‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource]Chapitre 6 sur 86 · FILA RIA SANGUINIS IIOMINIS · texte numérisé non relu

FILA RIA SANGUINIS IIOMINIS

Les embryons évacués par les différentes voies que nous avons indiquées (urine, larmes, varices lymphatiques) sont condamnés à périr et n'auront aucune occasion d'arriver à l'état larvaire. L'animal, en effet, ne peut poursuivre son évolution que s'il passe du sang de l'Homme dans l'estomac du Moustique, son hôte intermédiaire, qui vient le puiser directement dans les vaisseaux. Or, l'Insecte vient piquer le malade pendant le sommeil, au moment où les hématozoaires ont gagné la circulation périphérique : ceux-ci se sont servilement adaptés aux habitudes nocturnes des Moustiques.

La femelle du Moustique possède seule un appareil buccal assez puissant pour transpercer la peau humaine; le mâle, moins fortement armé, est incapable de se gorger de sang, et c'est là encore une heureuse circonstance, au point de vue de la propagation de la Filaire, car toutes les larves développées dansl'estomac du mâle seraient vouées à une destruction certaine.

Il semble que le Moustique soit capable de choisir les embryons dans le sang : la gouttelette que renferme son estomac, au moment où il vient de sucer un malade atteint de filariose, contient proportionnellement plus d'embryons qu'une égale quantité de sang prise sur le même malade. Une gouttelette de sang extraite directement par piqûre du doigt présente d'ordinaire trois ou quatre fois moins d'hématozoaires que l'estomac ; celui-ci en renferme communément 30 et 40 et parfois beaucoup plus; Manson en a vu plus de 120 dans l'estomac d'un seul Insecte. Cette sélection évidente produite par le Moustique lient à ce que la trompe de ce dernier, en pénétrant à l'intérieur d'un vaisseau sanguin, arrête les parasites, comme un obstacle dans une eau courante arrête les fétus et les branchages.

Deux minutes environ suffisent au Moustique pour se gorger de sang. Alourdi par le poids de son abdomen distendu et incapable de soutenir un vol prolongé, il va se fixer près d'une eau dormante et reste comme assoupi : il digère le sang qu'il a sucé et mûrit ses œufs. Au bout de quatre à cinq jours, ces opérations sont achevées ; il se transporte alors sur l'eau, à la surface de laquelle il pond ses œufs ; la ponte achevée, il y tombe lui-môme et y meurt.

Cependant le sang contenu dans l'estomac de l'Insecte se

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digère rapidement : les globules perdent la netteté de leur contour, l'hématine se dépose sous forme, de cristaux ; puis globules et cristaux disparaissent et sont remplacés par de gros corpuscules huileux. Le tube digestif évacue peu à peu son contenu et est complètement vide de sang au moment de la ponte, mais il renferme encore des embryons vivants, bien que la plupart soient morts.

Que deviennent les survivants? Mackenzie croit le Moustique capable de les inoculer à l'Homme sain et de propager ainsi la maladie ; mais les observations de Manson contredisent cette étrange opinion.

Au moment où il est ingéré, l'embryon pénétre jusque dans la portion abdominale du tube digestif du Moustique. Peu de temps après, il commence à se transformer : l'étui transparent qui l'enveloppe s'écarte tout d'abord de lui, puis finit par se détacher, vers la fin de la première beure; à la surface du corps apparaît une délicate striation transversale, qui semble résulter d'une constriction de l'animal, suivant sa longueur.

Les embryons remontent alors dans la portion thoracique du tube digestif, ainsi que Lewis l'a démontré; au bout de 12 à 18 heures, l'œsophage en renferme de 30 à 40 et souvent beaucoup plus. Ceux qui restent dans l'abdomen deviennent granuleux et ne tardent pas à être digérés.

Remonté dans le thorax, l'embryon perd bientôt sa slriation transversale et devient très transparent. Son corps se raccourcit et s'épaissit, mais sans que l'extrémité caudale prenne part à cette modification ; elle présente encore, par intervalles, d'énergiques mouvements de flexion et d'extension, mais, à mesure que le corps grossit, ces mouvements deviennent plus faibles et finissent par cesser complètement. L'extrémité antérieure s'effile en cône.

