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L. Boursin, Étude sur h Tienia solium. Thèse de Paris

Taenia echinococcus von Siebold, 1853.

Synonymie : Tienia cateniformis {cucumerina Bloch) Rudolphi, 1810. T. crassicollis Diesing, 1851.

Terralas Rôll, 1852 (nec Goze, 1782).

T. serrata MLli Kûchenmeister.

T. nana van Beneden, 1861 (nec Biltiarz et von Siebold, 1853). Echinococcifer echinococcus Weinland, 1861.

Ce Ténia vit dans l'intestin grêle du Chien. Son œuf (flg. 253) est légèrement ovale et mesure 27 ^ sur 30 jx ; il est limité par une coque assez amincie, faiblement granuleuse sur sa face externe. L'embryon hexacanthe se développe normalement dans le foie du Mouton, mais il est fréquent de l'observer dans d'autres organes, ainsi que chez d'autres animaux ; il donne naissance à un Ver vésiculaire connu sous le nom d'Échinocoque Fig. 253. — OEufs do ou d'Hydatide et que l'on rencontre chez Tœnia echinococ- l'Homme avec une fréquence particulière.

eus, grossis 245

fois d'après Krab- . -. "

ke Les Lchinocoques ont ele signales chez les Sin-

ges (limas cynomolgus, L ecaudatus,M acucus sp. ?, TheropUhecus silenus], chez les Carnivores (Chat, Mangouste), chez les Rongeurs (Écureuil), chez les Artiodactyles (Porc, Sanglier), chez les Ruminants (Bœuf, Argali, Mouton, Chèvre, Girafe, Chameau, Dromadaire, Élan, Antilope), chez les Périssodaclyles (Cheval, Zèbre, Tapir) et chez les Marsupiaux (Kunguroo géant). Le Paon est le seul OiseaiJ où on les ait observes,

T/ENIA. ECI1IN0C0CCUS. 419 Les premiers développements de ta larve du Ténia échinocoque ont été suivis par Leuckart. Des essais d'infestation au moyen d'anneaux mûrs ne donnèrent aucun résultat chez le Mouton, mais réussirent pleinement sur quatre Cochons de lait. Au bout de quatre semaines, on aperçoit, au-dessous de la tunique séreuse du foie, de petits nodules d'aspect tuberculeux et mesurant à peu près un millimètre: chacun de ces nodules est constitué par un kyste de tissu conjonctif, situé dans le tissu interlobulaire, aux dépens duquel il a pris naissance. Ce kyste, d'épaisseur négligeable, renferme un" corps sphérique ou vésiculeux, qui mesure de 0mm,25 à 0mn\3o et qui n'est autre chose qu'un jeune Échinocoque.

La structure de ce dernier est des plus simples et rappelle celle de l'ovule des Mammifères. Une capsule homogène et transparente, épaisse de 20 à 50 fx, circonscrit un contenu infiltré de grosses granulations. La capsule est très indifférente à l'égard des réactifs ; elle est totalement anhiste, et se montre à un haut degré élastique et extensible. Son contenu, solide dans toute son étendue, renferme une masse de gros granules brillants comme des gouttelettes graisseuses et surtout nombreux à la périphérie. Enfin, la capsule est entourée d'une épaisse couche granuleuse, dans laquelle on peut reconnaître des cellules mal délimitées, mesurant en moyenne 27 (x; ces cellules . sont le siège d'un actif processus de multiplication.

Ala fin de la huitième semaine après l'infestation, les Echinocoques ont à peu près doublé de taille. Les kystes qui les renferment ont eux-mêmes grandi, mais dans, une moindre proportion; quelques-uns seulement mesurent plus de lmm,5 de largeur; tous siègent encore dans le tissu conjonctif interlobulaire et la plupart sont immédiatement au-dessous de la capsule de Glisson. Les plus petits Échinocoques mesurent de 0mm, 5 à omm8,les plus gros de 2m,n à 2mm,o : ce ne sont plus des masses solides, mais des sphérules creuses, au centre desquelles s'estaccumulé un liquide clair comme de l'eau. Par suite de la présence de ce liquide, la masse granuleuse qui remplissait primitivement toute la capsule s'est condensée à la périphérie en une seconde membrane, la membrane germinale ou fertile (1),

(1) Parenchymschicht ou Keimschicht des Allemands, Parenchijm dos Danois, endoctjst des Anglais, strato qerminale ou parenchimale des Italiens.

/(-20 ORDRE DES CESTODES.

qui revêt intérieurement la capsule. Celle-ci a pris le caractère d'une véritable cuticule, dont l'épaisseur peut atteindre parfois jusqu'à 70 p : elle est formée d'un plus ou moins grand nombre de lamelles superposées (fig. 25i).La membrane germinale s'est elle-même différenciée en cellules dont la taille et l'aspect sont très variables : la plupart sont pâles et à contours délicats, d'autres sont chargées de granulations etde forme

Fig. 254. Coupes de la paroi d'un jeune Échinocoque. A, coupe de la cuticule seule. B, coupe de la cuticule et de la membrane germinale.

étoilée. Sur les plus grosses Hydatides, on peut remarquer que ces diverses sortes de cellules se sont groupées d'une certaine façon : les plus petites cellules sont en dehors ; les plus grosses, ressemblant à des gouttelettes, sont en dedans; les cellules granuleuses et éloilées occupent les interstices irréguliers de la surface.

Dix-neuf semaines après l'infestation, le foie renferme des kystes de la grosseur d'une noix, soulevant plus ou moins la tunique séreuse du foie; le tissu de ce dernier n'est aucunement modifié. Chacun des kystes renferme une Hydatide.

Celle-ci est plus ou moins sphérique et présente un diamètre moyen de 10 àl2mm. Sa cuticule

a acquis une épaisseur notable; Fig.,255. - Hydatides. ^ ^ neUemen(; stl.alifiée et

s'exfolie facilement. L'Hydatide est fortement distendue par son liquide intérieur; elle s'aplatit néanmoins à la façon d'un coussin, quand elle repose sur un plan solide (fig. 235), preuve que sa paroi ne jouitque d'une force de résistance limitée.

T/ENIA ECI1IN0C0GCUS. 421

L'Hydalide est transparente. Sa surface présente de délicates crevasses qui s'entre-croisent en divers sens : on dirait que les couches cuticulaires les plus externes se sont gercées, plutôt que de se laisser distendre davantage par la pression intérieure; il est du moins certain que les couches externes de la cuticule sont plus distendues que les couches les plus internes. Sur une Hydalide large d'un centimètre, cette cuticule est épaisse de 0mm,2. Les différentes assises qui entrent dans sa constitution sont d'autant plus nettes et d'autant plus minces qu'on se rapproche davantage de la membrane germinale. A mesure que les assises périphériques se perdent et s'exfolient, il s'en forme de nouvelles au contact de cette dernière.

La membrane germinale, découverte par Goodsir, en 1841, et bien étudiée par le professeur Ch. Robin, en 1854, est assez mince, malgré le rôle important qu'elle est appelée à jouer : son épaisseur est à peine de 0mm,12. Sa structure est la même qu'à la fin de la huitième semaine, si ce n'est qu'entre les cellules de la couche externe se voient des corpuscules calcaires de taille variable et atteignant parfois d'assez grandes dimensions. Ces corpuscules sont pour la plupart lenticulaires; par leur aspect général et leur structure stratifiée, ils ressemblent à ceux des autres Gestodes ; ils en diffèrent pourtant en ce que les acides les éclaircissent sans dégager de gaz. On les trouve ordinairement épars sur toute la surface du Ver; ils n'apparaissent que chez des Hydatides larges de 8mm.

A la face interne de la membrane germinale, Naunyn signale, soit isolés, soit groupés par 5 à 10, des cirres vibratiles, qu'on pourrait croire en rapport avec un appareil excréteur, plus spécialement avec des entonnoirs analogues à ceux que nous avons signalés déjà chez Taenia saginata (page 337); toutefois, on n'a pu jusqu'à présent constater avec certitude l'existence d'un semblable appareil. L'existence des cirres euxmêmes n'a pu être vérifiée ni par Leuckart ni par Moniez.

L'étude rapide que nous venons de faire nous montre des différences considérables entre les Échinocoques etlesCysl.icerques. L'analogie entre les deux états larvaires ne saurait être méconnue, mais l'Échinocoque est caractérisé par la grande épaisseur de sa cuticule, par l'absence de toute musculature, par la lenteur de sa croissance, par le développement tardif du

'y22 ORDRE DES CESTODES.

système vasculaire, des corpuscules calcaires et des rudiments céphaliques. La formation de ceux-ci est très remarquable; nous l'étudierons avec soin, quand nous connaîtrons la composition chimique de la vésicule et du liquide qui la remplit.

Frerichs a démontré que la cuticule des Ilydalides n'était formée ni de substances protéiques, ni de substances capables de produire du mucus. Cette élude chimique fut reprise par Lûcke, qui reconnut un corps très voisin de la chitine, mais en différant par quelques caractères secondaires. Il est du reste possible de noter également plus d'une différence entre la cuticule des Échinocoques jeunes et celle des Échinocoques âgés, non seulement au point de vue des réactions, mais aussi quant à la composition élémentaire. La nature chitineusedela cuticule estencore prouvée par ce faitque, par la méthode de Berlhelot, elle donne de la glycose tout aussi bien que la chitine véritable.

Le liquide qui remplit l'Hydatide est incolore ou légèrement jaunâtre, de réaction neutre ou faiblement acide ; son poids spécifique est de 1009 à 1015. Il renferme environ 1,5 pour 100 de sels inorganiques, constitués pour moitié par du chlorure de sodium. Claude Bernard y reconnut le premier la présence de la glycose ; par la suite, ce sucre a été signalé par Ch. Bernard et Axenfeld, par Lùcke, Naunyn et d'autres. On y rencontre encore de l'inosite (i), de la leucine, de la tyrosine, de l'acide succinique combiné à la chaux. Il ne se coagule pas par la chaleur, ainsi que l'avaient déjà reconnu Redi en 1 084 et Dodart en 1697 ; il renferme pourtant de l'albumine. Celle-ci, signalée d'abord par Naunyn, a été revue par Mourson et Schlagdenhauffen ; elle est en très petite quantité et proviendrait du sérum sanguin, l'Échinocoque se nourrissant aux dépens du sang suivant les lois de l'osmose.

11 est d'ailleurs certain que bon nombre de substances, dont il est possible de déceler la présence clans le liquide des Ilydalides, n'ont pas été élaborées par celle-ci, mais provienneut soit du sang, soit des organes voisins. Ainsi s'explique la présence de l'hématoïdine, signalée par Jones, Leudet, Hyde Salter, Robin et Mercier, Charcot et Davaine, puis soigneusement étudiée par Habran ; ainsi s'explique également la présence, mentionnée par Barker, des sels de l'urine dans le liquide d'Hydalides du rein. C'est encore à une filtra lion pure et simple qu'on doit attribuer la présence de la bile, celle de la cholestérinc, celle de l'hémoglobine, peut-être môme celle du sucre;

(I) Suivant Naunyn, l'inosite existerait toujours dans les Ilydalides du Mouton, mais ne se trouverait jamais dans celles de l'Homme.

