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CYANURE DOUBLE DE FER HYDRATÉ

MATIÈRE MÉDICALE

Le Cyanure double de fer hydraté, bleu de Prusse, cyanoferrate ferrique, ferrocyanure ferrique, est formé par la combinaison du protocyanure ave le deuiocyanure de fer. Il est solide, insipide, incolore, et d'une belle couleur bleue, insoluble dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther. Il s'obtient en grand dans les arts, en calcinant un mélange de sang, de fer et de carbonate de potasse, et en décomposant les liqueurs que donne la masse calcinée, par un mélange de sulfate de fer et d'alun, et mieux par un sulfate de fer, au maximum d'oxydation. 11 se précipite du bleu de Prusse. Pour les usages médicaux, on purifie le bleu de Prusse du commerce en le pulvérisant et en le laissant en contact avec de

l'acide chlorhydrique ou de l'acide sulfurique étendu. L'acide dissout l'alumine et l'oxyde de fer qui peuvent se trouver dans le bleu de Prusse- On lave et on fait sécher.

La couleur connue dans le commerce sous la dénomination du bleu français est d'une nuance plus claire et plus agréable que celle du bleu de l'russe. Le bleu français a d'ailleurs la même composition que celui d'outre-Rhin; il n'en dill'ère que par son mode de préparation inverse. On l'obtienten faisant réagir, non plus du Cyanure jaune de potassium et de fer sur un sel ferrique, mais bien du Cyanure rouge de potassium et de fer sur un sel ferreux, c'est-à-dire renfermant le fer au minimum d'oxydation.

THÉRAPEUTIQUE

L'action toxique du bleu de Prusse est fort douteuse, l'acide cyanhydrique qu'il contient n'étant mis en liberté qu'à une chaleur très-élevée.

MEDICAMENTS STUPÉFIANTS

M. Coullon d'ailleurs a fait à cet égard des expériences directes desquelles il résulte que le bleu de Prusse n'est pas un poison, à moins qu'il ne soit pris en quantité considérable.

On l'a conseillé dans quelques maladies. Hasse prétend avoir guéri des fièvres intermittentes par le moyen suivant : après avoir purgé le malade, il lui faisait prendre pendant l'apyrexie, et, de quatre heures en quatre heures, des prises contenant 5 centigrammes (1 grain) d'hydrocyanate de fer et un scrupule de poivre ou de moutarde en poudre. Il donnait de quatre à six doses dans le premier intervalle fébrile, puis trois et deux dans les suivants.

Nous avouons ici notre peu de confiance dans ce moyen; mais Zollickoffer va jusqu'à le préférer au sulfate de quinine : 1° parce qu'il ne possède aucune saveur; 2° parce qu'il peut être également administré et dans le paroxysme et dans l'apyrexie ; 3° parce qu'il est suffisant d'en donner de petites doses comme 20 à 30 centigrammes (4 à 6 grains) , deux ou trois fois par jour; 4° parce que, introduit dans l'estomac, il n'excite ni oppression ni faiblesse; S0 parce qu'il prévient les récidives plus sûrement que le quinquina; 6° parce que, en général, il dissipe beaucoup plus promptement les accès. La formule dont il se servait est la suivante : Hydrocyanate de fer pulvérisé, sucre candi en poudre, de chacun 1 gramme (20 grains). Faites une poudre à prendre en trois fois dans le courant de la journée. ,

Le même auteur conseillait le même médicament dans le traitement de la diarrhée chronique. L^ans ce cas il portait le bleu de Prusse à 1 gramme et demi (30 grains) par jour. Il est bien possible que, dans les deux cas que nous venons de citer, le bleu de Prusse n'agisse que par le fer et par l'alumine qu'il contient.

Kirckhoff, d'Anvers, traitait l'épilepsie parles émissions sanguines et en même temps par le bleu de Prusse, qu'il donnait à la dose de 5 à 30 centigrammes (1 et jusqu'à 6 grains) par jour. Burgnet, de Bordeaux, vante le même moyen dans la chorée ; mais il employait concurremment les demi-bains et les applications réfrigérantes sur la tête. Or, que peut-on conclure de médications où. l'hydrocyanate de fer tenait la place probablement la moins importante?

