Argulus foliaceus vu on dessous
Ces animaux, en général sessiles, étaient rangés par Cuvier parmi les Mollusques ; l'étude de leur développement a permis à Thompson et à Burmeister de reconnaître en eux des Crustacés. Ils vivent dans la mer; quelques-uns seulement habitent les eaux saumâtres.
De l'œuf sort un Nauplius (fig. 521), qui, après plusieurs mues, prend l'aspect d'une Cypris (fig. 522). Après avoir mené pendant quelque temps une vie errante, cette nymphe se fixe par l'extrémité céphalique à un corps étranger (rocher, bois flottant, coquille de Mollusque, etc. ) : des glandes particulières, qui viennent s'ouvrir sur
ORDRE DES CÎRRIPÈDES,
lu meulière paire de membres, sécrètent alors une sorte de c.ment U moyen duquel se rail l'adhérence de l'animal. Une nouvelle mue se produit, puis un mpitulum se forme, c'est-à-dire que le tégument céphalique émet deux grands replis latéraux, qui se rencontrent sur Il face ventrale et enveloppent le corps entier, à la façon du manteau des Lamellibranches; l'analogie est encore complétée par la formalion, aux dépens de ces replis, de plaques calcaires en nombre
variable. . n.
Chez certaines formes, qui constiluent le groupe de Pédoncolés,
Fig. 621. - Nauplius de Lepas.
la région céphalique s'élire pour constituer finalement un pédoncule contractile et creux, dans lequel s'engagent quelques organes, tels que l'ovaire ; c'est par ce pédoncule que se fixe l'animal | fig. 52.'l) ; à sa base on retrouve le rudiment des antennes; il est très distinct [Atepas, Anelasma), parfois môme très allongé (Lepas, Pœcilâsma), ou au contraire très raccourci (Pollicipes, Scalpcllum, 16/"). Le capitulum présente, chez l'A natife, cinq plaques calcaires : une impaire ou canna, étendue sur le dos de l'animal, el quatre paires ; les unes, situées au voisinage du pédoncule, sont les scuta; les autres, rapprochées de
l'exlrémilô libre, sonl les terga. A ces plaques s'en surajoutent, suivant les espèces, un certain nombre d'aulres, d'où de bons caractères pour la classification.
Le corps n'est pas articulé; il porte six paires de pieds en l'orme de cirreffig. 524,ci),qui l'ont saillie
Fig. 522. — Larve cyprinoïde de lialanc. Fig. ;.23. — Lepas anatifera. — oo, œil ; os, bouche.
en dehors du test, quand celui-ci s'entr'ouvre, et qui déterminent dans l'eau des tourbillons amenant les malières nutritives jusqu'à la
Fig. 524. — Anatomie de Lepas anatifera, Fig. 525. — Halanus d'après Martin Saint-Ange. — ap, appen- balanoides. dico cnudiformo ou pénis ; ci, piods; i, intestin ; o, bouche ; œ, œsophage; /, testicule; VC, canal déférent.
bouche, o. Ces animaux sont généralement hermaphrodites ; dans quelques genres (lbla, Sealpellum), des mâles complémentaires, de
GROUPE DES LEPTOSTIUCÉS. 217 petite taille et à organisation très simple, sont fixés en véritables parasites sur le corps des individus nndrogynes ; le dimorphisme sexuel peut alors ûlre très accentué.
Mcpas squaticola est enfoui dans la peau de certains Squales. Les Pouce-pieds [Pollicipes comucopia) sont mangés en maintes localités, notamment aux Glénans, d'après J. de Guerne.
Les Operculés ont pour type les Balancs ou Glands de mer (fig. 525). Le pédoncule fait défaut, le corps est entouré d'un plus grand nombre de pièces calcaires et protégé par un opercule formé par les scuUi et les terga et mû par des muscles spéciaux; deux replis du tégument jouent le rôle de branchies. Quelques espèces sont parasites : Cheïonobi'i et Plalylepas vivent sur les Torlues de mer; Coronula, Xenobnlnnus et Tubicinella dans des alvéoles creusés par eux dans le tégument des Cétacés. Quelques espèces sont comestibles, comme Balanw tintinnabulum, qu'on mange aux Açores sous le nom de Cracca, d'après J. de Guerne.
Aces deux groupes principaux se rattachent encore les Addominatx (Mcippe, Cryptophialus) et les Apodes (Protcolcpas). Les premiers sont unisexués et vivent en parasites dans le test des Mollusques ou d'autres Cirripèdes; les seconds, dont le corps est segmenté, sont hermaphrodites et se logent également dans la carapace d'autres Cirripèdes.
Sous-classe des Malacostracés.
Cette division, établie déjà par Aristote, renferme les Crustacés les plus élevés en organisation ; le nombre des anneaux et de leurs appendices est à peu près défini. 11 est souvent assez difficile de distinguer nettement la tête et le thorax, à cause des modifications subies par un nombre variable de paires de pattes pour se transformer en appendices huccaux ; mais ces deux régions comprennent au total treize somiles et treize paires d'appendices. L'abdomen est formé de six anneaux, portant six paires de pattes ; il se termine par une plaque anale ou lehon, qui n'a point la signification d'un anneau. Suivant la constitution du thorax, les Malacostracés se laissent diviser en trois groupes, dont le premier seul est représenté par un nombre restreint d'espèces, encore que son importance morphologique soit considérable.
GHOUPE DES LEPTOSTIUCÉS.
Ces animaux, représentés par le seul genre Nebalia qui, à lui seul, constitue tout un ordre, ressemblent beaucoup aux Phyllopodes, parmi lesquels H. Milne-Edwards les rangeait; ils sont marins et se rencontrent jusque dans les grandes profondeurs. Ce sont de petits
-IM CLASSE DES CIUJSTACÉS
Crustacés (fig. B26), pourvus d'un test bivalve, sous lequel s'abritent huit anneaux thoraciqucs bien dislincls et portant huit paires de pattes. Les huit amicaux de l'abdomen débordent celle carapace :
Fig. 520. — Nebalia Gco/ftvyi.
les qualre premiers portent des pieds natatoires ; le cinquième et le sixième portent des pieds rudimentaires ; les deux derniers en sont dépourvus et le huitième se termine par deux appendices. La lûte est ornée de deux gros yeux composés et pédoncules. Le développement est direct.
GROUPE DES AlUHnOSTRACÉS.
Les Arthrostracés ou Edriophttialmes ont le corps formé de vingt anneaux au maximum, six ou sept anneaux céphaliques fusionnés, huit ou sept anneaux thoraciques distincts et six anneaux abdominaux, suivant qu'on rattache ou non au thorax l'anneau, fusionné avec la tôle, qui porte une paire de pattes-mâchoires. Dans quelques cas, le nombre des segments du thorax tombe à six (Tanais) cl même à cinq [Anoeus], par suite de la fusion du premier ou des deux premiers anneaux avec la téte ; il tend ainsi à se constituer un bouclier céphalothoracique, mais celui-ci n'atteint jamais le développement que nous lui trouverons chez les Thoracostracés.
