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CHAPITRE XIII

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

FROID

De même que nous avons placé le calorique en tête des stimulants, nous devons placer le Froid en tête des sédatifs.

Ce n'est pas que ces deux influences, qui nous font éprouver des sensations si contraires et dont les effets sont si opposés, constituent deux principes, deux agents distincts, etc., car il ne faut pas reconnaître dans les impressions si inconciliables et si radicalement opposées que le chaud et le Froid produisent sur nous autre chose que deux états opposés du système nerveux déterminés par l'accumulation ou la soustraction excessives d'un seul et même agent, le calorique. Voilà pourquoi, si un certain degré dans l'action de ce principe sur les corps organisés, constitue le radical des stimulants, la privation de cette même influence constitue le radical des sédatifs. Le chaud, c'est-à-dire l'action sur l'organisme d'une température supérieure à la sienne, est une influence positive; le Froid, ou l'action sur l'organisme d'une température inférieure à la sienne, est une influence négative.

Le calorique soustrait ou le Froid,, est, disons-nous, le type des sédatifs. Il s'oppose aux manifestations de l'activité vitale, enchaîne et déprime les phénomènes de réaction de la manière la plus simple et la plus directe, sans atteindre ce résultat par des opérations intermédiaires ; et on le conçoit, puisqu'il n'est autre chose que la suppression plus ou moins considérable de la condition à laquelle la vie se maintient, ou si l'on veut d'une des causes excitantes de la vie les plus prochaines.

Il agit d'abord sur la manifestation initiale de tout acte animal, l'impressionnabilité qu'il rend moins susceptible de l'action des stimulus, et qu'il finit par émousser et éteindre complètement. Par elle, il agit sur la contractilité, dont il plonge les instruments dans la torpeur et l'inertie. Nécessairement alors il affaiblit et empêche la caloricité et suspend les phénomènes de l'affinité vitale ou de la plasticité par la congélation,

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comme l'accumulation excessive du calorique les avait suspendus par la combustion.

Le médecin a si souvent besoin dans les maladies d'apaiser l'activité extraordinaire de certaines manifestations de la sensibilité, de la contractilité, de la caloricité, et de la plasticité, que le calorique soustrait ou le Froid est un puissant secours. Mais cette Médication , par cela même qu'elle est puissante , ne doit être employée que sur bonnes indications, et peut être nuisible au même degré qu'utile.

Nous avons dit que l'action immédiate du Froid à un certain degré, était la sédation ; mais cette action immédiate est suivie d'une action opposée qu'on appelle réaction. Ce retour abondant de vie, qui succède, dans une partie soumise au Froid, à la sédation produite par celui-ci, n'est autre chose qu'une excitation spontanée de cette partie ; de même que l'abaissement de la température et la sorte d'asthénie qu'on observe dans une partie soumise à une température très-élevée , ne sont autre chose qu'une sédation spontanée. C'est dans l'étude de ce fait de la spontanéité, si peu exploré par les physiologistes, que ceux-ci auraient trouvé pourtant la solution de difficultés que leurs théories insuffisantes de la chaleur animale ne leur ont pas permis de surmonter, difficultés qu'ils ont néanmoins cru vaincre , tandis qu'en vérité elles n'étaient pas même effleurées par ces deux opinions, dont l'une attribue à une absorption plus considérable d'oxygène par les poumons la résistance plus considérable que les animaux opposent au froid de l'hiver, et dont l'autre attribue à l'évaporation cutanée plus abondante la résistance plus considérable que les animaux opposent à l'extrême chaleur pendant l'été. Pour expliquer ces deux faits si importants et si inexpliqués par les deux hypothèses précédentes, comme nous l'avons démontré ailleurs, il faut de toute nécessité invoquer la spontanéité vitale. On comprend alors comment, en vertu des lois immuables de l'instinct vital conservateur, l'organisme oppose toujours à la chaleur extérieure une sédation spontanée, et au Froid extérieur une excitation spontanée. Cette observation nous montre un des procédés les plus éclatants de ce qu'on appelle la force conservatrice et médicatrice de la nature.

On peut donc à l'aide du Froid obtenir une médication tout opposée à' la médication sédative ; et ainsi considéré, le Froid est un des agents les plus efficaces de la médication tonique. Nous en avons traité sous ce point de vue dans notre premier volume. Il faut ici ne l'envisager que dans les effets thérapeutiques qu'on peut retirer de son action immédiate ou sédative. Alors il est encore susceptible d'un autre mode d'action qui se joint à l'action sédative et s'obtient par elle, ou plutôt par l'impression brusque que cause sur la peau l'application soudaine du Froid : nous voulons parler de la médication perturbatrice.

L'eau froide et la glace sont les moyens les plus ordinaires que la thérapeutique mette en usage pour produire les effets de la médication sédative. Le plus sou vent,, c'est sur la peau qu'on agit, soit localement, soit

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généralement. D'autres fois, c'est par des boissons fraîches ou glacées, par l'ingestion de fragments de glace, par des lavements froids, des injections froides, etc.. Les indications principales qui peuvent être remplies par cette médication dans les affections locales, ont été exposées dans notre premier volume aux articles Plomb, Alun, et dans les généralités de la Médication tonique astringente, où nous avons discuté l'opportunité et le danger de l'emploi des médicaments de cette classe dans un grand nombre de maladies. Tout ce que nous avons dit alors de ces substances s'applique rigoureusement au Froid. C'est surtout dans le traitement des phlegmasiés traumatiques que cet agent doit être employé, de même qu'il faut le bannir du traitement des phlegmasiés qui reconnaissent des causes internes, des épines métaphoriques. Telle est la règle la plus générale et la plus importante qu'on puisse donner sur l'usage du Froid dans les irritations et les phlegmasiés. Ce principe est aussi vrai et aussi capital, appliqué au traitement des hémorrhagies par le Froid, à moins toutefois qu'une de ces affections, quelle que soit sa cause, ne mette, par son abondance, les jours du malade en danger.

Ce n'est donc pas dans les fonctions pathologiques, dans les maladies avec matière, dans les fièvres essentielles, dans les inflammations du domaine de la clinique interne, que le Froid est indiqué. On l'emploie pourtant dans certaines phlegmasiés comme celles du cerveau et des méninges. Nous pensons que, dans ce cas, il peut soulager la céphalalgie souvent si intense et si fixe qui accompag ne cette maladie, mais qu'il n'a qu'une bien douteuse action sur la méningite ou l'encéphalite.

Dans les péritonites traumatiques, dans l'iléus, dans les étranglements internes, l'application du Froid sur l'abdomen est avantageuse ; mais cela n'infirme pas notre règle générale, puisque ces cas rentrent par leur nature dans le domaine du traumatisme. Dans certaines gastro-entérites très-intenses et même dans celle qui accompagne la fièvre typhoïde, on peut quelquefois prescrire ces applications sur le ventre avec succès.

En pathologie interne, c'est donc surtout dans les maladies sine materiâ que l'on utilise l'action sédative du Froid. Mais ici encore, que de circonspection et d'art sont nécessaires, non-seulement pour être utile, mais encore pour ne pas nuire !

C'est moins dans les lésions de la sensibilité que dans celles de la contractilité et de la caloricité que la Médication réfrigérante est opportune. Ainsi, il est rare qu'on emploie le Froid comme topique dans le traitement des névralgies : frigus nervis inimicum. Il y a un tact pratique qui fait redouter cet agent contre de telles maladies, d'abord parce que très-souvent elles sont de nature goutteuse et surtout rhumatismale ; ensuite parce que l'expérience a appris qu'il n'était pas toujours prudent de supprimer brusquement ainsi les névralgies. Il n'est pas de praticien qui n'ait vaguement reçu de la tradition et de sa propre expérience, le conseil de se défier des douleurs spontanées, et qui ne se conduise empiriquement et à son insu dans leur traitement, d'après notre théorie des affections ner-

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veuses spontanées et diathésiques que nous considérons comme étant bien souvent la période d'opportunité des maladies chroniques et organiques.

Dans le traitement des spasmes et des convulsions, on a plus souvent occasion d'employer le Froid, soit en bains, soit en boisson, soit en lavements. Les bains froids sont un puissant moyen dans la chorée. Est-ce comme sédatifs ou comme toniques qu'ils agissent dans ce cas? Nous pensons que ces deux médications combinées ont chacune part aux bons effets qu'on en retire. La perturbation y est aussi pour quelque chose; car, dans beaucoup de cas, la surprise et l'impression subite de l'immersion ou de l'affusion, paraissent être la condition la plus importante du traitement. Sous ce triple rapport, le Froid se recommande donc dans la danse de Saint-Guy.

Dans l'hystérie, il ne faut pas en abuser. La surprise ou la perturbation entrent aussi pour beaucoup dans les succès qu'on en obtient alors.

L'éréthisme du système nerveux et les nombreuses formes de névroses qui s'y rattachent, sont, de toutes les maladies nerveuses, celles qui présentent le plus souvent l'indication de l'emploi du Froid. La sédation qu'il cause est utile; mais la tonicité spontanée que reprend le système après la sédation n'entre pas pour peu de choses dans les immenses bienfaits de cette médication. Chez les personnes sujettes à l'éréthisme et chez leshypochondriaques, le régime froid, c'est-à-dire la précaution de faire prendre toutes les boissons et tous les aliments à une température fraîche, réussit souvent assez bien et mieux même que les traitements le plus actifs.

Dans les vomissements incoercibles, dans le choléra asiatique et sporadique, l'ingestion des boissons glacées et des fragments de glace est fort utile. Dans les gastralgies sans vomissements, il faut en être sobre et accorder plutôt des boissons tempérantes que la glace elle-même.

Il est vrai de dire pourtant que si l'ingestion des petites doses de glace ou de boissons glacées est souvent le seul moyen d'apaiser les gastralgies spasmodiques, d'empêcher les efforts de vomissements et de faire digérer quelques légers aliments, cette indication ne se présente plus dans l'entéralgie spastnodique et dans toutes les formes de coliques nerveuses ou autres. Chose singulière, c'est l'application de la chaleur qui ici jouit d'une efficacité connue de tout le monde'. Ainsi, nous avons très-souvent vu l'application de la glace sur l'épigastre calmer la gastralgie et les vomissements spasmodiques ; tandis que personne ne s'aviserait de recourir à l'application de la glace sur l'abdomen dans les entéralgies, dans les coliques, soit intestinales, soit utérines. Au contraire, les antispasmodiques aromatiques, les eaux distillées de même nature, les infusions des semences chaudes, l'application externe du calorique, ont alors un succès plus certain encore que l'emploi du Froid dans les gastralgies.

Les spasmes hystériques, les anxiétés épigastriques, les flatuosités purement nerveuses des femmes sujettes à l'hystérie vaporeuse, les palpitations, les menaces d'attaques convulsives, peuvent fréquemment être dissi-

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pés par les lavements frais ou des lotions sur Pépigastre et le devant de la poitrine avec une éponge imbibée d'eau fraîche. Dans ce cas aussi, les bains à 22, 20 et 18" Réaumur, pris pendant cinq à dix minutes, sont un des plus sûrs moyens à mettre en usage, concurremment avec l'exercice et toutes les ressources de la gymnastique. Les bains de mer sont alors trèsindiqués ; mais à leur vertu sédative immédiate, se joint la médication tonique et l'avantage des lieux, puis l'action médicamenteuse que l'eau de mer tient de ses principes salins et autres.

Le Froid, employé sous la forme d'affusions, agit non-seulement comme moyen sédatif, mais aussi comme moyen puissamment perturbateur. De cette manière, il peut trouver son indication dans certaines maladies ataxiques, dans certaines fièvres essentielles cum materiâ, dans le cours desquelles l'état fébrile, l'harmonie de la fonction pathologique, sont suspendus et sont remplacés par des phénomènes nerveux, tels que le délire, les convulsions, les soubresauts des tendons, etc., etc. L'affusion froide peut ramener l'équilibre et l'harmonie de la fonction pathologique, ou apaiser des accidents ataxiques qui s'opposaient à l'établissement de la convalescence ; mais il ne faut pas abuser de ce .redoutable moyen, et ne le tenter qu'avec bien des précautions. R faut préalablement, par des lotions fraîches, par l'exposition du malade au frais, sonder pour ainsi dire l'opportunité de cette médication, et n'y arriver que si ces premières tentatives ont paru amender les accidents. En définitive, dans la forme ataxique des fièvres essentielles, des lièvres typhoïdes, par exemple, nous dissuadons les praticiens de l'emploi de ce moyen, que nous avons vu employer et employé dans ces cas un grand nombre de fois sans aucun succès. S'il a réussi dans quelques cas de fièvres éruptives accompagnées d'accidents ataxiques graves, c'est plutôt comme moyen tonique et perturbateur que comme moyen sédatif; car alors il a dû son efficacité à ce qu'il a rendu à l'organisme une force de réaction plus franche pour accomplir l'éruption empêchée.

On emploie le Froid en affusion avec beaucoup plus de succès dans l'éclampsie des femmes en couche. Il faut commencer par de l'eau tiède et arriver insensiblement à des degrés de température de plus en plus bas, de manière à descendre à 20, 18 et 16" Réaumur, après avoir passé par des degrés supérieurs, depuis 26°, par exemple. La malade est placée nue dans une baignoire vide, et on verse l'eau sur sa tête et sur ses épaules avec un grand vase, de manière qu'elle soit enveloppée dans une nappe d'eau; on poursuit cette opération pendant cinq à six minutes. D'autres fois on place la malade dans un bain à 25°, puis on lui verse sur la tête de l'eau de 22 à 20° Réaumur. Après ces diverses opérations, on se hâte d'essuyer la malade, ou plutôt de la recevoir dans un drap et de la porter dans son lit.

Ry a des céphalées opiniâtres, des ophthalmies intenses, qui se trouvent bien de cette dernière manière, c'est-à-dire du bain tempéré avec affusions fraîches sur la tête.

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Mais, nous le répétons, c'est dans l'éréthisme nerveux des femmes, dans les dyspepsies et les vomissements qui accompagnent cet état, dans ces mille et une anomalies qui surgissent alors, surtout dans le système nerveux des voies digestives, que le Froid, sous toutes les formes, peut remplir les indications les plus importantes.

Dans les maladies avec matière, dans les phlegmasies, il n'est indiqué qu'en chirurgie, dans les plaies de tête, dans les fractures comminutives, dans les brûlures, dans les grandes plaies par arrachement, etc. , etc. On l'emploie efficacement, mais avec précaution, dans les hernies, pour en faciliter la réduction par l'atrophie passagère qu'il cause dans les parties qui forment la hernie, ainsi que dans les invaginations.

Il doit être généralement banni du traitement des phlegmasies de cause interne. Et pourtant, grâce à la puissance des chiffres, il a été employé avec succès dans le traitement de la péripneumonie et de la pleurésie, par un médecin italien, le docteur Campagnano. C'est qu'il n'y a pas d'absurdité, si grossière qu'elle soit, qui ne puisse être consacrée par le numérisme.

En définitive, le médecin qui sera bien pénétré du mode d'action physiologique du Froid et des principes que nous avons développés dans nos médications Antispasmodique, Tonique et Antiphlogistique, ne devra pas craindre d'user intempestivement de l'action sédative ou tonique du Froid. Tous les moyens sont susceptibles de bienfaits précieux entre les mains d'un pathologiste attentif et observateur; tous peuvent nuire entre les mains d'un empirique. Qui sufficit ad cognoscendum morbum, sufficit quoque ad curandum. (Hipp.)

M. le docteur Lacorbière a publié un volumineux ouvrage sur cette matière, et qui a pour titre : Traité du Froid, de son action et de son emploi intùs et extrà, en hygiène, en médecine et en chirurgie. Paris,

Dans ce traité, inspiré par les plus ardentes convictions et partout empreint du physiologisme le plus franc, les vertus du Froid ont été exaltées avec un enthousiasme qui, nous le craignons, n'attirera pas sur cet agent thérapeutique toute l'attention qu'il mérite. A côté des vérités les plus utiles et les plus incontestables, on y lit des exagérations et des erreurs toujours étayées de faits en apparence irrécusables ; tant les faits sont insih gnifiants par eux-mêmes et peuvent servir tour à tour les principes les plus opposés! Nous croyons néanmoins devoir recommander cette savante et consciencieuse monographie à ceux qui voudront ne rien ignorer de tout ce que les sciences physiques naturelles et médicales peuvent fournir de données solides sur le Froid envisagé sous tous ses rapports.

L'administration méthodique de l'eau froide a pris depuis quelques années une très-grande importance sous le nom d'hydrothérapie. L'empirisme a fondé cette méthode curative par les mains d'un paysan de la Silésie, Priessnitz, dont la réputation est aujourd'hui européenne. Quand

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on connaît les difficultés intrinsèques et extrinsèques de la médecine, c'està-dire le nombre des maladies incurables, mortelles ou non ; la rareté des malades raisonnables, et celle non moins grande des médecins capables de diriger moralement, politiquement et médicalement tout à la fois la cure d'une maladie chronique, on s'explique la renommée de Priessnitz et l'affluence que cet homme a attirée à Graefenberg. C'est l'histoire de toutes les grandes nouveautés thérapeutiques. L'hydrothérapie réunit tout ce qui est nécessaire pour enthousiasmer les gens du monde. L'eau et le froid sont des agents naturels. On ne s'en doute pas. L'eau purifie le sang , le froid fortifie les nerfs, etc., enfin des sueurs abondantes, des éruptions furonculaires, etc., font naître l'idée de crise, d'évacuation des humeurs peccantes, etc. En voilà plus qu'il n'en faut pour séduire le monde et pour persuader à Priessnitz et à ses malades que rien n'est plus simple que la médecine, et que les médecins sont des rêveurs ou des hommes dangereux. Ajoutez à cela des cures réeiles, et vous aurez la raison de cet enthousiasme hydriatique qui fait en ce moment le plus grand tort à l'homœopathie et cédera bientôt la vogue à quelque autre système, non, toutefois, sans avoir laissé un chapitre très-utile dans les traités de thérapeutique.

Nous ne pouvons donc nous dispenser d'entrer dans quelques développements sur ce nouvel emploi de l'eau froide, et nous ne saurions mieux le faire qu'ici.

Sans avoir fait un usage soutenu et systématique de l'hydrothérapie, nous l'avons pourtant appliquée quelquefois, et nous en dirons notre avis tout à l'heure d'une manière brève et substantielle. Pour ce qui est de l'exposition des principes de cette méthode de traitement, nous croyons devoir l'emprunter au traité de M. Schédel qui a pour titre : Examen clinique de l'hydrothérapie (1845). Il nous suffira d'extraire quelques pages de l'introduction de ce livre intéressant où l'auteur passe sommairement en revue les principales méthodes de l'hydriatrie moderne. Avant d'arriver aux procédés de Priessnitz lui-même, M. Schédel donne une idée des recherches importantes que Jackson, Currie, Pomme, avaient déjà faites sur l'emploi de l'eau froide, à la fin du siècle dernier. Ces documents historiques compléteront fort à propos notre article.

a Hahn, Jackson et Wright, après avoir employé avec le plus grand succès des affusions froides dans les fièvres graves de nature typhoïde , avaient présenté ce remède au monde médical comme doué d'une merveilleuse efficacité dans le traitement de ces affections ; mais James Currie, lui donnant une extension nouvelle , fit encore un pas, et posa le premier les bases scientifiques de l'hydrothérapie. C'est le thermomètre à la main qu'il démontra que l'accumulation morbide du calorique qui constitue l'élément essentiel de toute pyrexie, se trouvait soustraite de la manière la plus rapide et la plus avantageuse par l'application de l'Eau froide à la surface du corps. C'est, entouré de toutes les garanties que la science réclame, celles des faits et de l'expérience, que Currie proclame cette soustraction du calorique au moyen de l'Eau froide, comme le remède par

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excellence dans le traitement des affections fébriles, et comme devant l'emporter même sur les émissions sanguines. Selon ce grand médecin, un seul moyen, le tartre stibié, pouvait quelquefois utilement remplacer ces deux agents énergiques de sédation. L'Eau froide, les émissions sanguines et le tartre stibié, constituaient donc pour Currie le trépied de l'art dans le traitement de toute affection inflammatoire.

a Currie était cependant fort loin de considérer la lièvre proprement dite comme une simple accumulation de calorique dans l'économie; mais ce phénomène formant le symptôme prédominant de ces maladies, sa soustraction atténuant toujours le danger, et faisant même quelquefois rapidement disparaître tout symptôme morbide sans aucune perte de forces pour le malade , ce médecin s'est cru fondé à considérer cette soustraction comme le moyen de traitement le plus heureux. Néanmoins, et nous appelions très-particulièrement l'attention sur ce point de doctrine, Currie, tout en considérant cet effet comme étant d'une haute importance pratique, ne borne pas là son action sur le corps humain. Il pense aussi que le choc subit, instantané et violent, imprimé par l'Eau froide à l'économie entière, fait cesser un état de spasme morbide du système nerveux, et de celui de l'enveloppe en particulier, et que de cet effet perturbateur résulte le prompt retour de cette membrane à ses fonctions normales, retour qui s'annonce par des sueurs spontanées, et en quelque sorte critiques, puisqu'elles ont pour résultat d'empêcher que l'accumulation morbide ultérieure du calorique continue de s'effectuer dans l'économie.

« Le docteur Jackson, qui avait contesté avec raison à Currie et à Wright la priorité de l'emploi des affusions froides dans le traitement des affections fébriles, n'admet, lui, que ce dernier effet de l'Eau froide, celui de modifier le système général.

« Currie, au contraire, ainsi que nous venons de le voir, en admet deux qui restent démontrés :

« 1° La soustraction du calorique, effet auquel les autres médecins n'avaient guère fait attention , mais qu'il démontre le thermomètre à la main ;

« 2° La modification imprimée à tout le système nerveux, d'où résulte aussi un effet tout particulier entraînant la suppression de l'accumulation ultérieure du calorique, et, par conséquent, de la fièvre. L'hydrothérapie moderne me paraît avoir trop négligé cette dernière conséquence de l'application de l'Eau froide , en ne tenant compte , dans le traitement des affections inflammatoires, que de la simple soustraction du calorique, de l'apparition des sueurs et de l'effet dérivatif des frictions.

a Une troisième vérité fondamentale, d'une haute importance pratique, a été également établie par Currie , savoir : que l'application du Froid à l'extérieur et à l'intérieur est d'autant moins dangereuse que la chaleur du corps est plus élevée : axiome directement opposé à la doctrine médicale généralement enseignée, et qui veut que l'application du Froid à l'intérieur et à l'extérieur offre d'autant plus de dangers que la chaleur est plus grande. h. txl

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Giannini, tout en reconnaissant la vérité de cet axiome d'hydriatrie pratique, reproche à Currie d'avoir trop restreint l'action de l'Eau froide sur l'économie, en ne conseillant de l'appliquer que dans le cas où la chaleur se trouvait augmentée, tandis que lui, Giannini, s'était trouvé fort bien de son emploi dans les dernières périodes du typhus, lorsque la chaleur animale était plutôt diminuée qu'augmentée (Délia natura délie febbri). Il est assez singulier que Currie adresse la même observation au docteur Darwin, auquel il reproche de ne tenir compte que de la soustraction du calorique, de ne considérer, en un mot, que l'effet négatif ou sédatif de l'Eau froide, en oubliant que ce même moyen peut aussi développer une forte réaction qui contre-balance efficacement l'effet sédatif du Froid (Currie, vol. I, p. 75). Cette loi, que Currie établit relativement à l'innocuité d'autant plus grande de l'application du Froid que le corps est plus échauffé, se trouve chaque jour confirmée par les diverses pratiques de l'hydrothérapie moderne. La doctrine nouvelle, loin de dérouter toutes les opinions médicales reçues, ne fait donc que confirmer celles qu'enseignait Currie.

« Une quatrième loi de l'hydriatrie moderne se trouve également indiquée par le médecin que nous citons. Il s'agit de ce fait notable, que l'application locale extérieure de l'Eau froide faite d'une certaine manière, loin de produire un effet sédatif, réveille au contraire l'action vitale de ces parties, et produit sur les points éloignés un effet dérivatif. C'est ainsi que s'explique la dérivation que l'hydrothérapie obtient dans certains cas au moyen de bains de siège et de bains de pieds d'Eau froide, dérivation que beaucoup de personnes ont considérée comme tout à fait opposée aux lois physiologiques connues.

« Ces divers principes établis par Currie, non hypothétiquement, mais sur des faits péremptoires, constituent encore les bases scientifiques de l'hydrothérapie, particulièrement de celle qui s'applique au traitement des affections aiguës. Elles peuvent être résumées en ces termes :

« 1° Soustraction du calorique morbidement accumulé, résultat que l'on obtient, d'après Currie, soit au moyen de l'application directe de l'Eau froide, soit au moyen de l'évaporation qui s'établit à la surface du corps en pratiquant des ablutions avec de l'eau tiède.

« 2° Supériorité de l'application de l'Eau froide à cause de l'action particulière qu'elle produit sur le système nerveux, d'où résulte la suspension du mouvement phlogistique.

« 3° Avantages et innocuité d'autant plus grands de l'application de l'Eau froide que la chaleur du corps est plus élevée.

« 4° Augmentation de la vitalité des parties obtenue au moyen d'applications locales d'Eau froide, d'où résultent des effets dérivatifs les plus dignes d'atention.

« Currie préférait l'eau salée à l'eau simple pour pratiquer les affusions et les immersions ; cette opinion était fondée sur les succès inattendus que "Wright avait obtenus par ce moyen. Il pensait en outre que la réaction devrait être plus facile, plus assurée, et cela était très-important ; car,

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ne l'oublions pas, la sédation n'était pas le seul but auquel tendaient ses efforts.

« Les travaux du médecin de Liverpool n'ont pas eu pour but unique d'ériger en principes les corollaires que nous venons d'indiquer , ils ont aussi démontré les avantages de l'Eau froide dans une foule d'affections nerveuses et convulsives. Ici une série de faits des plus intéressants vient constater la baute efficacité de cet agent dans ces maladies rebelles. Un très-grand nombre d'affections spasmodiques, y compris le tétanos, ont été traitées et guéries par l'Eau froide; et quoique, dans cette dernière affection, Currie ait cru devoir en général adjoindre aux affusions et aux immersions, l'usage du vin et de l'opium, il rapporte cependant des cas où les affusions froides avaient réussi seules lorsque ces moyens héroïques s'étaient montrés impuissants. Dans le traitement de ces maladies par l'Eau froide, Currie établit comme loi fondamentale de toujours employer les affusions ou les immersions pendant la durée des attaques convulsives.

« Le même observateur a retiré les plus grands avantages de l'administration de l'Eau froide à l'intérieur dans une foule de maladies chroniques. Il pense, avec beaucoup de médecins distingués, qu'une grande partie de l'efficacité des eaux minérales provient, soit de la propriété dissolvante de l'eau elle-même, soit de l'effet tonique communiqué à l'estomac par l'eau ingérée, et de là transmis à toute l'économie. L'hystérie, l'hypochondrie et les diverses affections chroniques des voies digestives , étaient surtout des maladies où il retirait de si grands avantages de l'administration intérieure de l'eau.

« Les affections aiguës pour lesquelles Currie recommande l'usage extérieur de l'Eau froide, sont les fièvres éruptives, telles que la variole, la rougeole et la scarlatine. La chaleur vive et normale de la peau , jointe à son état de sécheresse, constituent, selon lui, les indications qui en réclament impérieusement l'emploi. Jamais il n'y a eu recours dans les cas d'inflammations aiguës viscérales; il rapporte cependant des cas où des symptômes évidents d'inflammation des poumons, tels que des douleurs thoraciques et des crachements de sang survenus dans le cours de fièvres typhoïdes, avaient cédé, ainsi que les autres symptômes, aux affusions froides.

