ORDRE DES MARSUPIAUX
Ces animaux ont des os marsupiaux annexés au pubis. La dentition et la conformation des pattes présentent une grande diversité; le rectum et les organes génito-urinaires s'ouvrent au dehors par un orifice commun. La femelle a sous le ventre une poche ou marsupium, formée par un repli de la peau et renfermant des mamelles pourvues de mamelons. La reproduction est vivipare, mais le fœtus quitte l'utérus de très bonne heure.
Chez le mâle, le pénis se termine par un gland bifide, dont chaque moitié est parcourue suivant sa longueur par un sillon spermalique. La femelle a deux utérus et deux vagins distincts, qui s'ouvrent dans le sinus uro-génital. Entre les deux vagins se voit un grand cul-desac, divisé par une cloison longitudinale en deux moitiés dont chacune communique avec le vagin correspondant.
L'ovule est très volumineux et renferme une forte proportion de vitellus nutritif : aussi la segmentation est-elle plus inégale que chez tous les autres Mammifères vivipares (tome I, page 132, en note).
Le sac vitellin est richement vascularisé et accolé par r,a base à la membrane subzonale, qui présente en ce point des villosités. Celles-ci adhèrent à la muqueuse utérine : quelques-unes d'entre elles, sinon toutes, reçoivent des vaisseaux de la vésicule ombilicale, en sorte qu'.l se forme un placenta vitellin, peu important, il est vrai, mais suffisant néanmoins pour prouver que les Marsupiaux ne méritent qu'imparfaitement leur nom d' Aplacentaires : tel était du moins le cas pourunMarsupialaustralien.d'espèceindéterminée, étudié par Osborn
La gestation ne dure pas plus de 39 jours chez Macropus major qui attemt presque la taille d'un Homme. A sa naissance, le petit est nu aveugle et n'a guère plus de 2 centimètres de longueur; ses membres sont à peine indiqués. La femelle l'introduit dans sa poche ven Blanchard. — Zool. méd. H. — 52
traie, où il se suspend aux mamelles et où il fait un séjour de huit à neuf mois, pendant lequel son développement s'achève.
Les Marsupiaux présentent entre eux de si grandes différences anatomo-physiologiques, qu'il serait utile de les diviser en plusieurs ordres, offrant un remarquable parallélisme avec les divers groupes de Mammifères placentaires.
Les Édemtés ne comprennent que Tarsipes rnstratm Gervais, long de 0ra,10 seulement.
Les H.vLiiATURiDrcs représentent les Ruminants; ils ont l'estomac multiple et sont herbivores; leurs molaires rappellent celles du Tapir. Les Kangourous (Macnpus), nombreux en espèces et de taille très variable, ont les membres antérieurs courts et faibles et sans utilité pour la marche, les postérieurs longs et robustes. L'animal se tient debout sur ces derniers et s'appuie sur sa longue queue : il progresse alors par bonds et sa vitesse peut égaler celle du Cerf. Les Potorous ou Kangourous-Rats (Hypsiprymnus) ressemblent aux Gerboises.
Les Dasyurides représentent les Carnivores. Le Thylacine (Thylaci- I nus cynocephalus) vit en Tasmanie; c'est un animal féroce, de la taille d'un Chacal. Les Dasyures (Dasyunts) correspondent aux Martres, les Pliascogales(P/iasco5f«ie) à nos Belettes. Tliylacoleo, du pliocène d'Australie, avait la taille du Lion.
Les Péiumélides correspondent aux Insectivores. Pcrameks nasula est d'Australie, P. Gunni de Tasmanie. Myrmecobius fasciatus est le
mieux denté de tous les Marsupiaux actuels : •j-yyyYîr
Les Puascolomïides sont analogues aux Rongeurs. Phascolomys loombat, de Tasmanie et du sud de l'Australie, a la taille du Blaireau et se cache pendant le jour dans des terriers. Formule dentaire : 1.0.1.4 1.0.1.4'
Les PÉr.\onisTES (Petaurus) correspondent aux Lémuriens, spécialement au Galéopithèque : comme lui, ils ont aux flancs une membrane aliforme.
Les Pualangistiues sont de petits Marsupiaux grimpeurs, plus ou moins analogues aux Arctopithèques, qui sont les plus dégradés des Primates. Les pattes sont pentadactyles; le gros orteil est dépourvu d'ongle et opposable. Le Kaola (Pkascolarctus cinereus) a les deuxdoigts internes delà main opposables aux trois autres. Les Phalangers (Phalangista) comprennent plusieurs espèces qui babitent l'Australie, la Tasmanie, Amboine et les Célèbes; la queue est longue et prenante. . j
Les Diuelpbes ou Pcdimanes sont également analogues aux Prima- , les; ils ont le gros orteil opposable et la queue prenante. Tous sont
américains : on les rencontre depuis les États-Unis jusqu'à la République Argentine et au Chili. La Sarigue (Didetpltys virginiana), du Mexique, a la taille du Chat. Les autres espèces sont plus petites ; quelques-unes (D. dorsigera, D. marina) n'ont qu'un marsupium incomplet.
Alf. Dugôs, mordu au pouce par une Sarigue en rut, fut atteint d'accidents qu'il attribue à une réelle toxicité de la salive. Les premiers jours et malgré des pansements antiseptiques et le repos du doigt, il eut une légère lymphangite et un ganglion engorgé sous l'aisselle. Un phlegmon douloureux se déclara sur la première phalange, rendant la flexion du doigt impossible. La guérisonne fut obtenue qu'après trois semaines de souffrance.
Le plus ancien Mammifère connu, Microlesles antiquus, du trias supérieur d'Allemagne, appartenait au groupe des Marsupiaux ; ces mêmes animaux abondaient sur toute la surface du globe, à l'époque jurassique. Leurs survivants actuels sont à peu près confinés en Australie : la faune australienne présente donc, pour les Mammifères, le môme caractère archaïque et primitif que pour les Oiseaux (Aptéryx, Casuarius, Dromaeus).
Sous-classe des Monodelphes.
Tous les Mammifères dont l'histoire va suivre sont vivipares et dépourvus d'os marsupiaux et de marsupium. La gestation est d'assez longue durée pour que le petit, en venant au monde, ait acquis déjà sa forme définitive et souvent môme la possibilité de marcher el de suivre sa mère.
L'ovule est très petit et contient très peu de vilellus nutritif; s'il est fécondé, il s'arrête dans l'utérus, où il trouve assez de nourriture pour suffire à ses premiers besoins. La muqueuse utérine devient le siège d'une vascularisation plus active; de nombreux leucocytes sortent de ses vaisseaux, s'insinuent entre les cellules épilhéliales de la muqueuse ou des glandes et arrivent ainsi à la surface interne de l'organe. Ils se détruisent alors et leurs déchets forment une masse graisseuse, sorte de lait utérin dont les cellules de l'embryon se nourrissent après la rupture de la membrane vitelline.
