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l'humidité al)solue que l'humidité relative, c'est-à-dire le degré hygrométrique de l'air. Dans l'air sec, la quantité d'eau qui s'échappe de l'organisme à l'état de vapeur par les poumons ou par la peau est à son maximum pour une température donnée ; il en résulte une perte de calorique d'autant plus intense que la quantité évaporée est plus considérable. Inversement, à l'état de saturation, l'air ne permet aucune exhalation de vapeur d'eau et réduit à son minimum la déperdition de chaleur.

Les mouvements de l'atmosphère, en renouvelant les couches d'air, produisent des résultats analogues.

L'influence de la lumière sur la nutrition des végétaux n'est plus à démontrer. Moins évidente sur l'homme et sur les animaux, elle n'en est pas moins réelle. La lumière active l'exhalation de l'acide carbonique (Moleschott, Fubini, Platen). D'après Pott, les rayons jaunes auraient le plus d'action sur la fonction respiratoire. Les radiations solaires brunissent la peau, le système nerveux est impressionné soit directement, soit par l'intermédiaire des impressions visuelles. On sait qu'une impression lumineuse vive est capable de déterminer chez les hystériques un accès de catalepsie ; la grande clarté développe les sentiments gais, tandis que l'obscurité ou les temps sombres favorisent l'hypocondrie et le spleen. Le rouge rétinien se détruit sous l'impression de la lumière.

Les troubles consécutifs aux vibrations sonores sont peu connus, un bruit vif éclatant comme le coup de gong provoque une attaque d'hystérie (Charcot). Brown-Séquard pensait que l'oreille était souvent le point de départ de phénomènes inhibitoires ; Gellé (J ) cite comme consécutifs à dos troubles de l'ouïe des symptômes tels que le vertige, la sécheresse de la gorge, des troubles de la vue.

La vie à une altitude élevée modifie surtout l'état du sang. Bcrt avait émis l'hypothèse que l'acclimatement dans les altitudes élevées devait se faire grâce à une augmentation de l'hémoglobine. Les travaux de Viault(2), de Muntz, de Regnard(3), ont montré la réalité de ces faits. Egger(4), Koppe et Wolff (5), Miescher(6), Mercier (de Zurich) (7), ont fait la numération des hématies et ont montré que le séjour sur les montagnes détermine une véritable hyperglobulie.

M. Bouchard (8) a montré que si l'on soumet un homme sain à l'air comprimé pendant quelques heures, la toxicité urinaire diminue dans de notables proportions et continue à diminuer après la sortie de la cloche.

Nous appuyant sur les considérations physiologiques qui précèdent, nous comprendrons que les modifications du milieu atmosphérique,

(*) Gellé, Arch. de phys. 1894.

(2) Yiault, Comptes rendus de VAcad. des se, 1890.

(5) MiixTz et Regn-ard, Bull, de la Soc. de biol, 1892-1894.

(4) Egger, Actes du Congrès des sciences méd. de Wiesbaden, 1895.

(5) Koppe et Wolff, Actes du Congrès des sciences médicales de Wiesbaden, 189j.

(6) Miescher, Correspondenzblatt fur schweizer Acrzle, décembre 1893.

(7) Mercier (de Zurich.), Arch. de physiol, 1894.

(8) Bouchard, Académie des sciences, 1883.

ROLE ETIOLOGIQUE DES AGENTS PHYSIQUES

troublent le fonctionnement de nos organes, modifient la nutrition et que cette action lente et prolongée favorise le développement d'un certain nombre de maladies. Aux climats chauds appartiennent les maladies du foie, de l'appareil digestif, du système nerveux ; dans les climats froids prédomineront les maladies du tube digestif, les maladies de la nutrition, telles que la goutte, l'obésité, le diabète, etc.

Dans les pays tempérés, c'est surtout l'action passagère qui produit les troubles observés, et le froid a été invoqué comme facteur étiologique principal d'un grand nombre de maladies. Laissant de côté ce qui a trait aux infections pour lesquelles la question doit être envisagée au double point de vue de la graine et du terrain, du microbe et du malade, nous trouvons dans un grand nombre défaits l'influence incontestable du froid. Le refroidissement du tégument externe provoque les œdèmes, l'urticaire, l'anasarque sans albuminurie (Fodéré). La même cause impressionne profondément les nerfs superficiels : les névralgies, les paralysies, les anesthésies surviennent souvent à la suite d'un refroidissement local; les myélites, les myopathies peuvent relever de la même cause. L'action longtemps prolongée du froid humide serait capable de provoquer le rhumatisme chronique (Charcot, Niemeyer). La lithiase biliaire serait également plus fréquente dans les climats froids et humides. L'abaissement de la température peut intervenir pour provoquer un accident dans le cours d'une maladie. L'accès de goutte reconnaît souvent cette cause. M. Potain admet la même influence dans la production de l'ascitc chez les malades atteints de cirrhose alcoolique. 11 faut signaler enfin les conditions qui règlent les accès dans l'hémoglobinurie paroxystique.

Mais c'est dans le domaine de la pathologie microbienne que l'influence des agents extérieurs, qui parait cependant plus évidente, est le plus difficile à interpréter. Un premier élément nous est fourni par la statistique de l'armée.' Les conditions identiques où se trouvent placés les soldats permettent par l'examen comparé de ces documents de dégager des conclusions d'autant plus probantes que les chiffres portent sur un plus grand nombre d'individus.

M. Kclsch(1), étudiant la marche de la morbidité dans l'armée française, montre que le nombre des malades augmente d'octobre à janvier, qu'il diminue de mars à septembre. Le chiffre des bronchites s'élève de novembre à janvier et février et s'abaisse jusqu'en septembre. Il en est de même de l'angine catarrhale. La diarrhée, au contraire, est fréquente en été.

M. Catrin(2) a également établi, par la comparaison delà statistique militaire, que l'érysipèle est plus fréquent pendant la saison froide. Rappelons la gravité de certaines infections dans les pays chauds. La dengue ne s'élève pas au delà d'une certaine altitude (Cotholendv, de Brun).

(1) Kelscii, Traité des maladies épidemiques. T. 1. Paris, 1804.

(2) Catiun, Société médicale des hôpitaux, 1894.

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Ces exemples, que l'on pourrait multiplier, montrent l'influence des saisons, des climats, de l'altitude sur le développement de certaines maladies. -Or, les différents éléments qui constituent ces changements du milieu extérieur, influencent l'homme lui-même, comme nous venons de le voir, et modifient les germes pathogènes.

Les recherches relatives au développement de chaque espèce microbienne avaient fait connaître l'influence de quelques-uns de ces agents physiques. Mais cette étude jusqu'alors un peu fragmentée a été poursuivie et complétée par des travaux récents.

Des expériences fort intéressantes, dues à MM. d'Àrsonval et Charrin (*), ont mis en évidence le rôle de l'électricité, de la température, de l'ozone, de la lumière, de l'état hygrométrique sur la virulence de certains microbes.

L'atténuation des germes par la chaleur est un procédé journellement employé dans les recherches bactériologiques.

Le froid au contraire parait sans action sur la plupart des espèces microbiennes, leur fonctionnement seul s'arrête, mais la vitalité persiste. Von Frisch, Pasteur, Uffelmann, avaient établi l'innocuité des basses températures pour les microbes. Les expériences de Pictet et Jung (2) ont confirmé ces résultats ; d'Arsonval et Charrin ont vu le bacille pyocyanique ne perdre son activité qu'à des températures inférieures à — 60 degrés. D'ailleurs les constatations de bactéries dans les liquides congelés sont nombreuses (Bordoni, Uffredazzi, Prudden, Frànkel, Janowski).

L'humidité est nécessaire au développement des infiniment petits. La dessiccation, lorsqu'elle est complète et longtemps prolongée, altère les virus; elle diminue tout au moins leur vitalité. La bactérie cholérique est ainsi atténuée par la dessiccation (Guyon) ; il en est de même du bacille pyocyanique (Charrin), et d'un grand nombre d'autres espèces étudiées par Alessi, Sirena, Uffelmann, etc.

L'influence de la lumière dans les conditions ordinaires de l'atmosphère paraît autrement active (Duclaux (3). La bactéridie charbonneuse est tuée par une exposition au soleil qui ne dépasse pas trois jours (Arloing, Roux, Straus). Le bacille du pus bleu (Charrin et d'Arsonval), le bacille de Lôffler (Ledoux-Lebard) sont dans les mêmes conditions. Les expériences contradictoires de Zopf, d'Engelmann, ne sont pas suffisantes pour infirmer les résultats précédents ; elles tendent d'ailleurs bien plus à montrer l'influence favorable des rayons caloriques que celle de la lumière elle-même.

Pansini(4) conclut, d'une série d'expériences entreprises sur plusieurs espèces microbiennes, que la lumière solaire stérilise les milieux de cul-

(1) D'Arsonval et Charrix, Société de biologie, 1892. — Arch. de physiol., 1895-1894.

(2) Pictet et Jung, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1884.

(5) Duclaux (Action de la lumière sur les microbes. Acad.des se, 1885. Annales de l'Institut Pasteur, 1887).

(4) Pansim, De l'action de la lumière solaire sur les micro-organismes. Rivista d'hygiène, 1889.

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ture, que même diffuse elle possède une action retardante, que les spores elles aussi subissent eette influence. La puissance des rayons lumineux serait due surtout à la partie chimique du spectre (Janowski, Downes, Chmielewski) ; on peut invoquer l'oxydation des matières organiques sous l'influence de la lumière.

