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SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS
Il est possible toutefois qu'à l'époque où nous faisions ces observations, alors que notre attention n'était pas dirigée, comme elle l'est aujourd'hui, sur les effets spéciaux dus à la vératrine, il est possible, disons-nous, que nous ayons accordé un rôle trop exclusif à l'effet purgatif et révulsif du Colchique, aux dépens de sa propriété sédative et contro-stimulante. C'est pourquoi nous conviendrons volontiers que sur ce point il y a quelques réserves à faire, de nouvelles expériences à instituer.
S'il est vrai encore que le Colchique ait modifié avantageusement des chorées, des ophthalmies, des dartres, etc., tout en faisant la part de l'action révulsive de ce médicament, nous saurons aussi tenir compte de ses autres propriétés; car nous allons voir que la vératrine possède une action en quelque sorte élective sur le système nerveux et musculaire, sans parler de son action contro-stimulante et antiphlogistique, qui est aujourd'hui parfaitement établie.
Mode d'administration et doses.
La Poudre de Colchique se donne à la dose de 25 centigrammes (5 grains) et 1 et 2 grammes (20 et 40 grains) par jour.
Le vin à la dose de 5 à 25 grammes (1 gros et demi à 6 gros) dans une potion que l'on prendra dans le cours de la journée.
La teinture alcoolique de semences ou de bulbes se donne à la dose de 2 à 14 grammes (un demi-gros à 4 gros) dans une potion ou dans un litre de tisane.
h'oxymel Colchique se donne dans un pot de tisane à la dose de 15 à 60 grammes (une demi-once à 2 onces) dans l'espace de vingt-quatre heures.
VÉRATRINE.
La Vératrine est un alcali végétal qui a été découvert par M M. Pelletier et Caventou, dans la cévadille, fruit du yeratrum sabadilla, dans la racine d'ellébore blanc (veratrum album) et dans la bulbe de colchique (colchicum aulumnale). 11 paraît y exister combiné à l'acide gallique.
La Vératrine se présente sous forme d'une poudre blanche, sans odeur, d'une excessive âcreté, fusible à + 115°, non volatile, presque insoluble dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool et dans l'éther, mais ne pouvant pas y cristalliser. Cette base organique sature mal les acides.
Pour l'obtenir, le Codex prescrit de traiter la cévadille concassée par l'alcool à 85° jusqu'à épuisement de toute matière soluble,
de distiller les solutions alcooliques en consistance d'extrait, de redissoudre le produit dans l'eau froide, destinée à produire l'élimination d'une matière huileuse assez abondante; de filtrer, de précipiter les solutions aqueuses par le sous-acétate de plomben léger excès ; de filtrer de nouveau, afin de séparer le dépôt formé d'oxyde de plomb en combinaison avec des matières muqueuses et colorantes ; de précipiter l'excès de plomb resté dans la liqueur, au moyen de l'acide sulfuiique, de filtrer encore et de saturer par 1 ammoniaque.
Si l'on voulait se procurer, non plus la Vératrine médicinale, mais la Vérairine pure, on suivrait le procédé indiqué par M. Couerbe (Journal de Pharmacie, t. XIX).
VERATRINE.
Vératrine, 5 centigrammes;
Axonge, 4 gram. (Cavé).
Pommade de Vératrine.
Proposées comme purgatives à la dose de 3 pilules par jour.
Solution de Vératrine.
Pilules de Vératrine.
Pr. : Sulfate de Vératrine, 5 cent.
Vératrine, 6 centigrammes.
Poudre de gomme ara-
Eau distillée, 60 gram.
Sirop, q. s. pour 12 pilules.
bique, 3 gram.
Proposée pour remplacer l'eau médicinale de Husson , à prendre par cuillerées
à café.
(Magendie.)
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique de la Vératrine.
Jusqu'à ces derniers temps, on ne considérait guère dans la Vératrine que sa propriété purgative et drastique; à ce titre elle était employée à peu près exclusivement dans le traitement de certaines hydropisies réfractaires. Ajoutons que quelques chirurgiens ayant reconnu empiriquement à la Vératrine une action irritante, locale et excitatrice, analogue à celle de la strychnine, s'en servaient avec quelque avantage dans certaines paralysies de l'organe de la vision, et même quelquefois dans certaines névralgies de la face.
