GALBANUM
Gomme-résine du Selinum galbanum, planie exotique de la famille des Ombelliféres.
Selin galbanum, Selinum galbanum (Spreng), liubon galbanum (L.).
L'opinion la plus répandue attribue le Galbanum au Bubon gummiferum (Linn.), ou Ferula galbanifera (Comm.), dont la patrie est l'Afrique méridionale, et au Bubon galbanum (Linn.), Ferula galbanifera (Herm.), espèce peu différente qu'on trouve fréquemment dans nos jardins botaniques.
Ludewig, de son côté, pense que l'on doit regarder le Ferula galbanifera (Lobel), comme fournissant la plus grande partie du Galbanum; une petite partie étant fournie par le Galbanum officinale, qui est trèscommun dans le Levant et particulièrement dans la Syrie.
Voici les caractères du Bubon Galbanum.
Caractères génériques. Involucre et involucelle polyphylles ; pétales égaux, cordiformes: fruits ellipsoïdes, comprimés, membraneux sur les bords, et offrant trois côtes saillantes sur chaque moitié. Fleurs jaunes ou blanches.
Caractères spécifiques. Sous- arbrisseau de 120 à 160 centimètres de. hauteur, tiges cylindriques, rameuses, glabres ; feuilles alternes, trois fois ailées. Fleurs jaunes, formant de grandes ombelles à la partie supérieure des ramifications de la tige. Involucre et involucelle composés d'un grand nombre de folioles simples ou linéaires (Richard).
Parties usitées. La gomme-résine.
Mode cVextraction. Le Galbanum suinte de diverses parties de la plante, pendant la saison la plus chaude; mais pour l'obtenir en quantité plus grande, on coupe les tiges près de terre et on recueille le suc condensé qui s'est écoulé du point coupé. Cette gomme-résine est en larmes ou en masses jaunâtres un peu transparentes, grenues.
Son odeur est forte et pénétrante, sa saveur amèré.
On en connaît deux espèces, le Galbanum mou et le sec : l'un et l'autre peuvent être en larmes ou en masse : c'est à l'huile volatile que l'on doit attribuer les propriétés de cette substance ; M. Pelletier en a retiré G, 34 pour 100 du Galbanum mou.
Les préparations pharmaceutiques sont les mêmes que celles de l'asa fœtida, p. 233.
SAGAPENUM.
Enfin, le Sagapenum ou gomme séraphine ou séraphique, qui est un suc résineux, provient d'une plante de la même famille que les précédents. Le ferula persica n'ayant aucune propriété spéciale, il ne diffère qu'à peine de la gomme ammoniaque et de l'Opopanax.
L'action physiologique de l'Opopanax, du Galbanum et du Sagapenum est de même nature que celle de l'asa fœtida et de la gomme ammoniaque. Leurs propriétés thérapeutiques ne s'en éloignent pas ; seulement elles
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sont moins actives : on devra donc les administrer à doses plus élevées. Si nous indiquons ces substances, c'est surtout pour grossir les ressources du praticien dans les cas où les antispasmodiques mentionnés jusqu'ici auraient trompé son attente. C'est un fait dont on ne saurait trop se pénétrer, que l'utilité de certains agents thérapeutiques, alors que ceux pris dans la même classe et ordinairement efficaces ont complètement échoué, sans qu'il soit possible de fixer à priori ces cas exceptionnels. Murray croit le Galbanum plus actif que la gomme ammoniaque. Il caractérise par la phrase suivante la spécialité de ces deux agents : « In nervinis affectibus (Galbanum) efficacius; vi resolvenie autem ammoniaco cedit. » Sous forme de solution acéteuse il jouit d'une vieille réputation contre les cors aux pieds. Il entre dans la thériaque, le mithiidate, l'orviétan, le diascordium, le baume deFioraventi, les emplâtres diachylum, diabotanum, etc. Depuis une trentaine d'années, et dans plusieurs recueils périodiques, on en a vanté la teinture dans certaines maladies des yeux, ou plutôt dans certains troubles de l'innervation de ces organes et de leur appareil protecteur; en parlant de la valériane nous avons formulé ces indications communes à la classe de médicaments dont nous nous occupons. Dans les ophthalmies atoniques scrofuleuses on peut aussi tirer profit de l'action résolutive incontestable du Galbanum.
Le nom d'Opopanax est un témoignage de l'immense réputation dont a joui celte substance.
Le Sagapenum n'est plus employé. Ces deux médicaments font partie des mêmes composés que le Galbanum, et ont été loués dans les mêmes circonstances. Il est inutile de s'y arrêter.
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Le Musc est une matière odorante que porte le cheirotain porte-musc dans une bourse placée sous l'abdomen en avant du prépuce.
Le chevrotain porte-musc, Moschus moschiferus (L.), est un animal de l'ordre des Ruminants sans cornes, qui habite le Tibet et la Chine. 11 est un peu plus petit que le chevreuil de nos p»ys ; son poil est brun, dur, roide et cassant. Le mâle porte à la mâchoire supérieure deux canines qui sortent de la bouche et constituent deux petites défenses. Il porte, sous l'abdomen, au devant du prépuce, une bourse sébacée dans laquelle se sécrète une humeur concrète qui a reçu le nom de Musc. Le follicule moschifère a environ 5 à G centimètres de longueur sur 14 à i5de circonférence. Il est tapissé en dedans d'un épiderme sec et lisse; la matière sécrétée a même chez l'animal vivant une consistance analogue à celle du suif.
ir.
Le Musc nous est apporté dans la poche même où il a été sécrété, et qui a été séparée de l'animal. On en distingue deux espèces, le tonquin et le kabardin.
Le Musc tonquin est le plus estimé ; il est renfermé dans une poche dont les poils sont petits et roux. Le Musc kabardin est contenu dans des bourses dont les poils sont blanchâtres.
Le Musc, tel qu'on le retire de la poche où il a été sécrété, est d'un brun noirâtre, onctueux, gras au toucher, de consistance et de couleur de sang desséché et mêlé à un corps gras. Il a une odeur excessivement vive, une saveur un peu acre et amère. Pur, il se dissout presque en totalité dans l'eau chaude; il est également soluble dans l'alcool, l'éther, le jaune d'oeuf.
L'analyse y a démontré les principes suivants : ammoniaque, huile volatile, stéarine, oléine, cholestérine, huile acide unie à l'ammoniaque, gélatine, albumine, fibrine
matière soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, chlorhydrate d'ammoniaque, sels divers.
Celte analyse fait voir combien la composition du Musc est compliquée ; il éprouve une altération que les marchands favorisent en le plaçant alternativement dans des lieux humides et dans des vases hermétiqurmont fermés, il se forme ainsi une sorte de savon ammoniacal ou à'adipocire : il est donc probable qu'un grand nombre des substances que l'analyse donne dans le Musc ne sont que des produits d'altération.
Le prix élevé du Musc est une grande cause de sophistilication, et c'est peut-être à ces fraudes qu'il faut attribuer le dissentiment qui existe entre les auteurs sur l'action thérapeutique de cette substance; on y a mé angé du sable, du plomb, du sang desséché, de l'asphalte, etc. On connaît en Allemagne, sous le nom de Musc artificiel,
une résine jaune à odeur de Musc obtenue en traitant de l'huile de succin rectifiée par l'acide azotique; quant au Musc indigène, on a donné ce nom à la fiente de vache desséchée qui a acquis l'odeur du Musc (Bouillon-Lagrange).
Mode d'administration. Le Musc se donne en poudre, sous forme pilulaire, en potion, dissous en partie et suspendu dans un véhicule gommeux.
La teinture du Musc est la seule préparation officinale que prescrive le Codex :
Musc, l part.
Alcool à 80° (3i Cart.). 4
Faites macérer pendant huit jours; passez.
Un certain nombre de substances et notamment le camphre, les amandes amères détruisent d'odeur du musc. On peut tirer partie en pharmacie de cette singulière propriété.
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique.
M. Joerg, qui mérite d'être loué pour les services qu'il a rendus sous un rapport à la Matière médicale, et blâmé pour la vicieuse application qu'il a faite de ses recherches, raconte ainsi les effets physiologiques du Musc : « Cet excitant ne s'est pas montré aussi diffusible et aussi pénétrant que la plupart des auteurs le représentent. Il offre néanmoins un médicament énergique qui produit des effets excitants sur le canal intestinal, et particulièrement sur le cerveau, comme on doit le conclure des phénomènes qu'il détermine chez l'homme sain, tels qu'éructation, pesanteur dans l'estomac, appétit diminué ou augmenté, sécheresse dans l'œsophage, vertiges, douleurs gravatives de la tête. Les effets secondaires du Musc, qui sont bien plus sensibles sur l'encéphale que sur le tube digestif sont: bâillements étendus et fréquents, envie de dormir, sommeil long et profond, abattement de tout le corps. Puisque le Musc excite tout le système nerveux, comme cela a lieu chez des sujets très-sensibles, son action se transmet aussi aux muscles et détermine des tremblements, ou même des convulsions, lorsqu'il a été pris à hautes doses. Il augmente en outre l'activité du système circulatoire en accélérant le pouls et le rendant plus plein. C'est donc avec raison qu'on le range parmi les excitants généraux; mais son actionibrte sur le cerveau exige qu'on l'emploie avec précaution. » Partant de ces données, M. Joerg institue la thérapeutique du Musc.
Nous avons pris du Musc aux doses indiquées par M. Joerg. Pour être sûrs de la validité du résultat, nous nous sommes assurés de la pureté du médicament. Il nous a été fourni par M. Blondeau, qui, avec M. Guibourt, a publié sur l'histoire chimique de cette substance un important travail inséré dans le Journal de pharmacie, et qui nous a assuré posséder le
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Musc tonquin le plus vierge qu'il fût possible d'obtenir. Son odeur, qui n'est comparable à rien, se rapproche plus de celle du camphre et de l'élher que de toute autre : c'est une odeur fortement musquée, voilà tout ce qu'on en peut dire. Sa saveur est légèrement amère, désagréahle, en partie effacée par l'intensité de l'odeur. Comme effet direct, le Musc nous a produit un léger sentiment de chaleur à Pépigastre, et bientôt dans tout l'abdomen, sans colique ni dévoiement, sans la plus faible nausée, puis bientôt une sensation insolite de faim, un besoin réel de manger.
Après deux ou trois heures, s'est fait sentir un mal de tête occupant surtout les tempes et l'occiput, mal de tête plutôt nerveux que le résultat d'une congestion sanguine ; car le système circulatoire est resté très calme; puis quelques vertiges, et enfin un peu plus tard une assez vive excitation des organes génitaux. Nous n'avons éprouvé ni sommeil, ni sueurs, ni aucun des autres phénomènes nerveux et sanguins mentionnés par M. Joerg. Nos excrétions ont exhalé une faible odeur de Musc, et cela indépendamment des circonstances signalées par cet auteur comme pouvant induire en erreur sur ce point.
Historique et action thérapeutique.
Les médecins grecs et arabes ne paraissent pas avoir connu le Musc. On lit partout que, le premier, Aëtius en a parlé. Nous voulons bien le croire, parce que cela nous importe peu ; mais il ne nous a pas été possible d'en trouver la trace dans le bel et important ouvrage de cet auteur. Au commencement du seizième siècle, l'éloge du Musc fut fait par Salomon Albertus, mais d'une manière si pompeuse, qu'elle met tout de suite en défiance. Qu'on en juge par ce début: « Zibetho vero longé prœstabilior (Moschus), ità me hercule necessarius, ut si usurâ ejus medicinam orboveris, ipsa protinhs mutila sit ac deminuta. » A côté de fables et d'hypothèses fort curieuses sur 1 histoire naturelle de cette substance, on y trouve pourtant quelques détails thérapeutiques qui ne laissent pas que d'intéresser et de servir à rendre plus unanime ce qui peut rester de fondé et d'acceptable sur les propriétés de ce médicament.
C'est d'abord dans l'hystérie et tout son cortège qu'a été constatée son utilité : Utero imprimis, qui otnni tempore spasmis enormibus stibjectus^ pergratum. C'est dans les ouvrages de Platéarius, de Zacutus et d'Amatus Lusitanus, qu'il faut voir les prodiges opérés par le Musc. Les observations de Lud. Mercatus sont moins concluantes. Elles portent sur des lésions organiques, sur des prolapsus de la matrice; et il fallait la foi toute fanatique de ces observateurs dans les théories qu'ils avaient reçues des médecins grecs, pour croire qu'à l'odeur du Musc l'utérus réellement abaissé allait reprendre sa place derrière le pubis. Mais tous ils avaient remarqué ce qui de nos jours est encore observé, savoir qu'à certaines femmes nerveuses le Musc donne des spasmes hystériques : Aà ejusdem odore naribus hausto, fœminas tit plurimùm in suffomiiomm hystericani incidere ; cir-
constance importante et qui rend bien difficile l'emploi de ce remède, car il est impossible de savoir à priori quelles femmes il jettera dans les spasmes , quelles femme il en délivrera. Quibusdam mulieribus uteri provocalionem adfert, aliis contrà hancmirè prodest. Rien de cela n'avait échappé à Junker, qui ne fait pas de difficulté pour le ranger parmi les causes occasionnelles de l'hystérie.
Les auteurs que nous avons cilés plus haut l'employaient en emplâtres sur l'hypogastre et au haut des cuisses,' en même temps qu'ils approchaient des parties supérieures du corps les odeurs les plus fétides: par le premier de ces artifices, ils attiraient ou contenaient à sa place l'utérus séduit par le parfum du Musc, et par le second, ils le forçaient, à cause de son horreur pour les miasmes dont ils l'affectaient, à quitter la poitrine et la gorge, cette ascension constituant suivant eux toute l'hystérie. Utero enim valdè gratus ; quare emplastrum ex moscho ad retinendum uterum furentem umbilico imponere. Quee dùm fïunt, graveolentia simnl naribus admovere, etc., etc. On est étonné de voir le célèbre Rivière professer encore cette opinion, et recommander le Musc dans le même but.
De tous les faits tendant à démontrer l'efficacité du Musc dans l'hystérie, il n'en est pas de plus probants, en apparence, que ceux rapportés par P. Forestus dans son chapitre De mulierum morbis. Je dis qu'ils sont concluants, parce qu'à côté de la médication se trouve le diagnostic le plus précis. Ensuite l'effet est si prompt, si complet, si inespéré, que le doute est impossible, si l'on ne tient pas grand compte d'un petit fait que nous exposerons après avoir rapporté les observations merveilleuses de Forestus.
D'abord, c'est une jeune tille chez qui 1 hystérie n'est pas méconnaissable aux traits suivants : Audiebat quidem, sed non poterat loqui , et licet non loqueretur, subindè plorabat, rursùs ridebat, etc. Qu'on nous permette ici, comme hors-d'œuvre, de faire remarquer dans la passage suivant le germe de la théorie, ou plutôt la théorie tout entière de l'hystérie donnée par Forestus, ce qui n'affaiblit en rien le mérite de l'auteur, M. Dubois (d'Amiens) qui, de nos jours, l'a reproduite et l'a développée de la manière la plus satisfaisante : Videbatur [puella] laborare ex tetro vapore sursùm {ex utero) elato per spinse membranas et nervos ad cerebrum. L'emploi des moyens les plus héroïques avait été infructueux , on ne savait plus que faire : pro deploratâ habebatur; enfin dit Forestus, coacti fuimus suadere ut aliqua mulier digito in hoc liquore immerso (une mixture avec le Musc) vutvam intus confricaret , etc. L'accès fut presque aussitôt calmé. Une autre observation est encore celle d'une jeune tille très-sujette à l'hystérie : Forestus fut appelé, l'attaque durant déjà depuis longtemps : Adeo violenta, dit-il, ut pro semi-mortuâ haberetur: anhelitum trahere non poterat frigidum exsudabat, totumque corpus quasi convellebatur, utero ad superiora retracto. Forestus eut recours au moyen qui lui avait si bien réussi : Vix digito imposito in vulvam cum confricatione, ad miraculum ad. se rediit, et ab orci faucibus quasi erepta est.
Nous avons fait sentir plus haut que ces observations étaient moins pé-
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remptoires qu'elles ne le paraissent. En effet, la médication de Forestus est très-complexe. Elle se compose du Musc, mais plus encore, et c'est ce que n'a pas su dégager Forestus, de l'introduction du doigt dans la vulve; introduction complexe elle-même, car elle avait lieu cum confricatione. Or cette seule opération est très-propre, comme nous allons le voir, à réveiller une hystérique.