Nous connaissons déjà les premiers stades du développement (tome I, pages 187-iOO, fig. 99 et 100). La formation des enveloppes fœtales présente de très notables différences dans la série des Placentaires; elle se laisse néanmoins ramener à un schéma général,
très analogue au mode de formation que nous avons étudié déjà chez les Sauropsidés.
La zona radiata présente à sa surface de courtes villosités, à laide desquelles elle adhère à la muqueuse utérine. Puis l'eetoderme de la vésicule ombilicale se sépare des deux autres couches et vient s'accoler à la face interne de la zona radiata, pour y former la membrane subzonale. Celle-ci persiste seule, après la destruction de la zona radiata ; plus tard, elle se fusionne avec l'allantoïde, qui s'étale progressivement sur toute sa face interne : ainsi se forme le chorion. Sa surface se couvre alors de villosités, dans lesquelles pénètrent les vaisseaux allantoïdiens et qui contractent, des relations intimes avec la muqueuse utérine ; dans ce but, cette dernière devient très vasculaire, ses vaisseaux s'intriquent étroitement avec ceux du chorion et les échanges gazeux et nutritifs peuvent se faire entre les deux systèmes de vaisseaux, bien qu'ils ne communiquent pas l'un avec l'autre.
Les villosités choriales sont d'abord partout égales, mais elles peuvent par la suite se comporter de diverses manières, ce qui nous amène à distinguer plusieurs sortes de placentas.
Le cas le plus simple est celui où le placenta reste à l'état primitif, les villosités s'implantant sur toute la surface : le placenta est diffus. Cette variété s'observe chez les Monophyodontes (Édenlés, Cétacés) et chez les plus inférieurs des Diphyodonles (Lémuriens, Siréniens, Périssodaclyles, Bisulques, quelquesRuminants). Les Lémuriens diffèrent légèrement des autres animaux de ce groupe, en ce que les villosités manquent au pôle antérieur du chorion : leur placenta est en cloche.
Le placenta cotylêdonaire des Ruminants n'est, qu'une variété du placenta diffus. Les villosités se sont condensées de place en place en amas serrés ou cotylédons, qui forment autant de petits placentas épars; elles se sont atrophiées partout ailleurs.
Chez les Mammifères supérieurs, les rapports de l'embryon avec la muqueuse utérine deviennent encore plus intimes. Celle-ci prolifère progressivement autour du chorion et finit par l'englober complètement. Au moment où il est expulsé, le fœtus entraine donc à sa suite, non seulement ses membranes, mais aussi la caduque ou decidua, c'est-à-dire l'enveloppe adventive qui lui est fournie par la muqueuse. Les animaux précédents sont donc adécidués; ceux qu'il nous reste à examiner sont décidués.
Dans un premier groupe de Décidués, le placenta est zonaire : il a la forme d'un manchon disposé autour du chorion, dont les deux pôles n'ont point de villosités. Cette forme de placenta s'observe chez les Proboscidiens, les Hyraciens, les Pinnipèdes et les Carnivores.
Dans un second groupe, le placenta est discoïde et formé d'un seul
disque, plus rarement de deux. Ce placenta se voit chez les Rongeurs, les Insectivores, les Cliiroplères et les Primates ; il acquiert une complication très grande et une épaisseur considérable; l'inlrication des vaisseaux du placenta Tœtal avec les lacunes sanguines du placenta maternel est des plus intimes. Les parties qui sontrejetées avec le placenta, au moment de la parlurilion, sont la caduque réfléchie, dont il a déjà été question, la caduque sérotine et la caduque vraie.
Les Édentés ou Maldentés (de Blainville) n'ont pas de dents incisives; le Tatou à six bandes (Dasypus sexcinctus) a, par exception, des incisives latérales supérieures. Ils sont monophyodontes et homodontes; pourtant, D. peha est diphyodonte et Cholœpus didactylus a des canines; les Tamanoirs (Myrmecophaga) et les Pangolins (Manis) sont anodonles. Les dents sont en nombre très variable; elles sont sans racine et sans émail ; leur croissance est continue.
Les doigts sont terminés par de véritables sabots, qui en coiffent la dernière phalange et se développent en d'énormes griffes falciformes, permettant de grimper aux arbres ou de fouiller le sol. Quant au reste de leur organisation, quant à leurs mœurs et à leur régime, les Édentés diffèrent considérablement les uns des autres : ils forment trois familles naturelles, dont aucune n'est représentée en Europe. La chair de la plupart est appréciée.
Les Vermilingues ou Fourmiliers ont le museau allongé, la bouche étroite, la langue filiforme, visqueuse et prolractile : à l'aide de leurs ongles, ils ravagent les fourmilières et les lermitières, dont ils dévorent ensuite les habitants. Les Tamanoirs (Myrmecophaga), de l'Amé rique du sud, sont couverts de poils longs et raides, ressemblant à du foin. Les Oryctéropes (On/c<e?\)/n*s), du sud et du nord-est de l'Afrique, ont le poil ras, les oreilles et la queue longues; ils ont 26 dents et une longueur d'environ 2 mètres, queue comprise; leur placenta est zonaire et décidu.
Les Pangolins (Manis) sont couverts de larges écailles imbriquées; ils peuvent se rouler en boule comme les Hérissons; leur placenta est diffus et non décidu. M. macrura et M. Temmincki sont de l'Afrique tropicale, M. brachyura est de l'Inde et de Geylan, M. javanica de Java .
Les Dasypodes ou Tatous ressemblent aux Vermilingues en ce qu'ils sont insectivores et habitent des terriers. Le dos et la queue sont recouverts de plaques osseuses transversales. La femelle a une ou deux paires de mamelles pectorales; le placenta est discoïde et décidu. Ces animaux comprennent un assez grand nombre d'espèces, qui habi-
lent l'Amérique du sud et sont réparties entre les deux genres Datypia et Chlamydophorus; quelques-uns peuvent se rouler en boule. La plus grande des espèces actuelles, D. (Prionodon) gigas, du Paraguay, a
plus d'un mètre de longueur et possède — dents.
Glyptodon clavipes, fossile dans l'argile récente des pampas, avait une carapace immobile et convexe, formée de plaques hexagonales, semblable à celle d'une Tortue ; il était long de près de deux mètres',
large d'un mètre et avait | doigts à sabots. Megalherium Cuvieri, qui se trouve dans les mêmes couches géologiques, était de taille gigantesque et atteignait environ 13 mètres; il avait | doigts, mais était dépourvu de carapace.
Les Bradypodes, Tardigrades ou Paresseux, ont la tête semblable à celle des Singes, dont ils ont d'ailleurs la forme générale et le genre de vie. Ils vivent sur les arbres, auxquels ils se suspendent par les
forts ongles recourbés qui terminent leurs membres. Ils ont - (Cho-
lœpus) ou - doigts {Bradypus) et sont couverts de poils longs et
grossiers, semblables à du foin sec. L'estomac est divisé en 4 poches, comme chez les Ruminants : le régime est d'ailleurs exclusivement végétal. Ces animaux habitent les forêts vierges de l'Amérique du sud ; ils se meuvent avec une extrême lenteur. L'Aï (B. tridactylus) et l'Unau (Ch. didac(yhis) sont les principales espèces. Le placenta est en dôme et consiste en une série de lobes discoïdaux agrégés (Turner).
