RÉSUMÉ
vivants; révolution se fait suivant des oncles ('), dont la partie ascendante correspond aux périodes de progrès ; puis, quand le sommet est franchi, commence la phase régressive ou la période de décadence. Actuellement notre monde est encore dans sa première période; il tend constamment à s'améliorer, et s'avance d'une façon lente mais continue dans la voie du progrès. L'homme marche donc vers un état meilleur: mais sa perfectibilité même montre qu'il n'est pas parfait ; la perfection n'existe ni dans le monde moral ni dans le monde physique. Voilà pourquoi il n'y a pas, il ne peut y avoir une santé complète.
La santé est donc un état relatif, relié par toute une série de transitions à l'état de maladie ; on ne peut opposer ces deux modalités fonctionnelles ; on doit les considérer comme les deux termes d'une chaîne ininterrompue.
Soumis à l'influence de causes externes qui tendent constamment à modifier son équilibre instable, l'être vivant présente une série de réactions qui, si elles ne contre-balancent pas aussitôt l'action des forces externes, déterminent un nouvel équilibre instable caractérisant la maladie. Il est facile de comprendre que les manifestations morbides ainsi produites sont de même nature que les manifestations normales ; elles peuvent être différentes dans leurs formes, elles sont identiques dans leur fond : il s'agit toujours de réactions provoquées par des agents externes. Nous ne pouvons concevoir la spontanéité des actes morbides, pas plus que nous ne concevons la spontanéité des actes physiologiques. Les affections héréditaires ne sont pas non plus des créations de l'organisme, ce sont les suites des maladies d'origine externe qui ont frappé les parents. En pathologie, comme en biologie, on doit donc considérer la série successive des êtres comme un seul être continuellement existant.
Ces idées ont servi de base à notre tentative de nosographie. Nous avons essayé d'y tenir compte du plus grand nombre possible de caractères, et nous avons mis au premier plan les indications fournies par les symptômes et par l'étiologie. C'est le génie des cliniciens qui a créé les types morbides. L'anatomie pathologique et la bactériologie ont complété certains résultats, modifié diverses conceptions, mais, sur la plupart des points, elles n'ont fait que confirmer, établir sur une base solide les données de l'observation.
Nous avons cru devoir faire une distinction suivant que les phénomènes relevaient directement d'un agent externe ou représentaient des conséquences plus ou moins tardives des troubles initiaux. Dans le premier cas, il s'agit de maladies définies par leurs causes nécessaires; dans le second cas, d'affections définies par leur localisation morbide.
Qu'il s'agisse d'affections ou de maladies, les types cliniques ne restent pas invariables ; les modifications continuelles des races humaines entraînent des modifications parallèles dans les réactions morbides; il a fallu une
(!) Basile Conta, Théorie de l'ondulation universelle. (Trad. Tescanu.) Paris, 1894.
INTRODUCTION A L'ÉTUDE DE LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE
somme considérable de persévérance et de travail pour se reconnaître au milieu des manifestations anomales imposées par l'âge, le sexe, ou relevant du pays, de la saison, des conditions sociales. C'est justement parce que les observations varient suivant les milieux, qu'il faut faire appel au zèle de tous les observateurs. C'est justement parce que les interprétations sont difficiles qu'il faut être indulgent pour ceux qui se trompent. Nous ne pouvons avancer qu'en tâtonnant dans la voie de la vérité; il faut encourager ceux qui essayent d'y porter un peu de lumière. Si l'on songe aux difficultés qui naissent sous les pas de l'observateur et de l'expérimentateur, on leur saura gré de tous les efforts, même de ceux qui n'ont pas conduit à d'heureux résultats. Hippocrate avait parfaitement compris ces vérités, et, dans le premier de ses aphorismes, avait donné une leçon de modestie que feront bien de méditer certains critiques de notre époque : « La vie est courte, Fart est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile. »
PATHOLOGIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX
H. ROGER P.-J. CADIOT
Agrégé à la Faculté de Paris. Professeur à l'École d'Alfort.
Objet et division de la pathologie comparée. — Évolution des lésions traumatiques. — Complications des plaies. — Maladies infectieuses communes à l'homme et aux animaux. Intoxications. — Diathèses. — Affections des appareils et des tissus. — Résumé.
Objet et division de la pathologie comparée. — La pathologie comparée, envisageant les troubles morbides dans toute la série des êtres, devrait partir des individus inférieurs, unicellulaires, et remonter peu à peu jusqu'aux types les plus élevés ; étudiant simultanément ce qui se passe chez les végétaux et chez les animaux, elle arriverait à discerner ce qui est commun à toutes les cellules vivantes, ce qui est propre à quelques-unes d'entre elles. La pathologie des éléments primordiaux, dont les résultats auraient une portée générale, servirait d'introduction à la pathologie des tissus et des viscères ; on verrait ainsi quelles sont les variations qui surviennent dans les parties similaires chez les différents individus; on serait conduit à étudier successivement la résistance de tous les êtres vivants à une même cause pathogène et à comparer les réactions des organes et des tissus homologues.
