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PRÉDISPOSITION FAMILIALE A TELLE OU TELLE INFECTION

il existe dans certaines familles une prédisposition spéciale à certaines maladies infectieuses, cl par contre la résistance à l'infection varie suivant la réaction individuelle on familiale.

M. L. Revilliod (de Genève) a rapporté en 1876 l'histoire de quatorze ramilles démontrant (pic la diphtérie frappe avec prédilection ccrtaines familles. Francotte, Eigenbrodt (de Darmstadt) ont confirmé ce fait. Récemment, M. Revilliod a montré de nouveau par l'histoire de la diphtérie dans vingt et une familles (pie c'est une maladie familiale, non seulement par contagion, mais même en dehors de toute contagion (2). « Lorsque frères cl sœurs sont atteints à de grands intervalles de temps, dans des localités et des locaux différents et sans qu'il y ait contact entre eux, on ne peut pas invoquer la contagion. »

Le médecin de Genève a insisté aussi sur ce fait ([lie le même terrain est favorable à la tuberculose et à la diphtérie (Londe, loc. cit.).

On peut, soutenir une opinion analogue, pensons-nous, à propos de bien d'autres infections : la fièvre typhoïde, la scarlatine surtout.

L'HÉRÉDITÉ DE L'IMMUNITE

Si certaines familles sont plus prédisposées à contracter certaines infections, il en est d'autres, par contre, où les maladies infectieuses en général, et plus spécialement certaines infections sont si rarement observées, bien que leurs membres vivent dans des conditions où ils se trouvent sans cesse en contact avec les germes infectieux, qu'il faut bien admettre chez elles une immunité héréditaire.

Comment pouvons-nous comprendre le mécanisme de cette immunité?

Au point de vue de l'hérédité des infections, on peut appeler, avec Charrin, hérédité directe, celle qui consiste dans le passage effectif de I agent pathogène, du bacille de la tuberculose par exemple, de la mère à 1 enfant. Le mécanisme en est des plus simples. La barrière que le placenta normal offre aux agents infectieux circulant dans le sang maternel peut être interrompue en quelques points, si les tissus de la mère sont altérés par

(*) A consulter sur l'hérédo-tubércûleuse : D'Hôtel, Hérédité et contagion dans les villages, 1894. — Séjournet, Études sur la tuberculose [Union méd. du Nord-Est, sept. 1894). — Desplans, Rôle de l'hérédilé dans la contagion delà phthisie. [Th. de Lyon, 1888;. — Thiroloix, [Concours médical, 1895).— Londe et Thiercelin, La lubereul c congénitale [Gaz. des hôp., 1895).

(a) Les rapports entre la tuberculose et la diphtérie. Bev.de la tuberculose. 1894, p. 205.

L'HÉRÉDITÉ DE L'IMMUNITÉ

la maladie même dont elle souffre. Le placenta en pareil cas peut être comparé à un filtre défectueux qui se laisse traverser par de fines molécules.

Plus on avance dans l'étude histolôgique du placenta, plus on découvre combien sont intimes les connexions qui existent entre la mère et reniant. Le placenta peut être considéré schématiquement à son origine, non plus comme un simple adossement de deux circulations indépendantes, mais, ainsi que l'a écrit le professeur M. Duval, comme une « hémorrhagie maternelle circonscrite ou enkystée par des éléments fœtaux ». Le sang placentaire, disent les histologistes, circule dans des lacunes circonscrites directement par des cellules fœtales. Si le sang de la mère baigne les éléments du fœtus, comment l'élément infectieux qui circule dans le sang maternel ne pénétrerait-il pas dans la substance du fœtus?

D'ailleurs le placenta n'est plus, comme on l'a supposé il y a quelques années, un « filtre parfait », une barrière infranchissable aux contages figurés. Straus et Chamberland ont établi, contradictoirement avec ce qu'on admettait sur la foi de Brauell et de Davaine, que la bactéridie charbonneuse peut passer de la mère au fœtus par la voie placentaire.

Le pneumocoque franchit la filière du placenta. Netter a trouvé des pneumocoques encapsulés dans le poumon, dans le sang du cœur gauche et dans divers exsudais d'un enfant né d'une femme affectée de pneumonie et mort à cinq jours de pneumonie.

Relier, Neuhauss, Chantemesse et Widal, Eberth, ont prouvé que le bacille de la fièvre typhoïde passe de la mère au fœtus.

Les enfants de mères varioleuses peuvent naître avec la variole. S'ils naissent sains, ils peuvent être inaptes à contracter la vaccine. La vaccination de la mère peut aussi conférer à l'enfant l'immunité vaccinale (P. A.Lôp, Thèse de Paris, 1895). Cette immunité n'est pas de longue durée ; elle ne dépasserait guère six mois ; exceptionnellement elle a persisté dix-huit mois.

Infiniment plus complexe et malaisée à expliquer est « la transmission de propriétés générales, de qualités humorales, dont l'ensemble forme le terrain qui va porter la maladie infectieuse, toxique, nerveuse ». Cette question si délicate de l'hérédité du terrain dans ses rapports avec l'évolution des maladies infectieuses chez l'enfant dont les parents ont eux-mêmes lutté contre l'infection, a été si magistralement exposée par Charrin dans une récente étude!1), que je crois devoir le suivre pas à pas en le citant plus d'une fois textuellement.

« Si, d'un coté, il est établi, dit-il, que le pouvoir de résister à un microbe donné, provient soit de ce que les corps cellulaires détruisent ce microbe, soit de ce qu'ils versent dans les plasmas des principes nuisibles à l'évolution du parasite ou capables de neutraliser ses sécrétions, sécrétions dont il a besoin, dont il use pour faire le mal; si, d'autre part, on prouve que ces propriétés passent des éléments anatomiques des généra-

(') L'hérédité et l'immunité, propriétés cellulaires. Revue générale des sciences, février 1894.