TjENIA ECI1IN0C0CCUS. «3

en effet, il est peu vraisemblable que ce dernier résulte d'une transformation de la capsule de l'Échinocoque ; il provient plus probablement du sang, d'autant plus qu'on ne l'a guère signalé jusqu'ici que dans les Hydatides du foie. Toutefois, en ce qui concerne l'hématoïdinc et l'hémoglobine, il y a lieu d'admettre que leur présence dans le liquide hydatique est déterminée par une rupture préalable et plus ou moins ancienne des nombreux capillaires qui arrosent le kyste. La parfaite perméabilité des Échinocoques est d'ailleurs connue depuis longtemps : en 1811, Fréteau (de Nantes) attirait déjà l'attention sur elle.

En outre des substances accidentelles dont il vient d'être question, les Hydatides semblent contenir normalement, dans leurs déchets nutritifs, des proportions variables d'une leucomaïne dont Mourson et Schlagdenhauffen ont signalé l'existence. Cet alcaloïde doit être la cause des accidents toxiques (urticaire, péritonite souvent mortelle) observés maintes fois chez l'Homme, dans les cas où l'Hydatide vient à s'ouvrir dans une des grandes cavités séreuses. Les déchets nutritifs, au nombre desquels figure cette leucomaïne, sont en rapport avec l'activité nutritive. Leur abondance probable au moment de l'évolution des têtes de Ténia et leur rareté dans les périodes de repos de l'Echinocoque expliquent pourquoi l'irruption du liquide hydatique dans une des grandes séreuses est tantôt suivie d'accidents plus ou moins graves, tantôt est inoffensive.

Ch. Bernard et Axenfeld, Présence du sucre dans le liquide d'un kyste hydatique du foie. Comptes rendus de la Soc. de Biologie, (2), III, p. 90,

A. Liicke, Die Hiillcn der Echi?iococcen und die Ecldnococcen-Flïissujkeit. Vircliow's Archiv, XIX, p. 180, 18G0.

B. Naunyn, UeOer Bestandlheile der Echinococcus-Flùssigkeiten. Archiv fur Anatomie, p. 417, 1863.

Bodeker, Pathologisch-chemische Mittheilungen — /. Benisteinsllure in

der Fliissif/keit einer Lebcrcyste. Zeitschr. f.'rat. Mcdicin, 1 2), VII, p. 137.

Davaine, Recherches sur les Hydatides, les Échinocoques et le Cœnure et sur leur développement. Mémoires de la Soe. de la biologie, (V), II, p. 157, 1855. — Gazette médicale, (3), XI, p. 45, 1S5G.

F. von Hecklinghauseii, Echinococcusflûssiçkeit. Vircliow's Archiv XIV p. 481, IS58.

J. Babran, De la bile et de l'hémaloïdine dans les kystes hydatiques. Thèse de Paris, 1869. » a

Im. Munk, Ucher die chemische Zusammensetzung der EchinococcusflÛSttgkett. Vircliow's Archiv, LX1II, p. 560, 1875.

OlïDHE DES CESTODES.

Dans des cas exceptionnels, l'Échinocoque peut demeurer en cet état : c'est, pour ainsi dire, un Cysticerque qui serait devenu hydropique, mais dont la tête ne se serait point développée. On a des lors affaire à un Acéphalocysle. Laënnec, qui lui a donné ce nom, croyait cette ("orme d'Échinocoque particulière à l'Homme et la considérait comme constituant un genre distinct des Hydatides du Bœuf et du Mouton, dans lesquelles il avait reconnu la présence de têtes. L'opinion de cet illustre observateur fut généralement acceptée; en 1809, Himly s'efforça de prouver que l'Acéphalocyste est un animal et peutêtre, dit-il, le plus simple de tous les animaux; en 1830, Kuhn (de Niederbronn) le rangea parmi les Psychodiaires de Bory de Saint- Vincent. Cependant, Bremser avait montré, dès 1821, que les Hydatides de l'Homme ne sont pas plus dépourvues de têtes que celles des animaux; la preuve en fut définitivement donnée par les recherches de Livois.

Le genre Acephalocyslis de Laënnec devait donc disparaître et rentrait par conséquent dans le genre Echinococcus, tel que l'avait établi Rudolphi. Il importe néanmoins de noter l'existence possible d'Acéphalocystes, c'est-à-dire d'Echinocoques dépourvus de tête pendant toute leur vie, non seulement chez l'Homme, mais encore chez les divers animaux. Du reste, on doit être fréquemment exposé à prendre pour des Acéphalocystes véritables des Hydatides dont l'évolution n'est pas encore achevée; on se rappelle que ces dernières croissent avec une grande lenteur et qu'elles atteignent une taille assez considérable, avant que toute formation céphalique fasse son apparition.

Les Échinocoques stériles se rencontrent de préférence dans certains organes, plus fréquemment dans le cerveau, dans les os, dans les membres, que dans le foie. Dans une observation de Charcotet Davaine dontnous reparlerons plus loin, les Hydatides appendues à l'intestin grêle étaient toutes stériles; celles des autres organes renfermaient toutes des têtes de Ténia.

Bremser, Notice sur l'Echinococcus hominis. Journal complém. du dict. des se. méd., XI, p. 282, 1821.

Kului, Recherches sur les Acé[>halocyslcs cl sur la ninmcre dont ces productions parasitaires peuvent donner lieu à des tubercules. Mém. de la Soc. d'hist. nal. de Strasbourg, I, 1830. - Gaz. mcd., III, p. 887, 1832. - Annales des se. nat., XXIX, p. 285, 1833.

T/ENIA. EC111N0C0CCUS.

Eug. Livois, Recherches sur tes Êchinocoques chez l'Homme et chez les ani- ''T^lfel^e^Mivim und SteriUM der EchinococcuMascn. Yirchow's Ârchiv, LXXIX, p. 141, 1880.

Quand l'Échinocoque ou vésicule-mère (1) a suffisamment grandi, le bourgeon céphalique commence à se montrer. Contrairement à ce qui a lieu pour les Cysticerques, il ne se produit pas une seule tôle, mais des centaines, parfois même des milliers.

Le développement de la lête est assez compliqué. Avant que von Siebold ne fît la découverte des vésicules proligères, on admettait généralement qu'elle se formait par un procédé très simple, aux dépens d'un bourgeon développé à la surface de la membrane germinale (fig.

256) : on pensait également qu'elle se séparait de celle-ci au bout d'un temps plus ou moins long, pour nager librement dans le liquide de I'Écbinocoque.

Nous allons voir que ces deux opinions sont inexactes. Les recherches de Nau-

nyn, de Leuckart et de Moniez ont mis p-jg. 25G.— Coupe d'Échi hors de doute que la tête (2) prend toujours naissance par un autre procédé, qu'il nous faut étudier maintenant.

A la face interne de la membrane germinale apparaissent de petites papilles, dont la surface, d'après rsaunyn, peut présenter également quelques soies vibratiles. Quand leur épaisseur est devenue double de celle de la couche germinale, elles se creusent d'une petite cavité arrondie, à la surface interne de laquelle se différencie bientôt une mince cuticule (fig. 257, a). La papille continue de croître, en même temps que sa cavité s'agrandit, 0, et que sa paroi cellulaire va en s'amincissant ; finalement elle se transforme en une cavité plus ou moins

(1) Mnttcrblase des Allemands, Moderblnere des Danois.

(2) Davaine et quelques autres lielmintliologistes français restreignent le sens du mot Échinocoque : pour eux, l'IIydatide n'est autre chose que le Ver vésiculaire, analogue au Cysticerque ; l'Echinocoque est la tôte de Ténia née par bourgeonnement. Nous ne pouvons adopter cette terminologie, qui nous semble être en désaccord avec les règles de la nomenclature zoologiquc.

nocoque montrant, de haut en bas, le développement supposé de la tête.

OHDRE DES CESTODES.

Fig. 2.r)7. — Figure théorique représentant les divers modes de multiplication de l'Échinocoquc. — a, b, développement de la vésicule proligère à la surface et aux dépens de la membrane germinale. — c, cl, e, développement des tètes do Ténia, d'après Leuckart. — y, li, i, k, développement des tètes de Ténia, d'après Moniez. — /, vésicule proligère complètement développée et remplie de têtes de Ténia. — m, vésicule proligère dont la paroi s'est rompue; on n'en retrouve plus qu'un fragment, sur lequel s'attachent trois tôtes, à différents degrés d'invagination. — n, tête mise en liberté par la rupture de la vésicule proligère, invaginée en elle-même et- parcourue par des vaisseaux. — o, p, g, r, mode de formation des vésicules secondaires exogènes. — s, vésicule exogène îi l'intérieur de laquelle so voit une vésicule proligère ferlile. — vésicule exogène ayant produit deux vésicules petites-filles, l'une exogène, l'autre endogène. — u, v, œ, mode de formation des vésicules secondaires endogènes, d'après Kuhn et Davaine. — y, z, mode de formation des vésicules secondaires endogènes, d'après Naunyn et Leuckart : y, aux dépens d'une tète de Ténia; aux dépens d'une vésicule proligère.

T/ENIA EC1IIN0C0CCUS. *Al

spacieuse, qui a reçu le nom de vésicule proligère (1) et dans laquelle se formeront, les têtes de Ténia, par un procédé que Leuckart et Moniez interprètent différemment. La vésicule proigère est formée d'éléments analogues à ceux de la membrane germinale, mais l'aspect de ces éléments est plus jeune ; ils ne renferment pas de globules graisseux. Tapissée d'une cuticule à l'intérieur, mais non à l'extérieur, la vésicule proligère est en réalité située en dehors de la cavité de l'Échinocoque, de la même manière que le foie ou l'estomac sont en dehors de la cavité péritonéale.

D'après Leuckart, la tête prendrait naissance par le procédé qu'il admet pour le bourgeon céphalique du Cysticerque : un bourgeon creux, communiquant avec la cavité de la vésicule proligère par un canal plus ou moins rétréci, se formerait en dehors de celle-ci, c. Ce bourgeon, tapissé intérieurement par la cuticule, ne diffère de la membrane sur laquelle il est né que par sa grande épaisseur. Son fond s'élargit bientôt, puis on voit apparaître sur ses parois des crochets et quatre ventouses, d. Dès que la formation de la tête est achevée, elle se dévagine et devient fixe à l'intérieur de la vésicule proligère, e.

Meniez a suivi de près le développement des têtes et les a vues débuter par des mamelons pleins, « Ces bourgeons naissent bien par un épaississement en forme de disque sur la membrane de la vésicule proligère, mais cet épaississement ne reste pas à l'intérieur de la vésicule comme le veulent Naunyn et Rasmussen ; il fait saillie à l'extérieur en même temps que se soulève la partie centrale, tournée vers la cavité de la vésicule proligère. Le mamelon naissant glisse entre les lèvres qui li- - mitent la dépression et il la force ainsi à s'accentuer d'abord, mais bientôt le disque qui le porte ne peut s'éloigner davantage et le mamelon pénètre alors dans la cavité de la vésicule proligère où il se développe à Taise. »

Le mamelon est d'abord arrondi, f; par la suite, il s'amincit et devient ovale, g. Comme l'a vu Wagener, il se forme ensuite, vers le haut, une sorte de collerette qui entoure le sommet du cône, et c'est au-dessous de cette collerette qu'apparaissent les crochets, semblables, dans cet état rudimentaire, à ceux

; (I) Uvutkapsel dos Allemands, Brood-capsuli- dos Anglais, RedMaere des Danois, Cisti-nido ou Vescicula (jcrminaliva des Italiens.

