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MARRONNIER D'INDE

MATIÈRE MÉDICALE

Le Maronnier d'Inde (^Esculus hippocastanum)est un arbre naturalisé dans nos pays, de la famille naturelle des Ilippocastanées.

Parties usitées. L'écorce.

Caractères génériques. Le genre JSsculus a un calice tubuleux a cinq lobes arrondis; corolle de quatre pétales irréguliers; capsule coriace à trois loges monospermes. Arbres ou arbrisseaux à feuilles opposées et digitées.

Caractères spécifiques (jEsculus hippocastanum). Arbre très-beau et très-élevé; feuilles opposées longuement pétiolées, à sept digitations. Fleurs blanches, marquées d'une tache rouge, en grappe dressée. Ca-

lice tubuleux à cinq lobes obtus, quatre pétales inégaux, onguiculés à la base; sept étamines plus courtes que la corolle. Le fruit est une grosse capsule coriace, globuleuse, hérissée de pointes, contenant d'une à quatre graines.

L'écorce, assez semblable, quant à l'aspect, à celle du quinquina jaune, a une saveur astringente et un peu arrière. L'analyse y a démontré beaucoup de tannin.

Préparations pharmaceutiques. On n'emploie que la poudre, l'infusion et la décoction de Marronnier d'Inde, lesquelles se préparent comme il a été dit plus haut pour le quinquina.

THÉRAPEUTIQUE

Le Marronnier d'Inde a été nouvellement introduit dans la thérapeutique. On se sert de son écorce et de ses fruits.

En 1720, le président Bon lut à l'Académie royale des sciences une note sur les propriétés fébrifuges de l'écorce du Marronnier dinde. Cette note passa inaperçue. Pontedera, de Padoue [Dissertationes botanicx. Padoue , ■1720 et 1632), et Zanichelli, de Venise (Intorno alla facoltàdeW Ippocastano. Venise, 4731), insistèrent plus particulièrement sur ses propriétés. Cette écorce, tombée dans un juste oubli, fut remise en honneur en 1752 par Leidenfrost [De succis herbanim récent ium recenter expressis, eorumque usu ad morbos. Duisbourg, 1752. Thèse de Maister), et un peu plus tard par Turra de Venise (Osse?*vaz. dibotanic. Ven., 1765), par Eberhard, de Hall De nucis vomicœ et corticis Hippocustani virtute meclicâ, 1770), et par Buchloz, qui traduisit en allemand le dernier mémoire de Turra (1783), et contesta, comme les auteurs que nous venons de citer, les vertus antipyrétiques de l'écorce du Marronnier d'Inde.

Malgré ces témoignages, l'écorce du Marronnier était de nouveau tombée dans un grand discrédit, quand la guerre continentale de Napoléon rendit plus actives les recherches sur les succédanés de quinquina. Le gouvernement français donna lui-même l'impulsion en 1807, et sollicita les travaux des médecins. Ranque, d'Orléans, publia en 1808, dans le Bulletin de la Société médicale d'émulation, le résultat de ses recherches. Il assura avoir guéri 43 malades atteints de fièvre intermittente, en leur faisant prendre 42 à 15 grammes (3 ou 4 gros) par jour d'écorce de Marronnier. Lacroix médecin à la Ferté-Bernard (Annal, de méd. prat. de Montp. , 1804), se vanta d'avoir obtenu des succès encore plus éclatants. Mais Gasc, Bourges, Bourdier, Zulati (uot/.Mérat et de Lens, tome Ier, page 88, Dicc. de mat. méd.) ne confirmèrent pas, par leur propre expérience, les résultats heureux obtenus par Ranque, Lacroix et ceux qui les avaient pré-

400 MEDICAMENTS TONIQUES NEVROSTHENIQUES.

cédés. En 1816, M. Bretonneau, qui expérimentait en grand, à l'hôpital de Tours, les prétendus succédanés du quinquina, n'eut pas plus à se louer de l'écorce de l'^Esculus que de toutes les autres substances qu'il essaya.

Le Marron d'Inde, fruit de l'sEsculus hippocastanum, peut servir à la nourriture de quelques animaux. Il répugne pourtant en général à nos animaux domestiques à cause de son amertume. Il contient beaucoup de fécule qui, extraite par les procédés indiqués par M. Salesse, est de beaucoup supérieure au tapioca et à l'arrow-root.

M. Flandin est parvenu, il y a quelques années, à enlever complètement l'amertume du Marron d'Inde : il suffit pour cela de le faire bouillir quelques instants avec une solution très-étendue de carbonate de soude.

On a aussi fait des pois à cautère avec le Marron d'Inde; mais ils sont peu employés.

L'écorce du Marronnier se donne aux mêmes doses et de la même manière que l'écorce de quinquina.

On a extrait du Marronnier d'Inde une matière alcaline à laquelle on a donné le nom d'Esculine et qui a été proposée comme fébrifuge.