Mais ce n'est vraiment que dans ces dernières années que les effets physiologiques de la Vératrine ont été complètement reconnus , et qu'on est arrivé à découvrir la double propriété qu'on peut considérer comme la plus importante et la plus caractéristique , d'une part, la propriété de diminuer la douleur dans certaines affections caractérisées par l'augmentation de la sensibilité générale et locale, telles que les rhumatismes et les névralgies ; et d'autre part, la propriété de ralentir le pouls et d'abaisser la chaleur animale, en un mot d'exercer sur l'ensemble du système nerveux, et en particulier sur l'appareil circulatoire, une action sédative et hyposthénisante des plus manifestes.
Toutefois il régnait encore bien des obscurités sur cette question ; ainsi il n'était pas facile de s'expliquer comment le même agent pouvait être également utile dans des conditions si diverses, d'une part dans des affections convulsives et paralytiques, et d'autre part dans le rhumatisme et l'hydropisie.
Il est permis d'espérer que les travaux des physiologistes venant en aide à ceux des médecins ne tarderont pas à répandre la lumière sur les points restés obscurs.
Déjà même sous ce rapport, un progrès notable vient d'être réalisé par deux habiles expérimentateurs MM. E. Faivre et G. Leblanc, qui reprenant les expériences autrefois entreprises par Magendie sur la Vératrine , ont signalé les divers appareils organiques sur lesquels cet agent se porte d'une manière pour ainsi dire élective, et sont parvenus ainsi à mieux faire apprécier son mode d'action et à donner la raison de ses effets si complexes en apparence même contradictoires.
SEDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS
Les expériences de ces physiologistes ont porté principalement sur les chiens et sur les chevaux : et c'est avec une grande réserve qu'il faut conclure en général des animaux à l'homme.
Toutefois comme ici les principaux résultats obtenus par ces expérimentateurs concordent assez exactement dans leur généralité avec ceux qui ont été constatés jusqu'à ce jour, par la plupart des observateurs, sur l'homme étudié tant à l'état de santé que de maladie, nous estimons que ces résultats méritent d'être acceptés avec une véritable confiance.
C'est pourquoi nous allons emprunter à MM. Faivre et Leblanc les principales conclusions du mémoire communiqué par eux à l'Académie des sciences (décembre 1834), conclusions dans lesquelles se trouvent résumés les faits les plus importants de cet intéressant travail :
Ces expérimentateurs ont reconnu que la Vératrine exerce trois actions distinctes sur l'organisme animal. Ces actions sont en rapport avec les doses plus ou moins fortes du médicament : la première action a lieu d'une manière bien marquée sur le tube digestif, la seconde sur les organes de la circulation et de la respiration, et la troisième sur le système nerveux et les muscles de la vie animale.
Première période. — La Vératrine porte d'abord son action sur le tube digestif et détermine l'augmentation de la sensibilité, de la contractilité et des sécrétions. L'exaltation de la sensibilité se traduit par les coliques dont la violence paraît varier suivant les doses de Vératrine employées. En proie aux douleurs que l'action du médicament leur fait éprouver , les chevaux frappent du pied le sol et s'agitent. Les chiens sont aussi en proie à une vive excitation. A la douleur se joignent les phénomènes de contractilité musculaire; les intestins sont contractés, les mouvements péristaltiques notablement accélérés.
La sécrétion des follicules intestinaux et des glandes salivaires est augmentée par l'action de la Vératrine. Tantôt la salive est visqueuse et filante, le plus souvent elle forme une mousse et une écume blanchâtre, semblables à celles qui se montrent chez les animaux en proie à des phénomènes convulsifs.
On pourrait supposer que la production de la salive est due à l'irritation que là Vératrine exerce directement dans la cavité buccale sur les conduits excréteurs des glandes. 11 serait aussi naturel de penser que l'effet purgatif est dû à une action toute locale sur l'intestin. Mais l'expérience démontre qu'il en est autrement. En effet, soit qu'on injecte le médicament dans les veines, soit qu'on le dépose dans le tissu cellulaire sous-cutané, l'excitation du tube digestif, l'hypersécrétion des follicules intestinaux et des glandes salivaires est également marquée.