« Currie est fort sobre d'explications. La doctrine de John Hunter lui paraît la plus propre à expliquer les avantages de l'Eau froide. Suivant cette doctrine, deux actions morbides ne peuvent pas exister simultanément dans la même constitution, ou dans le même point du corps. C'est ainsi que Currie considère l'action particulière produite sur l'ensemble de l'économie par l'application subite de l'Eau froide à la surface du corps, comme incompatible avec l'état morbide préexistant. C'est donc autant à l'action perturbatrice du remède qu'à la soustraction du calorique qu'il attribue ses bons effets. Disons cependant que les nombreuses exceptions qui existent à la loi établie par Hunter ont beaucoup infirmé cette règle générale.

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« La manière dont procède la nature pour se débarrasser de la chaleur surabondante, a également attiré l'attention de Currie, et tout en pensant, avec Franklin, que l'évaporation de la sueur à la surface du corps constitue le principal moyen dont elle se sert pour atteindre ce but, il croit néanmoins que l'action même des organes sécréteurs de la sueur entre pour quelque chose dans ce résultat. 11 reconnaît bien que cette action générale qui se passe sur toute la surface du corps, et en vertu de laquelle un fluide aqueux est extrait du sang, devait être accompagnée, comme toute sécrétion, de surexcitation locale ou générale, effet tout contraire à celui qu'il suppose ; aussi ne cherche-t-il pas à résoudre le mystère, mais seulement à exposer ses doutes. En parlant de la méthode sudorifique de l'hydrothérapie moderne, j'aurai occasion de revenir sur ce point intéressant de la physiologie.

« C'est en chiffres que Gurrie a exprimé les résultats thermométriques de la soustraction du calorique opérée par l'Eau froide, et il a constamment trouvé que l'amélioration était d'autant plus prononcée que cette soustraction était plus marquée au thermomètre. C'est aux aisselles et sous la langue qu'il plaçait cet instrument qui se terminait en boule aplatie, de manière à permettre un emploi facile. La température la plus élevée qu'il ait trouvée existait dans la scarlatine ; elle était de 34° à 35° R., tandis que la chaleur normale est de 29° à 30° R. C'est en effet au moyen du thermomètre qu'il faudra désormais procéder dans les investigations hydrothérapiques, et pour cela les beaux travaux de MM. Becquerel et Breschet, de MM. Andral, Gavarret et Donné, et plus particulièrement encore ceux de M. le docteur Henri Roger, fourniront à l'avenir des secours précieux.

« La soustraction du calorique au moyen de l'Eau froide a-t-elle un terme ? Quelques-unes des expériences les plus curieuses de Currie ont pour but de résoudre cette question ; elles prouvent que dans l'état de santé la réaction peut s'établir malgré l'application continue du moyen réfrigérant. Ainsi, la soustraction du calorique, qui était de 3° R. après trois minutes de séjour dans de l'eau à 4° R., n'était que de 1° 1/2 au bout de six minutes, et à dater de ce moment le thermomètre montait graduellement, en sorte qu'après un séjour de vingt minutes à une demi-heure dans l'Eau froide, la diminution de la température indiquée sous la langue n'était pas tout à fait de 1° R. Ces expériences sont-elles concluantes? Je ne le pense pas, car la tête restant hors de l'eau, et le sang y affluant nécessairement, la chaleur a dû y devenir d'autant plus grande, que la congestion devenait plus considérable,

« Nous venons de rapporter divers principes déduits des expériences de Currie, et qui s'adaptent parfaitement aux faits si curieux de l'hydrothérapie moderne ; mais il n'en est pas de même des opinions de ce médecin concernant l'application de l'Eau froide à la surface du corps, celui-ci étant inondé de sueur. Autant l'usage de cet agent thérapeutique, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, lui paraît efficace lorsque la chaleur est supé-

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rieure à l'état normal, autant il conseille de s'en abstenir lorsque la transpiration dure depuis quelque temps. Ainsi, il pense que l'immersion froide pratiquée pendant ou immédiatement après la sueur, pourrait être dangereuse, parce que la transpiration prolongée ayant déjà beaucoup refroidi l'individu, une nouvelle soustraction de calorique par ce moyen, pourrait amener de graves inconvénients. Currie explique les accidents qui ont été observés dans des conditions de ce genre, en supposant que dans ces cas la chaleur du corps se trouvant déjà diminuée par une sueur abondante, un nouveau refroidissement affaiblissait trop l'économie, en s'opposant à la réaction nécessaire et pouvait produire une maladie ou la mort. Le danger lui paraissait d'autant plus grand, que la personne ayant transpiré plus longtemps, se trouvait ainsi plus affaiblie. Les expériences journalières de Graefenberg prouvent que cette opinion est erronée ; et, en parlant des sueurs provoquées par l'hydrothérapie, j'aurai l'occasion de traiter cette question intéressante avec tous les détails qu'elle mérite.

« Autant tout ce qui est sorti de la plume de Currie se distingue par le respect des convenances et le ton scientifique qui y régnent, autant les écrits d'un autre médecin, grand partisan de l'Eau dans le traitement des maladies, se fait remarquer par les défauts opposés. Je parle ici de Pomme, qui a porté plus loin qu'aucun autre praticien l'emploi de ce remède. Il faisait prendre, en effet, à ses malades, des bains de six, de huit, de dix, de douze, de dix-huit, de vingt-quatre heures même, et quelquefois ces bains prolongés offraient une température de 8 à 10° R. seulement, température que l'on maintenait en ajoutant de l'Eau froide ou de la glace à mesure que la chaleur du corps venait à élever celle du bain. Rarement il employait celui-ci à une température au-dessus de 26° R.,ou au-dessous de 10° R.

« Pomme, dont la pratique a fait aussi époque, se loue extrêmement des avantages qu'il a retirés de l'Eau froide à l'extérieur, sous forme d'immersions, d'affusions, de lotions et de bains; et à l'intérieur, sous celle d'eau de poulet, faite en laissant bouillir pendant un quart d'heure, dans six pintes d'eau, un jeune poulet de la grosseur du poing. Quoique ce hardi praticien ait retiré des effets avantageux de l'Eau dans les maladies inflammatoires, et en particulier,, dans celle du cerveau, cependant elle lui a surtout réussi dans les affections nerveuses, telles que l'hypochondrie, l'hystérie sous toutes ses formes, la chorée et autres maladies convulsives. Dans certains cas, Pomme prescrivait hardiment les lavements et les bains d'Eau froide pendant la durée même de l'écoulement menstruel, et il offre en cela un point de conformité remarquable avec la pratique de Priessnitz. Quant à sa théorie du racornissement des nerfs, à laquelle il croyait à la lettre, je n'en fais mention que pour expliquer la durée illimitée des bains dans lesquels il plongeait ses malades afin d'obtenir le relâchement physique, par infiltration aqueuse des nerfs racornis. A l'exception de la diarrhée qui survenait communément chez les personnes soumises au traitement hydrothérapique de Pomme, je ne

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trouve rien dans les phénomènes observés chez elles que l'on puisse rapprocher de ceux que développe dans l'économie l'hydriatrie moderne. Le surnagement des malades à la surface de l'eau, ainsi que les éclats bruyants que Pomme assure avoir souvent entendus dans les membres de ceux qui restaient longtemps dans le bain, me paraissent de véritables hallucinations.

« Ainsi, ni la pratique scientifique de Currie, ni l'empirisme extravagant de Pomme, deux hommes qui résument en eux tout ce que leurs prédécesseurs avaient fait sur ce point, ne nous offrent une complète analogie avec la nouvelle doctrine de Priessnitz. C'est à l'énergie et à la persévérance de celui-ci que la science est redevable d'avoir pu recueillir des faits qui ont donné à l'hydrothérapie une extension jusqu'ici inconnue. Les courts détails dans lesquels nous sommes entrés relativement à la pratique de Currie et de Pomme, prouvent combien est réelle l'efficacité du remède que le hasard a placé entre les mains de Priessnitz; celui-ci, émerveillé de son propre succès, à marché de surprise en surprise, et n'ayant aucun autre moyen a employer que l'eau, il l'appliquait hardiment dans une foule de cas où jamais l'homme de l'art ne se fût avisé d'y avoir recours : tant il est vrai que l'absence d'idées préconçues dont le médecin ne parvient peut-être jamais à s'affranchir, est une condition des plus avantageuses pour l'observateur.

« D'après les renseignements que j'ai pris à Graefenberg auprès de personnes de la famille même de Priessnitz, il paraît que celui-ci, partageant ses soins entre un mauvais petit cabaret, encore debout à Graefenberg, et quelques morceaux de terre, chétif héritage de ses pères, sut mettre à profit des indications vagues que lui donna un berger nomade sur les vertus curatives de l'Eau. Le berger, il est vrai, ajouta des paroles mystiques; mais Priessnitz fit comme Percy avait fait longtemps avant lui. Ce grand chirurgien raconte qu'un meunier ayant guéri à Strasbourg des blessés avec une eau miraculeuse, il essaya de l'Eau simple et obtint le même succès. Le cabaretier de Graefenberg devina bientôt que l'Eau, et non le charme, produisait la guérison, et employa le remède dans tous les accidents qui arrivaient à lui-même, à sa famille, à ses amis et aux bestiaux du voisinage. Il acquit bientôt une grande réputation pour le traitement des foulures, des entorses, des brûlures, puis pour celui des fractures, puisqu'il s'était guéri lui-même d'une fracture de côtes. Il se bornait à cette époque, qui remonte à 1826, à l'application extérieure d'Eau froide au moyen de compresses et à des ablutions avec de grosses éponges. Prenant confiance dans les vertus de l'Eau, il se livra exclusivement à ces soins médicaux, et, accompagné d'un sien cousin, ayant comme lui pour nom Priessnitz (Gaspard) , de qui je tiens ces détails, il traversait, précédé de sa réputation de guérisseur par l'Eau, et ses éponges sur le dos, les montagnes qui séparaient Graefenberg de la Silésie prussienne, où il allait donnant des consultations et employant son remède dans les villages. Les malades se rassemblaient en foula

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sur les points où il se trouvait , et les ablutions et frictions générales, avec les éponges trempées dans l'Eau froide, étaient pratiquées avec vigueur. La police se mettait-elle en campagne, les Priessnitz, avertis à temps, remettaient en sac leur léger bagage et traversant la frontière, regagnaient Grœfenberg ou quelque village voisin, où le remède miraculeux opérait de nouveau sur les foulures, les douleurs, les maux de dents et les maux d'aventure des paysans, ainsi que sur les maladies de leurs bestiaux, et plus particulièrement de leurs chevaux boiteux. L'effet éminemment résolutif de l'Eau froide produisait merveilles sur les pieds et jambes engorgés de ces quadrupèdes. Peu à peu beaucoup de malades abandonnés, ou qui avaient plus de confiance dans le paysan que dans les médecins, s'adressèrent à lui, et il commença à administrer son remède à l'intérieur avec un succès toujours croissant. Les malades non-seulement se prêtaient avec enthousiasme à tout ce qu'il exigeait d'eux , mais encore renchérissant sur ses prescriptions, ils lui proposaient eux-mêmes de tenter tel ou tel procédé. Ainsi se succédèrent le grand bain froid, la douche et les transpirations forcées. Ce dernier moyen était employé depuis un temps immémorial dans le pays comme remède populaire, et comme jouissant d'une grande efficacité dépurative. Cette croyance dans l'expulsion des humeurs peccantes par les sueurs forcées, est en quelque sorte gravée dans l'esprit des populations slaves, parmi lesquelles comptent celles de Graefenberg et des environs. Les Russes et les Polonais comprennent à merveille l'idiome des paysans de ces contrées, et peuvent s'approvisionner aux marchés sans savoir un mot d'allemand. Le nom de Priessnitz lui-même indique son origine slave; aussi en s'empressant d'adjoindre l'usage des sueurs forcées à celui de l'Eau froide, qui lui rendait tant de services, il ne faisait qu'obéir à la doctrine tout humorale de la population; et lorsque, après avoir provoqué 'des sueurs abondantes, il plongeait ses malades dans le grand bain froid ou les arrosait d'Eau froide à la sortie immédiate de la couverture de laine, il ne faisait que suivre des coutumes populaires. La réunion bizarre de tous ces procédés perd donc beaucoup de sa singularité si l'on réfléchit qu'une vague idée des vertus curatives de l'Eau froide régnait depuis longtemps dans la Silésie, dont la capitale, Breslau, avait été jadis arrachée par ce remède aux horreurs d'une épidémie dévastatrice. (Halm. Epid. verna quse Wratislaviam afflixit. anno 1737; Acta German., vol. X, appendix.) D'un autre côté, les sueurs forcées, ainsi que les ablutions subséquentes avec l'Eau froide, étaient dans les habitudes du peuple longtemps avant l'invasion de cette maladie. Quant au motif particulier qui aurait conduit Priessnitz à remplacer le bain de vapeurs par l'enveloppement dans les couvertures de laine, le seul renseignement que j'ai pu obtenir, c'est que les paysans étaient dans l'habitude de se faire transpirer ainsi depuis un temps immémorial. Mais les transpirations dans le drap mouillé sont tout à fait de son invention, ou plutôt une conséquence de son esprit éminemment observateur.

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« Ce fut donc par degrés que Priessnitz, réunissant en faisceau ces divers moyens, apprit à les appliquer à propos, et bientôt il fit de cette application une méthode générale. Les frictions avec un drap mouillé et avec les mains humectées d'Eau froide remplacèrent les frictions primitives avec les éponges; il imagina d'envelopper, non une partie du corps seulement avec des compresses imbibées d'Eau froide, mais le corps entier dans un drap mouillé. De plus, ayant remarqué que chez certaines personnes il faisait cesser les maux de dents avec de l'Eau dégourdie beaucoup mieux qu'avec de l'Eau froide, tandis que chez quelques autres individus il lui arrivait précisément le contraire, il imagina d'étendre cette expérience aux diverses applications d'Eau à la surface du corps, et les suites en furent très-favorables. Évidemment la réunion de tous ces procédés fut le résultat du temps, et presque du hasard, mais hasard dont la sagacité de Priessnitz sut tirer bon parti, ainsi que des avis d'un professeur Oertel, qui, en 1828, vint à connaître les succès populaires de Priessnitz, et lui conseilla de faire boire beaucoup plus d'Eau froide à ses malades. L'enthousiasme du docteur Oertel pour l'emploi de l'Eau froide fut sans bornes, et imprima un élan extraordinaire à la nouvelle méthode. Il fit paraître le premier ouvrage qui traita de cette méthode, et les louanges exagérées qu'il lui prodigua, produisirent un effet décisif en faveur du traitement de Priessnitz. Selon Oertel, boire beaucoup d'Eau froide et s'en frotter le corps constituait toute la médecine. Cet ouvrage attira sur la nouvelle doctrine l'attention de toute l'Allemagne, et à dater de ce moment commença pour Priessnitz une nouvelle ère. Déjà, en 1830, il compta 54 malades dans sa maison, et le résultat du traitement hydrothérapique paraît avoir été des plus favorables, car le nombre augmenta rapidement, et dépassa bientôt 1,200 chaque année. L'enthousiasme de quelques gentilshommes hongrois fit élever par souscription un monument qui consiste en un beau lion en fonte, placé sur la promenade principale. La reconnaissance d'un riche particulier a aussi fait ériger une fontaine en forme d'obélisque, dédiée au génie de l'Eau froide, et une souscription générale des malades a fait entourer convenablement la source centrale de la cour d'honneur.

« Le reste est connu de tout le monde. Chaque année vit augmenter le nombre de ceux qui venaient chercher la santé à Graefenberg. Le vieux cabaret fut exhaussé d'un étage; les masures voisines, y compris les écuries où venaient se loger des personnes des meilleures familles , furent remplacées par d'autres bâtiments beaucoup plus grands et plus commodes. Dans presque tous les pays de l'Europe des établissements hydriatiques se formèrent à l'instar de celui de Graefenberg; les récits les plus exagérés eurent cours, et, de persécutée, la nouvelle méthode devint à son tour persécutrice. Tout médicament fut considéré comme un poison, la saignée comme un véritable assassinat, et les médecins, en attendant mieux, furent jugés dignes du mépris de tous les honnêtes gens.

et La position des médecins des villes et villages voisins de Graefenberg

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était d'autant plus difficile, que dès le commencement ils avaient nié l'efficacité de l'Eau dans une foule de cas où ce remède produisait évidemment les meilleurs effets. Cette faute ne doit pas être attribuée à eux, mais aux écoles dont les chaires étaient restées silencieuses sur les avantages qu'on pouvait retirer de ce remède, et aux cliniques qui depuis longtemps l'avaient répudié. Mais, lorsque faisant saisir les éponges qui servaient à frictionner les malades, il les firent couper dans le but de trouver des substances médicinales qu'on y avait cachées, ils se couvrirent d'un immense ridicule, et dès lors leur cause fut irrévocablement perdue dans le pays.

« Plusieurs grands de l'empire qui avaient été traités avec succès à Graefenberg, les uns pour des affections chroniques de l'estomac, les autres pour des engorgements goutteux des articulations, d'autres enfin pour quelque affection nerveuse, prirent la nouvelle méthode sous leur puissante protection. En Autriche, encore plus qu'ailleurs, les difficultés s'aplanissent vite pour celui qui est bien en cour. La commission médicale, présidée par M. le baron Turheim, et chargée par le gouvernement autrichien de lui faire un rapport sur ce traitement, n'y vit qu'une heureuse extension donnée à ce que l'on savait déjà sur les vertus de l'Eau et des bains, jointe à une hygiène bien entendue. Aussi le résultat de son rapport fut l'autorisation accordée à Priessnitz de fonder un établissement , et d'y traiter des malades au moyen de l'Eau seule; mais en même temps ce privilège portait la défense expresse d'employer aucun autre remède. Il lui fut permis en même temps d'élever un très-grand bâtiment destiné à la réception des personnes qui viendraient se faire traiter à Graefenberg, et il se passa ici un fait qui montre dans tout son jour le caractère entreprenant et volontaire de Priessnitz. Celui-ci, ne mettant nullement en doute sa capacité de tout exécuter, entreprit de faire élever lui-même le bâtiment projeté, sans avoir recours aux lumières d'un architecte; le gouvernement dut intervenir et lui en imposer un d'autorité, mais seulement lorsque la chute d'une partie de l'édifice, suivie d'accidents graves pour plusieurs, et mortels pour un des ouvriers, vint démontrer que le génie de l'homme n'était pas universel.

« Il est à regretter que l'immense succès qui a couronné ses efforts n'ait pas amené un changement heureux dans le caractère de Priessnitz, et que, devenu millionnaire, tout ce qu'il y a en lui de rude et de revêche n'ait pas été adouci par le bonheur. La science y aurait assurément gagné; car tel qu'il est, son caractère aigre, difficile et entier, vous rebute et vous repousse. Les médecins sont donc très-mal vus et très-mal accueillis de lui et des malades. Ne craignant plus les persécutions, il semble avoir contre eux un motif d'animosité plus grave : il craint maintenant la concurrence que pourrait lui susciter le grand nombre d'établissements hydrothérapiques que l'on élève dans divers pays. L'idée qu'on puisse se rendre à Graefenberg pour y étudier l'hydrothérapie sans vouloir fonder soi-même un établissement de ce genre, ne paraît croyable ni à lui ni aux siens, et toutes mes assurances à cet égard ne parvinrent nullement

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à changer leur opinion. Enfin, scientifiquement parlant, on ne trouve rien en Priessnitz de cette franchise d'un homme assuré des faits matériels sur lesquels repose sa conviction, d'un homme qui a poursuivi et mis en lumière une grande vérité nouvelle ou renouvelée; loin de là, quelque chose d'essentiellement faux dans ses regards et dans ses manières vous engage à douter des faits les moins récusables. Le mauvais accueil qu'il fait aux médecins est d'autant plus injuste, que c'est à eux qu'il est réservé de sauver sa méthode de la funeste exagération de ses propres partisans, et de fonder son avenir. Encore quelques années, et le nom de Priessnitz sera oublié de la foule que quelque nouveau hochet attirera, tandis que la médecine consignera ce nom dans ses fastes et le sauvera de l'oubli. Le meilleur moyen que je connaisse, et celui que je recommande à tout médecin qui voudrait visiter Graefenberg, c'est d'adoucir l'humeur revêche de Priessnitz par des cadeaux convenablement offerts.

« Priessnitz n'a rien écrit : le temps, dit-il, lui manque. Cependant ses idées et sa méthode ont été publiées et mises en pratique en Allemagne, en Angleterre et ailleurs, non-seulement par des personnes étrangères à la médecine, mais encore par beaucoup d'hommes de l'art. Jusqu'ici aucune université n'a encore jugé convenable de lui consacrer une chaire, ou même un examen clinique régulier. Les exagérations des partisans de l'hydrothérapie expliquent et justifient cette défiance bien naturelle, et beaucoup de temps s'écoulera sans doute avant que les esprits sérieux, effrayés de cette irruption des barbares dans le sanctuaire de la science, puissent démêler dans leur jargon inintelligible et dans leurs opinions extravagantes, autre chose que des prétentions insoutenables et l'amour de la nouveauté. Espérons que le temps, en faisant justice de ces exagérations ridicules, amènera aussi les hommes de science à examiner mûrement et sans prévention un mode de traitement dont les bases existent déjà dans la science, et dont les doctrines fondées sur le principe du contraria contrariis curantur, peuvent s'appuyer sur l'autorité d'Hippocrate et d'un grand nombre d'autres médecins du plus grand mérite.

.« J'adopterai, pour faciliter l'étude de l'hydrothérapie, les cinq divisions suivantes, fondées sur l'indication que la nouvelle méthode a pour but de remplir :

a 1° La méthode hygiénique ou prophylactique;

« 2° La méthode antiphlogistique;

a 3° La méthode antispasmodique;

a 4° La méthode altérante;

« 5° La méthode adjuvante ou auxiliaire.

« Les trois premières divisions comprennent beaucoup de choses déjà connues, mais trop négligées des médecins. La quatrième constitue plus particulièrement la méthode de Priessnitz, et la cinquième comprend toute

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application de l'hydrothérapie à une maladie qu'elle reconnaît ne pouvoir guérir, mais où son emploi peut avoir lieu utilement dans le but de soulager un ou plusieurs symptômes.

« 1° De la Méthode hygiénique ou prophylactique. Ici les modifications apportées aux règles ordinaires de l'hygiène consistent dans un fréquent emploi de l'Eau froide en boisson et dans son application à la surface du corps au moyen des procédés de l'hydrothérapie moderne, dont l'application pratique sera facilement saisie par chaque médecin. Mais comme moyen prophylactique, il devient indispensable d'adjoindre aux moyens purement hygiéniques, d'autres plus énergiques encore, tels que les sueurs forcées, la douche froide et les grands bains froids. On y a aussi recours dans l'intervalle des accès goutleux et chez des personnes qui croient avoir en elles un virus vénérien, ainsi que chez celles qui offrent une tendance aux scrofules, à la phthisie, etc.

« 2° La Méthode antiphlogistique est celle dont Gurrie a posé les bases scientifiques. Ici, c'est au moyen de la sédation qui résulte de la soustraction du calorique et de l'effet pr oduit sur le système nerveux par l'application brusque de l'Eau froide, que l'hydrothérapie cherche à faire cesser toute affection fébrile et inflammatoire, résultat auquel vient s'ajouter la dérivation opérée par les sueurs forcées et les frictions énergiques faites à la surface du corps avec de l'Eau plus ou moins dégourdie. Cette méthode s'applique, à l'aide de divers procédés hydriatiques , aux congestions, aux hémorrhagies , aux fièvres essentielles tant légères que graves , aux fièvres éruptives, aux affections rhumatismales aiguës, et à toutes les phlegmasies aiguës tant externes qu'internes; c'est par cette méthode qu'on dit avoir guéri des encéphalites, des apoplexies, des pneumonies, etc. L'Eau généralement froide, mais quelquefois dégourdie, est ici l'unique agent thérapeutique. L'application s'en fait au moyen d'enveloppements plus ou moins souvent renouvelés, dans le drap mouillé, mais quelquefois au moyen d'affusions ou d'immersions. L'Eau froide est administrée en même temps en abondance à l'intérieur, et lorsque, par suite de sa sédation énergiquement et constamment appliquée, la diminution du mouvement fébrile général commence à s'opérer et que la peau offre des signes de moiteur, on cherche à favoriser cette transpiration au moyen de procédés particuliers. Il est bien entendu que cette transpiration forcée ne trouve son application dans les maladies aiguës que lorsque la violence de l'inflammation est en grande partie brisée par l'effet sédatif des moyens mis précédemment en usage.

« 3° La Méthode antispasmodique est employée dans une foule de maladies nerveuses, comprenant depuis les simples malaises nerveux jusqu'à l'hypochondrie et les accidents hystériques les plus violents. Nous avons vu combien Gurrie , à l'exemple de beaucoup d'autres praticiens , avait

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retiré d'avantages de ce moyen. Nous avons dit que Pomme ne pouvait pas assez se louer des bons effets que l'Eau froide produisait dans ces affections rebelles, et cela, à l'exclusion complète de tout autre moyen pharmaceutique. Dans le traitement de certaines affections nerveuses, telles que la manie, l'épilepsie, les hydropathes ont eu peut-être moins à se louer de l'efficacité de l'eau que les anciens praticiens, parce que trop souvent l'hydrothérapie moderne s'obstine à appliquer aux maladies purement nerveuses un traitement altérant qui ne leur convient pas. Est modus in rébus. Si donc l'hydriatrie a quelquefois paru plutôt nuisible qu'utile dans le traitement du délire maniaque et de l'épilepsie, c'est parce qu'on appliquait à ces maladies des procédés beaucoup trop stimulants. Dans cette méthode on emploie des moyens à la fois calmants et toniques, comme un ou deux enveloppements dans le drap mouillé, l'Eau froide à l'intérieur en abondance, les frictions avec le drap mouillé, et, suivant les circonstances, les affusions, les immersions, les ablutions et frictions d'Eau froide faites avec la main mouillée, des douches de courte durée et l'exercice régulier au grand air. L'utilité de cette méthode est évidente dans beaucoup de lésions nerveuses de l'axe cérébro-spinal et de la moelle épinière en particulier, dans les crampes, les lésions de la motilité, les affections convulsives, la chorée, etc. ; et ses avantages ne paraissent pas moins réels dans quelques états nerveux singuliers de certains organes, tels que l'utérus, les mamelles et les testicules.

a 4° La Méthode altérante ou résolutive. Cette méthode est plus particulièrement celle qui a été imaginée par Priessnitz. Ici l'on emploie dans des degrés d'activité très-divers une foule de procédés qui modifient profondément l'économie: tels sont les transpirations provoquées dans des couvertures de laine sèches, soit dans des draps mouillés, et auxquelles on fait immédiatement succéder ou les immersions dans le grand bain froid, ou bien des frictions dans des bains partiels ; tels sont encore les douches froides de force diverse, les bains de siège plus ou moins froids et plus ou moins prolongés, les frictions énergiques faites avec la main mouillée sur la surface du corps, les applications plus ou moins étendues de compresses dites excitantes; tous moyens qui, joints à l'usage intérieur abondant de l'Eau froide, modifient profondément la vitalité et ont pour but de produire des réactions appelées crises. Toutes les affections chroniques sont traitées par ces procédés, auxquels viennent en aide un régime particulier très-substantiel, l'exercice de tout le système musculaire autant que le malade peut le faire au grand air, et l'abstinence complète de tout moyen pharmaceutique. Quelques affections chroniques de l'encéphale, beaucoup de celles du thorax et toutes celles de l'abdomen, la goutte et le rhumatisme chroniques, les affections hémorroïdales , les symptômes syphilitiques primitifs, secondaires ou tertiaires, les maladies chroniques de la peau, les ulcères chroniques des membres inférieurs, les fistules urinaires, les rétrécissements de l'urètre, les exostoses et

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autres maladies chroniques des os, les affections scrofuleuses, les tumeurs blanches, etc., etc., sont journellement traitées à Graafenberg, et quelquefois très-avantageusement, par la méthode altérante que nous signalons.