Une telle étude, qui aurait un intérêt philosophique considérable, ne peut être entreprise à l'heure actuelle ; on possède trop peu de documents pour tenter une semblable synthèse; il faut se borner a faire de l'analyse; c'est ce qui nous a conduits à diviser le sujet en deux parties : la première sera consacrée aux maladies de l'homme et des animaux supérieurs; la seconde envisagera les réactions morbides chez les végétaux; nous laisserons de côté les maladies des animaux inférieurs, non que leur étude soit négligeable, mais les quelques notions que nous possédons sont encore bien incomplètes et les résultats obtenus, soit en recherchant la phagocytose chez les Invertébrés, soit en étudiant les maladies des Insectes (Vers à soie, Abeilles), des Mollusques et des Crustacés, seront exposés à propos des infections, des intoxications, des tumeurs.
Ainsi délimité, le sujet que nous abordons est encore bien vaste et bien difficile. Trop souvent les auteurs de médecine vétérinaire se sont con-
PATHOLOGIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX
tentés d'adapter à l'étude des animaux les descriptions de la pathologie humaine ; un même terme s'est trouvé appliqué à des processus fort disparates : la chorée du chien, la fièvre typhoïde, l'influenza et la gourme du cheval, n'ont aucun rapport avec les affections de l'homme désignées sous ces mêmes noms; il en résulte des confusions continuelles qui rendent malaisée toute comparaison.
Cependant l'étude de la pathologie comparée, poursuivie avec soin par quelques auteurs (*), a déjà conduit à des notions générales fort importantes. Tandis que les animaux sauvages, rarement frappés par les infections ou les intoxications, sont surtout sujets aux lésions traumatiques et au surmenage que leur impose la nécessité d'attraper leur proie ou de fuir devant leurs ennemis, les animaux domestiqués sont exposés aux mêmes causes pathogènes que l'homme ; le travail auquel ils sont assujettis, la vie clans des espaces clos, la nourriture insuffisante ou mal appropriée (2), la contamination des aliments, de l'eau ou de l'air par divers agents toxiques ou infectieux, le contact avec les animaux ou avec les hommes, expliquent suffisamment leur plus grande morbidité; mais parmi les animaux domestiques tous ne sont pas également atteints : les maladies sont d'autant plus nombreuses que l'être est plus élevé, c'està-dire plus complexe, et qu'il appartient à une race plus cultivée, c'està-dire moins résistante.
Les mêmes considérations peuvent s'appliquer à l'histoire des lésions congénitales, des dégénérescences de race, des diathèses, des affections héréditaires. Les individus qui naissent avec une tare sont destinés à périr dans les cas de sélection naturelle; ils peuvent survivre, au contraire, s'il s'agit d'animaux domestiques ; aussi l'hérédité morbide existe-t-elle chez eux comme chez l'homme. Nous avons donc un grand intérêt à connaître les maladies des êtres qui nous entourent ; leur étude importe également au médecin qui y trouve des éclaircissements pour la pathologie humaine, à l'hygiéniste qui y puise des indications pour la prophylaxie, à l'expérimentateur qui en tire des idées pour ses recherches.
Les lésions traumatiques et leurs conséquences. — Les différents tissus peuvent présenter des lésions d'ordre traumatique ou des altérations consécutives à la fatigue : c'est ainsi qu'on observe des myosites et des ténosites, à la suite des travaux exagérés; on rencontre, chez les jeunes animaux, des rétractions tendineuses avec déviation des rayons
(') Larcher, Mélanges de pathologie comparée et de tératologie. Paris, 1878. — Art. Pathologie comparée. Dict. encyclop. des se. méd , 2e série, t. XXI, p. 601, 1885.
Bordier, Pathologie comparée de l'homme et des êtres organisés. Paris, 1889.
Friedberger et Frôhxer, Pathologie et thérapeutique spéciales des animaux domestiques. Trad. Cadiot et Ries. Paris, 2 vol., 1891-1892.
Galtier, Traité des maladies contagieuses des animaux domestiques. Paris, 2 vol., 1891-1892.
Gedoelst, Traité de microbiologie appliquée à la médecine vétérinaire. Lierre, 1892.
(2) Les fauves des ménageries succombent souvent à une cachexie qui tient simplement à leur nourriture exclusivement composée de viande; dans les conditions naturelles, leur instinct les conduit à dévorer les entrailles des berbivores, où ils puisent les aliments végétaux nécessaires à leur nutrition.