Deuxième période. — L'abattement, la prostration des forces et le ralentissement de la circulation forment les caractères tranchés de la seconde période. Cet état, qui n'avait pas été signalé dans les premières expériences de Magendie, a presque uniquement occupé les praticiens de notre époque : plusieurs même n'ont attribué à la Vératrine qu'un effet prin-
VÉRÀTRINE.
ci pal, celui de provoquer le ralentissement de la circulation. Toutes les fois qu'il a été possible à MM. Faivre et Leblanc de constater l'état de la circulation avant et après l'administration de la Vératrine, ils ont en effet reconnu la diminution du pouls et souvent même son irrégularité. Durant cette période , les chiens sont affaiblis, ils se tiennent difficilement sur leurs pattes , et le plus souvent ils se couchent. Les chevaux sont abattus, et leur extérieur témoigne une dépression marquée. Dans cet état, la sensibilité a paru toujours diminuer.
Troisième période. — Lorsque les doses de Vératrine sont plus considérables, les accès de tétanos ne tardent pas à se manifester. Les membres antérieurs et postérieurs s'étendent et se roidissent, les muscles du thorax et de l'abdomen se contractent , et la respiration devient anxieuse et pénible, le trismus des mâchoires met un nouvel obstacle au renouvellement du sang, et l'asphyxie se prononce de plus en plus.
Dans les premiers moments, les accès tétaniques sont courts et séparés par des intervalles considérables ; mais l'action de la Vératrine se manifestant de plus en plus, provoque des accès plus longs et plus rapprochés; souvent l'animal succombe après une demi-heure ou une heure ; mais si la vie prend le dessus, les accès diminuent progressivement. L'augmentation de la sensibilité accompagne toujours les phénomènes tétaniques. Si l'on touche l'animal, ne fût-ce que légèrement, on provoque de nouvelles contractions musculaires. A l'autopsie des animaux qui ont succombé à la suite du tétanos, on trouve des traces manifestes d'asphyxie.
La Vératrine n'agit pas toujours suivant l'ordre que nous avons établi; les périodes ne se succèdent pas toujours avec la rigueur qu'indique la description que nous venons de tracer. Ainsi, l'action sur le tube digestif peut être plus ou moins marquée et se continuer, soit pendant la période de dépression, soit pendant la période d'excitation; de même que le ralentissement de la circulation et les phénomènes tétaniques peuvent avoir une durée et une intensité variables. Si les doses du médicament sont toxiques, le tétanos se produira aussitôt, sans que l'action sur le tube intestinal et la circulation soient manifestes. Dans ce cas, la mort est rapide et l'asphyxie qui la cause survient brusquement.
D'après les résultats de ces expériences, la Vératrine vient se ranger à côté des excitants du système musculaire; elle se rapproche beaucoup, sous ce rapport, de la noix vomique. Son mode d'action sur le système nerveux de la vie animale justifie son emploi dans certaines névralgies, dans certaines paralysies superficielles, dans la chorée, l'hystérie et le tétanos. Outre cette action sur le système nerveux de la vie animale, la Vératrine possède encore, ainsi que nous l'avons vu, la propriété de ralentir la circulation , de déterminer des contractions du tube intestinal et d'en augmenter les sécrétions.
Il est probable que c'est dans cette double propriété , révulsive et sédative, que réside la cause de l'action curative toute spéciale de la Vératrine dans le rhumatisme articulaire aigu.
SEDATIFS ET CONTRO- STIMULANTS
Notons enfin que l'action irritante très-énergique de la Vératrine sur la muqueuse nasale en fait un excitant et un sternutatoire qui peut être avantageusement utilisé.
Action thérapeutique.
En raison de son extrême énergie, et surtout des vomissements et des superpurgations accompagnées de violentes coliques qu'elle provoque, la "Vératrine n'était guère, jusqu'à ces derniers temps, employée qu'à l'extérieur. On l'a conseillée dans la paralysie; on l'a vantée dans le tic douloureux, les rhumatismes et les névralgies.
Dans les névralgies faciales , la pommade de Vératrine paraît avoir eu des succès, employée en frictions sur le front et sur les tempes. Quelques médecins prétendent s'être servis avec avantage de cette pommade contre l'anasarque et la goutte. M. Velpeau emploie souvent cette pommade dans l'amblyopie amaurotique.
