GO
Iode,
lodure de potassium, Eau,
Glycérine,
Bain iodo-ioduré.
Adultes.
2 gramm.
Enfants.
l gramm.
Bain aromatique.
Eau, 1,500 gramm, 1,500 gramm.
Glycérine, 500 500
Eau de Cologne, 125 75
Alcoolat de mélisse composé, 60 30
Bain térébenthiné.
Eau,
Glycérine,
Alcoolat de Fioraventi, Essence de térébenthine,
1,500 gramm.
1,500 gramm.
On doit éviter avec le plus grand soin d'inhaler la poussière de ce bain.
Bourgeons de sapin, Eau,
Bain aux bourgeons de sapin.
125 gramm.
Faire bouillir jusqu'à réduction à 1,500 grammes et ajouter
Glycérine, 500 gramm.
On préparera de même le bain de baies de genièvre.
80 gramm.
500 gramm.
Arséniate de soude,
Glycérine,
Eau,
Bain d'arséniate de soude.
0,40 gramm.
0,20 gramm.
Bain de perchlorure de fer.
Perchlorure de fer liquide à 40°, 10 gramm. 5 gramm.
Eau, 1,500 1,500
Glycérine, 500 600
Bain de sublimé.
Sublimé corrosif,
Glycérine,
Eau,
4 gramm.
0,50 gramm.
On pourra d'ailleurs préparer tous les bains glycérinés destinés à être
MEDICAMENTS EXCITANTS
administrés à L'hydrofère en remplaçant 500 grammes d'eau par 500 grammes de glycérine.
La glycérine, outre la propriété qu'elle possède de pénétrer facilement l'épiderme, est remarquable par son onctuosité; elle lubrifie et assouplit tous les tissus organiques mieux que ne pourrait le faire tout autre liquide. C'est un puissant cosmétique, et elle est appelée à rendre de grands services dans les maladies de la peau et notamment dans les formes sèches et squammeuses. Elle est très-hygrométrique, et en pénétrant la peau elle entretient son humidité; aussi convient-elle parfaitement aux strumeux et aux dartreux dont la peau, en général rugueuse, fendillée, crevassée, fonctionne mal et se prête peu à l'absorption.
Les médecins de l'hôpital Saint-Louis ont eu à se louer de l'emploi de la glycérine contre les affections de la peau les plus rebelles. On a constaté son efficacité dans l'eczéma, dans l'acné, dans le zona, dans le psoriasis et même dans l'ichthyose. A cette action purement locale de la glycérine, nous signalons aux praticiens son emploi au moyen de l'hydrofère, méthode qui nous a paru démontrer d'une manière incontestable l'absoprtion par le tégument externe. Aussi la médecine pratique trouvera-t-elle, nous le croyons, un grand profit de ce mode de balnéaton dans lequel l'action générale des substances médicamenteuses vient s'ajouter aux effets locaux et topiques si remarquables d'ailleurs par les résultats qu'ils pro duisent.
Nous devons ajouter que les bains administrés à l'hydrofère doivent être préparés chez un pharmacien. Pour les bains glycérinés, il suffira au médecin de prescrire la solution dans la glycérine; l'eau sera ajoutée au moment de l'administration du bain.
Enfin, n'oublions pas de prévenir nos confrères qu'il est important qu'ils recommandent à leurs malades de prendre leurs bains avec ou sans inhalation du liquide poudroyé, ce qu'il est toujours facile de faire en mettant la tête dans ou hors la caisse. Nous le répétons, l'absorption a lieu clans tous les cas, mais on comprend sans peine qu'elle est plus considérable lorsqu'on aspire le liquide pulvérisé.
Nous terminerons cette note par la relation des expériences qui démontrent que l'absorption par la peau a lieu dans l'hydrofère.
Le 2 mai 1862, nous avons fait bouillir un kilogramme d'asperges dans environ 6 litres d'eau; l'ébullition a été maintenue jusqu'à réduction à A litres environ; le décocté a été séparé en deux parties égales, l'une fut versée dans un bain ordinaire dans lequel le sieur X... se plongea pendant une heure et cinq minutes. Les urines examinées après et avant le bain ne présentaient aucune odeur particulière.
La seconde partie du décocté fut placée dans le bain-marie de l'hydrofère avec quantité suffisante d'eau pour compléter 4 litres. M. S..., étudiant en médecine, a soumis son corps à l'action du liquide pulvérisé à l'hydrofère. La tête fut maintenue hors de la cuve pendant toute la durée
du bain, qui dura 55 minutes. Après ce temps et une heure plus tard, les
urines de M. S présentaient l'odeur caractéristique que donnent les
asperges.
Effets physiologiques d'un air chaud et sec.