*28 ORDRE DES CESTODES.

de Cysticercus pisiformis, mais inoins nombreux, disposés sur quatre à six rangs et irrégulièrement alternes, h. « La partie entourée par la collerette correspond au mamelon céphalique du Cysticerque de Taenia serrata : elle va s'invaginer un peu à la fois et on ne la verra plus quand les crochets seront très développés. En même temps, la partie postérieure du mamelon se pince, s'étire, les éléments arrondis qui forment tout le corps du jeune Ver se modifient en ce point et, par suite de cet allongement, se transforment en fibres qui se perdent dans les tissus de la vésicule-fille, i. »

Il se forme ainsi de 5 à 10 ou 20, parfois même jusqu'à 34 têtes à l'intérieur d'une même vésicule (1). Si on considère que les vésicules peuvent se développer elles-mêmes en grande quantité, on comprendra qu'un nombre considérable de têtes de Ténia puissent prendre naissance dans un seul Écbinocoque.

A côté de têtes nées comme nous venons de dire, quelquefois sur la même vésicule proligère, Moniez a remarqué d'autres formations, beaucoup moins fréquentes et de caractèredifférent, qui correspondent évidemment aux bourgeons extérieurs que Leuckart considère comme le point de départ des rudiments cépbaliques. Une tête de Ténia se forme bien, comme le dit Leuckart, au fond de cette cavité, avec la différence que les crochets n'apparaissent pas sur les parois, mais sur un mamelon qui a bourgeonné dans le fond, /;. Il est d'ailleurs vraisemblable que cette tête est toujours incapable de rentrer dans la vésicule; elle reste en dehors, dans son enveloppe spéciale, en communication cependant avec la cavité de la vésicule proligère. Naunyn considérait ces diverticules comme produits sous l'influence du froid et comme résultant de la dévagination des bourgeons qui normalement donnent naissance à la tête. Cette interprétation est manifestement inexacte, puisque ces derniers ne sont pas creux.

Les têtes se développent donc toujours à l'intérieur de vésicules proligères. Elles restent appendues à leur paroi et les

(1) En examinant au hasard les vésicules proligères provenant d'une Hydatide du foie du Mouton, nous avons trouvé les chiffres suivants : 2, 3, 5, G (quatre fois), 7 (deux fois), 8 (cinq fois), 9 (deux fois), 10, 11, 12 (trois fois), 14 (deux fois), 15, 10 (trois fois), 18 (cinq fois), 21 (deux fois).

TVENIA RCHINOCOCCUS. 4-29

vésicules elles-mêmes restent fixées à la membrane germinale, \ tant que l'Échinocoque est vivant (flg. 2n7, /). Les vésicules n'éclatent, les têtes ne se séparent d'elles, pour nager librement dans le liquide, m, », qu'assez longtemps après la mort de l'Hydatide, ou bien lorsque celle-ci est plongée dans un liquide dialysable, tel que l'eau. C'est évidemment à des faits de ce genre qu'il faut attribuer l'opinion ancienne, qui faisait naître la tête directement sur la membrane germinale ; mais un examen attentif permettra de reconnaître à la base des têtes, soit isolées, soit réunies en bouquets, des débris de la capsule, m.

La grande impressionnabilité que présentent les vésicules proligères à l'égard des agents extérieurs s'explique suffisamment par la délicatesse de leur paroi, dont l'épaisseur dépasse à peine 4 [/., même sur les plus grandes vésicules. Malgré celte minceur considérable, on peut distinguer deux couches dans la paroi : en dedans une délicate cuticule, en dehors une assise de cellules nucléées. On n'y trouve point d'éléments musculaires, bien qu'on y puisse constater assez souvent d'énergiques mouvements péristaltiques, qui prennent ordinairement naissance au point où la vésicule s'attache sur la membrane fertile. En revanche, on y peut reconnaître sans trop de peine des vaisseaux qui sont en rapport avec ceux que nous allons décrire tout à l'heure dans la tête; ils s'anastomosent donc avec ceux des têtes du voisinage, et se réunissent, au niveau du pédoncule de la vésicule, en un réseau dont les branches efférentes peuvent être poursuivies tout le long de ce pédoncule, jusqu'à la membrane germinale; ils échappent dès lors à toute investigation.

Les têtes de Ténia renfermées dans une même vésicule proligère sont souvent d'âge et de taille inégaux. Arrivées à complet développement (flg. 258, B), ellesontunedimension moyenne de 0mm19 sur 0mm16 ; elles sont donc plus ou moins arrondies. Elles s'implantent sur la paroi de la vésicule par le pédicule rétréci dont nous avons parlé. Au

Fig. 2.:>8. — Tôtes|dont la portion antérieure est invaginée. — A, état jeune. B, état définitif.

430 ORDRE DES GESTODES.

pôle opposé, se voit une dépression plus ou moins considérable, résultant de l'invagination de la tête en elle-même. Sur les côtés de cette dépression se voient les ventouses et, dans le fond, les crochets formant une double couronne, large de 68 à 80 \x et dont, les différentes pièces ont la pointe dirigée en avant. Un assez grand nombre de corpuscules calcaires de 8 à 10 \». sont encore distribués dans les parties périphériques de la tête. Celle-ci se présente-t-elle complètement évaginée (fig. 259), on reconnaît qu'elle est formée d'une masse solide et subcylindrique, longue de 0""",3 au plus. On y distingue deux régions, séparées d'ordinaire l'une de l'autre par un étranglement plus ou moins accusé. La parLie postérieure est la plus rétrécie; elle correspond au cou du futur Ténia et se termine par une surface arrondie, dont le milieu présente une dépression, au fond de laquelle vient s'insérer le pédoncule qui rattache l'Échinocoque à la vésicule proligère. Les corpuscules calcaires sont plus nombreux dans la moitié postérieure que dans l'antérieure. Celle-ci est renflée au niveau des quatre ventouses, dont les muscles sont très peu différenciés, et se termine également par une surface arrondie, au pourtour de laquelle s'insèrent les crochets disposés en une double couronne.

Les crochets (fig. 260) présentent la configuration générale de ceux du Ténia adulte (fig. 264); ils en diffèrent pourtant par la moindre longueur et par la forme plus effilée de leur base. Leuckart leur attribue des dimensions notablement supérieures à celles que nous avons relevées nous-même.

Fig. 259. — Tète gros sie 90 fois.

Grand crochet. Petit crochet.

Ut. R.BIé Lkt. R.B1.

De l'extrémité do la raciuo antérieure à

l'extrémité do la griffe 3û> 23|i 24 (a 20(ji.

De l'extrémité do la racine postérieure à

l'extrémité de la griffe 15 13 13 10

Longueur do la base H 13 l i 12

La tête du jeune Ténia est parcourue dans le sens de sa longueur par quatre vaisseaux (fig. 259), que réunit en avant un

TiENIA ECH1N0CÛCCUS. 431 anneau situé au-dessous de la couronne de crochets et qui, en arrière, s'unissent deux à deux, cheminent le long du pédoncule et affectent avec les vaisseaux de la vésicule prohgcrc des rapports que nous avons déjà signalés.

Parvenu à ce degré de développement, l'Echinocoque a parcouru toutes les phases de la période larvaire : il restera en cet état jusqu'à ce qu'il soit amené dans l'intestin du Chien, ou les jeunes Ténias trouveront l'occasion de passer à l'état parfait. Si ce transport n'a pas lieu, et si aucune cause étrangère, telle que l'intervention d'un homme de l'art, ne vient à le dé-

Fig. 2G0. — A-D, crochets d'une tète de Ténia provenant d'un kyste hydatique de l'Homme en Islande. E-H, crochets d'une tôte de Ténia provenant d'un kyste hydadque de l'Homme à Copenhague. Grossis 900 fois, d'après Krabbe.

truire, il continuera de vivre pendant un temps plus ou moins long; sa mort pourra être spontanée ou subordonnée au contraire à celle de son hôte.

Nous n'avons encore 'que des données incertaines quant à la longévité des Hydalides. Finsen dit qu'elles peuvent exister, môme pendant des dizaines d'années, dans un organe interne sans annoncer leur présence par aucun symptôme ; il cile des cas où la maladie serait restée latente pendant 10 ans et 18 ans au moins. Gourty a vu un kyste hydatique de la région iliaque qui datait de 35 ans.

Bien qu'ayant achevé son évolution, l'Echinocoque peut subir néanmoins certaines modifications. A part l'augmentation du nombre des vésicules proligères et des tôtes, il subit une croissance lente et régulière. Si le milieu lui permet de grossir, il

432 ORDRE DES GESTODES.

peut acquérir de la sorte des dimensions considérables, jusqu'à 13 centimètres de diamètre ; mais c'est là l'exception : sa taille dépasse rarement celle du poing et est ordinairement plus petite encore.

A mesure que la vésicule-mère s'accroît, sa cuticule va en s'épaississant et atteint parfois jusqu'à lmm d'épaisseur. La membrane germinale ne subit pas un développement corrélatif, mais le développement du kyste conjonctif suit celui de l'Hydatide : il peut mesurer jusqu'à 5 et même 10mm d'épaisseur, devient coriace, résistant et est parcouru d'un grand nombre de vaisseaux sanguins. Sa face interne est lisse et adbère intimement par endroits à la surface de l'Hydatide; on peut enfin retrouver les débris de la masse cellulaire dont nous avons déjà reconnu l'existence en dehors de cette dernière.

L'Hydatide est ordinairement sphérique. Mais son expansion est-elle gênée par quelque obstacle, elle prend une forme ovale ou irrégulière.

Les Échinocoques ne se reproduisent pas seulement par les vésicules proligères ; ils peuvent encore se multiplier par ce que Kuhn a nommé les vésicules secondaires (1).

Ce sont des vésicules tout à fait semblables à la vésiculemère, dont elles dérivent par un processus que Kuhn a découvert, que Levison a vu d'un peu plus près et que Leuckart a pu suivre dans ses moindres détails.

Entre deux lamelles de la couche profonde de la cuticule, on voit apparaître un amas de substance granuleuse (fig. 257, o), qui écarte les unes des autres les diverses couches cuticulaires et, au bout d'un certain temps, s'entoure d'une cuticule propre. Par suite de la formation répétée d'assises cuticulaires, cet amas granuleux devient le centre d'un système stratifié, p, qui ressemble entièrement aux premiers stades du développement de la vésicule-mère : on peut lui donner dès maintenant le nom de vésicule secondaire. Son contenu s'éclaircit, en môme temps qu'elle tend à se rapprocher de plus en plus de la périphérie de la vésicule- mère : elle gagne finalement la surface externe, q, et tombe en dehors de l'Echinocoque. Si celui-ci est étroitement enserré par son kyste adventif, la vési-

(I) Tochterblase ou secundiire Blase des Allemands, Datterblaerc des Danois.

T/ENIA EGlIliNoCOGCUS. 4J3

cule secondaire se détruit; si au contraire elle dispose d'un espace suffisant, elle continue à se développer, se creuse d'une cavité centrale, qui lui fait prendre l'aspect d'une jeune Hydatide, r, pourvue d'une membrane fertile et d'une cuticule stratifiée. Elle se comporte dès lors exactement de la même façon que la vésicule-mère et développe à son intérieur des vésicules proligôres, dans lesquelles se forment des têtes de Ténia, s ; ou bien elle produit à son tour, par le procédé que nous venons [de décrire, de nouvelles vésicules ou vésicules petites- filles (1), t, dans lesquelles prennent encore naissance des vésicules proligères.