La Vératrine était restée d'un usage assez restreint, même dans la thérapeutique externe, lorsque dans ces derniers temps M. le docteur Piédagnel, guidé sans doute par la vieille réputation du colchique dans les affections goutteuses et rhumatismales, eut l'idée d'essayer la Vératrine dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu.
Voici la méthode suivie par ce médecin dans l'administration de ce mé- . dicament. Il fait préparer un certain nombre de pilules contenant chacune 5 milligrammes de Vératrine. Il en fait prendre 1 le premier jour, 2 le second jour, et il augmente ainsi d'une pilule chaque jour jusqu'à ce qu'on soit arrivé à en prendre 6 ou rarement 7. Lorsque les symptômes généraux et locaux présentent un amendement très-notable, ce qui arrive ordinairement au quatrième, au cinquième, au sixième jour du traitement, ou n'augmente pas la dose, mais on reste à celle de la veille. Si, par exemple, le malade était à 4 ou 5 pilules lorsque l'amélioration s'est déclarée, on reste un jour ou deux à cette dose, puis on décroît graduellement, à mesure que les accidents décroissent eux-mêmes; on revient successivement à A, à 3, à 2, à une pilule, pour cesser complètement lorsque, après quatre ou six jours d'attente, on voit la guérison se maintenir solidement.
Si dans le cours de l'administration de la Vératrine, des accidents se manifestent du côté des voies digestives, si des coliques, de la diarrhée, si des vomissements témoignent d'une inflammation, ou d'une intolérance de la muqueuse gastro-intestinale, loin de passer outre et d'augmenter la dose, il faut respecter la susceptibilité des organes digestifs, et s'arrêter à la dose qui a pu être administrée sans provoquer d'irritation dans ces organes. Du reste, les pilules sont données dans une cuillerée d'eau ou de tisane, et en mettant entre chaque prise un intervalle plus ou moins considérable, suivant le nombre des pilules à prendre dans le courant de la journée.
Nous avons été les premiers à répéter les expériences de M. Piédagnel,
VÉRATRINE.
et nous devons dire que la Vératrine nous a donné, jusqu'à ce jour, des résultats généralement assez satisfaisants dans le rhumatisme articulaire aigu.
L'effet le plus constant de ce médicament, dans le rhumatisme franchement inflammatoire, c'est d'abattre ordinairement en quelques jours le mouvement fébrile, et de diminuer souvent plus rapidement encore l'élément douleur. Il en résulte qu'un rhumatisme articulaire aigu, développé chez un sujet jeune, vigoureux, sanguin, avec réaction fébrile très-intense, est assez vite ramené, à l'aide de la Vératrine seulement et sans émissions sanguines, dans les conditions d'un rhumatisme d'une moyenne intensité; et en continuant l'usage de ce médicament, il n'est pas rare de triompher d'un rhumatisme inflammatoire dans l'espace de sept à huit jours de traitement.
Toutefois il convient de ne rien exagérer à cet égard, et d'avouer qu'on n'est pas toujours aussi heureux. A côté de ces cas de guérisons rapides et solides, on voit aussi des rhumatismes réduits à un état subaigu et à une forme plus bénigne, continuer ou suspendre leur marche, et reparaître encore, de manière à accomplir finalement la durée de deux ou trois septénaires, si ordinaire à cette affection.
Ajoutons que la propriété de la Vératrine ne nous paraît avoir ici rien de spécifique; elle est analogue à celle du sulfate de quinine et du nitre à haute dose, c'est-à-dire que la Vératrine agit à la manière des controstimulants. Dans une maladie où l'élément inflammatoire est associé à l'élément douleur, comme dans le rhumatisme aigu, la sédation de la douleur et la dépression presque immédiate exercée sur la grande circulation ne peuvent qu'avoir généralement une heureuse influence.