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teurs à ceux des rejetons, il en résultera que l'essence même de cette transmission résidera dans les propriétés de ces éléments anatomiques. Autrement dit, on aura mis en évidence l'exactitude de propositions qui peuvent se formuler ainsi : « Une variété d'immunité dépend, en partie, des « fonctions des organites; or l'enfant parfois tient de ses parents ce genre « d'immunité; donc, dans ce cas, l'hérédité est intimement liée à quelquesce unes de ces fonctions de ces organites, à la physiologie de ces cellules. »

La démonstration expérimentale du rôle des cellules dans la production de l'immunité est donnée par les faits suivants.

A deux séries de lapins, les uns vaccinés par injections sous-cutanées de toxines pyocyaniques, les autres sains, Charrin inocule dans le tissu cellulaire une même quantité d'une même culture du bacille pyocyanogène. Puis, de quinze en quinze minutes, il recueille un peu de sérosité dans les points d'inoculation, au même instant, sur un lapin immunisé et sur un lapin normal. Avec cette sérosité, convenablement diluée dans une égale quantité de bouillon, sont faits des ensemencements parallèles sur agar; et en même temps des préparations colorées au violet de méthyle permettent de constater que « dès la deuxième, dès la première heure même, quelquefois plus tôt, les tubes qui ont reçu l'œdème des vaccinés apparaissent moins riches, soit en colonies, soit en matières colorantes ». Or, fré quemment on constate ces différences à un moment où l'examen histologique ne révèle aucune phagocytose. Plus tard, les leucocytes affluent chez les lapins rendus impropres à la maladie ; on en compte 1000, quand il en existe 100 chez les êtres non préparés; quelques-uns, parmi ces leucocytes, englobent des bacilles dont on saisit aisément les phases de destruction.

Cet afflux rapide et intense de leucocytes au point d'inoculation chez les immunisés suppose une diapédèse préalable plus active chez eux que chez les animaux témoins. La dilatation des vaisseaux en est le premier stade ; le ralentissement du courant sanguin dans les capillaires élargis permet aux leucocytes de s'accoler aux parois, puis de s'insinuer d'autant plus aisément dans les stomates que les cellules de l'endothélium se trouvent plus écartées.

Cette vaso-dilatation préparatoire de la diapédèse se produit, en règle générale, par voie réflexe partout où l'introduction d'un microbe, d'un corps étranger quelconque impressionne les terminaisons nerveuses ; il en est ainsi chez les animaux vaccinés. Au contraire, ce réflexe ne se produit pas chez les animaux non vaccinés. Pourquoi? Parce que le bacille pyocyanogène, évoluant sans contrainte, sécrète des substances qui rétrécissent les capillaires. C'est un exemple de cette loi mise en évidence par les expériences de MM. Bouchard, Gley et Charrin, et par suite de laquelle les agents pathogènes sécrètent des toxines dont les unes sont vaso-constrictives et les autres vaso-dilatatrices, toxines dont les propriétés vasomotrices expliquent bien des phénomènes pathologiques, par l'anémie ou la congestion qu'elles engendrent.

Dans l'expérience de Charrin, décrite plus haut, l'examen des tubes

L'HÉRÉDITÉ DE L'IMMUNITÉ

ensemencés avec les sérosités sous-cntanées montre que le bacille pyocyanoffène dans les humeurs des animaux immunisés est troublé dans ses fonctions, puisqu'il y fabrique point ou peu de sécrétion pigmentaire; on peut admettre que sa sécrétion vaso-constrictive est aussi entravée. Au contraire la sécrétion pigmentaire est abondante dans les tubes ensemencés avec l'humeur des animaux non immunisés ; on peut donc admettre que la toxine vaso-constrictive ne manque pas non plus et que, grâce à elle, le bacille pyocyanogène, paralysant les centres vaso-dilatateurs, empêche la vaso-dilatation indispensable à la diapédèse défensive de l'organisme.

On peut encore attribuer dans la production ou l'absence des phénomènes défensifs, suivant que les animaux sont ou non immunisés, un rôle à la chimiotaxie, c'est-à-dire aux attractions ou aux répulsions qui s'exercent entre les parasites ou leurs produits et les leucocytes, la vaccination par accoutumance ou par tout autre processus pouvant permettre aux bactéries d'attirer les leucocytes, qui se trouvent au contraire repoussés quand cette vaccination fait défaut. Mais ces forces ne peuvent entrer en jeu que vis-à-vis de leucocytes déjà sortis des vaisseaux, et il reste toujours à expliquer la diapédèse préalable. Un rôle peut être aussi dévolu aux pressions osmotiques. Quoi qu'il en soit, étant admise l'absence de sécrétion d'une toxine vaso-constrictive par les bacilles pyocyanogènes chez les animaux immunisés, on doit se demander pourquoi, dans le corps de ces animaux, les bacilles n'ont pas sécrété cette toxine. L'expérimentation répond que les bacilles, ensemencés parallèlement dans le sérum de lapins sains et de lapins immunisés, se multiplient moins promptement chez ces derniers, engendrent moins de pigment et se trouvent souvent même modifiés dans leur forme. Ainsi dans le sang des animaux immunisés, comme dans la sérosité de l'œdème sous-cutané des régions où on les inocule, se trouvent des substances qui rendent les agents pathogènes incapables de fabriquer leur matière vaso-constrictive, et d'ailleurs les empêchent de se développer, de proliférer, préparant la phagocytose qui achèvera leur destruction.