La tfite est ornée latéralement de deux yeux composés, sessiles, rarement pédonculés (Tanais). Elle porte en outre deux paires d'antennes, une paire de mandibules, deux paires de mâchoires, et une paire de pattes-mâchoires. Chaque anneau thoracique et abdominal
OH DUR ORS AMPIIIPOIiKS. 210
porte une paire de pattes. Les sexes sont ordinairement séparés; les métamorphoses sont nulles ou peu compliquées.
OltHRE DBS A.MPH1P0DES
'. Ces petits Malacoslracés, dont le corps est comprimé latéralement, portent des branchies sur les pattes thoraciques; les trois premiers anneaux de l'abdomen sont pourvus de pattes natatoires, les trois derniers de pattes plus petites dirigées en arrière. Les mâles sont-re-
Fig. ">Î7. — Caprella acuminifera.
connaissables au grand développement des griffes des premières pattes thoraciques et à leurs antennes antérieures beaucoup plus longues; chacun des canaux déférents vient s'ouvrir sur un mamelon situé à la face ventrale du dernier segment du thorax. Chez la fe-
V'ig. 528. — Cyamus.
Fig. 5V9. — Talilrus sallalor.
melle, les oviductes débouchent à la face interne de la lame épimérienne de la cinquième paire de pattes thoraciques. Au moment do la ponte, les œufs sont reçus dans des cavités incubalrices développées aux dépens des lamelles des pattes thoraciques, cavités dans lesquelles ils poursuivent leur évolution.
CLASSE DliS CRUSTACÉS.
Les Amphipodes vivent dans la mer et dans les eaux douces IU , deviennent rares au-delà de quelques centaines de mètres de profondeur; par des fonds de 2,500 à 2,700 mètres, on trouve pourtant l quelques rares espèces, comme Eusirus cuspidalus, remarquables par ■ leur grande taille.
Chez les Lémodipodes, le premier anneau du thorax est fusionné avec la tête ; l'abdomen se réduit à un mamelon dépourvu d'appendices; les pattes se terminent par des griffes. Les Chevrolles (fig. 527) au corps grêle et linéaire, sont communes sur nos côtes; elles vivent sur les colonies d'Hydraires ou de Rryozoaires. Les Cyames (fig. !i28), dont le corps est, par exception, large et court, vivent en parasites sur la peau des Cétacés.
Les CnEVKTTiNiîs ont la tôle et les yeux petits ; les pattes- mâchoires
Fig. 530. — Gammarus pidex.
sont multiarticulées et ont la forme de pattes locomotrices; les; trois dernières paires de pattes abdominales ou uropodes sont bien k développées et sont parfois très longues. Ces animaux, représentéspar de nombreuses espèces, sont parfois capables de sauter comme des Puces ; tel est le cas des Talitres (fig. 529), qui vivent dans le sable, sur le bord de la mer. Les Orcheslies, normalement marines, s'acclimatent aisément dans les eaux douces et mémo viventi à terre. Les Gammarides (fig. 530) sont communs dans les ruisseaux .
Les Hypéiu.nes sont plutôt nageuses; la tôte est grande, renflée, et: porte deux paires de gros yeux composés ; le développement s'accompagne de métamorphoses. Les Vibilies (Vibilia) sont parasitesdes Salpes, les Ilypéries (Hyperia) vivent dans la cavité gastrique des Méduses, la femelle des Phronimes (Phronima) se loge à l'intérieur des Pyrosomes. \ côté de ces formes commensales plutôl que para-
QRpRB DES ISGPODES. 2S1 sites, il en existe un grand nombre d'autres qui sont toujours libres.
I Les lsopodes ont le corps large, plus ou moins aplati. Les sept anneaux du thorax sont libres et portent des pattes dépourvues de franchies, mais disposées pour la marche ou permettant à l'animal ^'adhérer aux corps étrangers. L'abdomen se réduit souvent; ses anneaux sont distincts et portent des pattes transformées en lamelles
branchiales. ' Les sexes sont séparés, à de rares exceptions près (Cymothoa) ; il est
Fig. 531. — Anceus mâle.
Fig. 532. — Anceus femelle.
fréquent de voir le mâle et la femelle différer considérablement l'un de l'autre (fig. 531 et 532) et présenter un dimorphisme aussi accentué que chez les Lernéens [Entoniscus, Cryptoniscus). Les canaux déférents du mâle débouchent à la base de l'abdomen, soit isolément, soit dans un tube pénial commun. Les oviducles débouchent à la face interne de la cinquième paire de pattes thoraciques. Le développement semble être assez variable, suivant les types.
Les lsopodes vivent principalement dans la mer, un moins grand nombre dans les eaux douces ; le groupe des Oniscides s'est adapté à la vie terrestre. Les récentes explorations sous-marines ont fait connaître certaines formes qui habitent les grands fonds. ? Les Anisopodks ont une certaine ressemblance extérieure avec les Amphipodes ; les pattes biramées de l'abdomen ne servent pas à la
"~- DLASSIi des crustacés;
respiration. Le genre tanaîs se rencontre jusou?à près de 3 ,000 brasses
deproiondeur; les espèces abyssales sont presque toutes aveugles
l;es Ancôes (fig. 531 et 532) ont de curieuses métamorphoses : en sortant de l'œuf, ils sonl parasites des Poissons et se fixent sur le dos, les lianes, les branchies ou dans la bouche; ce sont d'ailleurs des parasites libres, capables de courir et de nager. Après la métamorphose, .ls perdent leur agilité; la femelle continue sa vie parasitaire, mais le mâle se retire dans un trou de rocher.
Chez les Euisopodiïs, l'abdomen est relativement court et large et ses pattesportent des lamelles branchiales. Les Cymolhoés (Cjmu-
Fig. 5:(3. — Splixroma.
Fig. 535 . — Asellus aquaticus.
tlioa) se logent dans la cavité buccale des Poissons de mer et môme de certains Poissons d'eau douce; les Aniloeres (Aniloera) se collent aux flancs de Poissons bons nageurs, tels que les Labres, mais reprennent facilement leur liberté. Les genres Serolis et Mumiopsis se ■ trouvent dans les zones abyssales; c'est là encore qu'on rencontre1 Bathynomus lituaniens, le géanl des Isopodes, Crustacé long de Qm,î3, , large de 0"',10, peebé par '.)'jï< brasses, au large du Vucatan.
Certains Sphœroma (fig. 533) sont marins, d'autres vivent dans les eaux douces ou saumâtres. Les Aselles (Asellus, fig. 534) sont communs dans les ruisseaux; des formes aveugles se trouvent dans les • puits et dans les lacs souterrains.