Dans la passion hystérique, les fonctions cérébrales et le moi ne sont pas abolis; ils ne sont que maîtrisés, subjugués par l'empire de l'utérus, sous l'influence duquel sont alors les foyers de l'innervation locomotrice, ce qui explique l'irrégularité des mouvements musculaires ordinairement soumis à la volonté. Mais qu'une sensation forte de joie, de douleur, d'effroi, de surprise, etc., vienne alors avertir la femme d'un danger qui menace l'économie et fasse appel à des instincts puissants, et de suite la volonté et ses organes reprennent leurs droits, et ce triomphe de la vie intellectuelle amène aussitôt la fin de l'accès. Quiconque se sera philosophiquement rendu compte des phénomènes de l'hystérie et en aura scrupuleusement suivi la filiation, partagera cette théorie déjà clairement entrevue par les médecins du dix-septième et du dix-huitième siècle. Or, croit-on que le singulier procédé de Forestus, ne soit pas bien capable de provoquer chez une jeune fille la réaction conservatrice dont nous venons de parler, réaction nécessairement liée à un sentiment de pudeur irrésistible que la surprise vient encore fortifier?
Comment Forestus ne s'était-il pas expliqué la puissance de cette influence sur les hystériques, lui qui, dans d'autres observations, rapporte que des femmes ont été guéries de leurs accès par la même manœuvre sans le secours du Musc et par l'arrachement des poils du pubis , procédé que du reste il flétrissait avec raison comme plus qu'inconvenant? Les faits de Forestus, tant invoqués par ceux qui ont préconisé le Musc, sont donc sans la moindre valeur.
On objectera, ce qui du reste paraît prouvé, qu'un tampon de charpie imbibé de laudanum et porté sur le col de la matrice, au fort d'un accès d'hystérie, suspend assez souvent celui-ci. Nous ne le nions pas ; mais on peut faire à cette Médication, d'ailleurs fondée en raison, les reproches que nous venons d'adresser à Forestus.
Qu'on nous pardonne cette discussion et la longueur des citations à cause de l'importance du sujet, et surtout parce que, privés d'expérience personnelle sur les effets du Musc dans 1 hystérie, nous avons voulu y suppléer en appréciant celle des autres.
Nous serions désespérés que quelque médecin s'oubliât au point d'abuser de la révélation que nous venons de faire sur l'influence du procédé de Forestus dans l'hystérie, et osât l'appliquer. Nous n'écrivons pas un Traité de Morale, mais il est pourtant permis, dans l'occasion, d'en rappeler les lois qui dominent tout autre intérêt.
Tâchons maintenant d'apprécjer la valeur du Musc dans une affection
où, sans beaucoup plus de raison, il n'a pas été moins vanté : je veux parler du typhus. Le docteur Marcus, médecin allemand, ancien sectateur de Brown, converti à l'organicisme par la lecture de Bichat, et qui a précédé l'auteur des Phlegmasies chroniques dans l'idée de regarder la fièvre comme étant toujours le résultat de l'inflammation, le docteur Marcus, dis-je, s'est beaucoup servi du Musc dans le typhus : il a publié sur ce sujet un travail où de nombreuses observations semblent venir à l'appui de ses théories.
Pour lui, le typhus dont il a été témoin est une encéphalite; mais qu'entend-il par encéphalite? Tous les cas de guérison qu'il rapporte se sont terminés sans exception (qu'on remarque bien ceci) le septième, le quatorzième, ou le vingt et unième jour par des évacuations critiques. Chez quelques-uns, après le vingt et unième jour, a persisté une fièvre intermittente qui a toujours cédé au quinquina. La marche de la maladie était celle d'une fièvre dothinentérique revêtant la forme inflammatoire et nerveuse, comme cela se voit si souvent. Les individus étaient pris de frissons intenses, de chaleur, de fièvre vive; il s'y joignait bientôt des phénomènes de délire ou de coma, une céphalalgie intense, une grande stupeur, en un mot tout le cortège des affections typhoïdes. On débutait ordinairement par des saignées, puis venaient les antispasmodiques, et au premier rang le Musc. Si la maladie était une dothinentérie bénigne [synoque simple), et qu'on eût donné le Musc le cinquième ou sixième jour, comme elle se jugeait le septième, on en faisait honneur au traitement. Si, à la fin de ce premier jour, on n'avait que la rémission commune aux dothinentéries qui parcourent deux ou trois septénaires, cette rémission n'en était pas moins regardée comme un effet de la Médication. Nous en dirons autant pour les terminaisons du quatorzième et du vingt et unième jour, qui se sont faites comme elles devaient se faire, suivant les lois qui règlent Ja marche de cette maladie en dépit de toutes les Médications.
La terminaison par la mort a eu lieu deux fois le onzième jour, malgré le Musc, la rémission du septième jour ne s'étant pas montrée ; une fois le vingt- deuxième jour, une autre au bout d'un mois, toujours malgré le Musc, et parce que les dothinentéries ne peuvent pas toutes guérir. Dans tous les cas où l'époque et le mode de la conclusion fatale infirment encore le diagnostic du docteur Marcus, le ventre n'est pas ouvert, on ne regarde que l'encéphale, qui est toujours trouvé congestionné. Voici l'encéphalite.
Il n'y a, dans ce travail, qu'un seul cas qui soit une affection idiopathique du cerveau; mais alors, comme on le sait bien, ce n'est pas un typhus. Il appartient à un vieillard de soixante et un ans, qui, après un coup de cruche reçu sur le crâne, eut un érysipèle ambulant auquel il succomba, et l'autopsie fit voir une phlegmasie des méninges qui ne fut pas plus docile au Musc que les dothinentéries avec lesquelles on l'a confondue. L'ouvrage du docteur Marcus ne prouve donc ni pour ni contre l'efficacité du Musc; seulement, il sert merveilleusement à fortifier nos idées sur
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la nature de fièvres graves, continues, qui ne sont pas plus une encéphalite qu'une gastro-entérite, qu'une hépatite ou une splénite, mais une maladie sur la nature de laquelle ce n'est pas ici le lieu de disserter, et que le médecin n'est guère plus maître de juguler qu'une variole ou un exanthème grave quelconque.
Les observations de Mertens, qui fit usage du Musc dans la peste de Moscou et dans la fièvre catarrhale épidémique qui précéda, sont plus concluantes que celles de Marcus; mais c'est que Mertens était un observateur de la grande école hippocratique, un émule de l'illustre Stoll; qu'il ne prétend pas couper par le milieu une fièvre grave, et se proposait tout simplement de combattre par le Musc les accidents nerveux qui entravent si puissamment la marche des affections typhoïdes. Nous en dirons autant des deux Franck.
Nous arrivons à un point beaucoup plus important, et où il nous sera permis d'affirmer pour notre propre compte : il est question de l'emploi du Musc dans certaines pneumonies avec délire, de celles que les anciens appelaient ataxiques, malignes. C'est il Récamier qu'on doit les premiers faits de ce genre.
Pour quiconque a bien apprécié ces faits, les antispasmodiques, en général, étaient indiqués, et ici le Musc a plus spécialement réussi. Mais ce point de pratique est sérieux et vaut la peine que nous le discutions avec l'importance qu'il mérite.
L'observation la plus décisive de l'habile praticien que nous venons de nommer, est surtout remarquable par un caractère apparent de diathèse pléthorique et inflammatoire rebelle aux émissions sanguines portées le plus loin possible sans la plus légère modération dans les symptômes qui les avaient motivées. Ces symptômes semblaient, au contraire, s'exaspérer sous l'influence des moyens qui les réduisent ordinairement. Le délire survint avec des signes d'adynamie et d'incohérence nerveuse; le Musc fut donné, et au bout de deux jours, la malade (femme enceinte de deux mois) fut exempte de tout danger.
Un autre cas appartient à un vieillard pris tout à coup d'une violente pneumonie. 11 parut d'abord bien supporter les émissions sanguines, puis, soudainement, il tomba dans un collapsus extraordinaire avec délire et ataxie. Le Musc prescrit d'abord sans succès, on administra quelques cuillerées de café, qui excitèrent un peu l'organisme; après quoi, le Musc trouvant son opportunité, le malade qui semblait voué à une fin prochaine, recouvra promptement la santé.
Dans ces deux cas, les phénomènes locaux de la pneumonie n'ont disparu que plusieurs semaines après la guérison de l'état général qui constituait à lui seul toute la gravité.
Ces observations sont confirmées par trois autres non moins concluantes publiées dans la Bibliothèque médicale (année ÎS4-8) par M. Jacquet, sous
le patronage de Récamier. Elles ne laissent rien à désirer pour la précision du diagnostic, la spécialité des symptômes généraux dans leurs rapports avec une Médication antispasmodique, et le succès immédiat et incontestable de cette Médication.
Nous pouvons augmenter de plusieurs cas le nombre des succès du Musc dans les pneumonies ataxiques. C'est d'abord un homme pris dans un état d'ivresse d'une pneumonie très-aiguë. Saigné plusieurs fois en ville, il entra délirant à l'Hôtel-Dieu, bien que la gravité des phénomènes nerveux ne fût pas suffisamment expliquée par l'intensité de la lésion locale. Les antimoniaux furent sans aucune prise; tous les élèves avaient jugé le cas mortel. Le Musc fut prescrit, et le lendemain le malade entrait en convalescence. Quelque temps après, nous eûmes encore l'occasion d'employer le Musc chez une jeune fdle qui, affectée d'une pleuro-péripneumonie médiocrement intense comme lésion pulmonaire, avait vu, sous l'influence des antiphlogistiques et des antimoniaux, s'accroître la susceptibilité nerveuse qu'elle présentait déjà à son entrée à l'hôpital, puis cet état se changer en un délire violent et ataxique dont le Musc triompha rapidement. Nous ne citerons que ces deux exemples de notre pratique.
Nous savons bien que M. le professeur Chomel a voulu en appeler à l'expérience clinique pour infirmer ces résultats; mais c'est ici le cas de ne pas oublier le principe si sage dont il s'efforce de pénétrer ses élèves : c'est qu'un résultat thérapentique n'a de valeur scientifique que celle que lui donne une exacte appréciation de la nature de la maladie. Nous ajoutons qu'il ne s'agit pas ici du diagnostic qu'on n'obtient que par le stéthoscope et le plessimètre, et que cette connaissance n'est que peu de chose si elle n'est dominée par celle de l'état de la constitution du sujet.
Ceci nous oblige à distinguer dans la pneumonie plusieurs sortes de délire :
1° Celui qui dépend de l'intensité de la fièvre péripneumonique, et qui prouve seulement que le cerveau partage l'excitation fébrile de tous les appareils. Il est peu commun, si ce n'est pendant la nuit, lorsque les malades s'assoupissent. On l'observe ou on peut l'observer dans toutes les maladies aiguës avec fièvre, car il n'a rien de spécial. A coup sûr, un tel délire ne sera pas modifié par le Musc, parce que cet agent est sans puissance contre la fièvre inflammatoire péripneumonique elle-même, et que le délire cédera aux moyens qui enrayeront celle-ci.
2° Délire lié à la suppuration du parenchyme pulmonaire, et probablement du même genre que tous les délires produits par les infections purulentes. C'est de celui-là qu'on peut dire avec Hippocrate :c(,4 peripneumonia phrenitis malum; » il est presque constamment funeste, indépendamment de l'étendue de la pneumonie : le Musc ne saurait l'atteindre.
3° Un délire causé par une ou plusieurs complications pblegmasiques siégeant ailleurs que dans la poitrine, et méconnues du praticien : ce cas rentre dans la première variété.
4° Un délire dépendant plutôt de la malignité de la cause de la pneumo-
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nie que de celle-ci. Il se rencontre dans les pneumonies produites par des empoisonnements, soit que le poison appartienne à la matière médicale, soit qu'il consiste dans des miasmes morbifiques venus de l'atmosphère, soit encore qu'il ait été engendré au sein de l'économie. Ici, la pneumonie et le délire sont des effets de la même cause. Cela se voit dans les pneumonies qui compliquent les fièvres putrides, la morve aiguë, etc., etc., les empoisonnements par les substances âcres, etc. Le Musc ne trouve pas là encore son indication:
5° Enfin, c'est un suMelirium avec défaut d'harmonie entre les différents symptômes, et prédominance des accidents nerveux qui sont sans rapport évident avec l'inflammation du poumon. Cet état ataxique s'accroît sous l'influence des antiphlogistiques ou des antimoniaux : la respiration est sans fréquence extraordinaire, la fièvre n'a rien d'excessif; à n'en juger que par l'auscultation, la pneumonie est peu grave, et cependant la résistance vitale défaillante, désordonnée, s'affaisse tout à coup, et le malade meurt. Voilà Vataxie, voilà la malignité.
Ce qui caractérise cette espèce de délire, c'est l'impossibilité de le rattacher à quelque état matériel connu soit des fluides, soit des solides. Et véritablement, nous pensons que ce serait perdre son temps que d'en chercher la condition ou la cause dans un pareil état. Cependant, c'est dans les pneumonies du sommet qu'on observe le plus généralement ce délire. On sait que cette phlegmasie, quand elle est commune et franche, ne débute ordinairement pas par la région supérieure des poumons. La pneumonie du sommet est donc bien une variété spéciale et très-importante. Le délire n'est pas la seule anomalie qui s'y rencontre, car le siège que l'inflammation occupe primitivement est déjà une première irrégularité. Il est si vrai qu'il y a un lien quelconque, bien qu'inconnu dans sa nature, entre la singularité de ce siège et les accidents généraux, que lorsqu'une pneumonie de la base gagne de proche en proche le sommet du poumon, on ne voit pas survenir alors les phénomènes graves et étranges propres à la pneumonie du sommet. Mais cette première anomalie en entraîne ou en suppose d'autres. Ainsi, la pneumonie du sommet est souvent centrale, L'absence d'inflammation pleurale qui en résulte enlève à la maladie un de ses symptômes ordinaires, le point de côté. Si l'on ajoute que l'expectoration manque plus souvent que dans les pneumonies franches, que la dyspnée y est aussi moins apparente, que le délire, les symptômes ataxiques attirent l'attention du médecin vers les centres nerveux ou vers l'idée d'une maladie générale, on comprendra que la pneumonie du sommet mérite une description à part, et dès lors, présente des indications thérapeutiques toutes particulières.
C'est vraisemblablement dans des conditions préexistantes chez le sujet, qu'il faut chercher la raison de toutes les anomalies de la pneumonie du sommet. Le danger de cette variété de la pneumonie réside donc bien moins dans son étendue ou dans son siège que dans une atteinte profonde portée à la résistance vitale. C'est là qu'est le péril, car peu de pneumonies
présentent une aussi faible lésion locale, et le malade peut succomber avant la suppuration. Le délire ne doit pas davantage être accusé de la terminaison funeste. Ce symptôme n'a en effet, par lui-même, de gravité que celle de l'état qu'il révèle, comme par exemple, une méningite, une disposition typhoïde, la présence d'un poison morbide. Dans le cas de pneumonie du sommet, il représente trop souvent une perturbation du centre des opérations animales, laquelle parait traduire un affaiblissement et un désordre profonds de la vie, comme dans les fièvres graves, dans les maladies pernicieuses. Il convient alors d'associer le Musc au quinquina ou au sulfate de quinine. Mais les cas où le Musc fait tomber le délire et rend la pneumonie à sa marche simple et à une terminaison naturelle, sont les cas où le délire ne fait que manifester un trouble purement nerveux de l'encéphale qui complique d'une manière effrayante la maladie locale. Telle est, pour nous résumer, la véritable indication du Musc, celle qu'il a la propriété de remplir spécialement.
C'est donc dans cette dernière forme de délire, dans celle que nous appelons ataxique, que se trouve l'indication du Musc; or l'observation de M. Choinel appartient aux formes que nous avons exclues, comme on peut s'en convaincre en la lisant (Lancette française, H, 397), et ne nous semble en rien infirmer la valeur de celles que nous avons rapportées, car elles n'ont rien de commun.
Deux faits publiés dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales sont venus confirmer tout ce qui précède, et prouver, contre les dénégations obstinées de quelques professeurs de clinique, la vertu du Musc dans les cas que nous avons pris soin de caractériser.
M. le docteur Thibeaud, médecin fort distingué de Nantes et professeur de clinique interne à l'école secondaire de cette ville, en a rapporté un exemple très-remarquable et suivi de réflexions pleines d'intérêt, dans le numéro de novembre du journal cité plus haut. Après les médications antiphlogistique, contro-stimulante et révulsive les plus énergiques, M. Thibeaud, voyant le délire augmenter d'une manière effrayante avec d'autres signes du plus funeste augure, se mit à administrer le Musc en désespoir de cause.
Peu de temps après l'ingestion de 4 à 5 déeigrammes (8 à 40 grains), le malade fut progressivement conduit à un assoupissement de bonne nature.
Les grandes fonctions de l'économie, les fonctions neigeuses et circulatoires, qui sont en quelque sorte les mesures de la puissance vitale, se rétablirent rapidement et avec une admirable régularité. La solution complète de la phlegmasie du poumon, qui avait été entravée par l 'apparition des désordres nerveux, se fit avec facilité, l'expectoration devint abondante et catarrhalc,et rien ne vint plus troubler le retour vers la santé. (Loc. rit.)
