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EXCITANTS SPÉCIAUX

OU DONT L' ACTION SE MANIFESTE PAR L'EXCITATION PLUS SPÉCIALE D'UNE OU DE PLUSIEURS FONCTIONS.

SUDORIFIQUES

OU MÉDICAMENTS DONT L'ACTION EXCITE PLUS SPECIALEMENT L'EXHALATION CUTANÉE.

Nous plaçons cette subdivision des agents excitants spéciaux immédiatement après le Calorique, parce que celui-ci, appliqué suivant certaines manières que nous avons décrites, est le plus puissant des sudorifiques, celui qui est la première condition d'action des moyens médicamenteux que nous allons indiquer. Il ne sera donc pas question ici de toutes les ressources qu'a le thérapeutiste à sa disposition pour augmenter l'exhalation cutanée, car il faudrait exposer en tête l'exercice du corps au milieu d'une atmosphère chaude, une marche précipitée sous un soleil du mois de juillet, le séjour dans une étuve, le bain de vapeurs, etc. ; mais seulement des substances médicamenteuses ou des agents de la matière médicale, que l'expérience a plus particulièrement désignés comme portant leur action vers la peau en tant qu'organe exhalant.

On a voulu autrefois, sans que nous puissions dire d'après quelles raisons et dans quel but, distinguer les médicaments qui portent à la peau en diaphorétiques et en sudorifiques, réservant aux premiers le pouvoir limité d'activer l'exhalation cutanée jusqu'à la transpiration insensible inclusivement; attribuant aux seconds la faculté plus énergique d'élever cette exhalation jusqu'à ce point que, condensée à la surface de la peau et revêtant l'état liquide, elle y prenne le nom de sueur. Il n'y a là que des degrés, mais aucun fondement à une distinction raisonnable et naturelle.

Les remèdes sudorifiques se rencontrent dans les trois règnes de la nature. Le règne minéral nous fournit le soufre et surtout l'antimoine et leur? préparations-, mais comme c'est moins à titre de sudorifiques qu'à

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relui d'agents spéciaux contre certains états morbides, que ces deux importantes substances sont utiles au médecin, tout ce qui leur est relatif sera traité sous leur nom, lorsque nous arriverons aux classes d'agents dans lesquels nous avons cru devoir les ranger.

Quant aux plantes, on peut dire que toutes celles qui ont passé sous nos yeux sont sudorifiques, quand on prend chaudes leurs infusions ou leurs décoctions, et que la peau est dans des conditions anatomiques et physiologiques qui permettent la sueur. L'angélique, parmi les ombellifères aromatiques; la sauge, parmi les labiées ; la serpentaire de Virginie, la contrayerva, parmi les excitants exotiques, possèdent plus particulièrement cette vertu. Le vin rouge chauffé et uni à quelques substances aromatiques est aussi un très-puissant sudorifique.

Dans le règne animal, le musc, le castoréum, etc., sont, depuis leur découverte, réputés alexipharmaques et sudorifiques, mais leurs propriétés antispasmodiques plus énergiques et plus souvent mises à profit, leur ont assigné une autre place. De tous les agents que fournit ce règne à la Médication excitante sudorifique, le plus puissant est sans contredit l'ammoniaque et quelques-uns de ses sels, l'acétate, le carbonate, par exemple. On trouvera leur histoire à l'article Ammoniaque.

Restent certaines substances dont les qualités excitantes sont plus propres que celles qui nous ont occupés jusqu'ici, à produire la stimulation spéciale dont nous étudierons plus tard les indications et les contre indications, comme se rattachant à celles de la Médication excitante générale. Maintenant, pour nous conformer au plan que nous nous sommes tracé dans cette partie de l'ouvrage, nous n'avons qu'à faire connaître ces agents spéciaux sous le rapport de la Matière médicale.

BOIS SUDORIFIQUES

MATIÈRE MÉDICALE

On désigne sous le nom de Bois sudorifiques la réunion des racines, bois et écorces exotiques suivantes :

1° Le Gaïac, Gajacum officinale, arbre qui croît principalement à Saint-Domingue et à la Jamaïque, appartient à la famille des Rutacées, tribu des Xanthoxylées ou Zygophyllées.

On emploie le bois, l'écorce et la racine de cet arbre.

Le bois de Gaïac [Lignum guajaci, lignum sancium) est, dans le commerce, en grosses bûches, recouvertes quelquefois de leur écorce qui est grise, compacte, résineuse, de saveur amère, présentant à sa surface interne une infinité de petits cristaux brillants, probablement d'acide benzoïque. Le bois lui-même est très-dur, très-pesant,

composé d'un cœur brun verdâtre, et d'un aubier jaune, moins compacte, sans odeur, si ce n'est quand on en biûle la ràpure (rasura ligni guajaci). Voici, suivant Tromsdorff, la composition du bois de Gaïac : résine particulière abondante, résine particulière en petite quantité, soluble dans l'ammoniaque; matière extractive; extractif muqueux.

L'écorce a une composition analogue.

C'est la résine de Gaïac qui est la partie active de ces deux substances.

Tisane de Gaïac.

Pr. : Bois de Gaïac râpé, 32 à 250 gram. Eau, 1000

Faites bouillir jusqu'à réduction de moitié, passez.

MÉDICAMENTS EXCITANTS

Extrait de Gaïac.

Pr. : Bois de Gaïac râpé, 1 part.

Eau distillée, 10

Préparez par décoction, décantez, et évaporez en consistance, d'extrait.

On prépare aussi un sirop de Gaïac avec 1 partie de Gaïac râpé et 4 parties de sirop simple.

Teinture alcoolique de Gatac.

Pr. : Bois de Gaïac, 1 part.

Alcool à 66° (21° Cart.), 8

Faites macérer pendant huit jours, passez avec expression et filtrez.

La résine de Gaïac {résina gnajaci) suinte spontanément ou à l'aide d'incisions de la partie corticale. Elle est en masses irrégulières, friables, demi-transparentes, d'un brun verdâtre, d'une saveur acre et prenant à la gorge, brûlant en donnant une odeur benzoïque agréable. Elle est soluble dans l'alcool, peu soluble dans l'eau, insoluble dans les huiles fines. Brandes la regarde comme une résine de nature particulière, qu'il appelle Gunïacine.

La résine de Gaïac du commerce est, d'après Buchner, composée de : résine ou guajacine, gomme, extractif, impuretés.