Mais d'où proviennent ces substances, dont la présence dans les humeurs des animaux immunisés empêche les microbes pathogènes de s'y multiplier et d'y verser leurs poisons? — « Elles ne peuvent avoir que deux origines, » répond Charrki, exposant la doctrine de M. Bouchard ; « ou bien l'expérimentateur les a introduites en créant l'état réfractaire; ou bien l'économie les a fabriquées ». — Or on ne saurait soutenir qu'elles ont pénétré, véhiculées par le liquide vaccinal; cela pour plusieurs motifs.

En premier lieu, la résistance de l'animal ne s'établit qu'après quatre, cinq, six jours à partir de l'instant où le liquide vaccinal a été injecté. Si ce liquide contenait les principes protecteurs en nature, cette résistance au virus devrait être manifeste immédiatement à l'heure où les tissus les renferment au maximum, non à une période où leur élimination a déjà commencé.

En second lieu, ces principes n'échappent pas au mouvement de

L'HÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE

transformation, de sortie, qui frappe toute substance venue du dehors; pourtant l'immunisation est durable, persiste pendant des périodes qui dépassent de beaucoup en durée le temps nécessaire à ces transformations, à ces sorties.

En troisième Lieu* si l'on porte le sérum bactéricide à 70 degrés, il perd ses propriétés ; on ne décèle aucune différence entre les cultures faites dans ce sérum et dans celui des témoins; la chaleur anéantit donc ces éléments, tandis que les toxines ne cessent pas de faire naître la vaccination, alors qu'elles ont été stérilisées par 100 degrés, même 1 20 degrés.

La conclusion obligatoire est (pie ces produits dérivent de la vie des cellules.

Les sécrétions microbiennes, en passant dans l'économie, changent la modalité de la nutrition : les organites ne puisent plus, ne rejettent plus dans les plasmas les mêmes corps, ou, s'ils s'adressent à ces mêmes corps, ils ne les métamorphosent pins (Lune façon identique au processus qu'ils suivaient antérieurement ; parmi les déchets de leur désassimilation, des additions, des soustractions s'observent.

Il n'est pas pins surprenant de voir la nutrition être modifiée par les sécrétions microbiennes que par les poisons minéraux. On sait que le plomb transforme les humeurs d'un peintre en bâtiments intoxiqué, en empêchant ses acides de se détruire, au point de le rendre goutteux comme un riche. D'autres toxines microbiennes, celles de la fièvre typhoïde, après leur séjour plus ou moins prolongé dans l'économie, peuvent y modifier les échanges au point de transformer un maigre en obèse ou inversement.

Kitasato, Behring nous ont montré que dans le tétanos, la diphtérie, la vaccination fait naître des matières nuisibles pour les ferments figurés pathogènes et antidotes des poisons issus de leur évolution. Ces antitoxines, comme ils les ont appelées, sont fabriquées certainement par l'organisme. Ainsi la protection contre les virus, qui constitue l'essence de l'état réfractaire, est, en définitive, l'œuvre des cellules intervenant statiquement par leurs produits, par les substances bactéricides ou les antitoxines, ou dynamiquement par l'englobement, la digestion des germes.

L'hérédité de l'immunité sera établie s'il est démontré que les propriétés de ces cellules peuvent passer des générateurs aux rejetons.

Or les observations faites à propos de la syphilis, de la variole, de la tuberculose, etc., chez l'homme, les expériences relatives au charbon, à la clavelée, au tétanos, à la rage, à l'infection pyocyanique, à l'intoxication par l'abrine, etc., expériences dues à Chauveau, à Ackermann et RolofF, à Tizzoni, à Cantani, à Gharfin et Gley, à Ehrlich, fournissent à cet égard des preuves irrécusables.

Je citerai notamment les expériences suggestives d'Ehrlich(1), relativement à la transmission héréditaire de l'immunité au moyen des toxalbumines végétales, la ricine, l'abrine (principe actif du jequirity-abrus pr&-

(*) Ehrlich, Zeitschrift /'. Hyy. und Infectionskrankheiten, Bd. XII, p. 185-203. (Anal, par Straus.) Arch. de méd. expérim., p. 421, 1892.

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eatorius) et la robine (principe actif de l'écorce d'acacia), substances qui offrent beaucoup d'analogies avec les toxines bactériennes et contre les- (juelles les recherches antérieures du même expérimentateur ont montré qu'on peut créer l'immunité (*).

On peut concevoir que l'immunité des descendants résulte d'un des trois procédés suivants : 1° de la transmission par le plasma germinatif lui-même de l'état réfractaire : c'est l'hérédité dans le sens rigoureux du mot, ontogénique; — 2° de la transmission au fœtus de l'antitoxine maternelle qui lui arrive toute préparée : c'est une immunité « passive » ; — o°de l'action directe, intra-utérine, exercée par l'agent immunisant sur les tissus et les humeurs du fœtus, qui élaborent eux-mêmes le sérum antitoxique : c'est l'immunité « active » d'Ehrlich.

Hérédité paternelle. — Pour savoir si le sperme peut transmettre l'immunité, Ehrlich fit féconder par des souris mâles, fortement immunisées contre la ricine et l'abrine, des femelles normales non immunisées; les petits ainsi engendrés ne présentèrent aucune résistance renforcée contre la ricine et l'abrine. Le plasma du spermatozoïde n'est donc pas capable de transmettre l'immunité.