« C'est au moyen de la vive et forte réaction, ainsi que de la profonde modification que ce traitement imprime à toutes les fonctions organiques, que l'on peut expliquer la résolution et la disparition de beaucoup d'engorgements chroniques obtenus par l'hydriatrie. C'est par l'élimination de tout ce qu'elle croit étranger et nuisible au corps, qu'elle cherche à produire la guérison: espérant que, quand même l'excitation et la stimulation générales imprimées à l'économie ne parviendraient pas à obtenir cette élimination complète, du moins la maladie organique serait arrêtée dans sa marche, èt pourrait même exécuter un mouvement de retour vers la guérison.

« Les diverses réactions que l'on voit se produire dans l'emploi de la méthode résolutive sont désignées sous le nom de crises, et considérées comme des efforts de la nature pour opérer l'expulsion de la cause morbifique. C'est d'après ces doctrines humorales que les hydropathes expliquent la résolution et la disparition des engorgements de toute espèce, tant des divers viscères abdominaux que de ceux des articulations. Ils expliquent de la même manière la guérison des maladies que l'on place sous la dépendance du système de la veine porte et des veines variqueuses du rectum. En un mot, on obtient suivant eux, au moyen de cette méthode, tous les effets que l'on voit survenir après l'emploi des eaux thermales les plus accréditées. La durée du traitement est en général longue, et le courage et la patience du malade sont bien souvent mis à une rude épreuve.

« 5° La Méthode auxiliaire ou adjuvante est celle qu'on emploie dans les maladies qui ne permettent pas d'espérer une guérison radicale, mais dans lesquelles l'hydriatrie, convenablement appliquée, peut encore rendre des services importants. Dans les maladies du cœur, dans certaines affections pulmonaires chroniques et dans diverses paralysies, le praticien pourrait trouver une ressource précieuse dans l'emploi de cette méthode de traitement. J'ai vu à Grtefenberg un malade atteint d'une lésion organique grave du cœur, accompagnée de catarrhe pulmonaire chronique et d'asthme, qui, forcé de garder le lit pendant quinze jours par suite de l'augmentation momentanée des accidents catarrheux et asthmatiques, quittait la chambre à l'expiration de ce temps, et grâce à l'hydrothérapie, aussi frais que s'il n'avait passé que vingt-quatre heures au lit; aussi ce malade, sans compter sur une guérison radicale, ne pouvait pas assez se louer de ce traitement qui produisait chez lui un effet aussi remarquable, car jusqu'à ce qu'il l'eût mis en usage, il ne sortait de son lit, après y avoir été retenu huit à dix jours par l'augmentation du catarrhe ou de l'asthme, que pâle, affaibli, exténué, et pouvant à peine se traîner. Sans

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doute les moyens employés, qui paraissent bien simples à Grsefenberg, pourraient effrayer à Paris : leur application exige de la part du malade beaucoup de confiance dans le remède. Ainsi, tous les matins, celui dont je parle, un homme de soixante ans, se plaçait à côté de son lit sur un tabouret, et on le frictionnait partout avec un drap mouillé d'Eau froide pendant deux à trois minutes, puis le séchant bien et plaçant des compresses excitantes sur les jambes engorgées, on le remettait au lit; d'autres fois c'était dans un bain partiel à 12" R. qu'il se plaçait pendant quelques minutes, et dans lequel on le frictionnait partout avec vigueur. Chez les phthisiques sans espoir de guérison, en proie à une fièvre lente qui les mine, tourmentés par des sueurs nocturnes qui les épuisent, l'hydrothérapie, offre un moyen auxiliaire des plus heureux, pourvu toutefois que l'imagination du malade ne s'en effraye point. Dans ces cas, mieux qu'aucun autre remède, des enveloppements répétés dans le drap mouillé calmeront cette fièvre ardente, et rendront à la peau une tonicité que nul autre moyen ne produirait, si ce n'est l'affusion froide. L'hémiplégique et le paraplégique trouveront dans ce traitement un moyen auxiliaire des plus utiles, quand même la gravité du mal défendrait de compter sur une guérison complète. C'est ainsi que nous avons vu à Grsefenberg des paraplégiques, que Priessnitz considérait lui-même comme incurables, employer avec grand avantage, sous sa direction, des frictions avec le drap mouillé faites pendant quelques minutes sur toute la surface du corps, et la stimulation de la douche froide prise partout, excepté sur la colonne vertébrale, pendant une à deux minutes. Grâce à ce moyen, la santé générale si délabrée, était devenue florissante, et, bien que les mouvements des membres inférieurs restassent fort incomplets, le malade n'avait pas renoncé à tout espoir de guérison. Chez la même personne, l'agitation extrême que l'on remarque si souvent chez les malades atteints de ces sortes d'affections, était calmée d'une manière remarquable par quelques enveloppements dans le drap mouillé.

« Les hydropathes considèrent l'hydriatrie comme un moyen auxiliaire dans le traitement du coryza, qui n'offre aucune gravité en lui-même, qui n'exige pas de traitement général, et où le risque de brusquer la maladie n'est compensé par aucun avantage. Dans le traitement des fièvres éruptives, et de la variole en particulier, cette méthode, d'après eux, soutient les efforts de la nature et fait parcourir à la maladie, en les raccourcissant, ses diverses phases. Mais il est évident que si la fièvre éruptive est légère, on laissera faire la nature ; et que si l'on a recours à l'hydrothérapie, c'est qu'il existera des symptômes qui réclament son secours. Dans ces cas, ainsi que Currie l'a prouvé jusqu'à la dernière évidence, c'est par la soustraction du calorique et l'effet antispasmodique du remède que l'avantage s'opère, que le calme renaît et que les congestions intérieures se dissipent. L'hydriatrie, dans ces cas, n'est donc pas auxiliaire, mais sédative et antiphlogistique à sa manière.

« Employée dans les convalescences comme moyen adjuvant, l'hydro-

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thérapie appliquée avec discernement peut rendre des services éminents. Des ablutions générales et courtes d'Eau froide ou à une température appropriée, ou bien des frictions pratiquées avec le drap mouillé, concourront, avec l'exercice, à fortifier le malade et à le rendre promptement à la santé. Les mouvements fébriles plus ou moins prononcés, et les agitations nerveuses qui tourmentent tant de convalescents, seront combattus avec un notable succès par l'enveloppement dans le drap mouillé, moyen qui offrira de plus l'immense avantage de ne point affaiblir le malade dans un moment où il importe tant de ménager ses forces.

« Ces divisions, auxquelles on se gardera bien d'attacher trop d'importance, auront du moins l'avantage de permettre à ceux qui ne connaissent pas l'hydrothérapie moderne, de pouvoir considérer dans son ensemble cette branche de la science médicale : de ce coup d'œil résultera la conviction de l'étendue des applications auxquelles on peut employer ce remède. Il n'existe, en effet, qu'une seule classe d'agents thérapeutiques, celle des purgatifs, dont l'emploi ait jamais été aussi étendu et aussi général. Et ces moyens, dont on a voulu aussi faire une panacée universelle, ont rendu en effet des services signalés tant dans les affections aiguës que dans les diverses maladies chroniques et nerveuses. Le rapprochement des purgatifs et de l'hydrothérapie est d'autant plus exact, que dans les deux cas ceux qui les prônent leur attribuent particulièrement le pouvoir d'évacuer, d'expulser de l'économie les humeurs peccantes; de tout guérir, en un mot, grâce à leurs vertus dépuratives. Cette doctrine, si elle n'est pas celle du jour, mérite cependant considération; car le grand Sydenham luimême, en parlant d'une affection peu humorale en apparence, la chorée, ne nous dit-il pas : « Cum affectus iste (Chorea Sancti Viti) ab humore alia quo in nervos irruente, quorum istius modi motus praeternaturales produ- « cuntur, penriere mihi 'videretur. » (Opéra omnia, L. I, p. 362.) Les purgatifs ne constituent-ils pas la base du traitement? Aussi doit-on se montrer peu exigeant envers Priessnitz, si pour lui toutes les maladies résultent de la présence dans l'économie d'une humeur qu'il importe d'évacuer. Cette manière d'expliquer l'effet des remèdes,en leur attribuant des vertus dépuratives, parle beaucoup à l'imagination, non-seulement du vulgaire, mais aussi des classes instruites, et contribue puissamment à rendre populaires les méthodes de traitement qui sont basées sur cette doctrine. Priessnitz opère sa dépuration par l'enveloppe extérieure ; les purgatifs exercent leur action sur la peau intérieure, et chaque parti compte des guérisons nombreuses, avérées et remarquables.

« En réfléchissant au point d'où Priessnitz est parti, celui de quelques données vagues sur les vertus curatives de l'Eau, accompagnées de l'injonction de frotter la partie malade avec de l'Eau froide et d'y poser des compresses mouillées, et en comparant ce point de départ si infime avec l'application immense et souvent très-avantageuse qu'il a su faire du remède que le hasard avait mis entre ses mains, on ne peut se défendre d'une sorte d'admiration pour sa persévérance et pour son énergie. L'effi-

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

cacité réelle du remède dans une foule de cas, la hardiesse et le sang-froid de Priessnitz, jointes à l'expérience que les exagérations des malades euxmêmes lui ont fournie, expliquent ce résultat extraordinaire. Les exagérations de mes malades, lui ai-je entendu dire à plusieurs reprises, m'ont beaucoup appris. En effet, ce qu'il n'osait pas tenter, ses malades l'exécutaient, et le résultat fut pour lui d'accroître sa propre expérience, soit que les suites fussent heureuses ou fâcheuses. Loin de se contenter des résultats obtenus, Priessnitz est toujours préoccupé de quelque idée nouvelle, et abandonne volontiers la voie qu'il s'était tracée dès qu'il s'aperçoit qu'une autre le conduira plus tôt au but qu'il se propose. C'est ainsi qu'il a de luimême renoncé à faire transpirer sans distinction tout le monde, même deux fois par jour. Les enveloppements dans le drap mouillé avaient remplacé en quelque sorte les sueurs pendant quelques années ; maintenant il montre une extrême prédilection pour les immersions alternatives, d'abord dans un bain partiel d'Eau dégourdie, où l'on frotte bien le malade pendant quelques minutes et d'où on le retire pour le plonger dans le grand bain froid ; de ce bain le malade retourne au bain partiel et aux frictions, et de là au grand bain froid, et ainsi de suite quelquefois jusqu'à ce qu'un état de syncope force à le porter au lit : actuellement donc ces bains alternants et l'enveloppement dans le drap mouillé ont le pas sur les transpirations forcées. La modération comparative avec laquelle Priessnitz applique maintenant sa méthode, me paraît un aveu tacite de son exagération première ; le résultat des fautes commises a été une grande expérience personnelle, et cette expérience, il la prouve, selon moi, en mitigeant la sévérité du traitement primitif. »

Cette exposition attachante que nous n'avons voulu ni interrompre ni abréger, suffira certainement au lecteur pour prendre une juste idée de l'hydrothérapie. Mais bien que d'après cet aperçu général, l'application de l'hydriatrie semble une chose facile, le praticien qui n'aurait que de telles données pour se guider dans l'administration de cette méthode de traitement, ne pourrait remplir toutes les conditions exigées pour le succès. Il faudrait donc reprendre en détail la description de chacun des procédés et spécifier ses indications particulières. Aussi conseillons-nous à tous les médecins qui voudraient se livrer à la pratique de l'hydrothérapie, d'en étudier les administrations diverses dans l'ouvrage consciencieux que nous venons de mettre à contribution, ainsi que dans celui de M. Scoutetten.

Un ouvrage plus complet et plus scientifique encore a paru sur cette matière depuis notre quatrième édition : nous voulons parler du Traité pratique et raisonné d'hydrothérapie de M. Fleury.

Ce médecin distingué a créé en quelque sorte l'hydrothérapie méthodique à Paris, et il manie cette héroïque médication avec une habile énergie. Indépendamment des succès qu'il a obtenus dans toutes les maladies chroniques où déjà l'efficacité de l'hydriatrie était consacrée , il l'a appli-

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quée avec des résultats dignes d'attention aux fièvres intermittentes réfractaires avec engorgement des viscères du ventre, et aux affections utérines. Nous avons des raisons de croire à la supériorité de cette médication sur presque tous les autres traitements ordinaires, dans ces dernières maladies.

Les maladies goutteuses et rhumatismales dans leurs formes articulaires invétérées, chez les sujets robustes, sont encore un des triomphes de l'hydriatrie entre les mains de M. Fleury.

La lecture de cet ouvrage fera tomber bien des préventions et répandra utilement une médication qui est une des conquêtes thérapeutiques les plus sérieuses du dix-neuvième siècle.

Lorsqu'on ne cherche daus l'hydriatrie qu'une médication tonique, nous pensons que les bains de mer peuvent la remplacer avec avantage. Si à l'action tonique on veut joindre l'effet altérant ou dépuratif, l'hydrothérapie offre des ressources qu'on ne trouve plus dans le bain de mer. Il n'est guère probable que le passage prolongé d'une immense quantité d'eau à travers l'appareil circulatoire et tous les organes sécréteurs, soit une chose indifférente à l'économie et ne puisse modifier profondément certains états morbides, comme la goutte, les rhumatismes chroniques, les dartres invétérées, etc., affections contre lesquelles le bain de mer a peu de puissance curative.

Il est encore un autre progrès introduit par le paysan de Graefenberg dans la médication par l'eau froide : ce sont les applications locales variées, ingénieuses et utiles qu'il a faites de ce grand moyen thérapeutique. Ces administrations topiques de l'eau froide faites avec prudence et précision sont appelées à prendre un rang distingué dans la thérapeutique, soit comme moyens sédatifs, soit comme moyens toniques, soit comme moyens résolutifs. L'application doit en être surveillée par un médecin intelligent.

La découverte du chloroforme et de l'éther et de leurs applications anesthésiques a stimulé le génie des physiologistes et des chirurgiens. On a voulu trouver des topiques capables d'éteindre la sensibilité de la peau des parties qui allaient être soumises à l'action du fer et du feu, sans exposer les patients à des absorptions toxiques dont les dangers ne sont aujourd'hui que trop constatés.

Le plus efiicace de ces moyens est sans doute la glace pilée mêlée à parties égales de sel marin , renfermée dans une gaze et appliquée sur la peau qu'on veut rendre insensible. Il suffit de quatre à cinq minutes de contact du mélange réfrigérant pour que l'insensibilité soit produite. On s'en assure de deux manières : d'abord par l'aspect de la peau, qui, sur les points glacés, devient blanchâtre et dure comme par le fait de certaines éruptions d'essera ou de porcelaine, si ce n'est qu'elle est froide comme une peau de cadavre durcie par la gelée.

De plus, on peut y enfoncer impunément une épingle. Nous avons souvent employé ce procédé pour appliquer le feu dans les névralgies, et les malades n'ont jamais ressenti les premières brûlures.

ii. A8

784 SÉDATIFS ET CONTRO* STÏMI1 UNTS .

L'anesthésie complète dure plusieurs secondes , et plusieurs secondea incomplète; elle persiste plus longtemps quand l'opération est pratiquée avec le bistouri, et cela se comprend facilement. (Pour plus de détails, voir au chapitre de la Médication anesthésique, page 218.)

Les agents thérapeutiques que nous rangeons à la suite du Froid et sous le même titre que lui, sont pourtant loin de lui être analogues en tout point. On doit même dire qu'aucun d'eux ne possède toutes ses propriétés. Ils jouissent seulement d'actions sédatives spéciales à la manière des substances narcotico-âcres que les médecins de l'école italienne appellent des contro-stimulants. C'est surtout sur la chaleur animale et les mouvements du cœur qu'ils exercent leur vertu sédative. On peut dire avec vérité , pour légitimer leur rapprochement avec le Froid, qu'ils enchaînent les manifestations d'activité vitale par une action directe et comme ennemie de la vie; mais leur influence n'est pas uniformément dépressive; et souvent, en même temps qu'ils apaisent une manifestation vitale, ils en excitent une autre; c'est ce qui se voit surtout lorsqu'ils agissent comme poisons, et qu'ils produisent ces phénomènes ataxiques singuliers qui caractérisent les intoxications par les substances narcotico-âcres. Presque tous aussi sont diurétiques. Leur place se trouve donc mieux ici que partout ailleurs.

DIGITALE

MATIÈRE MÉDICALE

La Digitale "pourprée (Digitalis purpurea) est une plante bisannuelle, indigène, de la famille des Scrofulariées, didynamie angiospermie de Linné. Elle croît dans les lieux pierreux et sablonneux, et fleurit en juin et en juillet. On se sert principalement des feuilles radicales.

Caractères génériques. Calice persistant à divisions inégales ; corolle en cloche, ventrue; limbe court, oblique, à quatre divisions obtuses, inégales, dont la supérieure est souvent échancrée, quatre étamines didynaines; un style; capsule ovoïde, loculaire.

Caractères spécifiques. Folioles calicinales ovales, aiguës; corolle obtuse, lèvre supérieure entière. L'intérieur du ventre de la corolle est marqué de taches en forme d'yeux; les feuilles sont rugueuses; la tige est simple, anguleuse, velue; les feuilles sont oblongues, aiguës, brun vert en dessus, blanchâtres en dessous; les fleurs sont d'une couleur purpurine, attachées le long d'un seu. côté de la tige et pendantes.

Le principe actif de la Digitale, que Leroyer, de Genève, croyait être un alcaloïde, paraît avoir été enlin isolé à l'état de pureté par MM. Homolle et Quévenne.

La digitaline, obtenue par ces chimistes, se présente sous la forme d'une poudre blanche, amorphe, inodore, d'une saveur excessivement amère , sensible surtout à l'arrière-gorge.

Elle est à peine soluble dans l'eau froide, un peu plus soluble dans l'eau bouillante, soluble en toutes proportions dans l'alcool faible ou concentré.

L'éther pur n'en dissout que des traces.

La digitaline est un composé ternaire, ne renfermant pas d'azote, et parfaitement neutre aux papiers réactifs.

Elle est également incapable de se combiner avec les acides ou avec les alcalis.

Poudre de Digitale.

Il faut, d'après le Codex, pulvériser la Digitale en s'arrêtant lorsque les trois quarts ont été réduits en poudre.

Les feuilles radicales doivent être récoltées avant la floraison. On les dessèche à l'étu ve avec soin, et on les enferme dans des flacons bien bouchés.

Tisane de Digitale.

Pr.: Feuilles sèches de Digitale, 25 centig. Eau bouillante, 1000 gram.

W81TAII.

Faite» infuser pendant une demi-heure, passez.

Sirop de Digitale.

Pr. : Feuilles de Digitale, It gram.

Eau bouillante, 500 Sucre blanc, q. s.

On fait infuser la plante, on passe avec expression, et l'on clarifie la liqueur par le repos ou la ûltration; on y fait fondre au bain-marie le double de son poids de sucre. 30 grammes (1 once) contiennent la substance soluble de 20 centigrammes (4 grains) de Digitale.

Extrait aqueux de Digitale.

Pr. : Feuilles sèches de Digitale, q. s.

On réduit la plante en poudre demi-fine; on l'humecte avec la moitié de son poids d'eau à 20"; on la tasse modérément dans l'appareil à lixiviation, et on la lessive; les liqueurs, chauffées au bain-marie et passées, sont évaporées enconsistanced'extrait.

Extrait alcoolique.

Pr. : Digitale, q. v.

Alcool à 50° (21° Cart.), q. s.

Opérez par la méthode de lixiviation.

De ces deux extraits, le premier est considéré par M. Juret comme bien préférable à l'extrait alcoolique, qu'il accuse d'être infidèle. M. Soubeiran ne partage pas cette idée, et donne, au contraire, la préférence à ce dernier.

Teinture de Digitale.

Pr. : Digitale sèche, 1 part.

Alcool à 80° (31° Cart.), 4

Faites macérer pendant quinze jours ; passez avec expression; filtrez. Cinq parties de teinture représentent un peu moins d'une partie de Digitale.

On prépare aussi un alcoolature et une teinture éthérée de Digitale; mais ces médicaments sont plus rarement employés.

La teinture éthérée de Digitale considérée généralement comme plus active que la teinture alcoolique, ne serait, d'après M. Quévenne qu'une dissolution de chlorophylle dans l'éther, et ne renfermerait que des traces de Digitaline; aussi est elle aujourd'hui, avec juste raison, à peu près abandonnée.

Pommade de Digitale.

Pr. : Digitale fraîche, 1 part.

Axonge, 2

Faites eulre à un feu doux jusqu'à con» somption de l'humidité.

Granules de digitaline.

(Homolle et Quévenne.)

Pr. : Digitaline, 5(10 gram.

Sucre blanc, 24 k. 500

pour cinq cent mille granules, que l'on préparera à la manière des anis de Verdun. Chaque granule renferme 1 milligramme de digitaline, et équivaut à environ 10 centigrammes de poudre de Digitale, pour l'action thérapeutique.

Cette forme du médicament offre, suivant MM. Quévenne et Homolle, le triple avantage d'un dosage sûr et facile, d'une administration commode et d'une conservation indéfinie. Uniquement formés de sucre et de digitaline, ces granules, quoique durs, se dissolvent facilement dans le suc gastrique, comme les auteurs l'ont constaté expérimentalement.

Dose. De 2 A 4 et 5 granules dans les vingt-quatre heures, rarement davantage.

Suspendre l'usage du médicament si l'on voit survenir des nausées ou quelque autre signe d'intoléiance très-marquée annonçant l'imminence de l'effet éméto cathartique que la digitaline, comme la Digitale, est susceptible de produire à ilose trop élevée.

Nota. 11 est extrêmement rare de, remontrer des idiosyncrasies qui ne peuvent supporter plus de 1 à 2 milligrammes de digitaline sans éprouver quelques signes d'irritation du côté des voies digestives. On trouve plus souvent des sujets chez lesquels on peut élever la dose au delà de 5 milligrammes, et aller jusqu'à 7 ou 8 ; mais il ne faut le faire qu'avec beaucoup dfe circonspection, en observant souvent et avec soin le malade pour s'arrêter au moindre signe d'intolérance. Dans la très-grande majorité de ces cas, les neuf dixièmes, par exemple, la dose efficace pour influencer la circulation ou la sécrétion des urines, sans inconvénient pour les autres fonctions, est comprise dans les limites de 2 à 4 milligrammes. (Homolle et Quévenne, Hervieux, Sandras; Ann. de Thérapeutique de Bouchardat, 1849 et 1850". )

Sirop de digitaline.

Pr. : Digitaline, lOcentig.

Sirop de sucre, 2 kijog.

Faites une dissolution alcoolique de digitaline, que vous ajouterez au sirop.

Il contient 1 milligramme de digitaline par 20 grammes de sirop.

Deux à cinq cuillerées par jour, pur, ou mieux dans un verre d'infusion appropriée.

THÉRAPEUTIQUE

Il est surprenant qu'une plante dont les propriétés médicinales sont si puissantes et si singulières, n'ait pas figuré plus tôt dans la classe des

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

végétaux qui fournissent à la matière médicale tant et de si héroïques agents, lorsqu'on voit Dioscoride, Aétius, accorder les propriétés les plus merveilleuses à une foule de simples dont la réputation est venue se perdre dans les temps modernes. En effet, c'est seulement en 1721 qu'au rapport de Murray, on voit la Digitale admise dans la pharmacopée de Londres, d'où elle est d'abord bannie pour reparaître en 1788, et prendre place définitivement dans les Traités des drogues. Murray attribue cette fluctuation à l'idée exagérée qu'on se faisait des propriétés vénéneuses de cette plante. C'est à dater des travaux de Withering, médecin anglais, que sa vertu antihydropique ou hydragogue fut incontestablement reconnue, et que son efficacité fut tellement vantée, qu'on crut l'humanité à jamais prémunie contre les hydropisies. Cet espoir devait être bientôt déçu.

C'est à la même époque que Cullen, ami de Withering, signala en même temps que lui une autre propriété de la Digitale pourprée, qui, jointe à celle sur laquelle Withering venait d'appeler l'attention, complète à peu près ce qu'on doit retenir et étudier de l'action thérapeutique de cette plante : nous voulons parler de l'influence sédative qu'elle exerce sur le grand appareil de la circulation, et principalement sur le cœur, dont elle ralentit singulièrement les mouvements. C'est pour cela qu'elle a mérité d'être appelée l'opium du cœur.

La Digitale a des propriétés générales qui devraient la classer parmi les végétaux narcotico-âcres dont elle produit physiologiquement tous les effets caractéristiques. Mais comme parmi ces effets domine surtout la diurèse qui ne se fait guère remarquer dans l'action immédiate des plantes narcotico-âcres, et la sédation du pouls, qui, bien qu'elle fasse partie de cette action, n'est pourtant pas aussi marquée et aussi spécifique après l'absorption de la belladone, du datura, de la ciguë, de l'aconit, etc., qu'après celle de la Digitale, c'est sous le titre de ces deux propriétés principales, savoir, l'action diurétique et l'action sédative du cœur, que le végétal dont nous nous occupons a été classé dans la Matière médicale.

Effets physiologiques. La Digitale exerce une action locale irritante, mais à la manière de tous les agents morbifiques qui attaquent les tissus et peuvent les désorganiser. Sa poudre, appliquée sur une membrane muqueuse ou sur le derme dénudé, y produit une irritation fort cuisante, puis une phlegmasie qui peut aller jusqu'à l'ulcération. Mais ce serait tomber dans l'erreur que de faire procéder de cette lésion locale les phénomènes généraux spécifiques qui appartiennent à l'absorption de la Digitale, et qui résultent de son action immédiate sur le système nerveux au moyen du sang qui s'en fait le véhicule et le dissolvant. Dans la doctrine physiologique, il faut cependant, pour être rigoureux, admettre que la diurèse, les vertiges, la titubation, l'obnubilation de la vue, la faiblesse musculaire, le délire, les sueurs froides, la rareté et l'intermittence du pouls, la lenteur de la respiration, le froid général ou partiel, la somno-

DIGITALE

lence, la cécité, etc., sont les effets sympathiques de l'irritation portée sur l'estomac par la Digitale.

Ainsi ingérée, elle est un poison violent, comme l'attestent plusieurs accidents causés chez l'homme par de funestes méprises, et la mort qu'elle ne manque pas de donner aux animaux. Et ce qui prouve mieux que toute autre chose, que les accidents généraux qui déterminent la mort et l'espèce d'empoisonnement si particulier propre à la Digitale, sont bien plus idiopathiques que sympathiques, c'est que tous ces accidents sont rapidement produits par l'injection dans les veines d'une solution des extraits de cette plante. Au reste, s'il en était autrement, on ne voit pas pourquoi un irritant quelconque, appliqué sur l'estomac et sur toute autre surface irritable, ne donnerait pas lieu aux phénomènes caractéristiques qu'on n'attribue qu'à la Digitale et à quelques autres plantes narcoticoâcres.

Après de nombreux tâtonnements, MM. Quévenne et Homolle sont parvenus à isoler un principe très-pur, auquel ils conservent le nom de digitaline que lui ont déjà donné les chimistes.

Les expériences sur les animaux (lapins et chiens) et sur lui-même, auxquelles M. Homolle a soumis son principe amer de la Digitale, ne laissent aucun doute sur l'extrême activité de ce principe.