Les Cétacés sont des Mammifères marins, à corps fusiforme; tous sont de grande taille et c'est parmi eux que se rencontrent les géants de la nature actuelle. La peau est nue et ne présente qu'un petit nombre de poils très espacés ; elle est d'un tissu lâche, dans lequel s'accumule une énorme quantité de graisse. Les membres antérieurs sont raccourcis ; la main est pentadaclyle et élargie en nagoeire; les doigts 2, 3 et 4 comprennent respectivement jusqu'à 14 (Globioccphalus mêlas), 9 (Gl. mêlas) et 7 phalanges (Balœnoptcra nnisculus). Les membres postérieurs font défaut et se réduisent à quelques petits osselets. Le corps se termine en arrière par une nageoire caudale transversale et le dos porte lui-même une nageoire graisseuse.
Le cerveau est petit, mais présente des circonvolutions bien marquées : chez une jeune Baleine longue de 6 mètres et pesant 5,500 kilo-
grammes, son poids est inférieur à 2 kilogrammes. Le pavillon de l'oreille est absent. L'œil n'est pas plus gros que celui du Bœuf et est très reporté en arrière. Le nerf olfactif est atrophié, en sorte que les fosses nasales ne servent pas à l'olfaction : elles s'ouvrent à la face supérieure de la tête, soit côte à côte, soit par un seul orifice, et servent de passage à l'air que l'animal est obligé de venir prendre de temps en temps à la surface de la mer. C'est par là encore qu'il expire l'air venant du poumon ; cet air est chargé de vapeur d'eau qui se condense aussitôt dans l'atmosphère plus froide, d'où l'opinion courante, mais inexacte, que les Cétacés rejettent un jet d'eau par leurs évents (t).
Les mamelles, au nombre de deux seulement, seraient inguinales, si les membres postérieurs n'étaient atrophiés : elles se trouvent de chaque côté de l'anus, dans une sorte de dépression de la peau s'ouvrant à la surface par une fente longitudinale. Le placenta est diffus et sans caduque; les villosités sont répandues sur toute la surface du chorion, mais parfois les deux pôles restent libres.
Tous les Cétacés sont carnivores. Suivant que les dents existent ou non, on les divise en deux familles.
Les Denticètes ou Ct'todontes sont monophyodontes et homodontes. Leurs dents ont une croissance limitée. Le nombre en est de près de 200 chez le Dauphin (Delphinus), de près de 100 chez le Marsouin (Phocxna); elles sont moins nombreuses encore chez l'Epaulard (Orca gladiator). Les représentants de ces différents genres peuvent remonter les fleuves. Plalanista gangetica n'a pas plus de 2 mètres delongueur; Globiocephalus globiceps,à\i nord de l'Atlantique, mesure près de 7 mètres.
Le Narval (Monodon monoceros) a le même habitat et la même taille ; il n'a pas de nageoire dorsale. La mâchoire inférieure est totalement édenlée; la supérieure présente chezl'embryon deux petites incisives et une molaire, qui se perdent de bonne heure, et des canines. Cellesci ne se développent pas chez la femelle, mais l'une d'elles, ordinairement la gauche, acquiert chez le mâle un développement démesuré et se dirige en avant comme une épée longue de deux à trois mètres et dont la surface serait cannelée en spirale; la canine droite se développe parfois aussi, mais toujours bien moins que sa voisine.
La défense du Narval était attribuée jadis à la Licorne, animal fantastique de la taille du Cheval, qui l'aurait portée sur le front ; elle était fort recherchée et on lui attribuait les propriétés les plus merveilleuses. Réduite en poudre, elle guérisdés BatMciëns168 Céta°éS " ^ nullcment llo">ologuo à celui des Poissons et
sait du mal caduc, des spasmes, de la peste, de la lièvre quarte, de la morsure des Chiens enragés, de celle des Vipères, de la piqûre des Scorpions et était, en général, l'antidote infaillible de tout poison: Charles IX ne manquait jamais d'en tremper un morceau dans sa coupe. Ambroise Paré eut le mérite de reléguer la Licorne au nombre des êtres fabuleux et reconnut la véritable nature de la corne de Licorne.
Les Catodontes ou Cachalots ont à la mâchoire supérieure des dents embryonnaires, qui tombent de bonne heure ; celles de la mâchoire inférieure persistent au contraire et deviennent très grosses. Ces animaux sont presque aussi grands que les Baleines, dont ils se distinguent par l'absence de fanons, par la présence d'un évent unique, et surtout par leur léte massive et quadrangulaire, qui occupe à elle seule le tiers de la longueur du corps. L'Océan Atlantique renferme probablement deux espèces distinctes de Cacholots : Physeter microcephalus au nord et Ph. lursio au sud; d'autres espèces, encore mal connues, se trouvent au Cap et en Australie. On se livre activement en plusieurs régions, notamment aux Açores, à la pêche de ces animaux, dont l'industrie et la médecine retirent plusieurs produits précieux : sans parler de leurs dents, qui donnent un ivoire de bonne qualité, ils nous fournissent Y ambre gris, le blanc de Baleine et une huile abondante, mais médiocre, extraite de leur lard.
L'ambre gris est une substance odorante qui se retire de l'intestin du Cachalot, mais qu'on trouve aussi flottant à la surface de la mer ; on le rencontre surtout dans l'Océan Indien, au Japon, aux Moluques, au Brésil, aux Antilles, à Madagascar.
Considéré par les uns comme une sorte de bézoard, il ne serait, suivant les autres, autre chose que les excréments de l'animal : à l'état frais, il émet une odeur fécale ; en vieillissant, il durcit, perd une partie de son poids et acquiert une odeur aromatique spéciale. L'analyse chimique y décèle la présence de 2 p. 100 d'une matière balsamique spéciale et jusqu'à 85 p. 100 à'ambréine, substance cristallisable, très analogue à la cholestérine et sans doute d'origine biliaire. L'ambre gris a a été employé en médecine au même titre que le musc; son emploi est abandonné aujourd'hui, bien que le Codex le signale encore.
Le blanc de Baleine se puise à pleins seaux dans d'énormes cavités dont est creusée la têle du Cachalot, mais dont la na-
ture véritable a été longtemps méconnue. Pouchet et Beau regard ont montré qu'elles correspondent à la fosse nasale droite énormément dilatée, la fosse nasale gauche restant normale. L'appareil du blanc comprend deux grandes poches : le réservoir postérieur est discoïde, l'antérieur est plutôt cylindrique. Au point où ces deux poches communiquent l'une avec l'autre, naît un canal qui va s'ouvrir au-dessus du voile du palais, en un point symétrique à celui où débouche la fosse nasale gauche. Le réservoir antérieur communique d'autre part avec l'évent par un petit canal transversal.
