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CHAPITRE VI

Empoisonnements aigus et empoisonnements chroniques. — Accoutumance aux poisons. — Antagonisme et synergie des substances toxiques. — Vaccination antitoxique. — Les lésions anatomiqnes. — importance des empoisonnements dans l'étude de l'hérédité et de la tératogénie.

En étudiant les divers troubles fonctionnels que peuvent susciter les substances toxiques, nous avons surtout envisagé les empoisonnements aigus ; c'est, en effet, dans ces cas qu'on observe le plus nettement les modifications apportées au jeu des divers organes, tandis que les intoxications chroniques provoquent des lésions anatomiques, la répétition des troubles fonctionnels finissant par entraîner des modifications structurales. Leur étude présente un grand intérêt pour le médecin qui a fréquemment l'occasion de les observer. L'alcool, le plomb, le mercure, la morphine déterminent surtout des manifestations lentes, et peuvent créer des lésions qu'il n'est pas toujours facile de rattacher à leur véritable cause. Les néphrites, les cirrhoses, les altérations nerveuses, diverses formes d'anémie évoluent comme des affections particulières et ce n'est que par une étude attentive qu'on peut dépister leur étiologie.

L'histoire des empoisonnements chroniques soulève diverses questions fort importantes, en tête desquelles nous placerons l'étude de l'accoutumance.

De l'accoutumance. — Rossbach fait remarquer que l'organisme ne s'habitue pas à la plupart des poisons minéraux; l'assertion est parfaitement juste pour le phosphore; si l'on injecte, tous les deux jours, sous la pau d'un lapin ou d'un cobaye, une petite quantité d'huile phosphorée,

LES INTOXICATIONS

l'animal succomba, alors que chaque dose isolée est bien inférieure à la dose mortelle. Mais le même résultat ne s'observe pas avec tous les poisons minéraux. Pour certains d'entre eux, comme l'arsenic, l'accoutumance se produit d'une façon très manifeste. Les arsenicophages de Styrie et du Tyrol commencent par manger 2 à 3 centigrammes d'acide arsénieux et arrivent à ingérer des doses dix fois plus considérables, sans aucun trouble apparent; ils peuvent même parvenir à un âge avancé, en conservant toute leur vigueur.

Le plus souvent, c'est aux poisons organiques que nous nous habituons; peu à peu l'alcool, le tabac, la morphine, qui d'abord révoltaient la susceptibilité de l'organisme, ne produisent plus aucun trouble; on finit par absorber, chaque jour, des doses qui seraient très graves et même mortelles si elles étaient administrées à un sujet non accoutumé.

Le même fait s'observe chez les animaux; Traube, en injectant à une grenouille 1/24 de goutte de nicotine, observait des effets très marqués sur la circulation; le lendemain il fallait une goutte entière pour produire les mêmes troubles vasculaires; au bout de quatre jours, 5 gouttes étaient nécessaires. Mais tous les êtres ne s'habituent pas aussi facilement à la nicotine; nous avons injecté de petites doses de cet alcaloïde à des lapins, et bien que l'expérience eût été prolongée pendant plusieurs semaines, nous avons obtenu les mêmes accidents à la suite de chaque injection. 11 rte semble pas non plus que les animaux puissent être rendus réfractaires à l'action de la strychnine ou de l'acide cyanhvdrique ; loin de s'y habituer, ils y deviennent de plus en plus sensibles (Preyer). D'autres substances produisent des accoutumances partielles. Ainsi, d'après Anrep, au bout de cinq à dix joui s, l'atropine n'a plus d'action sur l'estomac et l'intestin, mais agit encore sur la pupille; qu'on force la dose, et tous les accidents se reproduisent. Ces expériences, fort intéressantes, représentent un exemple curieux d'intoxication ou plutôt de résistance locale, d'accoutumance parcellaire de 1 organisme.

Nous avons déjà montré, dans la partie consacrée à l'étiologie, qu'on s'habituait assez facilement à l'action des venins, aussi bien au venin des abeilles qu'à celui des serpents. Or, dans ces derniers temps, les expérimentateurs ont eu l'idée d'appliquer aux venins les méthodes qui avaient réussi pour les virus, et, sans parvenir à les transformer en vaccins, comparables aux vaccins chimiques d'origine microbienne, sont arrivés à des résultats remarquables. MM. Phisalix et Bertrand et M. Calmette, qui ont poursuivi l'étude de cette question, ont montré qu'on peut vacciner les cobayes en leur inoculant du venin, atténué par la chaleur ou mélangé à des substances telles que le chlorure d'or et surtout l'hypochlorite de chaux au 1/60.

On a fait bien des hypothèses pour expliquer l'accoutumance aux poisons. Rossbach(1) pensait qu'il fallait invoquer une répartition plus égaie

(*) Rossbach, Ucbciv die Gewohnung an Gifte. Archiv fur die gesammte Physiologie, Bd. XXI, p. 213.

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