Hérédité maternelle. — On fait féconder par des mâles non immunisés des femelles ayant déjà acquis l'immunité avant la conception. Les petits, éprouvés vers la troisième semaine après la naissance, montrèrent constam ment une résistance infiniment plus grande que celle des témoins. Cette immunité, encore solide six semaines après la naissance, avait disparu presque totalement vers le troisième mois. C'est une immunité « passive », transitoire, due au passage de l'antitoxine maternelle au fœtus et qui cesse quand la matière toxique est détruite ou éliminée. Cette immunité se prolonge d'ailleurs autant que l'allaitement qui apporte à chaque instant de nouvelles antitoxines. L'immunité héréditaire dans ces cas procède donc de deux facteurs : immunisation par transmission intra-utérine d'antitoxine et immunisation par l'allaitement, celle-ci huit ou dix fois plus active que celle-là. Mais, en tout cas, ce genre d'immunité ne dépasse pas la première génération, et ce n'est point Là une hérédité de l'immunité dans l'acception rigoureuse du mot.

Ces faits S'appliquent non seulement à l'immunisation contre les toxalbumines végétales, mais à certaines maladies infectieuses, le tétanos par exemple (la diphtérie, la maladie pyocyanique), aux cours desquelles ont été mis en évidence les principes antitoxiques, bactéricides et les forces phagocytaires. Or, dans ces maladies, on a vu le passage de l'état réfractaire des ascendants aux descendants; autrement dit, avec Cbarrin : « par suite de l'hérédité, une mère, des générateurs qui se défendent à l'aide des qualités de leurs organites, parce que ces organites sécrètent des corps nuisibles pour les parasites, parce que ces organites font pénétrer ces parasites dans leur propre protoplasma, donneront naissance à des

(*) Ehrlich, Deulsehe med. Wochensch., 1891, n03 12 et 52.

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rejetons placés dans des conditions analogues, qui se protégeront à l'aide de propriétés identiques, dont les tissus jouiront de semblables prérogatives, des rejetons dont les phagocytes dévoreront les infiniment petits, dont les plasmas constitueront des milieux médiocrement favorables à ces infiniment petits ».

L'hérédité de l'immunité s'observe surtout lorsque le mâle et la femelle la possèdent déjà quelques semaines avant la fécondation. On l'observe aussi quand la mère seule a été immunisée. « 11 est rare, il est inouï », dit Charrin, qu'on l'observe quand le père seul a été rendu réfractaire. Cependant, à la suite de longues et patientes expériences, Charrin et Gley oui pu mettre en évidence le pouvoir de l'influence paternelle isolée.

Dans leurs expériences ils ont en outre constaté que l'influence paternelle se manifestait par l'apparition chez les petits d'anomalies osseuses, par la mort de ceux-ci dans l'utérus, par des avortements, — « accidents fréquents aussi dans l'hypothèse de l'intervention bilatérale des deux ascendants, non plus dans celle d une action unilatérale ». Si ces derniers accidents ne sont pas des exemples d'hérédité réelle, puisqu'il s'agit de perturbations, de désordres qui n'existaient pas chez les parents, ils n'en prouvent pas moins le rôle distinct de chacun de ces parents, attendu que ces accidents éclatent parce que l'un de ces parents ou les deux, par suite de la vaccination, avaient vu leurs humeurs, leurs tissus se modifier.

La vaccination n'est au fond qu'une maladie ébauchée, atténuée, une sorte d'intoxication, quand on la pratique à Laide de toxines pour éviter les causes d'erreur qui pourraient découler de la persistance des bacilles, de la possibilité pour ceux-ci de franchir le placenta.

Dans les expériences de Charrin et Gley, l'état réfractaire des rejetons ne peut s'expliquer (pie par les qualités de leurs cellules, aptes à fabriquer les principes bactéricides ou à détruire les microbes, parce que les cellules ancest raies, celles des générateurs, les cellules dont sont nées celles des enfants, les cellules dont quelques atomes ont servi à former les êtres procréés, usaient de ces qualités, exerçaient ces fonctions.

Il résulte, nous l'avons déjà dit, des travaux de Strassburger et Guignard que, par suite du mécanisme même de la fécondation, la similitude matérielle des cellules génératrices et des cellules engendrées est assurée. Ces observateurs, qui ont précisé les parts respectives du noyau et du protoplasma des deux cellules génératrices dans la reproduction de la première cellule engendrée, ont appris que I on rencontrait le même nombre de chromosomes dans ces divers organites issus les uns des autres. Si les éléments végétatifs renferment 6, 12, 24 de ces chromosomes, l'ovule ou le spermatozoïde n'en comptent que la moitié. La fécondation, qui n'est autre chose à l'origine que la fusion de cet ovule et de ce spermatozoïde, réunit, additionne ces deux moitiés pour reconstituer le type primitif, la quantité initiale. Il en résulte que dans les cas où les cellules des lapins vaccinés contenaient ces 6, 12, 24 chromosomes, les deux corps germinatifs ayant apporté chacun 5, 6, 12 de ces bâtonnets chromatiques, la

CONCLUSIONS

cellule primaire de l'embryon en aura 6, 12, 24; celles qui naîtront de cette cellule primaire en posséderont aussi 6, 12, 24.

Puisque les cellules engendrées sont ainsi exactement calquées au point de vue de la structure matérielle sur les cellules génératrices, il n'est pas surprenant que l'analogie se poursuive au point de vue physiologique. « Pourquoi l'atome albuminoïde qui, dans l'organite des générateurs, sécrétait des matières microbicides, digérait les germes inclus, ne persisterait-il pas à remplir ces mêmes rôles au sein de l'élément fœtal qu'il a contribué à former en se détachant des tissus de l'ascendant? Les phénomènes ne se passent-ils point de cette façon pour la formation de la bile, de la salive? » (Cliarrin.)

