OD DANS LESQUELS IL S'EN FORME
Un certain nombre de végétaux fournissent de l'acide cyanhydrique, soit qu'ils le contiennent tout formé, soit qu'ils renferment seulement les principes dont la réaction réciproque doit lui donner naissance.
AMANDES AMÈRES
L'acide cyanhydrique, dans ces circonstances, accompagne une huile volatile qui offre l'odeur exaltée des feuilles de laurier-cerise ou des fleurs d'aubépine, par exemple. C'est, en effet, dans la famille des rosacées qu'on rencontre surtout les produits qui nous occupent.
L'eau de noyau et le kirschenwasser leur doivent l'arôme qui les fait rechercher. Mais outre les amandes des abricots et des merises, celles des divers cerisiers, des pruniers, du pêcher, etc., donneraient également de l'acide prussique, et cette essence particulière est connue sous le nom d'huile essentielle d'amandes amères parce qu'on la retire des fruits de Yamygdalus ainara.
Dans tous les cas, une fermentation préalable est nécessaire; ailleurs ces principes préexistent. Les feuilles du laurier-cerise, du merisier à grappes, les feuilles et les fleurs de pêcher présentent déjà sur l'arbre l'odeur caractéristique qui ne se développe que dans certaines conditions pour les amandes des divers fruits déjà cités plus haut.
Il est probable que les fleurs de beaucoup d'autres rosacées et même de quelques espèces appartenant à d'autres familles , comme le laurier-rose, doivent également leur odeur à l'acide cyanhydrique et à l'essence dite d'amandes amères qu'elles recèlent.
Comme type d'action des amandes, nous prendrons les fruits de Yamygdalus amara.
Comme type d'action des feuilles, nous choisirons celles du prunus laurocerasus (laurier-cerise).
AMANDES AMÈRES
MATIÈRE MÉDICALE
Les Amandes amères sont le fruit de Vamygdalus communis (L.). Variété amara.
Famille naturelle des rosacées, section des amygdalées.
Caractères génériques. Les mêmes que ceux des drupacées, à cela près que les fruits sont recouverts d'une pellicule tomenteuse ayant la chair peu épaisse et presque sèche, et le noyau creusé d'un grand nombre de sillons irréguliers.
Caractères spécifiques. Arbres de 8 à 10 mètres de hauteur, rameaux dressés, d'un vert clair, et très-lisses ; feuilles alternes, lancéolées, dentées" en scie. Fleurs trèsgrandes, exlra-axillaires, au nombre de deux ou trois au-dessus de chaque faisceau de feuilles; calice tubuleux, rougeàtre à l'extérieur, limbe à cinq divisisns étalées; corolle pentapétale. Pistils au nombre de deux dans chaque fleur; ovaire globuleux, un peu comprimé d'avant en arrière. Le fruit est une drupe verte, ovoïde, allongée, comprimée, terminée en pointe à son sommet.
L'analyse des Amandes douces a donné à M. Boullay :
Eau, 3,5; pellicule, 5; huile, 54; albumine, 25; sucre liquide, 9; gomme, 3; tissu végétal, 4 ; perte et acide, 0;5.
Les Amandes amères contiennent les mêmes principes que les Amandes douces, et en outre une matière jaunâtre appelée amygdaline, et une résine jaune acre.
Les préparations diverses d'Amandes amères contiennent de l'acide cyanhydrique ou une huile volatile; mais ces deux derniers principes n'existent pas naturellement dans la graine; ils ne se développent qu'au contact de l'eau.
Us résultent de la réaction de l'albumine des Amandes(nominéeaussil?mMto'ne, ou mieux Synaptase, sur la matière cristalline contenue dans celle-ci, et qui a reçu le nom d' amygdaline. Cette réaction, ainsi que nous l'avons dit, nepeut s'opérer qu'avec l'intermédiaire de l'eau. 11 se forme non-seu lement de l'essence, mais encore de l'acide prussique, de l'acide formique et du sucre.
MÉDICAMENTS STUPEFIANTS.
L'huile volatile d'Amandes amères est, comme celle du laurier-cerise, incolore, d'une saveur amère et brûlante, d'une odeur qui rappelle celle de l'acide cyanhydrique.
Pour la préparer, on prend les tourteaux d'Amandes amères récemment exprimés; on les pulvérise et on en fait une pâte liquide avec de l'eau froide.
On laisse macérer pendant vingt-quatre heures dans la cucurbite d'un alambic; puis, pour procéder à la distillation, on fait arriver au fond de la cucurbite un jet de vapeur d'eau, et l'on continue tant que le produit de la distillation conserve une odeur très-pénétrante d'acide cyanhydrique.
