TAENIA EC11IN0C0CCUS
malgré toutes ses recherches, Krabbe n'a pu rencontrer que 20 à 30 malades. Du reste, Skaplason et Finsen, médecins dans le nord du pays, regardent la proportion de 1/7 comme fort exagérée, et Hjaitelin, de Reykjavik, partage également cette opinion. Pour les deux districts d'Oefjord et de ïhingœ, qui comptent ensemble environ 10000 habitants, c'est-à-dire plus du septième de la population de l'île, Finsen a constaté l'existence d'IIydatides chez 1/43 des individus. Suivant Jônas J6nassen,la proportion serait seulement de 1 pour 61, sauf pour Reykjavik, où la maladie est plus rare qu'en tout autre point de l'île (1). Pendant neuf ans, de 1857 à 1865, Finsen a noté touLes les maladies qu'il a traitées et il a pu s'assurer de la sorte que la proportion entre les Échinocoques et les autres maladies était del : 26,9. La fréquence de l'affection n'est, du reste, pas la même dans toutes les parties du pays : la proportion précédente s'élève à 1 : 20 dans le district de l'est.
La présence si commune des Echinocoques chez les Islandais est en relation étroite avec l'apparition encore bien plus fréquente de ces parasites à l'état de Vers vésicnlaires chez le bétail et à l'état de Ténias chez le Chien. Au nombre des causes qui exposent les habitants à être infestés par les Hydatides, l'une des plus actives est assurément le nombre considérable, relativement à la population, de Chiens et de Ruminants qui se trouvent en Islande. Krabbe a calculé que, pour une population de 70 000 habitants, il y avait environ 20 000 Chiens, soit i Chien par 3,5 habitants. Or, ces Chiens sont atteints du Ténia échinocoque dans la proportion de 28 p. 100. La présence du parasite dans l'intestin de ces animaux s'explique du reste aisément. En Islande, les Ruminants domestiques sont cxlrêmement nombreux: en 1861, on y comptait 488 Moulons et 3G Bœufs pour 100 habitants. Ces animaux ont leurs viscères farcis d'Échinocoques. A l'automne, le défaut de fourrage rend nécessaire l'abattage d'un certain nombre d'entre eux : on en sale la chair, mais les viscères sont rejetes, sans qu'on prenne la peine de les enfouir : les Chiens s'en repaissent et contractent ainsi le Ténia.
La présence de l'Hydalide chez l'Homme et chez le bétail s'explique tout aussi aisément. Pendant les longs mois d'hiver, l'absence de
(1) Galliot rapporte que, pendant une période de neuf années, do 18G8 h 187C, Jônassen a traite 42 cas de kystes liydatiques ; mais il a pu observer un nombre trois fois plus considérable de kystes pour lesquels aucun traitement n'a été institué.
462 ORDRE DES CESTODES.
combustible contraint Hommes et bûtes à s'enfermer ensemble dans lu môme cabane : on y vit dans la plus dangereuse promiscuité. Le Chien, dont l'intestin renferme un nombre considérable de Ténias, émet sans cesse des anneaux mûrs, qui viennent souiller les objets les plus divers, vêtements, vaisselle, ustensiles de cuisine, Morues desséchées, etc., et qui, en raison de leurs faibles dimensions, passent aisément inaperçus. La saleté repoussante dans laquelle vivent la plupart des Islandais contribue encore puissamment à propage ila terrible maladie.
Pendant la belle saison, le bétail va paître les pâturages avoisinant les bœrs et avale de la sorte les œufs ou les anneaux mûrs que les Chiens de garde y laissent sans cesse tomber.
La preuve que tel est bien le mode de propagation de l'Échinocoque nous est donnée par ce fait, que la maladie est relativement très rare chez les pêcheurs de la cûle, qui n'ont ni Chiens, ni troupeaux, et chez les habitants de Reykjavik, qui ont un grand nombre de Chiens, mais pas de bétail.
Nous ne savons à peu près rien de la fréquence des Echinocoques en Asie et en Afrique. D'après Budd, les médecins de l'armée des Indes les mentionnent rarement; Challan de Belval les croit assez fréquents au ïonkin. Bilharz en a vu 3 cas en Egypte, et Vital rapporte qu'on en a vu 52 cas à l'hôpital militaire de Gonstantine : 7 cas sur 6044 autopsies d'Européens, 45 cas sur 1463 autopsies d'indigènes. Arnould rencontrait communément ces parasites chez les Arabes dont il faisait l'autopsie, pendant le typhus de 1868.
Ces parasites seraient également très rares en Amérique. En 1856, le professeur Leidy, de Philadelphie, n'en signalait que deux cas, l'un chez un mousse anglais, l'autre chez un français; il ajoute n'en connaître aucune observation chez un anglo-américain. Weinland parle d'Échinocoques endogènes du poumon présentés par Ellis à la Boston Society for médical Improvement et ajoute que les journaux du pays en ont encore publié d'autres cas. L'observation faite par Gutierrez à Buenos- Aires et mentionnée déjà plus haut se rapportait à un Italien de 35 ans, arrivé depuis trois ans en Amérique.
Les kystes hydatiques semblent être presque aussi fréquents en Australie qu'en Islande. Pour une période de onze années, de 1862 a 1872, J.-P. Rowe a relevé 200 cas de mort, dont 125 chez des hommes et 75 chez des femmes. De son côté,
TAENIA liCUINOCOCCUS. m j -U Thomas a noté 307 décès en dix ans, de 1868 à 1877. Ce môme observateur constate que, parmi les Chiens examinés par lui dans diverses localités de l'Australie du sud et à Melbourne, 43 pour 100 renfermaient des Ténias, depuis un petit nombre jusqu'à plusieurs milliers.
