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CHLOROFORME

MATIÈRE MÉDICALE

Chloroforme, chloride de carbone, tri ou perchlorure de formyle, carbure de chlore.

C'est en 1831 que MM. Soubeiranet Liebig découvrirent le Chloroforme, chacun de son côté. Ce n'est que plus tard que M. Dumas, ayant trouvé la relation qui existait entre ce corps et l'acide formique, lui assigna le nom qu'il porte. En ell'et, l'acide formique est représenté par C!H03, et le Chloroforme par C2HCI3.

Le Chloroforme est liquide, incolore, son odeur est éthérée, très-agréable, sa saveur est sucrée, sa densité à 4- 18° est de 1,18 d'après M. Liebig , et de 1,49 d'après MM. Soubeiran et Mialhe; il bout quand il est pur à 60°,8; la densité de sa vapeur est de 4,2 (Soubeiran); il est difficilement inflammable, et brûle dans la flamme d'une bougie en la colorant en vert; une température élevée le décompose; il se produit du charbon, de l'acide chlorhydrique et un corps cristallisé en longues aiguilles blanches; il est peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool ; l'acide sulfurique et le potassium sont sans action

sur lui -, les alcalis le transforment en chlorure et en formiate. Cette réaction est caractéristique.

Le Chloroforme renferme souvent des substances étrangères, telles que l'alcool, le chlorp, l'acide chlorhydrique , l'éther chlorhydrique, l'éther hydrique (sulfurique), des composés de méthyle, l'eau, l'aldéhyde, des substances fixes. Ces divers corps proviennent d'additions, de décompositions spontanées, ou d'un défaut de soins dans la préparation. Il serait trop long d'indiquer tous les moyens à employer pour reconnaître la présence de toutes ces substances : nous nous bornerons aux plus importantes.

Le Chloroforme doit être volatil sans résidu -. s'il y en avait, ce serait une preuve qu'il renferme des substances fixes ; le Chloroforme renfermant de l'alcool ou de l'éther, est facilement inflammable. D'après M. Mialhe, il doit traverser l'eau sans la troubler, lorsqu'il est pur; dans cette expérience, il devient laiteux s'il est impur. D'après M. Soubeiran, le Chloroforme pur

MEDICAMENTS ANESTHES1QUES.

gagne le fond d'un vase dans lequel on a placé un mélange à parties égales d'eau distillée et d'acide sulfurique à 06°, tandis qu'il flotte à la surface lorsqu'il est alcoolique. D'après M. Léthéby, le Chloroforme alcoolique coagule l'albumine.

M. Uou>sin , agrégé au Val-de-Gvâce a fait connaitre un procédé fort simple pour constater dans le Chloroforme la présence de l'éther ou de l'alcool : il suffît de verser dans le Chloroforme quelques cristaux de nilrosulfure de fer qui ne se dissout pas dans 1.' Chloroforme pur, tandis que le sel colore en jaune le Chloroforme qui renferme des traces d'alcool ou d'éther.

La présence du chlore libre ou de l'acide hypochloreux dans le Chlorofome amènerait de graves accidents. On les reconnaîtrait par l'azotate d'argent qui donne un précipité blanc, précipité qui ne se produit pas dans le Chloroforme pur.

L'acide chlorhydrique est reconnu dans le chloroforme par le tournesol, qui est rougi, et au moyen du nitrate d'argent.

La présence de l'aldéhyde dans le Chloroforme serait sans grand inconvénient; cependant on la reconnaîtrait à la propriété qu'elle possède de réduire à l'état métallique les sels d'argent.

M. Lélhéby a signalé les inconvénients que présentait le Chloroforme renfermant des composés métalliques; mais il n'a indiqué comme moyen de reconnaître leur préserrce que les accidents qu'ils peuvent déterminer, comme la céphalagie, et une prostration générale et rapide.

Mais de toutes les substances étrangères au Chloroforme qui se produisent pendant sa préparation, la plus funeste à l'économie est une sorte d'huile pyroçène chlorurée plus dense, moins volatile que l'eau, d'une odeur sui generis, acre et pénétrante, dont la présence a été signalée par MM. Soubeiran et Mialhe : il est donc absolument indispensable de débarrasser le Chloroforme de cette huile chlorurée en ne poussant pas trop loin la rectification.

C'est certainement aux imprudences et aux impuretés du Chloroforme qu'il faut attribuer la plupart des cas de mort et des accidents produits par cet agent anesthésique. M. Cottereau lîls attribue ces accidents à la condensation des vapeurs dans îes bronches, et c'est, d'après lui, la cause de la mort produite plus souvent par le Chloroforme que par l'éther. Aussi conseille t-il de placer le malade que l'on veut rendre insensible dans un milieu d'autant plus chaud, que le point d'ébullition île l'agent anesthésique sera plus élevé. Suivant M. Mia he, au contraire l'action des anesthésiqucsen général.et celle du Chloroforme et de l'éther en particulier, tient à ce que ces agen s ont pour effet, lorsqu'ils sont inhalés , de déplacer l'oxygène du sang, d'arrêter a combustion qu'il est destiné à entretenir, et de suspendre ainsi la vie pendant un instant. Aussi l'inhalation de l'oxygène lui paraî'-elle le moyen le plus rationnel à employer dans l'asphyxie qui résulte de l'usage des anesthésiques.