On observe de grandes différences dans l'état de développement qu'a atteint la vésicule secondaire, au moment où elle crève la cuticule de l'Écbinocoque : tantôt elle n'est pas encore creusée d'une cavité, ainsi que nous l'avons admis dans la description qui précède; le plus souvent, cette cavité s'est déjà constituée; parfois enfin, comme Morin l'a constaté, les têtes se forment déjà dans les vésicules proligères.

La vésicule secondaire, une fois isolée, pourra rester dans la poche kystique renfermant l'Hydatide qui lui a donné naissance; d'autres fois, elle se creuse un diverlicule, qu'une cloison conjonctive isolera bientôt de la poche primitive et transformera de la sorle en un nouveau kyste. On comprend qu'il soit presque impossible, dans des cas de ce genre, de savoir si l'on a affaire à une vésicule secondaire ou à une vésicule-mère, provenant de la transformation d'un embryon hexacanthe. Leuckart croit pourtant avoir remarqué que les vésicules secondaires sont moins tardivement que leur mère capables de produire des vésicules proligères.

Les vésicules secondaires, que nous venons de voir prendre naissance par bourgeonnement exogène, ont été décrites par Kuhn sous le nom d' Echinococcus exogena et par Kuchenmeister sous celui à'E. scolecipariens ; Leuckart propose de leur donner le nom d'/?. simplex ou E. granulosus, sous prétexte qu'elles partagent avec toutes les autres variétés d'Ilydatides, et particulièrement avec celle dont il nous reste à parler, la faculté de produire des têtes de Ténia.

(i) Enkelblasc dos Allemands.

Blanchahd. — Zool. méd.

ioi ORDRE DES CESTODES.

Les vésicules exogènes se rencontrent principalement chez les Ruminants et chez le Porc; Mégnin en a publié un cas remarquable chez le Cheval. Elles ne sont pas rares chez l'Homme : dans la première édition de son ouvrage, Kùchenmeister n'en signalait que deux observations, mais Sommerbrodt pouvait, en 1866, en rassembler 17, et les travaux plus récents de Bôçker, de Neisser et de Helm ont presque triplé ce chiffre.

Chez l'Homme, on les trouve surtout dans l'épiploon et dans les os ; elles sont plus rares dans le foie, la rate et le poumon, où elles cèdent habituellement la place à l'autre variété.

Celle-ci prend naissance de la même manière que la précédente, mais les vésicules secondaires (fig. 257, m), au lieu de devenir libres à la surface de l'Hydatide-mère, tombent dans la cavité de cette dernière, v. Elles sont du reste capables à leur tour de produire des vésicules proligères ou de donner naissance, par bourgeonnement intra-cuticulaire, à des vésicules petites-filles, x, exactement comme dans le cas précédent.

Les Hydatides qui produisent cette variété de vésicules secondaires ont été appelées Echinococcus endogena par Kuhn, E. aitricipariens par Kùchenmeister et F. hydatidosùs par Leuckarl. Elles atteignent d'ordinaire un poids et un volume bien plus considérables que ceux des plus grandes Hydatides à multiplication exogène : Leuckar t parle de cas où elles auraient pesé jusqu'à 10 et 15 kilogrammes. Finsen assure qu'en Islande les Hydatides de l'abdomen atteignent fréquemment un volume extraordinaire: elles sont parfois si grosses, que l'abdomen est aussi détendu que dans l'ascite la plus développée. Dans un cas, il a fait sortir d'une semblable tumeur jusqu'à 18 litres de liquide. D'après ses observations, des kystes d'aussi énormes dimensions renferment toujours des vésicules secondaires (1).

Le nombre des vésicules secondaires renfermées à l'intérieur de l'Échinocoque est très variable : il varie naturellement d'après l'âge de la vésicule-mère, mais aussi avec les individus ; leur taille est tout aussi peu fixe. Dans de grandes Hydatides, Krabbe et Andral n'ont trouvé, l'un que deux, l'autre que trois

fil D'après Finsen et contrairement à l'opinion généralement admise, l'Échu nocoQuc avec vésicules secondaires serait relativement rare chez 1 Homme : sur 48 cas opérés par lui en Islande, l'Échinocoque simple s est rencontre 39 fois.

T/ENIA ECHINOCOCCUS. 435

petites vésicules secondaires; dans une Hydatide « du volume d'un boulet de douze livres (1)», Lelouis trouva dix vésicules de la grosseur d'une noix. Un Échinocoque d'environ quinze livres, observé par Kriïger, renfermait vingt-cinq vésicules secondaires; celui qu'Eschricht a décrit en contenait une trentaine, de la grosseur d'un pois à celle d'un œuf de Poule; l'un de ceux qu'a vus Velpeau, gros à peu près comme un œuf de Poule, renfermait au moins une centaine de vésicules offrant le volume d'une tête d'épingle à celui d'une noix. Leroux a vu le grand lobe du foie entièrement détruit par une Hydatide « dans laquelle on aurait pu faire tenir huit à dix litres de fluide.... Elle renfermait plusieurs centaines d'autres Hydatides, quelques-unes de la grosseur d'un œuf de Poule, d'un œuf de Pigeon, le plus grand nombre de la grosseur d'une noisette et même d'un pois. »

Le nombre des vésicules secondaires, déjà remarquable dans ces dernières observations, peut être encore plus considérable. Leuckart rapporte, d'après le récit que lui en a fait Luschka, l histoire d'une femme de soixante ans qui, depuis plusieurs dizaines d'années, portait une tumeur que l'on croyait causée par une grossesse extra-utérine; mais l'augmentation constante du volume de la tumeur dut faire abandonner ce diagnostic. A l'autopsie, on trouva une énorme Hydalide, dont le foie avait été le point de départ et qui s'était peu à peu développée en une poche du poids de trente livres, dans laquelle on trouva un nombre immense de vésicules secondaires, plusieurs milliers au moins, de la taille du poing à celle d'un pois et au dessous (2).

Quand les vésicules secondaires internes prennent un développement aussi considérable, elles peuvent distendre et dilater la vésicule-mère au point de lui enlever toute vitalité ; celle-ci entre alors plus ou moins en régression et peut passer inaperçue, adhérente qu'elle est au kyste conjonctif, à moins d'un examen attentif.

On a dit et répété sans raison que, dans les cas d'Échino-

(1) Leuckart a traduit : « un Échine-coque de douze livres ! » (Die Parafiten des Mcnschen, 2 Auflage, I, p. 783.)

(2) On trouvera dans l'ouvrage de Davainc (toc. cil., p. 372) une série d'observations du môme genre.

*Jt> ORDRE DES CESTODES.

coques endogènes, la vésicule-mère et les vésicules secondaires étaient toujours des Acéphalocystes. Il est certain que la tendance à la production des vésicules proligères et des tôles de Ténia est fréquemment amoindrie, parfois môme au point de faire complètement défaut, mais il faut se garder de généraliser ce fait. Leuckart, il est vrai, a souvent dû passer en revue bien des vésicules secondaires avant d'en trouver une qui fût pourvue de vésicules proligères et de têtes, et pareille chose est arrivée à Lebert et à Helm. Mais il est des Hydatides dont les vésicules endogènes sont toutes fertiles : tel était le cas dans l'observation d'Eschricbt; Helm a observé des faits analogues. Grâce à l'obligeance de M. Baudouin, interne des hôpitaux, nous avons pu nous-même étudier récemment des Hydatides provenant du foie d'un Homme : toutes étaient remplies d'un nombre plus ou moins considérable de vésicules endogènes, dont l'infime minorité était demeurée stérile.

Une Hydatide produisant des vésicules exogènes développe ordinairement à son intérieur des vésicules proligères et non des vésicules secondaires endogènes. Il ne faudrait pourtant pas croire que la multiplication exogène et la multiplication endogène s'excluent réciproquement et conclure à une différence spécifique entre les Ténias au cycle évolutif desquels appartiennent les Hydatides qui présentent des dissemblances à cet égard. On peut concevoir l'existence d'Hydatides qui produisent tout à la fois des vésicules endogènes et des vésicules exogènes ; si le fait s'observe rarement, cela tient uniquement à ce que le mode de formation des vésicules secondaires est déterminé par la nature même du terrain au sein duquel se développent les Hydatides.

Un certain nombre d'observations démontrent la justesse de cette opinion et prouvent que les Hydalides n'appartiennent point à des espèces différentes, suivant qu'elles sont exogènes ou endogènes. Haen, Davaine, Wunderlich et Helm ont rencontré côte à côtelés deux sortes d'Hydatides dans le foie d'un même individu.

Nous avons dit plus haut que la vésicule-mère et les vésicules secondaires auxquelles elle donne naissance pouvaient rester stériles, c'est-à-dire ne développer à leur intérieur ni vésicules proligères ni têtes de Ténia. On a prétendu que,

T.-E H I A ECniNOCOCCUS. 437 dans les cas de multiplication endogène, l'Hydalide était normalement stérile : cette opinion nous semble être totalement inadmissible. Kiister a trouvé dans un humérus humain un Échinocoque ayant produit des vésicules endogènes en même temps que des vésicules exogènes. Moniez a observé dans le foie du Porc une Hydatide de petites dimensions, qui présentait tout à la fois des vésicules exogènes, des vésicules endogènes et des vésicules proligères.

Le mode de production des vésicules endogènes dont nous venons de donner la description a été reconnu par Kuhn et par Davaine; Leuckart l'admetlait également dans la première édition de son ouvrage; Aujourd'hui, ce savant professe une autre manière de voir et adoptel'opinion de Naunyn, d'après laquelle les vésicules secondaires endogènes se formeraient tantôt aux dépens d'une vésicule proligère, tantôt aux dépens d'une tête de Ténia.

Dans ce dernier cas, parmi les nombreuses tûtes que renferment les vésicules proligères ou qui nagent librement dans le liquide de 1 Échinocoque, il n'est pas rare d'en rencontrer quelques-unes dont la forme s'est singulièrement modifiée (fi g. 257, y). Elles sont plus grandes et plus transparentes que leurs congénères. Leur partie postérieure s'est dilatée ; elle s'est en outre creusée d'une cavité à parois amincies, remplie d'un liquide clair. A la surface de l'organisme, les cirres vibratiles sont encore en mouvement. La face profonde de la paroi est occupée par un fin réseau d'éléments réfringents, dont le point de départ est l'endroit où s'insèrent les crochets ; aux anastomoses de ce réseau et sur le trajet de ses branches, on trouve des gouttelettes de taille variable et d'aspect graisseux. La limite extérieure est constituée par une cuticule anhiste, qui s'épaissit et prend une structure stratifiée, à mesure que l'organisme s'accroît et s'arrondit.

Cependant la vésicule intérieure s'étend de proche en proche vers l'extrémité antérieure de la tète. Les ventouses disparaissent, les corpuscules calcaires se fondent ; seule la couronne de crochets trahit l'origine de l'organisme : elle finit elle-même par disparaître, quand celui-ci a atteint à peu près la taille d'un grain de Millet. La tête ainsi transformée ne peut dès lors être en rien distinguée d'une jeune Hydatide, pas même par son habitat, car la vésicule proligère se rompt avant l'achèvement de cette métamorphose, qui avait commencé dans son intérieur.

