CLASSE DES II0L0TI1URIDES
Uuplodacttjla), les autres n'en possèdent point [Synapta, fig. 202).
Les organes génitaux (fig. 201, G) forment un (Holothuria, Hùlleria, Apodes) ou deux {Slicltopus, Thyone, Cucumoria) groupes de tubes ramifiés, dont le canal excréteur vient s'ouvrir en avant sur la face dorsale et tout près de la bouche. Les Apodes sont hermaphrodites,
Fig. 203. — Auricularia vue par la faco dorsale. — a, bouche; b, œsophage; c, estomac; d, intestin; e, anus; g, filament canaliculé"!attiré latéralement sur la face dorsale; h, vésicule qui lui est suspendue et aux dépens de laquelle se forme la couronne de tentacules.
Fig. 204. — Chrysalide d'Holothurie. — a, intestin ; c, canal annulaire du système aquifère ; c', vésicule de Poli ; d, vésicules avec les doubles noyaux ; e, anneau calcaire; f, tentacules.
ce qui est exceptionnel dans l'embranchement des Echinodermes. Le développement direct n'est pas rare. Quand il y a des métamorphoses, le larve ou Auricularia (fig. 203) se transforme en une sorte de chrysalide (fig. 204), à l'intérieur de laquelle se développe la forme adulte.
Dans le midi de l'Europe, les classes pauvres se nourrissent parfois d'Holothuries, mais la pêche de ces Échinodermes n'y est jamais importante. Elle constitue au contraire une industrie des plus florissantes en certaines autres régions.
On connaît, sous le nom malais de tripang ou trépang et sous le nom portugais de bicho do mar (1), un produit alimentaire fort
(1) D'où les Français ont fait Biche de mer et les Anglais Beach la mar.
286 CLASSE DliS IIOLOTHUIUDES.
apprécié des Chinois et qui consiste en conserves d'Holothuries. Chaque année, des centaines de jonques malaises quittent Macassar et les îles de la Sonde pour aller pécher les Cornichons de mer. On part en automne, à la mousson d'ouest, et on revient en avril, à la mousson d'est. Les jonques, montées surtout par des Bouguis, nation essentiellement maritime de la Malaisie, s'en vont dans toute les îles disséminées dans la partie sudouest de l'océan Pacifique; elles se rendent notamment aux îles qui avoisinent le détroit de Torrès, dans l'archipel des Nouvelles-Hébrides, jusque sur les côtes de la Nouvelle-Calédonie. Dans cette dernière île, les indigènes se livrent euxmêmes à la pêche des Holothuries, et il en estde même sur la côte nord de l'Australie.
Les Holothuries vivent ordinairement près des côtes : en marchant dans les eaux peu profondes, le pêcheur les heurte du pied ; il lui est dès lors facile de les prendre à la main ou de les saisir avec un bâton dont l'extrémité est armée d'un crochet et de les jeter dans la barque qu'il traîne à sa remorque. Quand l'eau est plus profonde, on va les chercher en plongeant, comme Dumont d'Urville l'a vu faire dans la baie Raffles (Australie).
Quand la barque est remplie, on revient en toute hâte au campement installé sur le rivage, car l'action du soleil dessèche et racornit rapidement les Holothuries. On les jette alors dans de /vastes chaudières, où on les fait cuire dans l'eau de mer pendant environ vingt minutes. Cela fait, on les fend suivant leur longueur, de la bouche à l'anus, on enlève tous les viscères ; puis on les porte sous des hangars, on les y dispose sur des claies de Bambou et on les enfume avec des vapeurs de Mimosa. Le tripang est très hygrométrique ; aussi convient-il de laisser le feu allumé jusqu'au moment de l'embarquement.
Ainsi préparé, le tripang est expédié sur les marchés de Macassar, de Manille, de Chine et de Cochinchine: il y arrive en énormes quantités; pour Port-Éssington seulement, Gronen évalue à 1200 le nombre des pêcheurs occupés à la récolte des Holothuries et à 600 tonnes la quantité de tripang qui s'exporte annuellement.
