ÉTHERS
cessent d'être affectés par la saveur spéciale et l'odeur subtile et suave de l'Éther, les phénomènes consécutifs sont ceux produits par l'alcool, avec cette différence que ces derniers sont plus prononcés, s'étendent bien plus aux organes de la circulation, se dissipent moins promptement et jettent dans une stupeur fatigante, une ivresse crapuleuse; tandis que l'action de l'Éther se borne à exalter un peu, mais subitement, la susceptibilité sensoriale, avec quelques vertiges auxquels succèdent bientôt une certaine obtusion des sens, comme elle serait produite par l'interposition d'une gaze très-fine entre les stimulants extérieurs et toutes les surfaces de relation, en particulier celle de l'œil, l'oreille, et des instruments du tact et du toucher. Joignez à cela un peu de témulence à la conjonctive, quelques fourmillements erratiques parcourant assez agréablement la peau des extrémités, tout cela s'évanouissant au bout d'une heure, et faisant place à un grand bien-être, à une refocillation fort salutaire et à un appétit extraordinaire. Le pouls et la chaleur ne sont pas sortis de leurs limites physiologiques, les urines n'ont pas été plus abondantes. Voilà très-fidèlement ce que nous avons ressenti. Plusieurs auteurs, et en particulier Schwilgué, avaient déjà, comme nous, énoncé le peu d'influence de l'Éther sur le système vasculaire. L'excessive volatilité de cette liqueur fait qu'une partie seulement est absorbée. Ce qui entre dans les voies delà circulation est rapidement éliminé par la muqueuse pulmonaire.
On voit par cette description, tracée en 1836, combien nous étions près de l'action anesthésique de l'Éther introduit par 1 inhalation pulmonaire. Le mot seul manque au compte rendu des effets que nous avons éprouvés. Que nous eussions augmenté la dose ou tenu un peu plus longtemps le flacon sous le nez, l'anesthésie cérébrale pouvait être déterminée et les nouvelles propriétés de l'Éther connues dix ans plus tôt.
16 grammes (demi-once) d'Éther donnés à un petit chien, l'ont tué en trois heures. L'œsophage avait été lié. L'estomac était fort enflammé. L'Éther sulfurique administré par la bouche ne peut être considérée comme un poison.
C'est à l'Éther sulfurique pris pour type que s'appliquera spécialement tout ce que nous allons dire. •
Action thérapeutique.
L'Éther nous paraît réunir les propriétés des antispasmodiques à celles des excitants. Il est l'anneau de transition de la première de cette classe de médicaments à l'autre, et si nous l'avons inscrit dans cette catégorie, c'est qu'à coup sûr il retient encore plus de la manière d'agir des premiers que des seconds. Les annales de l'art, nos observations journalières, en font foi. D'ailleurs, en parlant des excitants proprement dits, nous montrerons qu'eux aussi, sont puissamment antispasmodiques, sinon purement, exclusivement, et par eux-mêmes, comme la valériane et les gommes-résines, au moins médiatement et en dernier résultat.
Les antispasmodiques ont des propriétés qui leur sont communes, et peuvent se suppléer jusqu'à un certain degré. Chacun d'eux, cependant, a des privilèges d'action qui, pour ne pas lui appartenir à l'exclusion des autres, lui font donner la préférence quand il s'agit de déterminer cette action spéciale. C'est ainsi que l'Éther est particulièrement appliqué à certaines formes des affections nerveuses qu'il réussit mieux à combattre que ses analogues, lesquels, à leur tour, l'emportent sur lui dans d'autres conditions morbides.
Indiquons de suite que, plus les maladies spasmodiques sont peu profondes, mobiles, récentes, impétueuses et soudaines dans leur apparition, plus aussi l'Éther a de prise sur elles. Développons cette formule générale, en spécifiant les faits particuliers dont elle est l'expression.