Elle estemployée en médecine sous forme de poudre, de pilules ou de potion; dans ce dernier cas, on la divine au moyen d'un mucilage ou d'un jaune d'œuf.

Émulsion de la résine de Gaïac (Cnllen). Pr. : Résine de Gaïac, 50 cent, à 1 gram.

Gomme arabique, 4 Eau. 125

Teinture alcoolique de résine de Gaïac.

Pr. : Résine de Gaïac, 22 gram.

Tafia, 300

Concassez la résine, faites-la digérer dans le tafia pendant quinze jours. Cette teinture est le remède des Caraïbes, si vanté pour la goutte.

Savon de résine de Gaïac.

Pr. : Résine de Gaïac, 1 part.

Savon médicinal, 2 Alcool à 88° (31° Cart.), q. s.

Faites dissoudre, filtrez et évaporez en consistance pilulaire.

La même préparation, faite avec parties égales de résine et de savon qu'on fait dissoudre dans l'alcool rectifié, constitue la mixture résino-savonneuse de Plenck.

2° Salsepareille. On connaît sous ce nom les racines de plusieurs espèces du genre Smilax (famille des Asparaginées, lesquelles sont tontes originaires de l'Amérique méridionale.

11 en faut distinguer au moins trois sor-

tes commerciales : 1° la Salsepareille officinale; 2° la Salsepareille rouge; 3° la Salsepareille caraque. On p<nit négliger : 1° la Salsepareille de la Véra-Cruz (Guib.i; 2° la Salsepareille du Brésil, dite à tort de Portugal; 3° la Salsepareille ligneuse, et 4° la Salsepareille blonde de Tampico, parce qu'elles sont rares et inusitées.

Salsepareille officinale, appelée aussi S. de Honduras. Cette espèee doit être probablement rapportée au Smilax officinalis de Hnmboldt, puisque ce savant botaniste ne parle pas du Sm. sarsaparilla ou sal~ suparilla, auquel on l'attribue communément.

Le Smilax officinalis (H.), comme ses congénères, est une plante dioïque, à tige sous - frutescente , munie d'aiguillons, à feuilles ovales-oblongues, acuminées, cordi formes , coriaces , glabres et portant 5-7 nervures.

Les racines, gui sont seules usitées, sont fibreuses, longues de plusieurs pieds, de la grosseur d une plume d'oie, cylindriques, flexibles et cannelées longituriinalement à cause du retrait qu'a subi, par la dessiccation, la couche, herbacée de l'écorce, l'épi— derme censervant à peu près ses dimensions.

Cet épiderme est cendré lorsqu'il est dépouillé de l'humus noirâtre qui le recouvre souvent. L'écorce intérieure est d'un blanc rose et séparée du méJitullium blanc par une ligne rose plus prononcée.

L'odeur de cette ratine est presque nulle. Sa saveur mucilagineuse et amère appartient à l'écorce, ainsi que l'a fait voir Richard Barthley; la partie médullaire est simplement amylacée, et de plus inerte, suivant le docteur Pope.

Le principe actif de la Salsepareille officinale, comme des autres espèces, est un corps neutre, en cristaux rayonnés, inodore, incolore, d'une saveur àcre et amère. Légèrement soluble dans l'eau, à laquelle il communique la propriété de mousser, il se dissout dans l'alcool mieux à chaud qu'à froid.

Thubœuf lui a imposé le nom deSalseparine, qui semble devoir être consacré, puisqu'il l'obtint le premier à l'état de pureté.

Cependant c'est la même substance qui avait été autrefois découverte presque en même temps par Folehi, dont elle reçut le nom de Smilacine, et Palotti, qui l'appela Parinline.

Les autres matières iso'ées dans la Salsepareille sont une huile volatile, une résine âcre et amère, une matière huileuse, de l'extractif, de l'amidon en forte proportion et de l'albumine.

L'histoire chimique de la Salsepareille ofiicmale convient aux deux espèces suivantes.

Salsepareille rouqe, dite de la Jamaïque. Ses racines, plus souples et plus faciles à fendre que celle des autres Salsepareilles,

BOIS SUDORIFIQUES

ne sont pas chargées de terre et présentent un épiderme d'un rouge orangé caractéristique, bien qu'il soit qiielquelois gris ou blanchâtre sur les mêmes souches.

Cet'e espèce est très-bonne; on ne sait pas précisément à quel Sinilax il faut l'attribuer.

Salsepareille caraque. Elle vient en troisième lieu sous le rapport de l'efficacité. Ses racines sont d'un gris pâle, un peu rougeâlres à l'extérieur, et souvent chargées de faisceaux et librilles ou chevelu. Le méditullium esl très-blanc.

11 existe une variélé dont les racines sont très-courtes, flexueuses et difficiles à fendre.

La Salsepareile caraque est peut-ëire fournie par le Smilax syphilitica. Jusqu'ici les praticiens qui avaient le plus employé la Salsepareille eonseillaienl les longues infusions, les décoctions ou macérations trèsrapprnehées de cette racine sudorifiqun, regardant cette manière de l'aire et d administrer comme la plus avantageuse d;ins les maladies chroniques, où l'on a besoin de porter énergiquement à la peau.

Depuis quelque temps, plusieurs pharmaciens distingués ont pensé autrement. Ils prétendent qu'une décoction ordinaire ou qu'une infusion peu prolongée sont préférables à l'ancien procéilé, consistant en de très-longues ébullitions et des décoctions très-concentrées. MM. Mérat et Lens se sont élevés contre ces derniers, et continuent à recommander la vieille manière de faire, et ils en appellent pour cela à l'expérience bien acquise des avantages que, dans le traitement de syphilis constitutionnelles, on retire des forti s décoctions de Salsepareille, ainsi que des sirops sudorifiques de Cuisinier, de Mittié, etc., de la tisane de Feltz, du rob de Laffeeteur, etc. Ils ajoutent qu'en se conformant à la nouvelle méthode conseillée par MM. Guibourt, Soubeiran, Pelletier, il faudrait faire prendre aux malades d'énormes quantités de tisane de Salsepareil e, ce qui fatiguerait beaucoup leur estomac. Cette dernière fin de non-recevoir est moins valide que la première, à laquelle nous souscrivons; car si, comme le pensent les habiles pharmacologistes cités plus haut, la simple décociion est préférable à celle qui est très rapprochée, elle doit, avec la même quantité, produire des effets semblables et même plus marqués.