II Krabbe.Die isliindischen Echinoko/cken. Virchow's Archiv, XXVII, p. 225, 1863. Id.] Die Echinococcen der Islander. ArcMv fur Naturgeschichtc, 1,
W.-L. Uichardson, Notes on some of the diseuses prévalent in Victoria, Australia. Edinburgh médical journal, XIII, p. 525, 18G7.
J Finsen, Bidrag (il Kundskab om de i Island endemiske Echuiococcei . Ugéskrift for Laeger, III, p. 71, 18G7. - Id., Les Echinocoques en Islande Archives gén. de méd., (G), XIII, p. 23 et 191, 18G9 (Traduction du précèdent mémoire). — Id., Nogle Bemerkninger i Anledning af « Ekmokoksy g dominai, belyst ved islandske Laegers Erfaring . af Jônas Jônassen. Ugéskrift for Laeger, (4), VII, p. 21 og 41, 1883.
Hjaltelin, Sole sur le traitement des Hydutides en Islande. Archives de mcd. navale, XII, p. 331, 18G9.
Galliot, De l'infection par le Taenia ecliinococcus et du traitement des kystes fiydatiques en Islande. Bull. gén. de thérapeutique, XGVII, p. 97, 1879.
J. Arnould, Les Êchinocoques de l'Homme et les Ténias du Chien. Annales d'hygiène, (3), VI, p. 305, 1881.
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Fr. Mosler, Ueber endemisches Vorkommen der Echinococcen-Krankheit in Seuvorpommern, mit beso?iderer Berucksichligung eines Fulles von Ecliinococcus der rechten Siere. Deutsche med. Woch., XII, p. 101 u. 119, 188G.
Par sou développement, Tscnia ecliinococcus semble, au premier abord, différer totalement des trois autres Cestodes que nous avons étudiés jusqu'ici. On ne saurait méconnaître, en effet, qu'il n'y ait entre eux des différences à cet égard, mais celles-ci sont de moindre importance qu'on ne pourrait le supposer.
L'IIydutide ou vésicule-mère est morphologiquement identique à la vésicule caudale du Cysticerque : elle se constitue de la même façon que celte dernière, par suite de l'hydropisie de l'embryon hexacanthe, après que celui-ci a perdu ses crochets et a subi une augmentation de volume; elle n'en diffère que par un caractère tout secondaire, l'épaississement considérable et la stratification de sa cuticule.
464 OHDHE DES CESTODES.
On sera frappé de voir Echinococcus pùlymorphus produire à son intérieur un nombre considérable de tôles, renfermées dans des vésicules proligères, tandis que Cysticevcus cellulosx, par exemple, n'en produit jamais qu'une seule, qui bourgeonne en dehors de la vésicule caudale. Là encore, la différence est toute secondaire : elle s'explique en partie par la comparaison avec Taenia cœmirus.
Cet animal vit dans l'intestin du Chien. Sa larve ou Cœmirus cerebralis est parasite du cerveau de diverses espèces de Ruminants, particulièrement du Mouton, chez lequel elle cause le tournis. Le Cœnure n'est autre chose qu'un Cyslicerque dont la vésicule caudale a la faculté de produire non plus un seul bourgeon céphaliqrie, mais un nombre considérable de bourgeons. Or, c'est précisément ce qui s'observe chez l'Échinocoque, mais avec un nouveau degré de différenciation.
Celle-ci tient à la formation des vésicules proligères : on peut les assimiler à des ramifications de la membrane germinale. Dans le cas des Cysticerques et des Cœnures, les choses se passent comme pour une plante dont l'axe, dépourvu de branches, porterait une ou plusieurs fleurs ; dans le cas de l'Échinocoque, il s'agit d'une piaule munie de ramifications primaires, qui seules porteraient des fleurs. « De même que les branches, dit Leuckart, ne sont autre chose, au point de vue morphologique, que des répétitions du tronc sur lequel elles s'attachent, de môme les vésicules proligères ne sont, dans un certain sens, rien autre chose que des répétitions du corps vésiculaire qui les porte; ce sont des vésicules-filles, des membres de l'Échinocoque développés individuellement et dont la germination a pour effet de transformer en une colonie le Cystique primitivement simple. Bien que morphologiquement homologues de la vésicule-mère, elles n'arrivent jamais, comme c'est, du reste, fréquemment le cas dans les colonies animales, à l'état d'indépendance physiologique complète : elles restent unies à la vésicule-mère et prennent même, à la place de celle-ci, conformément à la loi de la division du travail, le soin de produire des têtes. »
Quant au fait que les têtes se forment en dedans chez l'Échinocoque, tandis qu'elles prennent naissance en dehors chez le Cyslicerque, il reconnaît pour cause unique l'épaisseur exceptionnelle de la cuticule chez la première de ces larves. Dans un cas comme dans l'autre, la tête se forme toujours par un bourgeonnement local de la couche granuleuse, douée d'aclives propriétés vitales, qui est sousjacenle à la cuticule.
Villot a émis une opinion différente. 11 considère la vésicule proligère comme l'homologue du corps des Cysticerques ou des Cœnures : l'Échinocoque esl pourvu de plusieurs de ces corps, dont chacun
TiENIA NANA. 465 renferme plusieurs têtes; c'est donc un Cystique polysomaliquc î et polvcéphaie. Chez le Cœnure, chaque bourgeon cépha ique leprésente un corps portant une seule tôte : le Cœnure est donc un Cystique polysomatique et monocéphale. Enfin, le Cysliccrque ne produit qu'un seul bourgeon, terminé par une seule tôte : c'est donc un Cystique monosomatique et monocéphale.