LAITUE COMMUNE
L'usage de la Laitue comme aliment remonte à la plus haute antiquité. On mange cette plante cuite ou crue. Sous cette dernière forme on l'assaisonne ordinairement avec de l'huile, du vinaigre et divers condiments, et elle est connue sous le nom de salade.
Il est assez remarquable que ce soit d'après un conseil médical que l'habitude se soit introduite chez les anciens et conservée jusqu'à nous, de manger de la salade à la fin du dernier repas du soir; car déjà Dioscoride avait connu les propriétés hypnotiques de la Laitue (lib. 2, cap. 165, 166). Gelse mettait cette plante à côté de l'opium (lib. 2, cap. 32), et Galien, dans sa vieillesse, se procurait du sommeil en mangeant le soir de la Laitue [De aliment, facult., lib. 2, cap. -40). Faut-il ajouter foi cependant à cette opinion populaire dans l'antiquité, que l'usage habituel de la Laitue amortissait les désirs vénériens? Cette opinion, au moins suspecte, a reçu une sorte de sanction de l'illustre Linné, qui raconte qu'un Anglais d'une grande famille, et qui faisait abus de la salade de Laitue, resta longtemps sans avoir d'héritiers; mais qu'ayant renoncé à cet aliment par le conseil de son médecin, sa femme devint promptement enceinte (Murray, App. med., t. I, p. 167). Enfin, nous lisons dans le même auteur que l'empereur Auguste, délivré d'une maladie chronique par l'extrait de Laitue, fit ériger une statue à son médecin, Antonius Musa.
Dans l'antiquité, on faisait sécher au soleil le suc blanc que l'on extrait par incision ou par écrasement de la Laitue vireuse parvenue à sa maturité, et ce suc qui, au dire de Dioscoride, avait beaucoup des qualités de l'opium, était mêlé à cette dernière substance, soit pour lui donner une nouvelle action, soit pour la sophistiquer [Dioscorid., lib. 2, cap. 130). A la fin du dernier siècle, le docteur Coxe, de Philadelphie, imagina de faire de même pour le suc de la Laitue cultivée, et il obtint, par les mêmes procédés que ceux qu'indique Dioscoride, un suc épaissi analogue à l'opium par ses qualités physiques. Il trouva que ce suc avait des propriétés calmantes. Plus récemment Duncan, d'Edimbourg, et Barbier d'Amiens, confirmèrent les expériences de Coxe. Enfin, M. François, qui vint après eux, et qui donna au suc de Laitue le nom de thridace (du mot 6pîoa$, Laitue), essaya de donner à ce médicament une importance extraordinaire, et qui aujourd'hui semble au moins exagérée. Il crut que la thridace avait une énergie extrême, et il recommanda de ne l'administrer qu'à la dose de 1 à 5 centigrammes (1/5 de grain à 1 grain) deux ou trois fois par jour; mais bientôt les thérapeutistes s'enhardissant donnèrent la thridace à 1 et 2, et jusqu'à 4 gros par jour (de 4 à 15 grammes), et obtinrent seulement ainsi quelquesuns des effets calmants proclamés avec tant d'enthousiasme.
Le fait est que la thridace doit être donnée au moins à la dose de 50 centigrammes (10 grains) à la fois, et cela plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Alors elle procure quelquefois le sommeil, calme les douleurs, la
LAITUE
toux, l'éréthisme nerveux, avec moins de certitude, mais aussi avec moins d'inconvénients que l'opium.
Dans le cours de l'année 1840, nous avons fait à l'hôpital Necker de nombreuses expériences sur l'action du lactucarium préparé par M. Aubergier. Celui que nous donnions avait été préparé par incision et avec le plus grand soin ; il exhalait une odeur vireuse insupportable. Quelques malades ont éprouvé une sorte de calme à la dose de 2 à 4 grammes (un demi-gros à 1 gros) ; mais il nous a été impossible de trouver à cet agent des propriétés qui méritassent les éloges qu'on lui avait donnés. Aussi ne comprenonsnous pas pourquoi M. Martin-Solon, expérimentateur éclairé et thérapeutiste habile, a pu dire que 30 grammes (1 once) de sirop de Laitue paraissaient équivaloir, pour leurs effets, à 15 grammes (une demi-once) de sirop de pavot blanc [Bulletin de Thérap., t. IX, 1835).
Toutefois, dans les gastralgies, et lorsque l'opium cause des accidents, la thridace peut rendre quelques services spéciaux.
La thridace est, d'après M. Rau, un moyen très-avantageux qui a pour effet de diminuer l'irritation de la conjonctive.
Il dit n'avoir jamais vu, par son emploi, une augmentation de la rougeur ou de la sensibilité de l'œil, ce qui est très-commun après l'usage des sels métalliques.
C'est dans les ophthalmies catarrhales pures, avec caractère d'éréthisme, qu'on obtient du succès de la thridace employée à l'extérieur. A cet effet, M. Rau s'est servi d'une solution de 10 ou 15 centigrammes (2 ou 3 grains) de thridace dans 100 grammes (3 onces) d'eau distillée et 1 gramme et demi (1 scrupule) de mucilage de coing, à mettre quelques gouttes dans l'œil, une ou deux fois par jour, surtout le soir avant de se coucher.
L'auteur a encore employé ce médicament à l'intérieur, 10 ou 15 centigrammes (2 ou 3 grains) par dose, avec beaucoup d'efficacité dans d'autres maladies de l'œil qui dépendent d'une affection nerveuse avec éréthisme [Gaz. Méd., 1838, n° 56; Revue des Journaux allemands).