Quoi qu'il en soit, les préparations de Salsepareille les plus employées sont : la décoction faite avec 60 grammes (2 onces) pour 1000 grammes (2 livres) d'eau, et réduction au tiers, et le sirop de Cuisinier, qui se compose des quatie bois sudnrifiques, additionnés à d'autres substances. On prend la première à la dose de 500 à 1000 gramm. (1 demi-litre à 1 litre"; par jour, et le second a celle de 00 à 1 20 grammes (2 à 4 onces), pur, ou plutôt servant à édulcorer la décoction ou toute autre boisson sudorifique. Nous ne parlons pas de l'administration de la Salsepareille en poudre ou en extrait,

parce que ces formes sont peu usitées et ne valent pas les précédentes.

3° La Squine , Radix Chinx, smilax Chinœ. Arbuste sarmenteux delà même famille que la Salsepareille dont il est trèsvoisin, croissant comme elle dans l'Amérique méridionale et aussi en Chine. On se sert de la racine, qui est de la grosseur du poing, ligneuse, lourde, noueuse, dense, assez dure, recouverte d'une écorce lisse d'un rouge brun, intérieurement d une teinte plus foncée. Elle est sans odeur et d'un goût âpre. On l'emploie en décoction comme la précédente, mais rarement seule et presque toujours associée aux autres racines sudorifiques.

4° Le Sassafras. Laurus sassnfr as. Radix et Cori<x sassafras. Arbre de la famille des Laurinées, originaire de l'Amérique du Nord. On emploie le bois, l'écorce et la racine. L'écorce est d'un rouge brun, d'une ligne d'épaisseur, ta< hetée ça et là par des îlots O'épiderme grisâtre. Elle est spongieuse à l'extérieur, lisse à l'intérieur; son odeur est violente et aromatique, sa saveur forte et piquante. Le bois est grisâtre, léger, à veinures concentriques. Son odeur est agréable, sa saveur presque nulle. Il rougit par le contact de l'acide nitrique, qui est, comme on l'a dit, sa pierre de touche. Ce sudorifique est plus énergique que la Squine. Il n'est guère employé que conjointement avec les trois précédentes ou l'un d'eux. Son infusion, qui est le meilleur mode d'administration, se fait avec 30 à fiO grammes (1 à 2 onces) du bois pour 500 à 1000 grammes (1 à 2 livres) d'eau. On en retire une huile essentielle employée à la dose de quelques gouttes.

On trouvera aux chapitres des Médicaments altérants et de la Médication altérante un grand nombre de considérations applicables aux Bois sudorifiques que nous venons de décrire, car les Bois dits sudorifiques sont aussi quelquefois utiles, non pas en déterminant une pliis abondante exhalation cutanée, mais en modifiant la nutrition d'une manière lente et générale, indépendamment de la production de toute évacuation par la peau ou par toute autre voie. Il arrive aussi assez souvent que ces Bois sudorifiques ne manifestent pas leur action sur la peau par une plus grande activité de ses fonctions perspiraloiri s, mais en déterminant à sa surface diverses éruptions qui sont quelquefois le but de la médication. Ils agissent alors comme de véritables dépuratifs, et noos aurions pu ici placer les agents qu'on désisneordinairement sons ce nom ; comme aussi ceux dont il vient d'être question auraient pu figurer à côté de la bardane, de la patience, etc. Pourtant les cas spéciaux dans lesquels les uns et les autres sont employés et le but qu'on se propose en général "en les prescrivant, nous ont autorisés à les séparer.

Les Solanées non vireuses ont bien aussi

MÉDICAMENTS EXCITANTS

quelques droits à la propriété sudorifiqiie ; air^i, la morelle noire, Solarium nigrum, peut au besoin servir à ce titre, et mieux encore la clouce-amère, Solanumdulcamara.

Cette dernière surtout a joui d'une grande réputation dans le traitement dt-s maladies chroniques de la peau, principalement chez les enfants, et ce n'est pas sans quelque fondement. Elledéterminedes picotements, des démangeaisons à la peau, diverses éruptions, etc., une perspiration plus abondante de la surface cutanée. Ces plantes ont été décrites à la suite des Solanées vireuses. On se rappellera qu'elles ont, quoique très-faibles, une action stupéfiante sur le système nerveux.

Nous ne ferons que mentionner, pour compléter notre section des excitants sudorifiques, la Canne de, Provence, Arundo donax, de la famille des Graminées. C'est un des sudorifiques les plus usités dans la médecine domestique pour faire passer le lait des nouvelles accouchées. Bien que, dans ce cas, un état incessamment diaphorétique

de la peau soit une très-utile condition de guérison, nous pensonsqued'aulres émonctoires sont plus appropriés que le tégument externe aux évacuations alors nécessaires.

Le roseau à balais, Arundo phragmites, de la meme famille que le précédent : la racine du Dompte-venin Asclepias vihceloxicum, de la famille des Apocynées; celle de l'Asclépiade tubéreuse, Asclepias tuberosa, de la même famille; l'Astragale sans tige, Aslragalus escapus, de la famille des Légumineuses; le bois de Santal rouge, Pterocarpussantalinus, arbre de la famille précédente; la Scaliieuse, Scabiosa arvensis et S. succisa, de la famille des Dipsacées; les feuilles deCassis, Ribes nigra,ûe la famille des Ribesiés: la racine du Scorsonère, Scorsonera hispnnien .deceile des Synanihérées, les pétales de l'Œillet rouge, bianthus caryophyllus, etc. Le sirop de ce dernier sert souvent à éduleorer des potions excitantes qu'on prescrit pour déterminer un mouvement vers la peau.

DIURÉTIQUES,

OU MÉDICAMENTS DONT L'ACTION EXCITE PLUS SPÉCIALEMENT LA SÉCRÉTION URINAIRE.

Dans toutes les classes d'agents thérapeutiques pris dans la Matière médicale ou hors d'elle, on trouve de nombreux moyens d'augmenter la sécrétion des reins; mais ici, comme pour les sudorifiques, nous ne sommes tenus d'indiquer que les substances excitantes qui, par une sorte d'élection, sollicitent plus particulièrement la fonction uropoiétiqûe. Le but et la raison de cette médication spéciale, les cas où elle est applicable, les conditions qui en favorisent le succès, celles qui en annulent les effets ou la contre-indiquent, sont autant de considérations qu'on trouvera distribuées à leur place naturelle, dans plusieurs médications, principalement X excitante et Yantiphlogistique, etc.