Supposons en premier lieu l'homme plongé en entier dans une atmosphère chaude et sèche dont il recevrait l'action par toute la surface cutanée et où il respirerait ; puis, pins tard, nous dégagerons la seconde condition pour ne pas compliquer le résultat d'un élément principal, savoir, la raréfaction notable de l'air et les phénomènes qu'elle détermine à elle seule; car nous ne devons étudier ici que les effets stimulants du Calorique, ceux qu'il produit sur la sensibilité et les fonctions vitales.
Que des influences quelconques internes ou externes aient porté atteinte à la faculté pyrétogénésique de l'homme, ou bien que pendant longtemps il ait été soumis à une température fort basse, comme au sortir d'un hiver froid et surtout froid et humide, et que par le fait du retour du printemps ou de procédés artificiels, il vienne à ressentir une chaleur de 15 à 20", la première impression sera celle qu'on peut le plus à juste titre nommer vivifiante. Qui ne connaît cette sensation bienfaisante, cette jouissance intime de toutes les molécules animées, cette sorte d'élargissement donné aux mouvements vitaux enchaînés, cette existence mieux sentie; et comment les décrire à celui qui ne les connaît pas?...
Il n'y a pas loin de cette excitation douce et salutaire au degré où, portée trop haut, cette action du Calorique produit des effets d'abord violents , puis bientôt nuisibles et opposés aux premiers par leurs excès même. Mais ici déjà, vient s'ajouter la circonstance fâcheuse que nous avons laissé entrevoir; car si l'on élève la chaleur à 35" R., par exemple, l'air se trouve assez notablement raréfié pour que l'imperfection de l'hématose puisse neutraliser, par l'anxiété, l'oppression et la faiblesse qu'elle amène, l'influence favorable du Calorique. Du reste, les symptômes ou plutôt les effets de ce degré de température chaude et sèche, sont ceux d'une pléthore artificielle bien prononcée.
Il est rare qu'on doive dépasser ce degré pour les besoins de la thérapeutique, et encore lorsqu'on va jusque-là, c'est plutôt dans le but de provoquer une excitation vive et générale de la peau et d'obtenir une abondante exhalation de cette surface, que dans celui d'exciter simplement l'organisme, car cet objet serait manqué et peut-être arriverait-on à un tout contraire. Mais la physiologie a d'autres intérêts et devait savoir quel degré de chaleur sèche était compatible non-seulement avec la santé, mais avec la vie; elle devait rechercher aussi jusqu'à quel point la température propre en était modifiée, et fixer le rôle que jouent les transpirations cutanée et pulmonaire, soit d'une manière absolue, soit relativement à la modération que ces opérations apportent aux effets surstimulants d'une chaleur
MEDICAMENTS EXCITANTS
extrême. C'est ce qui a été fait et très-rigoureusement fait par d'habiles expérimentateurs.
Il ne faudrait pas calculer la tolérance de l'homme pour le Calorique sur ces cas exceptionnels où des organisations, sans doute douées d'une résistance particulière, ont pu supporter pendant un assez long temps la température de fours ou d'otuves sèches chauffées à 128° R. (Tillet et Duhamel) 98° 88 cent. (Dobson). 109° 48 cent. (Berger), 127° 67 cent. (Blagden) ;car ces faits sont en quelque sorte des tours de force qui peuvent bien attester une possibilité, mais non établir une donnée générale, une loi d'où l'on doive partir pour la fixation de la mesure que nous cherchons. D'après des expériences moins exceptionnelles et faites sur l'homme et sur plusieurs animaux à sang chaud, on est en droit de conclure que ces êtres arrivent à leur summum de tolérance pour le Calorique, lorsque la température atteint 45 à 50° cent.
On peut se représenter les effets physiologiques qui en résultent en réunissant par la pensée les symptômes de l'asphyxie croissante et ceux d'une excitation s'élevant tout à coup au degré le plus violent, à l'agitation et aux angoisses les plus horribles, et s'affaissant bientôt dans la stupeur qu'on nomme faiblesse indirecte, parce qu'elle est produite par un excès de stimulation de la même manière que l'ivresse alcoolique comateuse. La diminution de pression atmosphérique a aussi une grande part aux phénomènes qui se remarquent alors. Les plus saillants portent sur la respiration, la grande circulation et la circulation capillaire.
Plusieurs conditions concourent à donner à l'homme la faculté de supporter une aussi haute chaleur dans l'étuve sèche; car nous allons voir que, dans les autres milieux, cette faculté devient de moins en inoins puissante.