L'eau distillée d'Amandes amères s'obtient de la manière suivante : On pulvérise et on mêle à l'eau froide un tourteau d'Amandes amères récemment fourni; on laisse macérer pendant vingt-quatre heures, et l'on distille comme pour obtenir l'huile essentielle, si ce n'est que vous retirez d'eau distillée un poids égal à celui du tourteau employé,
Cette eau contient une grande proportion d'huile essentielle en excès que l'on sépare par la filtration. Cette précaution est indispensable, autrement l'usage de l'eau distillée, ainsi chargée d'huile essentielle, pourrait faire courir aux malades les plus grands dangers.
L'eau distillée d'Amandes amères, comme celle du laurier-cerise, s'altère avec facilité, quelque précaution que l'on prenne d'ailleurs pour la conserver; l'essence se transforme en acide benzoique ; aussi convientil de la renouveler souvent, ou bien de lui substituer la mixture de Liebig et Wœhler. Cette mixture est ainsi composée :
Amandes douces, 8 gram. (2 gros).
Eau, q- s.
Amygdaline, 1 gram. (20 grains).
Faites avec les Amandes et l'eau une émulsion dans laquelle vous ferez dissoudre l'amvgdaline. Cette mixture contiendra 6 centigrammes (1 grain) d'acide cyanhydrique "anhydre, et ï5 à 50 centigrammes (9 a 10 grains) d'huile essentielle d'Amandes amères.
L'amygdaline est une matière blanche, cristalline, dont la saveur, d'abord sucrée, rappelle bientôt celle des Amandes amères. Elle cstsoluble dans l'eau et dans l'alcool chaud. Ellecristallisepar lerefroidissement. Pour la préparer, on traite à deux reprises le tourteau d'Amandes amères par l'alcool à 94° centisr. On passe à travers un linge
et on presse le résidu. On chauffe le liquide exprimé, et l'on filtre. Au bout de quelques jours, l'amygdaline est cristallisée. On distille l'eau mère au sixième de son volume, et on la mélange avec de l'élher, qui précipite l'amygdaline; on la recueille et on la comprime entre deux papiers sans colle, pour la débarrasser d'une grande partie de l'huile grasse ; on la lave à l'éther, et on la fait redissoudre dans l'alcool bouillant, d'où elle se dépose, cristallisée par le refroidissement (Soubeiran).
On comprend maintenant qu'en se servant de l'amygdaline, suivant l'indication donnée plus haut par Liebig et Wœhler, on aura toujours une préparation identique ; on pourra calculer la quantité d'acide cyanhydrique et d'huile essentielle d'Amandes amères qui se forment par la réaction de l'émulsine et de l'eau sur l'amygdaline, tandis que les eaux distillées de lauriercerise et d'Amandes amères s'altèrent toujours, ainsi que nous le disions plus haut, malgré les précautions que l'on prend pour les conserver.
Lait d'Amandes amères.
Amandes douces, Amandes amères ; de chaque : 4 à G gr. () gros à l gros 1/2). Eau de rivière, 500 gr. (1 livre).
Sucre, 60 gr. (2 onces).
Faites une émulsion à prendre dans les vingt-quatre heures, par quart de verre.
Cette émulsion est la plus simple, la moins coûteuse et la plus sûre de toutes les préparations d'Amandes amères. L'huile essentielle et l'acide eyanhydrique qui se forment au contact de l'eau n'ont pas le temps de s'altérer et jouissent de toute leur énergie; aussi avons-nous l'habitude de prescrire cette préparation au lieu d'eau distillée de laurier-cerise ou d'Amandes amères.
Cataplasme d'Amandes amères.
Pr. : Poudre de tourteau d'Amandes
amères, q. v.
Eau tiède (35° environ), q. v.
Délayez le tourteau dans l'eau de manière â en faire une pâte piolle que l'on placera entre deux linges fins où de la mousseline.
On applique le cataplasme sur le front contre les céphalalgies, la migraine, sur les points douloureux dans les névralgies, sur les points engorgés dans les adénites douloureuses (Dr Réveil).
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique des Amandes amères.
Les propriétés toxiques des Amandes amères étaient connues des a ciens. Dioscorjde [Mat. méd., livre I, p. 176) rapporte qu'elles donnent
AMANDES AMÈRES
mort aux renards. Wepfer, à une époque plus rapprochée de nous, fit, sur cette substance, d'intéressantes expériences, qui furent répétées par un grand nombre d'auteurs; mais de nos jours, les travaux de MM. Brodie, Coullon, Villermé, Orfila, Christison, n'ont presque rien laissé à désirer sur l'histoire toxicologique des Amandes amères.