Quant à l'huile de marron d'Inde à laquelle l'ignorance et le charlatanisme attribuent la propriété de guérir la goutte et le rhumatisme, nous nous contenterons de dire que rien n'égale l'audace des charlatans qui la prônent, si ce n'est la naïveté des personnes qui en font usage : c'est d'ailleurs une substance tout à fait inerte lorsqu'on l'emploie en frictions.

ALKEKENGE.

MATIÈRE MEDICALE

L' Alkékenge ou cnqueret, solarium vesicarium, physalis Alkekengi, est une plante de la famille des Solanees et qui a du rapport avec la belladone. Elle appartient au genre Cuquerei, qui comprend des arbustes, et des herbes à feuilles simples et alternes, à Heurs blanches ou jaunâtres, formées d'une corolle monopétale, eouviant cinq étamines, un pistil, ù fruits baceiferes renfermés dans des calices vésiculeux, pentagones, colorés comme le fruit en jaune ou rouge.

La baie contient un grand nombre de semences aplaties et résinifutmes.

Cette plante, dont la racine est vivace, croît spontanément et abondamment dans certains vignob es du midi ei de l'ouest de la France. On la cultive avec succès dans les jardins. Elle aime à la fois l'ombre, la chaleur et une terre légère. Les baies d'Alkékenge diffèrent de celles de la belladone par leur couleur rouge ou jaune, et par leurs propriétés. Elles ont un goût acide et amer très-prononcé. Eu Espagne, en Suisse, en Allemagne et en Angleterre, et dans quelques contrées de la France, on sert sur les tables comme fruits acides et rafraîchis-

sants des baies d'une certaine espèce d'Alkekenge.

Les capsules, feuilles et tiges ont une amertume franche et persistante.

Récolte, préparation, mode d'administration et doses.

L'Alkékenge ne doit se récolter qu'à l'époque de la maturité des fruits, c'est-à-dire suivant l'exposition ou le climat, depuis la fin d'août jusqu'à la ûn d'octobre.

Les tiges, capsules et baies, vertes d'abord, acquièrent une couleur rouge ou jaune qui indique, leur maturité.

Dans les vignes, les premières pousses ont souvent été dé ruites par les vignerons, et les coquerets de seconde végétation mûrissent à la ûn de septembre ou d'octobre.

On peut alors les cueillir, en faire des bouquets, comme c'est l'usage dans les campagnes; on les expose sur un sol bien sec à la chaleur du soleil. La dessiccation sera plus piompte si 1 on sépare les baies des capsules, car la transpiration des premières entretient l'humidité des secondes.

ALKÉKENGE.

Les baies se dessèchent lentement, se flétrissent, se vident; en les broyant, on en sépare facilement les graines, dont on peut faire des semis dans un terreau bien préparé.

La dessiccation en plein air n'est jamais suffisante pour obtenir une division ou pulvérisât iun facile de la plante.

il est nécessaire de la passer à l'étuve ou au four chaulïé à 40°, de l'y laisser de huit à douze heures avant de la soumettre à l'action du piton.

On obtient trois espèces de poudres :

rouge, jaune et verte.

Les baies et capsules fournissent les deux

premières, la tige et les feuilles la troisième.

Toutes sont d'une amertume franctie et persistante; celle des baies a de plus une acidité marquée qui n'est pas désagréable.

On prépare du vin d'Alkékenge très amer en faisant macérer pendant huit jours 30 grammes de tiges, feuilles ou fruits, dans un litre de vin.

L'eau s'empare également du principe amer, soit par infusion, soit par décoction.

Le vin ou l'eau d'Alkékenge peuvent servir de véhicule à la poudre et ajouter à son action fébrifuge.

L'extrait d'Alkékenge a été peu expérimenté.

THÉRAPEUTIQUE

L'Alkékenge a été longtemps employée en médecine pour son action diurétique, et à différentes époques abandonnée et reprise.

Dioscoride prescrivait les baies contre l'ictère et l'ischurie; il dit même les avoir conseillées avec succès contre l'épilepsie.

Arnaud de Villeneuve la remit en honneur comme diurétique.

Ray l'employait dans la goutte.

Le docteur Giliberta guéri, par l'usage des baies ou de leur suc simplement exprimé, plusieurs hydropiques, et recommande surtout cette médication dans les leucophlegmaties qui succèdent aux fièvres intermittentes.

Les habitants de la campagne ont toujours attribué à cette plante des propriétés diurétiques, et malgré l'oubli où elle est retombée de nos jours, ils continuent à la récolter avec soin en septembre ou octobre, en font des bouquets qu'ils suspendent au plancher de leurs habitations, et la conservent ainsi pour combattre les rétentions d'urine dont ils pourraient être affligés.

Ils la donnent fréquemment en décoction aux bestiaux atteints de dysnrie.

C'est à M. le docteur Gendron, du Château-du-Loir, que l'on doit d'avoir introduit l'Alkékenge dans la thérapeutique, de manière à lui faire occuper un rang un peu plus important que celui qui lui était auparavant dévolu.