Considérons d'abord que l'air chaud et sec est de tous le plus favorable à l'évaporation, parce qu'il a la plus grande capacité de dissolution de l'eau ; or nous savons combien cette évaporation soustrait de Calorique à l'économie. Voilà donc déjà une première source de modération des effets excitants d'une chaleur exagérée. Notons aussi que cette propriété de l'air sec et chaud ne s'exerce pas seulement sur la peau ; la muqueuse pulmonaire, qui est de même une surface considérable de perspiration, trouve également dans cette condition de l'air un vaste moyen d'en tempérer les effets nuisibles, et elle peut en profiter constamment, faculté qui lui est interdite dans l'air humide à une température au-dessus de celle du corps, et qui doit entier pour beaucoup dans les causes qui permettent aux animaux une si énorme tolérance de la chaleur sèche.
Quant aux pertes que subit la peau, elles sont de deux sortes; et si, à un certain degré de chaleur, l'une de ces voies d'élimination et de rafraîchissement est fermée à l'économie, immédiatement, et de la cause de cet empêchement lui-même, résulte une seconde source d'évaporation qui, dans l'air sec et chaud, mais dans celui-là seulement, supplée abondamment la
première. Ceci demande une explication aussi indispensable pour l'intelligence de ce qui précède que de ce qui va suivre.
La surface extérieure du corps est soumise, dans les pertes de fluide qu'elle subit constamment, à la puissance de deux causes ou de deux procédés dont l'un purement physique s'exerce indépendamment de toute participation de la vie, aussi bien sur le cadavre que sur l'homme qui respire : c'est la transpiration par évaporation.
L'autre est un acte vital de la nature des sécrétions, une exhalation susceptible sans doute plus qu'aucune fonction de ce genre d'être modifiée par des circonstances physiques, mais néanmoins toute du ressort de la spontanéité organique : c'est la transpiration par transsudation ou sueur, distinguée en transpiration insensible et sensible, suivant que se faisant en petite quantité elle est convertie en vapeur à mesure qu'elle est produite, ou bien qu'à cause de son abondance ou de conditions atmosphériques données, elle sé condense sous forme liquide.
La première de ces transpirations, celle qui a lieu par évaporation, ne demande pour se faire qu'un air non saturé d'humidité, et elle est d'autant plus considérable que cet air est plus chaud, plus sec et plus agité. Ce n'est pas d'elle qu'il faut entendre ce qu'on dit des suppressions de transpiration et de leurs effets nuisibles, car elle n'est pas susceptible de suppression, mais une conséquence forcée de la porosité des corps organisés, porosité telle, que les liquides pris des surfaces en contact avec Pair, diminueraient de quantité en se convertissant en vapeurs, quand même les pores ne seraient pas de nature à donner passage à une seule goutte de liquide (Edwards). La vie ou la mort, la santé ou la maladie lui sont indifférentes pour s'exercer, et elle persiste après les suppressions de cette autre transpiration par transsudation, qui, elle, subit tant de variations à titre d'action vitale subordonnée à toutes les alternatives de la sensibilité organique.
Dans un air sec et dont la température ne dépasse pas 20% la transpiration par évaporation est énorme, et n'est guère susceptible d'être égalée en quantité par la transpiration par transsudation , que lorsque celle-ci est provoquée au moyen d'un air humide dont la température soit élevée à 40° centig.
Ceci étant compris, voici ce qui arrive dans un air sec et chaud.
D'abord la transpiration par évaporation est considérable tant que la surface cutanée n'est pas enveloppée d'une couche de sueur. Lorsque celle-ci commence à couler, toutes les portions de la peau qui en sont recouvertes sont soustraites à la transpiration par évaporation, puisque cette dernière ne peut se faire à travers l'épaisseur du liquide, et qu'elle a besoin du contact immédiat de l'air avec les pores épidermiques. Si enfin la sueur ruisselle à ce point que le tégument externe en soit baigné dans tous ses points, il ne se fait plus alors de transpiration par évaporation; mais l'organisme ne périclite pas pour cela, car l'évaporation continue à se faire abondam-
MEDICAMENTS EXCITANTS
ment non plus de l'intérieur à travers les pores, mais aux dépens de la couche de sueur répandue sur la peau. Que si l'air est assez chaud et sec, que si surtout il est assez agité pour que l'évaporation de la sueur se fasse rapidement et que celle-ci ait à peine le temps de se condenser, les deux sources d'évaporation sont acquises à l'organisme, et il peutalors supporter le maximum de chaleur compatible avec la vie.
Une autre condition fort importante se réunit à celles que nous venons de faire connaître pour assurer la tolérance de la chaleur sèche, c'est celle du peu de densité du milieu. Or, on sait qu'un milieu est d'autant plus chaud, toutes choses égales d'ailleurs, le degré de température restant le même, que ce milieu est plus dense. Ainsi, l'air chaud et sec ne cède pas autant de Calorique à beaucoup près qu'un air chaud chargé de vapeur transparente, celui-ci autant qu'un air chargé de vapeur vésiculaire, et celui-ci autant qn'un bain chaud ; ces milieux, nous le répétons, élevés pourtant au même degré de température.