Les résultats des expériences faites sur les lapins, comparés à ceux des expériences faites sur les chiens, nous ont paru assez intéressants pour que nous désirions attirer l'attention sur eux. Voici les résultats d'abord sur les lapins :

1° L'absorption complète du principe amer par les vaisseaux sans trace d'inflammation ou de suppuration ; 2° L'absence complète de vomissements;

3° Les effets toxiques obtenus par l'absorption sous-cutanée d'une dose cinq fois plus faible que celle confiée à l'estomac dont la force assimilatrice a pu être assez puissante pour digérer un corps éminemment délétère. Ne peut-on pas voir là un exemple de cette prévoyance de la nature, qui donne à l'herbivore la faculté de s'assimiler des substances du règne végétal vénéneuses pour d'autres espèces ?

Chez le chien, les doses semblables appliquées sous la peau, comme chez le lapin, ont produit des inflammations phlegmoneuses et gangréneuses ; le tube digestif a été violemment offensé, ce qui n'a pas eu lieu chez le lapin.

Ainsi, voilà un herbivore qui supporte un poison à peine toléré par un carnassier, quelle que soit la voie d'absorption qu'on choisisse. Ce poison cautérise en quelque sorte les chairs du chien, et ne produit qu'une irritation à peine sensible sur celle du lapin. Il en est de même pour les effets toxiques tant généraux qu'exercés sur l'estomac.

Quant à l'influence sédative sur la grande circulation, elle n'a été appréciable que dans les expériences tentées sur lui-même par M. Homolle. Cet effet spécial a presque toujours coïncidé avec la diurèse.

7Ô8 SÉDATIFS ET C0NTRQ-ST1MULANTS.

Dans une de ces expériences, le principe amer de la Digitale pris pendant trois jours consécutifs, à la dose de 5 milligrammes, répétée chaque jour à quatre ou cinq heures d'intervalle, a produit des effets appréciables sur la circulation, outre certains phénomènes d'intoxication. Le ralentissement dp pouls a été progressif, et le troisième jour celui-ci est descendu à cinquante pulsations. Ce ralentissement a été suivi d'irrégularité et d'imtermiltences ; puis, après la cessation du médicament} ce ralentissement du pouls s'est prolongé deux jours entiers, diminuant progressivement jusqu'au type normal.

Ces expériences sont, de plus, confirmatives d'un fait depuis longtemps reçu, savoir que, pour exercer son action sédative sur la circulation, la Digitale doit être administrée à faibles doses. Il en est de même du camphre et de quelques autres médicaments narcotico-âcres.

Enfin, M. Homolle ayant essayé comparativement l'action de son principe amer et de la poudre de Digitale, est arrivé à ce résultat : que ce principe a non-seulement une action pareille à celle de la plante d'où il est extrait, mais que cette action sur l'économie est approximativement cent fois aussi grande que celle de la poudre de la planle sèche.

Les expériences cliniques d'un grand nombre de médecins des hôpitaux auxquelles nous pouvons joindre les nôtres, tendent à faire prévaloir de plus en plus la digitaline sur la Digitale. Le ralentissement du pouls qu'on obtient par la digitaline administrée depuis 2 jusqu'à 6 et 8 granules progressivement par vingt-quatre heures, est vraiment très-remarquable. M. Bouillaud la regarde comme un des meilleurs succédanés du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes. La variété d'action de la poudre de Digitale, suivant les années et les officines, doit contribuer encore à lui faire préférer la digitaline, lorsqu'on n'a pas à redouter l'action toxique très-irritante de cet alcaloïde sur l'estomac et les centres nerveux.

Une chose fort remarquable et à laquelle on n'a pas fait assez attention, c'est que tous les sédatifs de la circulation sont diurétiques, et réciproquement, que tous les diurétiques sont sédatifs de la circulation , à commencer par le froid, jusqu'au nitrate de potasse, à la Digitale, à la sci|le, aux pointes d'asperges, à l'éther, etc.... D'où vient cette communauté de propriétés, cette liaison intime entre l'une et l'autre de ces actions? car il y a là plus qu'une coïncidence ; on ne peut y méconnaître un rapport qui tient à ce que, entre le plus ou le moins d'activité de la sécrétion urinaire et de la circulation du sang, il existe une relation physiologique dont on n'a pas recherché la loi.

Un fait tout d'abord doit frapper, fait opposé au précédent : c'est que toutes h s causes qui stimulent la circulation, la calorifipatiqn, les fonction végétatives et l'action de la peau, diminuent la sécrétiop de l'urine. Ainsi agissent les fièvres essentielles générales et les médicaments sudorifiques, échauffants, pyrétogénéliqties. D'un autre côté, nous voyons tout ce qui agit dans un sens opposé, tout ce qui enraye les fonctions végétatives, ce qui diminue la chaleur organique et l'action cutanée,

DIGITALE

affaiblir l'action du cœur, etc., déterminer une diurèse copieuse. Dans ce cas sont la syncope, la peur, la période de frisson des fièvres, l'état qu'on désigne sous le nom de vapeurs, l'asthme nerveux, l'hypochondrie, les

médicaments antispasmodiques, le froid, etc , toutes circonstances qui

diminuent la fonction de calorification, l'action du cœur, et qui en même temps font rendre des urines copieuses et limpides.

On peut donc mesurer la puissance sédative et antivitale d'un agent thérapeutique par sa puissance diurétique, et réciproquement. Mais estce l'action diurétique qui produit l'action sédative, ou bien la première est-elle due à celle-ci? Nous pensons que c'est parce que la Digitale est un agent directement antivital et sédatif qu'elle produit la diurèse, au même titre que nous pensons qu'un bain frais ou le sentiment de la peur n'augmentent subitement la sécrétion et l'émission des urines que parce qu'ils ont primitivement causé une sédation profonde. Il semblerait que lorsque les fonctions végétatives et plastiques se ralentissent, comme dans les circonstances citées, lorsque l'action exhalante de la peau est diminuée, que le sang n'a pas une circulation périphérique bien énergique, toute la sérosité qui n'est pas employée par ces fonctions trouve à s'échapper à travers l'émonctoire uropoiétique; et ce qui vient à l'appui de cette idée, c'est que dans ces diurèses dues à la sursédation de l'organisme, les urines sont limpides, peu denses, d'une pesanteur spécifique peu considérable, très-peu chargées de matière colorante. Il est à remarquer aussi que toutes les causes physiques ou morales qui enchaînent les manifestations d'activité vitale et jettent l'économie dans la sédation, comme les syncopes, la peur et certains agents delà Matière médicale, etc , augmentent considérablement l'absorption-, et comme cette absorption s'exerce d'abord sur les liquides les moins animalisés et les plus ténus, tels que la sérosité, on trouve encore dans cette circonstance une nouvelle condition de diurèse et une manière de concevoir l'action utile des médicaments analogues à la Digitale dans le traitement des hydropisies ou des épanchements séreux.

Effets thérapeutiques. L'intelligence de ces effets résulte clairement de ce qui vient d'être dit de l'action physiologique de la Digitale. Nous n'avons à nous occuper ici des effets qu'en tant qu'ils se rapportent à la médication sédative, puisque ailleurs nous avons parlé des diurétiques et des indications qu'ils peuvent remplir. La Digitale a bien aussi été employée pour satisfaire à d'autres besoins qu'à ceux de modérer l'action du cœur; mais on ne la compte plus, comme sur la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, parmi les spécifiques si nombreux inventés et prônés contre la phthisie pulmonaire et les scrofules; et si ce n'était l'école contro-stimuliste d'Italie, qui en a fait un usage héroïque et plus puissant que la saignée dans le traitement des fièvres et des phlegmasies aiguës, les Traités de matière médicale moderne devraient se borner à la mentionner exclusivement dans le traitement des affections organiques ou non organiques du cœur et des épanchements séreux.

Il est fort curieux que les deux maladies dans le traitement desquelles la

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Digitale a «ne action incontestablement utile, se trouvent très-souvent réunies. En effet, lorsque les affections organiques du cœur sont parvenues à un certain degré de développement et au point d'apporter un obstacle notable à la circulation veineuse, divers épanchements, d'abord cellulaires, puis splanchniques, finissent presque toujours par compliquer la maladie primitive. Alors, la Digitale remplit simultanément les deux indications capitales auxquelles elle est appropriée, on peut le dire, exclusivement.

Pourtant, c'est alors que n'existent pas encore les infdtrations cellulaires et les épanchements séreux, que l'administration de la Digitale peut rendre le plus de services dans le traitement palliatif des maladies organiques du centre circulatoire. Nous avons vu, à cette période, l'emploi sagement gradué et ménagé de la poudre de Digitale placer les malades dans un tel amendement, qu'ils croyaient à jamais conjurée leur inexorable maladie, et que sans la persistance des signes physiques, l'illusion du malade aurait pu aussi nous gagner, tant était complète la disparition des signes physiologiques ou rationnels. Pourtant, après quelques mois, de nouvelles palpitations, une dyspnée plus intense, ramenaient les inquiétudes du malade. Quelques doses de Digitale avaient bien encore le pouvoir de calmer ces expressions symptomatiques, jusqu'à ce qu'enfin cette vertu s'usât et ne jouît plus que du faible et inconstant privilège d'apporter quelque répit incomplet aux angoisses orthopnéiques des malheureux anévrismatiques.

On doit encore s'estimer très-heureux lorsque l'action de la Digitale ne fait que s'user successivement et qu'on n'est pas forcé d'en suspendre l'usage en raison de l'intolérance, de l'irritation, des chaleurs, du pyrosis, des dyspepsies que cette poudre détermine quelquefois d'emblée, d'autres fois après un temps plus ou moins long; ce qui fait qu'on ne doit jamais abuser de la tolérance des malades, et qu'il faut suspendre de temps en temps la médication, car il est plus facile de prévenir l'inconvénient dont nous parlons que de le faire cesser et de s'en rendre maître lorsqu'il existe. Très-souvent, alors, on ne peut plus vaincre cette intolérance, et les moindres doses reproduisent une irritation mal éteinte, d'autant plus que beaucoup d'anévrismatiques sont goutteux et ont un estomac, par conséquent, fort intraitable.

On peut éviter en grande partie ce côté fâcheux de l'action de la Digitale en l'introduisant dans l'organisme par la voie endermique, c'est-à-dire en pansant un vésicatoire appliqué sur la région du cœur avec 20, 25, 30 et 40 centigrammes (4, 5, 6 et 8 grains) de poudre de Digitale, médicament qui, bien souvent, ne peut être supporté à cause de l'irritation cutanée qu'il détermine.

Il y a une importante distinction à faire entre les affections organiques du cœur, sous le rapport des indications que ces maladies présentent pour l'emploi de la Digitale. Toutes les fois, quelle qu'en soit la cause, qu'il y a hypertrophie avec ou sans dilatation des cavités du cœur, que les contrac-

DIGITALE

tions ventriculaires sont énergiques, etc..., l'usage de la Digitale est indiqué; mais dans ce que Corvisart appelait les anévrismes passifs par rapport aux précédents qu'il nommait actifs, toutes les fois que les cavités du cœur dilatées sont en même temps amincies, flasques, et que, presque dès le début, les infiltrations sont considérables ainsi que le froid des extrémités, l'asphyxie, la teinte violacée, etc., la Digitale, en enrayant davantage les mouvements du cœur, accroît l'état pathologique, et voilà pourquoi nous avons dit plus haut que c'était surtout au début des hypertrophies qu'il convenait de l'employer. Il est vrai que les symptômes qu'on a assignés à l'anévrisme passif ne sont rien moins que fidèles, et qu'ils existent très-souvent avec une hypertrophie considérable. Alors la Digitale a une action incontestablement bonne. Elle régularise et tonifie le cœur, à la grande surprise du médecin qui ne croyait pas devoir l'administrer en raison de l'asthénie cardiaque et de l'état scorbutique de l'économie.

Un fait très-digne de remarque et qui n'a pas été assez observé, c'est que l'action sédative de la Digitale est moins sûre et moins marquée dans les palpitations purement nerveuses que dans celles qui dépendent d'une lésion organique du cœur. C'est que, dans ces derniers cas, les palpitations ne sont pas dues primitivement à une surexcitation nerveuse du cœur, mais à un état organique, et qu'ainsi le médicament sédatif a modéré sans peine les manifestations d'activité d'un organisme à la sédation duquel rien ne s'oppose tant que la lésion n'est pas considérable au point de rendre presque impossible la circulation ; tandis que dans le premier cas, le système nerveux est primitivement surexcité, et qu'on ne l'apaise qu'en atteignant les causes de son excitation ou de son éréthisme. Une maladie organique du cœur pure et simple, due, par exemple, au rétrécissement de quelqu'un des orifices, etc., n'est vraiment pas une maladie; et si quelqu'un s'étonnait de cette assertion, nous lui demanderions s'il regarderait comme une maladie l'asphyxie lente et progressive d'un homme à qui l'on aurait passé un nœud coulant autour du cou et qu'on étranglerait tous les jours en serrant la corde d'une fraction de ligne, de manière à le faire mourir ainsi en un ou deux ans. Les malheureux atteints de ces affections purement organiques du cœur meurent véritablement sans maladie, pleins de vie et de santé. Le diagnostic de ces sortes de cas n'offre donc ni difficulté ni mérite : car il n'y a pas d'indications thérapeutiques à découvrir, c'est un fait accompli que le dernier élève peut constater après huit jours d'exercice; et il en sait autant que l'inventeur. Ajoutons toutefois que cela n'est vrai que du pur obstacle mécanique à la circulation centrale ; or les affections organiques du cœur sont toujours ou presque toujours plus que cela. S'il n'y avait que l'obstacle physique, ces maladies ne seraient pas si graves ; mais il y a presque toujours, comme cause de la formation de ces obstacles, une affection morbide localisée, une phlegmasie spéciale, etc., qui est, bien plus que l'obstacle physique, la cause de tous les désordres organiques et fonctionnels.

La méthode des contro-stimulistes n'ayant guère été acceptée en France

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

que relativement à l'emploi des préparations antimoniales, nous ne saurions guère que dire au lecteur de l'emploi de la Digitale dans le traitement des fièvres et des maladies aiguës, C'est au praticien éclairé et prudent qu'il appartient de résoudre lui-même ces questions thérapeutiques. On sait que la Digitale modère la chaleur, pousse aux urines et ralentit les mouvements du cœur. Chacun peut, d'après cette donnée physiologique,

l'essayer dans les fièvres, les péripneumonies, les pleurésies, etc Dire

que les Rasoriens s'en louent beaucoup dans ces divers cas, c'est dire peu de chose, puisqu'il n'est guère de remèdes, même parmi les plus excitants, dont ils ne parlent ainsi. Que voulez-vous attendre de l'observation de ceux qui ont pour doctrine un brownisme abâtardi, modifié seulement dans la forme et combiné à une théorie moitié solidiste et moitié humoriste des fièvres et des phlegmasies? Les chiffres et les statistiques! tout le monde en offre. Ce n'est pas de chiffres, de succès qu'il s'agit, mais de principes. Du moment où un médecin vous place sur le terrain du numérisme, ne l'y suivez jamais. Avec cette brutale et inintelligible méthode, pn prouve tout. Deux adversaires peuvent soutenir chacun une méthode thérapeutique opposée, et chacun apporter en faveur de l'excellence de son procédé, autant de chiffres que l'autre. Qui jugera entre ces deux empiriques? Un médecin.

Il y a ici à invoquer une analogie incontestable : c'est que le tartre stibié en lavage, ainsi que l'ipécacuanha à doses fractionnées et nauséeuses, sont utiles dans les pneumonies aiguës, par la sédation continuelle, la réfrigération et l'état semi-lipothymique où cette médication jette les malades. I[ est très-probable, on peut même affirmer que la Digitale agirait de la même manière en pareil cas. C'est une raison suffisante pour en tenter l'emploi, surtout lorsque, par un motif quelconque, on croit devoir s'abstenir des émissions sanguines.

C'est d'après les mêmes données que la Digitale peut rencontrer l'indication de son emploi dans les hémorrhagies actives, dans l'hémoptysie, par exemple, et surtout dans la métrorrhagie.

Dickinson, en Angleterre, a fait des recherches intéressantes sur la Digitale, considérée comme moyen d'exciter les contractions musculaires des parois utérines. L'auteur avait été conduit à supposer à ce médicament une propriété excitative de l'utérus par les effets observés dans des cas de ménorrhagie et dans l'accouchement.

Il administre la Digitale en infusion à la dose énorme de 15 à 20 grammes dans les vingt-quatre heures, et dans la très-grande majorité des cas de ménorrhagie traités exclusivement par ce moyen, le résultat a été une prompte cessation de l'hémorrhagie. Dans plusieurs cas, chaque prise de Digitale fut suivie de douleurs utérines ressemblant à celles du travail, de l'expulsion d'un caillot, et de la cessation temporaire de l'écoulement sanguin, chaque dose amenant après elle des intervalles de plus en plus éloignés. De plus, l'auteur cite un cas où la délivrance a été déterminée par l'emploi de la Digitale, et plusieurs cas où les douleurs du travail ont été

DIGITALE

ranimées et fortement activées par ce même médicament. D'après ces faits, la Digitale aurait une action tout à fait analogue à celle du seigle ergoté. Notons d'ailleurs que l'auteur prétend n'avoir pas constaté, dans ces circonstances, d'influence notable de la Digitale sur les contractions du cœur et sur le pouls.

Nous avons nous-mêmes répété ces expériences sur des femmes de l'Hôu3l-Dieu,et nous devons reconnaître que déjà, dans un certain nombre de cas, la Digitale donnée en infusion à la dose de $5 grammes par doses fractionnées, a amené rapidement la cessation de métrorrhagies qui dur rajent déjà depuis plusieurs semaines. Jl ne sera pas inutile de faire observer que préalablement nous avions pris la précaution de laisser reposer plusieurs jours nos malades après leur entrée à l'hôpital. Nous pourrions citer d'autres médecins, et entre autres notre ami M. Lasègue, qui ont également obtenu de ce moyen des résultats favorables. Nous ferons remarquer d'ailleurs que, conirairement à l'assertion de Dickinson, nous avons eu occasion d'observer, chez une de nos malades où la métrorrhagie durait depuis un mois, que la Digitale avait exercé une action des plus notables sur la circulation, et que le pouls était descendu de 68 à 48 pulsations. Ces premiers résultats sont sans doute de nature à encourager de nouvelles tentatives; mais nous croyons devoir ajouter qu'il ne nous par rait m' prudent ni nécessaire de pousser les doses de Digitale aussi loin que le font les médecins anglais.

Dans ces derniers temps, l'usage de la Digitale a encore été étendu au traitement de l'incontinence d'urine et de la spermatorrhée. Les bons effets de ce médicament, plus d'une fois constatés dans ces deux maladies, doivent-ils être rapportés à une action sédative directe sur la vessie et les vésicules séminales, ou bien tiennent-ils à une action excitatrice spéciale, analogue à celle qu'il paraît exercer sur l'utérus? C'est là une question que nous ne saurions actuellement résoudre.

Il n'est pas rare de voir des malades qui, à la suite d'attaques de goutte imprudemment traitées par les pilules de Lartigue, le sirop de Boubée, l'eau de Vichy trop longtemps continuée, les purgatifs drastiques, finissent par tomber dans une cachexie déplorable, accompagnée d'oppression habituelle, d'infiltration des extrémités inférieures, d'obscurcissement de la vue, etc., etc. Cet état si grave et si ordinairement irrémédiable peut pourtant être utilement traité par l'infusion de Digitale, successivement portée jusque-là qu'elle cause de légers vertiges, et cpntinuée pendant plusieurs mois, en même temps que tous les trois ou six jours le malade prend 8 grammes de bon quinquina calysaya délayé dans de l'infusion de café.

M. le docteur Bayle, qui, dans le troisième volume de sa Bibliothèque thérapeutique , a rassemblé tous les travaux anciens et modernes sur la Digitale, est arrivé aux conclusions suivantes par le rapprochement de tous les faits qu'il a analysés dans son préeieux travail.

Ce médicament est en général convenable dans les cas d'hydropisies simples, non compliquées de maladies de cœur, accompagnées de faiblesse

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

générale, de mollesse du pouls, chez les sujets qui ont le teint pâle, la peau froide et conservant bien l'impression du doigt.

Au contraire, les individus robustes, à teint fleuri, à chair ferme, à peau chaude, ceux chez lesquels le ventre est tendu, dur et circonscrit, l'enflure dure et rénitente, obtiennent rarement de bons effets de l'usage de la Digitale.

Ces conclusions sont absolument les mêmes que celles que donne Murray. Il n'y a qu'une seule chose à y objecter, c'est qu'on ne rencontre presque jamais les sujets de ces indications et de ces contre-indications.

Tous les auteurs qufont vanté, depuis Withering et Darwin, la Digitale dans le traitement des hydropisies , en ont excepté les hydropisies enkystées. Nec in unâ leviori specie hydropis fert opem Digitalis ; sed in plerisque, iisque difficilioribus ; ascite, hydrothorace ; excepta unic'e hydrope saccato. (Murray.)

De tous les cas comparés dans le travail de M. Bayle, il résulte que chaque fois que la Digitale a réussi dans le traitement des anasarques et <les hydropisies, elle a accru la sécrétion urinaire.

Dose et mode d'administration. La poudre des feuilles est la préparation la plus usitée. On la donne chez les enfants à la dose de 1 centigramme 1/4 (1/4 de grain) jusqu'à 5 et 10 centigrammes (1 et 2 grains) progressivement, et, chez les adultes, depuis 10 jusqu'à 40, 50 centigrammes, 1 gramme, 1 gramme 1/2 (2, 8, 40, 20, 30 grains) et même 4 grammes (1 gros); mais en prenant toutes sortes de précautions et de degrés, en interrompant quelquefois pour recommencer plus tard.

La Digitale en infusion se prescrit depuis 10 centigrammes jusqu'à 1 gramme. Cette préparation est préférée lorsqu'on veutobtenir principalement des effets diurétiques. Nous avons vu que pour combattre la métrorrhagie, les médecins anglais en portent la dose jusqu'à 15 et 30 grammes.

Plusieurs praticiens étrangers préfèrent la teinture. En France, on emploie de préférence la poudre et l'infusion à l'intérieur , et l'on réserve la teinture, les décoctions, etc., pour l'usage externe.

Lorsqu'on veut administrer la teinture à l'intérieur, on la donne dans une potion à la dose de 12, 24 et 36 gouttes.

On fait très-souvent des pilules avec la poudre. Nous avons déjà parlé de l'emploi de cette dernière par la méthode endermique.

C'est en frictions qu'on emploie surtout la teinture sur les parois des cavités splanchniques affectées d'épanchement séreux et sur les membres infiltrés. Nous avons souvent employé une forte décoction de Digitale en fomentations. On en imbibe des linges qu'on applique sur le ventre et qu'on recouvre de toile cirée pour empêcher l'évaporation. La diurèse nous a paru considérablement excitée par ce mode d'administration externe. On évite ainsi l'action irritante sur l'estomac.

Il est important d'avoir à son service un grand nombre de modes d'administration de la Digitale, précisément pour être le moins souvent que possible obligé de l'introduire dans les premières voies.

ANTIMOINE

ANTIMOINE

MATIÈRE MÉDICALE

L'Antimoine est un corps simple, métallique, dont la découverte n'est pas bien connue. Pline le désigne sous le nom de Stibium, qu'il a conservé dans la nomenclature chimique. Bazile Valentin est le premier qui ait décrit la manière de l'obtenir, dans son ouvrage intitulé : Currus triumphalis anlimonii. On l'appelait ausi régule d'Antimoine; le nom d'Antimoine cru était donné à sa combinaison avec le soufre.

L'Antimoine est solide, d'un blanc d'argent, brillant, devenant un peu terne par son exposition à l'air, très-cassant; il communique aux doigts, par le frottement, une odeur sensible ; il est fusible à 425°. Chimiquement pur, sa texture est lamelleuse et à très-petits grains, celui que l'on trouve dans le commerce est à larges facettes.

L'Antimoine s'obtient, dans les arts, en chauffant le sulfure d'Antimoine avec du fer, ou bien en grillant la mine et fondant l'oxyde avec du charbon et un peu de soude carbonatée. Dans les laboratoires, on l'obtient en mettant par petites parties un mélange de sulfure, de nitre et de tartre, et faisant fondre le mélange ; on laisse refroidir, et l'on trouve un culot d'Antimoine métallique au fond du creuset et une scorie composée de sulfate, de carbonate et d'antimoniate de potasse, ainsi qu'un sulfure double d'Antimoine et de potassium, mais en petite quantité.

Ce métal ainsi obtenu n'est pas parfaitement pur, il contient de l'arsenic dont on le débarrasse en partie en le fondant plusieurs fois avec du nitre, qui oxyde l'arsenic restant dans les scories. On ne parvient jamais à le priver entièrement de tout l'arsenic qu'il contient, et que l'on retrouve dans toutes les préparations d'Antimoine, le kermès et l'cmétique exceptés; ce n'est que de ces deux corps qu'on peut l'obtenir parfaitement pur. Sérullas reconnaissait sa pureté en le fondant avec du tartre; il en résultait un alliage de potassium et d'Antimoine décomposant l'eau avec dégagement d'hydrogène arséniqué, facile à reconnaître à l'odeur d'ail qu'il répand.

On emploie l'Antimoine en poudre porphyrisée, tenue en suspension dans des liquides mucilagineuxou en forme de pilules. Cette poudre, mêlée à 2 parties d'axonge, donne une pommade qui agit comme la pommade émétisée.

C'est à l'hydrate de protoxyde qui se forme aux dépens de l'Antimoine exposé à l'air humide qu'il faut, suivant M. Mialhe, attribuer l'action assez énergique de ce métal réduit en poudre.

Autrefois on administrait l'Antimoine

sous forme de petites balles que l'on appelait pilules perpétuelles, car elles servaient un grand nombre de fois ; on faisait aussi des gobelets avec ce métal, où le vin, à la faveur de ses acides, dissolvait, après un laps de temps plus ou moins long, une quantité très-incertaine d'oxyde d'Antimoine, et devenait dmétique ; ce qui rendait le médicament très-infidèle.

Oxydes d'Antimoine.

Il existe quatre oxydes d'Antimoine : un sous-oxyde dont la nature est douteuse, un oxyde pouvant se combiner aux acides, ou protoxyde, et deux autres oxydes jouant le rôle d'acide, qui sont: l'acide antimonieux et l'acide antimonique.

Le protoxyde d'Antimoine est blanc, volatil ; on l'obtient en chauffant l'Antimoine métallique au contact de l'air, celui-ci s'oxyde et vient se condenser à la partie supérieure du creuset dont les bords sont hors du fourneau, et qui est lui-même recouvert d'un autre creuset où se condense le reste de l'oxyde.

Ainsi obienu, on le nomme encore fleurs d'Antimoine, fleurs argentinesd'Antimoine; on peut aussi l'obtenir en faisant bouillir l'oxydochlorure (ou poudre d'Algaroth) d'Antimoine avec du bicarbonate de soude; il se forme un chlorure de sodium, de l'oxyde d'Antimoine et du sesquicarbonate de soude.

D'après les observations de M. Durand, de Caen, l'oxyde obtenu par ce dernier procédé serait vomitif à dose beaucoup plus faible que les fleurs argentines; il attribue cet effet à l'oxydochlorure qu'il retient. II est probable aussi que la plus grande division de la matière doit influer sur Jes propriétés thérapeutiques.

L'acide antimonieux ou deutoxyde est blanc, insipide, rougissant le tournesol à l'état d'hydrate ; insoluble dans l'eau et les acides, excepté dans l'acide chlorhydrique. On l'obtient en dissolvant l'Antimoine dans l'acide nitrique et évaporant j usqu'à siccité ; mais les expériences de M. Mitscherlich nous ont appris que ce prétendu acide antimonieux n'était qu'une combinaison d'acide antimonique et d'oxyde d'Antimoine.

En effet, si on le fait bouillir avec du bitartrate de potasse, il se forme de l'émétique, et l'acide antimoniaque est mis à nu.