Cependant, l'animal continue à grossir : il devient au moins trois fois plus large qu'au moment de sa migration chez l'Insecte et se raccourcit de plus d'un tiers. Seule, la queue conserve encore ses dimensions premières : elle semble émerger brusquement du reste du corps, quia pris l'aspect d'un boudin ; elle est souvent déjetée sur le côté. L'orifice buccal se distingue assez nettement : il est pincé comme une bourse.

Vers la fin du troisième jour ou le commencement du quatrième, la bouche s'accentue : elle semble s'enlr'ouvrir et s'entoure de quatre grosses lèvres. Le tube digestif s'esquisse à sa suite, sous forme d'un étroit canal. L'anus apparaît comme une dépression située un peu en

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avant de la queue. Le Ver mesure alors 0^,21) à 0ran',30 de longueur ; il reste immobile.

Celui-ci commence alors à s'allonger, surtout dans la portion antérieure : il atteint rapidement une longueur de 0mm,36, puis de 0Ium 50 ; la masse du corps se retire de l'appendice caudal, qui reste vide. L'appareil digestif se perfectionne et un bulbe pharyngien se différencie à l'extrémité de l'œsophage. Puis, trois ou quatre papilles apparaissent à l'extrémité caudale : au bout de quelque temps, elles s'étalent à la façon des pétales d'une fleur.

Pendant que ces modifications s'effectuent, la jeune larve s'allonge graduellement et passe de 0mm, 03 à lmm, 50 de longueur; en même temps, sa largeur diminue de moitié. L'extrémité antérieure s'effile et se termine par une surface arrondie; la postérieure s'allonge aussi et porte toujours les papilles.

Ces caractères sont ceux des larves du sixième au septième jour, de 130 à 156 heures après que le Moustique les a ingérées.

La plupart des femelles pondent et meurent du cinquième au sixième jour après s'être gorgées de sang. Il est rare d'en trouver qui aient survécu assez longtemps pour que l'embryon puisse arriver à maturité: 10 à 15 p. 100, tout au plus, parviennent à cet âge; aussi voit-on très peu de larves dans la dernière phase de leur évolution.

La larve est alors redevenue très mobile; le contact de l'eau qui, jusque-là, lui était funeste ne l'incommode aucunement et semble même la vivifier : elle s'y agite vivement. Elle est longue de lmm, 58 et large seulement de 0mm, 03 ; sa bouche, étirée en cône, est fermée par un certain nombre de petites papilles.

La Filaire a parcouru ainsi tous les stades de son développement larvaire. Sur ces entrefaites, le Moustique ayant pondu et étant tombé dans l'eau, elle dévore les organes thoraciques du cadavre, puis le quitte et tombe elle-même dans l'eau, où elle continue de vivre, en attendant des conditions favorables à son passage à l'état adulte (1). Ces conditions ne s'offrent à elle que lorsqu'elle est ingérée avec l'eau par l'Homme ou par un animal chez lequel elle puisse vivre.

Ces remarquables observations de Manson ont été confirmées et, pour certains détails, complétées par Lewis. Cet auteur a montré à quel point le Moustique estun puissant agent de dissémination, puisque, sur 100 individus capturés au hasard, 14 ont présenté des larves de la Filaire.

(I) P.-S. de Magalliùcs croit devoir rapporter à la larve libre des Vers trouvés dans e résidu de la filtration des eaux de la Carioca, à Rio do Janeiro. Moura urazu a cm.s la même opinion a l'égard d'animaux rencontrés dans les eaux du Jardin botanique de Rio. Dans l'un et l'autre cas, la détermination est au moins douteuse.

Blanchard. — Zool. méd.

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Sonsino s'est demandé si certains autres Insectes parasites de l'Homme ne pouvaient pas contribuer également à la propagation de la Filaire. 11 a examiné dans ce but le tube digestif de Puces et de Punaises capturées dans le lit d'un hémato-cliylurique ; chez la Puce, l'embryon meurt de bonne heure; il vil un peu plus longtemps dans l'eslomac de la Punaise, mais ne résiste guère au delà de vingtquatre heures. Aucun de ces animaux ne présente donc au parasite les conditions favorables à son développement.