La plupart des substances diurétiques, celles surtout que fournit le règne végétal, jouissent d'une propriété sédative assez marquée sur le centre circulatoire, dont elles ralentissent les mouvements. Il faut tenir compte de ce fait important lorsqu'on recherche les indications de la Médication diurétique, de même qu'à propos de la Médication sédative on doit songer à la propriété diurétique d'un grand nombre des agents de cette médication. Ainsi, le froid est le plus puissant des sédatifs, et il est un des diurétiques les plus actifs, les moins inconstants, etvice versa. Les diurétiques de la Matière médicale, la digitale, par exemple, sont aussi des sédatifs assez puissants. L'honneur des classifications souffre sans doute de cette multiplicité de propriétés appartenant au même agent, mais nous ne saurions en être responsables, et il serait injuste d'exiger une grande rigueur

DIURETIQUES. 589

de classification en présence de matières qui laissent un si vaste champ à l'arbitraire et aux manières de voir.

Le règne minéral fournit d'assez nombreux diurétiques. Tous sont des sels à base de soude ou de potasse. Ce qu'ils ont de plus remarquable, c'est leur nullité d'action en tant qu'excitants généraux. Ainsi, qu'ils augmentent ou non la qualité des urines, jamais ils n'activent primitivement la chaleur animale, jamais ils n'accélèrent la circulation, etc. On les voit bien, à défaut de diurèse, produire l'exagération de quelque autre fonction sécrétoire ou exhalante, mais non pas, nous le répétons, les phénomènes qui attestent une stimulation générale, à moins qu'ils ne soient administrés à très-hautes doses ou dans des conditions phlogistiques de l'organisme. Ils sont plutôt propres à la combattre. Nous ne parlons pas des effets toxiques que peuvent déterminer de grandes quantités de ces sels. Ce sont X azotate de potasse, les sous -carbonate, bicarbonate, et acétate de potasse et de soude.

Le règne animal ne nous offre à étudier qu'un seul diurétique, c'est l'Urée.

L'Urée, Urea, est un principe immédiat contenu dans l'urine de l'homme et des mammifères. Elle a été découverte par Rouelle, en 1773, mais impure. C'est Fourcroy et Vauquelin qui lui ont donné son nom. MM. Berzelius et W. Prout l'ont enfin obtenue pure et incolore. Elle est alors sous la forme de longs cristaux lamelleux, aiguillés ou prismatiques, incolores, brillants, nacrés, inodores, d'une saveur fraîche, piquante, ne rappelant nullement celle de l'urine. Elle ne s'altère pas à l'air, est très-soluble dans l'eau et l'alcool ; la vapeur qu'elle répand lorsqu'on la jette sur des charbons ardents est fortement ammoniacale. On l'obtient en traitant par l'acide azotique l'urine réduite à consistance sirupeuse. \\ se précipite de l'azotate acide d'Urée, qu'on décompose par le carbonate de plomb. L'Urée mise à nu est alors dissoute dans de l'alcool qu'on fait évaporer jusqu'à formation de cristaux. Ceux-ci sont ensuite décolorés par le charbon animal, et constituent l'Urée que nous venons de décrire.

M. Wœlher a le premier obtenu l'Urée artificielle en traitant une dissolution de cyanate de potasse par une solution de sulfate d'ammoniaque, en évaporant seulement à siccité et reprenant par l'alcool qui dissout l'Urée.

Cette substance s'administre, d'après MM. Ségalas et Fouquier, en solution, dans de l'eau distillée et édulcorée, depuis la dose de 2 à 4 grammes (1 demi-gros à 1 gros) par jour. Ses effets généraux sont nuls.

C'est du règne végétal que la Matière médicale tire ses plus nombreux diurétiques. A leur tête, nous devrions peut-être placer la digitale; mais ses propriétés contro-stimulantes ou sédatives très-marquées, et qui méritent d'être étudiées séparément de son action diurétique, nous ont déterminés à en renvoyer l'histoire aux médicaments sédatifs. Ceux qui comprendront bien les indications de la Médication diurétique, sauront avoir recours à cette plante et en chercher les préparations et les modes d'administration là où nous les avons exposés. Nous traiterons d'abord

MEDICAMENTS EXCITANTS

avec quelques détails de l'azotate, du chlorate et de l'acétate de potasse, pour passer ensuite à l'étude des principaux végétaux diurétiques.

AZOTATE DE POTASSE

MATIÈRE MÉDICALE

Le Nitrate de potasse, sel de nitre, salpêtre punflé, Azotate de potasse, est blanc, cristallisé en prismes hexagones. Sa saveur est fraîche. Il est inaltérable à l'air; insoluble dans l'alcool absolu; soluble dans l'eau, surtout dans l'eau chaude.

L'Azotate de potasse du commerce contient quelquefois du chlorure de sodium, sophistication que l'on constate à l'aide du nitrate d'argent, qui forme, dans la solution de l'Azotate de potasse, un précipité de chlorure d'aruent.

Le Nitrate de potasse s'administre en poudre, ou mieux dans une tisane, dans du vin blanc, dans une émulsion.

Nombre de plantes, qui croissent dans les

conditions où l'Azotate de potasse prend naissance, renferme une assez forte pioportion de ce sel pour lui devoir des propriétés diurétiques; telles sont en général les borraginées, tels sont le grand tournesol, et surt'uii la pariétaire.

Le sel de Mire existe assez abondamment dans les lieux où se décomposent les matières animales; on le voit s'eftleurir à la surface du sol, et c'est des vieux plâtras qu'on le retirehabituellement chez nous. On emploie la lixiviation ; mais l'eau dissout en même temps des nitrates de chaux et de magnésie, qui sont ultérieurementeonvertis en Nitrate de potasse.

THÉRAPEUTIQUE

Bien que l'on puisse lire dans YApparatus medicaminum de Gmelin le résumé assez indigeste des travaux presque innombrables qui ont été faits sur le Sel de nitre, et que les journaux de médecine, publiés depuis le commencement de ce siècle, contiennent beaucoup de faits relatifs à l'action de ce sel, il s'en faut de beaucoup que son histoire physiologique et thérapeutique soit complète ; aussi nous bornerons-nous à l'énoncé rapide des assertions nombreuses qui se trouvent consignées dans les divers auteurs, regrettant de n'avoir pas fait nous-mêmes assez d'expériences pour appuyer ou pour infirmer ce qui a été dit sur ce médicament.