M. Thibeaud ajoute qu'un de ses collègues, M. Padioleau, lui a communiqué une observation du même genre.
Dans le cahier du mois de septembre du même journal, M. le docteur
MUSC. 251
Roche fils, ancien aide de clinique de la faculté de Strasbourg, cite un cas analogue au précédent. Un grain de Musc en pilules, toutes les heures, fut administré quarante-huit heures après la manifestation d'un délire violent, etc. Le même état de somnolence et de sédation profonde du système nerveux suivit cette médication. Le malade prit 1S grains de Musc en trois jours.
Il y a près de quatre-vingts ans que Michel Sarcone réprima victorieusement, à l'aide du même moyen, le délire et une excitabilité funeste qui se développaient chez quelques-uns de ses malades dans la terrible épidémie deNaples,'dont il nous a laissé la relation si remarquable à plusieurs égards.
a Quand il y avait menace de délire, dit-il (t. II, p. 240), et qu'il paraissait dans l'ensemble des symptômes une sensibilité manifeste, à laquelle il se joignait de l'insomnie et un trouble extrême dans les affections, les seuls remèdes qui convenaient alors étaient ceux qui pouvaient introduire dans la machine un principe de calme et de repos. Or on ne peut assez louer dans ce cas l'avantage que procurait à nos malades l'emploi des doux calmants et des narcotiques prudeniment administrés.
» Tel était surtout le Musc odorant, qui jouissait de la plus grande efficacité pour adoucir et réprimer ce principe de sensibilité convulsive qu'on voyait dominer chez quelques-uns à un degré très-éminent. Ceux-ci tombaient d'abord dans un engourdissement agréable et inespéré, puis passaient par degrés au repos, à l'assoupissement, au sommeil; leur pouls acquérait une certaine ondulation régulière ; la respiration devenait moins suspirieuse. S'il arrivait quelquefois qu'on n'eût pu éviter le délire, celui-ci ne fut certainement pas aussi véhément qu'il avait menacé de l'être par l'activité des symptômes réunis, ni ne parvint jamais à ces dangereuses extrémités auxquelles il arrivait chez ceux chez lesquels cette drogue, par je ne sais quels préjugés malentendus, ne fut jamais employée ou ne le fut que tard. »
Il est important de noter que le délire qui, dans la péripneumonie, cède à l'usage du Musc, n'est pas invariablement le symptôme d'un état de malignité et de tendance fatale insidieuse. Il arrive quelquefois, dans la pneumonie, qu'un délire apparaisse purement nerveux, comme maniaque, une sorte de frénésie enfin, indépendamment de cette dissociation et de cette ataxie funestes que nous avons signalées plus haut. Le cerveau est dans un violent état d'excitation, les malades s'agitent, veulent se lever, déraisonnent avec une vivacité furieuse , absolument comme s'ils étaient dans la période d'expansion et de réaction de l'inébriation alcoolique. Cette espèce de délire, de transport au cerveau, de fièvre chaude, comme on dit, se développe quelquefois dans le cours de la péripneumonie chez les ivrognes. La résistance vitale ne fléchit pas, on ne peut pas dire qu'il y ait ataxie, et néanmoins la saignée n'apaise pas cette exaltation cérébrale et cette insomnie délirante. Le Musc, au contraire, y réussit bien. Ici ce n'est pas le quinquina, mais l'opium qu'il faut associer au Musc.
L'opium seul y est même fort efficace. Ces cas ne sont pas toujours sans gravité.
Sarcone avait aussi observé cela. « L'opium administré avec sagesse et modération tendait au même but. Toutefois, je dois convenir que quoique je m'en fusse tenu à lui durant les piemières semaines de l'épidémie, néanmoins, comme j'avais observé qu'il était extrêmement difficile d'en pouvoir parfois prescrire les doses précises et convenables, et capables d'opérer seulement autant qu'il le fallait, et rien de plus, enfin exactement conformes aux degrés du besoin, vers la fin d'avril j'en abandonnai l'usage pur, et je me déterminai absolument à l'emploi du Musc odorant, que je trouvai toujours de plus en plus un remède et plus sûr et non moins efficace. »
Nous avons pu observer tout récemment, dans les salles de M. Rayer, à l'hôpital de la Charité, un cas de péripneumonie avec délire, cas trèsgrave, et dont le pronostic n'était rien moins que favorable. Les saignées n'avaient aucune influence sur cette complication, qui disparut merveilleusement devant quelques grains d'opium. Nous sommes persuadés que le Musc n'aurait pas eu un moins bon effet. Sarcone en conseille l'association.
« Je crois, dit-il, nécessaire d'avertir ici que, dans cette espèce de délire qui était le produit d'une augmentation de sensibilité, loin que l'on pût regarder comme suspect un remède qui, dans sa propriété de causer le sommeil, paraît recéler celle d'emplir et de charger de sang les viscères de la tête, je puis assurer, au contraire, que c'était dans cette classe de vice l'unique moyen capable de produire et d'exciter le sommeil. C'est pour cette raison que nous fûmes souvent obligés d'avoir recours à l'union de l'opium avec le Musc, surtout quant il se joignait à l'excès de sensibilité des veilles fatigantes et opiniâtres. »
Il résulte de ces faits, et de la discussion qu'ils ont provoquée, que certaines péripneumonies dont la marche paraît entravée par un état nerveux grave, se résolvent si, après avoir suffisamment déféré à l'indication de la saignée, on sait lever l'obstacle par le moyen thérapeutique qui se trouve alors dans un rapport électif avec la situation du malade. Ce moyen, ici, c'est le Musc, dont l'administration en pareil cas exige quelques règles indispensables.
On peut en prescrire jusqu'à 1 gramme et plus par jour, mais à doses filées, comme le dit Récamier, c'est-à-dire en distribuant les 20 grains en cinq pilules, dont une est donnée toute les heures, et en continuant ainsi jusqu'à ce qu'on obtienne une rémission des accidents, ce qui a lieu ordinairement au bout de huit ou dix heures au plus; après quoi, d'après Récamier, il ne faut plus compter sur les effets, qui sont prompts ou nuls. Ce profond observateur a eu encore à s'en louer dans d'autres phlegmasies que les péripneumonies, lorsque survenait la même complication ataxique ; et cela ne doit pas étonner, puisque le Musc n'a pas d'action spéciale sur les poumons enflammés,
MUSC
Nous ne nous amuserons pas à discuter sur ce qu'on a dit des avantages du Musc dans l'épilepsie, parce que nous n'y croyons pas, malgré l'autorité de Haller, Van Swieten et Tissot. Quant au fait inséré dans les Transactions philosophiques et tant de fois cité pour prouver la vertu du Musc dans l'hydrophobie, il ne signifie qu'une chose, savoir que la rage résiste à tous les remèdes. Il a été employé dans le tétanos avec succès, dit-on. Warner, Salomon Albertus ne tarissent pas sur ses propriétés contre les spasmes, le hoquet, la dvsphagie, et toutes les maladies nerveuses. On lit dans les Mémoires de l'institut de Cologne la relation de quelques faits qui paraissent confirmer ces prétentions.
Il y a dans l'ancienne Bibliothèque médicale un fait fort curieux de l'heureux emploi du Musc dans une maladie composée A" attaques apoplectiformes, avec hémiplégie du côté droit, lesquelles cessaient, ainsi que la paralysie, pour revenir bientôt, et semblaient devoir, par leur aggravation, causer prochainement la mort de l'individu. M. Alibertciteun cas de succès dans une fièvre dont les phénomènes, dit-il, étaient nerveux. «Je prétends que le Musc, dit Cullen, est un des plus puissants antispasmodiques que nous connaissions. » Nous voudrions qu'il nous eût été donné de pouvoir administrer ce médicament dans les cas que spécifie le célèbre nosologiste. Il est impossible de ne pas y ajouter une certaine confiance; ces cas sont ceux de goutte déplacée et fixée sur quelque viscère important; or Cullen jugeait à merveille cette maladie, et ce qu'il en dit est très-favorable au Musc. C'est en pareille occasion que Pringle dit aussi l'avoir trouvé trèsefficace. Cabanis, qui en était persuadé, le donna pourtant à hautes doses à Mirabeau qui lui paraissait succomber à une affection de ce genre portée sur le diaphragme et le péricarde.
Nous n'en finirions pas si nous voulions citer tout ce qui a été dit de moins intéressant sur le Musc; nous n'ajouterons qu'une chose, c'est qu'à cause de son effrayanté cherté, de la persistance étonnante de son odeur désagréable et très-fàcheuse pour certaines personnes, il faut le plus possible en restreindre l'emploi, ne l'administrer qu'alors que les agents de la matière médicale reconnus pour avoir des effets analogues auront été impuissants, et le réserver surtout pour les cas de pneumonie dont nous avons parlé, et encore pour ceux de goutte remontée, comme le veut Cullen. On pourait peut-être trouver à utiliser son action aphrodisiaque.
Pour nous résumer, nous dirons que le Musc nous semble surtout rencontrer ses indications dans les accidents nerveux graves qui compliquent d'autres maladies et sont associés à ces maladies, non comme effet direct, comme symptôme, mais comme élément susceptible d'être attaqué à part. Nous ajoutons que ces maladies sont presque toutes inflammatoires, et que les accidents nerveux qui peuvent s'y lier et que nous regardons comme réclamant l'emploi du Musc, portent presque toujours sur les fonctions encéphaliques, et consistent surtout dans le subdelirium, le coma vigil et ces palpitations musculaires et fibrillaires qui donnent lieu aux soubresauts, à l'agitation des muscles du visage, avec un regard in-
certain et étonné, rien de tout cela n'existant en proportion des accidents inflammatoires locaux ou fébriles, et ne pouvant se rattacher à une infection générale.
Mode d'administration et doses.
Cullen assure que le Musc est d'autant plus actif qu'il est plus odorant, et recommande de le donner en substance. Les médecins russes et allemands en portent la dose jusqu'à 4 grammes (1 gros) en vingt-quatre heures. Nous croyons qu'on fera bien de l'administrer en pilules de 20 à 25 centigrammes (4 à 5 grains), comme nous l'avons indiqué plus haut, et de porter ces pilules jusqu'à quatre ou cinq dans les vingt-quatre heures. On peut aussi le donner, comme Fuller, en julep à la même dose; il entrait dans les confections d'alkermès et d'hyacinthe, dans la poudre réjouissante de la pharmacie de Paris, ainsi que dans une fouie d'autres préparations. (V. Pharmacopée univers, de Jourdan.)
Un grand nombre de plantes possèdent une odeur de Musc très-prononcée, nous citerons la sovmboul, racine d'ombellifère dont l'origine certaine est inconnue; le centaurea moschata, le mimidus moschatits, ïadoxa moschatellina, le malva moschata, etc., etc., mais ces plantes ne paraissent posséder aucune des propriétés du Musc.
CASTORÉUM.
MATIÈRE MÉDICALE
Le Castoréum est une substance sécrétée par deux glandes situées dans les poches préputialea du Castor.
Le Castor, Castor fiber, est un animal de la iamillo des rongeurs. C'est un animal amphibie, un peu plus gros que le chat domestique. Sa téte est arrondie, obtuse, ses oreilles courtes, ses doigts séparés, sa queue est large, plate, recouverte d'écaillés.
De chaque côté du cloaque, où viennent aboutir l'anus et les organes génito-urinaires, sont deux paires de poches glanduleuses, dont la supérieure, seule contient le Castoréum. Des glandes placées en dehors de ces poches y versent l'humeur qu'elles sécrètent; ce sont es poches qui séparées de l'animal et remplies de l'humeur qu'elles contiennent, prennent, dans le commerce, le nom de Castoréum.
Le Castoréum du commerce se présente sous la forme de deux masses piiiformes, allongées, un peu comprimées latéralement, se réunissant ensemble par une anse plus étroite, ce qui leur donne quelque ressemblance avec une besace; leur couleur extérieure est d'un brun sale -, si l'on coupe une de ces poches en travers, on voit qu'elle forme une masse compactecommc marbrée;
ce sont des plis qui s'élèvent de la surface interne de la poche et qui, interposés entre l'humeur desséchée et jaunâtre, donnent cette apparence marbrée. Cette humeur desséchée est quelquefois tout à fait solide et comme résineuse, d'autres folsencore, molle et analogue à la cire, quand ei le est plus récente. Sa couleur ett jaune et brunâtre; son odeur est forte, elle tient à la fois de celle du bouc et de celle du musc; sa saveur est acre et amère (Richard).
On connaît le Castoréum de Sibérie et celui du Canada; le premier, plus estimé, est celui que nous venons de décrire; il possède une odeur caractéristique de cuir de Russie que M. Guibourt attribue à l'écorce de bouleau dont se nourris.-ent les Castors. Celui du Canada et des autres parties de l'Amérique est contenu dans des poches plus petites, minces, oblongues et très-ridées ; il répand une odeur de résine toute particulière attribuée aux écorees de pins et de sapins dont ces animaux font leur nourriture; d'après M. Kohli, le Castoréum du Canada, traité par l'eau distillée et l'ammoniaque, donne un précipité orangé, tandis que celui de Sibérie fournit un précipité blanc.
CASTORÉUM.
Le Castor de Sibérie et celui du Canada constituent deux espèces distinctes qui diffèrent aussi de l'espèce que l'on trouve encore quelquefois en France et qui est connue sous le nom de iHèvre.
L'analyse y a démontré :
Huile volatile, caslorine, résine, albu> " mine, matière grasse, mucus, carbonate d'ammoniaque, urates, benzoates, sulfates de soude et de potasse.
Brandes prétend que le Castoréum doit ses propriétés à la caslorine ; Soubeiran veut au contraire que ce soit à l'huile volatile;
niais , dans l'incertitude il vaut mieux administrer le Castoréum, soit en nature, c'est-à-dire en pilules; ou suspendu dans une potion à i'aide d'une matière émulsive; ou bien encore en teinture alcoolique ou éthérée, l'alcool et l'étlier dissolvant tous les principes actifs du Castoréum Ces teintures se préparent exactement comme celle de musc (paiie 2o3}.
La teinture de Castoréum administrée sous forme de potion doit être émulsionnée dans le sirop afin d'empêcher la précipitation de la matière résineuse par l'eau.
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique.
Pour le Castoréum comme pour le muse, M. Joerg, avec ses expériences de matière médicale pure sur des sujets sains, a substitué des sophismes thérapeutiques aux résultats cliniques seuls admissibles en pareil cas. Voici l'arrêt qu'il porte contre ce médicament : « Considérant qu'à la dose de 2 à 8 décigrammes (5 à 20 grains), le Castoréum n'a produit chez les différents expérimentateurs que des éructations accompagnées de la saveur qui est particulière à cette substance, ce qui prouve seulement qu'il est difficile à digérer, M. Joerg opine pour que le Castoréum soit rayé des matières médicales et banni des officines comme inutile. » Observons que, d'après les essais de Thouvenel, il ne faut pas moins de 15 grammes (igros) de Castoréum administrés à un homme sain poui déterminer quelques symptômes d'excitation, et ajoutons que, même à cette dose, n'éprouvât-on rien, il faudrait bien se garder de préjuger l'action thérapeutique.
Historique et action thérapeutique.
Galien, Celse, Arétée ont employé le Castoréum dans des cas semblables à ceux où de nos jours son action est le moins contestée. Piine, Alexandre de ïralles en font aussi mention. Le premier a déjà su réfuter les erreurs accréditées de son temps sur le mode d'origine de cette substance. Toutefois il en a partagé plusieurs. Dioscoride n''a, en très-peu de mots, négligé d'indiquer aucune des circonstances importantes où ce remède est encore en possession de quelque avantage bien constaté. Son commentateur, Mathiole, ne laisse guère à désirer sur l'anatomie du Castor et les propriétés les plus saillantes de la substance sécrétée parce rongeur. Mais c'est surtout dans Aétius que les indicalions thérapeutiques qu'il est propre à remplir sont soigneusement spécifiées à côté des cas qui en contre-indiquent l'usage.