La pression augmente le pouvoir stérilisant des agents chimiques gazeux. Le fait a été mis en évidence pour l'oxygène par P. Bert, par Chauveau, par Certes; pour l'acide carbonique, par d'Àrsonval et Charrin. Roger. (4) a montré que, si Ton fait agir la pression directement sur les milieux de culture, son influence est presque nulle; il a ainsi prouvé qu'il fallait atteindre les pressions énormes de '2000 à 5000 kilogrammes par centimètre carré pour obtenir des atténuations qui sont encore bien peu manifestes. Il résulte de tous ces faits que les modifications de pression telles qu'elles existent à la surface du globe n'ont en réalité aucune action sur les germes; ce fait intéressant est à mettre en opposition avec les troubles si remarquables apportés à l'organisme par le même agent.

11 faut enfin signaler, bien que nos connaissances soient encore très imparfaites, l'influence des mouvements des milieux liquides ou gazeux sur la propagation ou sur la vie des bactéries. Les vents favorisent la dissémination des épidémies en transportant les germes à distance. L'agitation ne parait cependant pas favorable à la pullulation des micro-organismes. Pohl aurait constaté qu'un mouvement rapide imprimé à l'eau par une turbine diminuait le nombre des microbes.

Nous venons de résumer brièvement ce qui peut être considéré comme la part qui revient aux variations atmosphériques dans les modifications apportées à la vie des microbes. Ces expériences ont plus qu'un intérêt théorique; elles ont sur un point reçu une confirmation par les constatations de M. Netter qui, examinant la virulence des pneumocoques recueillis à différentes périodes de l'année dans la bouche de sujets sains, a montré que cette virulence variait en même temps que le nombre des cas de pneumonies. Les variations météorologiques paraissent être de puissants agents d'atténuation des virus. M. Miquel fait, en effet, remarquer que, sur le grand nombre de germes qu'il constate dans l'atmosphère, bien peu sont capables de se développer sur les milieux de culture.

L'action des agents atmosphériques retentit d'une façon encore plus active sur l'organisme humain. D'un instant à l'autre, suivant la température extérieure, suivant l'éclairage, suivant la pression, le degré hygrométrique de l'air, les humeurs se modifient dans leur composition, le fonctionnement des organes est troublé, la nutrition s'altère. On peut dire que, d'un moment à l'autre, chaque homme n'est plus le même qu'il était antérieurement .

Ce qu'il importe de considérer, en effet, à ce point de vue, c'est moins l'intensité des moyens extérieurs mis en jeu que la brusquerie de leur

(1) H. Roger, Action des hautes pressions sur quelques bactéries. Arch. de phys., janvier 1805.

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changement; car, ce qui est capital, c'est la réaction de l'individu. Sous l'influence du refroidissement, par exemple, les capillaires de la peau se resserrent, les organes profonds reçoivent une plus grande quantité de sang. La fonction sudorale est supprimée, les produits excrémentiels ne sont plus résorbés, la ca tarification est modifiée. Un trouble, même local, réagit sur tout l'organisme. Brown-Séquard constate que la réfrigération d'une main amène un abaissement thermique de la main du côté opposé. On connaît le retentissement sur le pharynx, le larynx du refroidissement des extrémités. Pasteur, en refroidissant une poule, rend possible l'infection charbonneuse. M. Bouchard démontre que l'abaissement de la température centrale diminue la diapédèse. Ce même savant a fait voir également que sous l'influence d'une réfrigération un peu intense le sang normalement aseptique contenait des germes.

Ces exemples suffisent pour mettre en évidence le rôle des agents extérieurs sur le terrain. Ils expliquent qu'une même cause (le refroidissement, par exemple) agissant sur cent individus à la fois, les résultats soient différents pour chacun. Chaque être réagit contre les actions venues du dehors avec ses moyens de défense propres, selon sa vitalité, selon la sensibilité spéciale de son système nerveux, et s'il devient malade les organes prédisposés seront atteints de préférence. La majorité des individus cependant pourra demeurer indemne, seuls ceux qui étaient en état de débilitation seront touchés ; ils le seront dans leur point de inoindre résistance et par les micro-organismes qui seront en eux et qui, eux aussi, agiront selon leur degré de virulence variable d'un sujet à un autre. Ces faits nous permettent de comprendre que, en somme, la maladie soit l'exception, bien que les conditions capables de la faire naître soient réalisées à chaque instant. Ne savons-nous pas d'ailleurs que les expériences entreprises pour reproduire les maladies sous l'influence du refroidissement sans faire intervenir le microbe ont constamment échoué (Heidenhain, Massalongo.)

Ce qu'on a dit du froid peut être dit des autres agents météorologiques, bien que l'action en soit moins facile a démontrer. Ainsi, en éclairant peu à peu la notion ancienne du génie épidémique (4), on voit que si les acquisitions de la bactériologie, les travaux de physiologie, les recherches de laboratoire de toute nature ont permis d'entrer dans le détail des phénomènes , les connaissances acquises par l'observation séculaire de la médecine ont conservé toute leur valeur. L'interprétation seule a changé.

11 ne faudrait pas croire cependant que les notions nouvelles soient restées sans résultats pratiques. Elles ont, au contraire, singulièrement contribué à montrer le rôle de l'hygiène ; elles permettent de saisir tout le profit que la thérapeutique pourra tirer de ces agents atmosphériques pour la prophylaxie et le traitement des maladies.

(*) Charrix, Semaine médicale, 1893. — Revue d'hygiène, février 1894.

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L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LA MATIÈRE VIVANTE

Par M. le Professeur d'ARSONVAL

D<- l'Institut.

Nous vivons dans deux mondes distincts : le inonde de la matière et le monde de l'énergie. Les corps simples : carbone, azote, oxygène, hydrogène, etc., dont est composé l'être vivant appartiennent au monde de la matière; le travail, la chaleur, l'électricité et d'autres manifestations plus compliquées dont cet être vivant est le siège appartiennent au monde de l'énergie. En dehors de l'être vivant, ces deux mondes, qui ont leur histoire et leurs phénomènes distincts, intéressent des sciences différentes : la chimie s'occupe du inonde de la matière; la physique, du monde de l'énergie.

Si ces deux mondes sont distincts, ils sont néanmoins gouvernés par une loi identique: on ne peut ni créer, ni détruire de la matière: on ne peut ni créer, ni détruire de V énergie.

Il suit de là que le physiologiste qui étudie l'être vivant, que le médecin qui a pour but de rétablir son fonctionnement troublé par la maladie, doivent l'un et l'autre connaître également bien ces deux mondes. Inutile de dire que nous sommes encore loin d'un pareil état de choses ; mais, depuis Lavoisier, nous nous y acheminons graduellement. La matière est le support de l'énergie, mais en reste distincte. Une masse d'eau s'écoulant d'une montagne peut mettre en mouvement une usine tout entière dans la vallée. Elle possédait donc une certaine quantité d'énergie. Et: haut de la montagne l'eau renferme de l'énergie en puissance (énergie potentielle) ; en faisant tourner les turbines dans la vallée, cette énergie potentielle se transforme en énergie mécanique. A sa sortie des turbines, l'eau a exactement toutes les propriétés, en tant que matière, qu'elle avait au sommet de la montagne; le plus habile chimiste ne pourrait trouver la plus petite différence ni dans sa masse, ni dans ses réactions, ni dans sa composition. Une bouteille de Leyde est chargée d'électricité ;

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nous réunissons ses deux armatures par un conducteur. Cette décharge donne lieu «à des phénomènes lumineux, calorifiques, mécaniques, physiologiques, etc. Après la décharge, rien n'est changé non plus, au point de vue matériel, dans la bouteille de Leyde. Un animal est devant nous bien vivant, capable de développer de la chaleur, du travail mécanique et ces mille manifestations que nous appelons vitales; c'est, en un mot, un réservoir d'énergie à l'état potentiel. Un physiologiste, avec une pointe d'aiguille, touche un point du système nerveux : le nœud vital, et subitement cet être s'effondre. Rien n'est changé en lui, en tant que matière, et pourtant il n'est plus qu'un corps inerte, un cadavre privé de toute énergie.

[j énergie est donc une sorte d'être immatériel que nous reconnaissons à ses manifestations diverses. Gomme la matière, cet être peut revêtir un grand nombre de formes, mais jamais V énergie ne peut se transformer en matière ni la matière se transformer en énergie.

Jusqu'à ces derniers temps on ne connaissait que trois formes de F énergie :

1° V énergie mécanique ; 2° Y énergie thermique; 5° Y énergie chimique, ou encore le travail, la chaleur et l'affinité chimique.

Les phénomènes électriques, mieux étudiés et surtout mieux compris, ont mis à notre disposition une forme nouvelle de l'énergie qui constitue Yénergie électrique.

La découverte de l'électricité est une découverte faite dans le monde de l'énergie et point du tout dans le monde de la matière. Cette quatrième forme de l'énergie n'est certainement pas la dernière que nous aurons à découvrir. Je suis convaincu que le domaine de la vie nous réserve bien des surprises à cet égard. Quoi qu'il en soit, l'électricité n'est pas seulement la dernière connue des formes de l'énergie, elle en est aussi la plus précieuse et la plus parfaite, parce que :

1° Elle renferme toutes les formes anciennement connues de l'énergie;

2° Toutes les autres formes de l'énergie peuvent se transformer en électricité.

