ORDHE DES II ÉTÉ ROT R ICI] ES
mm
leurs intervalles s'implantent de courts cils vibraliles qui revêtent la surface entière du corps. Le périslome est lui-môme dépourvu de cils vibraliles, mais son bord postérieur est orné d'une rangée de cils longs et puissants qu'anime une vive vibration etqui donnent souvent l'illusion d'un mouvement de roue.
Wising a observé le début de la conjugaison de ces animalcules : deux individus s'accolent par le péristome et se fusionnent en ce point, le reste du corps demeurant libre (fig. 58). Cet auteur n'a pas vu le noyau subir la moindre modification.
La multiplication par division transversale est beaucoup plus fréquente (fig. 59). Stein, Ekeckranl*. Wising et Leuckart en ont souvent été témoins.
tel
Fig. 58. — Balnntidium^coli en conjugaison, d'après Wising.
Fig. 59. - Balantidium col,. Reproduction flssipare, d'après Leuckart.
Elle débute par a production, vers la partie moyenne du corps d une ceinture de longs cils vibratiles, au niveau de laquelle le corps ne tarde pas à s'étrangler profondément. Le noyau et
BUAKCIIABD. - Zool. méd. 0
114 CLASSE DES 1NFUS01HES.
les vacuoles contractiles se dédoublent alors; puis le segment inférieur se déprime en une excavation qui deviendra le péristome et dans laquelle la ceinture de cils s'enfonce de plus en plus.
Les deux individus ainsi formés se séparent davantage et bientôt ne tiennent plus l'un à l'autre que par un pédoncule qui finit par se briser. Le fragment de ce pédoncule se rétracte par la suite, mais il persiste encore quelque temps sous forme d'une petite masse sphérique qui a donné lieu à des interprétations diverses. Certains auteurs la prenaient pour un excrément; Ekeckrantz la considérait au contraire comme un bourgeon, et partait de là pour admettre que la reproduction pouvait se faire encore par gemmiparité.
Dansla première édition de son grand ouvrage sur lesparasites de l'Homme, en 1863, Leuckart faisait connaître que Balaniidium coli se rencontre constamment en grande quantité dans le côlon et le caecum du Porc de Saxe. Il suffit, pour l'observer, d'introduire une sonde par l'anus et de ramener ainsi un peu de matière fécale ou de mucus intestinal : déjà à la loupe, les Infusoires sont aisément reconnaissables; ils se présentent sous l'aspect de points blancs qui se déplacent.
Cette observation de Leuckart a été confirmée par Stein pour diverses localités de l'Allemagne, par Ekeckrantz et Wising pour la Suède, par Grassi pour l'Italie. Raptchevsky l'a également confirmée pour Saint-Pétersbourg : 3 Porcs sur 18 lui ont présenté Balantidium coli en grande quantité. L'intestin de Porc habité par le parasite a une muqueuse normale, ne présentant ni congestion ni hypersécrétion : il semble donc que le Porc ne soit pas incommodé par la présence du parasite.
Nous devons ajouter que nous avons nous-même cherché vainement le parasite sur les Porcs provenant des abattoirs de Paris, mais peut-être nos observations, n'ayant porté que sur un petit nombre d'individus, n'ont-elles pas été assez nombreuses.
Quoi qu'il en soit, on peut dire que le Porc est l'hôte véritable de Balantidium coli. C'est donc par ce quadrupède que le parasite est transmis à l'Homme, chez lequel il peut persister pendant longtemps et où il atteint, d'après Wising, une taille un peu moins considérable que chez le Porc (60 à 70 p).
ORDRE DES I1ÉTÉ HOTRICH ES. 113 Si on met l'animalcule en contact avec l'eau, sa vivacité n'est pas tout d'abord ralentie, mais, au bout d'un temps assez long, on le voit s'arrêter, se contracter et perdre ses cils ; ceux du péristome disparaissent les derniers. Le corps prend alors l'aspect d'une boule de 80 à 100 \x, autour de laquelle la cuticule épaissie finit par s'isoler. A l'intérieur, on peut encore distinguer la zone claire périphérique de la masse centrale granuleuse; dans cette dernière se voient quelques gouttelettes graisseuses .