Si nous consultons les auteurs moins éloignés de notre époque, nous les verrons adopter sur l'action thérapeutique du Castoréum les opinions
les plus contraires; mais nous ferons grâce à nos lecteurs des détails d'érudition critique toute pure auxquels pourrait nous entraîner cet examen. Ce qu'il faut en retenir se réduit à ce qui suit : employé dans toutes les affections nerveuses et spasmodiques que nous avons plusieurs fois spécifiées dans les articles précédents, le Castoréum a été évidemment utile; et dans tous ces cas, son action a paru davantage se rapprocher de celle de la valériane et de l'asa fœtida que de celle du musc. Ses propriétés légèrement excitantes aux doses thérapeutiques, l'ont rendu quelquefois nuisible dans des circonstances où l'état du système circulatoire surtout, semblait contre-indiquer son emploi. L'enthousiasme de certains auteurs qui, comme Krauscldt, se sont plu à réciter la liste de presque toutes les maladies connues pour les guérir ou les soulager par le Castoréum; comme Ettmuller, qui dans toutes les affections nerveuses et en particulier l'hystérie et l'hypoehondrie, le nomme anchora sacra; comme Schulz, Hilscher, Tilemann , qui dans leurs travaux particuliers sur cette substance l'ont proclamé le plus puissant des antispasmodiques; cet enthousiasme, disonsnous, mérite le même blâme que le dénigrement absolu dont l'ont frappé le célèbre Stahl, Junker, Rivin, et de nos jours M. Ratier, qui, pour être conséquent, a dù envelopper le Castoréum dans la proscription qu'il a décrétée contre les antispasmodiques. Depuis Dioscoride jusqu'à nous, un fait équivoque a traversé sans attaques cette mêlée d'opinions contradictoires qui accusent bien moins le Castéorum que le défaut d'attention et la mauvaise foi des observateurs : c'est l'utilité bien spécifiée de cet agent dans certaines aménorrhées et certaines coliques.
C'est surtout dans l'aménorrhée s'accompagnant de gonflement douloureux et tympanique du ventre, que nous avons vu le Castoréum remplir l'indication. Il s'agit des cas où l'utérus congestionné ne laisse échapper que quelques gouttes de sang avec douleur, avec une espèce de ténesme utérm. Notre expérience à cet égard est confirmative de l'expérience de nos devanciers qui n'ont jamais loué le Castoréum dans l'aménorrhée sans en caractériser l'espèce. C'est ainsi que Dioscoride dit : 77 provoque les fleurs aux femmes et est bon contre la colique et les tranchées; ce que sanctionne de sa propre expérience son savant commentateur Mathiole. Aétius s'exprime à cet égard de la manière suivante : Ad suppressos menses ob cnpiam autcrassitiemsanguinis. Ettmuller n'est pas plus précis, bien qu'il soit plus explicite : Pro usa ciendi menses suppressos cum difficultate et variis abdominis pathematis fluentes.
Nous pourrions invoquer bien d'autres témoignages. Les coliques auxquelles il paraît convenir sont surtout celles qu'on nomme nerveuses et qui semblent avoir leur siège dans l'intestin grêle. Elles s'accompagnent de pâleur, de sueurs froides, de résolution subite des forces comme par une cause qui irait droit au foyer de la vie. Ces coliques sont sans évacuation, arrivent subitement après des émotions vives, le refroidissement de la région abdominale ou des pieds comme lorsqu'un individu a été exposé longtemps à une pluie froide ; elle constitue une des espèces de la passion
CAMPHRE
iliaque, de la colique appelée par quelques auteurs de miserere. Il serait trop long de citer tous les traits sous lesquels les auteurs anciens ont figuré cette indication thérapeutique et les observations qu'ils ont données à Fappui. Qu'il suffise de savoir qu'à cet égard ils sont unanimes et qu'on ne saurait les accuser de s'être copiés mutuellement, car la plupart affirment d'après des observations de leur propre pratique. M. Bricheteau se loue beaucoup de cette substance dans les coliques hépatiques symptomatiques des calculs biliaires. Le Castoréum a joui aussi d'une réputation unanime pour aider le travail de l'accouchement, calmer la violence des tranchées, et faire expulser la délivrance retenue, disent les anciens auteurs, par le spasme douloureux de l'utérus, toutes circonstances qui corroborent ce que nous avons dit de ce médicament dans certaines aménorrhées. Cette réputation de favoriser l'accouchement et l'expulsion du placenta s'est conservée dans le Nord, où le Castoréum est d'un usage populaire en pareil cas.
L'iracéum proposé pour remplacer le Castoréum et qui paraît jouir des mêmes propriétés, est l'urine desséchée mêlée aux matières fécales du daman du Cap Hyrax capensis : c'est une matière noire, solide, visqueuse, très-odorante, qui d'ailleurs est peu connue.
Doses et modes d'administration.
Le Castoréum a fait partie des remèdes anciens composés les plus fameux, comme la Thériaque, le Mithridate, le Philonium romanum, l'eau générale, les pilules de Fuller, de cynoglosse, etc. C'est sous forme de teinture et en lavements que nous le donnons le plus souvent dans l'aménorrhée, uni aux teintures d'aloès et d'asa fœtida, à la dose de A grammes (1 gros) ou bien encore en substance dans une potion, à la dose de 1 à 2 grammes (20 à 40 grains), dose qui peut, selon les besoins, être fort augmentée sans inconvénient. Sous forme de pilules, nous le donnons à la même dose. (Voyez Pharmacopée universelle de Jourdan.)
CAMPHRE
MATIÈRE MÉDICALE
Le Camphre, connu autrefois des Arabes sous le nom de Kamphrur, et des habitants de Sumatra sous celui d'Iono, est une huile volatile concrète qui existe dans beaucoup de végétaux; un grand nombre de labiées en contiennent.
Le Camphre du commerce paraît être retiré d'un grand laurier du Japon, le Laurus Campkora de Linné, qui appartient à l'ennéandrie monogynie, famille des Laurinées.
Le Camphre n'est pas le produit exclusif de l'arbre connu sous le nom de Laurier
Camphrier. D'autres plantes de la famtlle des Laurinées en renferment également. Celui qui nous vient des îles de la Sonde est fourni par le Dryobalanops Camphora famille des dypterocarpées, il est naturellement plus estimé des Orientaux; aussi en arrive-t-il très-peu en Europe. D'ailleurs, les camphres fournis par ces deux plantes n'ont pas la même composition, la dernière contient deux équivalents d'hydrogène en moins.
Dans le royaume de Murcie, on retire du
Camphre de diverses labiées; on pourrait en extraire aussi des Drimyrrhizées de l'Inde; mais d'après Proust le Camphre n'existerait que dans les labiées des pays chauds, les plantps de la famille des Amomées en renferment de grandes quantités; quant au Camphre artilic el que l'on obtient en traitant l'essence de térébenthine par l'acide chlorhydnque ou par le chlore, c'est un chlorhydrate de chlorure de Camphène qui ne ressemble au Camphre ordinaire que par l'aspect.
Voici Ips caractères physiques de ce principe immédiat :
Il est blanc, transparent, cristallin; son odeur est très-forte et très-pénétrante, sa saveur acre et aromatique; il est plus léger que l'eau : volatil à l'air libre, fusible à 115° (Thenard), peu soluble dans l'eau, très-solubie dans l'alcool et l'éther, dans les huiles grasses et dans les huiles essentielles. Suivant Dumas, le Camphre est composé de 79,28 de carbone, 10,36 d'hydrogène, 10,30 d'oxygène.
Extraction du Camphre. On l'obtient à l'aide d'incisions faites à l'arbre; mais ce procédé étant insuffisant en raison de la trop minime quantité de Camphre qu'il fournit, on y supplée en faisant bouillir la racine, le tronc et les branches réduites en éclats, dans des cucurbites de fer surmontées de chapiteaux en terre où le Camphre se volatise et est reçu dans la paille de riz dont ces mêmes chapiteaux sont garnis à l'intérieur. Pour le radiner, M. Clémendot a proposé le procédé suivant, qui est le meilleur. On introduit le Camphre brut dans des matras à fond plat, que l'on dispose sur un bain de sable; on le maintient quelque temps en ébullition pour vaporiser l'eau ; puis on découvre peu à peu la partie supérieure des matras pour permettre au Camphre de refroidir et de s'y condenser.
Voici les formes diverses sous lesquelles on emploie le Camphre.
t° Poudre. On verse de l'alcool sur le Camphre de manière à l'en pénétrer, et on le pulvérise par trituration dans un mortier en marbre.
2° Eau camphrée Camphre, 4 grammes (1 gros); eau froide, 500 grammes (i livre); laissez en contact en agitant de temps en temps et filtrez (Codex).
Un fait singulier, c'est que le Camphre qui est un peu soluble dans l'eau se dissout dans ce liquide sous l'influence des carbonates insolubles, tels que ceux de chaux et de magnésie; enfin le Camphre se dissout
mieux dans l'eau chargée d'acide carbonique que dans l'eau pure.
3° Eau éthérée camphrée-
Pr. : Camphre, 16 grain. (1/2 once).
Ether suif., 48 (l once 1/2).
Eau distillée, 910 (30 onces).
Chaque once (30 gram.) contient environ 40centig. (8 grains) de Camphre, et 1 gram. (18 grains) d'éther.
4° silcool camphré. Camphre, 1 partie ; alcool rectifié, 7 p.
L'Eau-de-vie camphrée se prépare avec Camphre, 1 p.; alcool à 66° (21° Cart.), 40 p.
Faites dissoudre et filtrez.
Ces préparations sont fort usitées; l'éther et le vinaigre camphré le sont beaucoup moins.
5° Uniment camphré. Camphre, 1 p. ; huile d'olive, 7 p.
Divisez le Camphre avec un peu d'alcool dans un mortier de marbre; ajoutez l'huile peu à peu et filtrez.
On donne, à l'intérieur, le Camphre en pilules, souvent associe à l'Opium.
A l'extérieur, plus ordinairement en lavements.
Pr. : Décoction de graines de lin, 500 gr. Camphre, 4
On divise le Camphre au moyen d'un jaune d'œuf, et on délaye dans la décoction de lin ou de guimauve.
M. Raspail a conseillé de petites cigarettes de Camphre qu'on aspire froid.
Ou introduit, aussi le Camphre dans quelques compositions emplasiiques; on fait des emplâtres camphrés.
Nous devons faire observer que le Camphre agit d'une, manière spéciale sur les matières résineuses; son effet le plus remarquable est de les ramollir; il affaiblit souvent leur odeur et quelquefois même la détruit tout à fait. On peut, en pharmacie, tirer un grand parti de cette propriété. (Voir les travaux de Planche, Journal de pharmacie).
Ce précieux médicament entrait dans une foule de préparations aujourd'hui inusitées, telles que la thériaque céleste, l'eau hystérique, le baume de Lectoure, l'emplâtre diabotanum, ceux de savon de Nuremberg^ le baume opodeldoch, l'eau sédative de Raspail, etc.
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique.
Nous entreprenons une tâche difficile. Quiconque s'est condamné à lire tout ce qui a été écrit sur le Camphre a dû sentir s'ébranler sa foi théra-
CAMPHRE
peutique, s'il n'a pas su remonter à la source de tant de confusion et démêler la source d'une si choquante diversité dans les résultats.
Prononcer hardiment avec Hoffmann, Tralles, Collin, Werloff, Cullen, etc., que le Camphre est uniquement sédatif, c'est systématiquement repousser d'autres autorités dignes de foi, et un assez grand nombre de faits incontestables; se déclarer exclusivement pour ceux-ci, en attribuant' au Camphre des propriétés purement excitantes, c'est n'accepter de l'expérience passée qu'une fraction presque sans consistance ; à l'exemple de quelques auteurs, vouloir cancilier ces deux opinions contraires sans montrer la raison de leur opposition, c'est les détruire l'une par l'autre. Entre ces deux excès également injustes et ce moyen terme éclectique et non moins faux, il ne nous reste qu'un parti, c'est d'accepter tous les faits, de peser toutes les autorités pour voir s'il n'existe pas un lien propre à les réunir. Si ensuite nous soumettons notre décision au contrôle d'expériences faites sur nous-mêmes, il nous sera permis déjuger avec quelque fondement.
L'action physiologique du Camphre est complexe comme celle de toutes les substances qui, après avoir déterminé des modifications organiques locales et quelquefois générales par leur contact primitif avec les surfaces de rapport (peau et membranes muqueuses), sont absorbées, et produisent alors des troubles secondaires proportionnés à la nature spéciale de leurs propriétés, aux doses auxquelles elles sont administrées et au degré d'assimilation dont elles sont susceptibles. C'est pour n'avoir pas su analyser ces trois ordres de phénomènes et n'avoir fixé leur attention que sur un seul, le plus saillant ordinairement, que les auteurs ont paru avancer des faits si contradictoires. Nous considérons donc dans l'action du Camphre sur l'organisme sain trois temps, ou plutôt trois modes variables dans l'intensité de leur manifestation suivant les doses du médicament et certaines dispositions le plus souvent inappréciables du sujet del'expérience.
Le premier mode est celui de son action immédiate sur le tissu où il est déposé, action toute circonscrite, chimique en quelque sorte comme celle du caustique qui ne désorganise que ce qu'il touche. Ainsi considéré, le Camphre produit une sensation d'âcreté, de cuisson, puis une hyperhémie locale, suivie d'irritation assez vive ; si le contact est longtemps prolongé, une inflammation avec ulcération en est la conséquence ; mais pour agir de cette manière, le Camphre doit être en fragments, et non dissous ou suspendu dans un véhicule. Administré sous cette dernière forme, ses molécules sont trop divisées pour attaquer les tissus ; il faut qu'il soit pris à doses très-élevées pour laisser, ainsi étendu, des traces d'irritation inflammatoire, et à plus forte raison des ulcérations comme il en détermine lorsqu'un morceau un peu considérable est longtemps appliqué sur le même lieu. Remarquons aussi que jamais, quelque prolongé que soit son contact, il n'a d'effet pareil sur la peau revêtue de son épiderme, et que ce que nous venons de dire ne doit s'entendre que des membranes muqueuses et du derme dénudé.
Ce mode d'action du Camphre a été bien constaté par M. Orfila sur des chiens à qui il en ingérait plusieurs fragments. L'autopsie révélait toujours de nombreux petits ulcères aux endroits où avait agi la substance. Nousmêmes avons gardé plusieurs fois un morceau de Camphre dans notre bouche : au bout d'une demi-heure, la portion de membrane muqueuse qui avait souffert le contact du Camphre était rouge, chaude, gonflée, douloureuse, et il est certain qu'avec un peu plus de persévérance, nous aurions obtenu une ulcération. On sait que les ulcères atoniques, sordides, de mauvaise nature, sont avantageusement saupoudrés de Camphre qui les vivifie, produit des bourgeons charnus et une inflammation plus propre à l'accomplissement du travail de cicatrice. La question, ici, n'est pas de savoir si dans ces cas il n'y a pas un autre mode d'action. Qu'il soit ou non antiseptique alors, il n'en a pas moins le genre d'influence que nous venons de dire. Lorsque le Camphre est donné en fragments assez volumineux pour enflammer et désorganiser les tissus, il est peu ou pas absorbé, car on ne voit jamais dans ces cas survenir les phénomènes secondaires dus à son passage dans les voies de la circulation, fait qui rentre dans cet autre fait plus général de l'histoire des inflammations, qu'un tissu vivant absorbe d'autant moins qu'il est plus enflammé.
Outre cette propriété irritante locale que le Camphre partage avec beaucoup d'autres substances non caustiques, irritation qui, à elle seule, ne saurait constituer le caractère de son action physiologique et thérapeutique, ce médicament jouit d'une puissance qui, depuis Avicenne jusqu'à nous, à fait la base de sa réputation, puissance contestée par quelques-uns, et qu'ont exaltée à l'envi les plus grands médecins des siècles derniers; il est question de son action réfrigérante, sédative.
Nous commençons par dire qu'elle ne peut être révoquée en doute. Des faits par milliers, des autorités imposantes sont unanimes sur ce point. Nos expériences personnelles ne les ont en rien démentis. Indiquous les données de l'expérience et leurs sources, nous tâcherons ensuite de connaître les lois du moile d'action qu'elles expriment, et d'en régler la valeur relativement aux autres manières d'agir du Camphre.
Rien ne prouve que les auteurs grecs aient connu cette substance. Il faut arriver jusqu'aux Arabes, et en particulier à Avicenne, pour la trouver désignée sous le nom de caphur ou canphur. Leur témoignage sur l'action du Camphre n'est pas sans quelque gravité, bien qu'ils ne nous transmettent pas les documents sur lesquels il est appuyé. Ils lui attribuent une puissance réfrigérante [vis re/rigerans). Aucun préjugé, aucune préoccupation systématique n'a pu fausser ce résultat d'observation. Si tous les auteurs avaient vu et écrit avec cette virginité d'opinion, la question serait bien plus simple.
Les expériences faites sur les animaux vivants ne peuvent nous fournir aucun motif de jugement sur le mode d'action que nous essayons d'apprécier. En effet, comme cette influence réfrigérante et sédative a lieu en silence dans l'organisme, qu'elle enchaîne les expressions symptomatiques
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au lieu de les animer, elle ne saurait être étudiée sur des êtres qui ne manifestent les troubles de leur économie que lorsqu'ils sont déjà extrêmes, et cela par des symptômes que le malaise, la douleur ou le délire ont seuls le pouvoir de provoquer, tels que des gémissements, des cris, des attitudes ou des mouvements désordonnés. Il faudrait que la sédation allât jusqu'à une asthénie excessive ou une sédation voisine de la mort, comme celle déterminée par un froid excessif, pour être bien constatée chez les animaux. Or celle que produit le Camphre n'est que modérée, bienfaisante, et les animaux, quoique très-probablement ils en soient affectés, sont très-peu propres à nous la manifester. Les expériences sur l'homme en santé peuvent donc seules nous éclairer à cet égard.