L'eau distillée de Laitue que l'on prépare avec la plante en fleurs, et que l'on recohobe, a des propriétés analogues à celles de la thridace, et doit se donner à la dose de 150 à 200 grammes (4 à 6 onces). Elle est l'excipient de la plupart des potions calmantes et antispasmodiques.
Les semences de Laitue faisaient partie des quatre semences froides.
2° LAITUE VIIlEtJSE.
Dioscoride (lib. 4, cap. 65) nous apprend que, de son temps, on mêlait le suc de la Laitue vireuse à celui du pavot pour sophistiquer l'opium. Il lui attribue d'ailleurs les mêmes propriétés que celles qui de nos jours ont été accordées à la thridace, savoir : de procurer un engourdissement qui calme les douleurs et invite au sommeil, de modifier heureusement les névroses diverses, l'hydropisie, de diminuer les appétits vénériens, etc., etc.
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
L'épithète de vireuse donnée à la Laitue semblerait indiquer qu'une vertu très-délétère réside dans cette plante; mais les expériences faites par Qrfila [Toxicologie, t. II, p. d84) démontrent de la manière la plus évidente qu'il faut des doses énormes de cet extrait pour produire une action toxique même sur les chiens de petite taille, de sorte que l'on peut dire du suc de Laitue vireuse ce que tout à l'heure nous disions de la thridace, que l'on doit administrer chaque jour à la dose de 4 à 8 grammes (1 et même 2 gros) pour obtenir un effet stupéfiant analogue, par exemple, celui que l'on verrait survenir après l'ingestion de 2 centigrammes et demj à 5 centigrammes (1/2 grain ou 1 grain) d'opium. Toutefois il est bon de dire que le suc épaissi de Laitue vireuse est, comme la thridace, moins ex-* citant que l'opium.
Dans la dernière moitié du siècle dernier, Durande, qui a préconisé plus de remèdes que de bons remèdes, conseille de l'employer contre une multitude de maladies chroniques. Collin, l'élève et l'ami de Storck, dont le témoignage est si suspect quand il s'agit des propriétés des plantes vireuses, donnait depuis 1 gramme (1/4 de gros) jusqu'à 12 grammes (3 gros) de ce suc, principalement dans certaines obstructions viscérales accompagnées on non d'hydropisie (Collin, Observ.circ. morb. et Lactu. sylv. contr. hydrop. vires). Ce simple énoncé suffit pour faire voir qu'on ne peut tirer aucune conclusion de ces faits.
De nos jours, Schelinger, de Francfort, a préconisé le suc de Laitue dans l'angine de poitrine. Il commence par 10 centigrammes (2 grains) chaque jour, et augmente graduellement la dose [Journal général de médecine, t. XL, p. 232), et Toël unissait ce médicament à la poudre de digitale dans les hydrothorax symptomatiques d'une maladie du cœur [Journal univ. des sciences méd., t. XLVII, p. 127).
AGONIT.
MATIÈRE MÉDICALE
Aconit {Aeonitum, L.), genre de la famille des Renonculaeées ; polyandrie trigynie de Linné. Les espèces qui lui appartiennent sont célèbres par leurs effets délétères ; leur nom d'Aconit vient d'àxdvrj, rocher, arce que, en général, elles habitent les autes montagnes.
Caractères génériques. Calice pétaloïde à cinq folioles, dont la supérieure est concave et en forme dé casque; deux pétales supérieurs très-grands, onguiculés, éperonnés, contenus dans la foliole supérieure du calice; cinq ou six pétales inférieurs trèspetits et en forme d'écaillés ; éiamines nombreuses, trois ou quatre pistils; trois à cinq capsules ovales, droites, aiguës, à une seule valve polysperme.
L'espèce la plus employée et l'une des plus délétères est l'Aconit napel (Aeonitum napellus, L.).
Caractères spécifiques. Fruit composé de trois capsules; feuilles vertes luisantes, à découpures profondes, linéaires, élargies supérieurement, marquées d'une ligne.
Cette plante est hante de deux à trois pieds à tige droite, terminée par un long épi de belles fleurs bleues, solitaires sur leur pédoncule, et dont le casqne est obtus : elle habite les lieux couverts et humides des montagnes et se cultive dans nos jardins; sa racine, qui est très-vénéneuse, a la forme d'un petit navet, d'où le nom de napellus, diminutif de napus.
Les autres espèces diffèrent peu quant à
ACONIT
l'usage médical ; cependant leur action tqxique, à part celle dp l'Aconit féppce, est moins prononcée.
Voici leurs noms botaniques : VAconit à grandes fleurs (Aconjfum çammari^m, L.), VAconit tue-loup (A. tycoctonum , L. j, VAconit anlhore (A. anthoro,, L. salutiferum officin.) qu'on a prétendu être le contre-poison dii tliora ou napel, d'où lui est venu son nom; erifin VAconit féroce (A. ferox).
On a trouvé aussi dans les Aconits un principe actif; grandes le premier l'a sir gnalé. Depuis, MM. Geiger et Hesse ont étudié Vaconiline, et sont arrivés à des résultats plus nets.
Cette substance alcaline ne cristallise pas, elle est inodore; elle a une saveur àmère sans àcreté ; elle n'est pas volatile, peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'éther et surtout dans l'alcool. Les travaux récents de M. Berthemot sur l'âconitine infirment en partie les assertions de Geiger; de nouvelles rech.ercb.es. seraient nécessaires.
L'âconitine est peu employée par les médecins français. Le docteur Turnbull de Londres, dit l'avoir employée, en 1834, avec succès, mais alternativement avec la vératrine et la delphiné.
Voici quelques-unes de ses formules.
Pilules d'oconitine.