Transpiration pulmonaire portée à son maximum de facilité; succession et réunion de la transpiration par évaporation, et de l'évaporation de la sueur, rareté, et conséquemment, conductibilité faible du milieu pour le Calorique, telles sont donc les circonstances qui permettent à l'homme de supporter une si haute température dans l'air sec et chaud.
Pour faire comprendre quelle énorme différence apporte dans les effets de l'air chaud et sec l'influence de cette température sur les organes respiratoires et l'imperfection de l'hématose qui en résulte, décrivons ces effets sur le corps renfermé jusqu'au cou dans un appareil chauffé à 4G ou -48° cent. Nous emprunterons cette description à l'ouvrage d'un homme qui s'est spécialement occupé de l'application du Calorique et des vapeurs au traitement des maladies, et qui a fait sur ce sujet les plus nombreuses expériences.
« Lorsque le corps est renfermé jusqu'au cou dans un appareil chauffé au degré que nous avons dit, la chaleur est d'abord à peine sensible ; cependant la peau s'échauffe, le visage se colore légèrement, le pouls devient un peu plus fréquent et plus plein ; au bout d'un certain temps, une douce moiteur se manifeste ; c'est cette température, au moins poulies vapeurs sèches, qui est la plus favorable à l'absorption. A 55° cent., la chaleur est assez vive, mais très-supportable; la peau s'échauffe promptement, et s'il existe quelque écorchure, quelque bouton, on y éprouve une cuisson plus ou moins forte ; les fluides affluent à la surface ; les circulations générale et capillaire sont activées ; la peau s'injecte, se gonfle, ainsi que le tissu cellulaire sous-cutané ; le pouls est fort et légèrement accéléré ; la face est animée et la transpiration s'établit ; cette exhalation devient plus abondante après le bain, pourvu toutefois qu'elle soit favorisée par le séjour dans le lit, par les couvertures dont on s'enveloppe ou par quelques boissons tièdes. C'est à cette température que les bains secs sont le plus souvent administrés, soit qu'on n'emploie que le Calorique
seul, ou qu'on lui associe quelque médicament réduit en gaz, lorsqu'on veut légèrement exciter l'irritabilité de la peau.
« Le premier effet qu'on éprouve en entrant dans un appareil chauffé de 65 à 70° cent., est une sorte de crispation, de resserrement de la peau, auquel succède quelquefois une cuisson, prurit incommode sur presque, tout le corps, mais surtout au haut de la poitrine, autour de l'ombilic et au scrotum, qui se contracte vivement. Les mouvements du cœur sont d'abord petits et précipités, la respiration est parfois gênée; souvent la tête est lourde, embarrassée, et le front comme serré par un bandeau.
« Mais les organes profonds réagissent bientôt, et à ces phénomènes, qui sont le résultat d'une sorte de mouvement de surprise, de concentration, succèdent plus ou moins promptement : chaleur brûlante de iapeau, vitesse et développement du pouls, battement des artères temporales, quelquefois léger gonflement des veines du front. Une sueur abondante se manifeste sur toutes les parties du corps, et principalement à la tête ; la bouche est quelquefois sèche et la soif vive; on éprouve le plus souvent une légère pesanteur de tête, qui, ainsi que la sueur , persiste pendant quelques heures après le bain, dont on ne doit pas prolonger la durée au delà de vingt-cinq à trente minutes. Cette température est plus favorable à l'exhalation qu'à l'absorption ; je ne crois pas même que cette dernière puisse avoir lieu, et si dans ce cas on ajoute quelque vapeur sèche au Calorique, ce ne peut être que pour augmenter son action excitante. De tels bains ne peuvent convenir que lorsqu'on veut déterminer une puissante
dérivation au dehors, etc., etc
« Lorsqu'on n'est plongé dans le Calorique que jusqu'à la ceinture, la sueur se manifeste également sur toutes les parties du corps, et même quelquefois plus promptement sur celles qui ne sont point renfermées dans la boîte, pourvu toutefois qu'elles soient soigneusement enveloppées et préservées du contact de l'air. De cette manière, à une température très-élevée, on n'a pas à craindre les accidents qui peuvent résulter du refoulement du sang à la tête. Les circulations générale et capillaire, les fonctions de la peau, sont également stimulées. Le bain à mi-corps est toujours préférable lorsqu'on a affaire à un tempérament sanguin, à une personne irritable, ou lorsqu'on ne veut agir que sur les parties inférieures. » (Rapou, Traité de la méthode fumigatoire, t. I, p. 65.)