Carminati, Menghini, Monro, eurent l'idée de soumettre à l'influence des émanations du Camphre des animaux de différentes classes, à commencer par les insectes; ceux-ci témoignèrent tous qu'ils en étaient vivement offensés; la plupart périrent lorsqu'on prolongea l'expérience. Il n'y eut, chose bien bizarre, que les teignes (lineae quas lanea destruunt) qui résistèrent à cette action délétère, ce qui n'est pas indifférent à savoir dans l'application que l'on fait de cette substance à la destruction des insectes parasites; car c'est précisément sur ceux-là qu'ont agi les auteurs que j'ai cités. Des grenouilles et de jeunes oiseaux exposés aux mêmes émanations ont péri, terme moyen, au bout d'un quart d'heure, après avoir présenté tous les signes de l'asphyxie. 11 est bien évident qu'une atmosphère fortement chargée de vapeurs camphrées est impropre à entretenir la vie. C'est ce qui fait que nous n'osons pas aussi hardiment que Cullen affirmer que le Camphre a tué ces insectes par une influence directe et immédiate sur la force vitale.
Ajoutons toutefois que M. Fonssagrives a émis récemment une opinion qui vient à l'appui de celle de Cullen. Ainsi, il n'hésite pas à rapporter ces résultats à l'anesthésie que le Camphre exerce énergiquement, selon lui, sur les animaux inférieurs, et qui lui donne, comme aux huiles essentielles, la propriéié de préserver les objets d'histoire naturelle et les étoffes contre certains parasites. Le Camphre agirait donc ici par intoxication plutôt que par asphyxie. Sous ce rapport, l'auteur rapproche le Camphre du chloroforme, et il s'autorise ici de quelques expériences sur les animaux où cette substance, inhalée par l'appareil pulmonaire, a donné lieu à des phénomènes d'anesthésie assez analogues à ceux du chloroforme et autres agents du même genre.
Si nous passons aux expériences tentées sur des mammifères, le Camphre étant introduit par le tube digestif, nous aurons des phénomènes d'un autre ordre. Mais ici se présente l'inconvénient que nous avons signalé relativement à l'impossibilité d'apprécier le genre de sensation qui nous occupe. D'ailleurs dans ces cas, dont les plus nombreux et les plus variés appartiennent à Carminati, Menghini et Brumwell, les autres à M. Orfila, le Camphre est donné à doses toxiques, l'œsophage est lié (dans les expériences de M. Orfila seulement), et les animaux (chiens, chats, brebis)
meurent offrant tous les symptômes propres aux empoisonnements par les substances narcotico-âcres.
Fréd. Hoffmann, dans une dissertation qui a pour titre : De Camphorse usu interno prœstantissimo et securissimo, réfute vivement deux auteurs (Craton et Ludovicus Daniel) qui s'étaient efforcés de discréditer le Camphre en disant que son usage même à faibles doses donnait lieu à de graves accidents qu'ils rattachaient à une violente excitation sanguine et nerveuse. Le Camphre, dit-il, loin de produire ces effets, sait les calmer: Si quidem Çamphora ad scrupulum unum etiam ad drachmam semis sano homini cum sufficienti vehiculo adhibita quemadmodum multoties fccimus,corpori neque intensiorem sestvm aut calorem infert, neque pulsum adauget, sed potiùs rnanifestum rcfrigerium prxsertim circa prsecordia prxstat. Il ajoute que 30 grammes (1 once) d'esprit-de-vin et même une gorgée de vin généreux, unicus haustus vini generosi, font éprouver plus de chaleur que 8 grammes (2 gros) de Camphre, et que l'excitation qu'on lui attribue doit plutôt être rapportée aux essences et aux élixirs plus échauffants dans lesquels on l'a administré.
On trouve dans le premier volume des consultations de cet auteur, le cas d'un hypochondriaque, qui, en proie à de violents accidents du côté du cerveau, prit par mégarde 3 grammes (2 scrupules) de Camphre, éprouva des symptômes de sursédation, de collapsus profond avec refroidissement, mêlés de phénomènes bizarres, tels qu'on en remarque dans les intoxications par les solanéesvireuses, effets qui amenèrent la cessation de l'affection cérébrale.
Louis Balthazar Tralles, dans son ouvrage qui a pour titre : De virtute Camphorse réfrigérante, assure avoir répété sur lui-même les essais de son maître Frédéric Hoffman, et en avoir obtenu des résultats semblables.
Les mêmes effets ont encore été observés dans les essais qu'a tentés sur lui-même le docteur Alexandre d'Edimbourg. Immédiatement après l'ingestion de 3 grammes de Camphre dissous dans du sirop de roses : résolution des forces, bâillements, pandiculations, obscurcissement des sens et de l'intelligence, abaissement de la température appréciable au thermomètre, diminution dans la force et le nombre des battements du cœur, sentiment de défaillance, anxiétés précordiales, etc., etc., accidents qui s'évanouissaient bientôt pour faire place à des phénomènes de réaction dont nous parlerons à propos du troisième mode d'action du Camphre.
Une femme affectée de coliques violentes en prit 3 grammes (60 grains) en une demi-heure, d'après les ordres de Pouteau. Aussitôt, abaissement considérable de la température, engourdissement de toutes les fonctions vitales, pâleur cadavérique, accidents qui s'évanouirent en peu de temps.
Pouteau, à qui le Camphre avait déjà souvent révélé cette action, le préconise comme un excellent sédatif. Cullen affirme que plusieurs fois il a constaté que 1 gramme (20 grains) de cette substance ralentissait le pouls plutôt que de l'accélérer. Il raconte avoir tenté par ce moyen la gué-
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rison d'une maniaque. Le Camphre porté à la dose de 1 gramme et demi à 2 grammes (30 à 40 grains) par jour ralentissait constamment le pouls. Un jour, par une erreur de l'apothicaire, cette femme en prit 2 grammes et demi (50 grains) en une seule fois, et tomba aussitôt dans un état de sursédation directe, dont Cullen ne put la tirer qu'à l'aide de stimulants internes et externes.
En parlant de l'action thérapeutique du Camphre, nous ferons un grand usage des nombreuses observations que Collin a consignées dans un ouvrage qui lui est commun avec le célèbre Storck (Annus medicus), ce qu ne nous empêche pas d'indiquer ici, sans avoir égard à l'influence du médicament sur l'état morbide contre lequel il était dirigé, que, administré un nombre infini de fois à la dose de 4, 8, d2 et 16 grammes (1, 2, 3 et 4 gros) par jour, il n'a eu sur les systèmes nerveux et sanguin qu'un effet quelquefois nul et le plus souvent sédatif. Nous passons sous silence ici, pour y revenir en temps plus opportun, les observations de Werlhof, Joerdens, Berger, etc., qu'on peut lire dans le Commercium litt. med. Norimb., et qui, sous le rapport du mode d'action que nous envisageons maintenant, nous fourniraient les mêmes résultats que celle des auteurs mentionnés plus haut.
Schwilgué, Alihert, M. Barbier, reconnaissent au Camphre cette propriété sédative. Deux observations rapportées dans le tome II de la Toxicologie de M. Orfila, la mettent hors de doute. Dans la première, l'usage du vin tira le malade de l'état de stupeur où il était plongé. L'école Rasorienne range cet agent au nombre des contro-stimulants.
Nous avons désiré nous-mêmes, selon notre habitude, essayer l'action physiologique du Camphre. Appliqué en solution sur la peau, il y a produit un sentiment de froid, fait connu depuis fort longtemps et dont la chirurgie profite tous les jours. Une première fois, nous trouvant dans l'état physiologique le plus parfait, le pouls à soixante-douze par minute, nous avons pris 5 décigrammes (10 grains) de Camphre dans 16 grammes (1 demi ■ once) de sirop de gomme. Dix minutes après le pouls est descendu à soixantequatre pulsations; nous ressentons à la région gastrique le froid un peu âcre et mordicant qui se produit dans la bouche lorsqu'on y met des pastilles de menthe; après 20 minutes, le pouls ne bat plus que soixante fois; sensation gastrique analogue à celle de la faim. Une heure après l'ingestion du Camphre, le froid stomacal persiste, sentiment de bien-être général. Trois heures après, le pouls était revenu à soixante-douze, et tout se passait comme avant l'expérience.
Dans un second essai, 1 gramme (20 grains) a produit la même série de phénomènes, mais à un degré proportionné à l'augmentation de la dose.
Une troisième, où nous avons pris 2 grammes (40 grains) de Camphre, a donné lieu aux effets suivants :
Immédiatement après l'ingestion, sentiment de réfrigération paraissant pénétrer tout le torse, perceptible surtout à l'œsophage et au ventricule. Nous comparons le bien-être que nous éprouvons à celui qui suit l'inges-
tion d'une glace prise alors qu'on a bien chand. Après une demi-heure de cet état, le pouls, qui jusque-là était resté comme avant l'expérience (soixante-douze par minute), descend à soixante. Sentiment léger d'accablement. La réfrigération persiste, bien que dans le tube digestif commence à naître une faible sensation d'âcreté et de mordication; le froid expansif se soutient très-notable. L'action antiaphrodisiaque est incontestable. Le pouls reste à soixante. Le frais et le bien-être sont accrus en marchant, bien que nous n'éprouvions pas ce sentiment de légèreté et de puissance duvol signalé dans quelques expériences; pouls à cinquante-six. Deux heures après l'ingestion du Camphre, la sensation de frais du tube digestif est remplacée par une légère et très-supportable ardeur. Trois heures après, l'état est le même qu'avant l'expérience, appétit très-vif; l'anaphrodisie ne s'est pas soutenue.
Dans tous ces cas, l'exhalation pulmonaire était imprégnée d'une odeur camphrée peu de temps après l'ingestion de la substance; la perspiration cutanée n'a rien offert de semblable, non plus que les urines.
Il résulte de cet ensemble de faits qu'à doses modérées le Camphre produit sur l'homme sain des phénomènes de sédation et de réfrigération ; qu'à doses plus élevées s'y joignent une stupeur et un collapsus assez profonds.
Passons au troisième mode d'action de cette substance. Celle-ci est de nature excitante, et se manifeste surtout par une assez vive stimulation du système sanguin.
Stahl en parle ainsi : Maximum turgescentiam sanguinis inducit (Camphora). Ettmuller, qui l'a vanté dans les fièvres graves, comme nous le verrons plus bas, partage l'opinion de Stahl : Quicquid sit Camphora, per se est ignis concentrais, hinc calidissima. C'est aussi l'avis d'Alberti. Quarin s'exprime à cet égard d'une façon très-énergique : Vidienim in multis quibus Camphora majori dosi exhibita fuit pulsum celerrimum , faciem ruberrimam, oculos torvos, inflammatos , convulsiones et phrenitidem lethalem secutam fuisse. Murray, Cartheuser, M. Alibert, citent des faits relatifs à cette manière d'agir. Un médecin de Pavie, M Bergonsi, a fait sur lui-même des expériences dans lesquelles les effets d'excitation sanguine, de congestion cérébrale effrayants qu'il doit avoir éprouvés nous paraissent si peu en rapport avec les doses de Camphre employées, 7 décigrammes (le maximum est 15 grains), que nous sommes un peu en défiance à leur égard, et que nous sommes forcés d'admettre chez cet expérimentateur une excessive susceptibilité pour l'action des sédatifs ou des contro-stimulants.
Remarquons que dans le plus grand nombre des cas rapportés pour établir l'action sédative du Camphre, aux phénomènes de sédation et de collapsus ont succédé des symptômes d'excitation fébrile plus ou moins analogues à ceux que nous venons d'exposer.
Quel cas devons-nous faire des essais de la fameuse société allemande qui, sous le patronage de M. Joerg, veut refondre la matière médicale?
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Après de nombreuses expériences tentées sur le Camphre par tous les membres du cercle thérapeutique , d'où il résulte que le Camphre est un puissant excitant du tube digestif et du cerveau, on lit les conclusions suivantes : « Un demi- grain de Camphre peut déjà faire beaucoup chez un homme sain, etc., etc.» Nous concluons, nous, que la société présidée par le professeur de Leipzig est composée d'homœopathes trop timides, ou plutôt d'hypochondriaques renforcés.
Voilà donc le Camphre pourvu de trois manières d'agir différentes. On conçoit maintenant sans peine le désaccord des auteurs. Selon qu'il aura convenu à l'un que le Camphre fût excitant ou calmant, une seule de ces propriétés se sera montrée à ses yeux , et il aura passé l'autre sous silence, ou bien même, suivant une foule de circonstances, il aura pu de très-bonne foi affirmer que cet agent était exclusivement doué de l'une des deux. Pour nous, qui avons lu et pesé de bonne foi, qui avons soumis les conclusions étrangères au contrôle de nos propres sensations, ce n'est pas par éclectisme que nous attribuons sa part de vérité à chacune des opinions des auteurs, quelque antagonistes qu'elles paraissent être, mais c'est que nous y avons été contraints par les faits. Ces faits sembleront moins contradictoires si , sans nous permettre d'ailleurs la moindre explication sur le mode d'action intime du Camphre, nous essayons de saisir l'enchaînement et la filiation des phénomènes observés sous l'influence de cet agent.
A peine introduit dans le système digestif, le Camphre produit aussitôt une action complexe qui résulte d'un sentiment d'âcreté borné aux points touchés par la substance , auquel se combine la perception d'un frais d'abord local, puis bientôt rapidement expansif. On reconnaît là les deux premiers modes d'action que nous avons établis, et on sent qu'ils ne peuvent avoir leur raison, pour le premier, que dans la propriété qu'a le Camphre d'attaquer chimiquement les tissus comme un cathérétique, par exemple; et pour le second, dans une influence physique non moins incontestable due à la volatilisation extrêmement abondante et rapide du principe odorant et actif du Camphre, lequel, pour s'évaporer, soustrait promptement le calorique non-seulement aux surfaces sur lesquelles il est appliqué, mais à celles qui les avoisinent dans une assez grande étendue. Tel est l'effet de l'éther et de toutes les huiles essentielles dont l'application est un puissant moyen de réfrigération souvent mis à profit. Voilà , si nous pouvons ainsi parler, le premier temps de l'action physiologique du Camphre pris à l'intérieur.
Peu d'instants après se développe une autre série de phénomènes trèsdifférents sous un certain rapport et très-analogues sous une autre : nous voulons parler de l'état asthénique et de sédation quelquefois extrême qui apparaît comme conséquence de l'absorption du Camphre, et constitue un de ses effets physiologiques les plus remarquables.
Ces phénomènes sont: le ralentissement de la circulation, les pandiculations, les bâillements, l'anxiété précordiaîe, les vertiges, les nausées,
les sueurs froides, etc., symptômes qui tous annoncent un état semilipothymique et de collapsus du système nerveux, comme en produisent plusieurs médicaments et poisons narcotiques ou plutôt contro-stimulants, qui joignent à l'action sédative simple dont l'influence du froid nous offre le type , quelques propriétés spéciales révélées par une certaine perturbation et un certain désordre introduits dans les fonctions contro-stimulées.