A l'appui de cette singulière théorie, Naunyn et Leuckart n'apporent aucun fait précis. Il n'est pas très rare, en effet, de voir na'er

438 ORDRE DES CESTODES.

au sein d'une vésicule proligère des «Mes qui ont subi les modifications que nous venons de décrire, mais personne encore ne les a vues produire des bourgeons à leur intérieur, en sorte que rien ne prouve qu'elles deviennent des vésicules secondaires. En raison de leur pauvreté en éléments vivants et de l'aspect encore plus délabré des grands individus, Moniez croit que ces tûtes doivent se détruire. Des recherches nouvelles sont nécessaires sur ce point.

Dans certaines circonstances, les vésicules proligères se transformeraient elles-mêmes en vésicules secondaires. La portion granuleuse, dépendant de la membrane germinale, qui les revêt extérieurement, se détruit, en môme temps que leur cuticule interne s'épaissit et se stratifié. Le pédicule qui rattachait la vésicule à la paroi de l'Échinocoque se rompt alors et cette vésicule devient libre : les tôles qu'elle renfermait entrent en régression et se résolvent finalement en une couche qui se répartit uniformément à la surface interne de la cuticule, de façon à constituer une nouvelle membrane fertile (fig. 257, z). Ainsi transformée, la vésicule ressemble à une jeune Hydatide. La métamorphose est parfois limitée à une portion plus ou moins considérable de la vésicule proligère : celte portion se sépare alors par un étranglement.

Telle est l'opinion de Naunyn et de Leuckart. Eschricht et Rasmussen admettent au contraire que la cuticule stratifiée dérive, non de la cuticule interne de la vésicule proligère, mais d'une membrane délicate qui limiterait celle-ci extérieurement. La transformation de la vésicule proligère en Hydatide consisterait donc en une sorte d'enkystement et la membrane germinale ne serait autre que cellelà môme qui constituait la vésicule primitive.

Quelle que soit leur origine, les Hydatides secondaires internes sont capables de se multiplier comme le fait la vésicule-mère, c'està-dire au moyen de bourgeons intérieurs qui produisent des vésicules proligères, puis des têtes de Ténia. Ou bien, comme nous l'avons dit déjà plus haut, ces Hydatides se comportent à leur tour comme celle qui leur a donné naissance et présentent à leur intérieur des vésicules petites-filles, que Leuckart fait dériver d'une métamorphose des tûtes renfermées dans les vésicules proligères produites par la vésicule secondaire.

L'Iïydalide qui renferme des vésicules secondaires est le siège d'un singulier phénomène physique, dont Briançon a reconnu, en 1828, et l'existence et la cause. « Lorsqu'on applique une main sur un kyste contenant des Acéphalocystes, de manière à l'embrasser le plus exactement possible, en

T/ENIA ECHINOCOCCUS. 43»

Ixerçant une pression légère, et qu'avec la main opposée on donne un coup sec et rapide sur cette tumeur, on sent, dit cet auteur, un frémissement analogue à celui que ferait éprouver un corps en vibration; c'est 1 c frémissement hydatique. Si l'on réunit l'auscultation à la percussion, on entend des vibralions plus ou moins graves, semblables à celles que produit une corde de basse. Les signes dont je parle n'ont pas, dans tous les cas, une égale intensité. Tantôt, en effet, ils sont très prononcés, tantôt ils le sont moins. C'est au nombre des Acéphalocystes et à la quantité de liquide contenu dans le kyste que l'on doit attribuer tout ce qu'il y a de variable en intensité dans les phénomènes dont je parle... J'ai appelé ce frémissement frémissement kydatique, bien qu'on le retrouve ailleurs que dans les Hydatides, dans une masse gélatineuse, par exemple... Ce sont les parois des vessies membraneuses dont je parle qui sont le siège de ce frémissement; le liquide qu'elles renferment ne paraît y contribuer qu'en les tenant dans une tension médiocre. »

Briançon pensait que le frémissement en question ne peut se produire que lorsque l'Hydatide renferme un grand nombre de vésicules secondaires dans un liquide relativement peu abondant. Cette opinion est parfaitement exacte dans la grande majorité des cas ; mais Kiister a reconnu que deux ou plusieurs Hydatides dépourvues de vésicules secondaires, mais serrées les unes contre les autres, sont capables de produire le frémissement. Au point de vue du traitement, ce fait n'est pas sans valeur : perçoit-on le frémissement sur un kyste qui, après la ponction, se montre dépourvu de vésicules secondaires, c'est l'indice certain de la présence d'une seconde Hydatide.

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Les variétés d'Hydatides que nous venons d'étudier ont été diversement dénommées par les auteurs, à l'époque où on les considérait comme des Vers à l'état adulte. Nous savons maintenant, à n'en pas douter, qu'elles appartiennent à l'état larvaire d'un seul et même Cestode, Tsenia echinococcus. Il ne sera pas sans intérêt de rapporter ici les principaux noms sous lesquels elles ont été décrites :

Tœnia visceralis socinlis granulosa Goze, 1782.

Hydatigena granulosa Batsch, 178G.

Vesicaria granulosa Schrank, 1788. -

Twnia granulosa Gmelin, 1790.

J'oli/cephalus hominis Zeder, 1880.

P. granulosus Zeder, 1803.

P. humanus Zeder, 1803.

P. echinococcus Zeder, 1803.

Acephalocyslis Laennec, 1804.

llydatis erratica Blumenbach, 1810.

Ecliinococcus velerinorum Rudolphi, 1810.

E. simix Rudolphi, 1810.

E. granulosus. Rudo'phi, 1810.

E. hominis Rudolphi, 1810.

E. infusorium Fr. S. Leuckart, 1827.

Diskosloma acephalocystis Goodsir, 1844.

T.fiNU ECIIINOCOCCnS.

E. giraffx Gervais, 1847.

E. polymovphus Diesing, 18.">l.

Rudolphi distinguait trois espèces d'Hydatides, Echinococcus reterinorum, E. simiœ et E. hominis. Dujardin n'en reconnaissait qu'une seule, E. veterinorum, dont les deux autres n'étaient que des variétés développées chez le Singe ou chez l'Homme. Diesing se range à ce dernier avis, et, jugeant avec raison qu'aucune des trois espèces admises par Rudolphi ne méritait d'imposer son nom aux deux autres, il désigne les Hydatides sous le nom d'E. polymorphus, que nous leur conserverons. Bien que les Hydatides ne soient pas des animaux parfaits, il y a en effet quelque utilité pratique à maintenir cette ancienne appellation, comme nous l'avons fait déjà pour les Cysticerques.

Il n'est aucun parasite de l'Homme dont le siège soit aussi variable que celui de l'Échinocoque. On peut l'observer dans presque tous les organes, même dans le tissu osseux. Toutefois, on ne le trouve point partout avec une égale fréquence : son siège de prédilection est le foie; puis on le rencontre avec une fréquence décroissante dans le poumon, le rein, la rate, le cerveau, etc. Le tableau suivant montre sa répartition dans les diverses parties du corps ; il indique la fréquence relative des Hydatides suivant les organes, d'après les observations recueillies par Davaine, Bocker, Neisser, Finsen et Madelung.

Davainc.

Foie 1GG

Poumon 40

Rato »

Plèvre »

Appareil circulatoire 12

Cavité crânienne 22

Canal racludien 3

Rein 31

Petit bassin 2G

Organes génitaux femelles

et mamelle 13

Organes génitaux mâles... 3

Os 17

Face, orbite, bouche 1G

Cou 7

Tronc et membres 20

Péritoine, épiploon »

Totaux 37G

Bocker. Neisser. Finsen. Madelung.

t*2 ORDRE DES CESTODES.

Il est fréquent de n'observer chez l'Homme qu'un seul Éclrinocoquc, ou du moins de n'en trouver qu'un petit nombre (I) ; il n'est point rare non plus de ne rencontrer les parasites que' dans un seul organe, qui est presque toujours le foie. Ce fait ne laisse pas que de surprendre un peu, si on se rappelle quelle prodigieuse quantité de Cysticerques nous avons constatée dans bien des cas ; il s'explique par la rareté relative du Ténia écbinocoque, au moins dans nos pays, rareté qui a pour conséquence de rendre l'infestation moins facile; il s'explique surtout par ce que le Ténia adulte n'émet jamais, ainsi que nous le verrons plus tard, qu'un seul anneau rempli d'œuTs mûrs.

Ce n'est pas à dire pourtant que les Hydatides ne puissent parfois s'observer en plus ou moins grand nombre. Dans ce cas, on les trouve non seulement dans le foie, mais aussi dans d'autres organes, le poumon, le rein, la rate, mais surtout dans le péritoine et dans le grand épiploon. Le cas rapporté par Charcot et Davaine est particulièrement instructif à cet égard : chez un Homme de soixante-trois ans, ces observateurs ont trouvé dans le foie une grande quantité de kystes hydaliques, dont trois atteignaient de très vastes dimensions. « Dans l'épiploon gastro-hépatique se trouvent deux tumeurs hydatiques, égalant le volume d'un œuf de Poule. Dans l'épiploon gastro-splénique s'en trouve une autre plus volumineuse. A la surface du mésentère, on remarque un très grand nombre de kystes du volume d'une noix à celui d'un pois... Dans le petit bassin, entre le rectum et la vessie, existe un kyste hydatique du volume du poing. »

Nous voilà bien loin des milliers de parasites dont nous notions la présence dans les cas de ladrerie : le nombre des Échinocoques est rarement supérieur à quelques dizaines, à moins que l'on ne compte comme des parasites distincts les vésicules secondaires nées par bourgeonnement d'une Hydatide primitive.

Nous ne saurions avoir la prétention de retracer ici l'histoire clinique des Échinocoques développés dans les diverses

(1) Sauf au cuir chevelu, où l'on rencontre ordinairement de 5 à 10 Échinocoquos, Finsen n'a pu diagnostiquer que dans six cas plus d'une Hyda: tide chez un môme malade.

■Œm\ ECIIINOCOCCUS. 443

régions du corps. Nous nous bornerons à des indications suceincles; quant au reste, on pourra trouver les renseignements les plus circonstanciés dans le livre de Davaine ; on pourra consulter également avec profit l'ouvrage de Neisser (1).

Le foie ne renferme parfois qu'une seule Hydatide ; on en trouve plus souvent deux ou trois, rarement jusqu'à douze. Le parasite, amené sans doute par le sang de la veine porte, peut se fixer en un point quelconque de l'organe (2) et s'y développer à des degrés très divers : l'Échinocoque acquiert-il de grandes dimensions, le foie prend les aspects les plus variés et acquiert des dimensions six ou sept fois plus considérables qu'à l'état normal.

Le parenchyme hépatique demeure normal tant que la poche hydatique est de petite taille. Mais, à mesure que celle-ci s'accroît, le tissu du foie est comprimé; il s'atrophie de plus en plus, en sorte que des lobes entiers peuvent disparaître ou du moins se réduire à une sorte de lame épaisse d'un millimètre. Quand elle atteint de grandes dimensions, l'Hydatide peut amener dans les organes voisins des lésions plus ou moins graves; on la voit alors déprimer le diaphragme et s'enfoncer dans le thorax ou dans le parenchyme pulmonaire; elle peut perforer le diaphragme et, suivant les cas, s'ouvrir dans la plèvre ou dans les bronches ; elle peut encore s'ouvrir dans l'estomac ou l'intestin, dans les voies urinaires ; elle peut déterminer une perforation spontanée de la paroi abdominale; elle peut enfin, en comprimant les canaux biliaires ou les gros troncs sanguins contenus dans l'abdomen, provoquer l'apparition de phénomènes divers. Nous avons expliqué déjà par l'action d'une leucomaïne renfermée dans le liquide hydatique les accidents divers (urticaire, etc., voire même la mort) dont s accompagne la rupture des Échinocoques dans une cavité séreuse.