Dans tout être vivant, de même que dans le monde inorganique, il y a donc à étudier les transformations de la matière d'une part, les transformations de l'énergie d'autre part. Il y a donc une chimie et une physique biologiques qui sont aussi distinctes Tune de l'autre que le monde de la matière est distinct du monde de l'énergie.

Au point de vue de la physique biologique qui seule nous intéresse ici, nous considérerons l'être vivant comme un transformateur d'énergie ayant un modus faciendi qui lui est propre.

Là encore l'électricité jouit d'un privilège remarquable : celui de pouvoir mettre enjeu toutes les propriétés dites vitales de la matière organisée.

Pour nous conformer à l'esprit de cette publication, nous nous bornerons à exposer les actions les plus générales de l'agent électrique sur la matière vivante.

L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LA MATIÈRE VIVANTE

L'électricité révolutionne actuellement la mécanique, la physique, la chimie et toutes les industries qui dérivent de ces sciences. Cela n'est pas étonnant, puisque nous savons que cette nouvelle forme de l'énergie peut se transformer dans toutes les autres dont l'étude constituait autrefois un domaine à part pour chacune d'elles, avec des lois et des applications distinctes.

M ne faut pas être grand prophète pour prédire qu'il en sera de même pour la médecine quand le médecin, imitant le mécanicien, le physicien et le chimiste, aura fait connaissance, autrement que par un grossier empirisme, avec l'agent nouveau.

On sait que Faction d'un médicament dépend à la fois et de sa dose cl de la façon dont il est administré ; cette notion banale de thérapeutique devient un axiome quand il s'agit de l'électricité. Suivant qu'on donne à l'énergie électrique telle ou telle modalité physique, on peut produire les effets les plus divers, et même les plus opposés, sur les êtres vivants.

Sans connaître la nature de l'agent électrique, qui n'est d'ailleurs ni plus ni moins mystérieux que les autres agents physiques, nous pouvons tout d'abord établir une division fondamentale au point de vue de ses effets physiologiques. L'électricité peut traverser le corps ou sous forme de courant permanent ou sous forme de courant variable.

Vétat permanent et Y état variable produisent des effets tellement différents que cette distinction s'impose par l'examen, même le plus superficiel.

Vétat variable, sur un être vivant, se traduit par une excitation très violente des nerfs et des muscles qui entrent en contraction, tandis que tout reste au repos si l'on emploie Y état permanent en faisant usage d'un courant modéré.

Une expérience très élégante de Claude Bernard met bien ce fait en lumière. On place dans le circuit d'une pile un interrupteur, un voltamètre et une patte de grenouille. En laissant l'interrupteur immobile on fait passer le courant à travers les trois appareils à la fois : l'eau est décomposée dans le voltamètre, qui se remplit de gaz, la patte de grenouille reste immobile. Vient -on, au contraire, à mettre l'interrupteur en mouvement, le développement gazeux cesse presque complètement, mais la patte entre en contraction violente. Le courant qui la traverse est pourtant beaucoup plus faible que dans le premier cas, mais on a les effets physiologiques dus à l'état variable. Cette simple expérience nous montre, en outre, que les effets physiologiques du courant (action sur la sensibilité et la motricité) ne sont nullement sous la dépendance de son intensité absolue. Si le courant continu est très fort les tissus sont décomposés, comme l'eau du voltamètre, et les produits de la décomposition, agissanl alors en tant que substances chimiques, peuvent mettre en action les tissus. Dans ces conditions, ce n'est pas l'électricité qui agit, mais bien les produits chimiques libérés par son passage.

C'est sur cette action électrolytique spéciale que Ciniselli et A. Tripier

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ont fondé une branche importante de l'électrothérapie : l'éléetrolyse ou destruction des tissus par l'électricité.

Cette action dépend uniquement de Vïntensité du courant, c'est-à-dire de la quantité d'électricité qui traverse le tissu, conformément aux lois de Faraday.

Il sera donc facile de doser les effets de l'état permanent en intercalant dans le circuit un mesureur de quantité ou ampèremètre, et en prenant la surface du tissu intéressé, c'est-à-dire la de7isité du courant à ses points d'entrée et de sortie. C'est ce que font aujourd'hui tous les praticiens spécialistes, depuis le Congrès de 1881, où je fis adopter ces mesures par la Commission internationale d'électrophysiologie. Les observations médicales y ont gagné en précision et en unité. Ce progrès est tout à fait semblable à celui qu'a réalisé l'emploi du thermomètre pour la mesure des températures morbides.

L'électrométrie clinique est même beaucoup plus importante que la thermométrie clinique, en raison des nombreux accidents que peut causer l'absence de dosage de l'électricité.

L'état permanent peut être appliqué à basse ou à haute tension. Dans le premier cas, on emploie généralement la pile comme source d'électricité. Pour produire l'état permanent à haute tension, on se sert des machines statiques, et le courant traverse alors le corps, soit en employant l'effluve, soit en recourant au bain appelé très improprement statique. Quand l'état permanent est produit par la pile, on appelle voltaïsation ce procédé d'électrisation. Il prend le nom de franklinisation, quand la source électrique est une machine statique.

En dehors de l'action électrolytique produite par l'état permanent, nous savons très peu de chose sur les modifications ultérieures qu'entraîne son application. Le seul résultat expérimental un peu net, c'est que le courant continu modifie l'excitabilité du nerf moteur au voisinage des électrodes. L'excitabilité est augmentée au voisinage de l'électrode négative et diminuée au voisinage de l'électrode positive. C'est là tout ce qu'il faut retenir de la fameuse théorie allemande de YElectrotonus. 11 est très probable d'ailleurs que cette modification tient uniquement à l'action des produits chimiques de I'électrolyse et nullement à l'agent électrique lui-même. Quant au bain statique, il augmente légèrement les échanges gazeux respiratoires, ainsi que me l'ont montré des analyses directes faites sur moi-même, et cela en dehors de la production d'ozone.

Si nous savons à quelles conditions physiques rapporter les effets physiologiques de l'état permanent, si nous pouvons surtout aisément les mesurer, il n'en est pas de même pour l'état variable. Par quel facteur devrons-nous définir la puissance physiologique d'une excitation électrique? Cette importante question a été agitée en 1881 au Congrès international d'électrophysiologie, mais ne put donner lieu alors qu'à un échange de vues plus ou moins hypothétiques; la base expérimentale manquait. C'est depuis cette époque que j'entrepris sur ce sujet une

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série d'expériences systématiques qui m'ont conduit à formuler les lois générales que je vais rapidement exposer.

J'ai montré qu'une excitation électrique est complètement définie lorsqu'on connaît la loi de variation de la tension électrique au point excité en fonction du temps, c'est-à-dire la forme physique de Fonde d'excitation. C'est cette courbe particulière à chaque excitation électrique que j'ai appelée la caractéristique de V excitation.

Par des dispositifs spéciaux que je ne peux décrire ici, je suis arrivé à tracer automatiquement cette courbe et à enregistrer au-dessous la contraction musculaire qui en résulte. La comparaison de ces deux courbes, tracées dans les conditions les plus variées, m'a amené à formuler la loi suivante : L intensité de la réaction motrice ou sensitive est proportionnelle à la variation du potentiel au point excité.

C'est ainsi que j'ai pu introduire en médecine la notion fondamentale de la forme des courants utilisés et montrer qu'une excitation électrique donne des résultats toujours les mêmes quand sa forme est la même, que cette excitation provienne d'une source électrique quelconque : machine statique, pile, bobine d'induction, etc.

Ainsi tombe cette notion erronée qu'il y a plusieurs espèces d'électricité, donnant des résultats physiologiques différents suivant la source électrique employée. Le fait reste vrai, mais l'explication était fausse. Entre deux masses électriques égales, lancées à travers l'organisme l'une par un élément de pile, l'autre par une bouteille de Leyde par exemple, il y a la même différence qu'entre une balle lancée à la main ou par un fusil Lebel. C'est la même balle, mais combien le choc produit est différent dans les deux cas! Si l'on inscrit la trajectoire de la balle, on fera ce que j'ai fait en traçant la caractéristique d'excitation.

La forme d'un courant est définie par la variation, en fonction du temps, de la pression électrique (différence de potentiel) qui produit ce courant. Quelques dessins éclairciront cette notion.

La planche ci-jointe (fig. 58) contient quatre figures donnant des caractéristiques différentes :

La première courbe, située à la partie supérieure, représente les variations du potentiel électrique lorsqu'on établit et qu'on supprime ensuite le courant d'une pile. Au moment de la fermeture en 0 le courant est nul; sa pression monte graduellement de o en a (état variable de fermeture), reste constante de a en b (état permanent) et redescend graduellement à zéro de b en c (état variable de rupture). Si ce courant est appliqué au nerf ou au muscle, nous aurons une contraction due à l'état variable qui dure un temps oa', un repos pendant le temps a'b' , une nouvelle contraction pour le temps b'c. Cette dernière contraction sera même plus forte généralement parce que le temps de cette variation b'c est plus court que celui de la variation de fermeture oa! .

Si nous rapprochons suffisamment les deux variations, nous pourrons supprimer l'état permanent et avoir une variation continue, comme dans

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le cas de la troisième courbe oac qui donnera naissance à une seule excitation. La deuxième courbe représente une variation de o en a, puis, à partir de a : un état permanent avec légères variations ondulatoires ; c'est la courbe que donne une machine Gramme.