Mais il se présente un quatrième ordre de phénomènes tout opposés aux précédents : c'est l'excitation fébrile que certainement il détermine dans beaucoup de cas. Elle est due sans doute aux efforts que fait l'organisme pour surmonter l'effet sédatif dont il vient d'être question, ainsi qu'à la propriété irritante particulière que nous avons reconnue au Camphre en appréciant son action topique. Ce qui nous fait assigner cette double cause au mode d'action que nous étudions, c'est que: 1° il ne se manifeste, le plus souvent, qu'après l'action sédative, alors qu'on peut supposer qu'il est depuis longtemps absorbé, et celte absorption n'est pas douteuse d'après les expériences de M. Magendie, de plusieurs autres et les nôtres en particulier; 2° que la fièvre passagère par laquelle se révèle cette excitation vasculaire, se juge ordinairement par des sueurs qui répandent une forte odeur de Camphre; 3° enfin qu'en injectant dans les veines des animaux une solution de Camphre, on détermine quelquefois d'emblée ces signes d'excitation, sans qu'ils soient précédés des symptômes de sédation que nous avons attribués aux effets contro-stimulants. Toutefois il n'est pas impossible, il est même probable, que celte réaction participe aussi de la nature de celles qui suivent toute sédation de système nerveux, comme par exemple la chaleur, la rougeur, etc., qui succèdent à l'application du froid. C'est ainsi que Cullen s'en rendait compte; mais on sait que, portant le solidisme à l'extrême, il affectionnait ce genre d'explication quelquefois jusqu'à l'erreur. Si l'on objectait à cette manière d'envisager l'action composée du Camphre, que dans certains cas on n'observe que les phénomènes de sédation, dans d'autres seulement, ceux qui annoncent une influence stimulante, puis quelquefois une combinaison de deux ordres de ces symptômes, nous répondrions que le premier de ces modes d'action n'entraîne pas nécessairement le second ; car l'effet sédatif peut avoir eu lieu d'une manière si peu prononcée que la réaction soit insensible. Pourtant, dira-t-on, l'absorption s'est opérée. Oui, mais en raison d'une disposition heureuse du sujet, l'élimination a été facile, et n'a pas eu besoin, pour s'accomplir, de grands efforts de la part du système vasculaire : c'est comme une digestion qui n'a pas retenti dans l'organisme. Nous sommes portés à croire qu'il en est ordinairement ainsi, lorsque c'est le poumon ou les reins qui se chargent de l'excrétion de la substance à éliminer. Certainement, ces différentes manières d'agir du Camphre ne sont pas en raison directe l'une de l'autre; cette condition ne peut s'exiger toutes les fois qu'il est question de phénomènes vitaux, c'est-à-dire mobiles, sujets à une infinité de
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variations. En résumé: action irritante locale, action sédative locale qui peuvent s'étendre et retentir plus ou moins loin. Action sédative générale ; action stimulante générale consécutivement à l'absorplion du Camphre. Quand le premier de ces deux derniers effets se fait seul sentir, on obtient l'action qui est le plus ordinairement demandée au Camphre. Très-souvent la sédation et la stimulation générales sont simultanément éprouvées dans divers appareils, ce qui constitue une sorte d'ataxie telle qu'en produisent les poisons narcotico-âcres: Indépendamment de cela, il y a dans le Camphre quelque chose qui ne tient à aucune de ces deux propriétés générales communes à d'autres médicaments, quelque chose qui ne peut être révélé dans les effets physiologiques du Camphre : nous voulons parler de sa vertu antiseptique liée probablement à ses qualités aromatiques et huileuses, etc.
Après tout, les doses auxquelles on donne le Campre ont une énorme influence sur la prédominance de sa vertu, sur son action stimulante et réciproquement. Ainsi, administrez le Camphre à faibles doses, et presque infailliblement, à moins de prédisposition physiologique extrême aux irritations générales ou d'un état morbide dans lequel domine la diathèse de stimulus, vous obtiendrez une évidente sédation. Administrez-le au contraire à hautes doses, vous pourrez observer, il est vrai, des effets sédatifs effrayants, mais aussi il est possible que se développent consécutivement et même d'emblée d'épouvantables phénomènes fébriles, avec symptômes formidables d'irritation cérébrale, etc.... On ne saurait trop répéter que les effets des médicaments varient énormément suivant les doses auxquelles on les administre. C'est là un des faits les plus importants de la Matière médicale et de la Toxicologie. La pathologie pourrait elle-même en tirer un grand parti.
Action toxique.
Quanta l'action toxique du Camphre, nous l'avons décrite en rapportant les expériences du docteur Alexandre, et celle que cite Fréd. Hoffmann. Elle est tout à fait analogue à celle qui appartient aux poisons narcotico-âcres dans laquelle Orfila a très-bien fait de ranger le Camphre. On dirait qu'elle est le produit de la confusion de tous les modes d'action que nous avons admis. Portés à un haut degré , les signes de sursédation vont jusqu'à la syncope, aux sueurs froides, à l'abolition des sens; puis à ces accidents se joignent ceux d'une réaction impuissante, se manifestant par des efforts sans suite, sans résultat, dans lesquels le système nerveux remplace fâcheusement le système sanguin; c'est de l'ataxie. Quant aux doses qui constituent l'intoxication par le Camphre, nous pensons qu'elles ont été en général exagérées, et qu'on peut, en une seule fois, en prendre A grammes (1 gros) sans risquer des accidents. Ceux-ci ont cela de remarquable, qu'ils se dissipent très-promptement-, sans laisser à leur suite rien de fâcheux.
La Gazette médicale de Strasbourg (année 1850) cite un empoisonnement de trois enfants, l'un de cinq ans, le second de trois ans , et le dernier de dix-huit mois, produit par une dose de Camphre équivalente à une demicuillerée à café pour chacun d'eux, ce qui représente à peu près 2 grammes. Il serait superflu de décrire les symptômes de cet empoisonnement. Le plus jeune de ces enfants a seul succombé après avoir présenté, ainsi que ceux qui ont survécu, tous les accidents produits par l'ingestion des substances narcotico- acres à doses toxiques.
Comme toutes les substances contro-stimulantes, et qui ont des propriétés tout à la fois irritantes et sédatives avec une odeur forte et pénétrante, le Camphre a des effets très-peu constants et fort variables suivant les individus. Il en résulte que la susceptibilité de chacun variant beaucoup pour ce médicament, il importe de ne pas débuter dans son administration par de trop fortes doses. On pourrait, en effet, rencontrer des intolérances imprévues et causer de graves accidents.
Action thérapeutique.
Nous avons assez peu employé le Camphre. Ce n'est pas que nous ayons été effrayés du titre de remède incendiaire dont l'a qualifié la doctrine physiologique, mais les dissensions des auteurs, l'incertitude des effets, nous ont fait, sinon négliger, au moins nous défier trop sans doute de cet agent peut-être très-utile. Nous allons néanmoins passer en revue les diverses circonstances dans lesquelles on dit l'avoir administré avec succès, en faire connaître et en discuter les indications et les contre-indications, autant d'après nos propres données, qu'appuyés sur nos opinions pathologiques et' thérapeutiques.
Prenons d'abord deux grands ordres de maladies où le Camphre a été préconisé par le plus grand nombre, rabaissé par quelques autres. Ce sont les fièvres et les inflammations : Quarè in febribus continuis quse ferè omnes aiiquid ivflammatorii habent, itemque etiam in inflammationum qeneribus cœteris, in pleuritide, phrenitide, anginâ, inflammatione uteri, mogno cum fructu semper Camphora curn nitro mixta in artis exerciiio usus sum. C'est Hoffmann qui s'exprime ainsi.
Ces assertions sont confirmées par un trop grand nombre de praticiens célèbres pour ne pas inspirer quelque confiance, au moins quant à l'innocuité du Camphre dans les cas en question. L. B. Tralles assure ne pas connaître dans toute la Matière médicale, d'agent plus puissant contre les inflammations. Existe-t-il beaucoup de médicaments, et en général beaucoup de moyens d'enrayer le cours de cet état organique appelé inflammation, lorsqu il est bien établi, quùm firmiter hœreat, suivant l'expression des anciens? Ce n'est pas là la question. Il s'agit seulement de savoir si, dans les fièvres inflammatoires avec ou sans phlegmasies, le Camphre
peut aider à apaiser la violence de la réaction fébrile, etc A petites
doses, nous le pensons, sans toutefois le conseiller, au moins dans les fié-
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vres inflammatoires aiguës et franches. Nous en dissuadons même hautement les praticiens, parce que, pour une sédation douteuse, on risque d'augmenter les accidents d'irritation générale et locale.
Rien ne prouve mieux l'inconstance des effets du Camphre que les observations contradictoires rapportées par plusieurs auteurs. C'est ainsi que Junker, remarquant qu'il est utile dans certaines inflammations, nuisible dans d'autres, fait de subtils efforts pour spécifier les conditions de cette différence : In Us calorem auget, in aliis prœter naturam auctum minuit. Il finit par en recommander l'usage dans toutes les phlegmasies, après une saignée pratiquée. Dans son grand ouvrage de thérapeutique générale, il met moins de restriction à son emploi que dans sa dissertation inaugurale. La néphrite est, suivant lui, la phlegmasie qui en réclame surtout l'usage à cause de la vertu diurétique et sédative des voies urinaires qu'il attribue à ce médicament. L'angine qui survient dans les fièvres continues est de même citée par Junker comme devant être traitée par le Camphre. Il est bon de dire que généralement ce praticien ne l'administrait guère qu'au début des inflammations, si adhuc recens est malum.
L'illustre Werlhof a rempli le Commercium Nurembergense d'observations de phlegmasies aiguës guéries par le Camphre. Il cite surtout beaucoup de pleurésies très-vives par la douleur locale et les phénomènes généraux, dans lesquelles ces symptômes furent apaisés assez peu de temps après l'ingestion du Camphre pour que l'action du remède puisse en revendiquer une part. Des pneumonies, des métrites puerpérales, ont paru bien s'en trouver aussi. Jamais, dit- il, des accidents n'ont suivi cette médication : Sanctè testor nullum plane indè caloris incrementum, sed potiùs placidiora omnia, etc. Un médecin distingué de cette époque, Bergerus, répéta les essais de Werlhof, et obtint de prodigieux succès; il écrivit à celui-ci qu'il espérait bientôt amener tous les praticiens à cette bonne médication ; on lit dans cette lettre : Ipsè illud prœcipuè in pleuridite aliisque internis inflammationibus majori etiam dosi quàm quse abs te commendatur ssepissimè felicissimèque usurpo.
Joerdens, enhardi par ces exemples, administra le Camphre dans des pleurésies où il obtint des effets promps et complets. Alberti le vante aussi dans les mêmes cas, mais il recommande bien de ne le donner qu'au début des inflammations. A cette époque, dit-il, il n'est aucun médicament plus évidemment efficace ; mais il n'en est plus ainsi si l'on attend davantage. Ils sont du reste unanimes dans cette recommandation. Lorsque Werlhorf, Bergerus et Joerdens parlent de pleurésie, il est fort probable que, pour eux, toute cette affection gît dans le point de côté, la fréquence et la difficulté de la respiration, les symptômes fébriles, etc., sans qu'il soit question de l'épanchement ; mais nous savons que, d'après la marche naturelle de cette maladie, le groupe de symptômes qui à leurs yeux la constitue tout entière, n'existe plus au bout de peu de jours, sans que pour cela la pleurésie puisse être dite guérie. L'épanchement reste, et nous ne pensons pas que le Camphre ait prise sur lui. Il est encore fort possible que
ces médecins n'aient eu affaire qu'à des pleurodynies, expression rhumatismale qui s'accommode bien des calmants et des diaphorétiques tels que le Camphre. Mertens veut, pour qu'on le donne dans les maladies inflammatoires avec fièvre, que le pouls soit dur, nerveux, et qu'on n'observe pas de signe de coction et de crise. De larges doses de Camphre sont, suivant Pouteau, un moyen des plus héroïques contre les affections crysipélateuses du bas-ventre qui surviennent dans les fièvres puerpérales.
Nous répéterons ici ce que nous avons dit plus haut, savoir qu'à moins d'indications particulières peu communes, il ne faut pas s'engouer de ces merveilleuses promesses.
Dans la goutte, et surtout le rhumatisme aigu et chronique, le Camphre s'est jusqu'à nos jours concilié d'assez nombreux suffrages: c'est ainsi que Collin rapporte un grand nombre de rhumatismes chroniques, mais plus encore de névralgies sciatiques, où il eut beaucoup à se louer du Camphre à hautes doses. Werlhof, op. cit., cite un cas de goutte déplacée et fixée sur les viscères, où de hautes doses de Camphre paraissent avoir été trèsefficaces. Les cas analogues sont communs dans les auteurs du dix-huitième siècle. En parlant du musc, nous avons déjà eu occasion de signaler ces terribles accidents, et de faire sentir combien ils semblent céder heureusement à de fortes doses des remèdes qu'on appelle stimulants diffusibles.
Depuis le commencement de ce siècle, plusieurs thèses et mémoires ont paru, qui accordent au Camphre une grande puissance curative dans le rhumatisme aigu fébrile ; c'est ainsi, au moins , que plusieurs de ces écrits sont intitulés. Mais les observations sur lesquelles les auteurs ont fondé leurs conclusions sont moins probantes qu'ils ne le pensent. Ainsi, par exemple, la thèse de M. Chèse (Paris, 1808) ne prouve absolument rien de ce qu'annonce le titre ; on n'y voit que des névralgies sciatiques où le Camphre en frictions et en fumigations paraît avoir bien réussi ; mais ces affections, bien que reconnaissant souvent une cause rhumatismale, ne sont pas le rhumatisme aigu fébrile.
Pour ne pas diviser ce que nous avons à dire du traitement des affections rhumatismales par le Camphre, nous parlerons ici de l'emploi externe qui en a été fait dans ces maladies, au lieu de réserver cette question pour la partie où il sera fait mention de ce mode d'administration.
M. Delormel [Journ. gén. de méd., t. CV1I) cite plusieurs cas de rhumatisme chronique et de goutte complètement guéris par la vapeur du Camphre dégagée dans une étuve pendant cinq à six minutes, le malade étant déjà exposé depuis un quart d'heure à l'action de la chaleur sèche. A ces fumigations, on joint des pilules d'aconit et d'opium. Les observations qui ont pour objet les rhumatismes chroniques consécutifs à des rhumatismes aigus nous paraissent assez concluantes. Les dernières, qui appartiennent évidemment à des engorgements goutteux, ne méritent pas la même confiance, au moins comme cure radicale. Notons toujours que le gonflement articulaire et les incommodités qui en résultaient ont été détruits, mais n'allons pas en conclure, avec l'auteur du mémoire, qu'il
CAMPHRE
a guéri la goutte; car résoudre un engorgement goutteux n'est pas plus guérir la goutte qu'exciser une excroissance vénérienne n'est guérir la syphilis. Nous voudrions, pour porter un jugement plus assuré sur ces observations, que le traitement eût été dégagé de l'aconit et de l'opium, qu'on sait ne pas être sans efficacité dans les cas dont il s'agit. Cullen était si persuadé du caractère réfractaire de la goutte, que, tout en admettant que le Camphre pût dissiper une manifestation locale du principe goutteux, il aimait mieux ne pas l'employer dans les cas où l'éruption goutteuse ayant choisi pour se fixer une partie du corps indifférente à l'entretien de la vie, comme les membres, par exemple, il redoutait en la déplaçant une métastase viscérale ; et il le réservait au contraire pour délivrer ceux-ci aux dépens du retour de la goutte sur des parties moins essentielles.
A en croire M. Dupasquier, dans un mémoire dont on trouve un long extrait dans la Revue médicale, an 1826, t. II, p. 218, le rhumatisme articulaire aigu fébrile aurait trouve son spécifique dans le Camphre en fumigations.
Voyons si, à l'exemple de Van-Helmont, M. Dupasquier n'est pas allé trop loin, en déclarant indignes de pratiquer l'art de guérir ceux qui ne savent pas tronquer une maladie dans son principe.
Des observations de ce médecin, deux bien caractérisées comme rhumatisme fébrile général, sont comptées parmi les cas de guérison, la rémission des accidents ayant eu lieu, pour la première, au bout de trois semaines. Une récidive survient après huit jours de cette rémission ; elle est regardée comme un nouveau rhumatisme. Le sujet de la deuxième est dit guéri au bout de quinze jours ; le temps est brumeux ; au bout de huit jours, récidive qui ne cesse qu'après trois ou quatre fumigations, et qu'on regarde encore comme une nouvelle attaque.
La première erreur, ici, est de considérer un agent thérapeutique comme efficace dans le rhumatisme, lorsque celui-ci ne cède qu'après trois ou quatre semaines ; car c'est là la durée moyenne de la maladie abandonnée à ellemême. La deuxième erreur consiste à compter comme une nouvelle invasion la récidive des douleurs articulaires, après huit jours de rémission de ces douleurs. Combien de fois n'avons-nous pas vu toute douleur, tout engorgement se dissiper alors que la fièvre rhumatismale étant toujours là pour attester l'existence de la cause, nous prédisions que quelque nouvelle localisation ne tarderait pas à se montrer par les synoviales, l'endocarde ou le péricarde ! Ces observations ne prouvent donc ni pour ni contre le Camphre. D'autres cas de rhumatisme musculaire, vague, apyrétique, sont ici sans valeur. Cette espèce n'a aucune durée fixe, et cède le plus souvent d'elle-même. Il n'y a que deux exemples de guérison en cinq jours de rhumatismes vraiment articulaires, aigus et fébriles; encore dans l'un d'eux on ne fait pas mention de la fluctuation des articulations. Mais qui n'a vu, sans pouvoir s'en rendre compte, des rhumatismes qui, par leur analogie avec les plus réfractaires, semblaient devoir durer
quatre à cinq semaines, disparaître au bout de quelques jours sans nulle médication, ou avec des médications insignifiantes ? Tant il est vrai que le diagnostic, ce mot étant pris dans toute sa valeur, et la connaissance de la marche naturelle de maladies, sont les plus importantes des études du médecin !