Une petite quantité d'Amandes amères peut produire des effets toxiques, et Christison rapporte que le docteur Grégory ne pouvait manger la moindre quantité de ces fruits sans éprouver les effets d'un véritable empoisonnement, auxquels succédait une éruption semblable à celle de l'urticaire. Chaque année nous voyons arriver des accidents causés par l'emploi des Amandes amères dans les pâtisseries ou dans les bonbons, et M. Virey {Journal de pharmacie, t. II, p. 504) parle des accidents que produisent souvent les macarons dans la composition desquels entrent beaucoup d'Amandes amères.
Orfila a fait périr un chien en lui faisant avaler vingt Amandes (ToxicoL, t. II, p. 179); Wepfer a tué un chat en lui donnant 4 grammes (1 gros) d'Amandes pilées (Cicutse aquaticx historia et noxx, page 244). Les Éphémérides des curieux de la nature et divers recueils rapportent un grand nombre de faits semblables. On lit dans la Bibliothèque germanique qu'un naturaliste prit 120 grammes (4 onces) d'Amandes amères, et qu'il éprouva tous les effets d'un empoisonnement auquel il eût succombé s'il n'eût pas été secouru à temps. Le même recueil rapporte l'histoire de trois enfants qui en mangèrent une assez grande quantité, et qui éprouvèrent de graves accidents. Coullon ( Recherches sur l'acide hydrocyanique) cite des faits assez nombreux, desquels il résulte que des quantités notables d'Aniandes amères ont déterminé chez l'homme des accidents graves que le vomissement seul a dissipés; et le docteur Kennedy [London med. and phys. Journ., t- LVIl, p. 150) a vu mourir un homme qui avait mangé une grande quantité d'Amandes amères. Wepfer (loc. cit.) fait observer que l'empoisonnement est beaucoup plus actif si l'on ne dépouille pas les Amandes de leur enveloppe.
Les effets délétères de l'huile essentielle d'Amandes amères sont beaucoup plus sensibles. Davies les avait signalés depuis longtemps; et il avait fajt périr un serin en deux minutes en lui déposant dans le bec une goutte de cette huile. La même quantité, mise dans la bouche d'une grenouille, causa immédiatement des accidents nerveux fort graves, et ce reptile n'échappa à la mort qu'en se plongeant dans l'eau. Sœmmering fils a répété ces expériences, et a obtenu les mêmes résultats (Journal de pharm., t. III, p. 344).
Des accidents sont souvent causés en Angleterre par l'emploi de l'huile essentielle d'Amandes amères, que l'on vend dans le commerce et chez tous les droguistes sous le nom d'huile de noyaux de pêche (Christison, On poisons, p. 680). Nous lisons dans les 'IVansactions philosophiques, année 1811, p. 183, que M. Brodie, faisant des expériences sur ce poison, en mit une petite quantité sur sa langue, et qu'il éprouva des acci-
152 MÉDICAMENTS STUPEFIANTS.
dents nerveux assez graves; et Mertzdorff {Journal complém., t. XVII, p. 366) a rapporté avec des détails fort curieux l'histoire d'une hypochondriaque qui prit 8 grammes (2 gros) d'huile essentielle, et périt en une demi-heure.
M. Villermé, essayant le mode d'action des deux principes de l'huile essentielle d'Amandes amères, reconnut que la portion incristallisable était douée de propriétés vénéneuses extrêmement actives, tandis que l'autre étai tout à fait innocente. Une gouttelette de la première fit périr un moineau en vingt-cinq secondes, et un cabiai dans l'espace de dix-huit minutes [Journal de pharmacie, t. VIII, p. 301).
Il est assez remarquable que l'huile fixe extraite par expression des Amandes amères n'ait, le plus souvent, aucune des propriétés vénéneuses du fruit. Cette observation avait été déjà faite par Murray (^p/w. medicam., t. III, p. 259), et cet auteur prétendait qu'on pouvait prescrire indifféremment l'huile d'Amandes amères ou celles que l'on tirait des Amandes douces. Cette assertion de Murray se trouve répétée par la plupart des écrivains qui se sont occupés de matière médicale. Cependant M. Coullon, raconte qu'une femme fit prendre à son fils , âgé de quatre ans, l'huile exprimée d'une poignée d'Amandes amères; c'était dans le but de tuer des vers intestinaux. L'enfant fut immédiatement saisi de coliques, de convulsions, et périt au bout de deux heures (loc. cit., p. 60). Il était d'un haut intérêt de rechercher les causes qui avaient pu influer à ce point sur les résultats contradictoires obtenus par Murray et par M. Coullon. Les travaux de MM. Robiquetet Boutron-Charlard ont rendu compte de cette différence (Voyez la matière> médicale).
