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CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES QUI FAVORISENT L'ACTION DU SURMENAGE

d'écurie, toutes professions dans lesquelles on travaille beaucoup et Ton dort peu.

Dans l'industrie, le fait capital de notre époque, c'est le développement prodigieux de la machine. On pouvait espérer que celle-ci allégerait la fatigue de l'ouvrier et améliorerait sa condition. Or, toute une école soutient que c'est le contraire qui s'est réalisé. « L'homme, dit Mosso, a été condamné à suivre la machine colossale qu'il dirige ; comme elle, il ne peut se reposer; son attention ne saurait se ralentir. La machine ne reconnaît d'autre limite à sa rapidité (pie la faiblesse de l'homme à la suivre. » Un des grands arguments de Karl Marx contre l'organisation sociale actuelle, c'est que la machine n'a diminué que le prix de la marchandise et non la fatigue de l'ouvrier, car, au lieu de restreindre le temps consacré au travail, elle Fa, au contraire, augmenté. L'école adverse répond que l'augmentation du travail a engendré en réalité une augmentation de richesse et que, à l'heure actuelle, la misère résulte moins de la pauvreté que de la maladie, de la vieillesse ou de l'inconduite. — Pour résoudre ce différend, débattu aujourd'hui avec passion, il faudrait d'autres arguments et d'autres documents que ceux dont se servent les hommes politiques des deux partis.

Les accidents de surmenage ne s'observent pas seulement chez les sujets qui sont obligés, par profession, de fournir une somme considérable de travail. On les a observés aussi chez ceux qui cultivent avec trop de passion certains sports. L'exemple le plus actuel de surmenage sportif est le surmenage par la bicyclette. Plus d'un vainqueur dans les longues courses organisées récemment, a payé cher sa victoire. M. Paul Le Gendre a insisté récemment sur la fréquence du surmenage sportif chez les enfants; chez ceux-ci, l'émulation, qui les rend avides de se surpasser, a l'inconvénient de conduire très vite à l'excès.

Le défaut de repos et de sommeil est une des conditions qui favorisent Je plus l'auto-intoxication de surmenage. M. Bouchard a montré que le sommeil est l'état dans lequel la production des toxines est réduite au minimum. Travailler beaucoup et dormir peu, c'est favoriser au maximum la production des poisons organiques : c'est favoriser l'auto-intoxication de surmenage.

Mais ici il faut relever l'importance majeure d'un facteur : l'habitude. Un citadin qui voudra pendant une journée travailler comme un paysan, sera au lit le lendemain avec de la courbature fébrile; et pourtant le paysan fournit tous les jours, sans aucun accident, une pareille somme de travail. Pourquoi l'habitude produit-elle cette immunité? I! va à cela deux raisons principales • la première, c'est que, chez le paysan, par le fait de l'habitude, peut-être aussi de l'hérédité, il s'établit un rapport entre la désassimilation et la puissance éliminatrfee ; la seconde a été fournie par Helmholtz : par suite de l'habitude, les muscles seuls nécessaires au mouvement voulu se contractent, il y a maximum de travail produit avec un minimum de dépense. « Qu'on se rappelle, dit Helmholtz,

LA FATIGUE ET LE SURMENAGE

la violence des efforts auxquels se livrent un nageur et un patineur inexpérimentés, et l'aisance que mettent à ces exercices les personnes qui en ont une grande habitude. »

Ceci nous explique pourquoi les accidents de surmenage sont si souvent la suite d'un changement de profession. Une femme, uniquement occupée naguère des soins de son ménage, perd son mari qui subvenait à toutes les dépenses; pour gagner sa vie, elle se met porteuse de pains, et l'on sait quelle est cette tâche de porteuse de pains, à Paris : les femmes qui l'accomplissent, lourdement chargées, vont de maison en maison, montent incessamment des étages, et cela dès les premières heures du jour; elles ont bientôt fait leur ascension du mont Blanc. Or, cette femme fut prise au bout de deux mois d'un état typhoïde grave, pour lequel nous lui avons donné des soins dans le service de Peter ; sa maladie guérit rapidement par le repos, sans qu'on ait pu, à aucun moment, saisir les caractères de la dothiénentérie.

(l'est d'ailleurs une notion courante que, lorsqu'on veut créer, chez un homme ou chez un anima!, la possibilité d'accomplir un travail inaccoutumé, il faut d'abord l'y habituer progressivement; il faut une véritable éducation qui est Y entraînement . C'est par l'hérédité des habitudes qu'on peut expliquer la résistance de certaines races humaines ou animales à la fatigue. Les Chinois, dit-on, peuvent fournir, sans accidents, une somme de travail, plus grande que les individus d'autres races. D'après Gautrelct et Lagrange, l'état d'entraînement est, au point de vue de la chimie des urines, diamétralement l'inverse de l'état de fatigue, en ce sens que la fatigue tend à rendre les humeurs hyperacides, tandis que l'entraînement tend, au contraire, à les rendre alcalines)1).

Chez les neuro- arthritiques , dit M. Lagrange, la latigue se manifeste avec plus de violence et se dissipe plus lentement que chez les autres sujets. D'après cet auteur, cela s'expliquerait par la production exagérée de l'acide lactique et des autres produits de combustion incomplète qui existent déjà, à l'état de repos, chez tous les arthritiques, si bien que chez eux la sensation de fatigue existe presque constamment et en dehors de tout exercice. On comprend donc que, pour l'arthritique, l'exercice aboutisse très aisément aux accidents de surmenage, si l'on admet que ceux-ci sont liés à une augmentation momentanée des déchets musculaires. L'explication chimique de M. Lagrange est trop exclusive; il faut, selon nous, faire intervenir aussi la débilité nerveuse des sujets neuro-arthritiques. 11 est d'ailleurs incontestable que très souvent la latigue lait éclater chez les arthritiques une crise aiguë de la diathèse, un accès de goutte, une crise de migraine, une crise d'hémorrhoïdes.

Chez les convalescents et les sujets atteints de certaines maladies chroniques, telles que la tuberculose, une fatigue minime peut engen-

(]) Gautrelet et Lagrange, Les graphiques de la fatigue et de l'entraînement. Revue des maladies de la nutrition, 15 janvier 1894.

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