Enfin la quatrième courbe représente une variation rectiligne régulière se faisantjdternativement dans le sens positif et dans le sens négatif. 11

cv I)

o cl' h' o

Fïg. 38.

est facile de comprendre qu'on peut avoir des courbes affectant une forme quelconque, et qu'on peut se donner d'avance, en employant certains dispositifs mécaniques que j'ai fait connaître.

Mais on comprendra également qu'il y a grand avantage à prendre pour excitant physiologique une forme de courant telle que son passage à travers l'organisme ne détermine aucune destruction par électrolyse. Pour cela, il suffit que l'excitation soit produite par deux courants identiques, mais de sens inverses, se succédant sans interruption à travers les

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Fi<?. 39.

tissus : c'est ce qui m'a amené à introduire en électrothérapie l'usage exclusif des courants alternatifs sinusoïdaux, pour l'état variable. La l'orme d'un pareil courant est représentée par la ligure 59 ci-dessous.

La variation électrique part de zéro au point A, croît graduellement dans le sens positif jusqu'en E où elle atteint un maximum EP, revient ensuite à zéro au point B, pour croître dans le sens négatif, jusqu'en E' et repasser par zéro au point G. Une pareille courbe, régulière, continue et parfaitement symétrique, constitue une sinusoïde. On voit que les quantités d'électricité représentées par les surfaces AEB et BE'C sont égales, mais de signes différents.

Le temps AG, employé à tracer cette double courbe, s'appelle la période de la sinusoïde; le temps AB d'une demi-période est la fréquence.

Dans ce cas, l'onde électrique qui constitue la caractéristique d'excitation est définie par deux facteurs : 1° la fréquence (ligne AB) ; 2° Vordonnée maxima (ligne EP), qui représente le facteur physiologique le plus important, c'est-à-dire la variation maxima du potentiel ou pression électrique.

Les quantités d'électricité traversant les tissus étant égales et de signes contraires, les effets secondaires dus au passage du courant se trouvent éliminés et il reste seulement l'action excitante propre à lélectricité. *

On voit que la fréquence AB, c'est-à-dire, le nombre d'excitations par seconde, est le double de la période AC.

Pans la pratique médicale, il est essentiel de pouvoir faire varier à volonté la fréquence et l'ordonnée maxima EP, indépendamment l'une de l'autre. J'ai réalisé différents appareils qui résolvent ce problème. Grâce à cette élude, l'état variable peut donc se définir et se mesurer avec la môme exactitude que l'état permanent. Le médecin pourra dire par exemple : tel muscle se contracte sous l'influence d'un courant sinusoïdal de fréquence 40 et de potentiel 3. Tout sera défini et n'importe quel observateur pourra répéter l'expérience.

Le courant sinusoïdal alternatif jouit de propriétés très précieuses qui, depuis que je les ai signalées, l'ont fait rapidement adopter par tous les électrothérapeutes ( 1 ) .

(') Voy. : Soc. de biologie, 1882; Académie des sciences de Paris ; Société française de physique; Arch. de physiologie de Brown-Séquard : Lumière électrique, etc. En ce qui

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1° A basse fréquence et à bas potentiel, son passage à travers l'organisme n'est pas senti, mais il augmente néanmoins considérablement les échanges nutritifs ;

2° A fréquence et à. potentiel moyens, il fait contracter violemment tous les muscles, tant à fibres lisses qu'à fibres striées, et cela sans douleur.

En augmentant le potentiel, comme on le fait dans l'industrie, on a des courants qui semblent donner la mort, courants que les Américains ont utilisés dans ce but pour l'exécution des criminels. J'ai montré que dans ce cas la mort n'est le plus souvent qu'apparente, étant due à une simple inhibition de la respiration. J'ai ramené les animaux foudroyés à la vie en pratiquant la respiration artificielle. Il en est de même pour l'homme, ainsi que l'ont montré les Américains eux-mêmes, qui ont pu ressusciter, à leur grand étonnement, plusieurs de leurs criminels électrocutés, en se conformant à mes indications.

5° Enfin à fréquence et à potentiel très élevés, les courants alternatifs sinusoïdaux donnent naissance à des phénomènes si inattendus et si merveilleux que je crois devoir les signaler un peu plus longuement en raison même des espérances légitimes que la thérapeutique peut fonder sur leur emploi.

Nous avons vu qu'avec des ondes sinusoïdales très étalées, le nerf et le muscle ne sont pas excités; il n'y a, dans ce cas, ni douleur, ni contraction musculaire, et le passage du courant s'accuse néanmoins par des modifications profondes de la nutrition, se traduisant par une absorption plus grande d'oxygène et une production plus considérable d'acide carbonique. En changeant la forme de l'onde, chaque onde électrique produira une secousse musculaire. En augmentant leur nombre non seulement le nombre des secousses ira en augmentant, mais les diverses contractions iront en se fusionnant de plus en plus, jusqu'au moment où le muscle restera en contraction permanente. Le muscle est alors tétanisé, il faut pour cela de c20 h 50 excitations à la seconde pour les muscles de l'homme. Lorsque le muscle est tétanisé, si l'on augmente le nombre des ondes, on augmente également l'intensité des phénomènes d'excitation, mais cela n'a pas lieu indéfiniment comme on serait tenté de le croire. A partir d'un maximum qui a lieu entre 2500 et 5000 excitations par seconde, on voit, au contraire, les phénomènes d'excitation décroître avec le nombre des oscillations électriques d'une façon indéfinie. Il en résulte ce phénomène surprenant qu'avec des oscillations suffisamment

concerne les plus récentes publications de l'auteur, Voy. notamment : Relations entre la forme de l'excitation électrique et la réaction névromusculaire, au double point de vue de la physiologie et de la thérapeutique (Arch. de physiol., 1er janvier 4889) ; Recherches d'électrothérapie, la Yoltaïsation sinusoïdale (Arch. de physiol., 1er janvier 1892) ; Effets physiologiques de la voltaïsation sinusoïdale (Arch. de physiol., avril 1893); Sur les effets physiologiques de l'état variable en général et des courants altcrnatifscn particulier (Soc. franc, de p/ii/s.,20 avril 1892). L'auto-conduction ou nouvelle méthode d'électrisation des cires vivants; mesures des champs magnétiques de grande fréquence (Comptes rendus de l'Acad. des se, 3 juillet 1893).

L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LA MATIÈRE VIVANTE. 653

rapides on peut faire passer à travers l'organisme des courants qui ne sont nullement perçus, alors qu'ils seraient foudroyants si Ton abaissait la fréquence. J'avais pressenti ce résultat dès 1888, au cours de mes recherches sur la bobine d'induction, mais je ne pus en donner une première démonstration que dans mon cours du Collège de France (1889-1890), en employant l'alternateur que je vais décrire. Je vis alors clairement que l'excitation diminuait avec la fréquence, mais je ne pus supprimer complètement tout phénomène d'excitation avec l'alternateur en question. Je n'atteignis ce résultat qu'en décembre 1890, en substituant à ma machine, qui ne pouvait guère donner plus de 10000 excitations par seconde, l'admirable appareil que le docteur Hertz venait de combiner et qui peut donner plusieurs billions d'excitations électriques dans une seconde. Je communiquai ce fait à la Société de biologie les 24 février et 25 avril 1891, antérieurement, par conséquent, à la première publication, faite par M. Tesla, le 25 mai 1891, à New-York.

Production des courants périodiques. — J'ai employé trois dispositifs différents pour produire des ondes périodiques : 1° la bobine d'induction dite bobine de Ruhmkorff; 2° un alternateur sans fer dont le dispositif principal a été indiqué par M. Gramme en 1870; 5° la décharge oscillante des condensateurs.

1° Bobine. — De la bobine, je dirai peu de chose, sinon que c'est un instrument des plus infidèles avec lequel on peut à peine espérer atteindre 2000 excitations par seconde, qu'on emploie comme interrupteur soit le trembleur, soit un interrupteur automatique. Cela tient à la présence du fer doux du noyau qui, s'il se désaimante rapidement, demande, au contraire, un temps assez long pour s'aimanter; ce temps d'aimantation limite rapidement le nombre des ondes qu'on peut obtenir; les ondes dues à l'aimantation sont, en outre, très différentes de celles que produit la désaimantation. De plus, la forme de ces ondes est inconnue et change lorsqu'on veut augmenter leur nombre.