Pr.: Aconitine, 5 centig. (1 grain).
Pondre de réglisse, i gram. (20 grains). Sirop, q. 6,
faites quatorze pilu|es dont vous donnerez une toutes les trois heures (D. Turnbull).
Embrocation d'aconitine.
Pr.: Aconitine, 1 gram. (20 grains).
Alcool rectifié, J2$ (-4 onces).
Faites dissoudre et employez en'frictionsi
Lin}ment d'aconitine.
Pr.: Aconitine, 1 gram. (20 grains).
Huile d'olive, 2 (36 grains).
Axonge, 32 (i once).
F. s. a. Employez en frictions (D. Turnbull).
Les préparations officinales de l'Aconit sont les mêmes que pour la belladone (voir p. 49).
h'extrait de suc non dépuré et \'alcoolature sont aussi celles qu'on doit préférer.
THÉRAPEUTIQUE
Des effets physiologiques de l'Aconit.
Les feuilles et les racines de l'Aconit et leurs diverses préparations, ont un effet trèsrdélétère sur l'économie animale lorsqu'on les prend à haute dose. Les propriétés vénéneuses de cette plante sont célèbres dans l'antiquité ; mais il faut dire avec Matthiole, de Gandolle et Encontre, que sous le nom d'Aconit, les anciens confondaient plusieurs plantes également vénéneuses , telles que diverses renoncules , des euphorbes et des colchiques, qui, à vrai dire, font éprouver des accidents analogues à ceux que cause l'Aconit. Il y a en effet , entre l'action de celui-ci et celle des plantes que les toxicologistes ont rangées dans la classe des narcoticor âcres, si peu de différence, qu'il est vraiment impossible, du moins dans l'état actuel de la science, d'indiquer les caractères spéciaux de ces divers empoisonnements.
De tous les Aconits que nous cultivons en Europe, l'espèce napellus est la plus meurtrière ; mais les propriétés délétères de YAconitum ferox sont beaucoup plus marquées. M. le docteur Jonatham Pereira a fait dans l'Inde des expériences pleines d'intérêt sur les effets toxiques de la racine de cette espèce qui ne croît que dans les pays chauds , et cet expérimentateur conclut de son travail que les accidents produits par YAconitum ferop ont une grande analogie avec ceux qui suivent l'emploi de l'Aconit napel, mais qu'ils sont seulement beaucoup plus violents. Dans l'un et
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
l'autre cas, l'ingestion du poison est promptement suivie d'ardeur et de douleur dans la région épigastrique , de vomissements , de coliques violentes, de vertiges, de coma, de paralysies partielles, de refroidissements, enfin de tous les symptômes que les toxicologistes regardent comme l'effet des narcotico-âcres.
Il est inutile de dire que le traitement de cet empoisonnement ne diffère pas non plus de celui que l'on emploie pour les autres substances de la même classe.
Le professeur Schroff, de Vienne, a publié [Union médicale, juin et juillet 1854) un mémoire très-étendu sur l'Aconit considéré au point de vue pharmacologique et toxicologique.
Dans ce travail, il étudie avec soin les effets produits par cette substance, suivant qu'on emploie telle ou telle espèce d'Aconit , et suivant surtout qu'on a recours soit à l'extrait de cette plante, soit à son principe le plus actif, l'aconitine.
Dans l'impossibilité où nous sommes de reproduire la substance de cet intéressant travail, nous devons nous borner à eu consigner ici quelquesunes des conclusions les plus importantes.
1" Les principes actifs de l'Aconit sont répandus dans toute la plante; cependant la partie la plus active est la racine jeune ou vieille; puis vient l'herbe avant la floraison ; les semences sont les parties les moins actives.
2e L'herbe de la plante a plus d'activité avant la floraison que plus tard; cependant, même alors, la racine reste au moins six fois plus active que
l'herbe.
3e Les extraits obtenus par l'épaississement du suc frais sont beaucoup moins actifs que les extraits alcooliques préparés selon la méthode dite de Pach : ceux-ci représentent toute l'activité de la plante, et on peut dire que l'extrait aqueux se trouve, par rapport à l'extrait alcoolique, dans le rapport de 1 à 4.
4e L'aconitine représente la propriété narcotique de l'Aconit; mais celui-ci renferme en outre un principe âcre qui n'a pas encore été isolé, et qui existe en quantité suffisante pour déterminer une inflammation dans une grande étendue du tube digestif.
5e L'Aconit, en général, et particulièrement l'aconitine qu'il renferme, appliqués à l'extérieur sur l'œil, ou donnés à l'intérieur en quantité suffisante, produisent une dilatation de la pupille, résultat en contradiction avec l'opinion généralement répandue parmi les pharmacologues.
6e L'Aconit , de même que l'aconitine, donnés à l'intérieur, paraissent avoir une action élective et spéciale sur le nerf trijumeau : ils produisent, dans toutes les parties animées par les rameaux sensitifs de ce nerf, des sensations particulières le plus souvent douloureuses.
7e L'Aconit, de même que l'aconitine, donnés en quantité suffisante, produisent chez l'homme sain et chez le lapin une augmentation extraordinaire dans la sécrétion urinaire.
ACONIT
8" L'Aconit, de même que l'aconitine, agissent d'une manière très-fortement dépressive sur l'activité du cœur et des gros vaisseaux, soit immédiatement, soit à la suite d'une courte accélération dans les mouvements du cœur. Cet effet est prolongé et diffère, par conséquent, de ce qu'on observe pour l'atropine et pour la daturine, qui, données à dose plus forte que l'aconitine, déterminent une accélération du pouls qui va beaucoup au delà de l'état normal, mais précédée d'un court ralentissement.