Ici se placent les Hopyricns et les lintonisciens. Ces Isopodes, dont ! Giard et J. Uonnier ont publié récemment une belle monographie,
GHOUPE HliS ÏHORACOSTRACÉS.
Fig. 535. — Porcellio.
sont parasites dans la cavité branchiale des l'odophthalmes décapodes : Bopyrm squillarum vit chez Palxmon squilla, lune tlioracica chez Callianussa subterranea, Cancricepon eletjuns chez Pilumnus Mrtcllus, Grapsicepon messoris chez Metopograpsus messor, Entoniseus Miilleri chez Purcellana lonr/icornis, Grapsion Çavulinii chez Paehygrapsus marmoratus, Por- ■tuniim Moniezi chez PortumtS puber, etc. Ces animaux sont très dégradés par le parasitisme; ? ils présentent de remarquables métamorphoses.
ha famille des Oniscides comprend des Cormes terrestres, vivant dans des endroits humides : en raison de cet habitat spécial, les lamelles externes des pattes respiratoires, au lieu déjouer simplement le rôle d'écaillés protectrices, sont creusées de cavités remplies d'air et tenant lieu, dans une certaine mesure,
de l'appareil trachéen des Insectes. Les Ligies (Ligia) se tiennent au bord de la mer, sur les rochers et dans les herbes; les Cloportes ÏOnisous), les Porcellions [Porcellio, fig. 535) et les Armadilles ( Arma dillo) sont exclusivement terrestres; ces derniers sont capables de s'enrouler en boule.
La médecine a longtemps fait usage à'Oniscus asellus etd'Armadillo officinarum, qu'on croyait lithontripliques, antiscrofuleux et antirhumatismaux; on les faisait entrer dans une foule de préparations, notamment dans les pilules de Morton, et on les mangeait même crus. Méhu a recherché si les propriétés diurétiques qu'on attribuait à ces Crustacés s'expliquaient par la présence de nitrates dans leur composition : ses expériences ont donné un résultat négatif. L'emploi des Cloportes n'était donc pas justifié; aussi la dernière édition du Codex les a-t-elle définitivement rayés de la liste des substances naturelles de la pharmacopée française.
C. Méhu, Sur lu composition des Cloportes. Dull. gén. de thérapeutique XCIII, p. 504, 1877.
A. Giard et J. Bonnicr, Contribution à l'élude des Bopuriens. Lille, in-4° du ÎV> p. et 10 pl., 1887.
GROUPE IUÎS THORACOSTB VCÉS
Ce groupe renferme des Malacostracés dont les yeux sont composés et dont les six anneaux céphaliques, fusionnes en une seule pièce,
~~l CLASSÉ DES CRUSTACÉS^
se fusionnent eux-mômes avec les huit anneaux thoraciques, toutau moins avec les premiers : il se forme ainsi à la région dorsale uu boucher céphalothoraciquc de forme variable. Chaque anneau primitif du céphalothorax porte une paire de membres; chacun des six anneaux de l'abdomen est lui-même pourvu d'une paire de membres. La forme et les fonctions des membres varient notablement d'un ordre à l'autre; l'appareil masticateur et les branchies en dépendent toujours.
OHDIIE DES CUMACÉS
Ces animaux sont abondants dans les mers actuelles ; les quatre [Bodotria] ou cinq (Diustylis) derniers anneaux thoraciques sont libres et non fusionnés avec la tête. 11 y a deux paires de pattes-mâchoires et six paires de pattes ambulatoires. L'appareil respiratoire consiste en une paire de branchies multifides, portées par la deuxième paire de pattes-mâchoires. L'abdomen est dépourvu de pattes natatoires chez la femelle, mais en porte de deux à cinq paires chez le mâle. Les œufs se développent dans une cavité incubatrice, comme chez les Arthrostracés; l'évolution de l'embryon rappelle encore ces derniers.
Les Cumacés ont des yeux sessiles ou môme sont dépourvus d'yeux. Tous les autres Thoracostracés ont les yeux portés à l'extrémité d'un pédoncule mobile, d'où le nom de Podophlhalmcs que leur adonné H. Milne-Edwards.
ORDRE DES STOMATOPODKS
Ces Crustacés, peu nombreux, sont de forme allongée ; le bouclier céphalothoracique laisse libres au moins les trois derniers anneaux du thorax; l'abdomen est large, plus développé que le reste du corps et terminé par une grande nageoire caudale. La bouche est entourée de cinq paires de pattes-mâchoires : celles de la première paire sont grêles et en forme de palpes: celles de la seconde paire sont de beaucoup les plus grandes, ce sont de fortes pattes ravisseuses, terminées par une main préhensile. Les trois paires suivantes sont semblables à la précédente, mais beaucoup plus petites. La locomotion ne se fait donc que par les trois dernières paires de pattes thoraciques, qui sont grêles et biramées (fig. ii 36). Lespattesnalatoiresde l'abdomen sont très développées : leur lamelle externe (fig. 536, p; fig. 537, d) porte les branchies à sa face interne (fig. 530, br, fig. 537, b.) Les yeux sont pédiculés et mobiles.
La femelle pond ses œufs dans le trou qui lui sert de repaire. Le
ORDRIi DES STOMATOPODËS. 225
développement s'accompagne de métamorphoses compliquées : les
larves ont été décrites jadis comme des animaux particuliers, sous les noms i'Mriphthus, SquiUerichthM et A Hum.
Fig. 536. — Coupe transversale de la Squille. — bi\ brancliio ; !»•', pièce portant les feuillets branchiaux ; c, cœur; d, repli du tégument dorsal ; ï, intestin; m, muscles; n, chaîne ganglionnaire; p, branche externe du pied; p'\ branche in- ' terne.
• Fig. 537. — Branchies de Squille, d'après Milne-Edwards. — A, branchie entière ; «, baso de la fausse patte; branebic ; r, d, les deux branches terminales de la fausse patte. — B, l'une des branches de la branchie rameuse ; a, section transversale de la tige principale de la branchie ; l>, appendices lamclleux.
Fig. 538. — Squitla màniis.
Les Slomatopodes vivent dans les mers chaudes ; ils sont hons.naeurs. Squilla mantis (fig. ;î38) cl $q. Desmaresti se rencontrent dans a Méditerranée : toutes deux sont comesliltles.
Blanchard. — Zool. méd. II. — 15
L. Moleyre, Insectes cl Crustacés comestibles. Bull, nionsucl do la Soc. nationale d'acclimatation de France, (4), II, p. 500, biii et G68, 1885.
Les Schizopodes ressemblent beaucoup aux Décapodes macroures, dont il sera question tout àl'heure, mais ils s'en distinguent notamment par la présence de huit paires de pattes divisées en deux branches et toutes semblables entre elles. Les pattes abdominales, très réduites chez la femelle, sont au contraire bien développées chez le mâle et peuvent même jouer le rôle d'organes copulateurs : les deux sexes diffèrent d'ailleurs à tel point que jadis on les rangeait dans des genres distincts.