2° Alternateur. — Il faut donc rejeter complètement tous les appareils dans lesquels les courants sont produits par les variations d'aimantation du fer. Ce résultat est obtenu avec l'appareil suivant : il se compose d'un inducteur et d'un induit. L'inducteur est formé d'une bobine cylindrique en fer, munie de deux grandes joues en fer, de 50 centimètres de diamètre. Cette bobine peut tourner rapidement autour de son axe monté sur pointes. Autour de l'axe est roulé un fil de cuivre isolé qui, traversé par un courant constant, polarise une des joues nord et l'autre sud. A la face interne des joues, et près de leurs bords, sont implantées cent chevilles en fer, qui se font vis-à-vis deux à deux, en laissant entre chaque couple nord-sud un petit espace libre de 1 centimètre environ. Dans cet espace libre, on maintient, au moyen d'un support fixe, une petite bobine circulaire sans fer, ayant la forme d'une galette, constituant le circuit induit. En mettant la grosse bobine en mouvement, chaque paire de pôles qui passe devant la bobine fixe y induit une double

LES AGENTS PHYSIQUES

onde sinusoïdale dont on gradue l'énergie, pour une même vitesse de rotation, en modifiant l'intensité du courant qui crée le champ magnétique inducteur. Cet appareil permet de modifier, soit le nombre de périodes par seconde, soit la forme de Fonde. Il a le grand avantage de fournir un nombre d'ondes variable sans en altérer la forme. Il suffit, en effet, tout en laissant la vitesse de rotation constante, d'enlever les chevilles polaires de deux en deux pour diminuer le nombre des courants engendrés pendant un tour complet de l'inducteur. Avec une seule paire de chevilles polaires, on n'a qu'une période par tour; avec cent, on en a cent dans le même temps et les ondes produites ont la même forme, puisque les pôles qui passent devant la bobine fixe ont la même valeur et la même aimantation. Avec cet appareil, j'ai pu aller jusqu'à 10000 alternances à la seconde.

o° Décharge des condensateurs. — C'est le phénomène utilisé par le docteur Hertz pour produire des ondulations électriques extrêmement rapides. Ce phénomène a été découvert par Feddersen et étudié, il y a près de quarante ans, par Helrnoltz et sir W. Thomson, qui en ont donné la loi mathématique. Il consiste en ceci : Si l'on opère la décharge d'une bouteille de Leyde au moyen d'un conducteur, deux cas très différents peuvent se présenter suivant les valeurs relatives de la capacité C, du coefficient de self-induction L et de la résistance R du système. Si l'on a

[\^> ^ la décharge est continue; dans le cas contraire, elle est

oscillatoire. Dans le cas de la décharge oscillatoire, les oscillations sont isochrones et leur amplitude décroît suivant les termes d'une progression géométrique. Le mouvement d'un liquide dans des vases communicants fait bien comprendre ce qui se passe avec la bouteille de Leyde. Suivant la résistance offerte au mouvement du liquide le niveau reprend sa position d'équilibre ou bien d'une manière lente et sans la dépasser, ou à la suite d'une série d'oscillations, à amplitude décroissante, qui absorbent toute l'énergie par suite des frottements. On peut mesurer la durée et le nombre des oscillations en examinant la décharge au moyen d'un miroir tournant. Lorsque la résistance est négligeable, la durée d'une oscillation est donnée par la formule de Thomson T = 2- y/y] en fonction de la capacité C et de la self-induction L du système.

On peut, par conséquent, donner à T les valeurs les plus différentes en modifiant L et C. Le docteur Hertz a atteint 1 billionième de seconde et M. Lodge a pu abaisser la période oscillatoire jusqu'à faire rendre à la bouteille de Leyde un son musical perceptible à l'oreille. Dans mes premières expériences je me suis servi du vibrateur de Hertz ; plus tard j'ai employé le dispositif plus puissant signalé par MM. Elihu-Thomson et Teste. Enfin, dans mes recherches récentes, j'ai trouvé grand avantage à employer exclusivement l'appareil suivant, dont les expériences de M. Lodge, à propos des paratonnerres, m'ont donné l'idée. Soit AA

L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LA MATIÈRE VIVANTE

(fig. 40) les armatures internes de deux bouteilles de Leyde montées en cascade. Ces armatures sont réunies à une source d'électricité à haut potentiel (machine de Iloltz, bobine de Ruhmkorff ou transformateur). Les armatures externes BB' sont réunies entre elles par un solénoïde CC composé d'un gros fil de cuivre faisant 15 à 50 tours. Chaque fois qu'une étincelle part entre AA', un courant oscillant extrêmement énergique prend naissance dans le solénoïde, à un tel point que, en prenant comme pôles ses extrémités C, C, on obtient un courant qui peut allumer au blanc une forte lampe à incandescence L, tenue entre deux personnes DD'. L'étincelle qu'on obtient entre C C est beaucoup plus longue que celle qui éclate entre AA'.

Cela tient h ce que, dans ce cas, la décharge des armatures extérieures BB' se fait d'une manière soudaine, tandis que celle des armatures intérieures AA' est préparée, la différence de potentiel entre les boules allant en croissant jusqu'à ce que l'étincelle éclate. Dans ces conditions, la résistance du solénoïde CC/ joue un rôle secondaire tandis que sa self-induction devient prépondérante.

On peut rapprocher les effets produits par les décharges très brusques, de ceux donnés en mécanique par les forces instantanées. Placez un bloc de cotonpoudre sur une plaque d'acier; il brûle lentement si on l'allume; il brise au contraire la plaque si on le fait détoner au moyen du fulminate de mercure. La même énergie pourtant a été mise enjeu dans les deux cas, mais dans le second la pression développée par les gaz est tellement soudaine que la résistance de l'air devient comparable à celle de l'acier. C'est la différence qui existe dans l'appareil décrit ci-dessus entre la pression électrique développée graduellement en AA', soudainement au contraire en CC au moment où la bouteille se décharge. Si l'on veut augmenter la tension du courant il suffit de plonger dans le solénoïde une bobine comprenant un plus grand nombre de tours. Cette bobine est logée dans un tube de verre plein d'huile qui l'isole complètement (Voy. fig. 41). On obtient ainsi facilement un torrent d'étincelles de 15 à 20 centimètres de longueur.

Dans les méthodes précédentes le corps humain est mis en communication matérielle avec la source électrique au moyen de conducteurs

LES AGENTS PHYSIQUES

appropriés qui constituent les rhéophores. Dans la nouvelle méthode que j'ai décrite sous le nom d: autoconduction , il n'en est plus ainsi : l'être en expérience est complètement isolé de la source électrique. Les courants qui circulent dans l'individu ne lui parviennent pas au moyen de

Fis. il.

conducteurs; ils prennent naissance dans ses propres tissus, jouant le rôle de circuit induit fermé sur lui-même ('),

Ces courants peuvent acquérir une puissance considérable, car ils ne produisent aucune douleur ni aucun phénomène conscient chez l'individu

Fis. 42.

Fis. r>.

qui en est le siège. Ils agissent néanmoins énergiquement sur la vitalité des tissus.

j'obtiens ce résultat en plongeant le sujet tout entier, ou une partie seulement de son corps, dans un champ magnétique oscillant, de très haute fréquence.

Ce champ magnétique alternatif est produit de la façon suivante

(') Yoy. Société de biologie, 4 février 1893.

L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LA MATIÈRE VIVANTE

(fig. 42 et 45) : sur un cylindreen matière isolante (carton, bois ou verre, suivant les dimensions de l'appareil) est enroulé, en une ou plusieurs couches, un câble à lumière soigneusement isolé. On constitue de la sorte un solénoïde, dans l'intérieur duquel on place le sujet à électriser. Ce solénoïde est traversé par la décharge d'un condensateur; rendue oscillavtoire par les procédés décrits ci-dessus.

J'emploie, comme condensateur, de deux ;i douze bouteilles do Leyde cylindriques, disposées en deux batteries, reliées en cascade, dont la surface couverte a 50 centimètres de haut sur 20 centimètres de diamètre.

La charge est effectuée périodiquement par un transformateur donnant environ 15 000 volts. Ce transformateur est animé par un alternateur pouvant donner, au maximum, un courant de 20 ampères sous MO volts. J'ai fait disposer par M. Gaiffe toute une série d'appareils pour reproduire facilement ces résultats.

La fréquence est de soixante périodes par seconde. Dans ces conditions, la puissance d'induction du solénoïde, sur tout corps conducteur plongé dans son intérieur, est vraiment étonnante, comme le montrent les expériences suivantes :

1° On plonge dans un solénoïde (composé de trois à cinq tours d'un câble à 10 brins de 8 millimètres carrés) un fil de cuivre roulé en un cercle unique dont les extrémités portent une lampe de 100 bougies, consommant 5 ampères sous 110 volts; cette lampe est portée au blanc éblouissant ;

2° Un homme arrondit ses bras de façon à embrasser le solénoïde et tient dans chaque main les extrémités d une lampe à incandescence. Le circuit formé par les bras est le siège d'un courant induit assez puissant pour allumer cette lampe qui prend 1/10 d'ampère environ. On diminue, autant que possible, la résistance de la peau des mains, en les plongeant dans deux vases contenant de l'eau salée chaude.

L'alternateur peut être remplacé par une puissante bobine de Ruhmkorff qu'animent des accumulateurs pour opérer la charge périodique du condensateur. Les effets sont naturellement moins puissants, mais ce dispositif suffit néanmoins pour mettre en évidence la puissance d'induction du champ magnétique et son action sur l'organisme.

Pour mesurer la puissance de champs magnétiques de cette fréquence, j'ai complètement échoué avec toutes les méthodes de mesure usitées pour les basses fréquences. Cette mesure était essentielle dans mes recherches, pour pouvoir me placer toujours dans des conditions identiques. Je suis parvenu à l'effectuer très simplement en utilisant les courants de Foucault, de la manière suivante :

Dans un petit solénoïde, relié en série au grand qui contient ranimai, je plonge un thermomètre a mercure. Le mercure est le siège de courants de Foucault qui réchauffent très rapidement. Avec quatre jarres, la température du thermomètre s'élève à plus de 150 degrés en quelques secondes.

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L'effet calorifique mesure le produit de la fréquence par le carré du courant et permet d'opérer dans des champs identiques. Pour les faibles puissances, où il faut tenir compte des variations de la température de l'air, je remplace le thermomètre à mercure par un thermomètre à pétrole ou à air dont le réservoir renferme un petit tube de cuivre (•).

Effets physiologiques des courants à haute fréquence. — On peut utiliser de deux façons différentes les courants à haute fréquence : 1° soit en leur faisant traverser directement les tissus qu'on veut soumettre à leur action ; 2° soit en plongeant ces tissus dans Y intérieur du solénoïde, mais sans aucune communication avec lui.