En résumé, si l'immunité des parents, qui est la conséquence de leurs propriétés cellulaires, est transmise aux enfants, c'est que ceux-ci héritent de cellules semblables à celles de leurs parents au point de vue physiologique comme au point de vue anatomique. « L'immunité est un attribut cellulaire, ainsi que l'ont formulé le professeur Bouchard et plus tard Grawitz. Cet attribut passe du père au fils. Donc l'hérédité à certains égards est également un attribut de la cellule. »

CONCLUSIONS

Nous voici parvenus au terme de cette enquête sur l'hérédité, au cours de laquelle nous avons recueilli tous les témoignages capables de nous éclairer, ceux des physiologistes comme ceux des psychologues, des botanistes et des zootechniciens, des médecins et des vétérinaires. Pouvonsnous dégager de cet énorme dossier de dépositions quelques conclusions générales?

Pendant longtemps les auteurs qui ont écrit sur l'hérédité ont pris parti pour ou contre son influence, en obéissant à deux tendances radicalement opposées : pour les uns, l'hérédité primait tous les autres facteurs écologiques; pour les autres, son influence était nulle. Une plus juste et moins radicale appréciation des faits parait s'être répandue actuellement.

L'hérédité normale détermine non seulement la conformation et les aptitudes du produit, mais elle influe sur les multiples circonstances de sa vie physiologique, croissance, menstruation, grossesse, lactation, ménopause, sur l'accomplissement de ses fonctions (digestion, etc.), sur sa sensibilité aux poisons, y compris ceux que fabriquent les agents infectieux et les médicaments. L'hérédité physiologique, c'est le triomphe de l'hérédité similaire. Encore n'est-elle, bien entendu, que contingente et non nécessaire ; ou du moins ses effets sont-ils variables, suivant que prédomine au moment de la fécondation l'influence de l'un ou de l'autre des générateurs, suivant que les échanges transplacentaires entre la mère et le fœtus accentuent ou dévient la direction initiale imprimée au déve-

L'HÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE

loppement de l'être, suivant enfin que l'action ultérieure des milieux (alimentation, éducation) contrecarre ou favorise les aptitudes originelles.

L'hérédité morbide diffère principalement de l'hérédité normale en ce qu'elle est rarement directe et similaire ou homœoinorphe. Elle se manifeste le plus souvent par l'apparition périodique de certaines maladies dans certaines familles et leur coexistence chez des collatéraux. Tandis que la ressemblance entre les parents et les enfants est le caractère fondamental de l'hérédité normale, c'est la dissemblance qui est le trait le plus ordinaire de l'hérédité morbide; c'est l'hérédité par transformation, ou hétéromorphe. C'est surtout la prédisposition morbide découlant d'une similitude dans la structure anatomique des organes et dans leur activité fonctionnelle, d'une conformité dans les modalités de la nutrition. On n'hérite le plus souvent que d'une anomalie de la nutrition ; mais la déviation de la vie normale chez les ascendants peut, à un moment donné, avoir pour conséquence la création d'une véritable maladie familiale transmissible en nature par hérédité. Une maladie de famille pourrait-elle devenir une maladie de race, puis une maladie d'espèce? Sans doute, si la reproduction était possible ; mais les maladies organiques éteignent la reproduction et la maladie reste une maladie de famille. Le type dégénéré s'éteint en vertu de la sélection naturelle (Londe). En outre, les maladies infectieuses qui frappent avec prédilection les dégénérés, mettent bon ordre à l'extension indéfinie des nouveaux types pathologiques. La tuberculose, par exemple, est considérée par Bennctt comme une sorte de nécessité destinée h faire disparaître les familles impropres à la reproduction, et M. Bouchard a dit dans le même sens que la phtisie était une manière de mourir.

Ainsi la loi d'hérédité morbide est, en définitive, défensive de l'espèce; car d'un côté elle assure dans certains cas l'immunité contre certaines infections aux descendants dont les procréateurs ont su résister aux assaut s de ces mêmes infections; de l'autre, en rendant plus vulnérables aux agressions banales, ou inféconds, les descendants des individus trop tarés, elle empêche la dégénérescence indéfinie.

Comme l'a dit Woods Hutchinson, les maladies qui tueraient l'espèce sont corrigées par elles-mêmes, puisqu'elles empêchent la reproduction ou tuent les enfants en bas âge. D'après cet auteur, qui s'est livré à d'importantes recherches statistiques, la tare héréditaire n'a pu être relevée que dans 10,1 pour 100 des cas sur 57 000 cas de folie, dans 10,5 pour 100 sur 20 000 cas de carcinome, dans 57,5 pour 100 sur 22 000 cas de tuberculose; il refuse donc de considérer les lois de l'hérédité comme le facteur prédominant dans la production des maladies et, comparant aux faibles et incertains dommages qu'elle cause, les avantages sans prix qu'elle assure à l'homme par l'accumulation sur chaque individu des forces de résistance aux maladies acquises par la race, il conclut : « Ses effets bienfaisants sont innombrables et indiscutables ; ses effets nuisibles, peu nombreux et douteux ». Le sociologiste peut s'associera

CONCLUSIONS

cet optimisme au point ae vue philosophique des intérêts généraux de l'espèce; mais le médecin, qui a surtout à s'inquiéter des intérêts particuliers de chaque famille et de chaque individu, redoute nécessairement l'hérédité pathologique pour ses clients. C'est une raison d'ailleurs pour lui de ne s'en point désintéresser.