9e L'aconitine ne présente pas complètement toute l'activité de la plante. Outre les expériences faites sur l'homme, les expériences faites sur des lapins montrent qu'il faut autant d'aconitine (0,80) que d'extrait alcoolique de racine d'Aconit néomontanum , recueilli pendant la floraison , pour amener la mort, et encore arrive-t-elleplus tard, au bout de 24 heures et avec des phénomènes moins violents, tandis que les extraits d'Aconit néomontanum et napellus ont amené la mort au bout de 7 à 24 heures.
10e L'aconitine à petites doses amène le ralentissement du pouls et de la respiration, la dilatation de la pupille, une grande somnolence, ce que ne produisent pas des doses égales de l'extrait.
L'aconitine à fortes doses ralentit la respiration malgré l'accélération primitive du pouls; la respiration est profonde, thoracique comme dans le cas de compression du cerveau ; tandis que les extraits amènent une respiration abdominale excessivement fréquente avec calme du thorax ; la dilatation de la pupille est plus rapide, plus prolongée et plus marquée.
L'aconitine seule produit des mouvements convulsifs de la tête en arrière, suivis de mouvements convulsifs du corps entier, qui se répètent au bout d'un quart d'heure et se terminent par une vibration fréquemment répétée des téguments, suivis bientôt d'une abondante sécrétion d'urine.
Les deux derniers phénomènes seulement , à savoir : l'augmentation de la diurèse et les vibrations, appartiennent aussi à l'extrait ; les convulsions font toujours défaut.
Le sang est toujours fluide chez les animaux dans le cœur et dans les vaisseaux après l'empoisonnement par l'aconitine, tandis qu'après l'empoisonnement par les extraits on trouve le sang avec une certaine disposition à la coagulation , et que le cœur droit renferme un peu de sang en caillot mou.
Les symptômes de gastro-entérite sont aussi moins marqués et l'exsudation moindre dans les empoisonnements par l'aconitine.
Il s'ensuit que, outre l'aconitine à laquelle il faut rapporter les phénomènes narcotiques on doit encore admettre dans l'Aconit l'existence d'autres principes, surtout des principes âcres. C'est à leur présence qu'il faut attribuer les phénomènes de gastro-entérite.
Cependant on ne peut pas non plus regarder l'aconitine comme un narcotique pur; car outre les phénomènes de narcotisme, elle donne lieu à quelques phénomènes qui indiquent un principe acre; ce qui fait soupçonner que l'aconitine n'est peut-être pas parfaitement isolée et qu'elle pourrait bien encore aujourd'hui contenir, comme jadis la digitaline et la
MEDICAMENTS STUPEFIANTS.
gratioline, d'autres principes qu'on est parvenu à séparer dans ces derniers temps.
Action thérapeutique de l'Aconit.
Storck, qui le premier a fait des expériences sur l'Aconit; ayant observé que les doses un peu élevées dé cette substance déterminaient une diaphorèse qui se prolongeait tant que l'on continuait l'administration du médicament, conçut l'idée d'utiliser cette propriété pour le traitement du rhumatisme, de la goutte et de la syphilis constitutionnelle. Il réussit en effet, dans un assez grand nombre de cas, à calmer des douleurs anciennes. Murray ne fut pas le dernier à confirmer ces résultats importants; il prétendit même, se fondant sur un seul fait il est vrai, que l'Aconit longtemps continué pouvait résoudre les tophus arthritiques. Colin, Rosenstein, Chapp et Royer-Collard répétèrent ces essais, et Chapp publia dans le Journal de médecine (t. XXIV) quatre observations qui semblent prouver que les douleurs rhumatismales violentes peuvent être guéries par l'usage de l'Aconit, administré d'abord à faible dose, puis à doses successivement croissantes. Nous avons vu Royer-Collard se louer beaucoup de l'usage de l'extrait d'Aconit qu'il employait sur lui-même pour combattre la goutte.
Il est fort difficile de juger un médicament .que l'on emploie contre le rhumatisme et la goutte chroniques. La marche de ces maladies est tellement variable que l'on ne peut, à moins d'un grand nombre d'observations., conclure rien de positif. On est en droit d'affirmer qu'une médication est utile dans le traitement du rhumatisme chronique, quand les douleurs disparaissent si vite et si constamment que l'on ne peut attribuer à une autre cause l'amélioration que l'on observe; mais, en lisant les histoires rapportées par les auteurs que nous avons cités plus haut, on est frappé de la lenteur avec laquelle les douleurs rhumatismales se sont dissipées.
Plusieurs praticiens qui, de nos jours, ont essayé de constater les effets thérapeutiques de l'Aconit, ont refusé aux conclusions de Storck la sanction que leur avaient donnée Murray, Chapp, Royer-Collard, etc.; et nous devons dire que Fouquier, entre autres, ainsi que Récamier, n'ont eu guère à se louer de l'Aconit dans le traitement du rhumatisme.
Quelques autres, séduits par les résultats que l'on disait avoir obtenus de l'emploi de l'Aconit, voulurent l'essayer aussi dans le rhumatisme articulaire aigu. Mais ils ne virent pas qu'il était peut-être permis d'attribuer l'amélioration lente et équivoque qu'ils obtenaient, moins à une action spécifique qu'à l'action purgative et diurétique de l'Aconit, qui modifiait ici le rhumatisme comme l'auraient sans doute modifié plus heureusement encore des purgatifs et des diurétiques plus habilement choisis.