CYANURE DE POTASSIUM

MATIÈRE MÉDICALE

Le Cyanure de Potassium, hydrocyanate, cyanhydrate de potasse, est un sel blanc, inodore, à l'instant même où il vient d'être préparé, mais se décomposant en partie au contact de l'acide carbonique de l'air, et laissant alors une odeur très-prononcée d'a-

mandes amères. Peu soluble dans l'alcool froid, soluble dans l'alcool bouillant, trèssoluble dans l'eau : sa saveur est très-àcre, alcaline et amère.

La préparation indiquée par le Codex est la suivante :

CYANURE DE POTASSIUM

Pilez grossièrement du Cyanure jaune de fer et de potassium ; introduisez-le dans une cornue de grès que vous ne remplirez qu'à moitié. Placez cette cornue dans un trèsbon fourneau à réverbère; adaptez-y un tube pour y recueillir le gaz; chauffez modérément pour chasser d'abord toute l'eau de cristallisation; élevez ensuite la température par degrés, jusqu'à déterminer la fusion, qui sera annoncée par un dégagement de gaz. Soutenez la température de manière à rendre ce dégagement régulier et modéré : lorsqu'il aura cessé, augmentez progressivement la chaleur, et maintenezla tiès-élevée pendant un quart d'heure. Bouchez tout, et laissez refroidir. Cassez la cornue, et enlevez soigneusement la couche supérieure qui forme une espèce d'émail blanc bien fondu. C'est le Cyanure de potassium pur qu'il faut enfermer promptement dans un flacon bouché à l'émeri.

Le procédé de Liebig consiste à chauffer au rouge un mélange de ferrocyanure de potassium, et de carbonate de potasse desséchés.

Wiggers prépare directement le Cyanure potassique en faisant passer un courant d'acide cyanhydrique à travers une dissolution de potasse pure dissoute dans l'alcool.

De tous les procédés, le dernier est celui qui donne le produit le plus pur ; le procédé de Liebig donne un sel qui ne renferme pas 20 p. 100 de Cyanure de Potassium, et qui peut servir seulement pour la dorure et

l'argenture ou comme agent de réduction. Quant au procédé du Codex, il donne aussi un produit très-variable, selon que l'on a traité le résidu charbonneux par l'eau ou par l'alcool, selon qu'on a chauffé trop ou trop peu ; il en résulte que, même lorsque ce sel est récemment préparé, il a une composition très-variable ; à plus forte raison quand il est ancien, car, au contact de l'air, il se transforme très-facilement en carbonate et. formiate de potasse ; aussi trouve-t-on dans les pharmacies du Cyanure de Potassium qui ne serait pas toxique à la dose de plusieurs grammes, tandis que le sel pur l'est au même titre que l'acide cyanhydrique lui-même. Aussi n'hésiterons-nous pas à dire qu'un produit aussi infidèle dans sa constitution doit être banni de la thérapeutique, du moins quant à l'usage interne.

Sirop de Cijanure de Potassium.

Sirop de sucre, 30 cent. (l once). Cyanure de Potassium, 2 cent. 1/2 (1/2 grain).

Eau distillée, 20 cent. (4 grains).

On dissout le Cyanure dans l'eau, et on mêle la dissolution au sirop.

Ce sirop se donne à la dose de 30 à 00 grammes (1 à 2 onces) par jour, soit pur, soit pour édulcorer des potions ou des tisanes.

THÉRAPEUTIQUE

Le Cyanure de Potassium ne doit pas être confondu avec le ferrocyanate de potasse. En effet, tandis que le premier est doué d'une activité aussi énergique que l'acide cyanhydrique, le second peut être pris à des doses énormes sans produire le moindre accident.