Action physiologique de l'Azotate de Potasse.

Les expériences de Joerg ont démontré, d'une manière positive, que l'Azotate de potasse, pris par des hommes bien portants, d'abord à la dose de 5 centigrammes (1 grain), deux fois par jour, et graduellement jusqu'à la dose de d à 8 grammes (20 grains à 2 gros), augmente ordinairement la sécrétion urinaire, et modifie à peine la sécrétion cutanée; qu'il exerce d'abord une action sédative générale bientôt suivie d'une réaction assez énergique.

Ces expériences concordent assez bien avec celles qui avaient été faites antérieurement et avec celles plus nombreuses et mieux entendues qui ont été instituées assez récemment.

AZOTATE DE POTASSE. 591

A dose élevée, 15, 20, 30 et 40 grammes par jour (une demi-once à i once 1 quart), et même davantage, le Nitrate de potasse détermine plus vivement encore l'action diurétique, mais quelquefois aussi de l'ardeur d'urine, de la dysurie, et même la suppression totale de la sécrétion rénale; il donne lieu à quelques nausées, à du dévoiement; mais, en même temps, il semble exercer sur l'économie une stupéfaction considérable, caractérisée par un sentiment de défaillance, des lipothymies, un refroidissement général, des vertiges, un affaiblissement du pouls, accidents qui peuvent être portés jusqu'à la prostration, et même jusqu'à la mort. Ce n'est pas que de si graves désordres se remarquent fréquemment; mais des expériences, rapportées en grand nombre dans le Traité de toxicologie d'Orfila, ne permettent pas de douter que, aux doses que nous venons d'indiquer, l'Azotate de potasse ne puisse, dans des cas fort rares il est vrai, devenir un poison mortel.

Si donc les toxicologistes ont exagéré les dangers du Nitrate de potasse, d'autre part quelques thérapeutistes, et M. Gendrin en particulier, ont eu peut-être le tort de contester d'une manière trop absolue le danger possible de très-hautes doses de Sel de nitre.

Cette action stupéfiante du Nitrate de potasse peut aller jusqu'à donner à l'économie une diathèse asthénique fort remarquable; ainsi les expériences de Pilger démontrent que, chez un animal atteint de fièvre inflammatoire, on voit se développer rapidement des accidents typhoïdes, si l'on donne des doses trop élevées de Sel de nitre.

Faut-il croire maintenant aux propriétés anaphrodisiaques de ce médicament, propriétés indiquées par Hummel {Tractât, de Arth.), et que l'on eut de fréquentes occasions de constater, suivant cet auteur, lorsque l'usage du Sel de nitre étant devenu à la mode par suite de l'usage qu'en avait fait le chancelier Bacon, on en vint même à prendre l'Azotate de potasse comme préservatif de l'inflammation ?

Action thérapeutique.

Presque toutes les propriétés thérapeutiques de l'Azotate de potasse se préjugent par l'action physiologique de ce sel. C'est surtout comme diurétique, comme sédatif que ce médicament a été employé.

Le Sel de nitre est d'un usage populaire dans toutes les hydropisies, dans le but d'activer la sécrétion urinaire, la plus puissante des sécrétions éliminatoires. Mais si l'on doit reconnaître volontiers que, dans les épanchements séreux peu graves, l'Azotate de potasse rend de véritables services, il est à peu près inutile quand les épanchements ne sont pas presque exclusivement de nature séreuse, il est nuisible lorsque lhydropisie dépend d'une affection chronique des reins, ce qui malheureusement est assez commun.

L'action sédative de l'Azotate de potasse a été particulièrement utilisée par Macbrige, par Broclesby, çt plus récemment par M. Gendrin dans les

MEDICAMENTS EXCITANTS

fièvres inflammatoires, et notamment dans celle qui se lie au rhumatisme articulaire aigu. Les faits nombreux que M. Gendrin a publiés conjointement avec M. Aran dans le numéro de février 1841 du Journal des Connaissances médico-chirurgicales , ne permettent pas de révoquer en doute l'action hyposthénisante du nitrate de potasse, et son utilité dans le rhumatisme articulaire aigu et fébrile.

En serait- il de même dans les fièvres inflammatoires liées à la phlegmasie de la plèvre, du poumon, etc., etc.? Nous ne nous permettrons pas de résoudre la question, mais nous inclinons à penser que le Sel de nitre opérerait utilement dans ces circonstances, nous fondant, d'abord sur des faits divers épars dans les auteurs, et surtout sur cette curieuse observation de Beecher qui constate la diminution de la lymphe plastique dans le sang de ceux qui, atteints d'une fièvre inflammatoire, prennent l'Azotate de potasse à hautes doses.

C'est encore en vertu de cette action sédative que le Sel de nitre a joui, dans le siècle dernier, d'une réputation antihémorrhagique que lui avait value l'autorité de Stahl et de Dickson, et que, de nos jours, Laennec a confirmée par sa propre expérience ; mais il convient de dire que, s'il est incontestablement utile dans les hémorrhagies actives, il nuit évidemment dans les hémorrhagies passives.

Mode d'administration et doses.

Comme diurétique, dans les cas ordinaires, le Sel de nitre se donne, dans la boisson ordinaire des malades, à la dose de 1 à 10 grammes (20 grains à 2 gros et demi) par jour chez les adultes; pour les enfants, il convient de ne pas dépasser 25 à 50 centigrammes (5 à 10 grains).

Dans les hémorrhagies actives et dans la fièvre inflammatoire, notamment dans les fièvres rhumatismales, on le donne dissous dans un, deux ou trois pots de tisane, à la dose de 15 à 60 grammes (une demi-once à 2 onces), mais il faut commencer par 15 grammes (une demi-once) au plus, et n'augmenter que lorsque Ton aura constaté par l'expérience d'un jour la susceptibilité du malade.

CHLORATE DE POTASSE

Le Chlorate de potasse a été découvert en 1786 par Berthollet. Préconisé et abandonné tour à tour; tantôt considéré comme un agent excessivement actif ou regardé comme à peu près insignifiant, ce médicament peut être cité comme un curieux exemple des vicissitudes thérapeutiques. Depuis quelques années , comme chacun le sait, le Chlorate de potasse a de nouveau fixé l'attention publique ; on peut même dire qu'il a été pendant quelque temps l'objet d'une vogue ridiculement exagérée, qui d'aillem s commence à se calmer un peu.