Les branchies l'ont défaut {Mysis) ; chez d'autres formes, ce sont des
Fig. 539. — Mysis sjmudosa.
tubes contournés, appendus aux pattes caudales du mâle (Siriella, Cynthia); ou bien ce sont des appendices ramifiés, attachés aux pattes thoraciques, comme chez les Décapodes; elles plongent alors librement dans le milieu ambiant {Thysanopoda, Euphaiisia) ou sont abritées dans une cavité spéciale, produite par l'élargissement du bouclier dorsal {Lophorj aster).
Les Mysis (fig. 539), dont quelques espèces sont lacustres, représentent le type principal. Les explorations du Challenger et du Talisman ont fait connaître quelques formes remarquables par leur taille gigantesque et par leur habitat : Gnalhophausia Goliath, l'espèce la plus grande, vil dans des fonds de 2,795 mètres; ce Crustacé d'un rouge écarlute est plus grand que les plus belles Écrevisses et porte
un organe phosphorescent à l'extrémité de chacune des mâchoires de la seconde paire.
Cet ordre important renferme les plus parfaits des Crustacés, ceux dont la tête et le thorax sont intimement unis en une carapace et dont l'épiderme est développé en une cuticule chitineuse vruslacée, c'est-à-dire encroûtée de sels calcaires; toutefois, cette calcification n'a lieu que chez les grandes espèces. L'abdomen présente des différences de forme assez notables, suivant qu'on l'examine chez des
Fig. 540. — Larve NaupUus de Penxus, d'après Fritz Millier.
animaux nageurs ou marcheurs : chez les premiers ou Macroures, il est très développé et se termine par un organe en éventail, qui a pour rôle d'aider à la locomotion en frappant l'eau à la façon d'une nageoire ; chez les seconds ou Brachyurcs, il est considérablement réduit et se replie sous le céphalothorax.
Les Macroukes sont tous aquatiques : les uns vivent dans les eaux douces, les autres, plus nombreux, dans la mer. On en trouve de nombreuses formes dans les grandes profondeurs.
La famille des Caridides (I) comprend des espèces à corps comprimé, u carapace non calcifiée, à branchies lamelleuscs.
(I) Du grec nom sous lequel on désignait les Crevettes et les Squilles.
~iH CLASSE BES CRUSTACÉS.
Les Pénées ont les paltcs-machoircs de la troisième paire longues el semblables à de véritables pattes; les pattes thoraciquea sont munies d'un appendice flabelliforme rudimenlaire, celles des trois premières paires se terminent par une pince. Suivant Fr. Millier la larve qui sort de ïœur serait un Nauplius (flg. 540), ce qui ne laisse pas d'être exceptionnel pour l'ordre des Décapodes. Penxus caramote (fig. 541) est comestible : on le trouve parfois sur les côtes d'Angleterre; il est plus fréquent dans la Méditerranée, surtout à Bône et à Tunis.
Les Palémons sont reconnaissables au long rostre pointu et denté en scie dont ils sont armés (fig. 542, A) ; les pattes sont grêles, celles des deux premières paires sont en forme de pinces, la deuxième étant
Fig. 541 . — VeniPiis caramolr, d'après CuYl'er.
la plus forte. La Crevette rose (Palxmon sémtus) et la Salicoque (P. squilla) sont abondantes sur nos côtes; la dernière est plus petite, et diffère de la précédente par son rostre plus droit, plus court el moins épineux en dessous. Quelques espèces habitent les eaux douces.
Les Crangons ont le rostre très court (fig. 542, B) ; les deux premières paires de pattes sont didaclyles ou en forme de pince, mais la première paire est la plus forle. La Crevette grise (Crangon vult/aris) abonde dans nos mers : vivante, elle est transparente ; la cuisson lui donne une teinte grise. Le genre Nika est très voisin du précédent : le rostre est un peu plus long, mais est encore dépourvu de dentelures (fig. 542, C): la paire antérieure de pattes est seule didactyle. N. edulis Risso, d'un rose vif et orné de points jaunâtres, se pèche abondamment dans la Méditerranée.
A l'exception des Pénées, les Caridides sortent de l'œuf à l'état de
OHLiKli HES DÉCAPODES. 229 $W (flg. biJj : celte lurve possède déjà deux paires d'antennes,
gb=^
Fig. 542. — Caractères dist'mctit's des Crevettes comestibles. — A, Palémon ;
B, Crangon ; C, Nika.
deux paires de mâchoires, mx', mx", et trois paires de pattes-mâchoires, mf, mf, mf". Le thorax, à peine accusé, n'est ni segmenté ni pourvu d'appendices. L'abdomen est long et segmenté, mais encore sans appendices. Le telson est représenté par une plaque ornée de soies. Une première métamorphose conduit au stade Mysis [fig. 544) : les membres thoraciques biramés se montrent successivement-; quant aux membres abdominaux, la dernière paire apparaît à celte même période.
Dans certains cas, le développement est plus abrégé : les larves de Crangon et de Pukvmonctes ont déjà, en naissant, les rudiments des deux premières paires de pattes thoraciques et le Palémon de trois paires.
La famille des Astacides com- Fi prend des Macroures de grande taille, à carapace dure el solide.
La première paire de pattes est forte et armée de pinces très puissantes ; les deux paires suivantes
.">-i:i. — Larve d'ilippolyte au stade Zoea, d'après Claus. — mx', mx" , première et deuxième paires de mâchoires ■ mf, mf, mf", pattes-mâchoires.
CLASSE lues CRUSTACÉS.
sont terminées pur une petite se. A ce groupe appartiennent les
genres Nephrops, Homarus et Astacus. Le développement est très raccourci.
Tig. 544. — Larve A'Hippolyte plus avancée, au stade Mysis, d'après Uaus.
Le Homard, dont ou connaît les qualités alimentaires, n'est pas rare sur nos côtes : il se tient de préférence dans certaines localités,
Fig» 545. — Larve récemment éclose de Homarun'americanux'd'apvès Smilli.
en dehors desquelles on le trouve difficilement; il vit à une profondeur médiocre, se nourrit surtout d'Astéries et se réfugie dans les rochers creux. Les pinces[de la première paire de pattes sont excessi-
OKDRË DBS DÉCAPODES-, 2M
veinent développées ; les branchies sont un nombre de dix-neuf paires, l a larve se trouve à un stade Wysis avancé, au moment de sa naissance (fig. 345). WotnantsvulgaiiS vit en Europe; H.americanns habite les côtes du Labrador, l'embouchure du Saint-Laurent et d'autres localités de l'Amérique du Nord : il est plus grand que l'espèce européenne, dont il se dislingue en ce que son rostre est orné d'épines à sa face inférieure.