Les expériences les mieux faites sur ce point de thérapeutique sont dues à M. Lombard, de Genève. Quelques médecins avaient pensé que l'Aconit n'agissait dans le rhumatisme que comme sudorifique : M. Lom-
ACONIT. m
bard dément cette opinion; car, sur huit malades traités par lui, il n'y en a eu qu'un chez lequel la maladie s'est terminée par dés sueurs abondantes, et même chez un autre, l'usage de l'Aconit a suspendu des sueurs qui duraient depuis quinze jours.
Voici d'ailleurs les conclusions du travail de M. Lombard, lesquelles, nous devons le reconnaître, ne s'accordent pas toutes avec nos propres opinions.
1° L'extrait alcoolique d'Aconit napel est doué d'une action spécifique contre le rhumatisme articulaire aigu.
2° Il fait cesser promptement les douleurs, la tuméfaction* et dissipe les épanchements de synovie dans les articulations atteintes de rhumatisme aigu.
3° Ce médicament n'agit pas comme dérivatif sur le canal intestinal ou sur la peau.
4° Administré à haute dose, il produit une forte stimulation de l'encéphale, et paraît modifier la circulation.
5° L'extrait alcoolique d'Aconit contient le principe actif de cette substance, du moins quant à ses propriétés antirhumatismales.
Quant aux doses du médicament, M. Lombard l'administre presque toujours seul en commençant par 4 à 2 centigrammes (1/5 de grain à un démi-gràin) deux fois par jour; il l'augmente à mesure que le malade le supporte* il l'élève jusqu'à 30 à 48 centigrammes (6 à 9 grains), sans avoir jamais été obligé de porter cette dose plus haut ; ce qu'on aurait pu faire au besoin, vu l'innocuité du médicament, dit M. Lombard (Bulletin thérûp. , t. VII, 21iv. juillet 1839). Quelques-unes des expériences de M. Lombard ont été confirmées par M. Fleming ; mais ce dernier emploie de préférence l' alcool ature;
Les douleurs qui accompagnent la syphilis constitutionnelle ont été aussi combattues par l'Aconit, et l'on a même étendu l'usage de cette substance aux syphilides cutanées. Toutefois Tomasini déclare qu'il n'a point eu à s'en louer dans des circonstances analogues, bien qu'il ait porté l'extrait à des doses considérables. Dréra, au contraire, a associé avantageusement l'Aconit au mercure dans le traitement des ulcérations vénériennes de la peau, et Biett a donné, dans le même cas, et avec avantage, des pilules composées de 5 centigrammes (1 grain) de proto-iodure de mercure et de 10 centigrammes (2 grains) de thridace ou d'extrait d'Aconit. Nous-mêmes, nous avons employé cette association de médicaments pour guérir des tubercules syphilitiques et des engorgements vénériens des ganglions cervicaux; mais il nous serait difficile de décider si l'amélioration que nous avons observée ne devait pas être exclusivement attribuée au proto-iodure de mercure.
Les propriétés diurétiques de l'Aconit ont été mieux constatées que celles dont nous venons de parler. Dans certaines contrées, au dire de M. de Gandollé, les paysans se servent de cette plante pour guérir les hydropisies, et M. Fouquier, d'après de nombreux essais, a reconnu à
l'Aconit le pouvoir d'augmenter la sécrétion urinaire, pouvoir qu'il partage d'ailleurs avec presque tous les médicaments qui agissent énergiquement sur le système nerveux, comme la ciguë, la jusquiame, le datura, la belladone, la mandragore, la nicotiane, etc.
Storck, dont on ne peut trop louer le courage, et qui a enrichi la thérapeutique de médicaments si précieux, n'a pas toujours expérimenté avec cet esprit de critique que l'on avait droit d'attendre d'un homme aussi éminent, et, forçant les conclusions que l'on pouvait tirer d'un petit nombre de faits mal décrits et par conséquent mal observés, il a attribué aux agents thérapeutiques dont il venait de doter la science, des propriétés presque merveilleuses. Ainsi il crut avoir trouvé dans l'Aconit, comme dans la ciguë et dans les solanées vireuses, le moyen de guérir presque toutes les maladies réputées incurables. Nous ne discuterons point ici les idées et les faits sur lesquels se fondait le médecin de Vienne pour prouver que l'Aconit pouvait amener la résolution des tumeurs cancéreuses; l'expérience a prononcé depuis longtemps, depuis surtout que l'anatomie pathologique nous a éclairés sur le diagnostic différentiel des diverses tumeurs, que l'on confondait jadis sous la dénomination commune de squirrhes et de cancers.
Portai, à une époque où les travaux de Storck avaient séduit le monde médical, voulut appliquer l'Aconit au traitement de la phthisie pulmonaire tuberculeuse; il y renonça bientôt. Mais le docteur Busch, reprenant cette idée, prétendit avoir guéri beaucoup de phthisiques en leur donnant de la poudre d'Aconit à la dose de 40 centigrammes (2 grains) de deux heures en deux heures, et en la portant graduellement jusqu'à 4 grammes (1 gros) par jour; par là il obtenait une guérison aussi prompte que solide. M. Harel du Tancrel a publié aussi dans la Clinique une série d'observations recueillies dans les hôpitaux de Strasbourg, et qui déposent dans le même sens. Ce médecin ajoutait de faibles doses de sulfure de chaux à l'Aconit qu'il prescrivait. Nous serions heureux de pouvoir ajouter foi à de semblables résultats; mais des essais tentés par nous dans des phthisies dont les signes n'étaient point équivoques nous ont convaincus de l'inutilité de ce moyen. Il est donc bien probable que les malades traités par MM. Busch et Harel étaient atteints d'un simple catarrhe ou de quelque phlegmasie chronique des organes de la respiration, phlegmasie qui n'avait rien de commun avec les tubercules.
