ANGUSTURE
MATIÈRE MEDICALE
L'Ângusture, Angusture vraie, est une écorce du Bonplandia trifolia, Cusparia febrifuga, Galipea officinulis, Galipea cusparia [\). C.), arbre de la famille des Rutaeées, de la tribu des Cuspariées
Caractères du genre Cusparia. Calice campanulé à cinq divisions; corolle de cinq pélales soudés à leur base ; cinq ou six étamine», ovaire à cinq loges; style simple, stigmate à cinq lobes.
Caractères spécifiques. Le Cusparia febrifuga est un arbre irès-élevé. Écorce grisâtre i feuilles à longs pétioles, trois folioles sessiles, digitées; fleurs blanches, en grappes dressées. Calice subcampanulé à cinq divisions profondes. (Corolles de cinq pétales soudésen tube; cinq a six étamines, dont deux anthéritéres; ovaire sessile au fond de la fleur.
Parties usitées. L'écorce — Nom pharmaceutique, Cortex anguslurœ, angosto œ.
— Nom vulgaire, Angusture vraie, cusparé.
Cette écorce est en plaques plus ou moins larges, roulées, minces sur les bords; épiderme gris jaunâtre; cassure compacte,
résineuse, d'une teinte brun jaunâtre; saveur amère, nauséeuse, un peu acre et piquante.
Comme nous le verrons plus fard, il est très-facile de confondre l'Angusture vraie avec l'Angusture fausse, qui est un poison violent, mais l'Angusture vraie se reconnaît faci emenl a son écorce toujours mince, peu rugueuse, à sa face inté ieure plus ou moins rosée, et à ses bores taillés en biseau, enfin à ce que l'acide nitrique ne la colore pas en rouge coloration qui se produit avec l'Angusture fausse et qu'elle doit à la brucine qu'elle contient; aussi sa saveur estelle très amère,
D'après l'analyse d'Husband, cette écorce contient de la gomme, une manière amère, de la résine et une huile volatile. Il est remarquable qu'elle ne renferme pas de tannin. Au moyen de l'alcool absolu, Saladin en a retiré un principe cristallisable en tétraèdres qu'il a nommé Cusparin.
Préparations. La poudre, l'exirait, l'infusion, la teinture.se préparent comme pour le quassia amara. (Voyez plus haut.)
THÉRAPEUTIQUE
Suivant Mérat et de Lens, les naturels du pays où l'on récolte l'Angusture la regardent comme supérieure au quinquina dans le traitement des
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fièvres intermittentes; ils l'emploient aussi comme le simarouba et le Colombo dans la dysenterie.
Chez nous, il a été fait quelques expériences pour constater les propriétés fébrifuges et antidysentériques de l'Angusture. Reydellet et Niel, de Marseille, ont administré la poudre d'Angusture à cinq malades affectés de fièvre intermittente vernale qui tous ont guéri. Fodéré n'a réussi que trois fois dans huit cas où il a tenté le même moyen. Il n'y arien d'extraordinaire de voir le médicament le plus insignifiant guérir la fièvre intermittente, mais surtout celle qui se développe au printemps; cette maladie, ainsi que nous l'avons dit déjà bien souvent, cède spontanément, et l'expérience n'a de valeur que si on la fait sur des malades atteints de fièvre intermittente tierce ou quarte qui dure depuis au moins quinze jours, avec un type parfaitement régulier. C'est dans ces conditions que M. Bretonneau, de Tours, a expérimenté les propriétés fébrifuges de l'écorce d'Angusture, et il a trouvé ce médicament parfaitement inefficace.
Quant à ses propriétés antidysentériques, elles ne sont pas mieux démontrées que sa vertu fébrifuge.
L'Angusture n'est donc d'aucune utilité médicale, car le peu de bien qu'elle peut faire comme amer, nous l'obtenons par tous les amers indigènes.
Fausse Angusture; Pseudo-Angustura, Angustura virosa; Brucea antidysenterica. L'écorce d'Angusture vraie qui avait été apportée en Angleterre en 1788, fut employée pendant longtemps comme fébrifuge : mais en 1808 elle produisit des empoisonnements ; et l'on reconnut alors qu'elle était mélangée d'une autre écorce qui a été désignée depuis sous le nom de fausse Angusture : elle fut attribuée au Brucea anlidysenterica ou ferruginea observé par Bruce en Abyssinie; plus tard, Virey soupçonna qu'elle était produite par un strychnos, opinion qui fut confirmée par M. Batka, qui fit voir que la fausse Angusture était produite par le strychnos nux vomicu, et plus récemment M. Christison est venu ôter tous les doutes qu'on aurait pu avoir à cet égard.
Comme elle arrive mêlée aux écorces d'Angusture vraie, elle a pu causer de terribles accidents, et M. Bretonneau, de Tours, qui faisait des expériences dans son hôpital sur les propriétés fébrifuges de l'Angusture, vit mourir dans d'horribles convulsions un malade, victime de la méprise du pharmacien.
L'Angusture fausse est plus épaisse, plus rugueuse à sa surface, d'une couleur variable, mais toujours plus foncée que celle de l'Angusture vraie; de plus ses bords sont taillés à pic et jamais en biseau.
Aussi est-ce une raison de plus de proscrire l'Angusture vraie, qui, sans utilité spéciale, peut être l'occasion d'erreurs aussi déplorables.
Il est probable d'ailleurs que la fausse Angusture partage les propriétés thérapeutiques des strychnos dont nous avons parlé au chapitre des Médicaments excitateurs.