CHLORATE DE POTASSE

Quelques travaux importants ont été publiés sur les propriétés de ce médicament ; parmi ces travaux nous distinguerons particulièrement la thèse de M. Isambert, qui nous servira ici de principal guide.

Ce fut vers l'année 1796 que le Chlorate de potasse entra dans la thérapeutique sous l'empire d'une théorie chimique qui faisait jouer un trèsgrand rôle aux acides et aux oxydes sur l'organisme, théorie complètement illusoire, et qui ne trouva nullement dans le muriate suroxygéné de potasse les avantages qu'elle croyait devoir en attendre.

Depuis lors, on essaya d'utiliser ce sel contre la syphilis; ensuite on l'employa à titre de stimulant dans un certain nombre de maladies de nature asthénique, telles que le scorbut, l'angine maligne, et puis contre certaines affections nerveuses, entre autres contre l'ictère spasmodique.

A une époque plus rapprochée de nous, en 1819, Chaussier reprit l'étude de ce médicament, et au moyen d'expériences faites sur lui-même, il lui fut facile de reconnaître que le Chlorate de potasse n'avait nullement l'énergie qu'on lui avait jusqu'ici supposée très-gratuitement, et montra qu'on pouvait l'administrer sans inconvénient à des doses élevées. Ajoutons d'ailleurs qu'il le recommanda comme vulnéraire dans les chutes, les contusions et les coups violents.

Au milieu du discrédit à peu près général dans lequel il était tombé, il faut dire pourtant que le Chlorate de potasse avait toujours conservé des partisans dans quelques médecins anglais et allemands. Ainsi, en 1845, Tedeschi l'employait en lotions sur un ulcère cancéreux; en 1847, M. Hunt s'en servait contre la gangrène de la bouche chez les enfants; M. West et le docteur Henoch contre la stomatite ulcéreuse. Enfin, en 1853, M. Babington en fit usage également dans une épidémie de gangrène de la bouche. A Genève, ce remède était resté aussi dans la pratique de quelques médecins qui l'employaient notamment contre l'ictère et contre certaines stomatites. D'autre part, lors de l'avant dernière édition de cet ouvrage, en 1855, nous mentionnions quelques essais qui avaient été faits dans le rhumatisme articulaire aigu, par le docteur Socquet, de Lyon , qui avait cru reconnaître à ce médicament des propriétés contro-stimulantes et altérantes.

Enfin, en 1855, M. le docteur Herpin, de Genève, appela fortement l'attention des médecins de Paris sur ce médicament, à peu près inusité parmi nous, et démontra expérimentalement son efficacité dans la stomatite mercurielle. Bientôt M. Blache en étendit l'usage à la stomatite ulcéro-membraneuse ; nous-mêmes, nous répétâmes ces expériences sur cette même maladie et sur les affections diphthéritiques. M. Isambert, alors interne de M. Blache, suivit avec soin et intelligence les nombreux essais qui se faisaient à l'hôpital des Enfants, et de plus, il fit sur lui-même un très-grand nombre d'expériences à l'aide desquelles il parvint à mieux déterminer l'action physiologique de ce médicament. Nous allons consigner ici les résultats les plus importants de ces expériences.

MÉDICAMENTS EXCITANTS

Effets physiologiques.

Au moment de sa découverte, on avait pensé que le Chlorate de potasse se fixerait ou se décomposerait dans nos organes, auxquels il céderait de l'oxygène; mais l'expérience vint démontrer au contraire que, pris à l'intérieur, il est absorbé avec une très-grande rapidité, et très-promptement éliminé en nature par la plupart des organes sécrétoires. Les deux principales voies d'élimination sont les reins et les glandes salivaires ; viennent ensuite les muqueuses nasale, buccale, bronchique, et enfin la surface cutanée.

Le phénomène le plus remarquable et pour ainsi dire caractéristique qui suit l'ingestion du Chlorate de potasse à une dose un peu élevée (8 à 20 grammes par jour), consiste dans une salivation d'autant plus abondante qu'on élève davantage les doses, salivation s'accompagnant d'un goût salin qui persiste pendant tout le temps que dure l'élimination par cette voie. Cette sialorrhée paraît être le résultat combiné de l'augmentation de sécrétion, non-seulement des glandes salivaires, mais des follicules de la muqueuse buccale. En même temps on observe une action tout à fait analogue sur les muqueuses buccale, pharyngienne et laryngienne.

Le Chlorate de potasse agit encore comme excitant de la fonction de l'estomac, il augmente notablement l'appétit, qui même devient excessif dans quelques cas. Il paraît d'ailleurs sans action sur l'intestin, au moins comme purgatif. Mais il exerce une modification sur la sécrétion biliaire qu'il excite légèrement, si Ton en juge du moins par la coloration verte des garde-robes.

Sur la sécrétion urinaire, l'action du Chlorate de potasse est des plus marquées, si l'on use de doses élevées : l'émission des urines est plus fréquente et plus abondante, et l'urine est rendue fortement acide.

Donné à haute dose, ce sel possède une action contro-stimulante sur la circulation, du moins à l'état pathologique. Il en est de même pour le système nerveux général sur lequel il paraît exercer une véritable sédation, si toutefois il est permis de regarder sa propriété antinévralgique comme bien démontrée.

En résumé, le Chlorate de potasse possède une action élective des plus marquées sur la sécrétion des glandes salivaires dont il modifie la vitalité; et, chose remarquable, nous allons voir bientôt qu'avec cette élimination toute spéciale de ce sel par les glandes salivaires, et par les glandes buccales et pharyngiennes, correspond précisément une sorte de spécificité d'action sur les maladies qui ont pour siège la bouche et l'arrière-gorge.

Effets thérapeutiques.

Gangrène de la bouche. Hunt, en 1847, est le premier qui ait proposé le Chlorate de potasse contre la gangrène de la bouche. Il l'employait à la dose de 1 à 2 grammes, et dès le second ou troisième jour, il en constatait les bons effets. West, et plus récemment M. Babington, confirmèrent ces

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heureux résultats, soit que ces médecins eussent affaire à la gangrène véritable de la bouche, soit qu'ils confondissent parfois cette dernière maladie avec la stomatite ulcéro-membraneuse. Les faits observés à Paris, à l'hôpital des Enfants, tout en militant en faveur de ce moyen, ne sont pas encore assez nombreux, ni assez décisifs pour en spécifier parfaitement l'indication et le mode d'action dans la véritable stomatite gangréneuse.