L'action toxique du Cyanure de Potassium est Ja même que celle de l'acide hydrocyanique; aussi n'y insisterons-nous pas. Quant à son action thérapeutique , elle est encore la même que celle de l'acide prussique lorsque ce médicament est donné à l'intérieur; et à ce titre nous aurions peu d'éloges adonner au Cyanure de Potassium; mais, dans la thérapeutique externe, il rend d'assez grands services pour mériter le premier rang parmi les préparations de cyanogène, et une place importante dans la matière médicale.

De l'administration extérieure du Cyanure de Potassium.

Le Cyanure de Potassium doit être appliqué sur la peau, recouverte de son épiderme ; jamais ou presque jamais il ne doit être mis en contact avec le derme dénudé.

Dans le premier cas, on peut se servir de la solution aqueuse, delà solution alcoolique et de la solution éthérée. Nous n'avons employé que les deux premières : la quantité de Cyanure de Potassium qui se dissout dans

MEDICAMENTS STUPÉFIANTS

l'éthernous ayant paru trop faible; 40 à 50 centigrammes (8 ou 10 grains) de Cyanure de Potassium pour 30 grammes (1 once) de liquide suffisent ordinairement par jour; mais il est quelquefois nécessaire de doubler la dose du véhicule et d'augmenter la proportion du Cyanure; on peut alors n'employer que l'eau, car l'alcool ne dissout pas une quantité suffisante de ce médicament. Quelle que soit la dissolution dont on fait usage, on doit avoir soin d'en imbiber des compresses ou une ouate de coton, que l'on place sur les parties malades, et que l'on remplace aussitôt qu'elles sont sèches. Il faut aussi, dans quelques cas seulement, prolonger l'usage de cette médication deux ou trois jours après la guérison, si toutefois elle a été difficile à obtenir.

Dans le petit nombre de cas où nous avons appliqué le Cyanure de Potassium sur le derme dénudé, nous l'avons mêlé à parties égales de cérat, et employé à la dose de 5 à 10 centigrammes (1 à 2 grains) au plus. Cette application n'a jamais été renouvelée, à cause de son action caustique.

Des effets immédiats du Cyanure de Potassium appliqué sur la peau.

Toutes les fois qu'une solution de Cyanure de Potassium est appliquée sur une partie quelconque de la peau, elle produit un sentiment de froid assez vif, qui se dissipe aussitôt que l'équilibre de température est établi et que l'évaporation cesse de se faire. Mais une demi-heure après le début de l'expérience, on éprouve un picotement, une espèce de démangeaison qui n'a rien de désagréable, et qui se prolonge aussi longtemps que dure le contact du liquide; la peau devient rouge, surtout lorsqu'on se sert de la solution alcoolique. Cet érythème disparaît aussitôt que l'on a cessé l'application du liquide, si toutefois son contact avec la peau n'a pas dépassé vingt-quatre ou quarante-huit heures ; mais lorsque la dose a été trèsélevée, que les applications ont été répétées pendant cinq ou six jours, il peut survenir un érythème, un eczéma, et même des phiyctènes.

Indépendamment de ces phénomènes locaux, il peut s'en manifester de généraux. Le pouls et les inspirations paraissent éprouver un ralentissement que nous avons observé dans quelques circonstances dès la première demiheure qui suit l'application du Cyanure de Potassium. Ce ralentissement est variable chez ceux qui sont atteints de fièvre, mais il paraît assez constant chez les personnes dont la santé n'est point altérée. Des observations faites sur nous- même lorsque nous étions levç et dans une salle dont la température était de dix ou douze degrés, nous avons appris qu'une solution alcoolique et saturée de Cyanure de Potassium, appliquée sur le front, peut déterminer, avec le ralentissement de la circulation , du froid dans diverses parties du corps, et de la tendance au sommeil. Ces phénomènes n'ont pu être convenablement constatés chez les malades qui restent couchés pour la plupart, et qui renouvellent le liquide à des intervalles assez éloignés. Lorsque le Cyanure de Potassium est appliqué sur le front, quel ques gouttes peuvent s'introduire entre les paupières ; leur contact avec la

CYANURE DE POTASSIUM

surface de l'œil fait éprouver une vive douleur, surtout lorsqu'on se sert de la solution alcoolique; mais cette sensation douloureuse dure à peine une minute, et n'est jamais suivie d'aucune espèce d'accident. Nous nous sommes introduit cinq à six gouttes de cette solution dans les yeux, et bien qu'en même temps nous eussions sur le front des compresses imbibées de Cyanure de Potassium, nous n'avons éprouvé que les modifications décrites plus haut; il est à remarquer pourtant que c'est dans une circonstance semblable que nous avons plusieurs fois observé le ralentissement de la circulation.