Le liquide que l'on retire de ces réservoirs semble prendre naissance dans le tissu conjonctif, à la façon des graisses : on le puise, non dans la cavité même de la fosse nasale, mais « au milieu d'un tissu adipeux presque transparent, prodigieusement friable, où l'huile s'est peut-être épanchée en partie dans des sortes d'anfractuosités irrégulières creusées au milieu même de ce tissu. » Il ne se forme ni dans des glandes ni dans des follicules clos.
Le spermaceti est liquide pendant la vie et à la température du corps duCachalot. Après la mort de celui-ci, il se dédouble par lerefroidissement en une substance d'un jaune ambré, formée de lamelles cristallines, et en une huile qui reste liquide et renferme une forte proportion d'oléine.
La partie solide est isolée, puis exprimée fortement; on la purifie, soit en la chauffant en présence d'une solution faible de potasse, soit en la faisant cristalliser dans l'alcool bouillant. Cette dernière méthode donne la Céline de Chevreul à l'état de pureté. Cette substance présente l'aspect de paillettes nacrées, onctueuses ; elle est soluble dans l'alcool et l'élher, insoluble dans l'eau. Sa densité esl de 0,913, son point de fusion est 49°. Elle est formée par le mélange des éthers stéarique, palmitique, célique, myrisfique et coccinique avec plusieurs alcools, le lélhal, le mélhal, l'élhal et le stélbal. Exposée à l'air, elle rancit à la longue, devient acide et se colore en jaune.
Le blanc de Baleine sert en industrie pour la fabrication des bougies de luxe. En médecine, on l'a employé à l'intérieur contre la diarrhée; son principal usage est de servir à la préparation des cosmétiques et des cérats. Son prix assez élevé fait qu'on le falsifie fréquemment, avec du suiT, delà cire, de l'acide margarique.
Les Mysticètes ou Baleines n'ont pas de dents. L'embryon possède à chaque mâchoire une rangée unique et continue de germes den-
taires, mais ceux-ci disparaissent totalement, avant même que le fœtus ait atteint la moitié de sa croissance. La muqueuse palatine présente une série de plis transversaux, que revêt une épaisse couche d'épilhélium corné. À mesure que le jeune Cétacé grandit, cet épithélium s'épaissit. Il se Corme ainsi tout autour de la bouche, en dedans de l'arcade dentaire, une série d'environ 400 lames cornées triangulaires, suspendues à la voûte palatine et atteignant chez l'adulte jusqu'à 5 mètres de longueur. Ces lames cornées ou fanons sont serrées les unes contre les autres, de manière à constituer une sorte de crible qui permet à l'animal de rejeter l'eau introduite dans sa vaste gueule, mais retient les petits animaux que cette eau charriait.
Les Baleines habitent les mers froides, au sud comme au nord, et ne se rencontrent jamais au voisinage de l'Equateur. Elles vivent ordinairement isolées, mais à certaines époques elles se réunissent par bandes nombreuses et accomplissent des migrations. Elles suivent les bancs de Ptéropodes, de petits Crustacés et de petits Poissons et se nourrissent exclusivement de ce menu gibier. En raison de la grande quantité d'huile que renferment leurs tissus, on les chasse très activement.
Les Rorquals (Balaenoptera) ont une nageoire dorsale adipeuse et des plis longitudinaux à la face inférieure, depuis la gorge jusqu'au ventre. La Jubarte (B. boops) a jusqu'à 35 mètres de longueur ; elle habite le nord de l'Atlantique, en compagnie de B. rostrata; elle descend parfois jusque dans la Méditerranée.
Les Baleines (Balssna) n'ont ni nageoire dorsale ni plis ventraux. La Baleine franche (B. mysticetus), tant chassée dans le nord de l'Europe, mesure rarement plus de 20 mètres : elle pèse alors 80,000 kilogrammes et fournit environ 25,000 kilogrammes d'huile et 1,600 kilogrammes de fanons. B. australis est des mers du sud.
Les affinités des Cétacés sont loin d'être établies : on ne peut Taire que des conjectures à cet égard. Les genres fossiles Zeùglodon et Squalodon, du terrain tertiaire d'Europe et d'Amérique, étaient tout à la fois monophyodontes et hétédorontes et avaient des molaires biradiculées. Max Weber tire de ce fait exceptionnel la conclusion assez inattendue que les Cétacés homodontes dérivent d'un groupe hypothétique de Mammifères hétérodonles, dont les dents étaient encore peu différenciées et les molaires coniques ; il est ainsi amené à attribuer aux Cétacés une parenté assez étroite avec les Carnivores.
Semblable opinion était défendue naguère par Flower, qui la répudie aujourd'hui. Hunier faisait plutôt dériver les Cétacés des Ongulés, dont ils ont le placenta. Cari Vogt nous semble avoir exprime 1 opinion
ORDRE DES LÉMURIENS. 82/
la plus rationnelle, en faisant ressortir les nombreux caractères osléologiques, odontologiques, etc., qui les rattachent aux grands Reptiles, principalement aux Enaliosauricns.
Albrecht est d'avis que, de tous les Mammifères actuels, les Cétacés sont ceux qui se sont le moins écartés du type mammifère primordial : les ancêtres de tous les Mammifères auraient été des animaux aquatiques. Cette conclusion nous semble difficilement admissible et n'est sans doute vraie que pour les Cétacés.
ORDRE DES LÉMURIENS
Ces animaux grimpeurs à dentition complète, mais d'ailleurs très variable, constituent un groupe très hétérogène. Ils sont nocturnes : leurs yeux sont énormes, séparés par une très mince cloison et munis d'un tapis ; les orbites sont incomplètes. Les molaires sont tuberculeuses et pointues. Quelques doigts portent des ongles aplatis, les autres sont armés de griffes. Les mains sont préhensiles; aux pieds, le gros orteil est opposable, ou plutôt peut s'écarter et se rapprocher des autres doigts. Les mamelles, en nombre variable, sont inguinales, abdominales ou pectorales. L'utérus est bicorne ou môme double.
Les Lémuriens existaient anciennement en Europe et dans l'Amérique du nord; aujourd'hui, on ne les trouve plus qu'aux Indes, dans l'Archipel de la Sonde, en Afrique et à Madagascar.
Les Galéopithèques (Galeopithecas), des îles de la Sonde et des Philippines, ont sur les flancs une membrane velue, qui s'étend entre les pattes et qui enveloppe aussi la queue ; elle fonctionne comme un parachute.
L'Aye-aye (Chiromys madagascariensis) a le gros orteil opposable et terminé seul par un ongle plat. Les Indris [Lichatiotus) et les Makis (Lcmur, Hupalemur) sont aussi de Madagascar. Les Galagos (Otolicnus) et les Pottos (Perodicticus) sont de l'Afrique tropicale. Les Tarsiers (Tarsius) et les Loris (Nycticebus, Stenops) sont de Ceylan, de Malaisie, des îles de la Sonde et des Philippines.