Nous n'avons pas, quant à nous, été en mesure de répéter les expériences de cet habile praticien ; aussi , dans cet article, nous contenterons-nous d'analyser les travaux qu'il a publiés sur la matière. Nous ferons toutefois nos réserves à l'égard de ce travail. Nous croyons peu aux succédanés du quinquina ; l'arsenic lui-même, malgré le nombre des expériences qui ont été faites, nous a trouvés longtemps quelque peu incrédules; à plus forte raison le serons-nous pour un médicament qui est loin d'avoir fait ses preuves.

Action physiologique.

Les effets physiologiques de la poudre d'Alkékenge ont été sensibles chez les malades faibles anémiques, et particulièrement chez les femmes chlorotiques.

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Plusieurs de ces dernières ont ressenti peu d'instants après son administration, même à petite dose, des bourdonnements d'oreille, un peu d'ivresse et un ralentissement assez notable du pouls. Les effets consécutifs étaient le retour du pouls à son type normal, la coloration du teint, le développement des forces musculaires.

L'action diurétique constatée par un grand nombre de praticiens l'a été de nouveau par M. Gendron; à forte dose, le médicament produit un sentiment de pesanteur à la région épigastrique et de la constipation.

Après plusieurs jours d'emploi, il a occasionné chez quelques malades des coliques suivies d'une diarrhée qui disparut promptement. Les individus bien constitués et dont les fièvres étaient récentes n'ont généralement éprouvé aucun effet appréciable.

Administrée plusieurs fois après le repas, cette poudre, même à forte dose, n'a nullement troublé la digestion.

Action thérapeutique.

M. Gendron a publié, en i850, une série d'expériences sur les propriétés antipériodiques de la poudre de capsules et baies d'Alkékenge. Plus tard les feuilles et tiges ont été employées par lui avec un succès à peu près égal.

Ces expériences, répétées à l'hôpital de Vendôme par les docteurs Gendron et Fatou, ont presque toujours réussi à guérir des fièvres intermittentes, si communes parmi les militaires casernés aux bords du Loir et au niveau de prairies souvent submergées. Depuis sa première publication, M. Gendron a recueilli un assez grand nombre d'observations qui confirment les premières, et malgré plusieurs échecs delà médication sur des fiévreux pendant l'automne de 1850, il n'hésite pas à conclure que la poudre d'alkékenge convenablement administrée guérit un grand nombre de malades atteints de fièvres intermittentes. Ce médicament n'a ni la promptitude ni la sûreté du sulfate de quinine; mais comme il ne coûte rien dans certaines provinces de la France, les gens de la campagne s'astreignent aisément à continuer son usage après l'interruption de la fièvre, et ils sont moins exposés aux récidives.

Lorsque le troisième accès de fièvre n'est pas supprimé par FAlkékenge, ou du moins très-notablement amoindri, on doit peu compter sur un effet fébrifuge.

Toutefois les individus aux prises avec la cachexie fébrile, qu'il y ait ou non tuméfaction de la rate, reprenaient sensiblement de la force et de la coloration, même lorsque les accès n'étaient pas complètement interrompus.

Une dose de sulfate de quinine suffisait alors pour couper la fièvre, et à la suite, deux doses par jour d'Alkékenge prévenaient les récidives et complétaient la guérison.

M. Gendron a traité, vers la fin de 1850, une fille de la campagne atteinte de fièvre tierce avec douleur vive et profonde à l'hypochondre gauche.

KUMETERRE. TREFLE D'EAU. HOUBLON. 403

Les accès cédèrent aux premières doses d'Alkékenge, la douleur persista et ne céda que deux jours plus tard à l'emploi du même médicament.

Dans les fièvres larvées et les névralgies intermittentes, dans les fièvres rémittentes, l'Alkékenge a constamment réussi à éteindre les accès.

Une jeune fille convalescente d'une fièvre typhoïde conservait une fréquence habituelle du pouls, et avait tous les soirs et alternativement un faible et un fort paroxysme débutant par un petit frisson.

24 grammes d'Alkékenge en quatre doses mirent fin à ces accès et amenèrent une franche et prompte guérison.

Mode d'administration et doses.

La poudre de capsules, baies ou tiges d'Alkékenge, se donne dans de l'eau ou du vin à des doses variables depuis 4 jusqu'à 18 grammes à la fois.

Donnée une fois, au début même du frisson, elle a arrêté un accès de fièvre qui n'a plus reparu à l'hôpital de Vendôme; on a réussi presque constamment en prescrivant dans l'intervalle des accès deux doses par jour de 3 grammes chaque.

Quatre doses par jour de 4 grammes ont également coupé des fièvres de différents types et dans des conditions variées de sujets, d'âge, de sexe, de localité et d'ancienneté de pyrexie.

Cette méthode me paraît la plus convenable. Les préceptes de Torti sur l'administration du quinquina à doses fortes et uniques, et le plus loin possible de l'accès, ne paraissent pas jusqu'à présent applicables à la médication par l'Alkékenge.

11 résulte des expériences de M. Gendron que cette substance peut être employée en toute sécurité à quelque dose que ce soit, avant comme après le repas, dans l'intervalle comme au début des accès de fièvre.

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