On voit par ce tableau que les phénomènes de stupeur, d'anxiété, d'oppression, d'asphyxie croissante dans les bains généraux de vapeur sèche, appartiennent au trouble des fonctions respiratoires, puisque ces accidents n'apparaissent plus lorsque les poumons peuvent satisfaire à l'important besoin de l'hématose, avec un air de densité appropriée à ce besoin.
Nul doute cependant que les phénomènes de stupeur par surstimulation ne vinssent succéder à ceux du redoublement d'activité de toutes les fonctions, et si l'on poussait beaucoup plus loin l'élévation de la chaleur sèche.
Une brûlure générale de la peau au premier degré finirait aussi par être produite.
Effets physiologiques d'un air chaud et humide.
Ce que nous avons dit des circonstances qui permettent à l'homme de supporter la chaleur sèche plus facilement qu'aucun autre milieu chaud, doit sans peine expliquer pourquoi la même tolérance n'existe pas pour l'air chaud et chargé de vapeur.
On voit en effet de suite, qu'un milieu, presque ou entièrement saturé de vapeur, doit se refuser à recevoir celle qui s'exhale sans cesse de la surface pulmonaire; car l'exhalation qui se fait à cette surface ne peut avoir lieu que par évaporation; il ne saurait exister là de transpiration par transsudation; la disposition des parties s'y oppose invinciblement. Voilà donc les poumons, qui habituellement déjà ne jouissent que d'un mode de transpiration, privés par la circonstance d'un air chaud et humide, de la faculté d'éliminer une forte portion de liquide, et de tempérer ainsi les effets de ce milieu. La peau sans doute n'en aura qu'une transpiration plus abondante, puisque ces deux surfaces se suppléent assez bien dans leurs fonctions d'organes exhalants; mais remarquons aussi que dans le milieu dont nous étudions l'influence, la peau se trouve presque réduite à la transpiration par transsudation, puisque le même obstacle, savoir l'excès d'humidité de l'air chaud, s'oppose à la transpiration par évaporation, pour la peau comme pour les poumons.
Le privilège de la première d'avoir à sa disposition les deux modes de la transpiration, lui est ici enlevé. Il est vrai qu'alors le seul de ces modes qui lui reste s'exerce avec une extrême abondance; mais ce n'est pas dans cette exhalation isolée et bornée à la simple déposition sur la peau d'une grande quantité de liquide, que réside le refroidissement, et par conséquent la modération des effets d'une trop forte accumulation de Calorique : ce bienfait est dû, comme nous l'avons déjà dit, à y évaporation de ce liquide aux dépens du Calorique fourni par la surface du corps, et nous en voici encore frustrés par les mêmes conditions qui empêchaient tout à l'heure la transpiration par évaporation à travers les pores de la peau. N'oublions pas d'ajouter à toutes ces considérations, déjà si défavorables, celle de la conductibilité plus considérable du Calorique par la vapeur d'eau que par l'air chaud et sec, et nous connaîtrons les raisons pour lesquelles l'homme ne peut pas supporter, dans le premier de ces milieux, le degré de chaleur qu'il supporte dans le second, et nous ne nous étonnerons pas de l'énorme distance qui en sépare l'action.
Voici, du reste, d'après l'auteur déjà cité, M. Rapou, les effets physiologiques des bains généraux de vapeurs humides :
« Dans les bains généraux de vapeurs administrés de 30 à 40", la peau rougit, sa chaleur augmente ; elle devient, ainsi que le tissu cellulaire extérieur, dans un état de turgescence et dégonflement remarquables; les
membres, et notamment les doigts, ont sensiblement augmenté de volume. Les muscles perdent momentanément leur énergie; aussi est-on incapable de serrer un petit objet avec force; les battements du pouls sont forts et précipités, les vaisseaux de la tête gonflés, la respiration difficile; une sueur abondante coule de toutes parts, etc., etc. A une douce température, la vapeur humide anime, épanouit la peau, sollicite une légère transpiration et produit une détente générale, un effet calmant. » {Op. cit.)
Il est inutile de dire que les inconvénients attachés au bain de vapeur humide seront éloignés par la précaution de ne se plonger dans ce bain que jusqu'au cou. Il pourra alors être porté sans danger à une température beaucoup plus élevée.
Effets physiologiques du bain chaud.
Ils sont ceux des bains de Calorique sec ou humide, administrés par encaissement jusqu'au cou, plus ce qui resuite de la densité beaucoup plus considérable du milieu, ce qui rend la tolérance pour ce mode d'application du Calorique moins facile, puisqu'un bain chaud à 35° cent, est presque le maximum auquel on puisse atteindre. D'ailleurs toute évaporation cutanée est ici impossible, excepté sur les parties qui sont hors de l'eau. Les congestions pulmonaires et cérébrales, et tout ce qui s'ensuit, sont plus qu'aucun autre phénomène les résultats du bain chaud; c'est ce qui rend ce moyen rarement applicable. La sueur y est plus abondante que dans tous les bains de Calorique, dont nous avons jusqu'ici examiné les effets.