M. Dupasquier pense que le Camphre agit en portant sur la peau une puissante révulsion. Mais le rhumatisme lui-même est une longue révulsion aux téguments externes qui sont brûlants, injectés, couverts d'une sueur profuse, non critique, plus nuisible que soulageante ; et c'est en faisant suer des malheureux, dont la plus grande incommodité est de trop suer, qu'on prétend les guérir! Ces considérations mises à part, tout ce qui excite la peau, et provoque la diaphorèse, comme les bains tièdes, les bains de vapeur d'eau et aromatique, nous a toujours paru plus désavantageux qu'utile dans le rhumatisme aigu.
Rien n'égale les éloges prodigués au Camphre dans la peste, les fièvres putrides, pétéchiales, malignes, et les inflammations de même nature, omnes morbi mali moris. C'est à la rapidité avec laquelle il traverse tous les couloirs, à sa faculté d'entraîner en se vaporisant à la surface de la peau, tous les miasmes qui infectent l'économie, ainsi qu'à son action antiputride directe, que les auteurs des deux derniers siècles attribuent sa vertu contre la peste. Piïngle, qui a expérimenté ses qualités désinfectantes, en faisait un heureux emploi dans les typhus nosocomiaux, et dans les fièvres des camps à leur deuxième et troisième période. Fréd. Hoffmann nous apprend qu'après une peste meurtrière, Vérone éleva une statue à un médecin nommé Heinisius, pour les services qu'il rendit dans cette épidémie avec une huile qui a conservé son nom, et dont le Camphre constituait !a base. Le Camphre fut aussi prodigué dans la peste de Marseille. Remedium in febribus malignis sine Camphorâ est intar militis sine gladio. C'est ainsi que s'exprime Ettmuller, dans le fanatisme thérapeutique qui, en général, le caractérise. A entendre L. B. Tralles, grâce au Camphre, le fléau de la peste va laisser reposer le monde : Non tôt gibbosa cœmiieria reddit pestis emortuale virus. Mindererus, Rivière, Fernel, Schultz, Hartmann, Wepfer, en parlent. avec autant d'enthousiasme pour les services qu'il leur a rendus dans les fièvres malignes, en rapportent de leur propre pratique un grand nombre d'observations, à leurs yeux très-pé-. remptoires, et que nous nous abstiendrons d'analyser, ainsi que la relation que fait Callisen {Acta societatis regise tranniensis, t. I, p. 407) d'un typhus des vaisseaux, dans lequel, après avoir vainement tenté toutes sortes de moyens,, il eut enfin recours avec succès à la vertu antiseptique et sédative du Camphre.
Ce médicament n'abrégea pas la durée de la maladie, comme on peut s'en convaincre en lisant le rapport de Callisen : car le typhus qu'il décrit pst bien probablement une dothinentérie grave et épidémique ; mais par son action sédative, il réprima très-évidemment beaucoup de symptômes exagérés, et amena d'heureuses terminaisons. De nos jours, où, après de
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longs débats et des recherches sévères, on a été conduit à renfermer dans un seul genre (fièvres typhoïdes, continues graves, dothinentérie) toutes les fièvres désignées autrefois comme bien distinctes sous les noms de fièvre maligne, putride, adynamique, nerveuse, pestilentielle, on sait combien il faut être réservé pour prononcer sur les effets bons ou mauvais d'une médication quelconque dans ces sortes d'affections. Tout au plus, peut-on se permettre quelques moyens pour lever les obstacles aux tendances de la nature et dégager sa marche des complications qui l'entravent, telles que les inflammations parenchymateuses, les hémorrhagies non critiques et les phénomènes nerveux. Nous ne voulons donc pas juger les faits des auteurs qui sont favorables au Camphre. Peut-être sur la fin de la maladie, lorsque surviennent les accidents dits putrides et nerveux, comme escarres, hémorrhagies sous-cutanées, soubresauts des tendons, coma, etc., etc., cet agent n'est-il pas sans avantage....
Il est une fièvre particulière que Rivière a décrite sous le nom de pétéchiale et que nous n'affirmerions pas être une dothinentérie. Le Camphre fut-il aussi utile qu'Hoffmann le déclare? C'est ce qui est fort incertain, car ce médicament était donné vers le milieu du deuxième septénaire, et Rivière dit que les malades entraient en convalescence au bout de quelques jours. Cela ressemble bien à la marche naturelle de ce genre d'affection. Il est juste de dire pourtant que dans ses observations et dans celles fort analogues rapportées par Huxham, les accidents menaçants qui étaient la cause ou l'effet des pétéchies s'amendaient bien sous l'influence du Camphre. Ceci rentre dans la question des complications qui, selon nous aussi, doivent être combattues comme nous le conseillons plus haut.
Huxham remplissait deux indications en donnant le Camphre dans les fièvres lentes nerveuses et pétéchiales. D'abord il excitait la diaphorèse sans allumer la fièvre : au contraire, à cet avantage, il joignait celle d'apaiser l'éréthisme et de produire le sommeil dans les cas où les opiats n'agissaient pas.
Le Camphre a joui d'une grande réputation dans les fièvres éruptives, s'accompagnant de malignité et de putridité, surtout lorsque l'exanthème venant à se supprimer, la vie du malade est compromise par les accidents de tout genre dus à cette rétropulsion. C'est comme alexipharmaque, antiseptique et sudorifique qu'il était prescrit dans ces circonstances.
Haller décrit une épidémie de variole qui régna à Berne en 1735, et dont la gravité était principalement due à des taches noires, des hémorrhagies sous-cutanées qui se montraient entre les pustules. On sait que Sydenham regardait ces taches et le pissement de sang comme des signes certains d'une mort prochaine : Sanguinis mictum et maculas purpureas qua; ità certè mortem prxnunciant. Or Haller réclame contre ce pronostic absolu. Les cas qu'il cite se trouvent dans les mêmes conditions appréciables que ceux de Sydenbam. La mortalité était générale : toutes les médications échouaient ; enfin il découvrit un moyen de salut, le Camphre : id vero fuit Camphora. Du moment où il donna ce remède (20 grains par
jour dans une potion) , il ne vit plus les taches hémorrhagiques ni les terribles accidents qui les accompagnaient, et si, par l'imprudence des gens qui entouraient le malade, celui-ci prenant des cardiaques, on en voyait paraître quelques-unes, la potion camphrée rendait aussitôt à la variole sa marche bénigne. Cette potion était continuée jusqu'à la dessiccation. Nous n'avons jamais eu l'.oecasion de remplir l'indication où Haller fit un si heureux usage du Camphre. Nous n'hésiterions pas à le faire si elle se présentait. L'arrêt de Sydenham nous permettrait de tout essayer en pareil cas. Ses pronostics sur la variole ne nous ont que bien rarement trompés.
L'autorité de Tissot serait encore pour nous d'un grand poids. Comme Haller, il avait recours au Camphre dans les cas que nous avons spécifiés. Il est vrai qu'il y joignait les acides, dont l'action en pareil cas n'est pas douteuse. Faut-il croire que le Camphre puisse, comme l'a dit Rosenstein, énerver le virus variolique et réaliser l'opinion préconçue de Boerhaave sur la possibilité de dompter ce principe? Faut-il croire que celui-ci inoculé avec une solution de Camphre, l'infection variolique est empêchée? Ces expériences n'ont aucun titre à notre confiance.
Est-il nécessaire de dire que le Camphre a été préconisé comme souverain dans les fièvres intermittentes? Tous les agents de la matière médicale n'ont-ils pas été tour à tour investis de cette puissance? En traitant de la médication antispasmodique, nous signalerons les cas où ces divers moyens peuvent satisfaire à des indications particulières en combattant des éléments pathologiques indépendants de la maladie périodique. Son influence sédative de la circulation fa fait vanter par Hoffmann en particulier contre les hémorrhagies. Collin paraît être le praticien qui a le plus fait usage du Camphre. Il le portait à des doses énormes. La collection importante d'observations qu'il a publiées dans VAnnus medicus, sous le titre de Camphorœ vires, se compose en grande partie de faits relatifs à des ulcères sordides, réfractaires, à des gangrènes spontanées, des phlegmasies de mauvaise nature, des abcès, des suppurations interminables venues à la suite de varioles, de scarlatines surtout, de fièvres putrides, d'hectiques purulentes symptomatiques de caries, etc. Dans tons les cas, il existe un état d'infection générale du système dont la cessation sous l'influence du Camphre précède toujours l'amélioration de l état local. 11 y a aussi quelques exemples de leucorrhée et d'hystérie heureusement modifiées par le Camphre. Les faits rapportés par Collin sont de ceux qui nous semblent devoir concilier au Camphre le plus de suffrages. C'est dans des cas analogues que nous craignons le moins de l'employer.
Les maladies des voies urinaires, et parmi elles, celles qui sont accompagnées de dysurie et de strangurie, sont assez sûrement dégagées de ces accidents par l'usage intérieur du Camphre. C*est surtout dans la blennorrhagie compliquée de difficulté et de douleur pour uriner, qu'il a été conseillé. Plusieurs mémoires récents témoignent de son efficacité en pareil cas. On cite des rétentions d'urine où le Camphre à l'intérieur a pu épar-
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gner le catéthérisme aux malades. Les anciens et les modernes sont d'accord sur ce point. Junker dénie néamoins au Camphre ce mode d'influence, ainsi que Cullen, que de nombreux faits, dit-il, ont amené à cette opinion. Ce genre d'emploi du Camphre sera examiné à la fin de l'article, à la question des combinaisons du Camphre comme correctif de divers agents.
L. B. Tralles et Fréd. Hoffman, qui ont porté les vertus du Camphre jusqu'à une exagération ridicule, le prônent comme un excellent antisyphilitique. Personne, nous présumons, ne sera tenté d'en faire l'essai.
Si des maladies humorales et des lésions organiques nous passons aux affections nerveuses ou névralgiques, nous les aurons toutes à énumérer àpropos du Camphre. Nos lecteurs ne gagneraient rien à ces longueurs. Qu ils sachent que le Camphre a été loué à l'excès, et quelquefois blâmé dans toutes les névroses imaginables, et principalement dans Thystérie, l'asthme et les maladies avec flatuosités -, pour les névralgies, dans celles de la face et des dents. Nous ne nous arrêterons plus qu'à deux séries de faits, ce sont ceux qui ont rapport au traitement de la manie par le Camphre et à la propriété anaphrodisiaque de ce médicament.
C'est à l'imperfection des connaissances des anciens sur les maladies mentales, à la confusion qui régnait dans le diagnostic de ces affections, à l'absence de distinction établie entre les genres et les espèces de vésanies, à l'ignorance où ils étaient sur leur marche naturelle et leur traitement moral, qu'il faut attribuer la réputation de spécifique dont a presque universellement joui le Camphre dans le traitement de la mélancolie et de la manie avec ou sans délire. Paracelse, Sennert en parlent trèsavantageusement dans ce sens. Ettmuller affirme qu'il ne lui a jamais été que fort utile dans les délires mélancoliques avec ou sans fureur préalable.
Werlhof, Bergerus, Joerdens ont cité des faits à l'appui de cette action dans le Comm. Noremb. Kinneir l'a vu réussir quatre fois; Fériar, Laugther l'ont administré plusieurs fois sans aucun effet; Cullen n'en a rien obtenu, mais il cite un cas où il l'a vu manifestement agir.
Pinel ne se prononce pas sur cette question, bien qu'il croie que dans la manie, les antispasmodiques à hautes doses puissent trouver leur indication. Savoir saisir celles-ci dans un genre de maladies de causes diverses, de symptômes et de marche si fluctuants, si irréguliers, si peu soumis aux efforts salutaires de l'organisme, nous paraît chose bien difficile.
Le signe articulé par Avenbrugger dans son travail qui a pour titre : Experimentum nascens de remedio specijîco sub signo specifico in mania vïrorum, comme indicateur de l'emploi du Camphre dans la manie, lèvet-il ces embarras? Nous ne saurions le juger, parce quecepointdeséméiotique est tombé dans l'oubli sans que nous sachions si cet oubli est justifié par l'infidélité constatée du signe dont il s'agit.
Avenbrugger prétend que le Camphre guérit spécialement la manie chez les mâles lorsqu'elle est accompagnée de la condition suivante : 1° pénis
contractus, exilissimus ; 2° scrotum corrugatum, vacuum; 3° ambo testiculi ità relracti, ut adcaxum abdominis propè introducti appareant. Autre condition moins importante : Vulsio manuum ad interiora. L'existence de ce dernier signe permet de présager le premier. Il paraît suffire chez les femmes pour autoriser l'usage du Camphre.
Dans les cas qui réunissaient ces conditions, Avenbrugger commençait par débarrasser le ventre à l'aide de purgatifs antiphlogistiques ; il saignait du pied jusqu'à disparition des signes de pléthore, attachait le maniaque dans son ht, tenait le ventre incessamment recouvert de fomentations chaudes émollientes, et jusqu'à guérison absolue il prescrivait une mixture avec deux grammes et demi (50 grains) de Camphre pour les vingt-quatre heures. Toutes les observations rapportées par Avenbrugger dans son intéressant travail appartiennent à des maniaques avec délire furieux et fièvre, presque tous jetés dans cet état par des causes morales. Il ne tenait pas compte de l'effroyable excitation qui semblait se développer sous l'influence du Camphre, et avait à cet égard adopté l'axiome suivant : Vis maniaci vi eludendaest, ubide remediorum externorum et internorum accuratâ administratione agitur.
La diminution des accidents s'observait dans un ordre régulier et toujours annoncé par une réduction successive et proportionnée de l'état spécifique des parties génitales à leur état normal. Après le premier nycthéméron, le pénis s'allonge; à la fin du deuxième, un des testicules est descendu au fond du scrotum qui s'affaisse; enfin après soixante-douze heures, l'autre est aussi descendu. A dater de ce moment, la maladie se comporte ainsi: sommeil profond, sueurs abondantes, le malade éveillé n'est pas encore entièrement apyrétique ; interrogé , il ne se plaint que d'une grande fatigue musculaire, d'une faim dévorante et de la gêne de ses liens. Alors on diminue graduellement les doses de Camphre, qu'on poursuit néanmoins longtemps encore après la disparition de tous les symptômes.
Certes, voilà qui est précis, non équivoque. Personne n'empêchera Avenbrugger d'avoir vu ce qu'il a vu. Et puis, ce médecin éclairé avait des termes de comparaison. Il avait eu occasion de voir traiter et de traiter lui-même un très-grand nombre de maniaques, d'après la méthode de Nicolaùs Sedana, son maître. Ce traitement consistait en saignées du pied qu'on faisait alterner avec des vomitifs pendant un long temps, et les malades guérissaient moins promptement que lorsqu'on leur donnait le Camphre. Mais il faut bien dire que le traitement préparatoire énergique qu' Avenbrugger faisait subir à ses malades, pouvait avoir une grande part dans leur rétablissement.
Ces faits n'en ont pas moins leur intérêt, et si nous nous y sommes arrêtés un peu longuement, c'est pour que les praticiens aient l'attention éveillée sur le point de séméiotique qu'ils tendent à consacrer et sur sa valeur relative à l'indication du Camphre avec les précautions conseillées par Avenbrugger. Tous les praticiens qui l'ont prescrit dans la manie l'ont
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porté à hautes doses et avec persévérance. Ils ont attribué les insuccès des autres à la négligence de ces deux conditions de réussite.
Jusqu'à quel point est fondé ce fameux adage de l'école de Salerne : « Camphora per nares castrat odore mares? »
A cet égard on doit consulter les faits. Si nous les comptons, la majorité confirmera l'action anaphrodisiaque qu'un plus petit nombre tend à infirmer. Les services que ce remède rend dans les dysuries , les maladies des voies urinaires, font encore présumer cette action sédative que nos expériences propres nous ont paru aussi justifier. Mais, comme tous les effets du Camphre, celui-là paraît fort variable. M. Ricord lui attribue en pareil cas une vertu éminente.
L'emploi extérieur du Camphre est sujet à moins de diversité dans ses résultats. Dans les ulcères de mauvaise nature, scorbutiques, dartreux, les gangrènes spontanées, la pourriture d'hôpital, il possède réellement une vertu antiputride trop souvent manifestée pour qu'on la révoque en doute. C'est dans ces cas surtout que Collin l'employait, et il le faisait prendre en même temps à l'intérieur, lorsque ces lésions externes paraissaient sous l'influence d'un vice général. On en saupoudre les parties. Dans ces cas, son mélange avec le quinquina en poudre rend la médication plus sûre. On l'emploie sous forme d'huile de camomille camphrée en fomentations dans les météorismes du ventre qui tiennent à une atonie de la tunique charnue du tube digestif. Dissous dans l'alcool, il est utile dans les entorses légères. Des compresses imbibées de cette eau-de-vie camphrée résolvent les ecchymoses, font disparaître l'engorgement et la douleur des entorses. Sous cette forme, on s'en sert aussi en embrocations dans le rhumatisme et les névralgies chroniques. On le prescrit aussi extérieurement dans tous les engorgements froids, sur les membres affaiblis à la suite de fractures, etc., sur les seins pour faire passer le lait des nouvelles accouchées; sur le foie dans certaines hypertrophies de cet organe. On en arrose avec avantage les cataplasmes résolutifs. 11 nous a souvent réussi de cette manière. Plusieurs auteurs ont conseillé d'en faire dégager la vapeur dans les lieux où sont plusieurs malades affectés de maladies dites putrides et de nature gangréneuse.On l'incorpore à certaines pommades contre la gale, l'eczéma, etc., pour apaiser l'irritation de la peau, empêcher les démangeaisons, etc.