Préparation. Le Chloroforme se produit dans un très-grand nombre de circonstances : 1° par la réaction des alcalis sur le chloral ; 2" dans l'action du chlore sur l'hydrogène protocarboné; 3° par l'action des alcalis hydratés sur l'acide chloracétique; 4° par la réaction de l'acide chlorhydrique sur le bioxyde de nuignanèse en présence du sucre ou de l'amidon (Réveil). Nous avons signalé tous ces cas de production, parée que la consommation considérable de Chloroforme qui est faite pour les machines à vapeur comme agent moteur fait désirer qu'on trouve un procédé qui donne un produit à bon compte. Jusqu'à présent, voici le procédé le plus convenable.

MM. Larocque et Huraud conseillent de mettre dans le bain-marie d'un alambic 35 à 40 litres d'eau à 40° environ, puis on y délaye 5 kil. de chaux délitée et 10 kil. de chlorure de chaux du commerce; puis on y verse 1 litre 1/2 d'alcool à 85°; puis on chauffe au bain-marie jusqu'à l'ébullition. Quand la chaleur a gagné l'extrémité du col du chapiteau, on ralentit le feu ; l'opération se finit toute seule. Le récipient renferme du Chloroforme impur et une couche d'eau surnageante; on sépare celle-ci par décantation pour la faire servir à une opération suivante; et le Chloroforme est purifié en l'agitant avec de l'eau, qui lui enlève l'alcool, et ensuite avec du carbonate de soude, qui lui enlève le chlore libre, puis enfin on le distille sur le chlorure de calcium sec.

Avant son usage comme anesthésique, le Chloroforme avait éié empl. yé sous forme de potion par M. Natalis Guillot contre l'asthme. On a proposé son emploi comme antispasmodique et contre le hoquet. A l'extérieur, ii ;i été utilisé contre l'odontalgie, et en frictions pour combattre les fortes douleurs; étendu d'eau en compresses contre la migraine, le prurit dartreux.

M. le docteur Gigon, d'Angoulême, a proposé le Chloroforme comme le réactif le plus sensible pour déceler la moindre trace d'albumine dans les urines. Mais M. Becquerel considère ce réactif comme infidèle. Adhuc sub judice lis est.

Tout récemment le Chloroforme a été conseillé dans le traitement des coliques hépatiques. De soncôlé, M. Gobley adénjontré que le Chloroforme constituai!, chimiquement, le meilleur dissolvant des calculs biliaires, et qu'à ce titre il était supérieur à l'éther et à l'essence de térébenthine.

Nons donnons ici quelques formules qui ont pour base le Chloroforme.

Eau chloroformée.

Pr.": Chloroforme, 1 gram. (20 gouttes). Eau distillée, 100 gram.

Faites dissoudre par une forte et longue agitation ; en ajoutant aux proportions suivantes 25 grammes de sirop d'écorees d'oranges, on obtient une potion qu'on a employée par cuillerées contre les névralgies, l'asthme, etc,

ÉTHER CHL0RHYDR1QUE CHLORE.

Sirop chloroformé.

Pr. : Chloroforme pur, 19 gram.

Sirop simple, 1,000 gram.

Agitez. Ce sirop contient 1 centième de Chloroforme et la cuillerée 0,2.

Pommade au Chloroforme (Casenave).

Pf. : Chloroforme, 0,2 Axonge, 20,0

contre le prurit dartreux.

Liniment chloroformé.

Pr. •. Ch'oroforme, 5 à 15 gram.

Huile d'amandes douces, 100 gram.

Faites dissoudre.

Potion chloroformée.

Pr. : Chloroforme, 5 à 40 gouttes.

Jaune d'œuf, n° 1

Sirop de sucre 30 gram.

Eau, 120 gram.

comme antispasmodique par cuillerée à bouche. On peut remplacer le jaune d'œuf par un mucilage de gomme.

Selon M. le D" Bouchnt, l'alcool est le meilleur dissolvant du Chloroforme. Avec un mélange de 1 partie de Chloroforme pour 8 parties d'alcool, on a une solution titrée, soluble en toute proportion dans l'eau. A l'aide de ce moyen, oïl peut donner par la bouche ou en lavement 2, 9, 4 grammes de Chloroforme en complète dissolution. — M. Bouchut a d'ailleurs donné les formules d'un sirop, d'un vin, d'un élixir, d'une eau ehloroformiques, dont il a constaté les bons effets dans un certain nombre de névroses. Ajoutons qu'il a eonlirmé expérimentalement la supériorité de la solution alcoolique de Chloroforme sur l'éther, comme dissolvant de la cholestérine et des calculs biliaires.

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