Dans ce second cas, les tissus placés dans le solénoïde sont le siège de courants induits extrêmement énergiques, grâce à la fréquence de la source électrique. Ils se comportent comme des conducteurs fermés sur eux-mêmes et sont parcourus par des courants d'induction d'une grande intensité. Au point de vue physiologique, les effets obtenus sont sensiblement les mêmes dans les deux cas. Voici les principaux : 1° Action nulle sur la sensibilité générale et sur la contractilité musculaire. C'est le phénomène le plus frappant. On a des courants capables de porter à l'incandescence une série de lampes électriques. Ces lampes placées entre deux personnes DD'(fîg. 40) complétant le circuit s'allument sans qu'on ressente aucune impression sensorielle. Si le courant est très fort, on éprouve simplement un peu de chaleur aux points d'entrée et de sortie du courant. J'ai pu faire traverser mon corps par des courants de plus de trois mille milliampères, alors que des courants d'une intensité dix fois moindre seraient extrêmement dangereux si la fréquence, au lieu d'être de 500 000 à 1 million par seconde, était abaissée h 100, comme cela a lieu pour les courants alternatifs industriels.

On s'est beaucoup inquiété de l'explication à donner de ce résultat paradoxal que j'ai le premier signalé dans mes leçons du Collège de France (1890) et à la Société de biologie (24 février, 25 avril et 2 mai 1891) (2). — Dans mes communications à la Société de biologie, j'avais émis deux hypothèses : 1° ou bien ces courants, à cause de leur énorme fréquence, passent exclusivement à la surface du corps (on sait, en effet, que les courants à grande fréquence ne pénètrent pas et s'écoulent à la surface des conducteurs comme le fait l'électricité statique) ; ou bien 2° les nerfs sensitifs et moteurs sont organisés pour répondre seulement à des vibrations de fréquence déterminée. C'est ce que nous voyons, par exemple, pour le nerf optique dont les terminaisons sont aveugles pour les ondulations de l'éther d'une période inférieure à 497 billions par seconde (rouge) et supérieure à 728 billions par seconde (violet). Le nerf acoustique se trouve dans le même cas pour les vibrations

(1) J'ai remplacé cet appareil depuis par un galvanomètre spécial qui mesure le courant à haute fréquence en ampères.

(2) Voy. l'Industrie électrique, 25 avril 1892; la Lumière électrique, 16 avril 1892; l'Électricien, 16 avril 1872.

L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LÀ MATIÈRE VIVANTE

sonores. En deçà et au delà de certaines périodes vibratoires, les sons musicaux n'existent plus et l'oreille reste insensible à ces excitations. On verra ci-dessous que le corps humain ne se comporte pas comme un conducteur métallique. Les courants à haute fréquence, au lieu de s'écouler par la surface du corps, pénètrent dans l'organisme et vont influencer des centres nerveux profondément situés, soit directement, soit en produisant des courants induits. Que ces excitations soient directes ou induites, la somme d'énergie qui traverse l'organisme reste la même, et la conclusion est la même dans les deux cas. En employant un courant à haute fréquence, l'organisme est traversé, sans manifester aucune réaction, par des courants dont l'énergie le détruirait si la fréquence était abaissée. On peut expliquer cette innocuité par l'absence d'excitation ou mieux encore en admettant que ces courants exercent sur les centres nerveux et sur les muscles cette action particulière si remarquable étudiée par M. Brown-Séqnard sons le nom d'inhibition. L'expérience démontre, en effet, de la manière la plus frappante cette action inliibitoire des courants à haute fréquence, comme nous allons le voir :

1° Les tissus traversés par ces courants deviennent rapidement moins excitables aux excitants ordinaires. Cette diminution se traduit même par une analgésie remarquable qui frappe les points par où le courant pénètre dans le corps. Cette analgésie persiste, suivant les cas et les sujets, d'une à vingt minutes.

2° Le système nerveux vaso-moteur est fortement influencé. Si l'on place par exemple un manomètre à mercure dans la carotide d'un chien, on voit la pression artérielle tomber de plusieurs centimètres sous l'influence de ce genre d'électrisation. On peut constater le même phénomène chez l'homme à l'aide du sphygmo graphe de Marey. Il y a donc inhibition manifeste du système nerveux vaso-moteur en dehors de toute sensation consciente. Ce fait prouve que les courants à haute fréquence pénètrent profondément dans l'organisme, comme je l'affirmais plus haut ;

5° En continuant un temps assez long, on voit, chez l'homme, la peau se vasculariser et se couvrir de sueur, conséquence naturelle de l'action sur les vaso-moteurs. On arrive au même résultat en plaçant le sujet sur un tabouret isolant en communication avec un des pôles de la bobine à haut potentiel (fig. 41), le second pôle étant en communication avec une plaque métallique isolée supportée à une certaine distance de la tète. Le sujet est soumis de la sorte à l'action d'un champ électrique oscillant;

4° En soumettant un animal entier à ces courants (fig. 45), soit directement, soit en le plongeant dans le solénoïde, on constate une augmentation dans l'intensité des combustions respiratoires. Le thermomètre montre qu'il n'y a pas élévation de la température centrale. L'excès de chaleur produit est perdu par rayonnement et évaporation, ainsi qu'on le constate (en plaçant l'animal dans un des calorimètres que j'ai décrits antérieurement ) ;

LES AGENTS PHYSIQUES

5° Pour étudier l'action de ces courants sur la cellule vivante, j'ai employé la levure de bière et le bacille pyocyanique, grâce à l'obligeance de M. Charrin. Les courants à haute fréquence atténuent très nettement ce bacille au bout de quelques minutes. La fonction chromogène est supprimée tout d'abord. Si l'expérience dure une demi-heure, on arrive à tuer le bacille. — Si l'on injecte ce bacille dans les tissus d'un animal vivant, on arrive à l'atténuer sur place par des courants que l'animal ne ressent en aucune façon, ainsi que nous l'avons constaté Charrin et moi.

Les résultats que je viens de signaler brièvement, et ceux déjà obtenus en clinique, me donnent le droit d'espérer que nous possédons dans ces diverses modalités de l'énergie électrique des ressources thérapeutiques considérables. — En présentant, le 5 juillet 1895, mes expériences à L'Académie des sciences, M. Cornu ajoutait :

« M. d'Arsonval nous a rendus témoins, M. Marey et moi, des principaux résultats consignés dans la note précédente. Nous avons été particulièrement frappés de l'expérience dans laquelle six lampes (125 volts — 0,8 ampère) ont été portées à l'incandescence dans le circuit formé par nos bras, circuit formant dérivation sur les extrémités du solénoïde induit par les décharges oscillantes. Nous n'avons pas éprouvé la moindre impression par le passage du flux électrique auquel nous étions soumis : on ne pouvait cependant pas douter de l'énorme quantité d'énergie traversant notre corps (900 volts X 0,8 ampère = 720 watts) : elle se manifestait soit par l'incandescence des lampes, soit par les étincelles vives et nombreuses qui se [produisaient à la rupture du circuit. Cette même quantité d'énergie électrique, transmise sous forme de courants alternatifs à longues périodes (de 100 à 10 000 par seconde), aurait suffi pour nous foudroyer; dans les conditions ci-dessus, elle ne produisait aucune sensation appréciable. »

LES AGENTS CHIMIQUES

LES CAUSTIQUES

Par P. LE NOIR

Sous le nom de caustiques on désigne les « corps qui, mis en contact avec une partie animale et à une température peu ('levée, en altèrent el détruisent l'organisation » (Littré et Robin).

Indépendante de toute influence physique, thermique ou galvanique, la cautérisation par les caustiques résulte uniquement de l'application de certaines substances à la surface du corps et des muqueuses. Dans ce mode de cautérisation, contrairement à ce qu'on observe dans la rubéfaction ou dans la vésication(1), un trouble durable et profond est apporté dans la composition des tissus, il y ;i mortification consécutive des parties atteintes et élimination terminale des eschares.

C'est en se combinant aux matières organiques que ces agents produisent de tels désordres et leur pouvoir caustique est en rapport avec leurs affinités pour les matières organiques. Il convient donc de rechercher leur mode d'action dans l'examen de leurs propriétés chimiques.

Cette étude devrait être entreprise pour chaque caustique et pour chacun des tissus de l'économie animale, car on conçoit que l'action corrosive varie suivant les circonstances dans lesquelles elle se manifeste. La nature de l'agent chimique, la constitution anatomique de la région atteinte, la durée du contact sont autant de conditions capables de modifier les phénomènes. La puissance de cautérisation est loin, en effet, d'être la même pour tous les caustiques. La résistance varie suivant les tissus et pour un même tissu suivant les différentes régions du corps. Enfin l'action du caustique est tantôt brutale, rapide, étendue et profonde,

(J) La rubéfaction peut être obtenue par des moyens bien différents : friction, calorique, balai électrique, percussion, ventouses, application de substances végétales ou minera les (teinture d'iode, farine de moutarde, etc.). Sous l'influence de ces agents la peau devient rouge, le sang y afflue, une sensation de cuisson est ressentie par le patient. Tons ces phénomènes sont le résultat d'une excitation des nerfs cutanés qui provoque, par action réflexe, la vaso-dilatation des capillaires.

La vésication est plus active; il y a tuméfaction, exsudation d'une sérosité riche en albu mine, soulèvement de l'épiderme.

Dans la rubéfaction comme dans la vésication il n'y a pas altération persistante, et, au point de vue local, le résultat obtenu est en tous points comparable aux brûlures du 1er ou du k2' degré.