Les Holothuries qui servent à la fabrication du tripang appartiennent au moins à six espèces distinctes; les mieux
CLASSE DES BGtOTHU RIDES. 287
connues sont Bolothuria edvlis, H. tremula et H. vacjabunda. Elles constituent un mets fort recherché des peuples polygames de l'extrême Orient, à cause des propriétés aphrodisiaques qu'on lui attribue. « D'après les renseignements, dit Péron, que nous nous sommes procurés à Timor, auprès de quelques Chinois éclairés, il paraîtrait que la forme des tripangs, qui leur a mérité, en diverses contrées, le nom de Priapus marinus, ainsi que leurs grandes dimensions, sont la source principale des rares vertus qu'on leur prête. »
Péron, Voyage de découvertes aux terres austrates. II. Paris, 1810. Dumont d'Urville, Voyage de l'Astrolabe et de la Zélée. Paris, 1844. Voir VI, p. 47.
Gronen, Die Trepang-Fischerei in Nord-Australien. Zoologischer Garten, XXII, p. 94, 1881.
H. Jouan, La chasse et la pèche des animaux marins. Bibliothèque utile, LXXV. Paris, 1883.
Les Holothuries ont tant de ressemblance avec les Géphyriens inermes, et en particulier avec les Siponcles, que pendant longtemps ces Vers leur ont été adjoinls.
Celte ressemblance n'est point seulement extérieure , mais porte encore sur divers points d'organisation. Les Holothuries se rapprochent donc des Vers à certains égards, et les seules raisons importantes pour lesquelles on les rattache aux Kcliinodermes sont, d'une part, la présence (non constante) de l'appareil ambulacraire, d'autre part la structure de la larve. A ce dernier point de vue, elles présentent, au moins au début de leur évolution, de remarquables affinités avec les Astéries (lig. 20o). On est donc autorisé à considérer les Holothurides comme ménageant la transition entre les Vers et les Lchinodermes à symétrie radiaire apparente.
Fig. 205. — A, larve d'Holothuride ; B, larve d'Astéride; a, anus; /. c, bande ciliée longitudinale primitive ; m, bouche; pr. c, bande ciliée préorale ; st, estomac.
CLASSE DES ENTÉROPNEUSTES.
CLASSE DES ENTÉROPNEUSTES
On doit rattacher à l'embranchement des Echinodermes le curieux animal découvert par délie Chiaje dans le golfe de Naples et connu
Fïi 20G - Balanoqlossus Kowalewskyi, d'après Al. Agassiz. - a, anus ; c, collet; d\ ci"1, vaisseau dorsal central ; p\ trompe; 5, estomac ou tube
digestif.
sous le nom de Balanoglossus (flg. 200). A l'état adulte, il a 1 aspect d un Ver aplati, parfois long de près d'un mètre, et dont extrémi e antérieure est munie d'unelrompe, p', au moyen de laquelle il peut s en-
CLASSE DES ENTÉROPNRUSTES.
foncer dans le sable ; mais sa larve ou Tornaria (flg. 207) est si semblable à de jeunes Bipinnaria, que J. Millier, qui la décrivit en 1848, n'hésita pas à la considérer comme une larve d'Échinoderme. Cette opinion est encore soutenue actuellement par Metschnikoff, Giard, Glaus, qui rangent résolument les Balanoglosses à la suite des Echinodermes.
D'autre part, on ne peut méconnaître la similitude de Tornaria avec les larves trochosphères des Ghétopodes : l'aspect vermiforme de l'adulte rapproche encore Balanoglossus de ces derniers.
Fig. 207. — Tornaria, d'après Al. Agassiz. — a, anus ; cl, pore dorsal; e, taches oculaires; g, branchies; i, intestin; mb, bande musculaire s'étendant des taches oculaires à la partie antérieure du système aquifère; o, œsophage; p, squelette de la base de la trompe; s, estomac ou tube digestif; u, ses appendices supérieurs; u', ses appendices inférieurs ; v' , bande cillée longitudinale; va, système aquifère; u>', éperons droit et gauche de ce système.
Enfin l'adulte a certaines affinités avec les Tuniciers et avec Amphioxus : il possède une corde dorsale, suivant Bateson. L'appareil respiratoire est analogue à celui A'Amphioxus et môme de certains Poissons : il consiste en un certain nombre de branchies, entre lesquelles se voient des fentes par où l'eau pénètre jusque dans l'œsophage; la respiration se fait donc par une- portion du tube digestif, d'où le nom d' Entéropneustes donné par Gegenbaur aux Balanoglosses.