On a longtemps réuni les Lémuriens aux Singes, en les désignant sous le nom de Prosimiens ; mais, à part leurs habitudes arboricoles et la mobilité du gros orteil, on peut dire que tout s'oppose à ce rapprochement ; la présence d'ongles plats à certains doigts ne saurait constituer une ressemblance, car d'une part ce même caractère se retrouve chez certains Rongeurs et, d'autre part, il n'est point constant chez les Lémuriens.
L'étude du système dentaire montre que ces derniers descendent de souches fort diverses, dont la phylogénie est encore fort obscure
et que ne rapproche qu'un seul caractère, celui de la conformation desmembres.Ils dérivent vraisemblablement des premiers Marsupiaux, auxquels ils ressemblent par plus d'un caractère. On a émis l'opinion qu'ils étaient apparus sur unimmense continent aujourd'hnisubmergé, laLémurie, qui s'étendaitdepuis les Indes jusqu'en Afrique et jusqu'en Amérique et dont les îles delà Sonde et Madagascar seraient les derniers vestiges; mais aucun fait sérieux ne peut être avancé à l'appui de cette hypothèse.
Ces animaux sont souvent rattachés aux Cétacés, mais à tort : ils sont aquatiques et n'ont point de membres postérieurs; les membres antérieurs sont transformés en nageoires, les doigts n'ont que trois phalanges. Le corps se termine en arrière par une nageoire transversale ; la nageoire dorsale fait défaut. La tête est petite et séparée du cou, dont les vertèbres sont mobiles. Les narines s'ouvrent séparément à l'extrémité du museau. Les mamelles sont pectorales.
Les Sirènes sont herbivores : elles paissent les prairies de Varechs et de Fucus, comme le bétail paît dans les champs. Par leur organisation interne et leur placentation, elles se rapprochent des Ongulés. Deux genres seulement sont vivants, renfermant trois espèces.
Le Dugong (tlalicore indica) vit dans l'Océan Indien et la mer Rouge; il atteint une longueur de 5 mètres. Il est hélérodonle et partiellement diphyodonle, le renouvellement dentaire ne portant que
sur l'unique incisive supérieure. La formule dentaire est ' ' •
Le placenta est diffus et adécidué, comme chez les Ongulés ; les villosités ne manquent qu'aux pôles.
Les Lamantins (Manatus) ont la nageoire caudale discoïde, six vertèbres cervicales et des griffes à quatre doigts. Le fœtus ou l'animal nouveau-né a des incisives et des canines à chaque mâchoire, mais ces dents tombent de bonne heure et la couche cornée s'épaissit à leur niveau. Les molaires ressemblent à celles du Tapir. M. australis vit dans le golfe du Mexique et à l'embouchure de l'Orénoque et de l'Amazone; M. senegalensis se trouve au Sénégal. On les chasse pour leur chair, qui rappelle celle du Porc et pour leur graisse, qui sert pour l'éclairage et comme aliment.
Rhytina Stellevi était encore très abondante dans la mer de Behring et sur les côtes du Kamtschalka, au siècle dernier; l'espèce a été anéantie par l'Homme, en 1768. Steller en a donné une bonne description.
ORDRE DES PÉR1SSODACTYLES. 829 Les Sirènes constituent évidemment un rameau détaché du tronc des Ongulés et adapté à la vie aquatique.
Les Ongulés sont de grands animaux terrestres, à placenta diffus ou cotylédonair'e, herbivores, dépourvus de clavicules. Tous sont hétérodontes et diphyodontes; l'émail se replie d'ordinaire à l'intérieur de l'ivoire, au moins dans la couronne des molaires. Nous avons vu déjà comment sont constituées les pattes.
On réunissait autrefois les Ongulés aux Proboscidiens et aux Damans et on donnait à ces Mammifères, pour la plupart de grande taille, le nom de Pachydermes. Aujourd'hui ce groupe artificiel n'est plus admis : les Ongulés eux-mêmes se divisent en deux grands groupes, les Périssodactyles et les Artiodactyles, suivant que le nombre des doigts est impair ou pair. Chacun de ces groupes devrait être divisé lui-même en plusieurs ordres distincts, s'il nous était possible de passer eu revue les nombreuses formes fossiles d'Ongulés. En nous en tenant aux espèces actuelles, nous admettrons donc un seul ordre de Périssodactyles et deux ordres d'Artiodactyles : les Bisulques et les Ruminants.
ORDRE DES PÉRISSODACTYLES
Les Périssodactyles ou Jumentés sont de très grande taille. Leurs doigts sont en nombre impair, le troisième ou médian étant toujours le plus développé; les métacarpiens et les métatarsiens sont très allongés. La dentition est complète : les canines manquent parfois; entre elles et les molaires se voit un large espace, appelé barre ou diustôme. L'estomac est simple. Les mamelles sont ventrales ou inguinales. Le placenta est diffus et adécidué.
Les Tapirs ont le nez et la lèvre supérieure transformés en une sorte de courte trompe. Ils vivent dans les forêts, nagent et plongent bien et s'apprivoisent aisément. Tapirus indicus habite l'Inde et le sud de l'Asie; T. americanus et T. villusus sont de l'Amérique du Sud.
Les Rhinocéros ou Nasicornes ne sont plus représentés que par six ou sept espèces qui habitent les régions chaudes de l'Asie et de l'Afrique; anciennement, ils étaient répandus sur presque toute la surface du globe, et le llhinocéros à narines cloisonnées (Rh. tichorhinus) était en Europe contemporain de l'Homme primitif. Ils portent sur le nez une (Rh. indicus, Rh. javanicus) ou deux cornes (Rh. sumatrensis ,
fi/t. africanus, M. tichorhinus) implantées par une large base, terminées en pointe et constituant une simple dépendance del'épiderme. Les Équidés, Solipèdes ou Solidungulds, n'ont qu'un seul doigt à
chaque pied, leur formule digitale étant '- :.le bras et l'avant-bras, la
cuisse et la jambe restent relativement courts, mais le métacarpe et le métatarse sont très allongés. Ils sont réduits à un seul os ou canon, à la partie supérieure duquel on trouve encore deux stylets osseux, qui sont les rudiments du deuxième et du quatrième métacarpiens ou
métatarsiens, actuellement disparus. Formule dentaire : ' '
Les dents, dont la croissance est continue, se développent les unes après les autres, en sorte que l'examen de la bouche permet d'apprécier assez exactement l'âge de l'animal.
Les Solipèdes ne comprennent que le genre Equus, particulier à l'Afrique et à l'Asie. Les Chevaux d'Afrique ont le pelage marqué de raies foncées sur fond clair : on en fait quelquefois le genre Ilippoligris. Ce sont le Dauw (E. Burchelli), le Zèbre (E. zébra) et le Couagga (E. quagya). Les Chevaux d'Asie, dont on fait aussi parfois le genre Asinus, ont les oreilles plus longues et le dos marqué d'une ligne longitudinale foncée. L'Ane à pieds bandés (E. tseniopus) se trouve dans la vallée du Nil, l'Onagre (E. onager) en Asie Mineure et en Perse, l'Hémione (E. hemionus) au Thibet et dans l'Himalaya. L'Ane domestique (E. asinus) dérive d'E. tseniopus; quelques races descendent peut-être de l'Onagre.