LES AGENTS CHIMIQUES

comme cela se voit à la suite des attentats criminels, des accidents ou des empoisonnements; tantôt elle est lente, atténuée dans son intensité, limitée dans son étendue comme dans les cas où il s'agit d'applications thérapeutiques. Dans cette dernière circonstance la cautérisation s'exerce soit sur des éléments normaux, soit sur des produits pathologiques.

Les tissus le plus souvent atteints sont d'abord le tégument externe (peau et annexes, muqueuses oculaire, nasale, labiale), ensuite les voies digestives et surtout les premières voies (bouche, langue, pharynx, œsophage, estomac). L'introduction accidentelle d'un liquide caustique dans le rectum explique la possibilité de brûlures étendues de la muqueuse du gros intestin.

Les voies aériennes sont rarement touchées par les caustiques ; cependant lorsqu'un liquide corrosif est ingéré en grande quantité la pénétration de quelques gouttes de la solution dans le larynx et la trachée est assez fréquente; la brûlure de l'épiglotte est presque constante. Les altérations profondes des bronches et de leurs divisions ne peuvent guère être réalisées que par l'inhalation de gaz irritants.

La muqueuse vaginale, la muqueuse utérine, la vessie, sont souvent soumises à l'action des caustiques dans un but thérapeutique.

L'étendue de la cautérisation peut varier en surface et en profondeur. Superficielles, mais détruisant de larges territoires cutanés, les brûlures par caustiques déterminent des troubles généraux graves ; localement même la réparation se fait lentement, la cicatrisation est vicieuse. Si la cautérisation est profonde, après destruction de la peau ou de la muqueuse, les tissus sous-jacents eux-mêmes sont attaqués, les vaisseaux sont rompus, le sang est mis en contact avec le caustique, les muscles, les aponévroses, les tendons, sont soumis à l'action corrosive, les cartilages, les os, les viscères même peuvent être exceptionnellement atteints.

Il faudrait donc envisager l'action des caustiques sur chacun de ces tissus, comme il faudrait aussi rechercher l'influence de ces mêmes corps chimiques sur les néoformations pathologiques (cancers, bourgeons charnus, etc.). Cette étude nous entraînerait trop loin; elle présente d'ailleurs, en l'état actuel de nos connaissances, trop de lacunes pour être entreprise avec utilité. Nous ne pouvons que passer en revue les conditions générales qui favorisent ou qui contrarient l'action des caustiques et voir quelles sont les altérations les plus ordinaires des tissus cautérisés en prenant pour types les brûlures de la peau et de l'estomac qui présentent le plus d'intérêt.

L'organisme possède des moyens naturels de protection. Les matières grasses qui recouvrent normalement la peau isolent, très imparfaitement il est vrai, les téguments ; les sécrétions physiologiques favorisent ou neutralisent l'action de certains composés. Les liquides de l'économie, alcalins pour la plupart, atténuent, dans une certaine mesure, la causticité des acides, tandis que l'acidité du suc gastrique, de l'urine, combat l'alca-

LES CAUSTIQUES

Unité des liquides introduits dans L'estomac ou dans la vessie. Les sécrétions dans La composition desquelles entrent les chlorures précipiteront les sels d'argent. Mais ce sont là de bien faibles moyens de défense et, dans La majorité des cas, Faction des caustiques ne rencontre aucun obstacle appréciable. Les liquides transsudés sous l'influence même du corps irritant agissent bien plus efficacement par le seul fait qu'ils se mélangent aux liquides nocifs et qu'ils en atténuent le pouvoir par dilution de plus en plus grande. C'est par ce mécanisme qu'on voit les lésions se limiter aux parties superficielles et L'effet destructif s'atténuer rapidement sur les parties profondes.

La résistance propre à certains tissus est plus importante encore. La peau est moins sensible à L'action corrosive que les muqueuses et môme certaines régions du tégument externe sont difficilement attaquées. On sait qu'il faut répéter fréquemment les attouchements à l'acide nitrique concentré pour détruire les productions épidermiques (verrues, etc.).

Même inégalité pour les muqueuses; celles qui sont recouvertes d'épithélium stratifié se laissent moins facilement désorganiser que les muqueuses à épithélium cylindrique. Les aponévroses, les tendons demeurent indemnes ou ne cèdent que devant une action énergique.

A ces circonstances dépendantes de la vitalité des tissus organiques, il faut opposer celles qui sont en rapport avec la composition des corps caustiques. 11 existe, en effet, des variations considérables dans le pouvoir corrosif des substances chimiques, et Ton pourrait établir une échelle de causticité en partant des corps les moins actifs pour aboutir aux plus violents. Nous aurons à revenir sur cette étude, lorsque nous essayerons d'établir une classification rationnelle des caustiques ; mais disons dès maintenant qu'il est à peu près impossible de trouver une corrélation directe entre la composition chimique d'un corps et son pouvoir caustique.

On remarque, par contre, un rapport entre l'action d'un même agent et son état physique. S'il s'agit de corps en solution dans un liquide inerte par lui-même, le degré de la dilution a une importance capitale. En solutions concentrées, l'acide pbénique par exemple jouit de propriétés caustiques violentes; tandis que, en dissolutions étendues, il est tous les jours employé en chirurgie et son application sur la peau et sur les plaies ne provoque qu'exceptionnellement des accidents. 11 en est de même pour la plupart des caustiques acides (acide chlorhydrique, acide sulfurique), qui entrent même dans la composition de certaines limonades.

L'application des corps solides produit des effets variables. Les uns inertes tant qu'ils restent à l'état solide ne deviennent actifs que s'ils rencontrent un certain degré d'humidité (nitrate d'argent, par exemple), les autres attaquent énergiquement les tissus dès qu'ils arrivent au contact. Aussi voyons-nous les anciens chirurgiens s'efforcer de modérer l'action de certaines substances douées de propriétés caustiques énergiques, mais réputées favorables à la guérison des tumeurs, en les mélan-

LES AGENTS CHIMIQUES

géant avec des poudres inertes. Cette sorte de dilution avait encore pour effet de rendre ces corps plus maniables pour l'opérateur.

11 faut aussi tenir compte de ce fait que, dans les combinaisons formées, certains corps caustiques épuisent peu à peu leur action, que les composés albumineux auxquels ils donnent naissance sont souvent insolubles et s'opposent à leur diffusion en protégeant les parties sous-jacentes; ainsi la cautérisation se limite d'elle-même. Dans les circonstances opposées aucune barrière n'est apportée à l'action chimique et la désorganisation s'étend au loin, le caustique fuse à une plus ou moins grande distance. Il est évident que, dans tous les cas, il faut faire intervenir la durée du contact, et qu'il existe de notables différences entre la brûlure produite par un corps, qui ne fait que glisser pour ainsi dire à la surface de la peau, ou d'une muqueuse et l'action de la même substance maintenue en présence pendant un temps plus ou moins long.

C'est ainsi que les liquides déglutis en grande quantité peuvent altérer davantage la muqueuse gastrique que les parois du pharynx et de l'œsophage, et que, dans ce dernier conduit même, ce sont les points rétrécis qui portent les lésions les plus graves.

Les corps chimiques doués de propriétés caustiques peuvent être gazeux, liquides ou solides. On peut encore les diviser en corps métalliques, corps acides (végétaux ou minéraux), corps basiques ou en combinaisons salines. C'est la classification proposée par Bonnet . (*). Si une pareille distinction, fondée uniquement sur les propriétés chimiques, est acceptable lorsqu'il s'agit de faire une énumération, elle doit être abandonnée lorsqu'on se propose d'étudier le mode d'action des caustiques. En s'appuyant sur les modifications qu'ils impriment aux tissus on pourra réunir les éléments d'une classification rationnelle.

On rangeait autrefois les caustiques en deux groupes, suivant l'intensité de leur action : les cathérétiques de causticité faible ; les escharotiques doués de propriétés énergiques. Aucune démarcation nette ne sépare les premiers des seconds et le même corps peut, selon son état de concentration, être considéré comme escharotique ou comme cathérétique.

La distinction proposée par Mialhe (.*), sans être tout à fait à l'abri du même reproche, est cependant bien préférable. Elle repose sur une réaction générale des matières protéiques. Un certain nombre de substances caustiques forment avec l'albumine du sang et des tissus un composé insoluble et la coagulent, d'autres corps dans les mêmes conditions produisent une combinaison soluble et ramollissent les parties sur lesquelles ils agissent. On peut ainsi séparer les caustiques en caustiques coagulants et en caustiques fluidifiants ou liquéfiants.

Cette classification, surtout utile au point de vue pharmacologiquc, mérite d'être conservée dans une étude d'ensemble des caustiques, car

(*) Bonnet, Mémoire sur la cautérisation. Gaz. méd. de Paris, 1844. (2) Mialhe, Traité de l'art de formuler.

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elle permet de réunir -dans un même groupe les corps doués de propriétés chimiques et physiologiques sinon identiques du moins très analogues.il esl enfin un point (pie nous ne ferons que mentionner, c'est l'action générale des caustiques sur l'organisme; ces corps, en effet, peuvent être absorbés et donner lieu à des phénomènes d'intoxication plus ou moins graves.

[. Caustiques coagulants. — Les composés chimiques qui possèdent la propriété de coaguler les matières albuminoïdes appartiennent soit aux sels métalliques, soit aux acides. Certaines essences ont également cette action.