En faisant l'examen d'excréments de Porc en partie desséchés, on y retrouve des kystes semblables à ceux que nous venons de décrire. On doit admettre que leur formation est normale et qu'elle tient à ce que, sous l'influence de la dessiccation, comme tout à l'heure sous l'influence d'une trop grande humidité, les animalcules expulsés du gros intestin, cherchent à se mettre en garde conlro des conditions qui leur sont défavorables.
Les kystes , dans lesquels Balantidium est à l'état de vie latente, sont doués d'une grande force de résistance aux causes diverses de destruction; ils s'effritent et se dispersent avec les excréments et viennent souiller de la sorte les objets les plus divers. L'Homme va donc s'infecter en avalant des substances sur lesquelles se sont déposés les kystes : le Porc s'infectera de la même façon, ou mieux en se repaissant d'excréments qui en renferment.
Ce mode de propagation du parasite ressemble à celui qu'Engelmann et Teller ont observé pour Opalina ranarum. Il nous explique, en outre, l'insuccès des expériences d'Ekeckranlz, de Wising et de Raplchevsky, qui essayèrent en vain de communiquer le parasite à des Chiens et à d'autres animaux en leur faisant absorber par la bouche ou par l'anus des matières fécales dans l'intérieur desquelles on s'était assuré de sa présence. Le kyste résiste à l'action du suc gastrique, tandis que l'animal adulte, imparfaitement protégé par une mince cuticule, ne peut traverser impunément l'estomac.
La valeur pathogénique de Balantidium coli est encore obscure. Chez le Porc, il vit dans un intestin tout à fait sain, mais on ignore sM est capable de vivre chez l'Homme dans les mêmes conditions Jusqu'à présent, on ne l'y a observé que dans des cas de
M6 CLASSE DES INFUSOMES.
maladie : en est-il la cause déterminante, ou celles-ci préparentelles simplement un terrain favorable à son développement? Autant de questions auxquelles nous ne pouvons, pour l'instant, donner aucune réponse.
Pour combattre ce parasite, Malmstcn avait recours à l'acide cblorhydrique dilué; Henschen préférait des lavi menls d'acide acétique et de tannin. On peut également empluyerja benzine ou l'acide pbénique; nous avons dit déjà quels résulials Raptchevsky a obtenus avec l'acide salicylique.
Malmsten, Infusorien als Inlestinalihicre bel Menschen. Arcliiv fiir pailiol. Anatomie, XII, p. 302, 1857.
P.-J. Wising, Titl kannedomen om Balunlidiam coli hos mcinniskan. Nordiskt med. arkiv, III, n° 3, 1871.
0. -V. Petersson, Nya fall af Balantidium coli. Upsala làkarefôreni:igs forhandlingar, VIII, p. 251-266, 1873.
G. Treille, Note sur le Paramecium coli observé dans la dysenterie de Cochinc/iine. Archives de méd. navale, XXIV, p. 129, 1875.
Henschen, Fem nya fall af Balantidium coli. Upsala lâkaref. forhandl., X, p. 120, 1875.
Graziadei, Il Paramœdam coli umano in Italia. Archivio per le scienze mcdiche, IV, no 21, 1880.
Perroncito, L'anémia dei co?itadini, fornaciai e minatori in rappnrto coli' altuale epidemia negli opérai del Gottardo. Annali délia R. accaderaia d'agricoltura di Torino, XXII, 1880. — Voir p. 228.
1. -F. Raptchevsky, Un cas de catarrhe chronique du gros intestin, avec présence de Balantidium coli. Vratch, n° 31, 1880. — Id., De l'emploi de l'acide salicylique contre Balantidium coli. Meditsinsky viestnik, nos 23, 24, 25, 1882.
A côté de Balantidium coli, on peut citer encore B. duodeni Stein, qui vit dans l'intestin de la Grenouille ; Plagiotoma lumbrici Duj., parasite de l'intestin du Ver de terre ; Nyctotherus Duboisi Kunsller, qui habite l'intestin de la larve d'Oryctes nasicornis.
En outre de ces Hétérolriches parasites, il en est d'autres qui vivent en liberté, mais dont l'histoire mérite de fixer un instant notre attention : tels sont les Stentors. Ces animaux sont les plus gros de tous les lnfusoires; ils sont visibles à l'œil nu.