Le Cheval domestique descend d'une ou plusieurs races sauvages, aujourd'hui éteintes. Son ancêtre le plus ancien est Palxolherium, du
gypse de Paris, qui avait pour formule digitale jnr^ et Pour formule
dentaire . Celui-ci est remplacé, dans l'éocène supérieur et
le miocène inférieur, par Anchithcrium, chez lequel la formule digi-
taie est devenue g'3'4 et la formule dentaire 3Y4 V Puis' à 1 é"
poque pliocène, vivent les Hipparions, chez lesquels la réduction des doigts 2 et 4 s'accentue, en môme temps que la prédominance du doigt médian s'accuse davantage. Les doigts 2 et 4 finissent par s'atrophier chez le Cheval, mais leur disparition n'est pas tellement ancienne, qu'il ne soit fréquent de les voir réapparaître par atavisme.
LeTarpan de l'Asie centrale, le Cimarrone et le Moustang de l'Amérique du Sud sont des Chevaux marrons, c'est-à-dire redevenus sauvages. L'Amérique ne possédait point le Cheval, avant que les Européens ne l'y eussent introduit. A une époque géologique récente,
ORDRE DES PÉRISSODACTYLES.
plusieurs espèces habitaient pourtant ce vaste continent, mais leur origine était bien diflerente de celle que nous venons d'indiquer pour le Cheval européen.
La généalogie comparée des Chevaux d'Amérique et d'Europe démontre donc ce fait important, qu'un même caractère ou que tout un ensemble de caractères peut être acquis, à travers une série plus ou moins grande de générations, par des animaux primitivement fort dissemblables : la similitude du climat et du régime entraîne à la longue l'apparition, puis la fixation de caractères semblables, qui font converger progressivement deux groupes d'êtres partis de souches distinctes. C'est ainsi que nous avons eu déjà l'occasion d'attribuer aux Oiseaux une double origine et aux Monotrèmes une autre provenance qu'aux autres Mammifères.
Le métis de l'Ane et de la Jument est le Mulet (Equus mulus) ; celui du Cheval et de l'Anesse est le Bardeau (E. hinnus). Ces hybrides sont rarement féconds. Le Mulet n'a pas de spermatozoïdes; la Mule peut quelquefois être fécondée par le Cheval.
Les Romains appréciaient la chair de l'Onagre ; les Kirghises, les Persans et les Arabes eux-mêmes en font usage.
Le Cheval a été introduit en Europe à l'âge de la pierre par des envahisseurs venus d'Orient. On se nourrissait alors de sa chair : à Solutré (Saône-et-Loire) se trouve une station préhistorique entourée d'un rempart construit en os de Chevaux, pour la construction duquel on estime qu'il n'a pas fallu moins de 100,000 de ces animaux. L'hippophagie s'est continuée dans les contrées du nord jusqu'au huitième siècle : à cette époque, les papes Grégoire III et Zacharie I" l'interdirent aux peuples de la Germanie.
En France, l'hippophagie n'a jamais été en grand honneur. Une ordonnance de police du 24 août 1811 interdisait la vente à Paris de la viande de Cheval : celte viande était alors consommée clandestinement en quantité appréciable. Des plaintes nombreuses s'élevèrent et, en 181G, l'autorisation d'introduire do la viande de Cheval fut accordée à tout individu justifiant l'usage qu'il en voulait faire. Isidore Geoflroy Sainl-Hilaire fut l'un des plus ardents défenseurs de l'hippophagie : à son instigation, celle-ci est entrée peu à peu dans les mœurs, et la quantité de viande de Cheval consommée a Paris va sans cesse en augmentant, depuis le 9 juillet 18G6, date de l'ouverture de la première boucherie hippophagique.
Si on laisse de côté la période exceptionnelle du deuxième I semestre de 1870 et du premier semestre de 1871, qui correspond aux deux sièges de Paris, on voit les progrès de l'hippopha- ] gie s'affirmer de jour en jour: ils dépassent même les prévisions^ d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; au lor janvier 1889, on comptait J 132 boucheries chevalines dans le département de la Seine; il en existe également dans toutes les grandes villes de France. 'J
La viande de Cheval se vend exactement moitié moins cherB que celle du Bœuf; suivant Decroix, elle est notablement plus! nourrissante que cette dernière. Elle est aussi plus saine : Ci/s-}| ticercus fislularis Rudolphi, dont on ignore la forme adulte, est il le seul Ver vésiculaire qu'on y ait signalé et est incapable de ] se développer chez l'Homme; le Cheval ne prend que très ra-« rement le cbarbon et il n'y a pas à redouter qu'il transmette I la morve à ceux qui font usage de sa viande, les caractères de 1 celte maladie étant assez évidents pour que tous les animaux I contaminés soient sûrement conduits à l'équarrissage.
Les Kirghises préparent avec le lait de Jument un liquide fermenté qu'ils appellent koumys. Ce liquide résulte de l'action ] d'un Microbe encore inconnu ; il contient 16,30 p. 100 d'alcool ; J 22 de lactose; 11,50 d'acide lactique; 11,20 de matières albu- ju minoïdes. On en obtient de bons effets dans le traitement delà j tuberculose et dans la convalescence des maladies graves.
Les Bisulques ou Bunodontes sont des Artiodactyles à denlition complète, à estomac simple, à placenta diffus et adécidué ; les métacarpiens et les métatarsiens médians ne se soudent jamais en un seul os. On en dislingue deux familles.
Les Suidés, Porcins ou Sétigéres, ont un groin destiné à fouiller le sol; le corps est couvert de poils raides ou soies. Les canines sont' fortes et allongées; celles de la mâchoire supérieure se dirigent eu haut; les molaires ont une couronne large et tuberculeuse. La femelle a six à sept paires de mamelles abdominales. Formule digitale: 2.3.4.5 2.3.4.5'
Le Sanglier (Sus scrofa) est répandu par toute l'Europe, dans le nord de l'Afrique et jusqu'aux Indes; sa formule dentaire est 3 , 4 3-
ORDRE DES BISULQUES
ORDU K DES RUMINANTS.
La plupart des races du Cochon domestique en dérivent; d'autres races proviennent plutôt de Sus indicus, inconnu à l'état sauvage. Les genres Polamochxrus et Phacocliœrus sont africains; le Babiroussa est des Moluqucs; les Pécaris (Dicotyles) sont d'Amérique.
Les mœurs du Porc, ses usages et ses produits sont trop connus pour qu'il y ait lieu d'y insister. Sa chair, lourde et assez indigeste, nous transmet le Ténia solium et la Trichine ; elle se corrompt facilement et provoque alors de graves accidents d'intoxication, connus sous le nom de botulisme ou à'allanliasis. Sa graisse fondue et épurée est Vaxonge, qui sert en pharmacie pour la confection des onguents, des pommades et des emplâtres.
