STUPÉFIANTE
MÉDICATION STUPÉFIANTE
la pupille devient presque imperceptible, tandis que par l'opium le plan musculaire des intestins est frappé de stupeur, le mouvement péristaltique du canal alimentaire semble augmenté par la belladone et la stramoine, contrairement à ce que nous observions tout à l'heure pour l'iris; tandis que les solanées -provoquent un délire bruyant et expansif et une agitation musculaire considérable, les papavéracées jettent dans un anéantissement profond.
Si donc , lorsqu'on veut frapper de stupéfaction une partie du système nerveux, on ne choisit pas l'agent qui a sur cette partie une action spéciale , on risque de manquer totalement le but et de produire un effet diamétralement opposé à celui que l'on croyait devoir attendre. Le choix des Stupéfiants est donc plus important encore que celui des antispasmodiques.
Ainsi, lorsque l'on voudra relâcher des sphincters, des anneaux ligamenteux, c'est aux solanées que l'on devra recourir, et nous avons dit, en traitant de la belladone et du datura , ce qu'on en pouvait attendre dans les maladies de l'iris, et pour faciliter l'accouchement et la réduction des hernies étranglées; si l'on veut diminuer les sécrétions internes, modérer le flux des urines ou de la bile, calmer les mouvements des muscles de l'intestin, c'est l'opium qui devra être préféré; s'il faut produire une perturbation soudaine et peu durable, le cyanogène se recommandera plus particulièrement au choix du praticien ; si les mouvements du cœur seuls ont besoin d'être modifiés, la digitale sera plutôt indiquée qu'un autre médicament stupéfiant.
Cependant certaines répugnances organiques devront être prises en considération : tel ne peut supporter l'opium sans être pris de vomissements que rien ne peut arrêter; tel autre délire sous l'influence de la moindre dose de belladone ou de datura : celui-ci sera calmé parfaitement par un lait d'amandes, qui ne contient qu'une très-petite proportion de cyanogène, et n'obtiendra rien des Stupéfiants les plus énergiques et les plus sagement administrés. C'est au praticien de s'enquérir de ces susceptibilités individuelles et d'y avoir égard quand elles se présenteront.
Nous venons de dire que les Stupéfiants n'exerçaient pas tous une action semblable sur la contraction musculaire et sur l'intelligence; que les uns exaltaient tandis que les autres déprimaient ces fonctions : mais tous, sans exception, agissent sur les centres et sur les conducteurs nerveux, de manière à diminuer la douleur, et c'est par cette propriété qu'ils se recommandent d'une manière toute particulière.
Le rôle que joue la douleur dans les maladies est plus important que beaucoup de pathologistes ne le pensent. A lui tout seul, l'élément douleur est une cause puissante de maladie; en combattant, en détruisant cet élément, on fait souvent cesser les accidents les plus graves.
Parmi les agents irritants, il en est qui ne déterminent d'abord que de la douleur : la moutarde est dans ce cas ; la fluxion sanguine ne devient apparente que lorsque la douleur a persisté quelque temps, et si, par une
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médication quelconque, on détruit la sensation cuisante que laisse la moutarde, le sang cesse d'abonder dans le tissu. Dans la névralgie de l'œil , la douleur persiste quelquefois pendant une ou deux heures sans qu'il survienne de congestion ; mais bientôt le sang se porte vers les parties endolories, et l'on voit survenir tous les symptômes d'une phlegmasie locale, qui n'est pas toujours sans gravité. Ici la douleur a encore été le principe de la fluxion ; et si , au début de la névralgie la plus violente, on peut engourdir la douleur à l'aide d'un médicament stupéfiant, l'inflammation ne se manifeste pas. Dans l'odontalgie, la douleur précède la fluxion; la fluxion arrivée, la douleur cesse, preuve évidente que la congestion sanguine est ici l'effet et non la cause de la douleur. Dans le rhumatisme , la douleur précède la fluxion ; dans les grands désordres traumatiques l'eau froide n'est très-probablement si efficace que parce qu'elle stupéfie, et qu'ainsi elle empêche l'afflux du sang dans les parties blessées.
Mais ce n'est pas seulement par des désordres locaux que la douleur agit sur l'organisme : elle a souvent un retentissement plus grave, jusque vers les centres nerveux et circulatoire. Les chirurgiens ont de tout temps remarqué la fréquence du tétanos après les blessures si douloureuses des mains et des pieds; les convulsions chez les enfants sous l'influence des coliques et des douleurs de dents; les accidents nerveux et inflammatoires qui terminent si rapidement la vie après les grandes brûlures; le délire, la fièvre et les convulsions hystériformes si fréquentes dans les névralgies de la face; l'éclampsie chez les primipares, tout nous montre combien la douleur a d'influence sur les fonctions du cœur et des vaisseaux capillaires; sur celles du cerveau, de la moelle et des conducteurs nerveux; et, d'un autre côté, les vomissements dans la hernie épiploïque, dans la colique néphrétique, etc., etc., indiquent assez que les fonctions des organes de la digestion sont troublées également par la douleur.
