LIQUEUR DES HOLLANDAIS
MATIÈRE MÉDICALE
Liqueur des Hollandais , Huile durgaz oléftnnt, Hydrobicarbure de chlore, Ether bichlnré. Chlorure élaylique. Chlorhydrate de chlorure d'acétyle.
Ce composé a été découvert par quatre chimistes hollandais qui travaillaient en commun. On l'obi ient en traitant le gaz oléûant par le chlore humide; le produit ainsi obtenu est distillé au bain-marié avec de l'eau, et une seconde fois avec de l'acide sulfurjque concentré pour le déshydrater; on le lave ensuite avec de l'eau et on l'abandonne sur du chlorure de calcium tondu.
La Liqueur des Hollandais e^-t un liquide huileux, incolore, d'un goût douceâtre, d'une odeur éthérée. Respirée, cette substance détermine une violente irritation de Ja gorge, et il faut un grand courage pour continuer l'inhalation jusqu'à production de l'anesthësle i il est vrai que l'insensibilité n'est accompagnée d'aucun phénomène d'excitation ou de céphalalgie.
Dans ces derniers temps, M. le docteur Aran ayant étudié les dilî'érents anestbésiques sous le rapport de la médication locale, a reconnu que le plus sûr dans son
action et le moins irritant à la fois est la Liqueur des Hollandais, ayant perdu une certaine quantité d'hydrogène et ayant acquis une proportion équivalente de chlore. Mais le prix de cette Liqueur des Hollandais chlorée étant trop élevé pour en permettre l'emploi usuel en Ihérapeutiq œ, M. Mialhe, se fondant sur les travaux de M. V. Regnault, qui a démontré que le Chlore, en agissant sur l'éthpr chiot-hydrique, lui enlève de l'hydroeène , formé de l'acide chlorhydiiqiie, se substitue à l'hydrogrne enlevé pour donner naissance à une série de composés de plus en ;;lus riches en chlore, qui sont tous isomères des termes correspondants de la série de l'hydrogène bicarboné, a pensé que ces deux séries éthériformes devaient être douées des mêmes propriétés thérapeutiques, et partant que la Liqueur ries Hollandais chlorée pourrait être remplacée dans la pratique médicale par l'éther chlorhydrique chloré correspondant. Toutefois aucune expérience, aucune observation clinique ne sont venues démontrer l'identité d'action de ees deux isomères.
ÉTHER CHLORHYDRIQUE GHLORÉ.
MATIÈRE MÉDICALE
Ce composé est incolore, très-fluide, ayant une odeur aromatique éthérée analogue à celle du chloroforme, ou mieux encore, à celle de la liqueur des Hollandais, une saveur sucrée et poivrée à la fois ; il est complètement sans action sur le papier de tournesol bien sec, mais il le fait sensible-
ment virer au rouge quand il est humide; il est peu soluble dans l'eau, se dissout parfaitement dans l'alcool, dans l'éther sulfurique et la plupart des huiles fixes et volatiles; il n'est pas directement inflammable, ce qui le distingue de la liqueur des Hollandais et des éthers officinaux, et ce
qui le rapproche au contraire du chloroforme; il présente une densité variable et un point d'ébullition également variable, oscillant entre 10 et 130 degrés centigrades : ce qui indique évidemment que ce corps n'est pas constitué par une substance unique, mais bien par la réunion de plusieurs éthers, de densité et de tension élastique différentes. Comme ces divers Ëthers chlorhydriques chlorés jouissent tous des mêmes propriétés anesthésiques, et que d'ailleurs, il serait impossible de songer à les séparer exactement les uns des autres, M. Mialhe a proposé de désigner le liquide qu'ils constituent sous le nom générique A'Éther chlorhydrique chloré.
Telles sont les principales propriétés de ce nouveau liquide anesthésique, qui, d'après les résultats obtenus par M. le docteur Aran, paraît être appelé à jouer un
rôle important parmi les sédatifs locaux.
L'Élher chlorhydrique chloré s'emploie à la dose de 15 à 30 gouttes versées sur la partie douloureuse, ou sur un linge humide que l'on applique immédiatement sur elle, et que l'on maintient en contact avec un morceau de toile cirée et un tour de bandes. 11 calme d'ordinaire très-rapidement la douleur et détermine l'anesthésie en quelques minutes.
Bien que cet Éther soit moins irritant que le chloroforme, il n'est cependant pas dépourvu de toute action locale. Par un contact prolongé avec une peau fine, il donne au contraire assez souvent lieu à une rougeur érylhémateuse non équivoque.
Employé en onctions sous la forme de pommade ( 6 grammes pour 30 grammes d'axonge),il offre rarement ce léger inconvénient.
SESQUICHLORURE DE CARRONE.
MATIÈRE MÉDICA.LE.