Stomatite mercurielle. Il n'en est pas de même pour la stomatite mercurielle qui est, on peut le dire hautement, le véritable triomphe du Chlorate de potasse.

Guidé sans doute par les travaux de Hunt et de Chanal, M. Herpin, de Genève, avait pressenti tout le parti qu'on pouvait retirer de ce sel dans la salivation mercurielle. Le succès dépassa toutes ses prévisions. En effet, donné à la dose de 2 à 4 grammes par jour, il a un succès presque constant, surtout si l'on attaque la stomatite à une époque très -rapprochée de son début, et si l'on a l'attention de seconder le traitement par des soins de propreté. Ce remède doit être continué trois ou quatre jours de suite, surtout si la salivation n'est pas toute récente et si l'inflammation buccale a une certaine intensité. Un des premiers signes de l'amélioration produite par ce médicament consiste dans le retour de la teinte normale des gencives, et dans la disparition de cette coloration livide ou violacée qui caractérise le début de la stomatite mercurielle. Presque en même temps on observe une diminution dans la douleur, dans la tuméfaction des gencives et dans l'abondance du flux salivaire; et puis les dents ne tardent pas à se nettoyer.

Les heureux résultats annoncés par M. Herpin ne tardèrent pas à être vérifiés de toutes part s ; et aujourd'hui, grâce aux expériences les plus nombreuses et les plus décisives, il est permis de considérer le Chlorate de potasse, employé à l'intérieur, sinon comme un spécifique infaillible, au moins comme le moyen le plus généralement efficace contre la stomatite mercurielle.

Disons qu'au lieu de l'employer à l'intérieur, M. Lasègue l'a administré dans la stomatite mercurielle sous forme de gargarismes et de collutoires concentrés, en ayant soin de faire chauffer l'eau à 30 ou 40°, car le Chlorate de potasse est très-peu soluble à froid. Par ces applications topiques, on a obtenu également de très-notables avantages, soit dans la stomatite mercurielle, soit dans quelques affections scorbutiques des gencives. Mais le plus sûr serait d'employer concurremment les deux modes d'administration.

Ajoutons queM. Ricord a eu recours au Chlorate de potasse, non-seulement pour guérir la stomatite mercurielle lorsqu'elle existe, mais encore pour en prévenir le développement pendant l'usage des préparations mercurielles, et il a montré par des faits nombreux qu'au moyen de cette précaution on réussit souvent à tenir en échec des salivations qui paraissaient imminentes.

Stomatite couenneuse, diphthéritique ou ulcéro-membraneuse. On doit à West d'avoir le premier nettement formulé l'emploi du Chlorate de potasse à l'intérieur contre cette maladie qui, ainsi que chacun le sait, se présente sous la forme d'ulcérations recouvertes de plaques pseudo-membraneuses, et ayant leur siège soit sur les gencives, soit sur les joues. On connaît d'ail-

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leurs le caractère réfractaire de cette affection, qui dure souvent plusieurs mois et qui est très-sujette à récidive.

M. Blache, reprenant les expériences de West, a traité comparativement des enfants par la cautérisation avec l'acide cblorhydrique fumant ou par le chlorure de chaux sec, d'une part, et par le Chlorate de potasse, d'autre part. Chez les premiers, la durée moyenne du traitement a été de vingt jours, tandis que chez les seconds la guérison a été complète en cinq à six jours, sans qu'il y ait eu de récidive. Cette efficacité vraiment remarquable du Chlorate de potasse dans la stomatite ulcéro-membraneuse a été confirmée depuis par un grand nombre d'observations recueillies par MM. Bar- \ thez, Bergeron, Frémy, etc. Il y a surtout cela de notable dans les faits de M. Bergeron, qu'avec lé Chlorate de potasse il avait obtenu une amélioration rapide alors que les cautérisations avaient échoué dans plusieurs cas. Ajoutons toutefois que ce médicament, après avoir fait disparaître les plaques pseudo-membraneuses en deux ou trois jours, reste quelquefois impuissant contre l'ulcération sous-jacente, et qu'il devient nécessaire de le porter à doses beaucoup plus fortes, ou de lui associer les cautérisations avec le nitrate d'argent.

M. Isambert qui a fait sur ce point particulier des observations pleines d'intérêt, insiste tout particulièrement sur la possibilité de la réci'dive et sur l'utilité de prolonger quelque temps l'usage du médicament après la chute de la fausse membrane. En outre, après avoir fait ressortir les succès du Chlorate de potasse dans la stomatite ulcéreuse, il met en opposition l'impuissance de ce même médicament contre la pyorrhée interalvéolaire, qui cède généralement aux applications topiques avec la poudre de quinquina et de charbon, avec le chlorure de chaux sec, et surtout à la cautérisation par l'acide chlorhydrique fumant appliqué au moyen d'un pinceau très-fin.

Aphthes, muguet. Administré à l'intérieur chez les enfants, le Chlorate de potasse n'a pas paru à M. Legroux avoir d'action évidente sur le cryptogame qui se développe sur la muqueuse buccale. Il est probable que, dans ce cas, l'emploi topique de ce médicament offrirait plus d'avantage. Toutefois, nous devons dire que dans les essais qus, nous avons tentés, ce sel nous a paru céder le pas au borax et à l'alun.

Angine couenneuse. Les succès obtenus dans la stomatite ulcéro-membraneuse devaient tout naturellement conduire à essayer le Chlorate de potasse dans l'angine couenneuse. M. Blache a encore eu ici l'initiative. Les premiers résultats, sans être aussi satisfaisants que dans cette première maladie, ne laissaient pas néanmoins que d'être encourageants. Depuis lors, les faits se sont multipliées de toutes parts, et ces faits autorisent à considérer le Chlorate de potasse, sinon comme un remède sûrement efficace, au moins comme pouvant rendre quelques services dans cette grave maladie. Mais, à cet égard, il importe de faire une observation. On sait que l'angine couenneuse revêt des caractères de gravité bien différents, suivant qu'on l'observe à l'état sporadique ou à l'état épidémique, et par conséquent, il serait souverainement irrationnel de tirer des conclusions d'ex-

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périences thérapeutiques faites dans des conditions aussi peu comparables.