Le Cyanure de Potassium en poudre, pur ou mélangé avec du cérat, produit une douleur extrêmement vive lorsqu'il est appliqué sur le derme dénudé : la sensation de brûlure qu'il détermine se prolonge pendant plusieurs heures, et lorsque, au bout de ce temps, on examine la plaie, on trouve une eschare presque égale à celle que produirait une quantité moindre de potasse caustique. Ce sont là les accidents qui nous ont empêché de multiplier nos expériences sur le Cyanure appliqué de cette manière.

Du Cyanure de Potassium dissous dans l'alcool ou dans l'eau, et appliqué sur la tête dans les céphalalgies.

En cherchant à classer les céphalalgies dans un ordre qui permît d'apprécier l'influence du Cyanure de Potassium, nous avons cru devoir adopter une distribution fondée sur les symptômes concomitants, quelle que fût du reste leur influence sur les céphalalgies ; les phénomènes remarquables que nous avons observés dans celles qui sont accompagnées de fièvre nous ont engagé à les étudier à part, et nous avons fait un groupe des céphalalgies apyrétiques, que nous avons sous-divisées suivant qu'elles étaient compliquées de gastralgie, de dérangements dans la menstruation, de trouble dans la respiration, dans la circidation, ou qu'elles existaient sans dérangement simultané dans les fonctions des organes.

Il est très-ordinaire de voir des maux de tête coïncidant avec des pesanteurs d'estomac, un appétit désordonné, de la difficulté dans les digestions et des troubles dans les règles, qui sont ordinairement pâles, moins abondantes et moins exactement périodiques. Dans les céphalalgies de ce genre nous avons employé souvent le Cyanure de Potassium : dans la plupart des cas la guérison a été rapide.

Les céphalalgies qui se lient à la suppression des règles sont moins heureusement modifiées par le Cyanure de Potassium, que celles dont nous venons de parler.

11 résulte de nos observations que, dans les céphalalgies compliquées de maux d'estomac, on peut toujours espérer du soulagement, mais que celui-ci ne peut être durable si les gastralgies ne se dissipent elles-mêmes ; il est donc nécessaire de chercher à guérir l'affection gastrique par un traitement approprié.

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Le Cyanure de Potassium a été plusieurs fois mis en usage dans la céphalalgie, suite d'exostose à la tête, et dépendant d'une affection syphilitique générale. Il a exaspéré le plus souvent les douleurs au point de les rendre insupportables.

Il est une forme de céphalalgies évidemment rhumatismales ou goutteuses, qui ont cela de remarquable, qu'elles alternent souvent avec les douleurs évidemment rhumatismales, ou que, fixées longtemps à la tête, elles ne quittent cette partie du corps que pour se porter sur quelques jointures ou ailleurs. Nous avons connu un officier anglais qui, pendant vingt-cinq ans, éprouva tous les mercredis, de quatre en quatre semaines, une migraine qui durait exactement onze heures. La migraine conserva cette singulière et invariable périodicité tant que le malade habita les Antilles. Il revint en Europe en 1815, et depuis lors, jusqu'en 1829, la céphalée affecta une marche plus irrégulière : elle cessa et fut remplacée par des attaques de goutte. Deux femmes, l'une âgée de vingt-cinq ans, l'autre de quarante-six, entraient dans notre hôpital; et lorsqu'elles furent guéries de la phlegmasie intestinale qui les avait fait entrer à l'hôpital , elles appelèrent notre attention sur une céphalalgie violente qui avait débuté longtemps avant la maladie accidentelle qu'elles venaient d'éprouver, et qui persistait avec la même intensité. Chez toutes les deux l'application sur le front de compresses imbibées d'une solution de 40 centigrammes (8 grains) de Cyanure de Potassium dans 30 grammes (1 once) d'eau, fit disparaître le mal de tête au bout de quarante-huit heures; mais une douleur vive se manifesta chez l'une dans l'avant-bras, chez l'autre dans l'épaule gauche et les deux genoux. La douleur de l'avant-bras fut combattue inutilement par l'application du Cyanure de Potassium sur le lieu malade.