Veau distillée d'Amandes amères a une activité considérable qu'elle doit à l'huile essentielle qu'elle tient en dissolution.
Le tourteau qui reste lorsqu'on a exprimé l'huile fixe des Amandes amères est extrêmement vénéneux, parce qu'il contient encore tous les principes nécessaires à la formation de l'huile essentielle, et on peut lire dans les Éphémérides des curieux de la nature (déc. 1, ann. 8, p. 184), que plusieurs poules périrent pour avoir mangé de ce résidu.
Le cataplasme d'Amandes amères, dont nous avons indiqué la préparation plus haut, est un médicament actif, qui n'a pas les inconvénients du cyanure de potassium que nous avons signalés quelques instants après son application. On sent sur la partie une légère chaleur suivie de démangeaisons supportables, qui disparaissent bientôt, et dans le plus grand nombre des cas la douleur disparaît et les malades retrouvent le sommeil dont ils étaient privés.
M. Réveil, qui a conseillé ce cataplasme, assure que son application, même longtemps prolongée, est sans aucun inconvénient.
Symptômes d'empoisonnement par les Amandes amères. Les symptômes de l'empoisonnement par les Amandes amères sont les
AMANDES AMÈRES
mêmes, soit que le fruit ait été pris en substance, soit que l'huile essentielle ait été seule ingérée, ou pure ou mêlée avec d'autres éléments.
Les expériences sur les animaux ont donné presque toutes des résultats analogues. Peu après l'ingestion du poison, des convulsions se manifestent, qui prennent quelquefois le caractère tétanique, et s'accompagnent souvent de cris et d'autres signes de douleur. En même temps les mouvements de la circulation et de la respiration sont accélérés ; mais après une période de temps qui varie depuis quelques secondes jusqu'à dix minutes, une demi-heure et même davantage , suivant la dose de l'agent vénéneux, des phénomènes de prostration remplacent les mouvements convulsifs qui s'étaient d'abord développés : les animaux ne peuvent se soutenir, la paralysie fait de rapides progrès; les mouvements du cœur et de la respiration se ralentissent, un calme profond survient, et l'animal meurt sans convulsions.
Mais quand la dose est considérable, la mort arrive dans l'espace d'une ou deux minutes : une secousse convulsive, violente, suivie immédiatetement d'une complète résolution, et quelques instants plus tard, la cessation des fonctions de la vie organique, tels sont les seuls phénomènes appréciables pendant cette scène rapide.
Les symptômes observés chez l'homme par Coullon, Mertzdorff, Kennedy, ne diffèrent que peu de ceux que nous venons de signaler. Toutefois les vomissements se montrent assez souvent, circonstance favorable à laquelle bien des personnes ont dû leur salut ; il n'est pas rare non plus d'observer des coliques, de la diarrhée et du météorisme. Les convulsions sont en général beaucoup plus rares chez l'homme que chez les animaux, et c'est une observation que nous avons eu souvent l'occasion de faire pour presque tous les poisons narcotiques ou narcotico-âcres.
Ces symptômes, sur lesquels nous ne nous sommes presque pas arrêté, sont tout à fait les mêmes que ceux de l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique, par les amandes de la pêche, des cerises, etc., par le lauriercerise, en un mot par toutes les substances végétales qui, au contact de l'eau, produisent une grande quantité d'acide prussique. C'est en effet par l'acide cyanhydrique principalement que les Amandes amères sont aussi activement délétères, et on le conçoit aisément si l'on songe que, suivant Kruger de Rostock, les Amandes amères peuvent donner un 96e de leur poids d'huile essentielle (Buchner's Repertorium fur die Pharmacie, t. XII, p. 135).
Or cette huile contient une quantité considérable d'acide prussique anhydre. Schraeder a tiré 8,5 pour cent d'acide d'une huile qui avait déjà vieilli, et 10,75 pour cent d'une huile essentielle récemment obtenue (Fechner's Repertorium der organischen C hernie, t. II, p. 65), et Goppert a démontré 11,33 pour cent d'acide cyanhydrique dans de l'huile bien préparée [Rut's Magazin fur die gesammte Heilkunde, t. XXXII, p. 500).