En effet la connaissance des lois de l'hérédité n'est pas seulement une curiosité scientifique, mais elle présente une importance pratique considérable pour le médecin.

Au point de vue du diagnostic, du pronostic, du traitement et de h prophylaxie nous pouvons tirer imparti considérable des notions d'hérédité.

Quelques exemples le prouveront. Au cours de maladies aiguës, comme la fièvre typhoïde ou toute autre infection fébrile, la notion d'hérédité névropathique nous guidera dans la saine appréciation de l'intensité des réactions nerveuses et de la vraie thérapeutique à y opposer ; c'est à elle que nous devons souvent de pouvoir diagnostiquer les pseudo-méningites et les pseudo-péritonites, différencier les hyperthermies qui dépendent d une réaction nerveuse excessive, de celles qui sont liées à la gravité même de l'infection ; c'est elle qui nous indiquera l'utilité des moyens les plus convenables à opposer à ces affolements imprévus de systèmes nerveux déréglés par l'hérédité névropathique.

La même chose peut être dite au sujet de l'hérédité alcoolique. Les enfants des intoxiqués ne réagissent pas comme d'autres à la pierre de touche des infections.

Au cours de bon nombre de maladies chroniques la notion d'hérédité n'est pas moins importante ; sans parler de la syphilis à propos de laquelle le fait est de toute évidence, c'est elle qui permet de soupçonner la goutte larvée derrière certains accidents obscurs et formidables en apparence et de leur opposer, quand on aura démasqué l'étiologie héréditaire, la seule thérapeutique logique.

La notion d'hérédité n'est pas moins importante au point de vue du pronostic. Est-il indifférent de savoir que la tuberculose évolue autrement chez les fils d'arthritiques et chez les descendants de scrofuleux? La prédisposition héréditaire peut devenir une cause d'atténuation de la gravité de l'infection tuberculeuse, puisque les individus vierges de tare tuberculeuse héréditaire paraissent réaliser l'infection sous la forme la plus virulente, celle de la tuberculose aiguë généralisée. C'est du moins ce qu'a pensé Léon Collin a propos de la fréquence de la tuberculose aiguë chez les soldats d'élite, les gardes de Paris. N'est-il pas précieux pour l'accoucheur de savoir que, dans certaines familles de névropathes, il existe une prédisposition héréditaire à l'éclampsie? Quel parti ne tire pas l'aliéniste, au point de vue du pronostic, de la notion d'hérédité? N'est-ce pas elle qui lui permet de prévoir la rapidité de l'évolution ou l'éventualité probable des rémissions?

Et maintenant, que pouvons-nous faire au point de vue prophylactique? A envisager les choses au point de vue le plus général, le médecin doit

L'HÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Cuire tous ses efforts pour vulgariser autour de lui les notions relatives à l'hérédité pathologique et en l'aire saisir l'importance aux familles dont il a la confiance. « Un bon ehoix dans les mariages ne concourt pas peu, a dit Portai, à diminuer et à atténuer les vices de familles, et sans doute que naturellement ces heureux effets s'opèrent très souvent dans les grandes villes, surtout par des hommes et des femmes de campagne qui, en quelque manière, renouvellent la race. Il est certain qu'on voit ainsi disparaître de vrais maux d'origine. » Si le médecin, imbu de cette idée, réussit par une prédication incessante à convaincre ses clients de la gravité des unions conclues à la légère sur les seules considérations d'intérêt, il sera sans nul doute souvent consulté sur l'opportunité de tel ou tel choix. Il s'inspirera alors des circonstances et des renseignements réunis dans les pages précédentes pour donner le conseil qu'il jugera le meilleur, et il aura quelquefois la satisfaction de constater qu'on en aura tenu compte. Plus souvent sans doute il apprendra (pi on a passé outre à ses avis, et plus tard, quand un mariage conclu malgré lui aura mal tourné, on viendra lui en faire la triste confidence et lui demander de réparer le mal dans la mesure possible. Il le pourra, souvent encore, soit par la thérapeutique, soit en conseillant une hygiène appropriée à l'éducation des enfants malades. — Mais, avant même que des naissances d'enfants malformés ou débiles soient survenues, ou que des maladies héréditaires se soient déclarées chez les enfants issus des unions mauvaises contractées malgré ses conseils, le médecin aura pu quelquefois intervenir utilement en donnant certains conseils aux parents récemment mariés, pour qu'ils se mettent dans les conditions physiologiques les plus favorables à la procréation d'enfants sains. Et cette vue n'est pas purement spéculative. Nous savons par les éleveurs qu'un même reproducteur donne des produits de valeur inégale suivant son état de santé au moment précis de la saillie fécondante. 11 n'est pas douteux qu'il en soit ainsi dans l'espèce humaine. Il est certain que le taux de la nutrition est variable, que c'est une fonction élastique, que l'activité des '/'changes est plus ou moins ralentie, et que l'être engendré doit être conforme à son générateur dans les modalités de la nutrition. Un individu qui est soumis à une intoxication habituelle, soit par auto-intoxication £' origine digestive, s'il est dyspeptique, ou d'origine interstitielle, s'il est soumis au surmenage, n'est pas toujours intoxiqué au même degré à tous les moments de sa vie. Une hygiène bien comprise peut modifier avec avantage des états semblables, ne fût-ce que temporairement. Un père momentanément alcoolisé, ou morphinisé, ou surmené, peut, après quelques mois de repos ou d'abstention des poisons, devenir un reproducteur meilleur, comme un syphilitique ancien et traité est meilleur générateur qu'un homme encore sous le coup d'accidents secondaires. Un tuberculeux, dans une période d'enkystement de sa lésion, ayant engraissé, vivant à la campagne, sera moins dangereux pour sa progéniture. Ces exemples pourraient être multipliés à volonté et prouvent qu'une prophy-

CONCLUSIONS

laxic bien comprise peut écarter quelques-uns des dangers de l'hérédité apthologique pour les enfants à naître.