Les Hippopotames ou Obèses sont des animaux informes, au corps lourd, dont on connaît deux espèces : II ippopotamus ampkibius est répandu dans presque toute l'Afrique ; II. libcnensi-, beaucoup plus petit, n'a encore été trouvé que dans la République de Libéria. Formule
digitale Formule dentaire : Les mamelles sont
inguinales. La chair de l'Hippopotame est délicate; sa graisse sert à
fabriquer le delka, sorte de pommade dont tous les Nègres se couvrent
les cheveux et le corps; cette môme graisse, fondue simplement, est
bue par les Hottentots à la manière du bouillon.
ORDRE DES RUMINANTS
Les Humiliants, Bidactyles ou Sdénodontcs, peuvent avoir quatre doigts à chaque patte, mais les deux médians touchent seuls le sol; les métacarpiens ou métatarsiens correspondants se soudent d'ordi-
naire en un seul os : la formule digitale est donc — ou — — '■ — — .
Des excroissances particulières, connues sous le nom de bois ou de cornes, se développent chez la plupart des espèces, parfois seulement chez le mâle. Les ancêtres de nos Humiliants ne possédaient point ■ces appendices, qui manquent encore à quelques familles actuelles.
Les incisives supérieures s'ébauchent encore chez l'embryon, mais se résorbent bientôt, sauf chez les Chameaux; la canine supérieure persiste quelquefois, l'inférieure prend le caractère d'une incisive supplémentaire. Les molaires sont constituées comme par l'accolemenl de quatre demi-cylindres entourés d'émail, qui prend sur la face tri— Blanchard. — Zool. méd. IL — 53
lurante l'aspect de demi-Unies. La denlilion répond donc générale- I
. . , . , o.o.3.:t ment a la formule - — , „ ,.
Tous les Ruminants sont exclusivement herbivores : mal armés pour la lutte de l'existence et n'ayant d'autre moyen d'échapper à l'enneriri qui les guette que par la vitesse de leur course, ils profitent du moment où ils sont hors de danger pour remplir leur estomac d'herbage qu'ils ne prennent point le temps de mâcher. Plus tard, des qu'ils en ont le loisir, ils se reposent dans un endroit écarté et commencent véritablement a. manger : ils sont capables de faire remon- \ 1er à la bouche, pour les y soumettre à une mastication complète, les 1 aliments qui sont alors déglutis.
En raison de ces habitudes, l'estomac des Ruminants a acquis une complication remarquable : il comprend une très vaste poche, la panse ou rumen, dans laquelle les aliments solides sont tout d'abord j accumulés, et une poche plus petite, le bonnet, qui sert de réservoir aux liquides. Après la mastication, les aliments passent dans le feuillet, puis dans la caillette et dans l'intestin. La caillette est le véritable ' estomac, en ce sens qu'elle seute renferme des glandes à suc gas- ] trique; les trois poches précédentes peuvent être considérées comme des dilatations de l'œsophage.
La rumination, dont nous venons d'indiquer l'origine, n'est point spéciale aux seuls Sélônodontes : l'explication que nous eu avons ! donnée doit s'appliquer également à d'autres herbivores craintifs et | timides, sans grands moyens de défense. Eu effet, des Marsupiaux tels que le Kangourou et des Rongeurs tels que le Lemining (ilyodes lemm%s) ruminent et ont l'estomac pluriloculaire; d'autres Rongeurs,] tels que le Lapin, le Lièvre et le Cobaye, ruminent aussi, mais ont 1 l'estomac simple.
Tous les Ruminants ont des mamelles inguinales. Ils ne niellent bas qu'un ou deux petits. Le placenta est adécidué, mais construitsuivant deux types : diffus ou cotylédonaire.
Les Tyi.opodes, Gaméliens ou Phalangigrades, ont la lèvre supérieure i fendue cl sont dépourvus de cornes; la caillette n'est pas distincte.
1)93 34 Formule dentaire : ' { Formule digitale : ^ ; la plante des
pieds est calleuse; les doigts, incomplètement séparés, ne sont coùTéa que de petits sabots; les trois phalanges reposent sur le sol. Par une exception unique dans loule la classe des Mammifères, les hématie! sont régulièrement elliptiques; elles mesurent 8 p sur 4p. chez le Lama. Le placenta est diffus.
Les Chameaux (Camelus) sont de l'ancien continent. Le Dromadaii»! (C. drumedarius) habite le nord de l'Afrique ; il a une grosse bosse suij
ORDRE DES RUMINANTS
le dos. Le Chameau delà Raclrianc (C. badrianus) est asialiquc; il a deux bosses.
Les Lamas {Auchenia) habitent l'Amérique du Sud, dans la région des Andes; ils sont plus petits que les Chameaux et n'ont pas de bosse dorsale. Le Lama (A. lama), l'Alpaca (A. paco), le Iluanaco(A. huanaco) et la Vigogne (A. vicurma) sont les quatre espèces du genre; les deux premières étaient déjà domestiquées par les Incas.
Tous les autres Ruminants sont unguligrades, comme c'est la règle chez les Ongulés.
Les Déclives ou Uvocxa comprennent une seule espèce, la Girafe \Gamelopardalis giraffa), répandue par toute l'Afrique. La léte estpeliieet porte dans les deux sexes deux cornes pleines et persistantes : ces cornes sont courtes, recouvertes par la peau et constituées chacune par un noyau osseux, uni au crâne par une suture. Le cou est d'une longueur démesurée; les pattes sont hautes en proportion, les
antérieures plus élevées que les autres. Formule digitale : —j.
Les Tragdljdes sont de petits Ruminants sans cornes, à placenta dif-
fus, dépourvus de bonnet. Formule dentaire : ■- — '-^—r', les canines
sont très développées chez le mâle. Le Kancb.il [Tragulus pygmasus , de Java, n'est pas plus gros qu'un Lièvre; la Riche-Cochon (Hyiémosclnis aquaticus), du Gabon, a la taille d'un Chevreau. Les hématies n'ont que 2,u.,5 de
diamètre chez le Kancb.il. - -ia^wii» ■ ~ ô
• Les Moscuides sont réduits à une seule espèce, le Chevrotain povLe-musc(Moschus moschi 'férus). Ce petit animal (flg. 876) n'a pas plus de 50 centimètres de hauteur (1). Par l'absence des cornes et par sa dentition, il rig. 87(, Moschus mosckiferU3 mâle. ressemble aux Tragulides,
mais son estomac est quadruple et son placenta polycotylédo • naire (A. Milne-Edwards). Le maie possède en outre, sur h ligne médio-venlrale, une poche glandulaire (flg. 877, a), si-
(I) La taille d'un quadrupède est égale à la distance comprise entre le sol et le garrot ou saillie dorsale inter-scapulairc.
tuée enLre l'ombilic et la verge, d, et logée entre là peau et les muscles de l'abdomen.