L'acide antimonique ou peroxyde d'Antimoine est d'un jaune pâle, insipide-, rougissant le tournesol à l'état d'hydrate et décomposé par la chaleur en acide antimonieux et oxygène; il est insoluble dans

SÉDATIFS ET CONTRO-STiMUlANTS.

l'eau. On l'obtient par une dissolution d'Antimoine dans l'eau régale évaporée à siccité, ou par la décomposition de l'antimoniate de potasse par un acide.

Ces trois composés sont légèrement solubles dans l'eau quand ils sont hydratés.

Sulfures d'Antimoine.

Il existe trois sulfures d'Antimoine : le proto, le deuto et le trisulfure d'Antimoine. Un seul est employé, c'est le protosulfure ; il est d'une couleur grise, d'un éclat métallique, cristallisé en longs prismes aiguillés; chauffé, il se fond facilement et se convertit par le contact de l'air, en oxydosulfure d'Antimoine ; il forme avec l'eau un hydrate couleur de feu. On l'obtient, soit par la simple fusion du minerai dont le sulfure se sépare facilement de la gangue, ou en fondant directement deux parties et demie de métal avec une de soufre. C'est même ce seul sulfure que l'on emploie en médecine, l'autre n'étant jamais pur et contenant surtout une proportion assez forte de sulfure d'arsenic.

Le sulfure d'Antimoine, purgé de sulfure d'arsenic, ne cède rien au suc acide de l'estomac; son insolubilité l'empêche d'avoir aucune action efficace.

Poudre de sulfure d' Antimoine.

On le pulvérise dans un mortier en fer, puis on obtient une poudre impalpable par porphyrisation et lévigation.

Tablettes antimoniales de Kundel.

Pr.: Amandes douces, 64 gram.

Sucre, 407 Poudre de semence de petit

cardamome, 32

Poudre de Cannelle, 16 Sulfure d'Antimoine por-

phyrisé, 32

Gomme adragante, 8

(Codex.)

On pulvérise les amandes avec le sucre; on ajoute les autres poudres à l'aide du mucilage pour faire des pastilles pesant l gram.

Kermès minéral.

(Hydrosulfate d'Antimoine, sous-hydrosulfate d'Antimoine, oxydosulfure d'Antimoine hydraté.)

Le Kermès a été découvert par Glauber, et préconisé par les Chartreux; d'où lui ■vient le nom de poudre des Chartreux. Le Kermès bien préparé est une poudre légère, veloutée, d'un rouge foncé, décomposable et se décolorant par l'action des rayons solaires. Le Codex l'obtient ainsi qu'il suit :

Carbonate de soude, 128 Eau, 1280 Sulfure d'Antimoine, 6

On fait dissoudre le carbonate de soude dans l'eau ; on ajoute le sulfure d'Antimoine

à la liqueur en ébullltlon; on fait bouillir pendant une heure; on filtre, et la liqueur, par refroidissement, laisse déposer le Kermès. 11 reste sur le filtre un décomposé d'hypoantimonite de potasse et de crocus (oxydosulfure d'Antimoine); la liqueur chargée de sulfure de sodium qui a abandonné, par le refroidissement, une partie du sulfure d'Antimoine qu'il avait dissous, contient encore de ce dernier.

En traitant des eaux mères par un acide, on obtient un précipité d'un beau rouge couleur de feu, qui est le soufre doré d'Antimoine, formé de deutosulfure et d'un peu de protosulfure hydraté.

Le Kermès, d'après l'analyse de Liebig et des chimistes français, est un composé d'oxyde d'Antimoine, de sulfure d'Antimoine, de sulfure de potassium et d'un sel antimonique.

On fait bouillir une seconde fois en ajoutant un peu de carbonate de soude et en mélangeant le résidu resté sur le filtre; on tire à clair par décantation et filtration; une condition de succès est de laisser refroidir les liqueurs très-lentement; pour cela, on les reçoit dans des vases plongés dans l'eau chaude : il faut aussi avoir le soin de laver le Kermès à l'eau froide non aérée.

Ce procédé est celui de Clusel. Le Kermès ainsi obtenu est le seul qu'on doive employer, comme le prouve l'expérience clinique, conforme en cela avec les données fournies par la chimie. Le Kermès du Codex est en effet celui qui renferme le plus de protoxyde d'Antimoine hydraté, soluble dans le suc gastrique.

Tablettes de Kermès.

Pr. : Kermès, 8 gram.

Sucre, 532

Gomme arabique, 32

Eau de fleurs d'oranger, 32

On fait des pastilles de CO cent. (12 grains), contenant un centième de Kermès. Cette préparation doit être conservée dans des vases bien bouchés à l'abri de la lumière.

Oxydosulfure.

Le sulfure d'Antimoine se combine avec l'oxyde de ce métal, et forme plusieurs composés très-variables dans leur composition :

1° Le verre d' Antimoine, qui est en plaques demi-transparentes de couleur hyacinthe. On l'obtient en grillant le sulfure à l'air, dans un têt en terre, jusqu'à ce que la matière ait acquis une teinte grise; aiors on fait fondre la masse et on la coule en plaques minces. Le verre d'Antimoine contient en outre de l'oxyde de fer et de la silice en petites proportions.

2° Le foie d'Antimoine ou crocus metallorum, qui s'obtient comme le verre d'Antimoine, contient une plus grande quantité de sulfure, parce que l'on a arrêté le grillage aussitôt que la matière a pris une couleur de cendre. Le crocus est en masses presque opaques, d'une couleur brune. Cette

antimoins*

substance est peu usitée; elle faisait la base du vin émétique des anciens, médicament très-inûdèle encore, vu la proportion plusou moins grande de l'oxyde qui était dissous. On préparait autrefois le crocus en ajoutant du nitre au suifure avant le grillage; le crocus ainsi obtenu , après avoir été parfaitement lavé, était formé d'oxydosulfure et de sulfure double d'Antimoine et de potassium qui n'avait pas été enlevé entièrement par les lavages : on conçoit de suite que ce médicament devait être plus actif.

3" La rubine est un composé analogue au verre d'Antimoine, mais plus chargé de soufre. Cet oxydosulfure est aujourd'hui inusité.

Chlorure d'Antimoine.

(Chlorure antimonique, muriate d'Antimoine, beurre d'Antimoine.)

Il est solide, blanc, demi-transparent, très-caustique, fusible à 100°, attire l'humidité et se dissout dans une petite quantité d'eau; une proportion un peu forte le décompose en oxydochlorure et en acide chlorhydrique libre qui reste dissous dans l'eau.

On l'obtient en traitant le sulfure d'Antimoine par l'acide hydrochlorique, évaporant le liquide jusqu'à ce qu'il se prenne en masse par le refroidissement, introduisant la liqueur encore chaude dans une cornue et distillant.

En laissant le chlorure d'Antimoine à l'air, il se charge de la quantité d'eau suffisante pour le dissoudre, et donne une solution très-caustique.

Si, au lieu d'évaporer la solution de sulfure d'Antimoine dans l'acide chlorhydrique, on verse dans une grande quantité d'eau, il en résulte un précipité blanc caillebotté d' oxydochlorure d'Antimoine ou poudre d'Âlgaroth, mercure de vie; il était employé autrefois comme émétique, mais on ne s'en sert plus que pour la préparation de l'émétique.

Antimoine diaphorétique.

(Improprement nommé Oxyde blanc d'Antimoine.)

11 est en poudre blanche insoluble dans l'eau; il est formé d'antimonite et d'antimoniate de potasse en proportions variables, suivant la quantité de nitre que l'on a employée à sa préparation. On l'obtient ainsi qu'il suit, d'après le Codex :

Pr. : Antimoine purifié, 1 part.

Nitrate de potasse, 2

On pulvérise ces deux substances et on les projette par petites parties dans un creuset rougi au feu ; on laisse pendant une heure la matière sur le feu pour achever la décomposition : le produit de cette opération est un mélange de nitrate et d'antimoniate de potasse ou Antimoine diaphorétique non lavé des anciens. En lavant le produit à plusieurs reprises, on a {'Antimoine diaphorétique lavé (seul employé).

Les eaux de lavages contiennent de l'an-» timoniate basique de potasse; traitées par un acide, elles donnent un précipité blanc appelé matière perlée de Kerkringius, magistère ou céruse d'Antimoine.

L'Antimoine diaphorétique est un composé d'antimoniate acide de potasse. Il peut contenir aussi de l'hypoantimonite et de l'antimonite de potasse, suivant que la chaleur a été plus ou moins prolongée, ou la préparation du nitre moins forte.

L'Antimoine diaphorétique fait partie de la poudre Cornachine ou de tribus.

Tartrate de potasse et d'Antimoine.

(Tartrate antimonico-potassique. Tartre stibié, tartre émétique, Émétique.)

Le tartrate de potasse et d'Antimoine est incolore, inodore, d'une saveur acre et désagréable; cristallisé en tétraèdres ou en octaèdres transparents, il est efflorescent, soluble dans l'eau. L'eau des puits, et en général toutes les eaux qui contiennent des carbonates de chaux, de. magnésie, en précipitent lentement l'oxyde d'Antimoine, et instantanément par l'ébullition, toutes les sub>tances végétales astringentes qui contiennent du tannin, telles que le quinquina, la noix de galle, donnent un précipité insoluble; ce qui doit guider le praticien sur la nature des mélanges où l'émétique peut être décomposé. L'antidote de l'émétique est une infusion de quinquina ou de noix de galle.

L'émétique s'obtient de la manière suivante :

Pr.: Oxydochlorure d'Antimoine, 1 part. Crème de tartre pulvérisée, 1 l /2 Eau, 10

On fait bouillir; on évapore jusqu'à 25* de l'aréomètre, et on laisse cristalliser.

La pommade stibiée se prépare en triturant avec soin une partie d'émétique finement pulvérisée avec 2, 4 ou 8 parties d'axonge.

Stanay et Bertini, de Turin, ajoutent à la pommade stibiée une certaine proportion du sublimé pour en augmenter l'activité.

La formule est la suivante :

Pr.: Tartre stibié, 40 gram. (2 gros 1/2). Sublimé, 30 centig. (t> grains).

Axonge, 50 gram. (1 once 1/2).

Les solutions d'émétique dans l'eau distillée dont on imbibe des compresses, peuvent avantageusement remplacer les pommades stibiées.

M. Mialhe pense que l'effet local ou émétique du tartre stibié, comme des autres préparations antimoniales, doit être rapporté au chlorhydrate de chlorure d'Antimoine qui prend naissance dans l'estomac aux dépens de l'acide chlorhydrique que renferme l'humeur sécrétée par ce viscère.

En admettant comme vraie cette assertion, il s'ensuivrait donc que la tolérance ne pourrait pas s'établir pour les composés insolubles par eux-mêmes.

SÉDATIFS ET C0NTR0-ST1MULANTS.

THÉRAPEUTIQUE

Il est peu de médicaments qui aient excité autant de controverses que l'Antimoine. Longtemps proscrit par des arrêts solennels émanés ou des grands corps politiques de l'État ou des facultés de médecine, il a été vanté avec une exagération que la persécution pouvait seule justifier ; il a été déprécié avec un acharnement que ne justifiaient pas toujours les accidents causés par l'imprudence ou l'impéritie.

De toutes les préparations d'Antimoine dont fourmillaient les anciennes pharmacopées, deux seulement avaient survécu : l'émétique et le kermès ; et si quelques médecins se hasardaient encore à prescrire l'Antimoine diaphorétique, ce n'était que dans des circonstances fort rares. De nos jours, en France, on a même presque complètement abandonné le kermès ; et le tartre stibié est resté seul en possession d'une réputation qui lui a été vivement contestée.

Nous aurons à examiner, dans le cours de ce travail, si l'on n'a pas trop dédaigné des préparations antimoniales utiles, et si l'usage presque exclusif du tartre stibié n'a pas été la seule cause des préventions que l'on a conçues contre l'Antimoine.

Nous avons, pendant vingt ans, expérimenté avec le plus grand soin, dans notre hôpital, l'action comparative des diverses combinaisons de l'Antimoine, et nous sommes parvenus à quelques résultats nouveaux qui ne nous paraissent pas indignes d'être relatés ici.

Toutes les préparations antimoniales, quelles qu'elles soient, possèdent une propriété irritante, d'autant plus active qu'elles sont plus solubles. Ainsi, l'émétique appliqué sur la peau, sur la membrane muqueuse de l'œil, du nez, de la bouche, des parties génitales, détermine une inflammation de nature spéciale et d'une grande gravité. Porté dans le canal alimentaire, il y cause toujours une inflammation plus ou moins vive et subordonnée à l'état antérieur du tube digestif, et à quelques autres circonstances organiques qu'il est difficile et souvent impossible d'apprécier.

Un effet à peu près constant de l'ingestion des antimoniaux, c'est le vomissement. Mais les doses qui peuvent le provoquer varient singulièrement ; car le tartre stibié, par exemple, peut faire vomir à la dose de moins de 1 centigramme (1/5 de grain), et l'acide antimonique doit être porté jusqu'à A grammes (1 gros) et davantage pour produire un effet vomitif analogue. Injectés dans le rectum, dans les veines ou soumis à l'absorption dans quelque point que ce soit, les antimoniaux provoquent le vomissement plus sûrement encore que lorsqu'ils sont mis en contact avec la membrane muqueuse de l'estomac : ce qui prouve que le vomissement est, dans ce cas, plutôt l'effet d'une modification spéciale du système nerveux que de l'irritation locale déterminée par l'application du médicament.

ANTIMOINE

Dans l'acte du vomissement, les malades éprouvent un sentiment d'horripilation, suivi bientôt d'un commencement de lipothymie qui s'accompagne le plus ordinairement d'une sueur abondante. Ces phénomènes ne sont pas particuliers aux vomissements produits par l'Antimoine, mais ils appartiennent aussi à ceux qui sont causés par tout autre agent thérapeutique, et la diaphorèsene doit pas plutôt être attribuée aux antimoniaux qu'à toute autre substance vomitive. La chose est si vraie , que, sur plus de cent malades que nous avons soigneusement interrogés pour savoir si les préparations antimoniales, et l'Antimoine diaphorétique principalement, pr ovoquaient une sueur plus abondante, deux seulement nous ont paru avoir sué un peu plus que d'habitude, et encore nous a-t-il été impossible d'apprécier si la diaphorèse avait été, dans ce cas, une circonstance naturelle de la maladie, ou si elle avait été déterminée par la médication. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à déclarer que les antimoniaux ne sont sudorifiques que dans l'acte même du vomissement, et qu'à ce titre ils ne l'emportent sur aucune autre substance vomitive. Que si , dans le cours d'une pneumonie aiguë, la peau est sèche et chaude, et qu'après l'administration de l'Antimoine, elle devienne fraîche et humide, il n'en faudra pas conclure à l'action diaphorétique du médicament, car le même effet eût été produit par toute autre médication qui eût modifié la fluxion de poitrine de la même manière. Une autre cause a peut-être , de nos jours, accrédité parmi les médecins l'opinion que nous venons de combattre. On a vu que, dans le rhumatisme articulaire aigu traité par le tartre stibié, les malades ruisselaient de sueur, et l'on a attribué cette sécrétion à l'émétique, d'autant plus volontiers qu'une opinion populaire, partagée malheureusement par beaucoup de médecins , considère la sueur comme le signe le plus favorable dans la maladie qui nous occupe ici. De là cette pratique pernicieuse d'ordonner aux rhumatisants des bains de vapeurs ou des bains chauds ordinaires , ce que l'on eût évité si l'on eût pris la peine d'observer que, de toutes les maladies aiguës sporadiques, le rhumatisme articulaire est peut-être celle qui s'accompagne le plus ordinairement de sueurs abondantes. Cette simple notion clinique suffit pour faire apprécier à sa juste valeur la prétendue vertu diaphorétique du tartre stibié, administré autrement que comme vomitif.

Arrivons maintenant à l'étude des propriétés spéciales des antimoniaux, propriétés tellement importantes que l'on doit s'étonner tous les jours, moins de l'enthousiasme exagéré qui a accueilli cette substance, lorsque la matière médicale en a fait la conquête , que du discrédit dans lequel elle était tombée naguère. Nous croyons qu'il existe, en thérapeutique, peu d'agents antiphlogistiques aussi puissants lorsqu'on l'administre d'une manière et dans des circonstances convenables. Nous ne croyons pas non plus qu'il y ait de médicament dont l'innocuité soit plus constante, pourvu que l'on sache choisir la préparation antimoniale, et qu'on la donne avec les précautions sur lesquelles nous insisterons dans le cours de cet article.

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Le travail que nous avons publié, en 1833, sur l'Antimoine, dans le Dictionnaire de Médecine en 25 volumes, a été l'objet d'attaques tellement violentes, et nous a valu de si fortes injures, qu'il est essentiel de reverîir sur les faits que nous avons observés et sur les conséquences que nous en avons tirées.

Avant tout, il est essentiel de discuter une loi de thérapeutique générale, qui semble de nos jours totalement oubliée, à savoir : que les constitutions médicales ont une influence immense sur le mode d'action des médicaments.

On peut légitimement considérer les substances médicamenteuses, quand elles sont appliquées au corps de L'homme, comme des agents morbifiques, assimilables à ceux qui nous assiègent communément. Or on se demande tout d'abord si les agents morbifiques ordinaires ont toujours le même mode d'action. C'est à l'expérience de répondre.

Un homme, dans une certaine constitution épidémique, est exposé à l'intempérie de l'air; il contracte une pneumonie, plus tard un rhumatisme articulaire, ailleurs une pleurésie , dans d'autres cas une dysenterie. La même cause ici a déterminé une fluxion inflammatoire sur des organes différents. Ce fait s'offre si souvent à l'observateur qu'il ne peut être controversé par personne. Ainsi, pendant l'épidémie du choléra (1832), la cause en apparence la moins propre à troubler les fonctions digestives causait de la diarrhée et quelquefois le choléra d'emblée. Deux ans plus tard, pendant le règne de la grippe , cette même cause déterminante, à laquelle naguère nous avions rapporté le choléra, donnait lieu maintenant à une forme particulière de catarrhe.

Or rien n'avait changé dans la cause ; elle était identique à elle-même ; comment ne produisait-elle pas les mêmes effets?

C'est que dans l'action d'une cause il y a deux choses également importantes à considérer : d'abord la nature de la cause qui reste toujours semblable à elle-même, et le support de la cause, savoir, l'économie à laquelle elle s'applique, qui varie à l'infini, et qui réagit en vertu de l'idiosyncrasie d'abord, et aussi en vertu d'une disposition accidentelle qui, à elle toute seule, exerce une immense influence. C'est cette disposition accidentelle qui, départie à un grand nombre d'individus dans un même temps, dans un même pays, prend le nom Reconstitution épidémique, qui est à la masse ce que l'idiosyncrasie ou la constitution particulière est à l'individu.

Quand donc tous ou presque tous les hommes ont une constitution accidentelle commune, que j'appelle constitution médicale ou épidémique, la même cause qui, en dehors de cette constitution, produisait des effets donnés, produira des effets tout différents, parce que précisément le support de la cause, savoir l'économie, se trouvera dans une disposition différente, en vertu de laquelle elle réagira différemment.

Or le médicament appliqué à l'homme trouve le malade non-seulement avec l'état morbide spécial contre lequel il est administré, mais encore avec

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la constitution commune ou épidémique qui, nécessairement, va modifier ses effets. Pour prendre un exemple, supposons dans un pays une constitution cholérique. Si le mercure est employé en frictions dans la péritonite puerpérale ou le rhumatisme articulaire, il surviendra presque immédiatement du côté du tube digestif des accidents dont la gravité pourra être extrême; de sorte que, dans ce cas, le mercure, distrait de son action naturelle, est allé influencer l'intestin avant d'avoir manifesté les effets qu'il produit ordinairement.

Ici l'exemple est grossièrement évident; mais, pour n'être pas aussi nettement manifeste , l'influence de la constitution médicale n'en est pas moins constante dans une multitude d'autres circonstances.

Est-il vrai que, telle année, tous les érysipèles cèdent avec une facilité merveilleuse à deux ou trois émissions sanguines ; que, l'année suivante, une saignée sera suffisante; que, plus tard, l'émétique rendra de plus grands services que les pertes de sang; que, dans d'autres circonstances, une médication purement expectante réussira mieux? Voilà donc les émissions sanguines, l'émétique, les simples émollients, éprouvant des succès divers dans la même maladie, en raison de modifications spéciales éprouvées par l'organisme.

Au même rang se placent beaucoup de médications et de substances médicamenteuses , et il est bien facile de recueillir à ce sujet les témoignages de tous les médecins qui ont écrit avant notre siècle d'expérimentation intelligente. '

Aujourd'hui un médecin se met en tête une idée thérapeutique, ou plutôt une idée d'expérimentation, ce qui n'est pas la même chose. Il va soumettre, sans exception d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution médicale, tous ses malades à un traitement identique, pendant une longue période d'années, et il enregistrera gravement le nombre des décès et des guérisons, mois par mois, an par an, et tirera de là des lois thérapeutiques qu'il regardera comme irréfragables. Peu lui importe que telle année il ait à déplorer une mortalité effroyable, que telle autre il ait à se réjouir d'un grand nombre de guérisons; pour lui, c'est une question de chiffres ; il veut ses additions, et le résultat est ce qu'il appelle une loi.

Mais si vous lui demandez pourquoi, en 1830, il a perdu un malade sur trois, et pourquoi, en 1840, il en perd un sur dix, il ne s'en inquiète guère, et il conclut avec aplomb que la maladie était moins grave en 1840 qu'en 1830. Sa conclusion serait légitime s'il avait abandonné ses malades aux seuls efforts de la nature ; mais il compte pour rien son traitement, et il ne comprend pas que Tannée dans laquelle il a perdu le plus de malades serait celle peut-être où il en serait mort le moins, si le traitement eût été autre.

Quant on lit avec attention les belles pages de Sydenham et de Stoll sur les modifications thérapeutiques que nécessitaient les constitutions épidémiques qu'ils observaient avec tant de soin, on reste convaincu,

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d'une part, de l'étroitesse de vue des médecins qui restent toujours dans la même voie, malgré le changement de constitution ; d'autre part, de l'influence extrême que le changement de constitution exerce sur le mode d'action des mêmes médicaments dans une maladie dont la manifestation locale est la même. Revenons à l'Antimoine.

Pour bien faire comprendre la différence immense qui sépare le mode d'action des antimoniaux observés en 1831 et 1832, et celui des mêmes médicaments administrés en 1846, en 1851, qu'il nous suffise de jeter un coup d'œil sur les effets immédiats de ces agents, et l'on jugera par là quelle doit être l'influence secondaire. Or le lecteur admettra aisément que, s'il est possible de mal juger les résultats secondaires d'une médication, au moins est-il toujours impossible de se tromper sur son action immédiate.

En 1831, à Phôtel-Dieu et dans notre pratique particulière, nous ne pouvions dépasser, pour l'adulte, la dose de 1 gramme (20 grains) d'oxyde blanc d'Antimoine, pour un jour, sans donner lieu à des vomissements et à de la diarrhée. Nous ne pouvions prescrire le kermès à plus de 30 à 50 centigrammes (6 à 10 grains), et encore étions -nous obligés de le mêler à une assez grande quantité d'opium pour le faire tolérer. Quant à l'émétique, il provoquait si constamment de graves accidents, et il était si difficile de le faire supporter aux malades, que nous avions été forcés d'y renoncer.

Ce que nous observions à l'Hôtel-Dieu de Paris, d'autres praticiens le remarquaient également dans d'autres hôpitaux et dans leur clientèle. Aujourd'hui (1851), dès le premier jour, on peut donner à un adulte 16 grammes (une demi-once) d'Antimoine diaphorétique lavé, sans qu'il éprouve même un soulèvement d'estomac. Nous portons d'emblée le kermès à la dose de 2 à 3 grammes (40 à 60 grains), et nous ne sommes pas obligés de lui associer le sirop diacode. Dans les pneumonies, dès le premier jour, nous n'hésitons pas à conseiller 1 gramme (20 grains) d'émétique, et c'est à peine si une dose si élevée fait vomir une ou deux fois.

Ici, nous le répétons, il ne peut y avoir d'erreur, et pourtant ces résultats sont à ce point évidents, qu'ils frappent tous les yeux, et que certains médecins, qui jadis s'élevaient contre nous avec violence, parce que, disaient-ils, nous causions avec le kermès d'horribles gastro-entérites, disent aujourd'hui dans leurs leçons publiques que ce médicament est à peu près aussi inerte que du sucre en poudre.

On est en droit maintenant de se demander si l'immense différence que l'on remarque aujourd'hui entre les effets immédiats des mêmes préparations antimoniales, comparés à ceux que l'on observait il y a quinze ans, n'est pas un grand motif de supposer qu'il a dû en être de même pour les faits secondaires.

Il est pour nous incontestable que les antimoniaux donnés à une dose convenable sont un des plus héroïques moyens dans le traitement de la

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pneumonie; mais les doses n'ont rien d'absolu, et elles doivent changer non-seulement suivant chaque individu, mais aussi suivant les constitutions médicales, et nous ne comprenons pas, en vérité, pourquoi il n'en serait pas de l'Antimoine comme de la saignée.

Est-il au monde un médecin assez infatué d'une théorie qui n'admette que les émissions sanguines doivent être proportionnées à la force du sujet et à sa constitution individuelle? Est-il un médecin attentif qui, employant la saignée dans la pneumonie, n'ait remarqué que, certaines années, il obtenait la guérison à plus ou moins de frais que l'année précédente, et cela indépendamment de la constitution individuelle? Cette manière d'être nouvelle se trouvait sous l'influence de la constitution épidémique. Est-il donc si surprenant que l'Antimoine, en tant qu'agent thérapeutique, se trouve précisément dans le même cas que les émissions" sanguines?

Si nous sommes entrés dans cette discussion, ce n'est5 en aucune manière, pour réclamer une espèce de bill d'indemnité, mais bien seulement pour justifier les différences que l'on trouvera entre ce chapitre et l'article que nous avons publié en 1833, dans le Dictionnaire de médecine en vingt-cinq volumes.

Nous avons donné, depuis plusieurs années, des préparations antimoniales à un grand nombre de malades atteints d'affections non fébriles, telles que sciatiques, rhumatismes et catarrhes chroniques, douleurs nocturnes syphilitiques, etc., etc. La grande circulation, la respiration, la sécrétion urinaire, ont éprouvé de très-importantes modifications.

1° La circidation. Le pouls devenait plus faible, plus lent; les impulsions du cœur, explorées avec le stéthoscope, étaient en harmonie avec le pouls. Nous avons vu le nombre des pulsations descendre en trois jours de soixante-douze à quarante-quatre, et se soutenir longtemps à ce dernier nombre. Le plus ordinairement la force du pouls est diminuée d'une manière très-notable, mais le nombre des pulsations ne descend guère au-dessous d'un cinquième ou d'un quart. Nous avons, dans un certain nombre de cas, observé un phénomène singulier qui succède à l'administration de l'Antimoine : le pouls devient excessivement irrégulier, sans perdre rien de sa fréquence; cette irrégularité persiste quelquefois pendant toute la durée de la médication; mais le plus souvent elle précède et annonce la diminution dans le nombre des pulsations artérielles. Quelques circonstances, que nous indiquerons tout à l'heure, empêchent que l'antimoine n'ait aucune action appréciable sur le système de la grande circulation.