Astacus fluviatilis Rondelet, i'ô'ôli.
Le corps de l'Écrevisse (h'g. o46) estdivisé en deux régions distincles : le céphalothorax et l'abdomen. La première est solide et recouverle de la carapace. Celle-ci n'est pas articulée, mais est parcourue à peu près en son milieu par le sillon cervical, dirigé en travers et dont les extrémités s'infléchissent sur les côtés et en avant. Deux sillons branchio-cardiaques partent du précédent, à la face dorsale, et se portent en arrière à une faible distance : ils marquent la limite entre les cavités péricardiaque et branchiale; toute la portion de la carapace qui est située en dehors constitue le branchiostégite ou volet protégeant les branchies. Le thorax semble être d'une seule pièce; mais on reconnaît à sa face inférieure autant de segments qu'il y a de paires de pattes.
Pour avoir une idée exacte delà constitution du somile, il importe de l'étudier dans la région abdominale, seul point où il n'ait subi aucune modification. On peut reconnaître dans chaque somite une portion dorsale arquée ou tergum et une portion ventrale plane ou sternum. Du point où ces deux portions se rencontrent, descend de chaque côté une large plaque ou pleùron, qui recouvre la base des membres. Enfin, on appelle épimêre la portion de la face sternale qui est comprise entre le pleuron et l'articulation des membres. Tous les anneaux de l'abdomen sont mobiles : aussi la calcification des téguments n'est-elle point générale; les sternums sont reliés entre eux par de larges membranes qui facilitent les déplacements; les tergumss'imbriquentauconlraire, l'antérieur recouvrant le postérieur.
A la téte et au thorax, les anneaux sont fusionnés intimement. La paroi sternale présente à sa face interne, depuis la portion postorale de la téte jusqu'à l'extrémité postérieure du thorax, des appendices compliqués qui constituent les apodémes ou système endophragmal. Ces parties solides jouent le rôle de squelette interne, donnent insertion aux muscles et protègent d'importants viscères; de plus, elles relient entre eux les divers anneaux et les unissent en un tout solide. En raison de leur nature cuticulaire, elles sont reietées à chaque mue.
- CLASSE DBS CRUSTACES.
Le corps se compose, au lolul, de 20 anneau», dont 0 pour la lelc,
ïïgi 546. — Écrevisse mâle, vue par la face ventrale. — 1, pédoncule oculaire, appendice du l1'1' anneau; 2, àntenuules, 2° anneau: 3, ante 8,
3° aunoau; l, mandibules, 'i» anneau; S, deuxième patte-màclioirc, S' anneau; 9, troisième patte-màchoire, 91' anneau : les appendices 8 et 9 recouvrent les deux paires de mâchoires et la première paire de pattes-niachoires ; 10, première paire de pattes transformées on pinces, I01" anneau: Il a 1 i, pattes, appendices dos H<~ ii li? anueaux; 15 à 19, fausses-pattes abdominales ou pattos natatoires, appendices des 15° à 19e anneaux; 20, 20e anneau portant une paire d'appendices lamelliformes qui no sont autre chose que des pattes transformées et constituées par un exopodite, exp, et un endopodite, cnp; 21, toison ; fp, fausses-pattes abdominales de la lrc et de la 2e paires, transformées en appendices générateurs.
S pour le thorax el 0 pour l'abdomen. Chaque anneau porte une paire d'appendices dont la forme el les dimensions varient beau-
OR&ftE D1SS DÊCÀPODÉfc 2:13 ' coup, mais qui, morphologiquement, ne sont autre chose que des
^'pédoncules oculaires (fig. 5546, I) sont les appendices du premier anneau; ils comprennent un court article basilaire et un article terminal long et cylindrique.
Les antennules (fig. 456, 2 ; fig. 547) dépendent du deuxième anneau : ■leur tige est formée de trois articles, puis se termine par deux filaments annelés, dont l'externe est le plus long et le plus épais. La lige correspond au protopodile des vraies pattes, les filaments sont homologues à l'endopodile et à l'exopodite.
Les antennes (fig. 546, 3), appendices du troisième anneau, ont un propodite formé de deux articles : à la face ventrale de 1 article basi- [aire se voit une saillie conique, sur laquelle vient s'ouvrir la glande verte. Le segment terminal, plus grand, est subdivisé en deux arti-
ljïg. ,oî7. — Antennule de l'Écrevisse vue par la face interne, d'après Huxley.
cles : l'exopodite est représenté par une large écaille qui accompagne l'antenne en dehors, l'endopodite par une longue tige annelée.
Les trois dernières paires d'appendices cephaliques, correspondant aux anneaux 4 à 6, font partie de l'appareil buccal. On trouve d'abord une paire de fortes mandibules (fig. 540, 4 ; fig. 548, a), puis deux paires de mâchoires (fig. 548, 6,c). Ces pièces ont subi de profondes modifications.
Les appendices du thorax débutent par trois paires de maadllipèdes ou pattes-miirhoires, correspondant aux somiles 7 à 9 (fig. 548, d,e,f); les deux dernières paires (fig. 546, 8 et 9) recouvrent normalement la première, ainsi que les deux paires de mâchoires. Ces organes, surtout les deux derniers, ont une grande ressemblance avec les pattes ambulatoires, situées en arrière : ils sont divisés en un certain nombre d'articles, dont le basilaire est plus long que les autres et fortement denté le long de son bord interne, de manière à déchirer et à broyer tout ce qui arrive entre lui et son congénère. En écartant
cesmaxillipôdcs,on découvre un large orifice en l'orme de fente longitudinale, qui n'estaulrechose quel'orifice buccal.
Les pattes ambulatoires, au nombre de cinq paires, sont portées par les anneaux 10 à 14 (flg. 546, 10 à 14). La première paire est constituée par les ptittes ravisseuses ou pinces grands membres préhensiles, armés de pinces très puissantes et servant bien moins à la locomotion qu'à l'attaque ou à la défense. La deuxième et la troisième paires sont les chélatcs : chaque patte se termine par une petite pince résultant de ce que l'un des angles de l'extrémité du propodite s'est prolongé de manière à former la branche fixe de la pince. Cette modification n'a pas eu lieu sur les deux dernières paires de membres thoraciques : aussi ces membres se terminent-ils par une simple griffe.
Les pattes ambulatoires atteignent le plus haut degré de perfection ; aussi étudieronsnous l'une d'elles en détail (fig. 549). Le membre s'insère dans une cavité articulaire située entre le sternum et l'épimère. Il débute par un court article hasilaire ou coxopoclile, xp, auquel fait suite un basipodite, bp, plus ou moins long : l'ensemble de ces deux articles constitue le protopodile. A la suite de ce dernier vient Ycndopodite, formé de cinq articles placés bout à bout : Yischiopodite, ip; le méropodite;mp; le càrpopodite, cp; le propodite, pp; et le dàctylopodite, dp.