Or s'il est vrai que dans l'angine maligne, surtout régnant épidémiquement, le Chlorate de potasse échoue le plus généralement, comme échouent d'ailleurs la plupart des autres médications, on ne peut nier, d'autre part, que ce même moyen n'ait procuré des succès dans des circonstances tout autres, c'est-à-dire lorsque l'angine couenneuse offrait des chances de curabilité. A cet égard, les observations recueillies à l'hôpital des Enfants, ou publiées par un grand nombre de médecins, soit de Paris, soit de la province, ne permettent guère le doute. Nous dirons donc, avec M. Isambert, que l'utilité du Chlorate de potasse, dans les cas de moyenne intensité, nous paraît démontrée, non-seulement par un succès réel et définitif, mais même par son action toute spéciale et en quelque sorte élective sur la muqueuse pharyngienne, identique à celle qu'on observe dans la stomatite couenneuse. Le retour de la couleur rose, la chute des fausses membranes, l'abaissement du pouls, sont souvent obtenus dans un espace de temps qui est sensiblement le même dans les deux cas Ce même observateur ajoute d'ailleurs que la cautérisation, employée concurremment, ne lui paraît accélérer en rien l'action du Chlorate, et dans quelques cas même semble la contrarier. Dans son opinion, de simples collutoires astringents seraient préférables aux caustiques; et en même temps l'usage des toniques à l'intérieur, et surtout du quinquina, lui aurait toujours paru un très-utile auxiliaire. Enfin il croit devoir noter que la cautérisation peut retrouver son indication après la chute des fausses membranes , tandis qu'à cette phase de la maladie, le Chlorate de potasse tend à perdre son action.

Croup. H. Chaussier avait proposé, en 1819, le Chlorate de potasse contre le croup, à titre de reconstituant et de dérivatif. Mais ce moyen était complètement tombé dans l'oubli. C'est encore à M. Blache qu'on doit d'avoir repris sur ce médicament des expériences suivies. Depuis lors, il n'est guère de praticien qui, à l'occasion, n'ait répété ces mêmes expériences. Disons que les" premiers résultats, sans attribuer une efficacité bien puissante à ce médicament, tendaient toutefois à lui reconnaître un certain degré d'utilité relative contre cette terrible maladie. Ainsi, d'une part, sous l'influence du Chlorate de potasse, un certain nombre de croups guérissent sans opération, et d'autre part, lorsque la trachéotomie, malgré l'usage de ce médicament, était devenue nécessaire, il est remarquable que les guérisons consécutives furent obtenues en proportion beaucoup plus considérable qu'on ne l'observe d'ordinaire : ainsi, dans le premier trimestre de 1856, sur quatorze enfants trachéotomisés , M. Blache obtint cinq guérisons sur cinq morts, tandis que, dans les années précédentes, le nombre des guérisons était seulement d'un sur quatre ou cinq opérés.

Mais l'événement a montré, depuis, qu'il ne fallait pas attribuer une trop grande importance à cette statistique favorable, où le hasard pouvait revendiquer sa bonne part; et aujourd'hui les premières illusions ont dû s'évanouir devant la triste réalité. Sans doute on peut citer encore de temps en temps quelques guérisons de croup chez des malades traités par le Chlo-

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rate de potasse; mais ces observations ne sont nullement probantes, par la raison que généralement ce moyen n'a pas été employé d'une manière exclusive, mais qu'il a presque toujours été associé à d'autres moyens actifs, notamment les vomitifs, qui à eux seuls ont pu suffire, et expliquer le succès. Toutefois comme le Chlorate de potasse'paraît avoir non-seulement une action locale toute spéciale sur les affections diphthéritiques, quel que soit leur siège, mais encore qu'il passe pour exercer une influence générale sur l'organisme, et s'opposer à la reproduction des exsudations plastiques, rien n'empêche de recourir à ce médicament dans une maladie aussi redoutable que le croup, mais sans placer une confiance exagérée dans ses vertus, et surtout sans l'employer à l'exclusion d'autres médications dont l'expérience a démontré l'efficacité, au moins dans certaines limites.

Enfin, pour ne rien omettre dans la longue énuinération des maladies où le Chlorate de potasse a été employé , citons l'ictère où Odier, de Genève, a prétendu en avoir obtenu des succès, soit l'ictère spasmodique, soit celui qui est lié à un obstacle au cours de la bile par un calcul ou toute autre cause du même genre. Citons encore la névralgie faciale, la chorée, la céphalée, le prurit des parties génitales. Mais à part quelques bons résultats obtenus dans certaines névralgies, résultats qui, sans être entièrement probants, semblent du moins suffisants pour autoriser de nouveaux essais, il est probable que pour le reste il n'y a pas à en tenir compte. Ajoutons enfin qu'il est encore permis de tenir à peu près pour illusoires les merveilleux avantages que Chaussier et quelques autres pensaient avoir obtenus de ce moyen dans les coups, chutes et contusions, où on l'administrait à double fin, soit comme vulnéraire, soit comme propre à faciliter la résorption des ecchymoses.

Usage externe. A l'imitation de quelques médecins étrangers, M. Lasègue a utilisé le Chlorate de potasse en applications topiques sur certains ulcères atoniques, contre les ulcérations de la bouche, les gencives scorbutiques, etc. Dans ce cas on emploie une solution concentrée (5 grammes pour 100 grammes d'eau à 45°) ou même la solution saturée à la température de 30 à 40° (12 à 15 pour 100 de Chlorate). D'autres fois ce même médecin l'administre en poudre, soit seul, soit associé au bismuth et à l'amidon. Ce topique a une action énergique sur les surfaces ulcérées qu'il modifie d'une manière souvent favorable; mais d'un autre côté, il faut savoir qu'il a l'inconvénient de causer beaucoup de douleur et qu'il est difficile de le faire supporter à beaucoup de malades.

La solution de Chlorate de potasse a été récemment recommandée contre l'ozène. On commence par nettoyer les fosses nasales du mucus desséché et fétide, à l'aide d'injections d'eau tiède; puis avec la solution de Chlorate (32 gr. pour 1 litre d'eau) on fait des injections ou de fortes inspirations de manière à introduire le liquide dans les cavités nasales ; ces injections ou inspirations sontrépétéesdeux fois par jour pendantquelque temps. Nous ajouterons que le même mqyen a été employé, avec avantage, tant à l'intérieur qu'en gargarisrn.es, pour combattre l'haleine fétide provenant de l'estomac.

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