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LA SANTÉ ET LA MALADIE

les deux tendances se dessiner nettement : l'une, plutôt matérialiste, qui naît avec Asclépiade et Galien; l'autre, plutôt spiritualistc, dont on peut saisir la première notion dans quelques écrits d'Hippocrate,

Sous les expressions, en apparence opposées, d' Asclépiade et de Galien, on retrouve l'a même idée, et cette idée traversera les âges et renaîtra, modifiée dans la forme, identique dans le fond.

Asclépiade, inspiré des doctrines philosophiques de Leucippe, de Démocrite et d'Epicure, transporta l'atomisme en physiologie : l'être vivant lui apparut comme un agrégat, une réunion d'atomes laissant entre eux des espaces ou des pores : la santé résultait d une proportion exacte entre les pores et les atomes dont les mouvements ne devaient pas être gênés ; la maladie se produisait quand les pores étaient obstrués par des atomes augmentés en nombre, troublés dans leurs mouvements, altérés dans leur forme.

En face de cette théorie, qui a fait d' Asclépiade le fondateur du solidisme, se dresse l'humorisme qui, né avec Hippocrate, était adopté et transformé par Galien.

Pour Galien, la santé était représentée par un juste mélange des quatre humeurs cardinales : le sang, le phlegme, la bile et Fatrabile; la maladie résultait d'une altération quantitative ou qualitative de ces principes.

Ces deux conceptions, plus différentes en apparence qu'en réalité, devaient être reprises, complétées, réunies et fusionnées. L'idée de Galien, conservée par les Arabes, se retrouve dans Borelli et les iatro-mécaniciens, qui ne virent dans la maladie qu'un obstacle apporté au cours des liquides et particulièrement du sang. Ce fut encore la théorie deBoerhaave, qui combina l'humorisme avec des principes mécaniques. Plus tard, quand les découvertes chimiques captivèrent les esprits, quand Girtanncr s'efforça de démontrer que l'oxygène est le principe de la vie, ce fut à l'obstacle dans l'introduction de ce gaz que Reich attribua les fièvres. Baumes, profitant des dernières acquisitions de la chimie, rattacha toutes les maladies au défaut ou à l'abondance du calorique, de l'oxygène, de l'hydrogène, de l'azote et du phosphore.

Mais, par un retour dont l'histoire des sciences nous offre tant d'exemples, cet humorisme rajeuni se trouva attaqué par le néo-solidisme de l'école anatomique, qui mit au premier plan les altérations des organes. On conçoit facilement combien les médecins du commencement de ce siècle ont dù être impressionnés par les découvertes de ceux qui s'engagèrent dans la voie tracée par Bonnet et par Morgagni. Aux nuageuses hypothèses de l'humorisme, l'école anatomique substituait des données tangibles, des résultats palpables. Aussi finit-on par admettre que les troubles fonctionnels supposaient nécessairement une lésion organique (Rostan), et Alibert, surenchérissant sur ses contemporains, arriva à définir la maladie : « la lésion d'un ou de plusieurs organes ». Les altérations humorales étaient rejetées au setond plan et considérées comme consé-

INTRODUCTION A L'ÉTUDE DE LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE

cutives aux lésions viscérales. Piorry alla encore plus loin; il n'admit plus de maladies, il n'admit que des états organopathiques.

Cependant les découvertes de la physiologie vinrent tempérer ce que ces idées avaientde trop absolu; aux altérations organiques elles firent ajouter la notion de troubles fonctionnels. Ainsi naquirent les définitions plus complexes, celles de Ghomel ou de Monneret, par exemple. Le premier considère la maladie comme « un désordre notable survenu soit dans la disposition matérielle des parties constituantes du corps vivant, soit dans l'exercice des fonctions (l) ». C'est la même idée que nous trouvons exprimée par Monneret : « La maladie est un état anormal du corps vivant, caractérisé par une altération de structure ou par un trouble de fonctions (2). »

Qu'il y ait dans la maladie lésion anatomique ou trouble fonctionnel, c'est ce que nous ne pouvons nier; que ces altérations ou ces troubles suffisent à caractériser la maladie, c'est ce que nous ne pouvons admettre.

La maladie étant l'apanage des êtres vivants, ne peut être définie par des manifestations qui se retrouvent dans le monde inorganique. Quand, dans une machine, une pièce est brisée ou rouillée, on dit qu'il y a altération ou trouble : mais il ne vient à l'idée de personne de dire que cette machine est malade. Quand, en pathologie, un homme guéri d'une tuberculose pulmonaire succombe accidentellement et que l'autopsie révèle quelques granulations fibreuses ou infiltrées de sels calcaires, on dit qu'il existait une lésion; mais cette lésion était latente et l'agent pathogène qui l'avait provoquée avait fini par s'éteindre ; on dit dès lors que la maladie était guérie. Il en est de même pour un kyste hydatique qui, à la suite d'une intervention chirurgicale ou spontanément, se rétracte et subit la transformation calcaire ; la guérison est survenue, malgré la persistance d'une lésion hépatique.

Le trouble fonctionnel ne peut suffire non plus à caractériser la maladie. Le bon sens avait déjà fait la distinction et créé l'expression d'infirmité ; un homme qui a été amputé ou qui est devenu aveugle est un infirme et non un malade, et pourtant l'absence de son membre ou de ses yeux trouble considérablement ses fonctions de relations. On dit de même qu'une maladie s'est terminée par ankylose ; cela revient à dire que la maladie s'est terminée par une lésion et un trouble fonctionnel; pour nous, l'expression est parfaite ; mais elle constitue un non-sens, si l'on veut caractériser la maladie par le trouble des fonctions.

Nous empruntons ces exemples à la pathologie externe, parce qu'on juge moins bien des troubles internes; ceux-ci n'appellent l'attention que lorsqu'ils se traduisent par des manifestations appréciables ; c'est ce qui a achevé d'établir la confusion entre les termes que nous essayons de préciser.

(!) Chojîel, Eléments de pathologie générale, p. 16, 5e édiU 1803. (2) Monneret, Traité de pathologie générale, t. I, p.'l7, 1857.

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