C'est donc chez la femelle des Culex qu'émigré l'embryon. Plusieurs espèces sont capables de l'extraire des vaisseaux, mais le nombre est restreint de celles qui peuvent lui servir véritablement d'hôte intermédiaire. En ce qui concerne Amoy, Manson attribue ce rôle à une seule espèce, bien que deux ou trois autres puissent momentanément héberger le vermisseau. De môme, Myers explique l'absence de la filariose dans le sud de Formose par l'absence de Moustiques capables d'assurer l'évolution larvaire du parasite. 11 sera donc désormais nécessaire, dans les pays où la maladie est endémique, de déterminer par l'expérience et d'apprendre à reconnaître les espèces qui servent à sa propagation.

L'Homme acquiert le parasite lorsqu'il boit, sans la filtrer ou la faire cuire, l'eau dans laquelle nagent les larves. On ignore encore ce que deviennent celles-ci après leur arrivée dans l'intestin : y séjournent-elles quelque temps, jusqu'à ce que leur passage à l'état adulte et leur accouplement soient accomplis? ou bien traversent-elles la paroi intestinale, tout en subissant leur dernière métamorphose, cheminenl-elles à travers les tissus et les organes, à la recherche d'un vaisseau lymphatique dans lequel elles puissent se fixer définitivement, puis s'accoupler et pondre? Ce sont là des questions que, dans l'état actuel de la science, il est impossible de résoudre.

On sait du moins que les adultes, mâles et femelles, habitent les vaisseaux sanguins et lymphatiques; c'est dans ces derniers qu'on les a tout d'abord observés et pendant longtemps on n'a connu que la femelle ; la découverte du mâle est venue accentuer la différence de Filaria sanguinis hominis avec F. medinensis et rendre au contraire plus étroites ses analogies avec F. immilis.

Le 21 décembre 1876, Bancroft trouve morte, dans un abcès lymphaLique du bras, une femelle adulte ; cette femelle fut adressée à Cobbold, qui en donna une description. Quelque temps après, Ban-

F1LAKIA SANGUIN1S UOMINIS.

croft trouve encore 4 femelles dans un hydrocèle du cordon spermatique.

Le 7 août 1877, Lewis trouve un fragment de femelle dans un caillot de sang, à la surface d'une tumeur éléphantiasique.

Le 12 novembre 1877, J. de Moura et F. dos Sanlos trouvent h Wio ii Filaires dans un abcès lymphatique du bras : l'une était entière, les ï autres étaient à l'état de fragments. La description qu'en donnent ces observateurs est quelque peu fantaisiste.

Le io octobre 1880, Manson voit une femelle engagée dans un vaisseau lymphatique, à la surface sanglante d'un lympho-scrotum.

En janvier 1884, J. de Moura trouve encore 2 femelles dans un abcès lymphatique du bras ; celte observation est rapportée dans la thèse de Cl. da Silva.

Enfin, P. S. de Magalhâes a publié en 1886 une bonne description des deux Vers, mâle et femelle, trouvés dans le ventricule gauche du cœur par J. P. Figueira de Saboia.

Le mâle est d'aspect capillaire, blanc opalin et long de 83 millimètres; il semble être exactement cylindrique, mais son diamètre transversal s'atténue progressivement de la tête à la queue; la largeur est de 0mm,40 dans le tiers antérieur, de 0mm,30 dans le tiers moyen, de 0ram,28 dans le tiers postérieur ; elle est de 0mm,25 en avant du dernier tour de spire de la queue, de 0mra,lo au niveau de la première papille préanale, de 0mm,12 au niveau de l'orifice cloacal, enfin de 0mm,04 à l'extrémité postérieure.

La cuticule est marquée de stries transversales très délicates. Son épaisseur, également variable, est de 21 à 22 f* sur toute la longueur du corps proprement dit; elle n'est plus que de lo> en avant du dernier tour de spire, de 1 1 p au niveau du cloaque et à l'extrémité de la queue.

L'extrémité antérieure est arrondie et se continue sans ligne de démarcation avec le reste du corps; la bouche est terminale, circula.re et inerme. La queue va en s'effilant; elle est obtuse et décrit

IL* de Spire- Le cloa,ïue s'ou"c à sa face ventrale, à

«J , Il de Lextrémité; un peu en avant de celui-ci, se voit une pente saillie en forme de papille, à la face profonde de laquelle viennent s insérer des fibres disposées en éventail

etïn^'r CaUdn1C Pr6senlcencore * Paires de papilles préanales U panes de papdles poslanales : ces papilles ne sont pas pédon-

vmeuse ?r6sC'llr,tla P1US *rande ]^nr; leur surface est

villeuse. Elles soulèvent la cuticule, mais celle-ci ne forme pas rn

S2 ORDRE DES NÉMATODES.

repli continu s'étendant des unes aux autres. Chacune des papilles préanales est haute de 31 [/., 8; celles de la première paire sont larges de 15 y.,9 ; celles des trois autres paires sont larges de 12^,3. Quant aux papilles postanales, celles de la première paire sont hautes de H u. et larges de 9 p., 2; celles de la deuxième paire sont hautes de 19 a, 2 et larges de 11 p.; celles des troisième et quatrième paires sont hautes de 9(4,2 et larges de 5a, 5.