Nous avons répété bien des fois dans ce chapitre que les mammifères non hibernants avaient le pouvoir de conserver une température indépendante des milieux environnants, et qu'exposé à une chaleur plus élevée que la sienne propre, le corps de l'homme restait néanmoins entre 36 et 37° cent. Cette assertion est vraie d'une manière générale et dans de certaines limites; car MM. Delaroche et Berger ont constaté sur eux-mêmes et sur des animaux à sang chaud, que sous l'influence de la plus forte chaleur compatible avec la vie, la température organique pouvait au maximum s'accroître de 7 à 8° cent. Est-ce une communication toute physique du Calorique extérieur, à une espèce d'équilibre qui, à un degré de chaleur donné, commence à s'établir entre les corps bruts et les corps vivants, qu'est due cette augmentation de température des derniers? ou bien les actions organiques développées par le Calorique, cet agent si essentiel et si puissant d'excitation, deviennent-elles capables de produire une somme plus considérable de chaleur? Nous préférerions nous arrêter à cette dernière manière de voir, car la première ne saurait être admise sans entraîner l'idée que la vie a assez perdu de son empire, pour que le corps éprouve un commencement de retour vers le règne inorganique, ce qui serait attesté par sa propriété d'équilibrer sa température avec les corps bruts environnants.
MÉDICAMENTS EXCITANTS
Or les courageux expérimentateurs qui se sont soumis à des degrés de chaleur capables d'élever leur propre température de 7 à 8°, n'ont ressenti de ces épreuves aucune incommodité durable, et leur santé n'en a pas souffert d'atteinte, innocuité qu'on ne peut concevoir en songeant à quelle période d'altération aurait dû parvenir leur économie, si elle s'était tant approchée des lois qui régissent la matière inanimée.
Il faut aussi rejeter le concours de ces deux causes pour expliquer le phénomène dont il s'agit, puisque ces causes s'excluent mutuellement et que l'existence d'un abaissement considérable des actions vitales ne saurait avoir lieu en même temps qu'un fait qui les suppose notablement exaltées, et réciproquement. Si notre explication a quelque fondement, il en résulte un nouvel embarras pour les physiologistes qui placent la source des neuf dixièmes de la température propre des animaux dans l'acte de la respiration ; car un air assez échauffé (88° cent, dans les expériences de Berger) pour produire le surcroît de chaleur organique que nous avons noté, est bien rare et bien insuffisant pour satisfaire convenablement aux besoins de l'hématose.
Cet accroissement dans la température propre de l'homme exposé à une chaleur excessive, persiste quelque temps après l'action de celle-ci, et cela sert peut-être à comprendre ce fait, savoir, qu'au sortir d'une atmosphère rendue artificiellement si chaude, on peut sans impression désagréable et sans inconvénient affronter un air frais et même le bain froid, le bain de neige, comme le pratiquent les Russes et les Finlandais, impressions qui seraient tolérées bien plus péniblement et avec bien plus de risques, l'organisme ne possédant que sa somme ordinaire de Calorique. Mais il ne faut pas s'autoriser de ce fait pour négliger les précautions nécessaires au sortir d'un bain chaud ou d'un bain de vapeurs, car l'économie n'acquiert guère le privilège dont nous venons de parler qu'à des degrés de chaleur que la thérapeutique utilise bien rarement.
Les effets consécutifs des bains de vapeurs et des bains chauds à des températures excessives sont toujours débilitants autant par les pertes considérables qu'on y éprouve que par la sédation spontanée ou la faiblesse indirecte qui suit toutes les fortes excitations. Il est fort important en thérapeutique de bien se rappeler que si l'action exagérée du Calorique est immédiatement très-excitante, elle est aussi le moyen le plus sûr d'amener consécutivement une grande atonie dans les parties qui y ont été exposées, et que c'est tout le contraire pour l'application du froid. Il suffit, pour en être convaincu, d'examiner le peu de vitalité de la peau de tous les individus dont les professions exigent l'exposition d'une partie ou de tout le corps devant des foyers, des forges, des fourneaux embrasés, etc. Nous aurons souvent dans la suite occasion de tirer parti de cette observation et d'en développer toutes les applications. Qu'il nous suffise ici de l'avoir signalée parmi les effets physiologique du Calorique.