Il est facile, d'après ces analyses, de calculer les doses d'Amandes amères
MÉDICAMENTS STUPEFIANTS.
qui pourront produire l'empoisonnement; il suffira pour cela de connaître la portée toxique de l'acide cyanhydrique.
Les altérations cnatomiques trouvées à la surface des corps, les moyens de constater l'empoisonnement après la mort et durant la vie, le traitement de l'empoisonnement, sont les mêmesque pour l'acidecyanhydrique. Toutefois nous ferons remarquer que la couleur bleue de la bile n'a été signalée que dans le cas d'empoisonnement par l'huile essentielle d'Amandes amères que Idertzdorff a rapporté, et dont nous avons déjà parlé. Ajoutons que, si l'on trouve dans l'estomac ou dans les matières vomies de la pulpe d'Amandes amères ou de fruits à noyaux, on sera induit à penser que l'empoisonnement n'a point été produit par l'acide prussique pur, ou par des eaux distillées qui en continssent.
Action thérapeutique des Amandes amères .
Les Amandes amères en nature, ep émulsion, ou bien encore l'eau distillée qu'on en retire, sont employées en thérapeutique dans les mêmes cas que l'acide cyanhydrique, auquel très-probablement elles doivent leurs propriétés. Cependant on a cru leur reconnaître quelques propriétés spéciales qu'il ne sera pas inutile d'indiquer.
Suivant Dioscoride, cinq ou six Amandes amères suffisent pour dissiper l'ivresse. Cette opinion était probablement accréditée chez les anciens, car Plutarque raconte que le fils du médecin de l'empereur Tibère tenait tète aux plus intrépides buveurs, en ayant soin de manger quelques Amandes amères. Cependant Lorry dit avoir éprouvé un sentiment d'ivresse pour en avoir mangé douze. Ce fait, s'il est vrai, n'infirmerait en rien les assertions de Dioscoride, car nous voyons que l'ammoniaque, qui produit elle-même une sorte d'ivresse, dissipe évidemment les fumées du vin chez une foule de personnes.
La vertu diurétique de ces fruits a été reconnue également [Epk. nat. cur., dec. 1, ann. 1, obs. 77, p. 883); et, dans le même article, on prétend que les Amandes amères tuent rapidement les vers intestinaux. Cette dernière propriété a été constatée par Wiebel, qui, par ce moyen, a provoqué l'expulsion d'un taenia [Journal d.' Hufeland , 1806).
Bergius [Mat. méd., p. -413) affirme que 500 grammes à 1000 grammes (1 livre ou 2) d'émulsion d'Amandes amères donnée dans l'intervalle des accès, guérit les fièvres intermittentes qui ont été rebelles à l'action du quinquina. Cullen, Hufeland, Frank, et surtout Mylius, ont soutenu hautement cette idée thérapeutique. Ce dernier préfère les Amandes amères à tous les autres succédanés du quinquina. Il fait faire une émulsion avec 6 grammes (1 gros et demi) ou 8 grammes (2 gros) d'Amandes dans 100 ou 125 grammes (3 ou 4 onces) d'eau, et il fait prendre cette dose en une fois, une heure avant l'accès. Il prétend avoir guéri par ce moyen dix-sept malades dans l'espace de deux mois ; pour quelques- uns il n'a fallu que trois doses, d'autres en ont pris jusqu'à onze (Nouv.Joum. de méd,,ï. Y. p. 120).
LAURIER-CERISE
Frank, qui avait répété les expériences de Bergius et de Mylius, approuve la pratique de ces deux auteurs; seulement il ajoute à l'émulsion 4 ou 8 grammes (1 ou 2 gros) d'extrait de petite centaurée.
Quant à l'action des Amandes arriéres dans l'hydrophobie, nous n'y pouvons croire, quoique Thébésius [Nova Acta nat. curios., t. I, p. 181) cite douze cas de guérison obtenue par ce moyen. Mais la partie mordue par l'animal enragé avait été d'abord scarifiée et recouverte de ventouses; on avait administré des bains, et l'on faisait manger quelques Amandes matin et soir pendant une ou deux semaines. Remarquons que jamaisThébésius n'a prétendu avoir réussi dans la rage confirmée; et d'ailleurs, en lisant son travail, on est étonné de l'omission de tous les détails importants, au point que l'auteur ne cite pas même le nombre d'Amandes amères qu'il donnait à ses malades.
Mode d'administration et doses.
