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CHAPITRE PREMIER

Définition de la médecine. — Définitions de la santé et de la maladie. — Étude historique et critique des principales définitions proposées. — Influence des idées métaphysiques. — La vie, la force vitale, la matière vivante. — Caractères de la matière vivante. — Réactions normales et réactions morbides. — La maladie et l'affection. — Les diathèses.

Définition de la médecine. — Étude critique des principales définitions de la santé et de la maladie. — La médecine est une science et un art. La science médicale a pour objet l'étude des maladies; Y art médical a pour but le maintien et le rétablissement de la santé.

Ces deux termes santé et maladie paraissent exprimer des idées si simples et si précises qu'on pourrait regarder comme mutile toute tentative de définition. Ne semble-t-il pas évident que la santé est représentée par le jeu régulier des organes, la maladie par un trouble dans leur fonctionnement? N'est-il pas admissible que la maladie est un état contre nature, une sorte d'anomalie, une dérogation aux lois biologiques? Ne doit-on pas opposer constamment la santé à la maladie, comme on a opposé, comme on oppose encore la vie à la mort?

Cette idée, fort séduisante au premier abord, et dont on trouve comme

INTRODUCTION A L'ÉTUDE DE LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE

une première notion dans quelques écrits d'Hippocrate(I), a été parfaitement exprimée par Sprengel : « Nous définissons les maladies, dit-il, une déviation notable du rapport avec les desseins de la nature, ou un état tel du corps qu'il se produit des actes et des phénomènes en désaccord avec les fins de la nature (2). » Mais c'est surtout Friedlander qui a développé cette doctrine, et qui, comparant les maladies du corps avec celles de l'esprit, arrive à une conception, trop bien exposée, pour ne pas être reproduite intégralement. « Pour qu'il y ait maladie, il faut une telle déviation, un tel trouble de la vie, que la forme qu'elle prend alors, non seulement paraisse complètement contraire à la constitution humaine, mais encore que cette constitution se montre défectueuse, privée de toute régularité, et voisine de la destruction. La maladie du corps est caractérisée par une éruption hors des liens de la nécessité, par une sorte d'usurpation de la liberté ; la maladie de l'esprit est caractérisée par la gêne et la perte de la liberté »

De ces définitions déjà anciennes, on peut en rapprocher une autre, beaucoup plus récente ; c'est celle que nous trouvons dans le livre de Rindflcisch : « La maladie est un état anormal de notre corps et de notre vie, qui se traduit pour le patient lui-même et pour ceux qui l'entourent par diverses manifestations, les symptômes morbides (*). »

En admettant que la maladie soit un état contre nature, il faut demander à une définition de préciser ce qui se cache sous cette phrase un peu vague. Si l'on considère la maladie comme une déviation, un écart du type régulier de la vie, on s'en fera une idée qui variera évidemment suivant les doctrines métaphysiques. Ceux qui placent la cause des phénomènes vitaux dans l'organisation spéciale de la matière seront conduits à expliquer la maladie par un trouble fonctionnel ou une altération anatomique ; ceux qui admettent que la vie relève d'un principe supérieur, plus ou moins intimement uni à la matière, chercheront la cause de la maladie dans une modification de ce principe.

Les définitions peuvent varier dans la forme, mais elles se ramènent toujours à ces deux grandes idées : l'une, généralement admise aujourd'hui, fait consister la maladie en des troubles ou des lésions ; l'autre, sur laquelle on ne discute plus guère, invoque les modifications d'un principe vital.

Dès l'origine de la médecine, les deux théories opposées se trouvent en présence. Les auteurs y ont souvent apporté des modifications et ont pensé pouvoir étayer une sorte de théorie mixte, en essayant de combiner l'action du principe vital avec le rôle des manifestations somatiques. Mais, malgré les réticences ou les contradictions, on voit bientôt

(!) « Rien de funeste ni de mortel ne survient dans les choses conformes à la nature » (Hippocrate, Des jours critiques. Œuvres complètes (trad. Littré), t. IX, p. 299). (2) Sprengel, Institutiones mediese, t. III, p. 1. Amsterdam, 1808. (5) Friexdl.ender, Fundamenta doctrinal pathologicœ, p. 32. Halse, 1823. (4) Rindfleisch, Eléments de pathologie (trad. Schmitt), p. 1. Paris, 1886.

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