Les Hydatides du poumon se rencontrent ordinairement dans le parenchyme de l'organe. Il est assez rare d'en ren-

qu'U nÎZZfT{?'me Un hldeX bibli°g''aphiq«e assez complet. A moins

ORDRE DES GESTODES.

contrer deux dans on même poumon ; les cas d'un kyste dans l'un et l'autre poumon sont plus fréquents ; en même temps qu'il se trouve en ce point, le parasite s'observe souvenldans le foie. L'Echinocoque pulmonaire atteint parfois une taille véritablement énorme; du côté malade, la poitrine s'élargit notablement, les côtes sont soulevées, le poumon est refoulé sur lui-même, le cœur et le foie peuvent être écartés par la tumeur ; les deux feuillets de la plèvre peuvent se réunir l'un à l'autre au moyen d'adhérences. Bien souvent, le kyste finit par se rompre et par s'ouvrir au dehors, soit à travers les parois' de la poitrine, soit à travers le diaphragme et la paroi abdominale; il est plus fréquent de le voir se faire jour au dehors en perforant les bronches. En revanche, il est plus rare de voir l'Echinocoque s'ouvrir dans la plèvre ou dans le péricarde, éroder les vaisseaux sanguins et amener la mort par hémorrhagie, acquérir un volume tellement énorme que la mort arrive par suffocation, etc. Davaine rapporte un grand nombre d'observations d'IIydatides du poumon ; il en résulte que ces I parasites occasionnent toujours de graves phénomènes; la mort arriverait deux fois sur trois cas. On ne lira pas sans intérêt la thèse dans laquelle Chachereau a relaté sa propre ' observation.

Dans la plèvre, l'Echinocoque est rare. Des dix-sept cas relevés par Neisser, les uns se rapportaient à des parasites développés dans la cavité même de la séreuse, les autres à des parasites siégeant en dehors de son feuillet pariétal. On peut se demander si, dans le premier cas, il ne s'agit pas réellement . d'Hydatides devenues libres par suite de leur développement, grâce à un phénomène de migration analogue à celui que nous avons reconnu pour les Gysticerques sous-rétiniens tombant dans le corps vitré ou dans le cristallin. .

L'Échinocoque est plus rare encore dans la capsule surrénale. Deux cas seulement nous en sont connus : celui de Perrin en 1853 et celui de Huber en 1882. Ge dernier est remarquable en ce qu'il se rapporte à une variété d'Hydatide dont nous devons nous occuper avant d'aller plus loin.

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T iï^aoS/e' 'hydatique du foie; guérison après une seule ponction ; uHica^eZnUcutive à la ponction. Ibidem, XII, p 88 92 et 100, 187;, - Id., Observations pour servir à l'histoire des kystes hydatiques des poumons. Ârcb. de méd. et pharm. militaires, V, p. 3:5, 1885.

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L/Échinoeoque du foie, du poumon et de la capsule surrénale se présente le plus souvent sous l'aspect que nous lui avons décrit jusqu'ici; parfois cependant, il affecte une forme spéciale, que les médecins confondaient anciennement avec une tumeur colloïde ou avec un carcinome gélatineux. Virchow reconnut le premier, en 1 8 ri 6 , la véritable nature de cette tumeur, qu'il désigna sous le nom de « tumeur à Échinocoques multiloculaire, à tendance ulcéreuse. » Avec Carrière, nous l'appellerons tumeur hydatique alvéolaire.

Cette tumeur est constituée par une substance fondamentale, d'une dureté eu général considérable, creusée de cavités peu volumineuses, ressemblant à des alvéoles, dans lesquels sont contenues des masses gclatiniformes; celles-ci ne sont autre chose que des Hydalides repliées sur elles-mêmes, au lieu d'avoir la forme globuleuse habituelle. Cette produclion présente une grande tendance à

l'ulcération, qui se manifeste par la formation d'une ou de plusieurs cavités à parois anfractueuses dans son intérieur.

En 18G9, Carrière en relevait 19 cas, parmi lesquels la tumeur occupait 15 fois le foie seul, 2 fois le foie et le poumon, une fois le poumon seul et une fois le foie, le poumon et le péritoine. Marié Prougeansky en a fait connaître b cas, observés à Zurich de 1867 à 1873, et le nombre des cas actuellement connus peut être évalué à 70 environ.

Dans le foie, la lésion se présente sous la forme d'une masse plus ou moins volumineuse, solide à sa périphérie, diffluente dans ses parties centrales, de façon à présenter là une caverne remplie de détritus. Son siège le plus fréquent est dans le lobe droit (H fois sur 16, d'après Carrière); son volume est très variable, depuis la taille d'un œuf de Canard (Leuckarl) jusqu'à celle de deux tètes d'Homme (Griesinger) ; entre ces deux extrêmes, on peut trouver tous les intermédiaires. La tumeur est constituée par une quantité considérable de petites cavités dont les dimensions sont très variables : quelques-unes mesurent seulement 0mm,03 ; le plus souvent, leur taille est à peu près celle d'un grain de Chènevis, ou même celle d'un pois. Les alvéoles les plus volumineux sont parfois au centre et les plus petits à la périphérie. Dans d'autres circonstances, le centre de la tumeur est occupé par une grande poche, dont la dimension varie depuis celle d'une noix jusqu'à celle du poing; sa forme est des plus irrégulières : elle présente une série de diverticules petils, anfraclueux, à parois déchiquetées. En dehors de celte cavité centrale, se voient des alvéoles de petite taille; à son intérieur, il peut s'en rencontrer aussi.

Ces différents aspects nous renseignent d'une façon suffisante sur la nature de la tumeur qui nous occupe. La poche centrale dont nous avons reconnu l'existence n'est autre chose qu'une Hydatide mère qui, suivant la résistance plus ou moins grande opposée par le tissu dans lequel elle est venue se fixer, a gardé des dimensions plus ou moins restreintes ; les alvéoles qu'une coupe permet de reconnaître à son intérieur sont des vésicules endogènes; les alvéoles extérieurs, beaucoup plus nombreux, sont des générations successives de vésicules secondaires exogènes, comme le démontrent leur pullulalion périphérique et les grandes différences de taille qu'ils présentent entre eux.

Les vésicules exogènes sont disposées les unes à côté des autres, dans des cavités creusées au sein d'un stroma fibro-conjonctif ; elles sont affaissées et repliées sur elles-mêmes, au lieu de demeurer globuleuses, comme à l'état normal; elles sont trop grosses pour l'alvéole qui les renferme, de là les replis nombreux que présente

TyËNJA ECHINOCOGCUS. 447

leur paroi. Dans les points où le réseau conjonclif ambiant offre une moindre résistance, on voit la vésicule pousser des diverticules qui lui donnent un aspect assez semblable a celui que nous avons décrit pour les Gysticerqu.es rameux de l'encéphale. Certains observateurs, Luschka, LeuckarT, Heschel, Friedreich, invoquent cette structure pour admettre que les vésicules extérieures prennent naissance, non par le procédé ordinaire de bourgeonnement intra-cuticulaire, mais par isolement de ces diverticules périphériques ; Marie Prougeansky pense môme que c'est là leur unique mode de production. Chacune des vésicules ainsi constituées s'entourerait à son tour d'une coque conjonctive. Nous ne voulons pas nier la possibilité, voire môme la prédominance d'un semblable processus ; nous ferons remarquer simplement que cela n'exclut pas le mode habituel de multiplication exogène : Marie Prougeansky a noté l'existence d'amas granuleux, point de départ des vésicules secondaires, entre les lamelles de la cuticule de l'Hydatide principale. D'accord avec Virchow et contrairement à cette dernière, Klemm a d'ailleurs reconnu nettement la production de véhicules exogènes et endogène?.

La plupart des auteurs admettent que les vésicules qui composent la tumeur hydatique alvéolaire demeurent stériles; Leuckart dit que la fertilité serait exceptionnelle. Cette opinion est contredite par les faits: Helm a établi que les Hydatides ordinaires étaient fertiles 78,7 fois sur 100 et les Échinocoques alvéolaires 64,7 fois sur 100. 11 est vrai néanmoins que ces derniers ne produisent le plus souvent qu'un pelit nombre de Lôtes, dont la constatation nécessite parfois des recherches prolongées.

Ces tôtes sont identiques à celles qui se développent dans les vésicules proligères des Hydatides normales : dimensions, structure, tout est semblable. D'après celte comparaison, il est déjà difficile' d'admettre la manière de voir de Kuhl, de Morin et de Huber, qui pensent que l'Échinocoque alvéolaire est causé par l'état larvaire d'un Ténia différent de Tœnia echinocûccus. Cette opinion est formellement contredite parles expériences de Klemm, qui a pu développer le véritable Ténia échinocoque dans l'intestin d'un Chien auquel il avait fait avaler des Hydatides fertiles provenant d'une tumeur hydatique alvéolaire.

Bien que Echinococcus polymorphus et E. multilocularis s. alveolaris soient deux états d'un môme parasite, l'aspect différent sous lequel ils se présentent n'en reste pas moins obscur. Il tient probablement a la manière variable dont l'organisme se comporte vis-à-vis de 1 embryon hexacanthe, puis du Ver cystique qui lui succède; cette différence de réaction de la part de l'organe reconnaît sans doute pour cause une différence dans le siège qu'occupe l'embryon. C'est

448 ORDRli DES CESTODES.

ainsi que lu l'orme cystique ordinaire se développerait presque sans provoquer de réaction, vile et régulièrement, duns des voies non préformées; elle se creuserait un gîte au sein des tissus. La forme alvéolaire aurait au contraire sou point de départ dans un système de canaux (vaisseaux lymphatiques, d'après Virchow ; canaux biliaires, d'après Friedreich, Sclirœder van der Kolk et Morin; vaisseaux sanguins, d'après Leuckarl) : ceux-ci, doués d'une exquise sensibilité, réagiraient violemment ; il se produirait ainsi une abondante prolifération conjonctive et l'Échinpcoque, contraint de lutter contre elle, ne pourrait croître que lentement.

La singulière distribution géographique de l'Échinocoque alvéolaire n'a pu encore être expliquée. En Islande, où les kystes hydatiques sont endémiques, on ne l'a jamais observé. Dans l'Allemagne du nord, où l'Échinocoque est relativement fréquent, on n'en connaît encore que deux cas : l'un vu par Bartels à Kiel en 1873, l'autre observé par Trendcleuburg à Roslock en 1881 ; le cas de Fr. Meyer se rapporte au centre de l'Allemagne. En France, ou n'en connaît pas la moindre observation, puisque le malade de Carrière était un Bavarois. Jusqu'à présent, c'est surtout en Suisse et dans l'Allemagne du sud, où les kystes hydaliques sont relativement rares, qu'on a observé l'Échinocoque alvéolaire; on l'a signalé aussi dans lu haute et la moyenne Italie et chez un nègre d'Amérique. Hellcr croit pouvoir rapporter encore à l'Hydatide alvéolaire deux pièces figurant dans les collections d'anatomie pathologique de Londres et d'Edimbourg.