Le lait d'Amandes amères, préparée suivant l'indication que nous avons donnée plus haut, se prescrit à la dose de 150 à 500 grammes (5 onces à 1 livre) dans les vingt-quatre heures, à prendre par quart de verre.
L'eau distillée se donne en potion à la dose de 1 à 10 grammes (20 gouttes à 2 gros et demi) dans 125 grammes (4 onces) de véhicule. Cette potion doit être prise par cuillerée à bouche d'heure en heure.
La mixture de Liebig et Woehler se donne également par cuillerée à bouche d'heure en heure.
Plusieurs cas d'empoisonnement ont été signalés à la suite de l'association de l'eau distillée d'Amandes amères, de l'eau de laurier-cerise, du lait 4' Amandes amères, des loochs,en un mot de tous les composés qui renferment de l'acide cyanhydrique ou qui peuvent en produire, avec les mercuriaux et surtout avec le calomel ; celui-ci qui peut être administré sans danger à une assez forte dose, sç transforme, d'après M. Mialhe, dans les circonstances que nous venons d'indiquer, en cyanure et en bichlorure de mercure, deux poisons très-énergiques.
LAURIER-CERISE
Le Laurier-Cerise, Laurier-Amandes. — Cerasus Lauro-Cerasus. — Prunus Lauro- Cerasus, h., est un arbre de la famille des Rosacées, section des Drupacées.
Caractères génériques. Calice campanule, à 5 divisions courtes et obtuses, caduc; drupe charnue, arrondie, marquée d'un sillon longitudinal; noyau lisse, fruit noir recouvert d'un vernis glauque.
Caractères spécifiques. Cet arbre indi-
gène est haut de 5 à 8 mètres, feuilles persistantes vertes, presque sessiles, étalées, coriaces; fleur formant des épis axillaires, dressés, longs de 8 à 15 centimètre». Fleurs blanches, petites, très-odorantes. Fruit : drupes ovoïdes un peu allongées, ayant la forme et la couleur des guignes, une saveur douceâtre et fade.
On trouve dans les feuilles du Laurier- Cerise de l'huile volatile toute formée, de
MEDICAMENTS STUPEFIANTS.
l'acide cyanhydrique, du tannin, de la chlorophylle, de l'extractif el un principe amer particulier. A la distillation, ces feuilles fournissent une huile volatile vénéneuse qui contient une grande proportion d'acide cyanhydrique; cette huile, après purification, est incolore, exhale une forte odeur d'acide cyanhydrique, et a une saveur amère et "brûlante.
La quantité d'huile volatile que contiennent les feuilles de Laurier-Cerise n'est pas la même à toutes les époques de l'année. Suivant M. Soubeiran, elles en donnent le plus aux mois de juillet et d'août, du moins sous le climat de Paris.
Il faut aussi faire observer que ces feuilles perdent, par la dessiccation, la plus grande partie de leurs propriétés.
Eau distillée de Laurier Cerise.
Prenez : feuilles fraîches de Laurier- Cerise, q. v.; eau froide, s. q. : on contuse les feuilles, on les met, avec l'eau, dans la cucurbite, et l'on distille à la manière ordinaire, et l'on retire 500 gram. d'eau distillée pour 500 gram. de feuilles. Par la distillation, il passe une quantité considérable d'huile essentielle, quantité plusque suffisante pour saturer l'eau ; aussi l'huile essentielle surnage-t-elle, et il y aurait un grand danger à administrer une eau distillée qui contiendrait cette huile ; pour l'en séparer,
on filtre, l'eau distillée passe et l'huile essentielle reste sur le filtre.
Cette eau distillée contient, suivant l'analyse de Geiger, 30 centigrammes (G grains) d'aeide cyanhydrique médicinal, pour 30 grammes (1 once).
L'eau distillée de Laurier-Cerise doit être conservée dans des vases pleins et bouchés en verre ; sans cette cette précaution, elle perd peu à peu sa force.
M. Deschamps, d'Avallon, a remarqué que l'addition d'une petite quantité d'acide sulfurique (1 goutte pour 500 grammes par exemple) donnait à cette eau la propriété de se conserver plus longtemps.
Cérat de Laurier- Cerise.
Eau distillée de Laurier-Cerise, 3 parties ; huile d'amandes douces, 4 parties; cire blanche, 1 partie.
Pommade de Laurier-Cerise.
Huile essentielle de Laurier-Cerise, 1 partie; axonge, 8 parties.
Teinture de Cheston.
