on a supprimé l'action du foie, soit en extirpant le viscère (Batraciens), soit en liant la veine porte (chien, cobaye), ou ce qui est préférable, en établissant une fistule portocave (chien) ; 2° empoisonner un animal et rechercher le poison dans ses viscères et ses tissus; 5° injecter comparativement le poison par une veine périphérique et par une veine intestinale.
Si l'on emploie cette dernière méthode, qui donne de bons résultats, il
(*) Héger, Expériences sur la circulation du sang. Thèse d'agrég. de Bruxelles, 1875. — Notice sur l'absorption des alcaloïdes dans le foie, les poumons et les muscles. Bruxelles, 1877. 2e éd., 1894. — Sur le pouvoir fixateur de certaines organes pour les alcaloïdes. Gomples rendus de VAcad. des sciences, 24 mai 1880. — Analyse du livre de M. Roger. Bull, de la Soc. royale des se. médicales et naturelles de Bruxelles, 1er juin 1887.
(-) Schiff. Sur une nouvelle fonction du foie. Arch. des sciences jt/iysiques et naturelles de Genève, 15 mars 1877.
(3) Lautexrach, On a new function of the liver. Philadelphiq m&dical Times, 20 mai 1877. V. Jacques, Essai sur la localisation des alcaloïdes dans le foie. Thèse d'agrégat, de Bruxelles
Roger, Rôle du foie jdans les intoxications. Bull, de la Soc. de Mol., 1") févr. et 51 juillet 1880. — Action du foie sur les poisons. Thèse de Paris, 24 mars 1887. — Note sur les propriétés toxiques des sels de cuivre. Bévue de médecine, 1887. — Toxicité de la digitale et de la digitaline. Bull, de la Soc. de Mol., 20 janvier 1889. — Un rôle protecteur du foie Congrès de physiol. de Baie, 1889. — Action du foie sur la strychnine. Arch. de physiol. janvier 1892. — Physiologie normale et pathologie du foie, 1 vol. de Y Encyclopédie Léauté* Paris, 1893.
(4) Gleï et Capitan, Toxicité de l'antipyrine. Bull, de la Soc. de Mol., 10 noy. 1887. Gley, Action du foie sur la cocaïne. IMd., 1891.
Eox du Val, Action antitoxique du foie sur la cocaïne. Thèse de Paris, 1891. Verhoogex, Recherches sur la diffusion dans l'organisme de certaines substances toxiques. Bruxelles, 1893.
Kotliar, Contribution à l'étude du rôle du foie comme organe défensif contre les substances toxiques. Archives des Se. biologiques. Saint-Pétersbourg, 1895\, p. 587.
Héger, Sur la diffusion inégale des poisons dans les organes. Assoc. britannique pour l'avanc. des se. Oxford, 10 août 1894.
LES INTOXICATIONS
faut avoir soin de diluer la substance en tenant compte de son équivalent toxique; autrement dit, la dose reconnue mortelle quand on l'injecte dans une veine périphérique, devra être contenue dans 10 ou 20 centimètres cubes de liquide, et celui-ci devra être introduit peu à peu et très lentement ; c'est pour avoir négligé ces précautions que plusieurs expérimentateurs n'ont pas réussi à mettre en évidence l'action protectrice du foie : cette glande laisse passer les solutions concentrées, qu'il s'agisse des poisons ou qu'il s'agisse du sucre. Nous avons montré, par exemple, que le foie ne modifie pas la toxicité d'une solution de nicotine à 0,5 pour 100 ; que l'injection sohV faite par une veine périphérique ou par la veine porte, la dose mortelle est la même dans les deux cas ; elle oscille autour de 0gr,005. Mais si l'on emploie une dilution à 0,05 pour 100, les résultats sont bien différents : pour tuer 1 kilogramme d'animal, il faut introduire 0§r,007 par une veine périphérique et 0,014 par un rameau de la veine porte.
En opérant dans des conditions bien déterminées, on arrive à reconnaître que les alcaloïdes perdent généralement la moitié de leur toxicité en traversant le foie. Ce résultat explique en partie la différence d'action des diverses substances (morphine, curare, etc.), suivant qu'on les introduit par le tube digestif ou par la voie sous-cutanée. Mais l'action du foie ne s'exerce pas indistinctement sur tous les alcaloïdes et n'est pas la même chez toutes les espèces animales; ainsi, d'après M. Heger, le foie de la grenouille agit énergiquement sur l'hyoscyamine ; le foie du lapin n'a que peu d'influence, celui du cobaye n'en a pas du tout.
L'action protectrice du foie, si elle ne s'exerçait que sur les poisons introduits dans l'économie, n'aurait qu'un intérêt secondaire; ce serait une fonction intermittente n'ayant l'occasion de se manifester que d'une façon exceptionnelle. Il n'en est rien, en réalité, car le foie agit sur les nombreuses substances toxiques qui se forment constamment dans l'organisme, soit par suite de la vie cellulaire, soit par suite des fermentations et des putréfactions intestinales.
Parmi les poisons d'origine alimentaire, la potasse n'est pas arrêtée par le foie; la peptone, les albuminoïdes y subissent de profondes modifications; l'acétone et la glycérine le traversent librement, tandis que les savons y perdent leur toxicité (Munck).
L'action d'arrêt sur l'alcool admise depuis longtemps a été bien mise en évidence par Gioffredi (*) : cet auteur a montré qu'on augmente un peu la sensibilité de la grenouille à l'alcool en lui extirpant le cerveau, beaucoup en lui enlevant le foie. Si l'on retire ces deux organes, des doses qui ne produisent aucun accident chez une grenouille saine amèneront une mort rapide.
Les produits de putréfaction qui naissent à côté des peptones, sont
(1) Gioffredi, Sul potere coibente dcl fegate e del ccrvello negli avuelenamenti alcoolici. Giom. delV Assoc. napolctana di mecl. e natur., 1893.