Le docteur West de Soulz recommande l'Aconit dans les cas d'aménorrhée dépendant d'un état spasmodique de l'utérus, ou d'un engorgement chronique de cet organe. 11 considère ce médicament comme un excellent emménagogue. Il cite à l'appui plusieurs observations.
De tout ce que nous venons de dire, il résulte que l'Aconit exerce sur l'économie une action stupéfiante, en vertu de laquelle il peut calmer les douleurs névralgiques et rhumatismales : cette propriété, toutefois, il la possède à un moindre degré que d'autres substances, dont l'emploi est en quelque sorte trivial. Sans doute aussi il peut provoquer des sueurs, en
ACONIT
modifiant certaines autres sécrétions ; mais en cela il n'a rien qui le distingue de la ciguë, de la jusquiame, de la scille, etc., etc. Et s'il est vrai que l'Aconit jouit de la propriété de dilater la pupille, au moins conviendra-t-on que les solanées vireuses lui sont, sous ce rapport, infiniment préférables.
Or quand un médicament est mal connu, quand ses préparations sont presque toujours mal faites ou altérées, quand aucune série d'expériences exactes n'a attribué à l'Aconit des propriétés spéciales qui puissent le recommander aux praticiens; quand, au contraire, les expérimentateurs sont tous en dissidence relativement aux résultats thérapeutiques qu'ils obtiennent, il est d'un médecin prudent de ranger jusqu'à nouvel ordre l'Aconit dans la classe des médicaments dont l'usage peut être dangereux, et dont l'administration sera avantageusement suppléée par celle des agents stupéfiants dont les effets ont été mieux étudiés et plus habilement appréciés.
Nous ne devons pas taire toutefois que l'Aconit a été recommandé dans le traitement de l'érysipèle, soit spontané, soit traumatique. Le chirurgien anglais Liston paraît être le premier, au dire de M. Imbert-Gourbeyre, qui ait employé ce remède dans cette maladie. D'après ses observations, l'extrait d'Aconit dans l'érysipèle et dans d'autres affections inflammatoires est souvent suivi d'une notable diminution de l'excitation des vaisseaux qui rend inutiles les émissions sanguines. Fleming, de son côté, cite plusieurs exemples d'érysipèles de cause interne, ayant leur siège sur les membres, et accompagnés d'une très-vive inflammation, qui ont cédé très-rapidement sous l'influence de quelques doses d'Aconit. Mais c'est surtout à M. Tessier, de Lyon, qu'on doit d'avoir insisté très-particulièrement sur l'utilité de ce remède dans le traitement de l'érysipèle qui complique les plaies. J'ai vu plusieurs fois, dit cet observateur distingué, des érysipèles survenus autour de plaies ou d'ulcères et accompagnés de phénomènes généraux, tels que fièvre ardente, frissons, envies de vomir, délire fugace, etc., s'amender avec une promptitude remarquable à la suite de l'administration de 10 à 20 gouttes de teinture d'Aconit par jour. Je me rappelle surtout, ajoute-t-il, avoir vu deux malades qui avaient des érysipèles traumatiques extrêmement douloureux et qui s'accompagnaient de symptômes fébriles assez marqués pour me donner des inquiétudes, être soulagés d'une manière vraiment étonnante dans l'espace de vingt-quatre heures. (Extrait d'un mémoire sur les effets thérapeutiques de l'Aconit napel, cité dans l'Union médicale, sept. 1861).
Nous ajouterons que M. Lecœur, de Caen, a rapporté postérieurement un certain nombre de faits qui tendent à confirmer les bons effets de ce même médicament, non-seulement dans l'érysipèle spontané, mais encore dans l'érysipèle de cause externe. Dans ce dernier cas, s'il se trouve en présence de symptômes inflammatoires très-intenses, il recommande d'administrer l'Aconit à dose assez élevée. Il fait préparer une teinture avec parties égales de racine fraîche d'Aconit napel et d'alcool à 32°. Il donne cette teinture par demi-cuillerées à café ou même par cuillerées, dans un
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quart de verre d'eau fraîche, toutes les heures d'abord, puis toutes lés deux heures, ayant soin de suspendre le médicament à l'apparition des nausées ou des yomituritions, où bien d'éloigner seulement les doses. J'ai vu constamment, dit M. Lecœur, lé pouls tomber au bout de peu d'heures, quelquefois des selles survenir, et, soit coïncidence, soit effet du médicamentj peu de temps après* l'érysipèle arrêter ses progrès ou tout au moins être modifié dans son intensité. Le traitement local se bornait à l'application continue de corripresses d'eau froide simple, ou légèrement vinaigrée ou saturnée* sur les parties malades (Union, juillet 1861).
Ces résultats) sans être entièrement décisifs, nous semblent toutefois de nature à encourager de nouvelles expérimentations, surtout quand 11 s'agit de combattre l'érysipèle traumatique, cette complication toujours si redoutable à la suite des plaies et des opérations.
Nous ajouterons enfin qUe l'aconit, dont l'efficacité ne petit être contestée contre certaines névralgies et notafnment contre les névralgies de )a face, constitue encore, au dirëde M. Addington Syrhûnds, un dës meilleurs moyens à opposer à la céphalalgie nerveuse. Il paraîtrait surtout utile dans les cas où la céphalalgie affecte une forme chronique, et dans lesquels il existe un malaise continuel ou une disposition constante au mal de tête. On administre alors trois fois par jour quelques goUttes de teinture d'Aconit, soit seule < soit associée â quelqnë tohique [Bulletin de thérapeutique-, juin 1859).