2° La respiration. Nous avons vu le nombre des mouvements respiratoires diminuer tellement, que des malades, soumis à l'expérience, ne respiraient plus que six fois par minute, lorsque auparavant ils respiraient seize, vingt et vingt-quatre fois; et Ton n'eût pu s'empêcher de concevoir de grandes inquiétudes, si l'on n'avait été rassuré en même temps par la bonne contenance du malade, et par le témoignage qu'il nous donnait de

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son bien-être. Il est , en effet , bien remarquable qu'un médicament qui exerce une action si puissante sur les mouvements du cœur et sur ceux des muscles inspirateurs , ne débilite pas le système musculaire de la vie de relation, et que les malades conservent leurs forces, l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, et celie de toutes les fonctions organiques, en même temps que deux fonctions générales aussi essentielles éprouvent une immense perturbation. 11 faut dire que les malades, lorsqu'ils respirent avec cette extrême lenteur, n'éprouvent aucune gène dans la respiration, et qu'ils sont en quelque sorte assimilés aux grands animaux, dont les mouvements thoraciques et circulatoires sont si lents.

3° La sécrétion urinaire. Lorsque les antimoniaux ne déterminaient ni purgations ni vomissements, ils augmentaient presque constamment la sécrétion urinaire. Ce phénomène nous a frappés, et nous nous sommes étonnés de ne l'avoir vu explicitement indiqué par aucun des auteurs qui, dans ces derniers temps, ont écrit sur l'Antimoine. Nous avons dû également remarquer ce qu'il y avait de commun entre la plupart des autres substances diurétiques et les antimoniaux. Celles-là, ainsi que ces derniers, exercent en même temps une action dite stimulante sur les reins , et une sédation sur le système circulatoire : ainsi la digitale, la scille, les acides végétaux, les sels de soude et de potasse, etc.; et par contre, nous voyons que les substances qui stimulent le plus énergiquement la circulation , augmentent la diaphorèse et diminuent la sécrétion urinaire : ainsi l'opium, les solanées vireuses, les alcools, les composés ammoniacaux, etc. Nous ne voulons pourtant pas dire qu'il soit possible d'appliquer ce principe à toutes les substances diurétiques ou diaphoniques; nous avons voulu seulement indiquer ici quelques rapprochements qui nous semblaient n'être pas tout à fait inutiles.

Il est fort remarquable que l'influence des antimoniaux ne cesse pas aussitôt que l'on cesse l'administration du médicament. Ainsi nous voyons souvent le ralentissement du pouls et des mouvements respiratoires persister encore plusieurs jours après que l'on a suspendu l'usage du médicament.

Nous avons dit plus haut que les préparations antimoniales provoquaient le vomissement et la diarrhée; mais ces modifications qu'éprouve l'appareil digestif sont en raison du composé antimonial, de la susceptibilité du canal alimentaire, de la durée de la médication, du régime de celui qui est le sujet de l'expérience, de son âge et de son sexe, etc.

A. Composé antimonial. Le tartre stibié est, de tous les antimoniaux, celui qui provoque le plus activement les vomissements et la diarrhée. Ces effets sont produits par une dose qui varie depuis un quart de grain jusqu'à 4 grains. Vient ensuite l'Antimoine métallique, dont la dose ne doit pas être plus que quadruple de celle'du tartre stibié, puis les combinaisons des oxydes d'Antimoine avec un excès de potasse, le kermès, la poudre d'Algaroth, et enfin les oxydes d'Antimoine purgés de l'excès de potasse qu'ils pouvaient contenir ; enfin l'oxyde pur, l'acide antimonieux

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et l'acide antimonique. Ces six dernières préparations ne devraient réellement pas être considérées comme vomitives et purgatives ; car le plus souvent, il ne faut pas moins de 8 à 46 grammes (2 gros à une demi-once) pour produire les effets que l'on obtient avec 2 centigrammes (1 demigrain) d'émétique.

On peut établir, en thèse générale, que l'action irritante locale des antimoniaux est en raison directe de leur solubilité. Cette formule nous semblait vraie; mais nous n'avons pas été médiocrement étonnés, dans le cours de nos expériences, en voyant que l'Antimoine métallique, parfaitement pur et porpbyrisé, avait une action presque aussi énergique que le tartre émétique. Il était, nous l'avouons, bien difficile d'expliquer une pareille anomalie; car, en admettant qu'il s'oxydât promptement dans les voies digestives pour passer à l'état de sel, encore ne pouvait-on concevoir comment des oxydes d'Antimoine avaient une action si différente de celle du métal pur.

B. L'état du canal alimentaire. L'action vomitive et purgative des antimoniaux s'exerce avec beaucoup plus de violence quand il existe une inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif. C'est alors que les préparations stibiées les plus inoffensives, dans la généralité des cas, causent des vomissements répétés et des superpurgations souvent fort dangereuses. C'est ainsi que nous avons vu des phthisiques périr rapidement à la suite de l'administration des antimoniaux qui avaient aggravé l'inflammation tuberculeuse de l'intestin. Aussi, dans les pneumonies des poitrinaires, devons-nous être sobres des préparations stibiées, et employer de préférence tout autre moyen , dût-il n'avoir pas immédiatement d'aussi bons résultats. Il est d'autant plus essentiel de ne donner l'Antimoine que dans le cas seulement où la membrane muqueuse est saine, que si, d'une part, la phlegmasie intestinale est augmentée, d'autre part, les effets antiphlogistiques indirects du médicament ne sont pas obtenus.

Cependant il ne faudrait pas croire qu'une diarrhée aiguë abondante et des vomissements fussent toujours une contre-indication de l'administration des antimoniaux. Laennec avait déjà constaté, et bien souvent nous avons vu que tous les accidents cessant du côté des viscères gastriques sous l'influence d'une dose élevée d'émétique ou de kermès. Aussi n'hésitons-nous jamais à administrer les antimoniaux, lorsque, dans le cours d'une pneumonie aiguë, des vomissements et de la diarrhée se sont montrés avec quelque violence. Si donc les signes d'une phlegmasie gastrointestinale aiguë (si tant est que la diarrhée et les vomissements indiquent toujours une inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif) ne doivent pas empêcher de donner l'Antimoine dans le cas de pneumonie , d'un autre côté, nous devons reconnaître qu'il n'en est point de même quand la diarrhée et les vomissements existent depuis longtemps.

Que si, lorsque des accidents inflammatoires de l'intestin sont un épiphénomène de la pneumonie aiguë, nous recourons sans hésiter aux antimo-

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niaux pour combattre la maladie principale, nous ne, suivons pas la même conduite thérapeutique quand la pneumonie devient, au contraire, un accident de la maladie principale, comme cela s'observe si communément dans la dothinenthérie en administrant l'émétique. Dans ce cas, on augmente les accidents locaux de l'affection intestinale, à moins que l'on ne donne les préparations insolubles : nous avons vu souvent Laennec luimême causer par cette méthode une funeste aggravation des symptômes, et il a fallu tout l'aveuglement de la prévention pour que cet illustre médecin persistât dans une pratique dont il était facile de constater le danger.

C. Durée de la médication. Lorsque l'on administre des préparations solubles d'Antimoine à dose un peu élevée, le premier effet est de provoquer des vomissements et de la diarrhée. Après un temps plus ou moins long, mais qui varie entre douze heures et trois jours, la tolérance s'établit, c'est-à-dire que le médicament est supporté sans déterminer d'accidents locaux appréciables. Cette tolérance est quelquefois immédiatement obtenue, d'autres fois elle ne peut jamais survenir, et ce phénomène s'observe souvent chez les personnes dont le canal alimentaire est malade depuis longtemps.

Quand, au contraire, on n'a donné que des préparations insolubles d'Antimoine, il est assez rare que l'on observe de la diarrhée ou des vomissements; en d'autres termes, la tolérance s'établit presque toujours d'emblée.

La durée de la tolérance est variable, et il est important d'insister ici sur quelques préceptes thérapeutiques dont l'oubli peut être suivi d'accidents bien graves. En général, lorsque la tolérance s'est établie difficilement, elle dure peu, et l'on voit reparaître les accidents au bout d'un ou de deux jours; dans le cas contraire, on la voit durer quatre, huit et jusqu'à quinze jours, lorsqu'on a usé d'une préparation soluble, et presque indéfiniment lorsque l'on use d'un composé insoluble.

Quelle qu'ait été la durée de la tolérance, une fois qu'elle a cessé, il faut ne plus donner d'Antimoine, car on voit rapidement survenir des accidents gastriques dont on a peine quelquefois à se rendre maître. 11 est même fort remarquable que, lors même que l'on a cessé l'usage du remède avant que les vomissements ou la diarrhée nous en aient fait une nécessité, les malades éprouvent pendant quelque temps une grande propension au dévoiement.

A vrai dire, nous ne doutons pas, comme nous l'ont démontré plusieurs autopsies, que le contact prolongé de l' Antimoine ne détermine sur la membrane muqueuse gastro-intestinale des phlegmasies locales, analogues à celles que l'on voit survenir sur la peau lorsqu'on a fait usage de frictions ou de lotions stibiées; et quoique ces gastro-entérites, par cause externe, n'aient rien de grave en général, toujours est-il qu'il faut éviter de les porter au delà de certaines bornes.

Nous avons dit plus haut que les effets généraux de l'Antimoine n'étaient point obtenus lorsque le médicament causait de la diarrhée et des

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vomissements : la raison en est bien simple, c'est qu'il n'en est presque pas absorbé; aussi doit-on, par tous les moyens, chercher à obtenir la tolérance. C'est en associant l'opium à l'émétique que Laennec parvenait plus certainement à faire supporter le remède; l'addition de quelques substances aromatiques, telles que l'eau distillée de fleurs d'oranger, lui semblait propre à diminuer les nausées. Ces moyens sont rarement utiles lorsque l'on fait usage d'antimoniaux insolubles, et ils ne doivent être employés qu'au début lorsqu'on se sert de l'émétique; car, d'une part, l'opium nuit singulièrement aux effets sédatifs de l'Antimoine, comme Rasori l'avait déjà dit, et, d'autre part, par l'association de l'opium, on risque de masquer pendant quelque temps des accidents intestinaux qui éclatent ensuite avec une violence beaucoup plus grande.

Il nous reste à parler d'un phénomène que quelques personnes ont désigné sous le nom de saturation antimoniale. En général, lorsque l'on a soutenu pendant plusieurs jours la médication par le tartre stibié, le malade éprouve dans toute la gorge, dans la bouche et sur la langue, un sentiment de tension qui s'accompagne de quelque douleur et d'un goût métallique bien prononcé. Ce goût a été comparé à celui que l'on éprouve lorsque l'on fait usage de mercuriaux. Nous nous étonnons que l'on ait cherché à assimiler complètement l'action de l'émétique sur la membrane muqueuse buccale à celle du mercure sur les mêmes parties. Il y a en effet cette grande différence, que le mercure n'agit qu'indirectement sur la bouche, tandis que l'Antimoine exerce une action purement locale exactement semblable à celle des lotions stibiées sur la peau. En effet, le passage répété d'une solution de tartre émétique sur la langue et sur les amygdales détermine une inflammation aphtheuse qui cause de vives douleurs, et ne se guérit qu'après plusieurs jours. Ce phénomène ne doit donc pas être attribué à une véritable saturation, et il ne faut pas l'attendre pour cesser l'administration de l'Antimoine, car il ne se développe que trèsrarement lorsqu'on a fait prendre des préparations stibiées insolubles. Mais lorsque la membrane muqueuse buccale s'enflamme, il faut au plus tôt renoncer au tartre stibié, car on voit immédiatement se développer, du côté des organes abdominaux, des accidents qui peuvent être graves.

D. Régime du malade. Nous ne croyons pas que personne ait apprécié convenablement l'immense influence que le régime exerce sur les effets thérapeutiques de l'Antimoine. Nous avons dit plus haut que nous avions administré des antimoniaux à des hommes atteints de sciaiique, de rhumatismes chroniques, de catarrhes non fébriles, et qui, à cela près, jouissaient de l'intégrité de leur santé. Tant que nous les tenions à la diète, c'est-à-dire qu'ils ne mangeaient que trois soupes par jour ou le quart de portion, nous observions les phénomènes généraux dont nous avons déjà parlé ; mais lorsque nous accordions un peu plus d'aliments et que les malades mangeaient la demie ou les trois quarts, le pouls et la respiration reprenaient leur fréquence normale, et la sécrétion urinaire n'était pas augmentée d'une manière aussi notable. Pourtant, chez

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quelques-uns d'entre eux, les effets de l'Antimoine ont persisté malgré l'alimentation; chez d'autres, il ne restait que l'irrégularité dans le pouls, irrégularité qui continuait encore pendant quelques jours après qu'on avait cessé tout traitement. On peut établir en thèse générale que l'action générale de l'Antimoine sur l'économie animale est d'autant plus puissante que la diète est plus sévère, et, au contraire, l'action irritante locale est d'autant plus vive que la quantité des aliments est plus considérable. En effet, nos expériences nous ont prouvé que la même dose d'Antimoine qui, la veille, n'avait causé ni vomissements ni coliques lorsque le malade était à la diète absolue, déterminait le lendemain de légers troubles des fonctions digestives, troubles qui augmentaient en proportion de l'augmentation des aliments : d'où suit naturellement ce précepte thérapeutique que la dose des préparations antimoniales doit être diminuée à mesure que l'on se relâche de la sévérité de la diète imposée au malade.

Certains aliments , certaines substances médicamenteuses modifient l'action des antimoniaux, et il est d'autant plus important de le savoir, que bien souvent on ne sait à quoi attribuer des accidents qu'on peut aisément éviter lorsqu'on a été averti. Le vin, les fruits acides, tels que les oranges, les limons, les citrons, les groseilles, les cerises, etc., et même les confitures de groseille, le raisiné, etc., les boissons faites avec les sucs des fruits acerbes ou acides, augmentent singulièrement la propriété vomitive et purgative des antimoniaux ; et, le fait une fois constaté, nous avons pu l'expliquer aisément par la présence de l'acide tartrique ou citrique dans les aliments ou les tisanes acides, qui forment avec l'Antimoine des sels solubles et violemment émétiques.

E. Age et sexe. Pour ce qui regarde l'âge et le sexe, on peut établir que les vomissements et la diarrhée sont beaucoup plus faciles chez les enfants et chez les femmes que chez les adultes du sexe masculin. La tolérance dure peu de temps aussi chez les enfants, et il faut y faire une sévère attention ; car l'Antimoine, si puissamment utile pour combattre dès le premier âge les pneumonies et certaines affections cérébrales, peut devenir une arme très-dangereuse si son emploi est continué au delà des bornes convenables.

Quelque prudence qu'on ait mise dans l'administration des antimoniaux, il peut arriver que, chez certains malades, de graves désordres des fonctions digestives nécessitent de prompts secours. Il arrive souvent que la diarrhée persiste pendant trop longtemps et entrave la marche de la convalescence. Quand il survient de violents vomissements et des superpurgations le premier jour de l'administration des antimoniaux, on ne doit pas concevoir d'inquiétude, car, en persistant dans la médication, la tolérance s'établit le plus souvent le second ou le troisième jour du traitement. Les vomissements et la diarrhée ne sont réellement à redouter que lorsqu'ils reparaissent après la période de tolérance. La première chose à faire alors, c'est de cesser immédiatement l'Antimoine; car nous

ANTIMOINE

ne saurions trop le répéter, la tolérance perdue ne se rétablit que trèsdifficilement. Le diète, les boissons féculentes, les lavements d'amidon, devront être conseillés tout de suite ; en même temps on fera prendre au malade 4 grammes (1 gros) d'électuaire diascordium dans les vingtquatre heures, ou mieux une mixture dans laquelle on fera entrer 12 décigrammes (1 scrupule) de diascordium, 6 décigrummes (12 grains) de gomme kino, et 5 centigrammes à 1 décigramme (1 à 2 grains) de sulfate ou d'hydrochlorate de morphine. Que si les vomissements ne permettaient pas de supporter cette potion, on administrerait en lavement ces mêmes remèdes, et s'ils ne calmaient pas la violence des coliques et des vomissements, on mettrait sur l'épigastre et sur le trajet des deux colons droit et gauche un vésicatoire extemporané qui permettrait de recouvrir le derme dénudé de sulfate ou d'hydrochlorate de morphine.

Il est rare que de pareils moyens ne calment pas dans vingt-quatre heures, ou deux jours au plus, la violence des accidents ; dès que ce but est atteint, on a recours au sous-nitrate de bismuth, que l'on donne chez les adultes à la dose de 50 centigrammes (10 grains), trois, quatre ou cinq fois par jour, et que l'on continue pendant quelque temps, même après que la diarrhée et les vomissements ont complètement cessé; c'est aussi à cette dernière médication que nous avons presque toujours recours lorsque, après l'administration longtemps continuée de l'Antimoine, il reste quelques troubles fonctionnels du canal alimentaire.

Quant à l'inflammation aphtheuse qui survient quelquefois sur la membrane muqueuse du pharynx et de la bouche, on peut la prévenir en donnant le médicament sous forme pilulaire ; et, si elle existe, on la modère aisément par des gargarismes ainsi composés : eau commune, 375 grammes (12 onces); alun, 8 grammes (2 gros); sirop de mûres, 64 grammes (2 onces); ou bien: eau distillée, 375 grammes (12 onces); sulfate de zinc, 60 centigrammes (12 grains) ; sirop de fleurs d'oranger, 64 grammes (2 onces) ; ou bien encore par le collutoire suivant : acide hydrochlorique, 8 grammes (2 gros); miel rosat, 64 grammes (2 onces).

Action thérapeutique de l' Antimoine. Déjà, dans le premier volume, nous nous sommes occupés d'une des principales préparations antimoniales, c'est-à-dire du tartre stibié, comme irritant topique et comme évacuant; ici nous étudierons d'une manière toute particulière l'action des antimoniaux en général sur les maladies fébriles, nous réservant de traiter un peu plus loin de quelques autres applications thérapeutiques un peu moins importantes.

Depuis que les antimoniaux étaient devenus du domaine de la thérapeutique, on avait souvent, par leur moyen, obtenu la guérison de maladies fort graves. Mais l'action vomitive, purgative, et diaphorétique du médicament avait seule frappé les médecins, et ils n'avaient pas formulé les résultats qu'ils n'avaient pas compris. Cependant le kermès était prescrit assez souvent à haute dose comme béchique et comme altérant , et l'Antimoine diaphorétique lavé était donné à la dose d'une demi-once

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

par jour (1 G grammes), dans 4 onces (125 grammes) d'infusion de bourrache, dans le cas spécial de pleurésie et de péripneumonie, comme on peut s'en assurer en lisant le formulaire des hôpitaux de Paris pour l'année 1764. Mais cette médication était tombée en oubli, lorsque Rasori, professeur de clinique à Milan, publia, sur l'action thérapeutique de l'émétique à haute dose, des travaux qui eurent un grand retentissement dans le monde savant. Il reconnut que, dans certaines maladies, l'émétique à haute dose amenait une prompte cessation des accidents inflammatoires. Peschier, de Genève, Laennec et plusieurs autres praticiens, constatèrent ces importants résultats, et maintenant il n'est personne qui révoque en doute la puissance du tartre stibié à haute dose dans le traitement de certaines pneumonies. Les opinions sont beaucoup moins unanimes sur l'efficacité de ce même agent thérapeutique contre le rhumatisme articulaire, la phlébite, la péritonite, la pleurésie, la méningite, l'angine, etc. Nous discuterons avec impartialité les opinions des auteurs en les comparant aux faits nombreux que nous avons nous-mêmes observés, et nous indiquerons avec la même bonne foi et les cas où nous avons vu les antimoniaux suivis d'un plein succès, et ceux dans lesquels ils n'ont donné aucun résultat avantageux.

De l'emploi de V Antimoine dans la pneumonie aiguë. Depuis la publication de nos travaux sur l'action thérapeutique des antimoniaux, en 1832, il s'est élevé à ce sujet une controverse des plus vives. Attaqué avec une violence souvent peu équitable, vanté par d'autres avec une exagération passionnée, l'Antimoine est pourtant demeuré dans le domaine de la thérapeutique, et aujourd'hui que les questions personnelles sont un peu oubliées, il est moins difficile de juger cette grave et importante question. Et d'abord l'émétique a fini par convaincre les plus incrédules, et depuis que M. Louis, cet observateur si grave et si probe, est venu hautement proclamer l'évidente efficacité du tartre stibié dans la pneumonie aiguë, personne n'a plus douté; aujourd'hui c'est donc chose jugée. Il n'en a pas été de même des autres préparations antimoniales. Le kermès n'a pu prendre droit de cité, non qu'il ait à coup sûr une efficacité moindre, mais parce que, presque seuls, à Paris, nous avons persisté dans son emploi, et que le nouvel hôpital dans lequel nous poursuivions nos expériences n'était plus au centre de la capitale, comme l'Hôtel Dieu, et que de nombreux élèves ne pouvaient plus, comme jadis, être témoins des expériences nombreuses dont ils constataient chaque jour les heureux résultats. Or, de toute évidence, le kermès, dans le traitement de la pneumonie, ne le cède en rien à l'émétique ; il a même sur lui cet avantage qu'il est beaucoup moins irritant, et qu'il cause bien plus rarement ces phlegmasies de la bouche et de la gorge, et ces inflammations gastro- intestinales qui ne permettent pas toujours de continuer l'emploi de l'émétique aussi longtemps qu'il serait convenable de le faire pour amener à bien une pneumonie, et surtout pour s'opposer à toute récidive. L'Antimoine métallique, l'Antimoine diaphorétique non lavé, en

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un mot, les préparations antimoniales les plus irritantes, ne diffèrent réellement de l'émétique que par la dose; quant à leurs effets généraux, ils sont toujours les mêmes. Les préparations insolubles, telles que l'Antimoine diaphorétique lavé et les divers oxydes d'Antimoine, ont été vantées par nous en 1832 et en 1833, à une époque où comme nous l'avons déjà dit, elles produisaient la diarrhée et les vomissements avec autant de facilité que le kermès les produit aujourd'hui. Alors, et nous ne saurions proclamer trop haut ce fait, important, l'émétique, le kermès et l'Antimoine métallique irritèrent souvent de telle manière, que nous ne pouvions les employer; et les préparations insolubles, au contraire, douées de propriétés irritantes beaucoup moindres, trouvaient une application heureuse et facile. Aujourd'hui (1851) nous excluons du traitement de la pneumonie aiguë des adultes les antimoniaux insolubles, à l'exception du kermès et du régule, parce qu'ils ne nous rendent plus les mêmes services que jadis. Dans quelques années probablement il faudra y revenir, dès que la constitution médicale aura changé et que l'économie ne pourra sans dommage supporter l'action de l'émétique, du kermès et du régule.

Toutefois dans notre hôpital nous avons constaté tout nouvellement encore l'heureuse influence de l'oxyde blanc d'Antimoine dans la pneumonie des enfants, et des faits nombreux, publiés sous nos auspices dans les divers recueils périodiques, ne laissent aucun doute sur ce fait thérapeutique; mais on est forcé de porter à des doses assez fortes l'oxyde blanc d'Antimoine, et le kermès peut, à coup sûr, à de moindres doses, produire le même résultat.

Revenons à l'analyse des effets produits par les antimoniaux dans la pneumonie.

Si nous voulons juger de l'influence des antimoniaux dans le traitement de la pneumonie, comparée à celle des autres traitements, nous sommes arrêtés tout d'abord par une impossibilité flagrante. Les relevés des différents auteurs, vrais, sans doute, sont cependant tellement contradictoires, que l'esprit reste en suspens et que l'on se voit forcé de rentrer en soimême, d'interroger sa propre expérience et de mesurer les observations des autres à celles que l'on a recueillies soi-même. Cette manière de juger n'est pas à coup sûr exempte de reproche; mais, en vérité, tant que les auteurs qui nous donnent des statistiques ne tiendront aucun compte des constitutions médicales et de ces influences extérieures auxquelles les médecins de l'antiquité attachaient avec raison une importance immense, il demeurera tout à fait impossible de se servir de ces relevés statistiques, auxquels nous ne voulons pour ce moment faire un autre procès.

Il est au moins un fait sur lequel s'accordent la plupart des antagonistes de l'Antimoine, c'est que ce médicament peut rendre de grands services dans les circonstances extrêmes. Cet aveu, bien singulier, serait bien propre à démontrer que, si l'Antimoine est évidemment utile dans des cas où rien ne peut plus l'être désormais, il aurait probablement une utilité bien moins

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contestable encore s'il était administré alors que l'économie a encore assez de ressort pour seconder l'action curative du remède.

Presque tous les auteurs, ceux même qui ont préconisé l'Antimoine avec le plus de vivacité, sont aujourd'hui d'avis que dans le début de la pneumonie, c'est-à-dire dans les quatre ou cinq premiers jours, les émissions sanguines doivent être employées, si ne n'est dans quelques constitutions médicales qui ne se présentent que bien rarement, et chez certains malades dont la constitution individuelle ne permet réellement pas les émissions sanguines.

Il ne s'ensuit pas que l'Antimoine doive être donné seulement le quatrième ou le cinquième jour de la pneumonie, et alors seulement que le système sanguin a été vide ; il doit être administré concurremment à la saignée et à la digitale, et c'est seulement de cette manière qu'il pourra, par ses propriétés antiphlogistiques, modifier l'état général de telle sorte que de nouvelles émissions sanguines soient superflues.

Dans quelques épidémies, et nous en avons observé une de ce genre, les antimoniaux exercent un influence qui étonne, et quand on a constaté ces prodigieux résultats, on est affligé de voir les mêmes agents ne plus avoir ultérieureent qu'une action secondaire.

Dans l'épidémie que nous observions à Paris, en 1831 et au commencement de 1832, les pneumonies les plus intenses, chez les individus les plus jeunes et les plus vigoureux, guérissaient en peu de jours sans émissions sanguines, et même nous remarquions que les malades qui avaient été saignés avant d'entrer à l'hôpital, restaient malades beaucoup plus longtemps que ceux qui ne l'avaient pas été. Les accidents fébriles, l'expectoration rouillée, cédaient dans l'espace de quarante-huit ou de soixantedouze heures, tandis que depuis 1834, et aujourd'hui encore (1851), les antimoniaux, dont l'utilité est incontestable pourtant, ne peuvent seuls mener à bien les pneumonies des adultes, du moins celles que nous observons dans notre hôpital et dans notre pratique particulière, et que les pertes de sang sont d'une nécessité évidente, excepté chez les enfants.

Il serait important d'avoir un moyen qui permît de juger d'une manière précise les formes épidémiques, les constitutions générales, qui réclament plus particulièrement l'emploi des antimoniaux, mais nous avouons qu'a-, près une attention soutenue, et après l'examen le plus scrupuleux des phénomènes morbides généraux et locaux, il nous a été tout à fait impossible d'arriver à cette notion thérapeutique. Il est triste de le dire, mais c'est un fait expérimental bien vrai, l'issue du traitement fait connaître la nature des maladies; naturam morborum ostendunt curationes. Quand on compare l'épidémie de 1831 et 1832 avec celle de 1837 et 1838, il nous a semblé que ce qui dominait, c'est que, en 1831 et 1832, il y avait une grande propension aux accidents gastriques. Ainsi, la plupart des malades avaient eu chez eux des vomissements et des diarrhées, et avaient une telle susceptibilité d'entrailles que les moindres doses d'Antimoine, fussent-ce les préparations insolubles, déterminaient le premier jour une révolte de

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l'estomac et des intestins, qui ne se calmaient que difficilement avec l'opium ; tandis que, dans l'épidémie de 1837, nous donnions, dès le premier jour, sans addition d'opium, une dose énorme de kermès, 4 grammes (1 gros) par exemple, sans émouvoir à peine l'estomac, et en même temps nous observions que les accidents gastriques éprouvés par ces malades, antérieurement à leur entrée dans l'hôpital, étaient moins violents et surtout moins fréquents.

Ce n'est pas à dire pour cela que les antimoniaux soient d'autant plus utiles qu'ils sont plus difficilement tolérés, ou, en d'autres termes, qu'ils font vomir et qu'ils purgent davantage ; nous verrons plus bas ce qu'il faut penser de cette idée; nous prétendons seulement que, s'il en faut juger par deux formes épidémiques bien différentes, l'Antimoine était plus utile dans celle où, précisément, l'estomac et les intestins étaient le plus irritables.