Les animaux qui nous occupent nous présentent donc des caractères ambigus, qui les rapprochent à la fois des Tuniciers, des Acrâ- Blanchard. — Zool. méd. 19
BEP.VEIUER
290 CLASSE DES ENTÉROI'NIÏ !JSTES.
niens, des Annélidcs et surtout des Échinodermes. En réalité, ils n'appartiennent en propre à aucun de ces groupes; ils représentent bien plutôt les derniers survivants d'ôlres fort anciens, aux dépens desquels ont pris naissance certains types d'Échinodermes et de Vers. Du type primitif, que Balanoglossus représente dans la nature actuelle, ont pu dériver encore, par une différenciation dans un autre sens, les Tuniciers et les Acrâniens.
Al. A gassiz, The histovy of Balanoglossus and Tornaviu. Mcm. of the amer, Acad. of arts and sciences, IX, 1873. — Analyse par Edm. Perrier dans Arch. do zool. expér., II, p. 395, 1873.
.T.-W. Spengol, Ueber den Bau und die Entwicklung von Balanoglossus. Amtlicher Beiïchtder 50. Versammlung deutscher Naturforscher und/Erzte. Mûnchen, 1877.
El. Metschnikoff, Ueber die systematische Stellung von Balanoglossus. Zoologischer Anzeiger, IV, p. 139 et 153, 1881. — Traduit dans Bulletin scientif. du département du Nord, IV, p. 361, 1881.
W. Bateson, The luter stages in the development of Balanoglossus Kowalewsbji, with a suggestion as to the affinities of the Enteropneusta. Quarterly Journal of micr. science, XXV, suppl., p. 81, 1885.
Les Échinodermes n'ont aucune relation avec les Cœlentérés, ni par la constitution des larves ni par la structure de l'adulte ; la seule raison qui a fait si longtemps réunir l'un à l'autre ces deux groupes est l'apparence rayonnée qu'offrent quelques Ëchi- A nodermes ; mais nous savons que ces derniers
présentent toujours, et à travers les divers stades de leur évolution, une symétrie bilatérale, quelque déguisée qu'elle puisse être. Ce n'est donc point du côté des Cœlentérés qu'il faut chercher leurs affinités.
Ils se montrent au contraire étroitement apparentés aux Vers, comme nous avons eu maintes l'ois l'occasion de le faire ressortir dans les pages qui précèdent, et il est particulièrement intéressant de constater que les Crinoïdes, qui semblent avoir produit secondairement les Astérides et les Échinides, ont un Echinopœdium (1) fort semblable Fig. 208. — Larve à certaines larves d'Annélides (fig. 208). On se d'Anledonrosaceus rappelle d'autre part les relations manifestes qui SîSgSS! a" existent entre les Holothurides et les Géphyriens. Tout cela tend à prouver que les Échinodermes se sont séparés, aune époque fort ancienne, du grand groupe des Vers. Contrairement à quelques auteurs qui attribuent à ceux-là
(1) Huxley donne ce nom aux larves d'Échinodermes à symétrie bilatérale et pourvues de bandes ciliées.
CLASSE DES ENTÉROPNEUSTES.
un ancêtre commun, nous pensons qu'ils dérivent de trois souches distinctes, en sorte que les Vers primordiaux ou Prolhelminlhes ont suivi trois voies différentes pour arriver à constituer, à des degrés divers, le type Êchinoderme. Ce type est complètement développé chez les Crinoïdes, les Astéridcs et les Échinides; il est beaucoup plus restreint chez les Holothuiïdes ; il est enfin transitoire et réduit à la période larvaire chez les Entéropneustes.
Quant à la façon dont on peut concevoir les relations des Vers avec les Échinodermes du premier groupe, nous nous bornerons à renvoyer le lecteur à un ouvrage dans lequel Perrier a exposé celte théorie.
Edm. Perrier, Les colonies animales el la formation des organismes, Paris,
C. Viguier, Constitution des Echinodermes. Comptes rendus, XCVIII, p. 1451,
Nous résumerons dans le tableau synoptique ci-joint les considérations que nous venons d'exposer :
Acràniens
Clypéastrides. Spatangides.
(Galéritides). (Echinocorydes) j (Collyritidesï.
[Cidaris).
Astérides. Echinides Holothurides. Géphyriens. Annélides =
{Uyaster) réguliers. \ . ;
(Caulaster). j \ / j j
{Edrioaster) (Bothi iocidaris) \ ■ L • ! /
'Agelacrinus). {Cistociddm).' \ / Entéropneustes j /
Cystidées. \J \ ; /
Crinoïdes. j kjJ
PHOTHELMINTHES.