Telles sont les pièces fondamentales du membre, celles qui se retrouvent toujours plus ou moins modifiées. Si on examine les pattes abdominales, on reconnaît, malgré leur réduction, une tige particulière s'insérant à l'exlrémilé du protopodite, à côté de l'endopodile. Cette tige est Yexopodite : sa base est indivise et elle se termine par un filament mulli-articulé. L'exopodite se retrouve, plus ou moins modifié, chez les trois maxillipèdes, où on le connaît sous le nom de palpe, ainsi que sur les membres abdominaux, à l'exception du premier; il manque partout ailleurs.
t'ig. 548. — Pièces buccales gauches do l'Écrevisse, vues on dessus.— a, mandibule; h, première mâchoire;
c, seconda mâchoire ;
d, première patte-mâ choire; e, deuxième patte - mâchoire ; f, troisième patte-màohoire.
(iltl)ltE DES DECAPODES. 238 Un autre appendice des membres est VépipOiWe ou lame branchiale (tig 54!), ep) : on l'observe du deuxième maxillipôde à l'avant-dernière patte ambulatoire; il y en a donc six paires, placées sur les anneaux 8 à 13; sur le premier maxillipôde, l'épipodite est imparfaitement développé et se réduit à une large plaque membraneuse ou /lagellum, dépourvue de filaments branchiaux.
L'épipodite est appendu f.au coxopodite. Il se compose d'une large base hérissée de soies droites et fines et se continuant par une tige étroite : celle-ci se divise bientôt en deux parties; l'antérieure ou plume n'est autre chose que la branchie, br: la postérieure ou lame, cp, sert à la protéger. Les branchies " ainsi constituées sont les podobvanchies; elles sont défendues contre les parasites ou les corps étrangers par un bouquet de soies, sx, portées par une petite saillie du coxopodite.
Les six anneaux de l'abdomen portent chacun une paire de puttes, mais la forme de celles-ci varie.
Pourlesanneaux 17, 18etl9, elles sont petites, grêles et constituées par un protopodite auquel font suite un endopodite et un exopodile plus petit : elles exécutent toutes ensemble des oscillations régulières et concourent ainsi à faire progresser l'animal. Celles du vingtième anneau sont transformées chacune en deux larges plaques, dans lesquelles il est encore aisé de reconnaître un endopodite (fig. 546, enp) et un expodite, exp : avec le telson,2l,qui se trouve entre elles, elles constituent un battant dontles brusques contractions impriment à l'animal un mouvement de recul.
Fig. 549. — Troisième patte ambulatoire du côté droit (deuxième chélatc), chez l'Écrcvisso. — bp, basipoditc ; br, branchie; cp, carpopodite ; dp, dactylopodite ; ep, lame branchiale; ip, iscliiopoditc ; mp, méropodite; pp, propodite ; sx, soies du coxopodite ; xp, coxopodite.
-•i0 CLASSE DliS CUUSTACÉS.
Les deux premières paires de pattes abdominales se sont modifiées' curieusement. Chez le mâle, la première patte est un appendice styliforme, non articulé, qui se termine par une large plaque enroulée sur elle-même, de façon à constituer un canal ouvert aux deux bouts. La deuxième palle, plus parfaite, a un protopodite normal, . suivi d'un endopodite et d'un exopodite : l'endopodile reste longtemps indivis, puis se termine par un filament multiarliculô ; à la base de celui-ci, l'endopodite se prolonge en dedans, sous forme d'une lamelle qui s'enroule sur elle-même pour constituer un cône creux ayant quelque ressemblance avec un éteignoir. Ces pattes, d'un volume relativement considérable, sont normalement dirigées en avant et appliqués contre le sternum, entre les derniers membres thoraciques ; elles servent à transporter le sperme de l'orifice des canaux déférents à l'orifice des oviductes, lors de l'accouplement.
Chez la femelle, la première paire de paltes abdominales se développe à des degrés divers : elle manque entièrement ou bien se développe d'un seul côté ou des deux côtés : la patte est très petite; le protopodite se continue par un seul filament articulé, qui semble correspondre à l'endopodite. Les paltes de la seconde paire sont semblables à celles qui leur font suite.
Les téguments de l'Écrevisse, comme ceux de tous les Décapodes, se composent de deux couches : un derme et un épiderme. Ce dernier se subdivise lui-même en deux couches secondaires : l'interne est représentée par une couche d'épithélium chitinogène à cellules cylindriques et correspond en quelque sorte à la couche de Malpighi; l'externe, durcie ou non parles sels calcaires, correspond à la couche cornée de la peau des Vertébrés : elle forme à elle seule le squelette tégumentaire et est constituée par quatre couches chiiineuses, dont la plus superficielle est une véritable cuticule, anhiste, jaunâtre et d'une extrême minceur.
L'Écrevisse adulte mue une ou deux fois par an, suivant qu'elle est femelle ou mâle. A ce moment, elle ne rejette que la couche externe de l'épiderme et, au-dessous de celle-ci, on peut déjà voir à celte époque d'aulres assises chiiineuses encore molles, qui dérivent de l'épilhélium chitinogène : dès lors, une carapace nouvelle va se former rapidement, grâce à un processus que Vilzou a fait connaître.
La carapace en voie de formation est constiluée par des prismes chilineux qui surmontent les cellules chilinogôiies ; chaque prisme se compose, en réalité, d'un grand nombre de lamelles superposées, qui tirent leur origine d'un épaississemenl progressif de la portion supérieure des cellules épithéliales. La partie ainsi épaissie va finalement se séparer du corps cellulaire et former des lamelles régulièrement parallèles, d'aspect variable suivant la densité des matières qui
ORDRE DES DÉCAPODES. 237 Lrent dans leur constitution. Il en résulte que la hauteur des cellules cpilliéliales diminue par le progrès de la formation des nouvelles couches chitineuses.
Quand la carapace est entièrement formée, elle comprend, de dedans en dehors : 1° une couche assez mince, superposée à l'épithélium ; les lamelles qui la composent sont très délicates et dépourvues de sels calcaires; 2° une couche très importante, produite par la superposition d'un grand nombre de lamelles calcifiées que traversent des canalicules poreux; 3° une autre couche calcifiée, assez épaisse et traversée par des canalicules en continuité avec les précédents : elle renferme le pigment auquel la carapace doit sa coloration ; 4° enfin la cuticule déjà mentionnée plus haut.
• Le rejet des téguments est provoqué par l'accroissement de l'animal, sa carapace inextensible devenant incapable de le contenir plus longtemps. Contrairement à l'opinion reçue, Vilzou a montré que la croissance de l'animal a lieu pendant la période préparatoire de la mue et non après celte opération.