En résumé, en supposant que la Vératrine ne procurât pas plus de guérisons que tout autre moyen , elle nous paraît au moins avoir l'avantage d'atténuer la fièvre, de rendre la douleur supportable dès les premiers jours, sans avoir l'inconvénient d'affaiblir les malades à l'excès, de les jeter dans l'anémie, et d'allonger par suite outre mesure la convalescence, comme cela se voit si communément après l'emploi des émissions sanguines, coup sur coup. Ajoutons que dans les cas si nombreux où l'on aura affaire à des individus faibles, anémiques, ou affectés antérieurement de maladies chroniques, et surtout chez les rhumatisants en état de récidive, en un mot, dans toutes les conditions où les émissions sanguines seront formellement contre-indiquées, la Vératrine sera appelée à suppléer forcément à ce dernier moyen; et à cet égard elle viendra se placer à côté du sulfate de quinine , qui , nous devons le reconnaître, méritera la préférence dans la généralité des cas. Toutefois nous ne devons pas taire qu'en raison de la modicité de son prix, la Vératrine pourra souvent remplacer utilement le sulfate de quinine dans la médecine des pauvres.
Les premiers succès de la Vératrine ne tardèrent pas à susciter d'autres essais; et cette propriété sédative et contro-stimulante, dont on venait de constater les résultats avantageux dans le traitement du rhumatisme arti-
SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS
culaire aigu, devait assez naturellement suggérer l'idée de l'utiliser dans un certain nombre d'autres maladies inflammatoires. C'est ainsi qu'on fut conduit à l'administrer dans les angines, dans la pleurésie, dans les engorgements aigus des mamelles et surtout dans la pneumonie. Ce fut M. Aran qui parmi nous entreprit cette expérimentation sur la plus large échelle. Pendant un certain temps tous les malades atteints de pneumonies qui entrèrent dans son service d'hôpital furent traités à peu près exclusivement par la Vératrine. Remarquons à cet égard que les effets physiologiques de ce médicament présentèrent une assez grande analogie avec ceux du tartre stibié à haute dose : ainsi le premier ou le second jour phénomènes d'irritation gastro-intestinale, puis tolérance plus ou moins incomplète, et assez rapidement diminution plus ou moins marquée des principaux symptômes fébriles et inflammatoires. Disons que finalement les résultats considérés en masse paraissent avoir été assez avantageux, et se rapprocher de ceux que donne généralement la médication antimoniale. Mais comme l'application de cette méthode dans la pneumonie n'a été qu'un fait presque individuel, et que peu de médecins ont jusqu'ici répété ces expériences , il nous paraît prudent d'attendre avant de porter à cet égard un jugement. Toutefois nous croyons ne rien hasarder en prédisant que la réputation du tartre stibié dans le traitement de la pneumonie est si bien établie et si bien méritée , qu'il est sûr de conserver longtemps encore la prééminence sur tout agent contro-stimulant qu'on sera tenté de lui opposer comme succédané.
M. Aran, stimulé par les bons résultats obtenus par lui dans quelques affections de nature franchement inflammatoire, se crut autorisé à généraliser l'emploi de la Vératrine et à l'administrer dans d'autres maladies qui, bien que différentes de ces dernières par leur nature, s'en rapprochaient néanmoins par l'intensité de l'appareil fébrile : nous voulons parler des fièvres éruptives, et particulièrement de la variole et de la scarlatine.
Ce médecin annonça avoir réussi , notamment dans la scarlatine, à diminuer les symptômes de phlegmasie locale , soit à la gorge et à la peau, et à abréger même notablement la durée de la maladie. Mais hâtons-nous de dire que cette prétention, qui d'ailleurs souleva immédiatement contre elle bien des contradicteurs, aurait eu besoin de se produire avec l'appui de faits plus nombreux et moins sujets à contestation.
Enfin poursuivant le cours de ses expérimentations, M. Aran n'a pas craint d'appliquer la Vératrine au traitement de la fièvre typhoïde. Mais ici, il faut bien le dire, cette extension donnée à cette médication n'avait plus rien qui pût la légitimer suffisamment. Comment espérer en effet que cette affection, qui, dans son fond et sa nature, est essentiellement asthénique, bien qu'elle puisse revêtir accidentellement ettransitoirement la forme inflammatoire , comment espérer, disions-nous, qu'elle dût s'accommoder généralement d'un agent toxique qui a pour effet immédiat et constant de déprimer profondément les forces vitales, et qui de plus a l'inconvénient grave d'agir comme irritant direct du tube digestif? A ce double titre, nous