Celui-là aurait une bien fausse idée de l'hystérie, qui ne croirait à son existence qu'alors qu'elle éclaterait avec ses accidents les plus exagérés, et qui aurait besoin, pour la reconnaître, des convulsions, de la suffocation, de la perte de connaissance, etc. Comme la plupart des maladies sans matière, elle est vague, irrégulière, affranchie du rhythme calculable qui caractérise les affections inflammatoires et les pyrexies. Une chose bien importante à savoir, c'est qu'elle est décomposable, c'est-à-dire qu'elle peut apparaître tantôt avec tous ses symptômes, tantôt avec un seul, avec deux, avec trois, sans cesser d'être elle-même. Le bon observateur la devine à quelques bâillements suivis de sanglots et de soupirs entrecoupés et sans cause appréciable ; il la voit dans de simples palpitations de cœur pendant lesquelles la poitrine semble se gonfler chez les jeunes filles, dans une dysphagie passagère, dans un météorisme subit qui se déplace et semble vouloir s'échapper par la partie supérieure du tube digestif où il opère une sorte d'étranglement : dans un hoquet spasmodique, dans une jactitation comme involontaire accompagnée d'impatience et de soupirs profonds, en un mot dans tous ces éléments vaporeux qui, réunis et portés à un haut degré, constituent l'attaque hystérique, et qui, ainsi détachés, cèdent comme par enchantement à quelques gouttes d'Éther, et y cèdent avec d'autant plus de rapidité qu'ils sont plus récents, plus isolés, plus indécis. Quant à leur intensité, elle n'est pas toujours une contre-indication de l'Éther. On voit souvent des femmes jetées dans le plus grand désordre nerveux par quelques accidents hystériques, éprouver des palpitations considérables, un grand étouffement, etc., être rendues à un calme subit et profond par une cuillerée de sirop d'Éther. Le tableau que nous venons de tracer rappelle la valériane et ses indications. En effet, ces deux agents ont une grande analogie, et sont parmi les antispasmodiques ceux qui peuvent se suppléer le plus avantageusement. Tous deux ont une action rapide, mais fugace, prompte à s'user. Ils diffèrent des gommes-résines sous d'autres rapports, qui seront indiqués au chapitre Médication antispasmodique.
Si le mot hystérie ne peut convenir à l'homme, étymologiquement parlant, il en est tout autrement par l'état spécial du système nerveux auquel il s'applique. Bien des hommes souffrent tous les accidents spasmodiques
ETHERS.
que nous avons énumérés plus haut, surtout les flatulences et les palpitations. L'Éther leur réussit fort bien. Certaines personnes nerveuses sont sujettes à des congestions subites et partielles, qui n'ont aucun des caractères de celles qui naissent sous l'influence de la pléthore ; la saignée accroîtrait cette espèce de congestion, car elles sont souvent une suite de pertes de sang excessives; l'Éther les dissipe. dans la plupart des cas. Il en est de même des inégales répartitions de la chaleur chez les mêmes sujets. A lui seul il suffit pour faire cesser les douleurs atroces de l'iléus spasmodique, de même qu'il est donné avec succès dans la gastrodynie, le vomissement convulsif, la toux nerveuse. On sait qu'il est d'un usage vulgaire dans les convulsions des enfants, surtout celles qui arrivent pendant la dentition.
Il y a peu de temps que, passant la nuit près d'un enfant de deux ans, opéré de la trachéotomie pt)ur un cas de croup, nous eûmes l'occasion de nous convaincre de la vertu antispasmodique de l'Éther. Cet enfant, à l'autopsie duquel nous trouvâmes les deux poumons farcis de pseudo-membranes et de mucus plastique jusque dans les bronches capillaires, avait une agitation extraordinaire, une orthopnée effrayante : c'était bien le cas de renoncer aux antispasmodiques en vertu de ce prétendu axiome pathologique : Sublatâ causa, etc. Comment se fait-il pourtant qu'à chaque cuillerée de sirop d'Etber, le malheureux enfant reprît du calme et du sommeil auxquels le retour de la suffocation et des convulsions 1 arrachait bientôt, l'action de l'Éther s'usant rapidement et nécessitant fréquemment une nouvelle administration du même remède suivie de la même rémission, et ainsi de suite plus de dix fois jusqu'à la mort, qui eut lieu le matin par les progrès incessants de l'asphyxie et de sa cause? En traitant de la Médication antispasmodique, nous insisterons avec grand soin sur cette question.
En sa double qualité de stimulant diffusible et d'antispasmodique, l'Éther peut rendre d'immenses services, conjurer une mort prochaine dans le cas de métastase goutteuse et de localisation de ce principe sur le cœur, le cerveau et les centres nerveux splanchniqu^s. On voit des syncopes menaçantes, des cardialgies atroces, des délires, des apoplexies inopinées dues à la cause que nous venons d'énoncer; on voit ces terribles accidents disparaître en peu d'instants par de hautes doses d'Ether prises tout d'un coup. Toutes les fois qu'une maladie quelconque s'écarte de sa marche naturelle et se complique de quelques symptômes nerveux, les potions où entre l'Éther peuvent dissiper ces éléments de complication : c'est ce qui se voit surtout dans les exanthèmes irréguliers, les fièvres de mauvais caractère.