Cette fièvre de douleur, s'il est permis de nous exprimer ainsi, n'a pas tou jours cette violence et cette rapidité ; souvent elle reparaît chaque jour une ou plusieurs fois, suivant que se reproduisent les paroxysmes douloureux, et alors survient une véritable hectique de douleur, analogue à l'hectique nerveuse, fort différente de l'hectique de suppuration. La fièvre hectique de douleur se remarque principalement chez les goutteux, chez les rhumatisants, chez ceux qui sont atteints de névralgies graves et rebelles. Elle n'amène pas, comme l'hectique de suppuration, une consomption aussi rapide , mais peu à peu elle altère les organes, et surviennent enfin des désordres locaux incompatibles avec la vie.
Calmer la douleur est donc toujours la première indication, et c'est par les Stupéfiants qu'on y réussit le mieux.
Or, il est trois moyens principaux d'employer les Stupéfiants: l'application locale ou directe, l'administration indirecte, et ^'administration mixte.
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Par la première méthode , l'agent stupéfiant est mis en contact immédiat avec les nerfs de la partie dont il émousse ou éteint la sensibilité; par la seconde, le médicament absorbé va frapper de stupéfaction les centres nerveux, qui ne perçoivent plus alors l'impression douloureuse locale; par la troisième on agit en même temps et sur les nerfs malades et sur les centres nerveux.
De toutes ces médications, la meilleure est certainement celle qui borne son action à la partie douloureuse; par là on évite les accidents qui peuvent résulter de l'impression produite sur le système nerveux par le médicament; mais quand la douleur est très-tenace, on est souvent contraint d'augmenter la dose du médicament ou de lui ouvrir une voie plus facile en soulevant l'épiderme, par exemple; et alors il est impossible que la substance médicamenteuse ne soit pas «bsorbéeet qu'elle ne porte pas son action sur les centres nerveux. Cette action mixte, si elle n'est pas toujours exempte d'inconvénients, est du moins de beaucoup la plus puissante, puisque les centres deviennent moins aptes à recevoir les impressions et à réagir contre elles en même temps qu'elles ne leur sont transmises qu'obtuses par les extrémités nerveuses.
Quant à l'application indirecte, c'est-à-dire celle qui consiste à faire absorber le médicament loin du siège du mal, elle est de toutes la plus souvent employée, parce qu'elle est plus commode bien que moins efficace que les deux précédentes méthodes. A vrai dire, son action est réellement mixte, car le médicament ne peut être porté par les voies circulatoires sur le cerveau et la moelle, sans être en même temps en contact avec toutes les autres parties, et conséquemment avec celle qui est le siège de la douleur et du spasme.
Il est quelques Stupéfiants dont l'action locale est presque sans effet, qui d'ailleurs n'influencent pas l'encéphale d'une manière bien vive, et qui cependant modifient puissamment l'intimité de nos tissus : telle est, par exemple, la ciguë. Ce médicament agit-il par son principe stupéfiant ou par quelque autre élément spécifique? C'est un problème qu'il ne nous, est pas donné de résoudre dans l'état actuel de nos connaissances.
D'autres, comme le datura, font cesser, quelquefois avec une rapidité qui tient du prodige, des perturbations fonctionnelles extrêmement graves, et cela sans qu'il soit possible de dire par quel principe spécial ils agissent; puisque le même médicament, administré sous la forme la plus capable d'exercer sur les centres une influence évidente, reste sans action sur la maladie, et réussit au contraire sous une forme qui ne nous permet pas de comprendre par quel mécanisme nous parvenons au résultat thérapeutique.
Quand on administre les Stupéfiants, la dose, la continuité d'action du médicament sont grandement à considérer, et cette réflexion peut s'appliquer à tous les médicaments. Le but thérapeutique ne peut être atteint qu'à de certaines conditions de doses et de préparation. L'opium si utile dans certaines formes de tétanos, dans la chorée, dans le delirium tre-
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mens, dans la colique de plomb, est nuisible peut-être s'il n'est donné à doses telles, qu'il stupéfie profondément. La belladone, que l'on à vantée dans le traitement de la manie, n'est efficace qu'à condition que l'on substituera au délire maniaque un autre délire, celui que provoquent ordinairement les solanées vireuses; et, par contre, lorsque, au travers d'une fièvre violente, non suscitée par la douleur, le médecin entrevoit l'indication de la Médication Stupéfiante, c'est avec des doses modérées qu'il doit agir s'il ne veut provoquer une fièvre encore plus vive.