Sans nous arrêter plus longtemps à ces formes différentes de pneumonies, indiquons rapidement de quelle manière les antimoniaux doivent être administrés dans la fluxion de poitrine, telle qu'on l'observe le plus communément.

Dès que la pneumonie est constatée, et que l'on a pratiqué une saignée, on prescrit une potion stibiée dont la dose varie en raison de l'âge du malade, du composé antimonial et de la constitution médicale. L'émétique est donné dissous dans de l'eau distillée et sucrée, à la dose de 2 décigrammes à 1 gramme (4 à 20 grains) pour la première journée; l'Antimoine métallique à la dose de 5 décigrammes à 2 grammes (10 à 40 grains); le kermès à celle de 1 à 3 grammes (18 à 54 grains); l'oxyde d'Antimoine à la dose de 1 à 10 grammes (20 grains à 2 gros et demi). Toutes les préparations insolubles doivent être données dans un looch blanc, ou dans un mucilage de gomme adragante suffisamment étendu et édulcoré. Pour les enfants, on peut les donner en poudre mêlées à du sucre ou à du miel, et les déposer ainsi sur la langue.

On en donne d'abord une cuillerée à bouche, ou beaucoup moins s'il s'agit d'un enfant. Quant il ne survient pas de vomissements trop violents et de trop vives coliques, on répète cette dose toutes les heures. Dans le cas, au contraire, où les accidents gastriques sont trop graves, on éloigne les doses du médicament jusqu'à ce que la tolérance se soit établie ; et alors on l'augmente en raison même de l'intensité de la fièvre et des accidents généraux.

Dès que la fièvre est calmée, il convient de diminuer la dose du médicament, et de la réduire graduellement à mesure que le malade avance dans la convalescence.

La cessation de la fièvre, et même de la plupart des accidents locaux, ne doit pas être pour le médecin un motif de renoncer immédiatement et tout d'un coup aux antimoniaux. Tout au contraire, il faut insister; mais en réduisant graduellement les doses : c'est le moyen de tenir en bride la phlegmasie, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, et d'empêcher

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les recrudescences et les rechutes : car c'est en cela surtout que le traitement par les antimoniaux seuls, ou par les antimoniaux unis à la saignée et à la digitale, l'emporte sur la méthode des émissions sanguines exclusives. Les saignées en effet ont des bornes. Si elles n'ont pas jugulé la maladie, pour me servir d'une expression aujourd'hui consacrée, le médecin qui n'a que cette arme reste impuissant; tandis que les antimoniaux et la digitale, qui peuvent être continués, même pendant la convalescence, laissent constamment le malade sous l'influence de la médication qui a arrêté les progrès de la phlegmasie.

Action antvphlogistique de l'Antimoine dans les autres maladies. — Ce n'est pas seulement dans le traitement de la pneumonie que l'efficacité de l'Antimoine a été constatée ; on a dit encore qu'elle n'était pas moindre pour combattre le rhumatisme articulaire, la phlébite, le catarrhe suffocant, etc. Nous avons pu faire à cet égard de nombreuses expériences, et nous indiquerons les résultats auxquels nous avons été conduits.

\J hémorrhagie parenchymateuse du poumon est, après la péripneumonie, la maladie qui cède le mieux à l'action de l'Antimoine. Une jeune femme de trente ans avait depuis dix mois une hémorrhagie pulmonaire (hémoptysie parenchymateuse) pour laquelle elle avait été saignée vingt-neuf fois. Diverses médications furent vainement essayées. Récamier prescrivit l'Antimoine diaphorétique lavé à haute dose, et la guérison fut rapide et durable.

Un homme de quarante ans fut amené à l'Hôtel-Dieu, au septième jour d'une hémoptysie extrêmement grave qui avait augmenté après deux saignées et une application de sangsues; sept heures après l'administration de l'Antimoine, le crachement de sang avait disparu. Enfin, nous avons eu à nous louer également de cette médication chez une femme de soixantecinq ans qui éprouvait souvent de graves apoplexies pulmonaires symptomatiques d'une lésion organique du cœur. Néanmoins, nous avons tout récemment échoué complètement dans le traitement d'un jeune homme atteint d'une hémorrhagie parenchymateuse du poumon fort grave.

Dans l'hémorrhagie bronchique, l'Antimoine ne nous a pas réussi.

Catarrhe suffocant. — Les antimoniaux nous ont rendu service dans le traitement des catarrhes suffocants des vieillards et dans le catarrhe pulmonaire profond des adultes et des enfants. Cette maladie, infiniment plus grave que la pneumonie, demande à être attaquée par des doses beaucoup plus fortes.

Dans le catarrhe aigu simple, où le tartre stibié, à dose vomitive, jouit d'une efficacité si incontestable, nous n'avons généralement rien obtenu de ce même médicament, donné à dose contro-stimulante. Mais il n'en est plus de même si ce même catarrhe s'élève à un degré d'acuité très-prononcé, s'il s'accompagne d'un mouvement fébrile intense, et si surtout, par son extension rapide vers les extrémités capillaires des bronches, l'affection catarrhale menace d'aboutir à la pneumonie. Dans ce cas, l'Antimoine à haute dose trouvera son indication, et souvent, grâce à ce moyen, on

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réussira à faire tomber tout cet appareil fébrile et à enrayer les progrès menaçants de l'affection catarrhale. — 'On sera surtout autorisé à s'adresser à cette puissante médication chez les individus à poumons suspects, où il importe d'arrêter à tout prix le développement d'accidents inflammatoires, pouvant donner une impulsion fatale à des produits accidentels, qui jusquelà seraient restés à l'état latent.

Phthisie pulmonaire. — Cette même médication peut n'être pas sans utilité dans la phthisie pulmonaire une fois développée. Nous rappellerons ici qu'un auteur estimé du commencement de ce siècle, Lanthois, avait beaucoup préconisé le tartre stibié, et que grâce à ce moyen il assurait avoir enrayé un grand nombre de phthisies pulmonaires. Dans ces derniers temps, Bricheteau s'était efforcé de remettre en honneur cette même médication, dont il prétendait obtenir d'excellents résultats. Nous pouvons ajouter qu'aujourd'hui encore il est un certain nombre de bons praticiens qui ont assez souvent recours au tartre stibié à dose contro-stimulante dans des cas bien déterminés de phthisie pulmonaire, et qu'ils n'hésitent pas à présenter ce moyen comme jouissant d'une véritable efficacité, soit pour enrayer le travail inflammatoire qui tend à se faire autour des tubercules et à en amener le ramollissement, soit pour combattre les pneumonies plus ou moins étendues qui constituent une complication si fréquente et si redoutable de la tuberculisation pulmonaire.

Pleurésie. — Nous avons un assez grand nombre de fois donné les préparations d'Antimoine dans les pleurésies aiguës, et pas une fois nous n'avons pu calmer l'orgasme inflammatoire, ainsi que le prétendait Laennec.

Maladies du cœur. — Nous avons vu se calmer la fréquence du pouls et la dyspnée, chez les patients atteints d'une maladie organique du cœur, sous l'influence de hautes doses de tartre stibié, de kermès et d'oxyde blanc d'Antimoine ; mais au bout de peu de temps, lorsque la tolérance cessait, les accidents reparaissaient avec autant de violence qu'auparavant. Il est pourtant un rapprochement que nous ne pouvons passer sous silence : en parlant de la péripneumonie, nous avons dit que, sous l'influence de l'Antimoine, la circulation subissait des modifications beaucoup plus marquées que la respiration ; le contraire a lieu dans les maladies du cœur.

Phlébite. — L'action de l'Antimoine dans la phlébite n'est guère moins constante que dans la pneumonie. En i 831, une jeune fille fut saignée pour modérer une congestion utérine; à quelques jours de là, les veines du bras s'enflamment, on applique des sangsues et des cataplasmes. Le lendemain matin, gonflement du bras, symptômes typhoïdes, suffusion ictérique delà face. 6 grammes (1 gros et demi) d'oxyde blanc d'Antimoine sont prescrits par Récamier : le lendemain matin la fièvre avait cédé, le bras était assoupli, les symptômes typhoïdes avaient disparu, et quarante-huit heures après le début du traitement, notre malade entrait en convalescence. Sanson aîné s'applaudissait beaucoup d'avoir employé le tartre stibié n. 50

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à hautes doses et l'oxyde d'Antimoine dans les phlébites qui suivent les graves opérations chirurgicales.

Deux fois nous avons vu réussir les antimoniaux dans une métro-péritonite puerpérale.

Nous croyons avoir fait avorter, par le même moyen, un double phlegmon des amygdales.

Rhumatisme articulaire. — Il est peu de médecins qui, ayant convenablement essayé les antimoniaux dans la pneumonie, n'aient reconnu leur utilité, mais il n'en est pas de même pour le rhumatisme articulaire aigu. Quelques praticiens, Laennec, MM. Vyau-Lagarde, Ribes, . Delourmel, etc., regardent le tartre stibié à haute dose comme l'un des meilleurs moyens pour guérir le rhumatisme articulaire. M. Chomel et surtout Dance citent des faits nombreux qui semblent indiquer que ce médicament n'a pas, dans ce cas, une action spéciale bien incontestable, et qu'il faut attribuer l'amélioration que Ton observe à l'action vomitive et purgative du remède plutôt qu'à ses propriétés contro-stimulantes. Nous avons traité par les antimoniaux plus de trente malades atteints de rhumatisme articulaire aigu, et les résultats ont tellement varié qu'il nous a été impossible d'indiquer, à l'égard de cette maladie, des résultats thérapeutiques à peu près constants, comme nous l'avons fait dans la pneumonie. Les préparations antimoniales ont eu un succès rapide chez quatre de nos malades , la moitié ont éprouvé un soulagement notable et une guérison complète en moins de vingt jours. L'autre moitié n'a pas éprouvé la moindre amélioration. Chez trois malades , les accidents se sont considérablement aggravés. Chez les rhumatisants , nous n'observions pas le ralentissement de la circulation et des mouvements respiratoires dont nous avons parlé plus haut; la chaleur fébrile ne diminuait qu'à mesure de la disparition des phénomènes locaux, et même nous avons vu plusieurs fois une fièvre violente persister, bien que toutes les articulations parussent libres d'inflammation , et que rien ne pût faire présumer que quelque organe interne, à l'exception du cœur, fût le siège d'une phlegmasie. La disparition du rhumatisme n'a jamais été si rapide que lorsque l'Antimoine déterminait des vomissements et surtout des superpurgations ; une tolérance de quinze jours n'amenait aucune autre modification que celle que l'on pouvait raisonnablement attribuer au laps de temps qui s'était écoulé. Plusieurs fois nous avons vu le rhumatisme persévérer avec une affreuse opiniâtreté pendant tout le temps que durait la tolérance, et céder presque complètement en vingt-quatre heures, le jour que le médicament n'était plus supporté et qu'il déterminait des accidents du côté des viscères gastriques. Nous ajouterons que le tartre stibié en lavage, ou bien encore l'huile de croton tiglium ou tout autre purgatif un peu énergique, produisaient en général d'aussi bons effets que les antimoniaux à haute dose.

Toutefois nous ferons observer que si, par une médication quelconque, l'application des sels de morphine sur le derme dénudé, la saignée, les

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purgatifs drastiques, les éméto-cathartiques, nous avions modéré le rhumatisme articulaire, et dissipé la fièvre violente qui raccompagne presque toujours, nous tirions alors un utile parti de l'administration longtemps continuée de doses médiocrement élevées d'oxyde blanc d'Antimoine ou de kermès. Par là nous évitions les recrudescences, si fréquentes avec toute autre médication.

Il résulte de tout ce que nous venons de dire que le mode d'action des antimoniaux dans le rhumatisme articulaire, est tout autre que dans la péripneumonie. Ceci nous mène naturellement à discuter ce mode d'action.

Rasori , sans trop expliquer ce qu'il entend par stimulus et par controstimulus, pense que, dans le traitement des péripneumonies, il faut, pour vaincre rapidement le mal , porter sur les organes digestifs toute l'action contro-stimulante qu'ils peuvent recevoir, et soustraire au système vasculaire une portion de la matière stimulante dont il est rempli. Il satisfait à la première indication par le tartre stibié, et à la seconde par la saignée : la saignée et l'émétique agissent donc, selon lui, exactement de la même manière.

Or , si l'on mesure la contro-stimulation par les effets des contro-stimulants, on ne pourra admettre l'opinion de Rasori; car l'expérience démontre que , dans quelques épidémies de pneumonies , le tartre stibié ou les autres antimoniaux employés à l'exclusion de tout autre moyen amènent plus vite la cessation des phénomènes fébriles, que lorsque l'on saigne le malade préalablement ou concurremment. Ce seul fait permettrait donc de conclure que l'Antimoine n'agit pas comme la saignée.

Suivant Rasori , l'émétique à haute dose n'est supporté que dans certaines conditions de l'organisme, c'est-à-dire quand la maladie est sthénique, ou pour nous servir de sa propre expression, quand il existe une diathèse de stimulus. Tout en confessant que le tartre stibié et les antimoniaux, en général, ne sont jamais si bien supportés, ni si utiles dans la pneumonie , que lorsque les symptômes sthéniques dominent le plus fortement , nous ne soutiendrons pas moins que la tolérance s'établit à merveille chez les individus profondément débilités, et qui, certes, n'ont guère besoin de l'Antimoine pour perdre encore des forces. D'un autre côté, nous voyons les individus les mieux portants, à cela près d'une tumeur du genou , par exemple , qui n'amène aucune réaction , supporte les antimoniaux avec la même facilité que ceux qui sont atteints de péripneumonie. Rasori a professé, et d'autres après lui ont accrédité une grave erreur : savoir, qu'il fallait être malade, et malade d'une certaine manière, pour supporter de hautes doses de préparations antimoniales. On peut dire, au contraire, qu'à moins de phlegmasie gastro-intestinale, presque tous les hommes peuvent supporter des doses considérables d'Antimoine. Rasori et ceux qui partagent son opinion n'ont pas vu quesi des gens bien portants ne supportent pas les antimoniaux , c'est que des gens

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bien portants ne se mettent pas à la diète ; or nous avons vu que la diète était une des principales conditions de tolérance.

Rasori blâme, avec une sorte de dédain, ceux qui s'attachent aux phénomènes locaux des maladies, et qui ne semblent pas tenir compte de la diathèse de stimulus ou de contro-stimulus. Or, pour être conséquent avec lui-même, il faut qu'il admette que peu de maladies se montrent plus fréquemment que le rhumatisme articulaire et la pleurésie avec les symptômes qui annoncent au plus haut degré la diathèse de stimulus ; cependant les antimoniaux échouent presque toujours dans ces deux maladies, et d'autant plus sûrement que les symptômes inflammatoires sont plus violents; d'un autre côté, dans une pneumonie latente, l'Antimoine réussit presque aussi bien que dans la fluxion de poitrine qui s'accompagne des signes les plus évidents de diathèse de stimulus.

Dance et M. Chomel n'expliquent pas comme Rasori le mode d'action de l'Antimoine. Suivant eux , cet agent thérapeutique n'a aucune propriété spéciale : quand il purge et qu'il fait vomir , il n'agit pas autrement que les purgatifs et les vomitifs; il n'a, au contraire, aucune action lorsqu'il est parfaitement toléré.

L'opinion de Rroussais se rapproche beaucoup de celle de ces médecins : cet illustre pathologiste regarde en effet les antimoniaux comme des révulsifs plus puissants encore que les vésicatoires et les sinapismes que l'on applique sur la peau, attendu qu'ils agissent sur une plus grande surface, et que de plus ils provoquent souvent une abondante sécrétion de la surface gastro-intestinale.

L'explication de Dance et de M. Chomel s'appuie sur des faits spécieux ; ils ont vu , et nos propres observations sont en cela parfaitement d'accord avec les leurs, que, dans le rhumatisme articulaire par exemple, l'amélioration ne survenait, le plus souvent, que lorsque les antimoniaux causaient des vomissements et de la diarrhée , et que l'on obtenait les mêmes résultats par l'ipécacuanha et les purgatifs drastiques. Partant de là, ils ont conclu qu'il en devait être de même pour la pneumonie : paralogisme évident, car ici ils n'ont plus les faits pour appuyer leur opinion. Si , dans le rhumatisme , l'amendement dans les symptômes est la conséquence la plus ordinaire de l'action éméto-cathartique du médicament, au contraire, dans la pneumonie , l'amélioration devient évidente et alors que l'Antitimoine est supporté, et quand les vomissements ou la diarrhée surviennent ou persévèrent. L'erreur de ces deux praticiens vient donc de ce qu'ils ont appliqué à une maladie ce qui n'était vrai que pour une autre.

Dance, dans un travail, d'ailleurs si remarquable, où il soumet à une critique sévère et consciencieuse tous les travaux qui ont été publiés jusqu'ici sur l'action du tartre stibié dans la pneumonie, arrive à cette conclusion, que si cet agent thérapeutique n'a pas nui, au moins son utilité ne peut-elle être mise en lumière par les faits qu'il analyse, et que, dans ces circonstances, la saignée faite concurremment avait probablement conduit à bien les pneumonies qui avaient été traitées par le tartre stibié.

ANTIMOINE

Il nous semble que l'opinion de Broussais, relative au mode d'action de l'Antimoine, dans la pneumonie particulièrement, ne peut pas soutenir la discussion , et qu'elle est renversée de fond en comble par l'argument que nous faisions valoir tout à l'heure, savoir, que dans la pneumonie les accidents inflammatoires sont aussi sûrement et aussi rapidement enlevés lorsque les antimoniaux ne causent aucun accident du côté des viscères gastriques que lorsqu'ils font vomir violemment.

Et pourtant il ne faut pas se dissimuler que la fameuse méthode de Rivière, dans le traitement de la pneumonie, prête un grand appui aux opinions que nous venons de combattre. On sait que, dans la pneumonie, Rivière faisait vomir tous les jours avec l'émétique, et quelquefois deux fois par jour, jusqu'à ce que les accidents fébriles fussent calmés, et il n'est pas permis de révoquer en doute les faits qu'il a observés.

A vrai dire, il est probable que Rivière avait été entraîné à préconiser exclusivement cette méthode par les succès qu'il avait obtenus dans une période d'années où la constitution médicale le requérait. Toujours est-il que nous avons voulu savoir à quoi nous en tenir sur l'influence de cette médication. Depuis 1838, nous avons soumis beaucoup de péripneumoniques à la méthode de Rivière en même temps que nous leur faisions une ou deux saignées; ils prenaient matin et soir, les deux premiers jours de leur séjour à l'hôpital, et les jours suivants le matin seulement, 1 décigramme (2 grains) de tartre stibié, et 1 gramme (20 grains) de poudre d'ipécacuanha. Ce vomitif était administré en deux doses, en laissant un quart d'heure d'intervalle entre chaque prise. Il s'ensuivait toujours des vomissements plus ou moins copieux , et chez quelques-uns un sentiment de faiblesse qui allait presque jusqu'à la syncope. Pendant qu'ils étaient dans cet état étrange, le pouls était petit, la peau perdait sa chaleur fébrile.

Le fait est que cette méthode nous a été utile, et que, tous les jours encore, elle nous rend d'importants services.

Mais de ce que la méthode vomitive de Rivière est utile , il ne s'ensuit pas le moins du monde que les antimoniaux agissent en tant que vomitifs. Nous admettons que les vomitifs sont bons; nous admettons encore que les antimoniaux , lorsqu'ils font vomir, sont bons encore; et même nous voulons bien qu'ils aient une action analogue à celle des antimoniaux qui sont tolérés ; mais il n'en reste pas moins le fait sur lequel nous avons tant insisté déjà, et sur lequel nous revenons encore , c'est que les préparations stibiées, données à dose contro-stimulante, ont leur summum d'activité thérapeutique quand elles sont le mieux tolérées.

En général nous attachons bien peu d'importance aux explications que l'on peut donner du mode d'action des médicaments. Nous ne voyons en thérapeutique que deux choses, le médicament appliqué à l'organisme, et le résultat éloigné de cette application. Quant aux phénomènes intermédiaires, ils nous échappent et nous échapperont probablement toujours. Si donc, à notre tour, nous hasardons une explication, nous déclarons à

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l'avance que nous la sacrifierons sans peine à toute autre qui nous semblera plus conforme à l'observation des faits ; cette explication, d'ailleurs, que nous avons déjà donnée depuis longtemps dans nos cours de thérapeutique et dans les hôpitaux où nos expériences ont été faites, ne difère que bien peu de celle qu'a publiée M. le docteur Téallier dans un Ouvrage sur le tartre stibié.

Beaucoup de substances médicamenteuses ont une action spéciale sur certains appareils. La belladone et la stramoine calment les mouvements de la respiration , et tous les praticiens savent ce que l'on peut obtenir de merveilleux résultats en faisant fumer des feuilles de ces plantes à des malades atteints de certaines affections des organes respiratoires. La digitale ralentit les mouvements de la circulation ; l'opium les accélère. La plupart des substances végétales toxiques ont une action spéciale , action tellement spéciale, que l'on peut aisément reconnaître, d'après les symptômes , quel est le poison qui a été appliqué à l'organisme vivant ; il en est de même des poisons animaux et des poisons minéraux. Entre le venin de l'abeille et celui du scorpion, entre l'action toxique de l'arsenic et celle du mercure, il y a un immense intervalle. Pourquoi donc ne pas admettre que l'Antimoine agit comme toxique, et que son influence se fait sentir spécialement sur le cœur et sur les organes respiratoires, que cette action d'ailleurs s'exerce directement ou par l'intermédiaire du système nerveux ? En quoi, nous le demandons, cette explication, si conforme aux résultats cliniques, est-elle en dissonance avec les considérations dans lesquelles nous entrions tout à l'heure, relativement à l'influence des différents poisons ? Si donc nos expériences prouvent que l'Antimoine, indépendamment de toute action irritante locale, produit le ralentissement et l'affaiblissement du pouls, en même temps que le ralentissement des phénomènes de la respiration, avec quelle facilité ne comprendrons-nous pas comment il amène si facilement la guérison de la péripneumonie ! En effet, supposons un péripneumonique dont le pouls batte cent vingt fois par minute, avec une force que nous représenterons par dix, et qui respire quarante fois par minute, avec des efforts que nous représenterons par quatre ; supposons maintenant que, par l'administration des antimoniaux, le pouls ne batte plus que soixante fois par minute, et avec une force moitié moindre; il en résulte que, d'une part, le ventricule droit et les artères bronchiques se déchargent moitié moins souvent dans le poumon, et que, d'autre part, l'impulsion du cœur étant moins forte, la masse de sang envoyée dans l'espace d'une minute est diminuée d'autant. Le poumon enflammé reçoit donc, d'abord, beaucoup moins de sang par les artères bronchiques, en tant qu'organe parenchymateux; ensuite en tant qu'instrument d'hématose, il a bien moins de sang à élaborer.

Si maintenant nous supposons que le malade ne respire plus que vingtcinq fois par minute, et qu'il le fasse sans efforts, on comprendra aisément que le thérapeutiste, en administrant l'Antimoine, a placé le poumon jus-

ANTIMOINE

tement dans les conditions où le chirurgien place un membre fracturé ; c'est-à-dire que, après avoir, par un traitement convenable, modifié l'inflammation, il tient le membre dans le repos. Or, dans le cas qui nous occupe, le poumon est relativement dans le repos.

On comprend donc comment les maladies aiguës du parenchyme pulmonaire et celles des vaisseaux sont si heureusement combattues par les antimoniaux, comment les phlegmasies des parenchymes, en général, céderont plus aisément à cette médication que celles des membranes séreuses ou synoviales. On voit aussi pourquoi l'Antimoine fait cesser la chaleur fébrile, qui presque toujours est en rapport avec la force et la fréquence du pouls,

Maintenant il s'élève une objection très-grave. Si l'Antimoine a sur la circulation et sur la respiration l'influence que vous lui avez reconnue dans vos expériences, pourquoi, nous dira-t-on, perd-il cette influence quand on le donne dans le traitement du rhumatisme articulaire, dans celui de la pleurésie, etc. ? A cela nous répondrons par une autre question : si l'opium endort, si l'extrait de datura stramonium calme les douleurs, pourquoi l'opium n'endort-il pas toujours? pourquoi l'extrait de stramoinene calmet-il pas toujours les douleurs ? C'est que probablement la modification nerveuse, en vertu de laquelle le malade est tenu éveillé, et celle qui excite la sensation douloureuse, sont telles que l'influence de l'opium et du datura n'est pas assez puissante pour les vaincre. Ce que Peyrilhe rendait par cette expression énergique et si capitale en thérapeutique : « Si, quand nous donnions l'opium comme quatre, le malade ne s'endort pas, c'est qu'il est éveillé, au moins, comme cinq. »

Appliquons maintenant à l'Antimoine ce que nous venons de dire, et croyons que si la fièvre véhémente des rhumatismes n'est pas calmée par les antimoniaux, c'est que le rhumatisme exerce sur l'organe central de la circulation une stimulation sympathique ou directe tellement énergique, que l'action sédative et antiphlogistique de l'Antimoine ne peut en triompher.

Il est une façon de comprendre le mode d'action des antimoniaux dans le traitement de la pneumonie et de diverses autres inflammations. On ne peut se refuser à admettre que les antimoniaux les plus irritants, le tartre stibié, le régule et le kermès, sont aussi les plus utiles; que le plus puissant des trois que nous venons de citer est évidemment le tartre stibié, si toutefois il est toléré; et certes il serait du devoir du médecin de conseiller toujours l'émétique comme contre- stimulant, si souvent ce dernier ne donnait lieu à des accidents locaux qui font préférer le kermès. Or, on se demande si les antimoniaux n'agissent pas ici par une action révulsive exactement à la manière de ces immenses ventouses dont récemment la thérapeutique s'est enrichie. Nous savons en effet qu'à l'aide de ces ventouses qui embrassent tout un membre, on distrait immédiatement une telle quantité de sang que la syncope survient presque toujours. On comprend à merveille que si ce moyen est admirablement

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héroïque dans le traitement des congestions, il est moins utile dans les phlegmasies, et cela seulement parce qu'il n'a pas une action continue. Or les antimoniaux peuvent, par leur contact avec la membrane muqueuse gastro-intestinale, développer vers le tégument interne une congestion permanente, et la réplétion de tout le système de la veine porte, pendant plusieurs jours, peut agir à la manière de cette large ventouse dont nous parlions tout à l'heure, si ce n'est toutefois que la ventouse a une action essentiellement temporaire, et que la congestion déterminée par la préparation stibiée durerait aussi longtemps que serait continuée la médication.

Des effets thérapeutiques divers attribués par les auteurs aux antimoniaux. Il suffit de lire ce qu'a dit Gmelin des antimoniaux (Apparatus medicaminum, tome I, pages 171 et suivantes) pour être bien convaincu que toutes les préparations antimoniales ont des propriétés communes, et qu'elles n'ont de spécial que des vertus vomitives ou purgatives plus ou moins énergiques.

Le nombre prodigieux d'auteurs dont Gmelin cite les ouvrages et analyse les opinions, reconnaissent à tous les composés antimoniaux une action évidente dans les maladies aiguës et chroniques de la poitrine, dans les affections cérébrales, dans les maladies goutteuses et rhumatismales ; presque tous ces écrivains leur reconnaissent la propriété de faciliter l'expectoration, de calmer la dyspnée, de modérer la fièvre, de réveiller les fonctions digestives, de favoriser la sueur et surtout la diurèse; d'aider singulièrement à la résolution delà plupart des maladies chroniques, telles que les hydropisies, les squirrhes et les engorgements glanduleux, la syphilis constitutionnelle, les affections syphilitiques de la peau, et surtout les dermatoses squammeuses et eczémateuses.