Il est des cas où l'organisme, plongé dans une adynamie profonde et directe, demande le secours des toniques, et où ceux-ci, rencontrant un système nerveux trop épuisé pour répondre à leur action, ont besoin, pour être sentis et produire leur effet, d'être associés à un stimulant qui réveille la vitalité des solides, et la monte à un point où alors les toniques
ont leur utile influence. L'Éther peut servir ainsi d'adjuvant au quinquina, etc., quoique moins spécialement que quelques autres stimulants, l'acétate d'ammoniaque par exemple. On ne peut qu'attribuer à une erreur de diagnostic les cas de guérison radicale du croup, que Pinel et Alibert racontent avoir obtenus par l'emploi des fumigations d'Éther. Il suffit de lire leurs observations pour voir que ces deux praticiens ont eu affaire à de faux croups, à des angines striduleuses : nous concevons très-bien son efficacité dans cette dernière affection.
Tout le monde connaît l'heureux emploi qu'on fait de l'Éther respiré dans un flacon, contre les syncopes, les défaillances, les pâmoisons, etc. Pinel le recommandait chez les jeunes filles aménorrhéiques par une trop grande mobilité nerveuse, un état spasmodique de l'utérus ; Tissot, pour combattre les pollutions nocturnes dues à une imagination trop vive. Nous ne saurions rien affirmer sur l'utilité de l'Éther tant prônée par Durande, Sœmmering, Richter, dans le traitement des calculs biliaires. Ces praticiens n'auraient-ils pas eu à traiter de simples coliques hépatiques, où les antispasmodiques sont très-bien indiqués ? Après tout, comme ce n'est pas la présence seule du calcul qui cause la colique hépatique, mais les spasmes que ce corps étranger détermine, il est fort possible que, sans attaquer le calcul, l'Éther calme la colique, c'est-à-dire l'irritation nerveuse expultrice. Et la preuve qu'il en est ainsi, c'est que la colique cesse quoique le calcul reste. L'Éther passe pour diurétique, et, en effet, nous l'avons vu déterminer cette action dans un certain nombre de cas. Desbois, de Rochefort, l'administrait avec avantage dans les fièvres intermittentes, lorsque, dit-il, elles étaient réduites à leur plus grand état de simplicité : il suspendait ainsi la périodicité comme pour tout ce qui agit vivement sur le système nerveux. Nous savons qu'uni au quinquina, il peut être fort utile contre quelques symptômes des fièvres intermittentes pernicieuses. Dans presque toutes les formes de ces affections si graves, il est bon de combiner l'action des antispasmodiques diffusibles aux préparations de quinquina.
Bourdier a proposé un traitement de taenia par l'Éther. Voici comment il veut qu'on l'emploie : Prendre le matin, à jeun, un gros d'Éther sulfurique dans un verre de forte décoction de fougère mâle; une heure après, le ver étant supposé assoupi par l'action anodine de l'Éther, on avale deux onces d'huile de ricin pour le chasser hors du ventre. Si l'on présume qu'il est dans l'intestin, on l'enferme dans la potion éthérée et un lavement avec 8 grammes (2 gros) du même anthelmintique, puis on donne le purgatif expulseur. Lorsque le taenia existe dans l'estomac, le succès est certain. Bourdier rapporte quatorze cas où son remède a été mis en usage : sur ce nombre, cinq malades qui avaient le taenia dans le ventricule ont guéri en trois jours. Des neuf autres, trois, chez lesquels le ver était dans les intestins, en ont été délivrées aussi en trois jours; quatre, après deux traitements; deux seulement ont conservé le redoutable entozoaire.
La célèbre liqueur minérale anodine d'Hoffmann n'est autre chose que
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l'Éther sulfurique adouci par l'addition d'une certaine quantité d'alcool; on a appellé ainsi le dernier produit de la distillation de l'Éther, auquel on conseille même d'ajouter un peu d'huile douce de vin. Hoffmann exaltait cette fameuse liqueur dans tous les cas où nous avons recommandé l'Éther. A l'extérieur, l'Éther trouve quelquefois son indication : on a rapporté des cas où tous les moyens de réduction des hernies étranglées ayant échoué, on eut recours à l'application de l'Éther sur la tumeur, qui, tout d'un coup, diminua de volume et rentra dans le ventre. Le moyen est facile, et peut toujours être employé avant d'en venir au débridement. Dans les céphalalgies intenses, les migraines, l'Éther appliqué sur le front et les tempes peut soulager par le froid subit qu'il procure. On voit que tout n'est pas nouveau dans l'histoire de ses propriétés anesthésiques locales. En frictions il dissipe les douleurs rhumatismales et névralgiques.