Et, quand les influences héréditaires sont défavorables du côté des deux générateurs, il ne faut pas encore désespérer absolument de Ta venir du produit; car l'influence des milieux, de l'éducation et des soins préventifs peut modifier beaucoup les qualités héréditaires. Déjerine dit qu' « au moment de la naissance l'hérédité psychologique n'est qu'une probabilité, jamais une certitude » ; la même réflexion s'applique à toutes les formes de l'hérédité pathologique. Le médecin, mis en défiance contre les maladies auxquelles est plus spécialement exposé l'enfant par les tares de ses parents, conseillera les mesures préservatrices les plus convenables. Certaines périodes de la vie seront l'objet d'une sollicitude plus vive. Si les tares sont d'origine maternelle, l'allaitement sera confié à une nourrice mercenaire bien choisie. Si c'est la souche paternelle qui est défectueuse et si la mère au contraire est exempte de tares héréditaires, on insistera pour (jue ce soit elle qui nourrisse son enfant ; en tout cas l'enfant sera élevé de préférence à la campagne, et ne sera jamais confiné dans un établissement scolaire de grande ville. Aux étapes principales de la croissance on redoublera de surveillance. L'influence réciproque de l'hérédité morbide et de la croissance a été bien mise en lumière par M. Springer (*).

« L'hérédité, dit-il, est considérée, à juste titre, comme le facteur le plus important de la prédisposition morbide. Ce fait est bien démontré pour un grand nombre d'affections, parmi lesquelles on doit citer les troubles nerveux, les affections syphilitiques et para-syphilitiques, la tuberculose, les gastropathies, etc.

« L'apparition des symptômes spécifiques est fréquemment actionnée par les poussées de croissance qui accompagnent et suivent la puberté; mais, d'autre part, ces maladies, par leurs conséquences dystrophiques, ralentissent la croissance et entravent le développement, d'où résulte un amoindrissement physique des individus, des familles et des races. Toutefois, cet effet est évitable, et le clinicien pénétré delà valeur de la notion de l'hérédité peut, dans une certaine mesure, neutraliser son action. C'est Là un fait qui ressort de l'examen des enfants (pie l'Assistance publique réunit à Montévrain près de Lagny-Thorigny, et qui sont catalogués sous l'étiquette administrative « d'enfants moralement abandonnés ». Les garçons de treize à dix-neuf ans sont, pour la plupart, des Parisiens ; ils sont puisés parmi les Enfants Assistés ou dans le même milieu social. Parleur origine, ces enfants réunissent toutes les tares héréditaires et acquises, satellites de la misère. Aussi est-on quelque peu surpris de constater chez eux, après quelques années de séjour à Montévrain, tous les caractères objectifs de la santé la plus florissante. Un grand nombre d'entre eux présentent bien les empreintes indélébiles de leurs maladies du premier âge, omis on ne rencontre aucun trouble fonctionnel,

(') Spiuxger, Congrès de médecine interne. Lyon, 1894.

L'HÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE

et ils sont surtout intéressants par leur parfait développement général.

« Comment ces résultats sont-ils obtenus? A l'aide d'un traitement méthodique et judicieusement appliqué. L'alimentation est l'objet d'une surveillance attentive, et les substances considérées comme aliments de croissance y occupent une large place. La ventilation des logements est bien assurée. Sans négliger l'instruction générale, la plus grande partie du temps est employée a l'enseignement professionnel. Les exercices physiques en plein air jouent un rôle important. Grâce à l'entraînement progressif et modéré, on ne constate jamais les effets de l'intoxication et de l' auto-infection résultant du surmenage. Il faut tenir compte, en outre, de l'action de l'hydrothérapie sous forme de bains de rivière pendant l'été.

« Cet exemple peut servir de guide pour la thérapeutique des manifestations héréditaires de la croissance anormale. Il montre comment des enfants, destinés aux accidents pathologiques des plus graves, peuvent, jusqu'à un certain point, éluder cet avenir et présenter les attributs de la force, de la vigueur et de la résistance. Cette modification du terrain par le milieu, résultant de l'ensemble des moyens mis en œuvre et concourant au même but, s'obtient surtout grâce à l'utilisation de la dynamique de la nutrition mise en œuvre par la puberté, et, en effet, la croissance bien dirigée est une force dont on doit profiter pour la thérapeutique. »

La puberté dans les deux sexes, le mariage, les grossesses, la ménopause chez la femme, sont encore des circonstances physiologiques qui favorisent chez les prédisposés l'apparition de tels ou tels accidents morbides suivant la tare pathologique héréditaire, névropathique, infectieuse ou néoplasique. Le médecin, instruit des éventualités fâcheuses que peuvent amener ces circonstances, pourra souvent les prévenir en conseillant à ces prédisposés telles ou telles réformes dans leur hygiène.

En terminant, nous émettons encore le vœu que les médecins, bien convaincus de la réalité des influences héréditaires, s'appliquent à vulgariser autour d'eux cette notion, car elle est de la plus haute conséquence morale. L'hérédité, c'est la solidarité entre les générations successives; elle pourrait devenir le plus puissant facteur du progrès humain, si chaque homme était convaincu que chacun des actes de sa vie doit retentir sur sa descendance.