Au-dessous de répithélium chilinogène on trouve une couche dermique très vasculaire, formée de fibres conjonctives, de chromatophores et de grosses cellules; elle renferme encore des glandes en tube simple ou ramifié, disséminées sur toute l'étendue de la carapace et débouchant à la surface de celle-ci; les glandes œsophagiennes en sont une simple dépendance. A l'époque de la mue, les grosses cellules se chargent de matière glycogène, sous forme de .. granulations qui disparaissent graduellement, à mesure que les cellules épilhéliales s'allongent. De semblables réserves s'accumulent encore dans le foie, dans les ovaires, dans la lymphe et dans divers autres tissus de l'organisme : c'est à leurs dépens et grâce à leur rapide utilisation que la nouvelle carapace est capable de se former dans l'espace de quelques jours. Quant aux sels calcaires qui entrent dans sa constitution, nous verrons bientôt quelle est leur origine.
Pendant les efforts qu'elle fait pour les retirer de la carapace qu'elle est en train d'abandonner, l'Ecrevisse peut perdre quelqu'un de ses membres. l.e môme accident s'observe en maintes circonstances, par exemple quand on saisit l'animal par une patte : quand il a reconnu l'impossibilité de s'échapper, il ampute spontanément sa patte et prend la fuite. Celte autotomie se fait toujours au niveau d'une articulation : ainsi que Frédéricq l'a montré, elle résulte d'une action réflexe dont le point de départ est une excitation douloureuse portant sur une partie sensible de la patte et transmise à la chaîne nerveuse ventrale; elle disparaît chez des animaux aneslhésiés ou quand la chaîne nerveuse csllésée. Laperte du membre n'est d'ailleurs pas définitive : grâce à la faculté de rédinlégration que les Crustacés possèdent à un haut
degré,
un membre nouveau se reproduit assez promplemenl Lautotomie semble manquer chez les Palémons cl les Crun-onsen revanche, elle existe, à des degrés divers, chez tous les Macroures et chez tous les Brachyures. On l'observe encore chez les Echinodermes (Comalule), les Mollusques, les Araignées, les Insectes (Sauterelle), les Reptiles (Orvôt), etc. Dans tous ces cas, elle est évasive et est un moyen curieux qu'emploie l'animal pour échapper à ses ennemis.
La bouche est une fente longitudinale, percée à la face ventrale et bordée d'appendices qui nous sont déjà connus. Elle est recouverte en avant par une large plaque clypéiforme, la lèvre antérieure ou labre.
L'œsophage (fig. boO, œ) est large et court; il se porte verticalement de bas en haut et aboutit à un estomac spacieux, v, qu'un étranglement divise en deux ebambres inégales. La cuticule du tégument externe se réfléchit au niveau de la bouche et tapisse intérieurement l'œsophage et l'estomac. La portion antérieure de la première poche gastrique est membraneuse et hérissée de longues papilles ; sa portion postérieure présente au contraire des épaississements calcaires qui constituent le moulin 'gastrique, appareil destiné à broyer les aliments. Cet appareil consiste en plusieurs osselets calcaires qui font partie de la paroi supérieure de l'estomac et qui sont mis en mouvement par deux paires de muscles, l'une antérieure, l'autre postérieure.
Au commencement de l'été, il se développe dans l'épaisseur de la paroi de la première poche stomacale deux petites masses calcaires, v', connues sous le nom d'yeux d'Éerevisse. Quand arrive la mue, ces gaslrolilhes tombent clans la cavité de l'estomac, y sont broyés, puis absorbés dans l'espace de quelques jours. Formés de 18 p. 100 de phosphate de chaux et de
Fig. 550. — Appareil digestif de l'Écrevisso, d'après Car us. — a, anus ; A, foie ; i, intestin ; œ, œsophage ; r, rectum; v, estomac; v', concrétions calcaires ; v", portion pyloi'ique de l'estomac.
0» DRE PKS PÉGAP0OÇ&. ~M 63 u 100 de carbonale de chaux, ils ont une composition chimique très analogue à celle des parties calcaires de la carapace, bien que celle-ci renferme une moindre proportion de phosphate de chaux : leur absorption coïncide avec l'encroûtement de la nouvelle carapace, à laquelle ils fournissent ses matériaux calcaires, comme Réaumur l'avait observé déjà.
Ces concrétions (lig. 551) sonldiscoïdes, comprimées, convexes d'un côté, aplaties ou légèrement concaves de l'autre et formées de couches superposées ; leur diamètre varie de 9 à 18 millimètres, leur poids de 0B',o à lBr,o. Naguère encore, elles étaient utilisées en médecine pigi 551. — Gastrolilhes del'Écrevisse. et entraient dans une foule
de préparations : on les réduisait en poudre/on lesporphyrisait avec un peu d'eau, puis on en faisait des trochisques que l'on administrait surtout comme absorbants, dans les aigreurs d'estomac : elles entraient dans la confection d'Hyacinthe et dans la poudre tempérante de Slakl. Les plus es timées venaientd'Astrakan et de la Hongrie. Aujourd'hui, les yeux d'Écrevisse figurent encore au Codex, mais leur usage est à peu près abandonné ; ils servent encore, tout au plus, à la confection de certaines poudres dentifrices.
La seconde chambre gastrique ou filtre communique avec la première par une très étroite ouverture, qu'une languette conique, s'élevant de la paroi inférieure, contribue à boucher. Les parois latérales de la moitié postérieure s'invaginent d'autre part à l'intérieur de la chambre, de bas en haut, et ne laissent entre elles qu'une étroite fente verticale et médiane, en travers de laquelle des poils sont entre-croisés. En bas, ces deux replis s'écartent assez l'un de l'autre, mais une saillie nouvelle se dresse sur le plancher de la chambre gastrique, en sorte que la lumière de celle-ci se réduit en ce point à une étroite fissure à trois branches, ayant la forme d'un \. En raison de cette disposition, le passage n'est possible que pour des substances liquides ou pour des matières solides à un état d'extrême division. La cuticule se prolonge sur toute l'étendue du filtre gastrique et s'arrête au pjlore : elle est vomie au moment de la mue.
L'intestin (fig. u50, i) est grêle, à paroi mince et se porte directement d'avant en arrière; il s'élargit légèrement dans sa portion terminale, de manière à constituer un rectum, r, qui aboutit à l'anus, a,
240 CLASSE DES CIUJSTACÉS.
perce à lu base el ù la face ventrale- du Lelson. Immédiatement en arrière du pylore, l'intestin est tapissé d'une muqueuse molle el unie; il a su paroi inférieure percée de deux orifices qui correspondent aux canaux excréteurs de la glande digeslive ; en môme temps, sa paroi supérieure présente un court diverticulum médian ou excum.