Nous avons eu beaucoup à nous louer du sirop d'éther dans le choléra épidémique, à la dose d'une cuillerée à bouche toutes les heures, administré concurremment avec la glace et une boisson légèrement excitante, l'infusion de menthe par exemple. Nous en suspendions tout à fait l'emploi dès que se manifestaient un peu de chaleur et de présence du pouls radial. Nous avons dû à cette stimulation simple et modérée des réactions modérées elles-mêmes, exemptes assez souvent de cet état typhoïde comme parsemé de phlegmasies interminables et de mauvais caractère qui emportaient tant de malades.
Doses et mode d'administration.
A cause de son extrême volatililé, on ne peut pas toujours se flatter de faire ingérer toute la quantité d'Éther qu'on a voulu prescrire. Dans les potions, les juleps, on l'administre depuis quelques gouttes jusqu'à 4 grammes (l gros) (les flacons doivent être exactement bouchés). Il est des cas où, à cause du serrement des mâchoires et de la dysphagie, on est obligé de l'administrer en lavements depuis 2 grammes (1 demi-gros jusqu'à 2 gros) ; quelques gouttes sur un morceau de sucre suffisent, dans bien des cas, pour dissiper des symptômes nerveux en apparence formidables. La préparation la plus commode et la plus sûre est le sirop d'Éther, heureuse invention de M. Boullay. Chaque once de sirop contient environ 4 grammes (1 gros) d'Éther. C'est une liqueur fort agréable, et qui peut remplacer toutes les anciennes préparations.
Sous le nom de perles d'Éther, M. le docteur Clertan, de Dijon, a eu l'heureuse idée d'enfermer la liqueur incoercible dans une enveloppe gélatineuse. L'Éther est avalé ainsi très-facilement, et comme une petite pilule ; puis, tout à coup, on sent l'estomac comme inondé d'une sensation dé fraîcheur agréable, qui annonce la rupture ou la dissolution de l'enveloppe. Nous ne saurions trop recommander ce nouveau mode d'administration.
L'Élher sulfurique renferme souvent de l'acide sulfureux, lorsqu'il a été mal préparé. Son action est alors bien différente et moins efficace. L'Éther entre dans presque toutes les potions antispasmodiques.
L'Élher acétique (découvert en 1759 par le comte de Lauraguais) a été peu employé. C'est à M. Sédillot qu'on doit à peu près tout ce qui est connu sur les propriétés thérapeutiques de cet Éther. Ce médecin commença ses essais en 1784. Comme effets physiologiques, il nota qu'à la dose de 12 à 18 gouttes, il lui causait une propension assez marquée au sommeil, que porté à 2 grammes (1 demi-gros), il en résultait un calme profond, un besoin presque insurmontable de dormir. Nous n'avons pas été aussi heureux que M. Sédillot ; et, sans vouloir attaquer la véracité de ses essais, ou en contredire les conclusions, nous dirons seulement qu'après avoir pris, au moment de nous coucher, 20 à 30 gouttes d'Éther acétique, nous avons passé la nuit entière sans goûter de sommeil, chose qui ne nous arrive presque jamais, et dont l'Éther acétique seul a été la cause, appréciable au moins. Quoi qu'il en soit. M. Sédillot tenta cet Éther dans tous les cas où le sulfurique était indiqué, mais en triplant la dose. Il se convainquit qu'il avait des propriétés antispasmodiques aussi énergiques, et qu'à beaucoup d'égards il lui était préférable; que, comme ce dernier, il ne portait pas de sécheresse et de chaleur à la gorge; que son action était plus facile à maîtriser; qu'aussi bien que l'opium il combattait diverses affections gastriques, spasmodiques et douloureuses, et que, comme lui, il ne suspendait pas les sécrétions et l'action des organes. Cet auteur ajoute que, sans regarder l'Éther acétique comme un spécifique contre le rhumatisme, il l'avait sur lui-même employé avec avantage dans ce cas comme précieux palliatif des douleurs, excepté dans les cas où elles reconnaissent pour cause un principe goutteux. Il l'a vu réussir merveilleusement contre les douleurs laiteuses. Nous avons déjà dit que la dose devait être triple de celle de l'Éther sulfurique.
L'Éther nitrique ou pour mieux dire nitreux a été conseillé dans tous les cas où nous avons loué l'Éther sulfurique. On a dit qu'il était plus calmant que celui-ci. Les doses sont les mêmes.