2° Nous ne voyons pas la nécessité de décrire les modes divers d'application du Calorique pour produire l'excitation locale ou la fluxion. La plu-
pari sont d'un emploi domestique et vulgaire. Si quelque particularité sur leur application se présente à noter, nous le ferons sans inconvénient, en traitant des Médications révulsive et topique irritante.
3° Bien que nous ayons étudié avec importance, dans une section de la Médication irritante, toutes les indications thérapeutiques qui peuvent être remplies au moyen des épispastiques et des caustiques, nous ne pensons pas être obligés d'entrer dans l'exposition détaillée des modes d'application du cautère actuel et des moxas. Cette description appartient aux traites de petite chirurgie et pourrait paraître déplacée ici. Nous supposons ces pratiques connues de nos lecteurs. Bien souvent en médecine, lorsque toutes les indications susceptibles d'être satisfaites par la direction des choses non naturelles et l'administration des agents de la Matière médicale sont épuisées, le praticien est obligé de se réfugier dans les moyens chirurgicaux et de s'armer du fer et du feu. On sent pourtant, et de reste, qu'un traité de Thérapeutique médicale est dispensé de décrire ces moyens, malgré leur appropriation à des cas de pathologie interne. C'est pour cette raison aussi que nous ne décrivons pas la phlébotomie ni les autres manières d'évacuer le sang, bien que les évacuations sanguines soient une des ressources les plus générales et les plus puissantes de la thérapeutique, et que nous ayons consacré un chapitre fondamentel à l'étude de l'influence des indications et des contre-indications de cette médication.
Cependant, bien que nous ne devions pas nous occuper ici du Calorique comme agent de moxibustion, nous ne pouvons pas néanmoins nous empêcher de dire un mot du Calorique employé dans le but de produire une vésication extemporanée.
On a imaginé des moyens multipliés pour communiquer à la peau une chaleur telle qu'il survienne une vésication. Les uns se servent du cautère objectif, les autres enflamment sur la peau un peu de poudre à canon préalablement mouillée, façonnée en trochisque et séchée. M. Pigeaux se sert d'une rondelle de linge en plusieurs doubles, qu'il imbibe d'alcool et qu'il enflamme; mais l'eau bouillante et ce que l'on appelle le marteau d'eau sont tous les jours mis en usage pour produire la vésication. Le premier de ces moyens est du domaine public depuis bien des siècles; le deuxième a été conseillé pour la première fois, nous le pensons, par M. Mayor, de Lausanne.
Il faut bien s'entendre sur le but que l'on se propose avec l'eau chaude. Si l'on veut à tout prix exciter vivement la sensibilité engourdie, comme dans certaines apoplexies, on projette de l'eau sur les jambes du malade, et si la brûlure va au delà des bornes de la vésication, on n'y attache aucune importance. Pourtant nous ne concevons guère les façons d'agir de ces médecins qui, dans le but de guérir un malade, risquent de déterminer une lésion très-grave et qui peut compromettre plus tard la vie de ceux qu'ils ont sauvés d'un premier danger. Nous nous rappelons à ce sujet l'histoire d'une jeune dame qui, au moment d'accoucher, fut prise de convulsions qui furent, comme d'habitude, suivies de stupeur. L'accoucheur
MÉDICAMENTS EXCITANTS
appliqua des sinapismes, qui restèrent en contact avec la peau pendant toute une nuit. Au point du jour, l'accouchée revint à elle; on ôta alors la moutarde. De graves accidents locaux survinrent, et des escarres se manifestèrent au cou-de-pied et au poignet : les tendons furent dénudés, et la malade faillit mourir du remède après avoir échappé à l'éclampsie.
Si l'on considère maintenant que les vésicatoires avec l'eau bouillante sont surtout appliqués aux extrémités inférieures, et que les maladies comateuses s'observent surtout dans un âge avancé, on comprendra coinbien il est essentiel de ne pas occasionner des plaies aux jambes, qui peuvent ne pas guérir et laisser d'incurables infirmités.
On sait assez mal, ou pour mieux dire on ne sait pas du tout à quel degré le Calorique peut produire la vésication. Il suffit pourtant de jeter un coup d'œil sur les brûlures, pour comprendre que la température de l'eau fait varier singulièrement les effets du Calorique. La brûlure, nous le savons tous, a trois degrés, la rubéfaction, la vésication, l'escarrification. Le troisième degré peut consister tantôt dans une mortification qui envahit toute l'épaisseur, ou seulement la superficie du derme; le deuxième degré exclut l'idée de mortification, et la vésication seule est produite avec l'ulcération et les sécrétions morbides qui en sont la conséquence.