Nous n'avons pas toujours été aussi heureux dans le traitement des céphalalgies rhumatismales que chez les deux femmes dont nous venons de parler en dernier lieu ; nous avons échoué alors que nous nous croyions le mieux en droit de compter sur la guérison.

Céphalalgies pyrétiques. Nos observations nous ont démontré que, dans le cours d'une fièvre symptomatique, la céphalalgie pouvait être guérie par le Cyanure de Potassium, et que la fièvre elle-même était modifiée sous l'influence de ce moyen : nous pensâmes donc à essayer ses effets dans les fièvres intermittentes non miasmatiques accompagnées de céphalalgie. Le fait le plus curieux que nous ayons observé est le suivant : une jeune fille était atteinte de fièvre intermittente, si toutefois l'on peut donner ce nom à une fièvre quotidienne irrégulière, suite d'une phthisie pulmonaire au dernier degré. La céphalalgie durait depuis deux mois ; elle était très-douloureuse et presque continuelle. On fit pendant quatre jours des applications avec une solution aqueuse de 40 centigrammes (8 grains) de Cyanure de Potassium : au bout d'un jour le mal de tête était guéri, le frisson moins fort et moins long, la chaleur moins vive. Tous ces accidents reparurent avec la cessation du Cyanure de Potassium. Un tel accord entre

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le résultat des observations que nous avons eu l'occasion de faire sur les céphalalgies pyrétiques nous permet d'espérer que le Cyanure de Potassium pourra servir dans quelques formes de la lièvre intermittente symptomatique.

M. le docteur Lombard, de Genève, est le premier qui ait eu l'idée d'employer topiquement une solution de Cyanure de Potassium dans le traitement des névralgies de la face. Il a lu, à l'Académie de médecine, en 1831, un mémoire sur ce sujet. Mais l'auteur, abusé par ses premiers succès, a peut-être attaché trop d'importance à l'action sédative de ce médicament sur la maladie qui nous occupe. En effet, en répétant les essais de M. Lombard, nous avons eu à nous louer de l'administration du Cyanure de Potassium, mais seulement dans les névralgies superficielles et qui duraient depuis peu de jours. Pourtant nous l'avons une fois employé avec un grand avantage dans un tic douloureux convulsif trèsrebelle chez un homme de quarante- sept ans. Le nerf sous-orbitaire avait été coupé deux ans auparavant pour guérir les cruelles douleurs dont il était le siège. Ces douleurs avaient disparu aussitôt après l'opération, et pendant onze mois ne s'étaient point fait sentir; mais au bout de ce temps elles étaient revenues, et les accès avaient acquis chaque jour plus d'intensité et plus de fréquence. Lorsque ce malheureux vint a l'hôpital, il était tourmenté par la faim et ne pouvait manger, tant était vive la douleur produite par le mouvement de la mâchoire et des lèvres : ses accès reparaissaient plusieurs fois en une minute, quand le malade voulait parler ou avaler; ils se faisaient sentir deux ou trois fois tous les quarts d'heure lorsqu'il gardait le repos. On fit sur la joue malade et sur le côté correspondant du front des applications continuelles avec une solution aqueuse de 60 centigrammes à 3 grammes (12 grains à 60 grains) de Cyanure de Potassium dans 60 grammes (2 onces) d'eau. Au neuvième jour du traitement, tous les accès, graduellement diminués, avaient cessé de paraître. Le septième jour, il était survenu sur le front un eczéma qui disparut en deux jours; cependant il restait toujours une douleur lixe contre laquelle le Cyanure fut impuissant : on eut recours, pour le guérir, à d'autres moyens, tels que l'avulsion des dents érodées et couvertes de tartre, à l'application d'un vésicatoire recouvert de chlorhydrate de morphine. Ces moyens, en diminuant les douleurs tixes, n'ont pu les guérir; et le malade, après quarante jours de traitement, était encore sujet à quelques attaques qui reparaissaient tous les deux ou trois jours : nous nous sommes décidé alors à pratiquer la section des nerfs, et la guérison s'en est suivie immédiatement, mais le mal est revenu quelques mois plus tard. Malgré cette persistance, des symptômes, il n'en est pas moins constaté qu'à son entrée à l'hôpital il ne pouvait ni manger ni parler sans avoir des accès horriblement douloureux, et que, depuis l'emploi du Cyanure de Potassium, il put reprendre toutes ses fonctions et se trouver quelquefois dans un état de calme assez satisfaisant pour se croire complètement guéri.

MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS

Application du Cyanure de Potassium sur le derme dénudé.

Le Cyanure de Potassium, appliqué sur le derme dénudé, a été eriiployé chez trois femmes : l'une d'elles était phthisique à un degré assez avancé ; elle avait une douleur intermittente qui paraissait siéger dans les nerfs lombaires, et que l'on n'avait pu soulager que momentanément par un sel de morphine appliqué sur le vésicatoire. Le Cyanure de Potassium produisit le même effet.

La seconde avait un rhumatisme chronique occupant plusieurs articulations. Les douches de vapeur, le chlorhydrate de morphine sur les vésicatoires, avaient été employés avec quelques succès; à la suite de l'application du Cyanure de Potassium, l'amélioration fut progressive comme auparavant, sans qu'il fût possible d'apprécier si la marche avait été plus lente ou plus rapide.

Dans le troisième cas il produisit une guérison étonnante par sa promptitude : une femme de qUarante-six ans avait depuis huit jours une sciatique très-douloureuse^ qui s'étendait depuis la sortie du nerf jusqu'à la partie externe du pied, rendait la marche extrêmement pénible, et ne permettait aucun sommeil à la malade. Deux vésicatoires ammoniacaux, d'une surface égale à celle d'une pièce de 50 centimes, furent mis, l'un à la partie externe et moyenne du tarse droit, l'autre au-dessus de la malléole correspondante : le premier fut recouvert de 5 centigrammes (1 grain) de Cyanure de Potassium : le lendemain le mollet seul était douloureux; le deuxième vésicatoire fut pansé comme le premier l'avait été la veille : dans la journée, toute douleur disparut, les mouvements redevinrent libres, et la guérison fut complète après trente-six heures de traitement.

Ce succès était propre à encourager; mais la possibilité de remplacer par d'autres moyens un médicament si douloureux, et dont l'application est toujours suivie d'une eschare, nous a empêché de répéter nos essais.

En résumé, il résulte des faits que nous avons cités et des comparaisons établies entre eux, que les céphalalgies apyrétiques coïncidant avec des gastralgies sont soulagées momentanément, et qu'elles peuvent être guéries d'une manière durable, si la gastralgie l'est elle-même ; que l'on peut également compter sur la guérison lorsque la douleur de tête, suite d'une suppression des règles, survit à sa propre cause; que, dans tous les cas où elle dépend d'une affection du cœur, on ne peut espérer qu'un succès momentané, si la maladie primitive reste toujours la même ; que probablement le Cyanure de Potassium est nuisible dans les céphalalgies suites d'exostoses syphilitiques; enfin que celles qui accompagnent les fièvres peuvent être le plus souvent soulagées par cette médication, qui paraît agir quelquefois sur la fièvre elle-même. Un médicament qui compte autant de succès lorsqu'il est convenablement appliqué, doit prendre rang parmi les moyens habituels que la médecine met en usage; une seule chose peut l'empêcher de prendre l'extension convenable, c'est qu'il s'altère au bout de deux ou trois mois.

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