Presque immédiatement en arriére de cette région, l'intestin se montre parcouru sur tout le reste de son étendue par six crûtes longitudinales et revêtu intérieurement d'une couche cuticulaire qui, à l'anus, se continue avec celle du tégument : cette cuticule intestinale est déféquée à chaque mue.
A part de petites glandes en tube découvertes par Max Hraun dans l'œsophage, à part aussi des glandes analogues vues par Vilzou dans le rectum, le tube digestif ne possède donc lui-môme aucune formation glandulaire capable de transformer chimiquement les aliments. Celte action est exercée par une paire de glandes volumineuses constituant le foie, h, dont nous avons indiqué déjà les rapports avec l'intestin. Chaque glande se compose elle-même d'un nombre considérable de tubes dont l'épilliélium comprend deux sortes de cellules : des cellules hépatiques, dont le protoplasma est imprégné d'une matière colorante, el des cellules à ferment, qui renferment une grosse vacuole dans laquelle vient s'accumuler le liquide digestif.
Ce liquide est jaunâtre, un peu trouble et de réaction alcaline : il remonte par le pylore jusque dans la première chambre gastrique, où se fait la digestion. Suivant Krukenberg et Hoppe-Seyler, il transforme l'amidon cuit en glycose, émulsionne et saponifie les graisses, en mettant l'acide gras en liberté, transforme les albuminoïdes en peptones : cette dernière opération se fait aussi bien dans un milieu acide (ferment peptique) que dans un milieu alcalin (ferment tryptique). Stamati confirme ces résulats et note également que le suc digestif transforme la saccharose en glycose et digère assez facilement l'amidon cru; il trouve enfin dans la glande du glycogène, de la lécithinc et de la cholestérine. La glande digeslive de l'Écrevisse et des Macroures équivaut donc à un bépato-pancréas ou, plus exactement, possède à elle seule les propriétés de toutes les glandes digeslives des animaux supérieurs.
L'appareil circulatoire ((ig. 5o2) a pour organe central un cœur, c, situé à la région dorsale, en arrière du sillon cervical. Cette poche uiusculeuse, à contour irrégulièrement hexagonal, est reliée par des bandes fibreuses aux parois du sinus •péricardiaque, po, dans lequel elle est suspendue. A sa surface se voient six ouvertures ovales, pourvues de lèvres valvulaires, deux à la face supérieure, deux à la face inférieure et une sur chaque face latérale. Ces orifices s'ouvrent au moment de la diastole el se referment au moment de la syslolc :
OKbllli UliS UliCAl'ODKS.
ils l'ont ainsi pénétrer dans le cœur le sang qui remplissait le sinus.
Le sang est alors chassé dans les vaisseaux qui se séparent du cœur ; ceuxci sont au nombre de six.
De l'angle antérieur part Yartire médiane antérieure ou artère ophthalmique, ao, qui se rend aux yeux et à la partie antérieure de la léle. De chaque côté de ce premier vaisseau se sépare l'artère antennaire, aa, qui donne un gros tronc à l'estomac, puis irrigue le rostre, la glande rénale, l'antenne, l'antennule et le pédoncule oculaire ; elle finit par se rencontrer avec sa congénère en avant du cerveau, et forme ainsi un tronc commun récurrent, situé sur la face venlrale. Derrière les artères antennaires, deux autres artères se détachent encore de la face inférieure du cœur et se rendent dans le foie.
-L'angle postérieur du cœur est occupé par une dilatation bulbeuse, de laquelle partent deux vaisseaux. L'un, artère ■postérieure ou abdominale supérieure, ap, court le long de la ligne médiodorsale de l'abdomen et donne de nombreux rameaux à l'intestin : au n i-
Blanchaud. — Zool. méd.
Fig: 552. — Schéma de l'appareil circulatoire du Homard. — a, artère sternalo ; aa, a. antennaire; ae, antennes; ai, antennules; ao,a. médiane antérieure; ap, a. postérieure; av, a. ventrale; br, branchies; c, cœur; o, yeux ; pc, péricarde; v, sinus veineux ventral; vbr, veines branchiales. Les flèches indiquent la direction des courants sanguins.
CLASSE DES GHUSTACÉS.
veau du sixième anneau del'abdomen, il se divise en deux branches qui distribuent le sang à cet anneau et à ses appendices ; chaque branche émet d'ailleurs un rameau qui passe sous l'intestin et s'unit à son congénère, de façon à constituer un collier intestinal en avant du toison.
Le second vaisseau qui part du cœur en arrière est l'artère sternale, a. Elle descend verticalement en contournant l'intestin d'un côté ou de l'autre, passe par une sorte de boutonnière do la chaîne nerveuse (fig. bS4, os), puis se divise en deux branches qui courent toutes deux au-dessous de cette chaîne. L'antérieure est l'artère ventrale ou maxillopédieuse (fig. 5u2, av) : elle irrigue les pattes thoraciques et buccales, les muscles du plancher ventral, les parois de la chambre branchiale, les glandes vertes et l'œsophage; sa branche œsophagienne antérieure s'anastomose par l'une de ses ramifications avec l'extrémité postérieure du tronc commun récurrent formé par les artères antennaires.
La branche postérieure résultantdelabifurcation de l'artère sternale est l'artère abdominale inférieure. Elle n'envoie aucun rameau à l'intestin, mais s'anastomose avec le collier intestinal formé en arrière par les branches de l'artère abdominale supérieure.
Le sang qui a baigné l'intimité des organes vient s'accumuler dans des sinus très irrégulièrement disposés dans l'interstice des viscères, puis aboutit au grand sinus oenlral, v, d'où il passe dans les branchies, br. De celles-ci partent d'autre part six veines branchiales, vbr, qui déversent dans le sinus péricardiaque, pc, le sang qu'elles contiennent. Nous avons vu déjà comment le sang pénétrait dans le cœur, exclusivement artériel.
Le sang est incolore ou très légèrement rougeâtre; il renferme des globules blancs amiboïdes et ne tarde pas à se prendre, au contact de l'air, en un caillot assez ferme.
Chaque chambre branchiale renferme dix huit branchies (lig. S53)< En outre des six podobranchies qui nous sontdéjà connues, on dislingue onze arthrobranchies : dix s'attachent par paires, aux membranes interarticulaires du dernier maxillipède, de la pince, des deux chélates et de la patte suivante; une autre s'attache isolément à la membrane interarticulaire du second maxillipède. Toutes les arthrobranchies se ressemblent entre elles, mais ont une structure assez différente de celle des podobranebies. Le second maxillipède porte donc deux branchies; chacune des pattes suivantes, jusqu'à l'avanl-dernière patte ambulatoire inclusivement, en porte trois. La dix-huitième branchie ou pleurobranchie a la structure des arthrobranchies, mais est plus grande et s'attache au-dessus de la dernière patte ambulatoire, sur la paroi même du thorax. Enfin, on trouve dans une situation analogue, au-dessus de chacune des deux pattes précédentes, un