Ajoutons que cette variété d'IIydatides s'observe aussi chez le Bœuf, où Friedreich en 1860, Huber en 1861, Perroncito en 1871, Harms en 1872, Bollinger en 1875 et Brinsteiner en 1884, en ont mi chacun un cas.

J. Carrière, De la tumeur hydatique alvéolaire. Thèse de Paris, 18G8. — Oh trouvera dans cet excellent travail la traduction de toutes les observations antérieures de tumeurs hydatiques alvéolaires.

Ducellier, Etude clinique sur la tumeur à Echinocoques multiloculaire du foie et des pownons. Paris, 1808.

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Quand les Hydatides se développent dans le tissu conjonctif

Fig. 2<>1. - Kystes hydatiques pédoncules, d'après Charcot et Davaine — a, intestin grêle; b, mésentère; c, kystes ayant un court pédonculea, kyste supporte par un pédoncule, e, très long et très aminci.

sous-séreux, il peut se faire qu'elles repoussent la membrane Blanchard. — Zool. méd. 29

450 OltDRE DES CESTOUES.

séreuse, s'en coiffent en quelque sorte et ne testent en rapport avec leur point d'origine que par un pédicule plus ou moins allongé et aminci. Chez un vieillard dont Charcot et Davaine ont publié l'observation, un grand nombre de kystes pédiculés existaient à la surface du péritoine ; le pédicule de quelques-uns d'entre eux avait jusqu'à 7 centimètres de longueur et n'était pas plus gros qu'un crin de Cheval (flg. 20 1). Gérard a rencontré une disposition touLe semblable. Que le pédicule vienne à se rompre et le kyste deviendra libre dans la cavité péritonéale, phénomène qu'il n'est pas rare d'observer.

Il ne sera pas hors de propos de rappeler encore que, dans les deux cas précédents, les Hydatides pédiculées étaient stériles, alors que toutes celles du foie ou des replis du péritoine étaient fertiles : nous avons expliqué déjà ce fait par la moindre vitalité des premières, auxquelles le sang n'arrivait qu'en très faible quantité.

On doit rattacher aux Echinocoques du péritoine ceux qu'il est si fréquent de rencontrer dans le grand épiploon, dans le rein, dans la rate, dans les organes que renferme le bassin ; ces derniers ont été confondus plus d'une fois, chez la femme, avec des kystes de l'ovaire et ont été cause de regrettables interventions chirurgicales. Brôse en cite quelques exemples.

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Les Hydatides se rencontrent assez rarement dans le cœur: jusqu'à OEsterlen, dix-sept auteurs seulement en avaient publié des observations. Dans les muscles, elles sont plus fréquentes: Marguet leur a consacré une intéressante monographie, dans laquelle il reprend et appuie de preuves nouvelles l'opinion, émise précédemment par Cruveilhier, Paul-Boncour et Danlos,

TjENIA ECHINOCOCCUS. 451

que leur développement reconnaît le traumatisme comme cause occasionnelle (1).

Les Échinocoques des os ont été récemment étudiés avec beaucoup de soin par Gangolphe, qui a pu en réunir cinquante-deux observations. Dans ce milieu spécial, les parasites présentent d'intéressantes particularités: ils siègent de préférence dans les épiphyses des os longs, là où le tissu est spongieux, et leur permet de se multiplier sans trop de difficulté. Le kyste adventif de nature conjonctive fait constamment défaut; les vésicules restent toujours de très petites dimensions, sauf dans les cas où elles parviennent à se loger dans la cavité médullaire (Eug. Hahn, Uchlovski), et se multiplient activement par voie exogène. Elles déterminent l'érosion du tissu osseux et peuvent, entre autres accidents, amener des fractures spontanées.

Nous ne dirons rien des Hydatides de l'encéphale et de la moelle, si ce n'est qu'elles semblent être plus rares que les Cysticerques dans la première de ces régions ; les phénomènes pathologiques dont s'accompagne leur présence sont du reste les mêmes que pour ceux-ci. Elles sont également moins fréquentes que les Cysticerques dans l'œil et ses annexes, mais semblent, en revanche, s'observer plus souvent dans la glande mammaire.

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(1) Dans 10.) cas d'Hydatidcs des muscles, relevés par Marguet, notamment dans les publications françaises, la distribution anatomique des parasites était la suivante : cuisse, 17 fois; région sacro-lombaire, 13; bras, 12; paroi abdomnule antérieure, 12; cou, 12 ; lèvre inférieure, 7 ; deltoïde, G; partie antérieure du thorax, (J ; partie postérieure du thorax, 6 ; fessiers, 4 ; avant-bras 3 • lace, 3; psoas, 1; œil, I; jambe, 1 ; paroi abdominale postérieure 1 Le parasite siege de préférence dans les points où l'irrigation sanguine est le

ORDRE DES GESTODES.

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L' Êchinocoque peut s'observer à tous les âges, mais sa fréquence est plus grande chez les adultes, de vingt à quarante ans : cela ressort du tableau suivant, qui résume les statistiques dressées par différents auteurs, tant en Islande (Finsen) qu'en Allemagne.

T/ENIA ECriINOCOCCUS.

4ÏJ3

Krum- .

WolIV. mâcher. Docker. Finscn. Neisser. Helm.

0 à 10 ans.. .

11 à 20 ans. . .

21 à «30 ans.. . ,

31 à 40 ans

il à 50 ans . . .

51 h 60 ans . . .

61 à 70 ans . . .

71 à 80 ans . . . Au delà de 80 ans.

Totaux

L'influence du sexe sur le développement des Echinocoques n'est guère admissible; on ne saurait donner aucune raison sérieuse de la fréquence plus grande du parasite chez la femme. Quelque inexplicable qu'il soit, le fait n'en semble pas moins démontré :

Krummacher a observé 41 hommes et 45 femmes sur 86 malades. Finsen — 74 — 181 — 255 —

Neisser — 148 — 210 — 358 -

.. La position ou les habitudes sociales ont avec la maladie des rapports bien plus manifestes. Puisque l'Échinocoque est la larve d'un Ténia du Chien, il est évident qu'il se développera surtout chez les individus qui admettent cet animal dans leur intimité. D'autre part, la migration du Ténia se faisant du Mouton au Chien, la maladie sera plus fréquente chez ceux qui vivent dans la compagnie des Chiens de berger ou des Chiens d'abattoir : elle sera beaucoup plus commune dans les campagnes que dans les villes. Nous verrons une confirmation éclatante de ces considérations, quand nous étudierons la distribution géographique du parasite et de la maladie dont il est cause.

L'Échinocoque qui s'est développé dans les tissus de l'Homme s'est, à proprement parler, embarqué dans une impasse : il est sans avenir, sans espoir, car il a bien peu de chances pour passer jamais dans l'intestin du Chien, où il pourrait poursuivre son évolution et arriver a l'état adulte. L'Homme n'intervient que fortuitement dans le cycle de développement de ce Ténia, dont le Mouton est normalement le premier hôte. Le Chien a souvent l'occasion de manger les entrailles du Mouton et, par conséquent, d'introduire dans

son tube digestif des Hydatides, qui, si elles sont fertiles, pourront, après digestion de leur cuticule, mettre en liberté un nombre considérable de jeunes têtes de Ténia. On ne sera donc pas surpris, en examinant des Chiens porteurs de Ténias écbinocoques, de constater que ceux-ci existent toujours en très grand nombre chez un même animal.

Les migrations que nous venons d'esquisser ont été reconnues pour la première fois par von Siebold, en 1853 : en faisant ingérer à des Chiens des Hydatides du Mouton, cet expérimentateur obtint un Ténia de fort petite taille, qui jusqu'alors était passé inaperçu. Plus tard, Kiichenmeister, van Beneden, Leuckart et Nettleship virent le même Ténia se développer dans l'intestin de Chiens auxquels ils avaient administré des Échinocoques du Mouton, du Porc et du Bœuf.

Ces mêmes expériences réussirent moins aisément avec les Hydatides de l'Homme : Kiichenmeister, Zenker, Ercolani et Vella, Levison, les tentèrent en vain. Plus heureux, Krabbe, Finsen et Naunyn, les uns en Islande, l'autre à Berlin, démontrèrent en 1863 qu'elles donnaient encore naissance au Ténia découvert par von Siebold. Une démonstration toute semblable a été donnée récemment par Thomas, à Adélaïde.

Tsenia echinococcus est le plus petit des Cestodes connus. Sa longueur est de 2mm,5 à 3 millimètres, au plus de 5 millimètres; Krabbe considère comme tout à fait exceptionnelle une taille de 6mm,5. 11 se compose d'une tête armée, à laquelle font suite trois ou quatre anneaux seulement (fig. 262) ; le dernier, lorsqu'il est mûr, atteint à lui seul, ou dépasse même la moitié de la longueur totale.

La tête, large à peine de 0mm,3, est munie ^jj!^ de quatre ventouses et d'un rostre assez al- Fig. 262 - Tmnia longé, large de 0mra,13 et dont la base donne echinococcus, insertion a une double couronne de crochets grossi 12 fois, ,fi 2G3x Leg auteurs sont loin d'être d'acd'aprcs Leuckart. \ o / .

cord quant au nombre de ces derniers ; chaque rangée en renfermerait quatorze a dix-huit, d'après von Siebold et Kiichenmeister, quatorze à vingt-cinq d'après Lcuc-

T/ENIA KCniNOCOCCUS.

4or

kart, quinze a dix-sept d'après Eschricht, seize ;\ vingt d'après Krabbe. Ces divergences considérables tiennent à ce que les crochets, surtout les plus grands, sont extrêmement caducs; il est rare d'observer un Ténia dont la couronne soit intacte.

Si on compare les crochets d'un Ténia adulte avec ceux d'une tête renfermée dans une Hydatide, on observe entre eux d'importantes différences, tenant à ce qu'ils n'atteignent leur complet développement qu'au moment de la métamorphose. La griffe atteint son entier développement déjà chezl'Échinocoque, mais la base, d'abord courte et déliée, augmente progressivement de taille et devient plus massive chez le Ver adulte. Cette modification se fait avec lenteur, en sorte qu'on peut assez facilement suivre sa marche sur des Ténias d'âge différent.

Quand sa croissance est achevée, le crochet (fig. 26-4) pos-

Fig. 203. — Couronne de crochets de Tœnia echinococcus d'un Chien islandais, d'après Krabbe, grossie 245 fois.

. Fig. 20i. — Grands crochets do Txnia echinococcus d'un Chien danois, grossis 900 fois, d'après Krabbe.

sède une lame délicate et fortement incurvée; sa base est épaissie. Ses dimensions sont les suivantes, d'après Leuckart:

Grand Petit

De l'extrémité de la racine antérieure à C™

1 extrémité de la griffe /l0 à /,r 30 s 3g

De l'extrémité de la racine postérieure h '

l'extrémité de la griffe , 7 ... ,0„ .

; Ungue„r do la baM ^ j^Jg ».» «J

Comme dans tant d'abtres «constances, les chilïVes donnés

ORDRE DES CESTODES.

par Leùckart diffèrent notablement de ceux qu'indiquent les autres observateurs. Von Siebold attribue une longueur de 34 (x aux grands crochets, de 21 à 28 p aux petits ; d'après Krabbe, la longueur serait de 29 à 46 p pour les premiers, de 21 à 33 p pour les seconds.