La poudre d'Aconit se donne à la dose de 2 centigrammes et demi (1 demi-grain) en commençant* et l'on peut aller graduellement jusqu'à 4 gramme (20 grains) èl même au delà; il ën est de même de l'ëxtrait. Lorsqu'on administre la teinture alcoolique, 11 faut commencer par 5 gouttes et monter insensiblement jusqu'à 20 et 30 gouttes, et même juscjU'à 4 grammes (1 gros) par jour. L'alcoolature d'Aconit presque exclusivement employée de nos jours s'administre aux mêmes doses et de la même manière que la teihture; c'est surtout contre l'aphonie et l'enrouement que l'on fait usage de l'alcoolature d'Aconit.
CIGUÉ.
MATIÈRE MÉDICALE
La famille des Ombellifères contient quatre espèces de Ciguë employées en médecine. Ce sont : la grande Ciguë, la Ciguë vireuse, la Ciguë aquatique ou phellandrie, et la petite Ciguë.
Toutes ces plantes sont de la série des dicotylédones polypétales hypogynes de Jussiêu, pentandrie digynie de Linné.
La grande Ciguë (Conium maculatum, L.; cicuta major, Lam.; C. officinalis) est une plante bisannuelle, de trois à quatre
pieds de haut, dont la tige creuse est couverte, surtout quand elle est jeune, de taches d'un rouge brun, d'où l'épithète de maculatum.
Caractères génériques, lnvolucre à trois ou cinq folioles réfléchies; involucelles à trois folioles, disposées du côté extérieur de l'ombelle; calice entier; pétales inégaux obeordés, à bords fléchis en dedans; fruit ovale, globuleux, à côtes bossues et tuberculeuses.
UiGUE.
Caractères spécifiques. Folioles de l'involucèlle lancéolées, plus courtes que l'ombellule. .
Cette plante a une odeur nauséeuse, fétide, elle croit dans les lieux incultes et Humides ou pierreux du midi de là France; elle fleurit en juin et juillet.
Parties usitées. Les feuilles.
Le principe actif de ]a Ciguë a d'abord été recherché par Brandes, qui ,lui donna le nom de conin; mais ie docteur Paris pensa que ce produit était un corps complexe; et que le principe actif résidait dans une matière de nature résineuse soluble dans l'éther. Èntin Gieseck, et un peu plus tard Geiger, sont arrivés à des résultats plus précis; iis ont reconnu que les propriétés toxiques de la Ciguë tiennent à la présence d'une base alcaline, qu'ils ont nommée cicutine.— Depuis lors, cette substance, étudiée par MM. Henry, Boutron et Christison, a reçu le nom de conicine.
La conicine, suivant M. Liebig, est composée : carbone, G6.91 j hydrogène, 12 ; oxygène, 8,28; azote, 12,80. E le est liquide, huileuse, jaunâtre; sa saveur est acre; son odeur forte rappelle celle de la Ciguë et du tabac; elle est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther; elle neutralisé lès acides, et. forme des sels cristallisables qui s'altèrent facilement. Au contact de l'air, la cbïiicihè donné naissance à de l'ammoniaque et à une- matière résineuse, suivant Geiger.
Cet alcali organique a été retiré des feuilles de Ciguë; mais il se trouve en proportion plus grande dans les fruits. Pour l'obtenir, on distille les fruits de Ciguë avec de la potasse, caustique en dissolution étendue aussi longtemps que le produit de la distillation conserve de l'odeur. On sature la liqueur distillée avec de l'acide sùlfurlque, et on évapore en sirop. On ajoute au produit un mélange de deux parties d'alcool et une partie d'éther, tant qu'il se précipite dit sulfate d'ammoniaqUe, et l'on active l'alcool par la distillation. On met le résidu dans une cornue avec une dissolution de potasse caustiqûe très-eoncentrée, et l'on distille.de nouveau. La conicine est alors à l'état d'hydrate ; on l'obtient anhydre en la distillant sur du chlorure de calcium.
Il résulté dès recherches récentes de MM. Vofi Planta et Kekulé que la cicutine du commerce est un mélange de deux alcalis homologues de cicutine et de méthylcicutine. Enfin M. T. Wertheim a trouvé mêlé à la cicutine obtenue par la dislillatibti des fleurs fraîches un nouvël alcaloïde qu'il a désigné sous le non de conhydrine.
ha Ciguë vireuse (cicuta virosa, L.,cicuiarïa aquatica, Lam.)j d.ue plusieurs auteurs confondent encore avec la Ciguë aquatique (phellandrium aquaticum), croit sur le bord des étangs et dans les eaux stagnantes. Sa tige,est haute d'un à deux pieds, cylindrique et fistuleuse : ses feuilles sont grandes, deux ou trois fois ailées, composées de folioles lancéolées, un peu étroites,
pointues et dentées en scie ; ses fleurs sont blanches et disposées en ombelles lâches. Sa racine contient un sue jaune, très-âcre;
Caractères génériques. Involucre nul oit à une foliole; involucelles à trois Ou cinq folioles très-longues j calice à cinq dents feuillues; pétales ovales, ëntiers, courbés au sommet; presque égaux ; fruit arrondi^ contracté sur le côté, didyme; carpelles à cinq côtes égales, dont les deux latérales un peu élargies; semence cylindrique.
Caractères spécifiques. Ombelles Opposées aux feuilles ; pétioles iflarglnés, obtus.
La Ciguë vireuse est un poison narcdticoâcrê plus énergique encore que la grande Giguë (Mérat et de Lens).