Sesquichlorure de carbone, trichlorure de carbone, chloride carboneux. Le Sesquichlorure de carbone a été découvert par Faraday. Ce corps est le produit final de l'action du chlore sur la liqueur des Hollandais ou sur l'éther chlorhydrique. 11 est formé, en 100 parties, de 10, 17 parties de carbone et de 89,83 parties de chlore, ce qui correspond a 2 équivalents de carbone et 3 équivalents de chlore. Sa composition est donc analogue à celle de l'acide oxalique.
Le Sesquichlorure de carbone est sans couleur et presque sans saveur, mais il a une odeur aromatique analogue à celle du camphre. Sa densité est presque double de celle de l'eau. Il entre en fusion à + 1C0° et en ébullition à 4- 180°. A la chaleur rouge, il absorbe l'oxygène et se convertit en gaz chlore et acide carbonique. 11 est à peine soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles.
D'après les recherches cliniques de M. le docteur Aran , le Sesquichlore de carbone jouit des mêmes propriétés anesthésiques locales que les liquides éthérés dont il dérive; seulement son action est beaucoup plus lente à se manifester. La meilleure manière de l'employer est la suivante.
Pommade au Sesquichlorure de carbone.
(Mialhe).
Sesquichlorure de carbone, 4 gram.
Ether sulfurique, 8 gram.
Axonge, 20 gram.
On dissout le Sesquichlorure dans l'éther et on l'ajoute à l'axonge préalablement fondue dans un flacon bouché à l'émeri. Cette pommade s'emploie en frictions ou simplement en onctions sur les parties malades.
RENZINE oo RENZOLE.
MATIÈRE MÉDICALE
La Benzine ou Bensole , Benzène , Phone, etc., est un liquide incolore et transparent, d'une saveur sucrée; son odeur est agréable et éthérée, sa densité est de 0.85, celledesa vapeurestde3,78; elleboutà86°, à 0° elle cristallise ; elle est insoluble dans l'eau et se dissout dans l'alcol et dans l'éther.
LaBenzinedétermine l'anesthésie.mais en produisant un bruit dans la tête qui précède et suit l'inhalation. D'après M. Snow, elle détermine aussi des tremblements convulsifs.
Préparation. La Benzine prend naissance dans un grand nombre de cas dans la distillation des substances organiques et surtout celle de la houille et des huiles grasses ; Faraday l'a obtenue le premier en comprimant le gaz oléliant. M. Péligot la prépare en distillant le benzoatedechaux, mais avant lui, M. Mittscherlich l'avait obtenue en chauffant 1 partie d'acide benzoïque et 3 parties d'hydrate de. chaux. La formule de la Benzine est C1SH«.
BISULFURE DE CARBONE.
MATIÈRE MÉDICALE
Le Bisulfure de carbone, alcool de soufre, liqueur de Lampadius (CS2) correspond par sa composition à l'acide carbonique ; c'est un liquide incolore, transparent, volatil, inflammable, plus pesant que l'eau, d'une odeur forte, fétide, alliacée; sa saveur est acre et brûlante; insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool et dans l'éther; c'est le meilleur dissolvant du soufre, du phosphore, de l'iode, et celui-ci en petite quantité lui donne une belle coloration rouge pourpre.
Ce produit s'obtient en faisant passer de la vapeur de soufre sur du charbon chauffé au rouge et placé dans un tube en porcelaine ; le produit est reçu dans un réfrigérant, on le purifie par une seconde distillation.
Le Sulfure de carbone, connu en Allemagne sous le nom de Carbure de soufre, alcool de soufre, a été employé contre les
rhumatismes, les tumeurs arthritiques, et à l'intérieur comme emménagogue, à la dose de 1 à 2 gouttes.
D'après M. Simpson, c'est un anesthésique puissant; il a vu qu'il donnait lieu à des visions désagréables, et qu'il produisait des maux de téte et des éblouissements.
L'odeur seule du Sulfure de carbone devrait le faire rejeter malgré la précaution que l'on prend de la masquer avec quelques gouttes d'essence de menlhe.
D'ailleurs, les recherches très-intéressantes de M. le docteur Delpech ont démontré que les inhalations de Sulfure de carbone pouvaient devenir la cause d'accidents très-graves résultant de l'action qu'exerce ce Sulfure sur le système nerveux. Ces accidents sont très-communs chez les ouvriers en caoutchouc.
BROMURE DE POTASSIUM
(Voir pour la matière médicale l'article Altérants, 1. 1.)
MATIÈRE MÉDICALE
Le Gaz acide carbonique est incolore, élastique, transparent, doué d'une odeur piquante et d'une saveur légèrement aigrelette. Sa pesanteur spécifique est de 1 ,5277.
Il a pour propriété essentielle d'éteindre les corps enflammés et de rougir en vineux le papier de tournesol humide. Ce gaz existe très-abondamment dans la nature; on sait qu'il entre pour une fraction trèsminime dans la composition de l'air atmosphérique, environ 4/10000, et que s'il dépasse une certaine proportion, il produit des accidents d'asphyxie et la mort. A l'état de dissolution liquide, il se retrouve dans un grand nombre d'eaux minérales que l'on utilise en médecine depuis un temps immémorial.