Stentor polymorphus Ehrenberg est très abondant dans l'eau des mares. Son corps a la forme d'un cône allongé, dont la base est antérieure et correspond au péristome. Le bord de celui-ci présente une échancrure, grâce à laquelle il affecte la forme d'une spire; il est hérissé sur tout son parcours de soies longues et raides, quir " pour fonction de déterminer des tourbillons amenant tout à lois la nourriture et de l'eau chargée d'oxygène. Le péristome fortement creusé en entonnoir et présente en son point le plus
ORDRE DES IIÉTÉROTRICHES. 1)7
Cive une bouche située latéralement. C°rpS est couverte de cils fins et délicats, réservés à la ^«Oton.
[ os aros cils adoraux sont volontaires; les cils qui revote., la eu lieu sont inventaires. Dos poisons tels que la strychnine a ^; phine, l'alcool, arrêtent rapidement les vibrations des c l vo on Lires mais ne paralysent que tardivement les cils involontaires, de môme, quand la température s'abaisse, les cils volontaires cessent leurs mouvements bien plus tôt que les autres.
La couche corticale ou ectoplasme est parcourue d'une extremi du corps à l'autre par des bandes longitudinales, suivant esquelles se font toujours les contractions du corps : ce sont de véritables fibre musculaires. Une différenciation non moins intéressante nous est offerte par la vésicule contractile : elle se continue avec un long canal, qui parcourt toute la longueur du corps ; il convient de dire a ce propos que les Haptophrya, parmi les Holotriches, présentent une disposition analogue.
D'après ce que tout à l'heure nous disions des cils vibratiles, il est aisé de reconnaître qu'il existe pour ceux-ci deux centres moteurs distincts, diversement influencés par les agents toxiques. Or, on doit admettre un troisième centre, qui a sous sa dépendance les contractions de la vésicule : en effet, l'électricité arrête immédiatement les vibrations ciliaires, mais laisse intactes les contractions de la vésicule. Ces centres moteurs sont-ils constitués par de la substance nerveuse? Dans l'état actuel, il serait téméraire de l'affirmer; mais, en considérant les différenciations variées que peut subir le sarcode des Infusoires, notamment sa transformation en fibres contractiles analogues à des muscles, il ne semble pas impossible que des réactifs appropriés permettent de découvrir un jour une substance nerveuse.
La suhstance médullaire ou endoplasme du Stentor polymorphe renferme un grand nombre de grains d'amidon. Elle est surtout remarquable par son noyau : celui-ci est moniliforme et constitué par une série de onze fragments, relies les uns aux autres par un filament qui semble tout d'abord être disposé comme le fil d'un chapelet; mais ce filament est un tube creux, qui entoure les grains et qui reste vide et s'accole à lui-môme dans l'intervalle de ceux-ci ; ce n'est donc pas autre chose qu'une véritable enveloppe nucléaire.
L'anus est situé au-dessous et à peu de distance de la bouche. La fissiparité se fait suivant un plan transversal légèrement oblique. Quand elle va s'accomplir, on voit le noyau présenter de curieuses modifications : tous les grains qui le composent se rapprochent les uns des autres et se fusionnent, en même temps que la membrane • nucléaire revient sur elle-même. Puis le noyau simple qui provient
118 CLASSE DES INFUSOIUES.
de cette fusion s'allonge derechef et retourne à l'état monilil'ormc, mais il pessède alors un nombre de grains double du nombre primitif. Quand la division sera achevée, chacun des deux animaux possédera un noyau normal, à onze segments.
Stentor polymorphus est véritablement un Infusoire libre; il peut pourtant se fixer à volonté par son extrémité postérieure, à la surface de corps étrangers. Cette faculté de fixation est bien plus manifeste chez une espèce voisine, St. Rœseli Ehrbg, qui est normalement fixée; ce Stentor sécrète môme une logelte tubuleuse, fermée à la base, béante à son autre extrémité, dans laquelle il peut se cacher lorsqu'il se contracte. Il nous conduit ainsi aux Freia, dont la carapace est encore plus développée.