Il est fort difficile, et souvent impossible, d'apprécier à leur juste valeur les assertions de ces praticiens qui, pour la plupart, écrivaient à une époque où le diagnostic différentiel des maladies était loin d'être précis ; de sorte qu'au milieu de cette masse d'assertions on ne peut constater vraiment que les effets les plus ordinaires du médicament, indépendamment en quelque sorte de la maladie pour laquelle on l'administrait ; encore est-on incertain le plus souvent sur la dose et l'espèce de composé antimonial administrés dans ces cas divers, car on sait que sous les mêmes noms on employait des préparations antimoniales fort différentes.

Nous ne pouvons toutefois laisser passer sans discussion quelques applications thérapeutiques toutes spéciales du tartre stibié.

Et d'abord nous parlerons de l'action de l'émétique dans le traitement des fièvres intermittentes. Le fameuxbol delà Charité contre la fièvre quarte [bolus ad quartanam) témoigne assez haut de la confiance qu'on attribuait à ce sel vomitif. La composition de ce bol était la suivante : 32 grammes (1 once) de quinquina en poudre, A grammes (1 gros) de carbonate de potasse, 80 centigrammes (16 grains) de tartre stibié, quantité suffisante de sirop de sucre, pour 60 bols à prendre entre deux accès. Et d'abord

ANTIMOINE

nous ferons observer que, dans ce mélange, l'émétique était décomposé par le tannin et par le sous-carbonate de potasse, et qu'en outre les 32 grammes (1 once) de quinquina que le malade prenait en même temps que l'émétique, entre deux accès de fièvre, pouvaient à bon droit revendiquer la plus grande part dans l'honneur de la guérison.

On ne peut toutefois se dissimuler que, dans les lièvres intermittentes rebelles et atypiques, une grande perturbation peut dans quelques cas rompre le cours des accès, et le tartre stibié est mieux qu'un autre médicament, propre à produire cette perturbation; il agit au même titre qu'une grave indigestion, qu'une grande frayeur, que la douleur, qui souvent ont suffi pour mettre fin à une fièvre intermittente rebelle. La fameuse potion stibio-opiacée du docteur Peysson, tant préconisée dans le traitement des fièvres intermittentes rebelles, n'a peut-être d'utilité que par la perturbation qu'elle provoque.

Quant à l'efficacité du tartre stibié dans un typhus grave, nous ne nous croyons pas en droit de la révoquer en doute; pourtant l'autorité de Rasori ne nous semble pas suffisante. En effet, rien ne démontre que sa fameuse médication ait eu de si beaux résultats dans la fièvre pétéchiale de Gênes. Toutefois nous ne sommes pas éloignés de penser que dans certaines épidémies de grippe, caractérisées par la prostration des forces et en même temps par des phlegmasies locales pulmonaires, l'émétique, comme la plupart des autres antimoniaux, trouve une heureuse application.

Le bien-être qui, chez les enfants atteints de coqueluche, suit l'administration d'un vomitif, ne présage rien en faveur de l'Antimoine. En effet, on obtient le même résultat par l'ipécacuanha, de sorte qu'il faut ici croire à l'utilité du vomitif en tant que vomitif, et non à l'action spéciale du sel antimonial.

Nous avons vu bien souvent aussi conseiller, et souvent nous avons conseillé nous-mêmes l'émétique dans le cas d'inflammation aiguë de la membrane muqueuse du larynx chez les enfants. Cette inflammation, qui simule le croup le plus intense et qui peut quelquefois le causer, cède facilement à l'usage du tartre stibié donné à dose vomitive, et à l'usage du kermès continué pendant plusieurs heures.

Affection diphthéritique et croup. Depuis longtemps l'Antimoine, à dose vomitive, est employé avec avantage dans l'angine dipthéritique et dans le croup véritable. Par suite des contractions convulsives des muscles expirateurs, le vomitif tend à ébranler et à détacher les fausses membranes plus ou moins adhérentes à l'arrière-gorge ou au tube aérien ; et puis en provoquant leur expulsion, il réussit souvent à faire cesser une asphyxie qui était imminente, et à placer l'enfant dans des conditions plus favorables.

Nous devons ajouter que, dans ces dernières années, l'émétique, à dose contro-stimulante, a été appliqué au traitement du croup, et que des faits assez nombreux, cités par un certain nombre de médecins recom-

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

mandables, tels que MM. Gigon, Valleix, Bouchut, sont venus témoigner de l'efficacité de cette méthode, au moins dans certaines limites.

L'Antimoine paraîtrait avoir ici un double mode d'action : d'abord il est rare que les premières doses ne soient pas suivies de vomissements ; donc, comme vomitif, il peut être déjà très-utile ; et puis comme controstimulant, l'Antimoine agirait sur le fond même de la maladie, c'est-àdire qu'il s'attaquerait à la diathèse spéciale qui tend à reproduire incessamment l'exsudation plastique, et à renouveler ainsi les accidents de suffocation et d'asphyxie qui avaient pu être un instant conjurés. Dans le cas de croup confirmé, on administre d'ordinaire une potion contenant de 20 à 40 centigrammes de tartre stibié, qu'on donne par cuillerée à café d'heure en heure. Nous répétons que le succès paraît d'autant plus probable que les premières doses ont une action vomitive, et provoquent le rejet de concrétions pseudo- membraneuses.

Toutefois nous avouons que nous ne sommes pas aussi rassurés que le paraît être M. Bouchut sur la complète innocuité de cette médication. En effet, chez un certain nombre de jeunes sujets, doués d'une faible résistance vitale, ou déjà débilités par cette maladie essentiellement asthénique, il n'est pas très-rare de voir survenir assez rapidement des symptômes de prostration qui ne laissent pas d'avoir leur danger. Aussi, sans proscrire cette médication énergique qui peut, dans tel cas donné, rendre les plus éminents services, notre avis est qu'en raison même de sa puissance, elle demande à être appliquée avec une grande prudence et à être surveillée avec un soin extrême.

Chorée. Il nous reste à signaler une application du tartre stibié à haute dose qui mérite une mention toute spéciale. Laennec, et après lui Breschet, avaient employé ce moyen avec quelque avantage pour combattre la chorée. Mais depuis longtemps il était tombé complètement en désuétude. Tout récemment M. Gillette, médecin de l'hôpital des Enfants, a eu l'idée de reprendre cette médication, et grâce aux modifications qu'il lui a fait subir et aux succès qu'il en a obtenus, on peut dire qu'il lui a assuré dans le traitement de la chorée, sinon la primauté, au moins une place des plus importantes.

Voici le mode d'administration que propose M. Gillette.

La cure totale se compose le plus ordinairement de plusieurs cures partielles, ou de séries. Chaque série comprend trois jours et est séparée de la suivante par un intervalle de trois à cinq jours.

Le premier jour, on commence par donner le tartre stibié à la dose de 30 à 40 centigrammes dans les M heures, à peu près de la même manière que dans la pneumonie. Le deuxième jour, on donne 40 à 60 centigrammes, et le troisième jour on s'élève jusqu'à 75 centigrammes et même quelquefois jusqu'à un gramme. Cela fait, on laisse le malade se reposer pendant trois à cinq jours.

Si la chorée persite au même degré, ou bien si les mouvements convulsifs ont éprouvé seulement de la diminution, on reprend le tartre stibié

ANTIMOINE

pendant trois autres jours, en commençant par la même dose que dans la première série ou bien par une dose un peu plus élevée.

Si après quatre ou cinq jours d'un nouveau repos, la guérison n'est pas obtenue ou n'est encore qu'incomplète, on entreprend une troisième série, en augmentant encore un peu les doses. Dans quelques cas réfractaires, il a été nécessaire de recourir à une quatrième série.

Des faits déjà nombreux ont été publiés par M. Bonfils, interne de M. Gillette, et par un certain nombre de médecins des hôpitaux; et ces faits, sans être tous également probants, nous paraissent néanmoins de nature à recommander cette médication énergique. Assez souvent, après la première série, il arrive que la chorée se trouve très-notablement amendée, et quelquefois même, si la maladie n'a qu'une intensité moyenne, on obtient immédiatement la guérison. Mais dans la majorité des cas, il est nécessaire de recourir à deux ou trois séries successives pour arriver à une guérison complète et définitive.

On pourra objecter sans doute que nous possédons, dans les affusions froides, les narcotiques, la noix vomique, les bains sulfureux et la gymnastique, etc., un ensemble de moyens thérapeutiques à l'aide desquels on parvient généralement à triompher de la chorée, et que rien ne commandait de reprendre une médication déjà essayée, puis abandonnée, une médication qui a en soi quelque chose de violent et de brutal même, surtout chez des personnes délicates, comme le sont beaucoup de jeunes filles choréiques.

Assurément nous sommes, moins que personne, disposés à contester l'efficacité des divers moyens dont on se sert habituellement pour combattre la chorée, et de plus nous accorderons que la médication stibiée devra rencontrer plus d'une fois ses contre-indications et ses difficultés pratiques. Mais, d'autre part, nous savons par expérience que si la chorée cède généralement au traitement ordinaire et au bénéfice du temps, il est malheureusement certains cas où l'agitation convulsive est d'une violence telle que tous les moyens connus sont sans action aucune, et que le médecin ne voit que trop souvent encore périr misérablement sous ses yeux de pauvres jeunes filles, la peau usée et profondément ulcérée par des frottements incessants qu'aucun moyen de contention ne peut empêcher.

Or le tartre stibié à haute dose vient nous offrir une ressource nouvelle là où tout a échoué jusqu'ici, et déjà même quelques faits tendent à faire espérer que grâce à l'énergie de ce moyen à la fois perturbateur et sédatif, on parviendra à maîtriser et à briser en quelque sorte ces chorées jusqu'ici indomptables. Ainsi donc, quand bien même la médication nouvelle devrait être réservée exclusivement à ces cas exceptionnels, M. Gillette aurait encore rendu un véritable service à la thérapeutique en lui offrant une chance de succès là où elle été réduite à confesser sa complète impuissance.

L'emploi des antimoniaux comme médicaments externes est tout à fait tombé en désuétude. Cependant le tartre stibié (voyez tome Ier, p. 739) a

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

encore des usages thérapeutiques fort importants. Autrefois on se servait fréquemment, pour modifier les plaies et guérir certaines maladies ulcéreuses de la peau, de pommades dans lesquelles on faisait entrer les oxydes d'Antimoine, le sulfure, l'hydrosulfate, et même l'Antimoine métallique. Il est fâcheux que l'usage de ces remèdes soit aujourd'hui exclusivement abandonné aux maréchaux, qui en tirent un grand parti dans le traitement des maladies des animaux.

Nous allons maintenant passer rapidement en revue les propriétés spéciales des diverses préparations d'Antimoine.

A. Antimoine métallique. Nous l'avons administré avec avantage dans la pneumonie, le rhumatisme articulaire, le catarrhe capillaire. Les doses varient depuis 8 grains jusqu'à 1 gros (de 4 décigrammes à 4 grammes). On l'administre en pilules, en poudre, mêlé à de la magnésie ou à du carbonate de chaux, ou bien encore suspendu dans un looch ou dans une potion mucilagineuse. En triturant avec une partie d'axonge deux parties d'Antimoine porphyrisé, on fait une pommade qui peut remplir le même but que la pommade émétisée. Cette pommade peut s'employer aussi en frictions sur certaines dartres.

B. L'oxyde d' Antimoine, l'acide antimonieux, V acide antimonique, sont de toutes les préparations stibiées celles qui agissent avec le moins de violence. On les prescrit suspendus dans un looch blanc, en poudre ou en pilules : cette dernière forme est préférable chez les malades qui peuvent avaler des bols. La dose varie depuis 5 décigrammes (10 grains) chez les enfants à la mamelle, jusqu'à 8 à 16 grammes (2 gros à une demi-once) chez les adultes, dans les vingt-quatre heures. Dans les catarrhes non fébriles, il convient de ne pas dépasser la dose de 4 grammes (1 gros).

C. Antimoine diaphorétique lavé. Ce médicament est celui qui s'administre le plus souvent. Il s'emploie plus communément que les oxydes purs, parce qu'il se trouve dans toutes les officines. C'est d'ailleurs celui qui est connu dans le Codex sous le nom impropre d'oxyde blanc d'Antimoine. Il se donne exactement dans les mêmes cas et de la même manière que l'oxyde et les acides d'Antimoine.

D. Le chlorure d' Antimoine ou beurre d' Antimoine, V oxychlorure d'Antimoine ou poudre d'Algaroth, et l'iodure d'Antimoine, ne sont pas employés aujourd'hui dans la thérapeutique interne. La poudre d'Algaroth ne se distingue des antimoniaux que nous venons de passer en revue par aucune propriété spéciale. On l'a accusé pourtant de provoquer la salivation. Nous ne pouvons rien dire à cet égard; nos expériences sur ce sujet ne sont pas assez nombreuses.

E. Le sulfate d'Antimoine, le soufre doré d'Antimoine, et surtout Vhydrosulfate d'Antimoine (kermès minéral), sont d'un usage beaucoup plus fréquent. Ils s'emploient avec un grand avantage comme contro- stimulants. On les a vantés surtout dans les catarrhes aigus et chroniques, dans les coqueluches ; on les donne, dans ces cas, à petites doses de 1 à 4 grains (5 à 20 centigrammes) par jour, dans un julep, en poudre, mêlés avec

du sucre, en pilules, et combinés avec la gomme ammoniaque, le savon, la térébenthine, le baume de Tolu, etc. Comme contro-stimulants, il convient de les donner à dose moitié moindre que les oxydes; ils s'administrent d'ailleurs de la même manière.

Récemment M. Thorel, pharmacien à Avallon, a conseillé le kermès comme antidote de la strychnine et de la brucine; il pense que le kermès agit, une partie en formant un sulfure insoluble avec les alcalis organiques, et la portion d'émétique non décomposée provoque l'expulsion du poison neutralisé. Voici la formule d'administration proposée par M. Thorel : kermès, 1 gramme; émétique, 0,10; sirop de Nerprun, 45 grammes; eau, 60.

CÉVADILLE.

La Cévadille est le fruit du veratrum sabadilla du Mexique.

Analyse. Suivant MM. Pelletier et Caventou, elle contient : matière grasse, acide cévadique, cire, gallate acide de vératrine, matière colorante jaune, gomme.

L'acide cévadique est blanc, il cristallise en aiguilles nacrées ; il a une odeur faible ; il fond à 20" ; il est volatil.

Poudre de Cévadille, Il faut prendre beaucoup de précautions pendant la pulvérisation de la Cévadille. Les plus petites quantités provoquent des éternuments violents. Sa poudre est connue sous le nom de poudre des capucins. Elle sert à faire périr les poux.

Lavement de Cévadille.

Pr. : Cévadille, -4 grammes.

Eau, 300 Lait, 250

Faites bouillir de manière à réduire jusqu'à 200 grammes. Ce lavement est employé pour faire périr les ascarides (Soubeiran).

On obtient de la Cévadille la vératrine en assez grande quantité. La nature de la Cévadille et le procédé employé font varier la proportion qu'on en extrait. En opérant par l'alcool le produit va jusqu'à 5 grammes par kilogramme (Dublanc).

MATIÈRE MÉDICALE

Le Colchique d'automne, Colchicum au- Safran lâtard), est une plante delà fatumnale (vulgairement appelé Tue-chien, mille des Golchieacées hexandrie trigynie

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

de Linné. Elle croît dans les prés humides.

Les bulbes et les graines sont seules usitées.

Les caractères génériques du Colchique d'automne sont : une spathe; calice coloré, longuement tubulé, trois capsules réunies renflées.

Les caractères spécifiques : feuilles planes, lancéolées, droites.

La bulbe de Colchique se présente dans le commerce sous la forme d'un corps ovoïde, de la grosseur d'un marron, convexe d'un côté et présentant la cicatrice occasionnée par la petite tige; creusé longitudinalement de l'autre, d'un gris jaunâtre à l'extérieur, et marqué de sillons uniformes causés par la dessiccation ; blanc et farineux à l'intérieur. Son odeur est nulle à l'état sec, sa saveur est acre et irritante.

Storck pensait que les propriétés médicinales de la bulbe de Colchique étaient en grande partie annihilées par la dessiccation et la vétusté; aussi l'employait-il à l'état frais.

Les graines ou semences sont sphériques, d'un brun noirâtre, rugueuses, grosses environ comme la tête d'une épingle, d'une saveur d'abord amère, puis très-àcre. Elles sont difficiles à pulvériser à cause de l'endosperme corné, élastique, dont elles sont formées à l'intérieur. L'époque de la récolte des Colchiques est au mois d'août, c'est lorsque la bulbe est en pleine vigueur.

Analyse. MM. Pelletier et Caventou ont trouvé dans les bulbes : matière grasse, acide volatil, gallate de vératrine, gomme, amidon, inuline, ligneux.

Dans les graines, MM. Geiger et Hesse ont découvert un alcali végétal, la colchicine, qui, d'après eux, se distingue de la vératrine par des caractères assez tranchés.

Teinture de Colchique.

Pr. : Bulbes sèches de Colchique, 1 part. Alcool à 50° (21 Cart.), 4

Faites macérer pendant quelques jours, passez et filtrez.

L'eau médicinale d'Husson, remède célèbre contre la goutte, est faite avec l partie de bulbes fraîches et 2 parties d'alcool à 36°.

Vin de bulbes de Colchique.

Pr. : Bulbes sèches, 1 part.

Vin de Malaga, 16

Faites macérer pendant douze jours, passez avec expression et ûltrez.

On prépare de même un vin de semences de Colchique, dont les effets sont, dit-on, plus doux et plus sûrs que ceux du vin de bulbes.

Le plus grand nombre des prétendus spécifiques contre la goutte ont pour base le Colchique, Bulbes on semences ; le vin de Colchique est un médicament très-infidèle en raison des proportions très-variables d'alcool que renferment les vins blancs qui servent à le préparer ; il en résulte souvent des accidents très-graves.

Vinaigre de Colchique de Storck.

Pr. : Bulbes récentes, 1 part.

Vinaire fort, 12

Le vin du Codex se prépare avec le Colchique sec.

Onguent Colchique.

Pr. : Vinaigre de Colchique, 1 part.

Miel, 2

Faites cuire en consistance de sirop.

Il paraît démontré aujourd'hui que le Colchique blanc ou hermodactes Colchicum illyricum était le seul employé autrefois contre la goutte.

Loué avec une exagération que rien ne pouvait justifier, rejeté de la thérapeutique avec une sévérité peu méritée, le Colchique d'automne, après de nombreuses et de rapides vicissitudes, est aujourd'hui tombé au rang des médicaments qui évidemment ne sont pas sans utilité, mais dont le médecin pourrait négliger l'emploi sans avoir beaucoup à le regretter. Il est même remarquable que les auteurs sont loin d'être d'accord nonseulement sur les propriétés thérapeutiques du Colchique, mais encore sur son action physiologique.

Toutefois comme le Colchique doit très-probablement à la vératrine ses principales propriétés thérapeutiques, et que cet alcali végétal se distingue surtout, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, par ses vertus sédative et

contre- stimulante, il nous a paru logique de ne pas séparer ces deux médicaments, et de les ranger l'un à côté de l'autre dans la classe des controstimulants.

Action physiologique du Colchique.

Nous remarquerons d'abord que le Colchique, suivant la saison, le pays où il a été recueilli , renferme des principes essentiellement différents ; qu'ainsi, un principe sucré et amylacé à une certaine époque est remplacé plus tard par un poison fort énergique, la vératrine ; cela sert à expliquer la divergence d'opinions des auteurs, qui administraient à des animaux des bulbes de Colchique; les uns ont signalé leur action vénéneuse, les autres ont contesté qu'elles continssent autre chose qu'un principe irritant qui n'était pas à beaucoup près aussi dangereux qu'on se plaisait à le dire.

Lorsqu'on a pris une dose un peu élevée de Colchique, il y a, suivant la plupart des expérimentateurs, de la chaleur d'estomac, des nausées, et même une sorte de strangulation, phénomène qui s'observe toutes les fois qu'on a pris un médicament qui contient de la vératrine; la fréquence du pouls diminue, la peau devient chaude, sèche; les urines deviennent copieusfes; il y a des coliques et de la diarrhée. Si la dose est très-élevée, il survient un véritable empoisonnement, lipothymies , tremblements, raideurs tétaniques, convulsions, vomissements, superpurgations, etc. .. (Mérat et deLens, Dict. de Thér., t. II, p. 358.)

Suivant d'autres médecins, des doses même élevées de Colchique ne donnent lieu qu'à quelques vertiges, à des vomissements, à de la diarrhée, et à une plus abondante évacuation d'urine.

Que si maintenant nous résumons ce qui a été dit sur l'action physiologique du Colchique, nous dirons que, d'un accord presque unanime, ce médicament produit, à des doses modérées, de légers vertiges, de la diarrhée, quelques nausées et une plus grande abondance d'urines.

Action thérapeutique du Colchique.

Le Colchique a eu son époque fabuleuse, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi : on l'a porté au cou, en guise d'amulette, pour se préserver de la peste, des fièvres malignes, éruptives, et en général de la plupart des influences épidémiques fâcheuses.

Il faut arriver à Storck pour avoir, sur le Colchique, des expériences de quelque valeur {Libell. de Colchici autumnalis radice). Ce qu'il observa d'abord, ce fut l'extrême abondance de l'urine qui suivait l'ingestion de la préparation de Colchique. Il pensa donc à l'administrer dans l'hydropisie : et comme souvent cette dernière maladie est liée à des troubles graves de la respiration, il le conseilla aussi dans l'asthme dit humide, et le Colchique fut désormais affecté d'une manière presque exclusive au traitement de ces deux affections.

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

Storck d'abord, et ensuite Zach, Kraft, Plenck, Collin, satellites assez pâles du médecin de Vienne, confirmèrent à l'envi les vertus antihydropiques du Colchique; mais des médecins qui écrivaient hors de l'influence de Storck vinrent joindre aux témoignages dont nous venons de parler leur témoignage un peu moins équivoque. D'un autre côté, des praticiens assez nombreux, dont Murray a cité avec soin les noms et les écrits [App. med., tome V, pages 207 et suiv.), déclarèrent que le Colchique, utile dans quelques circonstances, ne se recommandait par aucune propriété que la scille ne possédât au moins au même degré.

Si l'on réfléchit à la diversité des causes de l'hydropisie, et aux lésions organiques multiples qui peuvent donner lieu aux épanchements aqueux qui s'observent chez l'homme malade, on comprendra que le Colchique doit, comme tant d'autres agents, rester impuissant, et qu'il y aurait en définitive injustice à lui demander plus qu'aux substances qui stimulent le plus vivement la sécrétion des reins, de la membrane muqueuse gastrointestinale, et des glandes qui versent leurs produits dans le canal alimentlaire. Aussi les réflexions de Murray à ce sujet nous semblent-elles parfaitement judicieuses. « Non mirum est multos hydropicos indè non sanari: miraculum contrà esset et natures legibus adversum si omnes sanarentur. Quis enirn peritior ignorât, quanta lobe vasorum et viscerum hy drops conjunctus esse soleat, et quam pertinax sxpè alias cuilibet medicaminum gêner i obsistat (Murray, loco cit., page 210).

Dans l'asthme, et notamment dans l'asthme humide, et surtout dans celui qui semblait lié à une affection du cœur qui avait causé un œdème pulmonaire ou un épanchement dans les plèvres, le Colchique a encore été conseillé avec avantage.

De nos jours, ce médicament a été presque généralement abandonné dans le traitement de l'hydropisie et de l'asthme, pour prendre un rang au moins aussi brillant dans la thérapeutique du rhumatisme et de la goutte. C'est en 1814 que plusieurs médecins anglais proclamèrent avec engouement les heureux effets du Colchique dans le traitement de la goutte : ils y furent conduits par l'heureuse issue de quelques traitements entrepris par l'eau médicinale d'Husson, dans la composition de laquelle entrait le Colchique. En Angleterre, J. Want, Everard Home; en Suisse, Locker, Balber ; en France, Lobstein, de Strasbourg ; et plus tard, un grand nombre d'autres médecins publièrent des faits de guérison de goutte à la suite de la teinture alcoolique et du vin de Colchique.

Le docteur Fiévée est un des médecins qui, en France, ont le plus préconisé le Colchique, et à qui ce médicament aurait donné les plus heureux résultats. Depuis vingt-quatre ans, dit- il, que nous employons le Colchique, des milliers de faits soigneusement étudiés sont venus constater à nos yeux l'efficacité de ce remède, et nous rendre son action aussi sûre dans le traitement de la goutte et du rhumatisme que celle du sulfate de quinine dans les fièvres intermittentes [De la goutte et de son traitement spécifique par les préparations de Colchique, 1845).

Le docteur Galtier Boissière, dans le travail, qu'il a publié sur la goutte (1 ) recommande, afin de n'avoir pas à redouter d'accident dans l'administration du Colchique, et ainsi qu'il l'a souvent fait pour lui-même :

1° De ne donner ce médicament que pour calmer des douleurs goutteuses par trop fortes, et permettre les exercices gradués, variés et continus seul spécifique certain, selon lui, de cette diathèse;

2° De l'administrer sous forme de teinture faite avec une partie de graines de Colchique pour huit parties d'alcool à 33°;

3° De commencer d'abord par la dose de 1 gramme de teinture et de ne jamais dépasser la quantité de 8 grammes par vingt-quatre heures;

4° D'avoir soin de diluer chaque gramme de teinture dans au moins 50 grammes d'eau sucrée ou de tisane de feuilles de frêne, de gentiane ou de thé ou de café très-faibles ;

5° De mettre, au moins, un jour d'intervalle entre chaque prise de Colchique, si pour calmer les douleurs on a eu besoin de dépasser la dose de A grammes de teinture ;

6° Et surtout de suspendre l'administration du Colchique aussitôt que ce médicament produit plus de quatre selles par jour.

Ajoutons que les pilules de Lartigue, qui jouissent d'une certaine vogue dans le traitement des affections goutteuses, ont très-vraisemblablement le Colchique pour principe actif.

Moins que personne nous ne voudrions contester les faits cités en grand nombre par des praticiens respectables; mais si nous admettons volontiers que le Colchique, comme beaucoup d'autres purgatifs, peut retarder, atténuer et même guérir des accès de goutte, nous ne sommes pas aussi fermement disposés à croire qu'il guérisse la diathèse goutteuse, et qu'il permette aux malades de rester longtemps sans éprouver de nouveaux accès. Nous avons connu des malades qui, dans l'imminence de la goutte, supprimaient l'accès par l'usage de pilules purgatives ; ils purent de cette manière éviter pendant plusieurs années des accidents arthritiques, mais le même moyen devint bientôt insuffisant, et ils payèrent par un paroxysme plus grave et plus long qu'aucun de ceux qu'ils avaient eus l'espèce d'immunité dont ils avaient joui pendant quelque temps.

Dans le rhumatisme aigu, le succès du vin et de la teinture de Colchique a été proclamé avec tout autant d'enthousiasme que dans le traitement de la goutte ; mais les expériences que nous avons instituées nous-mêmes nous ont démontré que si le Colchique avait une influence évidemment heureuse dans le traitement du rhumatisme, cette influence n'était pas en somme plus évidente que celle des purgatifs drastiques que nous expérimentions comparativement. Mais lorsque, dans le rhumatisme ou aigu ou chronique, nous donnions le Colchique de manière à ne pas produire d'effet laxatif, nous n'observions pas d'effets thérapeutiques appréciables, et souvent nous fatiguions en pure perte l'estomac de nos malades,

(1) De la goutte, de sa nature, de ses causes et de son traitement préservatif, palliatif et curatif, par le docteur Galtier Boissière. Paris, 1860, p. 110 et 112.

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