M.Malgaigne [Gaz. mec?. , juillet 1832) a consigné quelques observations d'emploi du Camphre appliqué sur les érysipèles. 11 dit que ni les anciens ni les modernes ne parlent de cette médication. Junker, Pouteau, Murray s'en expliquent pourtant d'une manière assez claire. Pour juger la valeur réelle d'un agent contre l'érysipèle, il faut bien connaître la marche naturelle de cette affection ; alors on voit parfaitement que , quoi qu'en dise M. Malgaigne, les cas d'érysipèle interne, précédé de fièvre, de celui que nous appellerons érysipèle médical, qu'il rapporte en preuve du bienfait de l'usage du Camphre, ont imperturbablement rampé sur la face et le cuir chevelu en dépit du médicament, et que celui-ci n'a eu d'action véritable
que dans les cas d'érysipèle chirurgical survenu à la suite des lésions ex-
ternes aux environs de ces lésions. Les conclusions de M. Malgaigne ne sont donc valides que relativement à cette dernière espèce. Cet auteur pense avec raison que par le froid intense qu'il produit sur les parties qu'on en recouvre (entre des compresses mouillées en ayant soin d'arroser de temps en temps les compresses), il pourrait remplacer la glace dans les affections cérébrales. Les aspersions d'éther camphré sont le moyen le plus commode d'employer le Camphre localement dans les érysipèles ambulants et dans les érythèmes. De cette manière l'éther se volatilise rapidement au contact de la peau enflammée, et une mince couche de Camphre reste appliquée sur les parties. Nous en faisons ainsi un usage fréquent et heureux. De tout temps on a beaucoup vanté les collyres résolutifs faits avec le Camphre, et nous croyons que c'est à juste titre. Il est peu d'orphthalmies qui répugnent à son emploi.
A l'exemple de Murray, nous avons voulu réunir à la fin de cet article tous les cas où, comiiné à d'autres agents la plupart fort énergiques, le Camphe est considéré comme capable d en atténuer les effets délétères sans nuire au but de la médication qu'on se propose en administrant ces substances. Ces combinaisons ont surtout eu lieu avec les drastiques, le nitrate de potasse, les cantharides, le mercure, le quinquina et l'opium.
Suivant quelques-uns, l'action du Camphre, correctrice de celle des cantharides sur les organes génito-urinaires, est spécifique et à peu près infaillible. Nombre de fois nous en avons été témoins. D'autres, et parmi eux surtout Junker, Cullen et M. Barbier, d'Amiens, refusent au Camphre cette faculté, et l'accusent même d'augmenter les accidents qu'on se propose de calmer. Ces divergences prouvent seulement que ce mode d'influence n'est pas constant, et voilà tout. Nous engageons néanmois les praticiens. à ne pas le négliger. Lorsqu'ils seront obligés d'appliquer un large vésicatoire, surtout chez les enfants, ils feront bien de le saupoudrer de Camphre, méthode préférable à l'ingestion par la bouche. Cette propriété du Camphre confirme et est confirmée par celle que nous lui avons déjà reconnue dans la chaudepisse dite cordée et les rétentions d'urine.
Lorsque le Camphre était fort usité dans le traitement des inflammations et des fièvres, on l'associait presque toujours à l'azotate de potasse, qui augmentait sa force sédative et prévenait les inconvénients de la stimulation qu'il causait quelquefois. L'utilité de son union avec les drastiques pour en modérer l'action trop irritante nous paraît bien hypothétique. Pris avec les préparations mercurielles, on dit que d'un côté il atténue leur puissance antivénérienne, mais que de l'autre il empêche la salivation. Les faits sur lesquels reposent ces opinions n'ont pas eu de suite dans la science. Il serait si heureux de trouver un remède sûr contre la salivation qu'on ne risque rien à essayer le Camphre. Lassone et Hallé ont attribué à cette substance le pouvoir de s'opposer aux accidents de narcotisme causés par l'opium. Le raisonnement s'accommode assez bien de cette
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opinion admise par Murray, rejetée par Cullen et M. Orfila. Le nosologiste anglais pensait que le Camphre était capable d'augmenter l'efficacité antipériodique du quinquina.
Récemment, un chimiste qui a cherché partout la célébrité, M. Raspail, est venu renchérir sur l'enthousiasme des anciens médecins pour le Camphre. Un morceau de cette substance peut remplacer tous les agents de la matière médicale, nous allions presque dire ceux de la médecine opératoire.
Le nom populaire de l'auteur d'une si merveilleuse découverte nous force malgré nous en quelque sorte, à la communiquer à nos lecteurs; et, pour ne pas être accusés d'exagération, nous laisserons parler M. Raspail. Toutefois, avant de lui donner la parole, nous dirons que c'est en vertu d'une théorie pathogénique propre à l'auteur que le Camphe est devenu tout à coup le sauveur du genre humain malade. Toutes les maladies ont, pour cause la présence d'insectes dans l'économie : or le Camphre est un insecticide puissant. Donc, etc.. Que répondre à cela?
« 1" Soit une tabatière à double fond, dont un compartiment renferme du Camphre réduit en poudre impalpable, et dont l'autre soit destiné à contenir de petites cigarettes de Camphre dont je vais donner la construction, on aura là une petite pharmacie portative pour une foule de cas qui ne sortent pas du cadre de l'hygiène ordinaire, et dont je vais spécifier quelques-uns ci-après. Les cigarettes dont je parle sont de petits tuyaux de paille ou de plume à écrire du plus petit calibre, dans lesquels on a introduit des grumeaux de Camphre, que l'on y contient au moyen de deux tampons de papier joseph ; on fume ces cigarettes comme une cigarette ordinaire, mais on les fume à froid, c'est-à-dire qu'on se contente de faire passer par leur capacité l'air qu'on aspire; en même temps on a soin d'avaler la salive que la présence de la cigarette provoque. Quant au Camphre en poudre, on le prise comme le tabac à priser, dont il offre tous les avantages hygiéniques sans posséder aucun de ses inconvénients, car cette poudre n'est presque pas sternutatoire, et ne produit aucun écoulement coloré ou incolore, en sorte qu'on peut en prescrire l'usage aux dames, aux enfants, etc., dans tous les cas où le tabac serait indiqué comme hygiénique ou moyen de distraction.
« 2° Le second appareil consiste dans une compresse en linge, imbibée d'alcool saturé de Camphre, et dans un surtout soit en caoutchouc, soit en parchemin, soit en vessie, soit en linge fortement empesé à la gomme ou à l'amidon, et dont les dimensions soient telles que l'on puisse l'envelopper d'une atmosphère de Camphre. Si le mal avait envahi toute la surface du corps, ce surtout pourrait être remplacé par un sac soit en peau, soit en toile fortement empesée.
« On sera peut-être étonné au premier abord de m'entendre dire qu'au moyen de ces deux catégories d'appareils on parviendra à soulager instantanément, et quelquefois à dissiper comme par enchantement une foule de maux lents à guérir, et même rebelles à tout autre traitement. Je
prie MM. les médecins de croire que je ne me suis pas dissimulé l'effet de cette première impression, mais je les prie de passer outre comme moi, et d'expérimenter. Je fais un appel, non à leurs souvenirs, mais à leur conscience, et la conscience du physiologiste est tout entière dans l'expérimentation.
a 3° Dans toutes les affections de poitrine qui peuvent être rangées dans les catégories désignées par les expressions suivantes : toux, rhumes, ca~ tarrhes, grippe, étouffements, pituite, coqueluche, croup, que le malade tienne constamment à la bouche une cigarette de Camphre; qu'il n'aspire l'air presque que par ce petit tuyau ; que de temps à autre il prise de la poudre de Camphre, ce dont du reste il peut se dispenser comme d'un accessoire de simple utilité; les accès diminueront d'intensité et se succéderont avec moins de fréquence, alors qu'ils ne cesseront pas tout à coup. Le malade ne tardera pas à éprouver un sentiment de bien-être, qui est presque subit lorsque les poumons sont simplement engorgés.
« 4° L'analogie me porte à croire que l'usage constant et non interrompu des cigarettes de Camphre est capable de dissiper tous les symptômes de la phihisie pulmonaire, au moins à la première période, et dès lors la prudence ferait un devoir de l'indiquer, même dans les cas désespérés de cette maladie.
« 5° Il est un fait sur lequel je n'élève pas le moindre doute, c'est que les douleurs provenant d'une adhérence pulmonaire, celles que les malades désignent sous le nom de points de côté, se dissipent presque surle-champ par l'emploi de la compresse d'eau-de-vie camphrée joint à l'usage des cigarettes. Je n'oserais pas avancer qu'il en soit de même des affections du cœur autres que l'anévrisme bien caractérisé; cependant j'ai par devers moi de fortes raisons pour pencher vers l'affirmative : au reste,, le remède est si inoffensif, qu'on ne s'exposera à rien par un essai inutile.
a 6° Dans les affections de l'estomac rebelles aux médicaments aniiphlogistiques, on sent le mal disparaître par l'usage seul des cigarettes ; et je conseillerais même volontiers à MM. les pharmaciens de faire entrer un centigramme de Camphre par litre dans la composition de leurs sirops de gomme (on sait que le sucre a la propriété de dissoudre cette substance). On ne saurait croire d'avance tout l'effet de cette simple addition, presque insignifiante. Les personnes qui souffrent à jeun de l'estomac se soulagent instantanément en aspirant une cigarette, et rien n'est plus hygiénique que de faire un usage habituel de ce moyen. Depuis plus de trois mois j'en ai constamment une à la bouche ; et il me manque quelque chose toutes les fois que je suis forcé d'en départir.
« 7" Dans les maladies qui affectent les viscères que renferme la capacité abdominale, entérites, fièvres intermittentes et typhoïdes, etc., choléra, fièvre jaune, affection du foie, de la rate, des reins, de l'utérus, etc.; que l'on recouvre toute la surface abdominale de la compresse d'eau-de-vie camphrée, arrosée fréquemment et emprisonnée dans son surtout ; qu'on
CAMPHRE
oblige le malade à n'aspirer l'air que par le tuyau d'une cigarette, ou par celui de tout appareil analogue que commandera la position spéciale du malade, et qu'on n'interrompe en aucun cas ce traitement jusqu'à la terminaison de la maladie ; l'effet sera du genre de ceux qui ont fait donner à certains médicaments la désignation d'héroïques. (J'ai vu des fièvres intermittentes être coupées par la seule application d'un morceau de Camphre sur le creux de l'estomac.)
« 8° Il en sera de même dans les maladies de la peau ; mais en règle générale, et dans ce cas plus que dans tous les autres, on ne doit jamais avoir recours à l'emploi des compresses suns faire usage abondamment des cigarettes et du sirop camphré. En d'autres termes, on ne doit jamais envelopper la surface épidermique du corps d'une atmosphère camphrée sans revêtir les surfaces muqueuses de vapeur de Camphre ou d'un liquide légèrement camphré. C'est le moyen de s'opposer aux répercussions, dans les cas où elles sont à craindre.
« 9° Quiconque soigne une maladie contagieuse de l'homme ou des animaux doit priser ou fumer le Camphre, si toutefois il n'a pas déjà l'habitude du tabac; mais, dans l'un ou l'autre cas, il ne doit interrompre en aucun instant cette médication, et ses vêtements doivent être fortement imprégnés de l'odeur de l'une ou de l'autre substance. Je le répète, toute la puissance du préservatif est dans la constance de son emploi.
« 10° Dans les maladies de la boîte crânienne autres que les inflammations, on enveloppera constamment la tête de la compresse, en y joignant l'usage des cigarettes et de la poudre à priser. Le tournis se dissipera peut être en peu de tèmps, mais le malade en sera bientôt soulagé.
« Lorsqu'un cheval sera menacé ou attaqué de la morve, qu'on attache à chaque branche du mors un gros sachet de Camphre, de manière que l'air aspiré par les naseaux entraîne dans les cavités nasales une forte dose de vapeur de cette substance, et que le palefrenier fasse usage de la médication ci-dessus. J'ose avancer que les cas de morve seraient moins nombreux en France si l'on avait soin de tenir les écuries dans un plus grand état de propreté, si les murs en étaient mieux crépis, les toiles d'araignées enlevées avec plus de soin, et surtout si l'on avait la précaution d'y faire des fumigations fréquentes de tabac, ou bien enfin si l'on parvenait à habituer le cheval à porter constamment un petit sachet de Camphre aux naseaux ; on aura soin aussi de laver de temps à autre l'orifice des naseaux avec de l'eau de-vie camphrée.
« 11° Les maux d'oreilles et d'yeux, en général, guérissent en versant de la poudre de Camphre dans le tuyau auditif et l'y maintenant avec du coton, en saupoudrant la conjonctive d'un peu de poudre de Camphre. La petite douleur que la conjonctive éprouve du premier contact de cette poudre est de très-courte durée. Qu'on introduise un grumeau de Camphre dans le creux d'une dent cariée, et qu'on l'y maintienne avec du plomb en feuille ou du papier mâché, la douleur, si aiguë qu'elle soit, se dissipera en quelques instants, et quelquefois le progrès de la carie est arrêté :
on recommencera si la douleur se renouvelle et si la carie continue ses progrès.
a II ne faut pas attacher une grande importance à la répugnance que certaines personnes éprouvent pour l'odeur du Camphre; cette répugnance est quelquefois imaginaire et de convention; mais en tout cas elle s'efface au bout de quelques instants, si lê malade peut s'astreindre à ne pas sentir d'autre odeur. Les impressions de nos sens s'émoussent par la constance et l'uniformité. »
Notre but sera rempli, si l'exposition de tant de leurres et de tant de sottises, peut préserver le lecteur des séductions d'un empirisme dangereux, et inexplicable si l'amour seul de la vérité l'inspire.
En résumé, le Camphre semble se partager l'action de plusieurs classes de médicaments. Ses effets contre-stimulants le rapprochent beaucoup des agents qui n'affaissent la puissance vitale qu'en enchaînant, avec une confusion de symptômes incohérents de dépression et de stimulation, les fonctions organiques, agents qui, à cause de cet assemblage de phénomènes contraires qu'ils produisent, ont reçu letitredenarcotico-âcres. Sous ce rapport, le Camphre est l'analogue et peut-être le succédané de la digitale, de la scille, de l'ellébore, de l'aconit, etc. D'autre part, il possède des propriétés antispasmodiques très-prononcées, et qui l'assimilent surtout au musc, et encore au castoréum ; car les indications spéciales auxquelles satisfait ce dernier médicament, sont remplies avec la même sûreté par le Camphre. Comme le musc, il est plutôt efficace contre les symptômes nerveux graves qui marchent avec les maladies aiguës fébriles que contre les symptômes nerveux primitifs et constituant les névroses. Son action stimulante est fort incertaine et accidentelle; elle dépend de trop de conditions impossibles à réunir et à diagnostiquer pour pouvoir utilement servir; dans les cas où on a cru la mettre à profit, c'est surtout sa vertu antiseptique qui s'est manifestée ; car il paraît avoir dans les maladies dites putrides des avantages qui ne peuvent résulter que de cette vertu. Appliqué topiquement, il jouit de propriétés résolutives incontestables. Ses qualités antiseptiques le recommandent aussi dans ce mode d'administration.
Mode d'administration et doses.
On l'administre souvent en pilules. Pour le réduire en poudre, il faut le triturer avec quelques gouttes d'alcool. Il n'agit jamais plus activement que suspendu ou dissous dans les émulsions de liquides onctueux, le jaune d'œuf, le lait, la crème ; dans des potions ordinaires à l'aide de la magnésie, et même de l'amidon, dans l'alcool, l'eau-de-vie, le vinaigre, dans des sirops, des juleps. La dose peut, selon les besoins, s'élever de 50 centigrammes à 1 gramme (10 à 20 grains) par jour, en ayant soin de la fractionner. Elle peut même être portée plus haut avec cette précaution. Son action est très-fugace. Il est impossible de la fixer à cause du caractère variable de son intensité d'action. Suspendu dans un jaune d'œuf, il trouve
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souvent son indication en lavements. L'eau-de-vie et l'huile camphrées sont d'un usage vulgaire. Une foule de préparations internes et externes contiennent du Camphre.