Feuilles récentes de Laurier - Cerise, 125 grammes (4 onces); eau bouillante, 1,000 grammes (2 livres); faites infuser; ajoutez à la colature : miel blanc, 125 grammes (4 onces).
THÉRAPEUTIQUE
Le Laurier-Cerise n'a été importé en Europe que vers la fin du seizième siècle. Recherché d'abord seulement pour la beauté de son feuillage, il entra bientôt dans quelques préparations culinaires, à cause de l'arôme que ses feuilles donnaient à certains mets ; plus tard ses vertus toxiques furent connues, et c'est alors qu'on songea à utiliser en médecine un agent qui modifiait si puissamment l'organisme.
Action physiologique du Laurier-Cerise.
Il n'est pas rare de voir des nourrices imprudentes aromatiser le lait des enfants avec une trop grande quantité de feuilles de Laurier-Cerise, et produire ainsi des empoisonnements. Ingenhousz a vu la décoction de deux feuilles de Laurier- Cerise dans du lait causer de graves accidents [Expépérienecs sur les végétaux, p. 233). Souvent nous faisons prendre, le soir, aux personnes atteintes de catarrhe pulmonaire avec toux violente, une infusion d'une ou deux feuilles de Laurier-Cerise dans du lait bouillant. Cela suffit pour causer une ivresse passagère et une dilatation considérable des pupilles qui persiste pendant vingt-quatre heures.
L'eau distillée est, au dire de quelques auteurs, un poison tellement violent, qu'il suffit de quelques gros pour donner la mort à un animal de forte
LAURIER-CERISE
taille; suivant quelques auîres, c'est une préparation tellement innocente, qu'on en peut administrer jusqu'à douze onces par jour à un homme sans qu'il en soit notablement incommodé. Cela tient, d'une part, à ce que des pharmaciens peu soigneux n'enlèvent pas l'huile essentielle qui surnage l'eau distillée, et, d'autre part, à ce que cette eau est souvent tout à fait affaiblie. Par là s'expliquent les résultats différents auxquels sont arrivés les divers expérimentateurs, et le peu de conformité des résultats thérapeutiques obtenus par les médecins.
De ce qui précède on doit néanmoins tirer la conclusion que l'eau distillée de Laurier-Cerise ne doit être employée à l'intérieur qu'avec la plus grande circonspection, à moins que par des essais répétés on n'ait été à même de bien connaître l'activité de celle que l'on emploie.
L'huile essentielle de Laurier-Cerise est aussi activement délétère que l'acide cyanhydrique, dont elle partage d'ailleurs toutes les propriétés. Les expériences de Nichols (Dissertatio de lauro-cerasi, etc., etc.), celles de Fontana {Traité du poison et de la vipère), le démontrent assez.
Les symptômes de l'empoisonnement par l'eau distillée et par l'huile essentielle de Laurier-Cerise ne diffèrent pas de ceux que produit l'acide cyanhydrique dont nous avons parlé plus haut.
Action thérapeutique du Laurier-Cerise.
Les usages thérapeutiques du Laurier-Cerise sont aussi les mêmes* que ceux de l'acide cyanhydrique et des amandes amères [vide suprà). Linné (Amœnit. acad., t. IV, p. 40) conseille le Laurier-Cerise dans la phthisie pulmonaire, et il dit que ce médicament est d'un usage populaire en Belgique pour le traitement de cette redouable affection. Il est probable que l'assertion de Linné, que rien n'a justifiée de nos jours, a encouragé quelques médecins de notre époque à conseiller l'acide cyanhydrique dans la même maladie et avec aussi peu de bonheur. Krimer a publié des observations qui démontrent, suivant lui, l'utilité de la vapeur de l'eau de Laurier-Cerise dans les affections spasmodiques des poumons et des muscles de la poitrine. Il fait respirer depuis A grammes (1 gros) jusqu'à 15 grammes (1 demi-once) de cette eau bien préparée, versée sur un vase chaud de manière à s'évaporer en dix ou douze minutes [Dictionnaire de Mérat et de Lens, t. V, p. 175).
Le même médicament a été conseillé et comme moyen topique et comme remède interne dans les mêmes circonstances que toutes les substances qui contiennent du cyanogène et surtout que les amandes amères dont nous avons traité tout à l'heure.
Mode d'administration et doses.
Les préparations que l'on emploie sont : l'eau distillée, l'huile essentielle, la poudre, l'infusion.
MEDICAMENTS STUPEFIANTS.
L'eau distillée est la préparation la plus employée. Elle a d'autant plus de force qu'elle est plus récente (on la donne à la dose de 1 à 4 grammes).