A la suite de la tête vient un cou large d'environ 0mm,25, qui se continue insensiblement avec la première portion du corps. Celle-ci est dépourvue de toute segmentation : elleestsuivie d'un premier anneau à limites mal accusées, à peu près aussi long que large, et à l'intérieur duquel on ne distingue aucun organe particulier. Le deuxième anneau est environ deux fois plus long que le précédent; on y reconnaît déjà des organes génitaux mâles et femelles, un cirre marginal, un oviducte et des œufs.

Le troisième et dernier anneau est arrivé à maturité complète; il est long de 2 millimètres, large de 0mm,6 et renferme environ cinq cents œufs. Ceux-ci sont limités par une délicate membrane vitelline et présentent la structure que nous avons figurée plus haut chez Tsenia marginata (fig. 212, G) ; ils mesurent 63 [t. et renferment une coque assez mince et ponctuée, à l'intérieur de laquelle se voit l'embryon hexacanthe. Le pore marginal n'est pas situé du même côté que sur l'anneau précédent, en sorte que T. echinococcus, malgré ses dimensions si restreintes, appartient nettement au groupe des Ténias à pores génitaux alternes. Quand approche le moment où ce dernier anneau doit se séparer, on voit un nouvel anneau prendre naissance dans la région du cou, en sorte que l'animal présente pendant un certain temps quatre segments; mais cet état est de courte durée.

L'appareil excréteur a été étudié par Fraipont. 11 est encore formé de quatre canaux longitudinaux, disposés par paire de chaque côté de la ligne médiane ; chacun de ces groupes comprend une assez large lacune située en dehors, et un vaisseau. Dans son trajet, la lacune se subdivise sur une étendue plus ou moins considérable, pour redevenir ensuite simple et former ainsi des boutonnières. Le vaisseau est plus grêle et plus sinueux ; il communique avec son congénère par des branches transversales traversant toute l'épaisseur du corps et avec la lacune voisine par une ou deux anastomoses très courtes. Un

TMMk ECIIINOCOCCUS. 4S3

peu au-dessous des ventouses, les quatre canaux longitudinaux se réunissent deux à deux; ils forment alors, de chaque côté, un tronc unique, qui va se jeter dans un anneau vasculaire placé transversalement au-dessus des ventouses. A l'extrémité postérieure du corps, les quatre canaux se réunissent encore deux à deux, puis s'ouvrent dans une vésicule médiane, globuleuse et à paroi épaisse et contractile. On trouve enfin, surtout dans la partie postérieure, un grand nombre d'entonnoirs ciliés, qui se prolongent dans de petits canalicules dont les rapports avec les .gros canaux sont encore ignorés.

L'appareil reproducteur hermaphrodite est d'une structure plus simple que chez les Ténias dont nousavonsfaitjusqu'à présent l'étude. Les vésicules testiculaires, au nombre d'une soixantaine environ, mesurent en moyenne 70 p., Les spermatozoïdes présentent une longueur et une grosseur exceptionnelles. Le canal déférent se contourne plusieurs fois sur lui-même avant d'atteindre la poche du cirre, très contractile et longue de 0mm,4 à0mm,5.

Les glandes génitales femelles sont encore représentées par trois ovaires : deux sont antérieurs et latéraux, le dernier est postérieur et médian. Les deux glandes latérales, d'aspect lobé plutôt qu'acineux, se réunissent l'une à l'autre par un canal transversal, d'où part, vers le milieu de son trajet, un oviducte qui se porte en arrière, à la rencontre d'un conduit analogue provenant du lobe médian de l'ovaire. Le canal unique qui prend ainsi naissance aboutit presque aussitôt au réservoir spermatique, vésicule large de 14 [/., qui se continue en avant et en dehors par un vagin à peu près rectiligne. La partie moyenne de celui-ci est occupée, sur une assez grande étendue, par une dilatation large de 50 [x, dont la paroi chitineuse porte des sortes d'épines dirigées en dehors. L'oviducte de l'ovaire postérieur donne naissance, par sa partie moyenne, à un canal qui remonte vers le fond de l'utérus. Celui-ci ne se montre qu'assez tard. Il n'y a pas de corps de Mehlis. Le pore marginal est dépourvu de bourrelet saillant.

Von Sicbold, Uebev die Vevwandlunrj der Echinococcushi-ut in Tiinien Z f. w. Z., IV, p. 409, 1853.

Leviaon, Disquisitiones nonnull.v de Ec/nnococcis. Inaug. diss. Grypliiae

458 ORUHE DES CESTODES.

B. Naunyn, Uebcr die zu Echinococcus hominis geUriqe tâhïe Archiv fiir Anatomio, p. 412, 1803.

Edw Nettlesbip, Notes on the rearing of T.vnin echinococcus in the Don nom Hydahds, mth some observations on the unalomy of the adull Wortn J'rocced. ol tho R. Society, XV, p. 224, 1866.

Zonkor. Sitzungsber. der med. phys. Gesellschaft in Erlaneen, p. 88 29 Jnli 1872. 1

Vogler, Die Echinococcus-Huhen. Correspondcnzblatt fût Schweizer Aerzto, XV, p. 192 u. 586, 1885.

• J;"D- Thomas» Notes uPon the expérimental breedàng of Tœnia echinococcus m the Dog from the Echmococei of Man. Proceed. R. Soc, XXXVIÏI n" *>38 p. 449, 1885.

Txnia echinococcus vit dans l'intestin grêle du Chien ; Panceri l'a rencontré encore chez le Chacal et Cobbold chez le Loup. Il est rare chez le Chien, an moins dans nos pays, mais les animaux qui le possèdent l'hébergent souvent en grande abondance. A l'Institut physiologique de la Sorbonne, où nous avons fait l'autopsie d'un grand nombre de Chiens, de toute provenance, dans le but d'en rechercher les parasites, nous ne l'avons jamais observé. Dans les villes, on le rencontre pourtant avec une fréquence relative chez les Chiens qui vivent dans les abattoirs; dans les campagnes, où il est plus commun, c'est encore chez les Chiens vivant dans les boucheries, ou au milieu des troupeaux, qu'on l'observe surtout. Krabbe a reconnu qu'il ne se trouve en Danemark que chez 2 Chiens sur 300 ; en Islande, au contraire, on le rencontre chez le quart de la population canine.

Comme le Chien et le Mouton, le Ténia échinocoque est un animal à peu près cosmopolite. Les kystes hydatiques 'qu'il occasionne chez l'Homme sont également répandus sur toute la surface du globe, mais leur fréquence est en rapport avec les habitudes sociales et avec certaines conditions que nous devons examiner.

Les Hydatides ne sont pas rares chez l'Homme, en France ; même à Paris, il ne se passe, pour ainsi dire, pas de mois sans qu'on en puisse observer quelque cas dans les hôpitaux. Elles sont, d'après Leudet, plus communes à Rouen qu'à Paris : on les rencontrerait 6 fois sur près de 200 autopsies.

Gratia dit que le parasite serait un peu plus rare en Belgique qu'en France, mais sans donner aucune statistique à l'appui de cette assertion. Pans le Royaume-Uni, Cobbold évalue à 400 au

T/ENIA liCIHNOCOCCUS. 450

moins le nombre des décès causés annuellement parles Échinocoques ; cet hclinintliologiste n'a jamais vu le Ténia échinocoque chez le Chien, sauf dans les cas d'infestation expérimentale. Murchison rapporte que, sur 2 100 autopsies pratiquées au Middlesex hospital de 1853 à 1863, on trouva 13 fois des Hydatides ; 7 fois, elles avaient causé la mort.

La fréquence du parasite en Suisse est indiquée par Ziislein dans la statistique suivante :

A Zurich, Lebert l'a vu 0 fois sur 800 autopsies.

— Biermer 2 — 7G8 —

— Eberth 2 — 2500 - A Bâle, Hoffmann, 4 — 1100 —

— Roth 1 — 1914 A Berne, Klebs 2 — 900 —

Notons aussi que, parmi les cas connus d'Échinocoque alvéoaire, 19 se rapportent à la Suisse.

Le tableau suivant montre la fréquence du parasile en Allemagne :

A Berlin, on l'a vu 33 fois sur 4770 autopsies. A Breslau 39 —512s —

A Dresde, Zcnker l'a vu 2 — 108 — A Gôttingen, Fôrster 3 — C39 — A Rostock, Wolff 4 i5o —

— Simon 8 — 101 —

— Thierfelder 13 — 775

La statistique des cas observés chez des malades mérite aussi d'être citée :

A Breslau, on l'a vu 20 fois cliez 85 062 malades

A ISurcmberg 0 — i5r,00 —

A Hambourg 0 — 18 000 —

A Wurzburg, d'après Rinecker, il y aurait eu seulement 3 cas d Hydatides, de 1833 à 1850, et pas un cas en 1870 et 1871à Leipzig, d'après Linder, 18 cas de 1852 à 1869; à Greifswald' H cas de 1870 à 1875; dans la même ville, Mosler en a vu' 27 cas en 20 ans; à Iéna, d'après Seidel, on observerait au moins un cas par an.

D'après ces statistiques, c'est donc dans le Mecklemboumà Rostock, que la maladie hydatique serait le plus fréquenté

400 ORDRE DES CESTODES.

en Allemagne. Un intéressant ouvrage que viennent de publier quelques médecins mecklembourgeois, sous la direction du professeur Madelung, confirme pleinement cette déduction et met hors de doute la grande fréquence des Échinocoques chez l'Homme, dans les deux grands-duchés de Mecklembourg- Schwerin et de Mecklembourg-Strelitz. Il ressort de ce travail, non seulement, comme l'avait dit Leuckart, que la maladie est bien plus fréquente dans le nord de l'Allemagne que dans le reste de l'Empire, mais qu'elle est plus fréquente dans le Mecklembourg que dans tout autre pays d'Europe, l'Islande exceptée. Malgré cela, on se rappelle que la plupart des cas d'Echinocoque alvéolaire signalés en Allemagne l'ont été dans le sud-ouest (Wurttemberg, Bavière, duché de Bade); un seul a été observé à Bostock.

Les kystes hydatiques sont rares en Autriche. A Prague, Wrany les a vus 3 fois sur 1287 cadavres. A l'hôpital général de Vienne, on les a observés 3 fois sur 1 229 autopsies et 38 fois sur 369 713 malades; à l'hôpital de Wieden, il n'y en a pas eu un seul cas de 1870 à 1874. Trois cas d'Échinocoque alvéolaire ont été observés à Vienne.

Des renseignements positifs quant à la fréquence et à la répartition de la maladie hydatique en Bussie nous font encore défaut ; on doit penser qu'elle est assez fréquente parmi les populations qui se livrent à l'élevage du bétail. Disons seulement qu'un cas d'Échinocoque multiloculaire a été constaté à Dorpat.

Krabbe dit que les Hydatides sont rares en Danemark; c'est à peine si on en observe un cas par an dans les hôpitaux de Copenhague. Pendant un séjour de huit ans dans le Jùtland et de dix ans dans l'île de Falsler, Jôn Finsen n'en a pas observé un seul cas, mais 6 cas sont parvenus à sa connaissance.

En Norvège, l'affection serait plus rare encore. Un cas a été constaté à Tromsœ par Bolfsen, en 1882; ce serait la première observation connue.

Il n'en est malheureusement pas de môme pour l'Islande. La maladie, connue sous le nom populaire de Brioslveike (maladie de poitrine), s'observerait chez un septième des habitanls d'après Thorstensen et Schleisner, chez un sixième d'après Eschricht. Mais pendant un séjour de cinq mois en Islande, et

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