Quant au gaz lui-même, il n'était employé en médecine que dans des cas trèsrares. Ainsi, à une certaine époque on a proposé de le faire inspirer dans certains cas d'irritation pulmonaire à l'effet de ralentir la conversion du sang veineux en sang artériel.
Dans ces dernières années, M. Simpson,
d'Ëdimbourg, a mis le Gaz acide carbonique en grand honneur comme anesthésique, et surtout comme anesthésique local dans la névralgie du vagin et de l'utérus, et dans divers états moibides et déplacements des organes pelviens, accompagnés de douleurs et de spasmes. Il l'a trouvé quelquefois utile également dans les irritations des organes voisins.
Ainsi que le fait remarquer très-judicieusement M. Simpson, l'application de l'acide carbonique comme anesthésique local n'est pas aussi nouvelle qu'on pourrait le croire; en effet, en considérant les choses d'un peu près, on trouve qu'un grand nombre de pratiques populaires, rejetées à tort par les savants, comme ridicules, peuvent trouver leur justification et leur raison d'être dans les propriétés anesthésiques, non encore soupçonnées, de l'Acide carbonique. C'est ainsi que la fumée d'herbes aromatiques et médicinales, portée dans le vagin à l'aide de tubes et d'appareils appropriés, moyen très-employé chez les anciens, n'agissait très-probablement comme
MÉDICAMENTS ANESTHËSIQUËS.
sédatif que par le. moyen de. l'Acide carbonique et de ses propriétés anesthésiques locales.
C'est ainsi encore qu'on peut se rendre compte de l'efficacité reconnue des eaux de Nauheim, de Marienbad, etc., administrées en injections dans le vagin, par l'action locale et sédative de l'Acide carbonique que ces eaux contiennent en abondance. Comment îjgit encore le cataplasma c.reiisiie ou cataplasme de levure, qui avait si grande réputation dans le traitement des ulcères irritables et sordides, si ce n'est par la vertu calmante et antiseptique du Gaz acide carbonique qui est incessamment exhalé par ce topique?
Ajoutons encore, avec M. Simpson, que la connaissance des effets topiques de l'Acide carbonique vient merveilleusement nous servir à expliquer son action calmante et tempérante, consacrée par la pratique la plus ancienne et la plus générale dans les irritations eastriques et intestinales. N'est-il pas probable, en effet, que toutes les eaux gazeuses et effervescentes, si utilisées dans l'irritabilité gastrique, les nausées et les vomissements, tirent leur efficacité, au moins en très-grande partie des propriétés anesthésiques du Gaz acide carbonique?
Dans la pratique, M. Simpson fait usage, pour obtenir l'Acide carbonique, d'une bouteille commune dans laquelle il mélange, environ 20 grammes d'acide tartrique cristallisé avec une solution de 28 grammes environ de bicarbonate de soude dans 180 à 210 grammes d'eau. Un long tube flexible en caoutchouc conduit le gaz de la bouteille dans le vagin. Le bouchon, au moyen duquel ce tube est fixé dans le goulot de la bouteille, doit être adapté de manièie à empêcher la déperdition du gaz; et pour atteindre ce but, il est préférable que le liège soit traversé par un tube métallique et recouvert en dehors par une
couche de caoutchouc (Union médicale, novembre 185(1).
Ln France, les essais de M. Simpson sur l'emploi du Gaz acide carbonique, comme anesthésique local, ont été répétés et vérifiés par un certain nombre de chirurgiens. M. Follin a obtenu de ce moyen des résultats très-remarquables chez des femmes en proie aux atroces douleurs que détermine le carcinome utérin, et il a proposé un nouveau mode d'application de ce. moyen.
Toutefois il faut dire que ce même moyen donnait le plus ordinairement des résultats très-variables, tels qu'un soulagement de très-courte durée et souvent même nul, tandis qu'entre les mains d'autres chirurgiens, il procurait aux malades le calme et le rei>os qu'elles avaient perdu depuis trèslongtemps.
M. le docteur Demarqnay, de concert avec M. Monod, se livra à ce sujet à de trèi-nombreuses expérimentations, et il crut avoir trouvé la cause de ces différences dans les résultats. D'après les faits constatés parce chirurg'en, il paraît établi que lorsque la muqueuse est détruite et qu'une ulcération a envahi le col utérin, les conditions sont les plus favorables pour obtenir une action sédative; quand, au contraire, les parties sont dans un état d'intéarilé complet et que la douleur est le seul symptôme appréciable, l'expérience serait le plus souvent négative.
Pour obtenir le dégagement de l'Acide carbonique et l'administration des douches vaginales, M. Demarquay a fait construire par MM. Mondellot un appareil très-ingénieux dont l'usage paiait très-simp'e et très-commode, et dont on trouvera la description dans le journal L'Union médicale (7 mars 1857).
M. Fordos a également fait connaître un appareil fort commode pour pratiquer les injections ou douches gazeuses.