L'huile essentielle est un médicament beaucoup moins infidèle. Son extrême énergie ne permet pas d'en donner plus de 3 ou 4 gouttes en vingt-quatre heures. On doit alors la suspendre dans un véhicule aqueux que le malade prendrait par doses fractionnées en ayant soin de bien agiter chaque fois le mélange. On peut encore, pour l'usage médicinal, l'étendre de dix ou douze fois son poids d'huile d'amandes douces. Cette huile sert aussi à composer des liniments, des pommades, dont on a tiré parti pour calmer des douleurs locales.
La feuille séchée et pulvérisée a perdu beaucoup de son activité; on peut l'administrer à la dose de 1 à 8 grammes (2 gros) en vingt-quatre heures.
Pour une infusion ou une décoction de 500 grammes (1 livre) d'eau ou de lait, on prend d'une à deux feuilles fraîches. Il faut faire observer pourtant que deux feuilles pourraient chez les enfants produire quelquefois des accidents graves. C'est de cette manière que l'on fait le lait amandé, préparation culinaire très-recherchée, et qui certes est un excellent moyen à employer dans les toux nerveuses qui fatiguent si souvent les femmes.
Les amandes du noyau des pêches, des abricots, des brugnons, des merises, des prunes, des cerises, contiennent aussi une très-grande proportion d'une huile essentielle identique à celle des amandes amères et du Laurier-Cerise, et que l'on fixe par la distillation ou par la macération, dans des liqueurs connues sous le nom de Eau de Noyau, Kirschenwasser, Ratafia, etc> etc. En les distillant avec l'eau, elles donnent une eau distillée dont l'odeur, la saveur et les propriétés ne diffèrent pas de celles du Laurier-Cerise. Nous croyons donc tout à fait inutile de nous y arrêter davantage.
Les eaux distillées de feuilles d'amandier et de pêcher autrefois employées jouissent des mêmes propriétés que l'eau de Laurier-Cerise, celle qui était employée autrefois sous le nom d'eau de cerises noires et que l'on obtient en distillant le suc fermenté des cerises noires dans lequel on a ajouté des feuilles de cerisier et des noyaux écrasés. Toutefois cette eau doit se rapprocher beaucoup par sa composition de l'eau de Laurier- Cerise.
Les amandes amères entrent dans la composition du sirop d'orgeat, boisson d'agrément que les confiseurs et les liquoristes rendent plus agréable en la préparant uniquement avec les amandes amères. L'usage d'un pareil sirop pourrait déterminer des accidents très-graves.
On entend par Médicaments Stupéfiants ceux qui impriment aux centres ou aux conducteurs nerveux une modification en vertu de laquelle les fonctions du système nerveux sont abolies ou notablement diminuées.
L'intelligence, la sensibilité, le mouvement, ont le syotème nerveux pour condition matérielle de leur manifestation. Les agents stupéfiants tendront donc à diminuer l'intelligence, la sensibilité et le mouvement.
C'est par un trouble léger dans les idées, par une obtusion notable de la sensibilité > par une certaine paresse à se mouvoir que se manifeste le premier degré d'action des Stupéfiants : bientôt on devient inhabile à saisir les rapports des idées; les sens s'émoussent; les mouvements sont engourdis, et vient alors le sommeil, analogue au sommeil naturel, à cela près pourtant que le réveil est plus difficile et moins complet; si la dose de l'agent stupéfiant a été portée au delà d'une sage mesure, du sommeil on passe au coma, du coma au carus, et enfin à l'extinction totale de la vie.
Tel est le mode d'action des Stupéfiants en général ; on peut dire même que tous sans exception produisent des effets semblables aux deux périodes extrêmes, c'est-à-dire quand ils commencent à agir et quand ils agissent avec toute leur portée.
Quoique, en réalité, des agents anesthésiques ne soient que des Stupéfiants à l'action plus rapide, plus profonde et en même temps pourtant plus fugace, cependant nous les étudierons dans un chapitre à part, immédiatement après les Stupéfiants et avant les antispasmodiques.
II est une multitude de modifications intermédiaires spéciales qui démontrent qu'à certains agents il est donné de stupéfier telle ou telle portion du système nerveux, et d'augmenter au contraire l'action de telle autre. Ainsi , tandis que les solanées vireuses , à quelque dose qu'on les administre, déterminent toujours le relâchement du muscle de l'iris, et par conséquent le stupéfient complètement, l'opium, au contraire, augmente l'action musculaire de cette membrane, et l'iris se contracte au point que