Sels métalliques. — Les sels métalliques ont le pouvoir coagulant le plus énergique; ils sont solides ou en dissolution. A Létal solide, ils ont peu d'action sur la peau sèche et n'agissent (pie sur le tégument externe dépourvu de son épiderme ou sur les muqueuses. Liquides, leur causticité varie avec le degré de la dilution, et ce n'est qu'en concentration qu'ils sont réellement coagulants.

De couleur, de consistance et d'épaisseur variables suivant la nature du caustique, les eschares sont sèches, bien limitées, et leur chute ne s'accompagne que rarement d'hémorrhagie. La mortification se produit plus facilement sur les tissus pathologiques que sur les tissus sains. Examinée au microscope la région cautérisée présente des altérations qui ont été surtout bien étudiées par Bryk (/), à propos de l'action des chlorures et dont la description peut être prise comme type. Les tissus qui constituent l'esçhare subissent deux lésions différentes : une sorte de momification et la dégénérescence graisseuse. La première porte principalement sur les couches les plus superficielles tandis que la seconde s'observe surtout dans les parties les plus profondes.

A la surface, les tissus nécrosés sont peu modifiés dans leur structure; ils se dessèchent rapidement et se transforment en une substance friable. Les éléments cellulaires sont conservés et reconnaissables au microscope. Dans les points où prédomine la dégénérescence graisseuse, au contraire, les cellules épithéliales des muqueuses, celles du corps de Malpighi, les cellules du tissu çonjonctif sous-cutané, les éléments musculaires sonl augmentés de volume et distendus par des granulations graisseuses.

Les mêmes lésions ont pu être observées expérimentalement dans les cartilages et les os.

C'est sur les vaisseaux et sur le sang qu'ils contiennent que l'action spéciale de ces caustiques est surtout manifeste. Le sang est coagulé dans les artères, dans les veines, et dans les capillaires, non seulement dans le territoire même de l'esçhare, mais bien au delà de ses limites surtout si l'on observe les veines. Le caillot remplit les vaisseaux, qui sont ainsi transformés en cordons durs, rétractés sur eux-mêmes, de calibre moindre qu'à l'état normal. Les parois elles-mêmes sont intactes ou

(*) Bryk, Virchow's Archiv, 1860, t. XVIII.

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atteintes de dégénérescence graisseuse dans leurs cellules endothéliales.

Sur les tissus pathologiques il est également possible, d'après Lambl et d'après Bryk, de constater l'existence de plusieurs couches, présentant des lésions différentes. Dans les plus superficielles, on reconnaît les éléments du tissu malade plus ou moins altérés et les vaisseaux coagulés. Dans les couches profondes les granulations graisseuses prédominent et, au-dessous de Feschare, se trouve un amas purulent.

L'analyse chimique a permis de révéler dans les tissus cautérisés la présence de produits en majeure partie insolubles, quelques-uns solubles cependant (albuminates métalliques solubles ou non; acides gras, substance protéique chlorée, etc.).

C'est surtout dans la thérapeutique chirurgicale que les sels métalliques ont trouvé leur application. Les plus usités sont le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure, les chlorures métalliques. Ces derniers lorsqu'ils sont en dissolution étendue se rapprochent par leur action des chlorures alcalins.

Acides caustiques. — Les acides diffèrent un peu par leurs effets des caustiques métalliques. Ils agissent généralement à l'état liquide, aussi produisent-ils des eschares étendues, mal limitées. Ils attaquent énergiquement les tissus et la peau ne leur oppose aucune résistance, mais leur action s'atténue rapidement. Deux causes contribuent à borner leur pouvoir corrosif. Ils absorbent l'eau des tissus et, par ce fait, ils subissent une dilution de plus en plus grande ; l'alcalinité du milieu où ils agissent neutralise une partie de leur acidité.

Pour toutes ces raisons, les eschares n'ont jamais une grande épaisseur. D'abord molles, elles durcissent au contact de l'air; leur coloration varie avec la nature de l'acide qui les a produites; jaunes avec l'acide azotique (formation d'acide xanthoprotéique) , elles sont brunes ou noirâtres avec l'acide sulfurique, par suite de la mise en liberté du carbone, par production de gélatine ou encore par altération de la matière colorante du sang.

L'interprétation exacte des phénomènes qui contribuent à la formation de l'eschare est difficile à donner. L'action de ces caustiques ne serait pas identique sur le vivant et sur le cadavre, du moins pour l'acide sulfurique le mieux étudié de tous (Neyreneuf). Ces acides désorganisent les tissus vraisemblablement par un mécanisme assez complexe et variable dans chaque cas. On peut invoquer la désydratation des tissus (acide sulfurique), l'oxydation des matières albuminoïdes (acide azotique, acide chromique), leur dissolution (acide acétique). Un seul fait est bien établi, c'est la coagulation du sang dans les vaisseaux et c'est peut-être la cause la plus importante de la mortification des tissus.

Les acides doués de pouvoir caustique sont nombreux. Les acides végétaux sont peu actifs, tandis que les acides minéraux ont une action destructive des plus violentes, comme l'acide sulfurique, l'acide azotique, l'acide chloro-azotique, l'acide chromique.

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L'acide arsénieux ne rentre pas dans la classe des caustiques coagulants d son étude sera faite plus loin.

Les lésions produites par l'acide sulfurique sont les plus fréquentes. On les observe d'ordinaire soit sur la peau, soit sur la muqueuse gastrique. Le pouvoir corrosif de cet acide est considérable. En solution concentrée, il détruit la peau sur de vastes surfaces, laisse à la suite de son action des plaies étendues, dont la cicatrisation se fait lentement. Ingéré, s'il est absorbé en grande quantité, il corrode la muqueuse buccale, la langue, il détermine des brûlures de l'œsophage surtout aux deux extrémités où le conduit se rétrécit et où le contact avec le liquide est plus intense. Arrivé dans l'estomac, il peut détruire toute l'épaisseur de la muqueuse et la chute de l'eschare être suivie d'une perforation. Si le liquide a été introduit à dose faible, les lésions sont encore très marquées. La muqueuse gastrique est boursouflée, ses couches superficielles sont coagulées ; il se forme une eschare. Au dessous de la couche glandulaire, un épanchenient sanguin s'étend en nappe entre les parties mortifiées et le chorion. Ces lésions ecchymotiques sont plus prononcées avec l'acide sulfurique qu'avec tout autre acide.

Essences. — Les essences dont l'action a été étudiée récemment par M. Pilliet (*) ont une action analogue à celle des acides. Mais, fait digne (Je remarque, tandis que leur influence sur la peau est nulle, leur pouvoir caustique par rapport à la muqueuse gastrique se rapproche des acides les plus forts, et peut être comparé à celui de l'acide sulfurique. Les essences de cannelle, de bergamote et de reine des prés injectées dans l'estomac du lapin provoquent la formation d'une eschare totale, se tr aduisant par une membrane blanchâtre qui recouvre la totalité de la muqueuse gastrique.

Sous l'influence du caustique, les villosités s'allongent, une infiltration embryonnaire se forme autour des glandes et la partie superficielle de la muqueuse se sépare au bout de trois à quatre jours.

Caustiques liquéfiants. — Nous étudierons dans ce groupe les substances alcalines telles que la potasse, la soude, l'ammoniaque, la chaux, leurs composés et, en outre, l'acide arsénieux.

La causticité de ces corps est considérable. Ils désorganisent les tissus en s'emparant de leur eau de composition, se combinent aux matières grasses pour former des savons, enfin ils décomposent les matières azotées et s'unissent aux acides pour donner naissance à des sels alcalins. Ils ne coagulent pas le sang contenu dans les vaisseaux; ils possèdent même la propriété d'empêcher in vitro la coagulation du sang extrait des veines.

Leur action sur la peau est énergique, mais la cautérisation est lente et elle n'est complète qu'au bout de plusieurs heures. L'eschare est molle, noirâtre; elle est étendue, le caustique ayant tendance à la diffusion. Au

(*) Pilliet, Société de biologie, nov. 1895 et janvier 1804.

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moment de l'élimination, les vaisseaux restent béants et il n'est pas rare d'observer des hémorrhagies. La potasse caustique seule sous forme de pierre à cautère ou associée à la chaux pour constituer le caustique de Vienne trouve encore son application thérapeutique.

Les chlorures alcalins (chlorures de potassium, sodium, de calcium et d'ammonium) et aussi les chlorures métalliques à l'état de dissolution étendue ont un pouvoir caustique faible; ils donnent une eschare molle, blanchâtre qui durcit au contact de l'air, le sang reste liquide dans les vaisseaux. Ils provoquent la dégénérescence graisseuse des cellules épithéliales de la peau, du corps de Malpighi et des fibres musculaires. Cette action serait due, d'après Bryk, à la mise en liberté du chlore.

L'acide arsénicux produit également une eschare molle, il n'a d'action caustique que sur les tissus vivants. Son absorption se fait assez rapidement et peut être une cause d'intoxication.

L'action des caustiques aboutit donc toujours à la formation d'une eschare qui, au bout d'un certain temps, va être éliminée. La chute dos parties mortifiées se fait au bout de dix à vingt jours, plus rapidement à la suite de l'application des acides qu'après celle des alcalins ; tantôt les tissus se détachent par lambeaux, tantôt l 'eschare reste entière et est éliminée en bloc laissant au-dessous d'elle une plaie bourgeonnante dont la cicatrisation ne présente rien de particulier.

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LES INTOXICATIONS

Par H. ROGER

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. — Médecin des Hôpitaux

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