La paroi supérieure de cette poche adhère aux muscles; l'inférieure est plus ou moins bombée, suivant le degré dè réplétion de l'organe, et présente en arrière une échancrure longitudinale, pour le passage de la verge. L'orifice excréteur
oc
Fig. 877. — Appareil du musc. — a, poche du musc coupée verticalement] — b, son orifice; c, orifice du prépuce; d, gland dépassé par un prolon-j gcmeut ilo l'urètlirc ; e, scrotum.
est large et circulaire, b ; les poils se disposent en tourbillon sur son pourtour. La muqueuse de la glande est plissée et très vasculaire; sa structure est encore inconnue.
La substance à odeur pénétrante que produit cet organe glandulaire est le musc. On le trouve dans le commerce à l'état de musc en poche ou en vessie et à l'état de musc hors vessie. Dans le premier cas, il est encore renfermé dans sa pochai glandulaire, qui a été enlevée in loto, puis desséchée; dans le. second cas, on a retiré de la poche le produit grumeleux et; noirâtre qu'elle contenait. Une petite poche de musc pesanlj 24 grammes peut donner jusqu'à 10 grammes de musc hors! vessie.
Le musc renferme une pelile quanlilé de graisse, de choleslérinc£ d'une substance résineuse et de principes solubles dans l'alcool, una quanlilé considérable de sels solubles dans l'eau et de lactaie d'am-1 moniaque; la nature de son principe odorant est encore ignorée.
On distingue plusieurs sortes de musc en pocbe. Le musc Kubardim ou de Russie est recueilli en Sibérie et dans l'Altaï ; c'est le moins odo-fl ranl et le moins apprécié; il se vend surtout en Allemagne. Le mwm du Yunnan est importé en France depuis quelques années. Le mu M d'Assam ou du Bengale vient de la région comprise entre le ThibctclM Birmanie. Le musc du Tonliin est porté à Canton, d'où on l'expédie c|
OlimtE DES RUMINANTS.
Angleterre : avec le masc de Chine ou de Nankin, c'est la sorte la meilleure et la plus appréciée; elle coûte plus de 2,000 francs le kilogramme. En raison du prix fort élevé qu'il atteint, le musc est souvent falsifié : pour le musc hors vessie, la chose est facile; mais les falsificateurs vont jusqu'à confectionner avec de la peau de Chevrolain des fausses poches qu'ils remplissent d'une substance quelconque, mélangée à une pelile quantité de musc.
L'ancienne médecine attribuait au musc les propriétés les plus variées et en faisait usage dans une foule de maladies; on l'employait notamment pour combattre les crises d'hystérie. Au seizième siècle, Salomon Albertus allait jusqu'à déclarer que, sans le musc, « la médecine ne serait plus possible ». De nos jours, on est bien revenu de cet engouement, et le musc est presque complètement délaissé par Ie> médecins; à l'inverse d'Alberlus, bon nombre de médecinscontemporains le considèrent comme un médicament superflu et conseillent de l'abandonner entièrement aux parfumeurs.
On peut dire, en effet, qu'il a retrouvé en parfumerie une importance égale à celle qu'il perdait en thérapeutique, car, depuis de longues années, la quantité qu'on en importe en France n'a pas sensiblement varié. De 1827 à 18io, on en a consommé annuellement une moyenne de 150 kilogrammes; de 18i6 à 1850, le chiffre s'est élevé à 381 kilogrammes, mais est retombé à 150 kilogrammes de 1857 à 1862. D'après ces chiffres, on peut évaluer à 4,700 le nombre des Chevrotains détruits chaque année rien que pour suffire à la consommation de la France, le poids moyen d'une poche à musc étant de 32 grammes.
Le Porte-musc, dont on distingue plusieurs variétés, élevées par quelques auteurs au rang d'espèces, habile les régions montagneuses de l'Asie, comprises-entre les 65° et 140e degrés de longitude est, et les 12e et 66° degrés de latitude nord. En Sibérie, on le trouve sur les bords de l'Irtich, de l'Obi, de la Tongouska, de la Léna, dans la région du lac faïkal, dans les monts Stanovoï et jusqu'à Venkhoïansk, sur le cercle polaire. Il est commun dans les monts Altaï, en Mongolie, dans le ïhibet, le Cachemire, le Népaul ; il descend jusque dans le Pégou, le Tonkin et le nord de la Gochinchine.
Chez les Cervidés ou Humiliants à cornes pleines et caduques, le maie porte des bois qui sont exclusivement formés par un prolongement de l'os frontal, sans dépendance de la peau et tombent, puis
CLASSE UliS MAMMIFÈRES.
repoussent chaque année au printemps; le Renne {Tararidus rangifer fuit exception, en ce que la femelle a aussi des bois. La femelle a quatre mamelles inguinales, mais ne met bas qu'un seul faon à la fois. Le placenta est colylédonaire.
Ces animaux sont répartis sur toute la surface du globe, sauf l'Australie et le sud de l'Afrique; ils vivent seuls ou par petites troupes dans les forêts elles montagnes. Le Muntjac (Cervulus Munljac), de l'archipel malais, présente par exception des canines supérieures chez le maie. Le Cerf [Cervus elaphus), le Chevreuil (C. capreolus), le Daim {Dama vulgaris), l'Elan (Alces palmatus) et le Renne sont les espèces européennes.
L'ancienne pharmacopée employait divers organes du Cerf, notamment la verge (priapus cervi), l'os du cœur [crux cervi ou os de corde cervi), la moelle des os, la graisse, le sang, la vessie, etc. Sous le nom de corne de Cerf, on faisait aussi usage de l'extrémité des bois, coupée en petits cônes ou cornichons , la corne de Cerf râpée était formée de copeaux osseux, provenant de la raclure des bois. Râpée ou en cornichons, la corne de Cerf jouissait d'une grande faveur et entrait dans la composition d'un grand nombre de préparations: gelées, mixtures, tisanes, décoctions, etc. La corne de Cerf ligure encore au Codex de 1884, ainsi que la recette de sa gelée : espérons que l'édition prochaine laissera dans l'oubli celle drogue surannée, qui ne vaut que par le phosphale de chaux dont elle contient environ 30 p. 100, et qui doit, par conséquent, être remplacée par celui-ci.
Chez les Cavicornes ou Ruminants à cornes creuses et persistantes, les cornes sont des productions épidermiques dont la cavité est comblée par un prolongement de l'os frontal; elles ne se montrent qu'ut certain temps après la naissance et présentent de nombreuses variétés, mais ne sont jamais ramifiées et manquent souvent à lu femelle ; quelques espèces en ont deux paires.
Les Antilopes se rencontrent dans l'ancien continent et dans l'Amérique du Nord; quelques-unes vivent en troupes innombrables.] AnUlocapra anuricuna est une espèce américaine qui établit le passage: vers les Cervidés : les cornes portent une ramification et leur élu! corné se renouvelle régulièrement. Le Chamois (Capella rupicaprd habite les Alpes, les Pyrénées et les montagnes de Grèce. La Gazelle; {Antilope dorcas) est du nord de l'Afrique ; Bertheraud a proposé de substituer au musc les excréments de celle espèce : desséchés, ils