Si maintenant on songe un instant au mécanisme des brûlures faites avec l'eau bouillante, on ne tarde pas à être convaincu que l'escarrification de tout le derme a lieu là où le flot du liquide bouillant est tombé; que la mortification superficielle s'observe dans les points qui ont été à peine touchés par l'eau bouillante, et sur lesquels le liquide, privé d'une partie de sa température, a coulé; qu'enfin le deuxième degré de la brûlure est produit par l'eau, qui, en traversant les vêtements, a perdu beaucoup de chaleur, ou qui n'a atteint les tissus qu'après avoir, chemin faisant, causé des brûlures au troisième degré. Cette simple observation aurait dû à tout jamais ôter aux médecins l'idée de se servir de l'eau bouillante pour produire la vésication.
Il fallait élucider cette question, et nous avons entrepris une série d'expériences peu nombreuses, mais décisives pourtant, qui nous permissent de constater le degré de température nécessaire pour produire la vésication.
Le marteau de Mayor nous a parfaitement servi pour cela, et les expériences ont été faites sur des malades atteints d'affections qui réclamaient l'emploi de moxas.
On sait en quoi consiste le marteau de Mayor. On trempe un marteau emmanché de bois dans de l'eau bouillante; l'ébullition s'arrête un instant, à cause de l'emprunt de Calorique que le métal fait au liquide. Au bout de quelques instants, l'eau recommence à bouillir, et par conséquent la température est en équilibre; on enlève alors le marteau, que l'on applique immédiatement sur la pêau. La douleur est vive, et quand
CALORIQUE. i$3
on enlève le marteau, on trouve la peau décolorée et comme enfoncée. Il y a une véritable escarre, et pourtant le fer cède et perd rapidement son Calorique.
Si le marteau a été mis dans l'eau à 80° centigrades, et qu'il soit d'un certain volume, il fait encore une escarre; à 70", il cause presque immédiatement une phlyctène, et il semble au premier coup d'oeil que l'effet désirable soit obtenu; mais quand l'épiderme est détaché, on aperçoit une espèce de fausse membrane, qui n'est en définitive qu'une couche superficielle du derme mortifié.
N'était-il pas évident que l'on devait produire une escarre toutes les fois qu'on appliquait à la peau un corps capable de céder au sang des vaisseaux capillaires du derme une quantité de Calorique capable de coaguler l'albumine; car on sait que cette coagulation a lieu à 70° centigrades ?
Or l'albumine coagulée n'est plus viable, et, corps étranger, elle devient une véritable escarre.
La question était de savoir si, au-dessous de 70° centigrades, il n'y aurait pas désorganisation de quelques-uns des éléments du derme. C'était encore à l'expérience de prononcer. On a vu que, en prenant d'abord 100° pour premier terme d'expérience, nous étions descendus à 70°. Nous résolûmes alors de commencer au terme extrême de 50° centigrades, et de remonter vers 70° pour trouver le degré précis auquel l'irritation produite par le Calorique devait déterminer la vésication, et rien que la vésication.
A 50°, le marteau causait de la rubéfaction, qui persistait quelquefois pendant une heure, si l'on avait laissé le marteau jusqu'à ce qu'il fût en équilibre avec la paau. L'impression était un peu douloureuse. A 55°, la douleur était très-vive, la rubéfaction persistante, et si, lorsque le premier marteau est un peu refroidi, on en applique un autre à la même température, il ne tarde pas à se former une bulle, et le derme n'est pas altéré. A 60°, la douleur est très-vive, et supportable par presque tous les malades; une seule application du marteau détermine la vésication, mais si l'application est renouvelée, il y a une escarre superficielle : à plus forte raison le même effet se produit-il à 63°. Il ne faut pas s'étonner qu'une escarre se forme lorsque, pendant plusieurs minutes, on a appliqué à la peau une température de 65°, car si l'albumine ne se coagule qu'à 70°, il n'en est pas de même de la fibrine, qui se condense à une température beaucoup moins élevée.
Nous nous résumons. L'application du marteau de Mayor, à d00, 90, 80 et même 70°, produit une escarre. L'application répétée à 65° mortifie superficiellement le derme, mais produit toujours la vésication; entre 55 et 65°, on a vésication, le plus ordinairement sans mortification.
Il y a loin, comme on voit, des 55 ou des 60° à 100° qui étaient conseillés jusqu'ici, et l'on conçoit aisément combien était déplorable cette manière d'appliquer des vésicatoires avec de l'eau bouillante que l'on versait sur la partie, ou bien encore, ce qui n'était pas moins grave, avec
MÉDICAMENTS EXCITANTS
un mouchoir plié en plusieurs doubles, trempé dans l'eau bouillante appliqué sur la peau. Que d'accidents par cette fatale méthode ! Et certes, si le plus souvent les médecins n'avaient pas usé d'un pareil remède pour des mourants qui n'étaient pas rappelés à la vie, ils auraient pu en apprécier les terribles conséquences.