La petite Ciguë (œthùsa cynapium), vulgairement faut persil, Ciguë des tardins, croît dans les lieux cultivés; sa tige eSi haute d'un pied et demi, ramëusè, glabre et cannelée; ses feuilles sont d'un vert foncé, deux ou trbis fois ailëës, â folioles pointues fet pinnatifldes; lés lleiirS sôhi blanches et forment des Ombelles plàhëâ très-garnies, dépourvues d'involucreS.
Caractères génériques. Involucre nul ou composé d'un à deux folioles; involucelles unilatérales, triphylles, pendantes; calice entier; pétales inégaux, à bords obovés fléchis en dedans; fruit ovoïde, strié ou sillonné; semence demi-globuleuse.
Caractères spécifiques. Toutes les feuilles semblables.
Cette plante a donné souvent lieu à de funestes accidents à cause de sa ressemblance avec le petsil. Mais l'Eethusa exhale une odeur nauséeuse; sa tige est ordinairement violette ou rougeâtre à la base, et couverte d'un enduit glauque; ses feuilles sont d'un vert noirâtre, ses involucelles caractéristiques; ses fleurs blanches et non jaunâtres comme dans le persil.
La Ciguë aquatique {phellandrium aquaiicum), vulgairement fenouil aquatique, est une plante très-commune dans lés mares, s'êlevant à la hauteur de deux ou trois pièds. Sa racine est pivotante ët munie d'un grand nombre de fibres verticillées ; sa tige est creuse, ses feuilles sont trèsdivisées; ses fleurs blanches, très-petites, sont disposées en ombelles de dix à douze rayons. Les fruits sont ovoïdes allongés, régulièrement striés, glabres, un peu luisants et rougeàtres, formés de deux carpelles soudés. Le fruit entier olfre une odeur très-forte; la Saveur en est àcre et un peu aromatique.
Les propriétés délétères de cette plante sont moins marquées que celles des autres espèces de Ciguë.
Toutefois le principe actif de la Phellandrie isolé par M. Hutet et désigné par lui sous le rtortl de Phellandrine est un principe toxique très-actif.
Les fruits de la Phellandrie aquatique ont été employés comriie apéritifs, diurétiques, emménagogues, expectorants et sédatifs, c'est surtout contre les âfl'ections de poitrine qu'on les a employés sous la forme de poudre, la dose initiale est de
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
0,25 à 0,30, on peut l'élever jusqu'à 1 gram " On l'a encore préconisé contre les ulcères rebelles, la dyspepsie et les lièvres intermittentes.
Nous indiquerons aussi Yamanthe safranée (xnanthe crocata, L.), genre trèsvoisin du phellandrium, et qui contient dans sa racine un suc jaune éminemment vénéneux.
Nous avons pensé qu'il était important de donner scrupuleusement les caractères botaniques de ces diverses espèces de Ciguë, dont les propriétés toxiques se touchent.
La grande Ciguë est, selon nous, à tort, presque exclusivement emp'oyée ; les autres genres, considérés comme inefficaces, jouissent cependant de qualités énergiques et mériteraient une place parmi les agents thérapeutiques. Il était donc à propos de les faire connaître et d'en signaler les caractères différentiels, afin d'éviter les méprises funestes; et puis, fort souvent dans les campagnes, on est forcé d'avoir recours aux succédanés d'une plante, soit à cause de la
rareté, soit en raison de l'habitat qui fréquemment varie suivant les espèces.
Nous ne dirons rien des préparations officinales de la Ciguë, sinon qu'elles sont absolument les mêmes que pour la belladone (voir p. 49).
Celles qui sont le plus fréquemment employées sont Yextrait de Ciguë sous forme de pilules, et la poudre de feuilles pour emplâtre et pour cataplasmes. L'extrait de suc non dépuré de Ciguë et l'alcoolature sont de fort bonnes préparations.
La conicine étant volatile, les préparations de Ciguë seront d'autant plus actives qu'elles auront été obtenues à froid ou à une température peu élevée; c'est ce qui explique les différences qui existent dans l'action des divers extraits de Ciguë.
Les fruits de Ciguë se sont quelquefois trouvés mêlés à ceux d'anis ; on les distingue par leur compression en ce qu'ils sont légèrement arqués et moins verts que ceux d'anis.
Ils constituent la partie la plus active de la plante.
THÉRAPEUTIQUE
La grande Ciguë, connue de toute antiquité comme poison, et rarement employée comme médicament, a été plus particulièrement introduite dans la matière médicale vers le milieu du siècle dernier, et bientôt elle a joui d'une célébrité que l'expérience n'a pas entièrement consacrée.
Action physiologique de la grande Ciguë.
Quoique l'empoisonnement par la Ciguë fût un supplice assez fréquemment usité dans la Grèce, cependant les médecins ne nous ont rien transmis qui fût relatif aux symptômes éprouvés par les condamnés. Il faut arriver à une époque très-rapprochée de nous pour trouver des histoires d'empoisonnement assez détaillées. Quelques faits cités par Vicat [Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse), par Haaf [Journal de méd. de Leroux, t. XXIII, p. 107), par Choquet [ibid., avril 1813), permettent de conclure que les racines, l'extrait et les feuilles de grande Ciguë produisent des accidents d'autant plus redoutables que la plante a crû dans un climat plus chaud.
L'assoupissement, la stupeur, le délire, la syncope, quelquefois l'extrême ralentissement du pouls, la gêne de la respiration, le refroidissement, les nausées, les vomissements, tels ont été les symptômes de l'empoisonnement par la grande Ciguë, symptômes qui peuvent se terminer par la mort.
Chez les animaux, les expériences d'Orfila ont démontré que les accidents étaient en général ceux que déterminent ordinairement les poisons stupéfiants [Toxicologie, t. II, p. 302).
Quand la Ciguë est donnée à petites doses, elle ne cause d'abord que