Pour que vos actions ne soient vaines ni folles,

Craignez déjà les yeux futurs de vos enfants. v

Jean Lauoiî, Bénédiction du mariage persan.

PRÉDISPOSITION ET IMMUNITÉ

Par P. BOURCY

Médecin des hôpitaux.

« Le physicien et le médecin ne doivent jamais oublier que l'être vivant forme un organisme et une individualité. »

(Ciaude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale.)

Le temps n'est plus aux discussions dogmatiques, et les longues dissertations de nos pères sur les causes éloignées ou prochaines, prédisposantes ou efficientes, préparantes ou occasionnelles, n'éveillent guère chez nous qu'un sentiment de curiosité rétrospective. Les mots mêmes ont vieilli, et c'est à peine si les auteurs contemporains se souviennent des termes surannés d'opportunité morbide, de spontanéité, d'idiosyncrasie, d'antagonisme Méritent-ils cependant un tel oubli? Non, car dans l'étiologie

générale des maladies, ils correspondent à l'étude du terrain qui doit recevoir et faire évoluer le germe morbide. Cette étude du terrain fut un moment quelque peu délaissée, quand une méthode nouvelle, substituant aux idées vagues de germe, miasme, contage, la notion de la nature vivante de la contagion, eut montré qu'un grand nombre de maladies n'étaient que fonction du parasitisme. De là à attribuer à chaque maladie infectieuse un microbe toujours semblable à lui-même, véritablement spécifique, cause à la fois nécessaire et suffisante, donnant toujours lieu aux mêmes effets, il n'y avait qu'un pas, et il ne faudrait pas remonter bien loin dans la littérature médicale pour trouver les traces de cet enthousiasme qui devait être de courte durée. Une étude plus approfondie des faits ne tarda pas à montrer que le problème n'était pas si simple ; car tandis que la variabilité de la morphologie, du degré de virulence, des propriétés pathogènes d'un microbe déterminé obligeaient à reconnaître que la graine était moins fixe qu'on ne l'avait cru d'abord, la résistance de certains organismes, ou d'un même organisme suivant l'âge, suivant l'état de la nutrition au moment des tentatives d'infection, démontrait à nouveau que, si la graine était un facteur nécessaire, elle ne pouvait agir que sur un terrain apte à la recevoir.

C'est qu'en matière de biologie, et surtout de pathologie, les lois scientifiques ne peuvent avoir le degré de précision absolue qui n'appartient qu'aux sciences physico-chimiques ; l'observateur qui abandonne un

PRÉDISPOSITION ET IMMUNITÉ

corps à Faction de la pesanteur, peut prédire à l'avance et à coup sûr comment se produira la chute; de même, le chimiste qui met en présence deux solutions salines pouvant donner lieu à un composé insoluble, annonce sans crainte d'erreur la formation d'un précipité. Le même degré de fatalité existe-t-il quand un organisme vivant est mis au contact d'un agent infectieux? L'observation et l'expérience imposent une réponse négative.

En effet, il faut faire la part de la résistance, de la réaction de l'organisme, résistance et réaction qui peuvent se traduire de bien des façons différentes; suivant l'âge, suivant le sexe, suivant les conditions antérieures de santé ou de maladie, suivant l'état de repos ou de fatigue de l'individualité menacée, la réaction variera. 11 y aura des conditions qui favoriseront, d'autres qui empêcheront l'action du germe pathogène; c'est de ce fait que l'on doit tirer la notion des causes prédisposantes et empêchantes, de la prédisposition et de Yimmunite.

11 faut donc, en médecine, descendre de l'étude des lois générales à celle des faits particuliers, ou tout au moins réunir en groupes homogènes les faits particuliers comparables entre eux; ce qui est vrai de l'enfant ne l'est plus de l'adulte ou du vieillard ; le nègre n'est pas comparable à l'Européen, ou, si l'on veut donner à la même idée une forme plus saisissante, une quantité donnée de matière vivante ne présente pas à l'égard des causes inorbigènes une réaction identique suivant qu'on l'emprunte à un enfant ou à un vieillard, à un homme ou à une femme, à un nègre ou à un Européen. L'individualité de chaque organisme entre ici en jeu, et c'est le cas de rappeler cette phrase profonde de Cl. Bernard : « Le médecin n'est pas le médecin des êtres vivants en général, pas même le médecin du genre humain, mais bien le médecin de l'individu humain, et de plus le médecin d'un individu dans certaines conditions qui lui sont spéciales, et qui constituent ce qu'on appelle son idiosyncrasie »

L'étude de ces conditions spéciales à l'individu, susceptibles de préparer ou d'empêcher la maladie, constituera notre tâche: dans un premier chapitre, consacré à la prédisposition, nous envisagerons successivement, d'un point de vue général, l'influence de l'âge, du sexe, de la race, de la constitution, du tempérament, des diathèses, des professions, du milieu, du climat et des maladies antérieures, puis, dans un second chapitre, complément naturel du premier, nous étudierons les conditions qui mettent l'organisme à l'abri de la maladie, c'est-à-dire l'immunité sous différents aspects (2).

(l) Cl. Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, p. 159.

(-) Dans l'étude de la prédisposition, nous aurions à faire une large part à l'hérédité; mais comme ce point important est, dans cet ouvrage, l'objet d'un chapitre spécial, nous nous contenterons d'y renvoyer le lecteur.

De même, à propos de l'immunité acquise, nous aurions à empiéter sans cesse sur le chapitre des vaccinations : pour éviter des redites inutiles, nous laisserons absolument de côté cette question qui, du reste, sera traitée ailleurs avec tous les développements qu'elle comporte.

DE LA PRÉDISPOSITION

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