La couche musculaire est formée de cellules allongées ou de fibres disposées en faisceaux, suivant la longueur du corps. De chaque côté, elle s'interrompt pour faire place à la ligue latérale, large de 7 à 8 [i., s'étendant de la tôle à la queue et parcourue suivant son axe par un trait qui correspond sans doute à un canal aquifère. La ligne latérale est constituée par une substance granuleuse, renfermant des noyaux réfringents, disposés en deux ou trois files alternantes et symétriques de chaque côté, de ce canal. Les lignes ventrale et dorsale ne se voient pas extérieurement. On voit encore, à l'extrémité antérieure, un système de fibres obliques qui convergent de la paroi du corps versl'orifice buccal.

La bouche, dont l'orifice est large de 5 u, s'ouvre immédiatement dans l'œsophage, dont la partie initiale est entourée d'une, puissante couche musculaire qui lui donne l'aspect d'uu bulbe pharyngien et une largeur de 58 y.. L'œsophage, recliligne et long de 0mm,99, est large de 31 à 44 a dans sa partie moyenne et se renfle en arrière jusqu'à mesurer 84 y.; il est séparé de l'intestin par un étranglement large de 53 y.. L'intestin est également recliligne et débute par une dilatalion large de 106 jj. ; sa couche externe est munie de fibrilles longitudinales. Le rectum, étroit et court, s'ouvre dans le cloaque, qui lui-môme débouche au dehors par un orifice percé à la face ventrale et situé à 0mm,ll de l'extrémité de la queue.

Le tube génital mâle est sinueux et paraît ôlre unique. A son ex-j trémité est annexé un spicule long de 0mm,17 et représentant un arc d'un cercle dont le rayon serait de 0mm,12. Ce spicule est entouré d'une gaine et fait hors du cloaque une saillie de 22 y.. Sa racine donne insertion à deux petits faisceaux musculaires qui se dirigent l'un en avant, l'autre en arrière et vont s'attacher d'autre part sur la paroi dorsale du corps; ce sont les muscles protracteur et rétracteur du spicule.

La femelle (fig. 401, a) est longue de 88 à 153 millimètres. Chez un individu de cette dernière dimension, décrit par P. S. de Magalhacs, la largeur varie d'une région à l'autre : elle est de <Tm,28 à 0mm,61 de l'extrémité buccale ; de 0mm,53 à 0u'm,8G de .cette môme extrémité ; de 0,nm,58 au niveau de la vulve ; de

FILARIA SANGUINIS IIOMINIS. ï>«&

0—,70 au tiers antérieur du corps ; de O'-'-.Oe au tiers moyeu et de 0mm,60 au tiers postérieur.

Fig. 401. — Filairc du sang adulte, d'après Cobbold. — a, femelle de grandeur naturelle; b, extrémité antérieure grossie 55 fois; c extrémité posté' rieure.

La cuticule est épaisse de 33 pà 20mm de la bouche ; de 37 u au tiersmoyen du corps; de o3 n au tiers postérieur; de lîi n au point où' s'arrêtent les anses ovariennes; de 23 n au niveau de l'anus et deio v- à l'extrémité de la queue.

L'extrémité antérieure, 6, est claviforme et se rattache au reste du.-

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corps par un col effilé. La bouche est terminale, inerme et large de 4n. La queue, c, est effilée, mais se termine en pointe mousse ; l'anus s'ouvre à la face ventrale, à 0mm,i3 de son extrémité, au sommet d'une saillie qui ressemble à une papille bilobée ; par sa face profonde, cette môme saillie donne insertion à un bouquet de fibres qui vont s'attacher d'autre part à la face dorsale. A l'extrémité de la queue, la cuticule présente une légère dépression entourée de deux petites lèvres et représentant soit un organe d'excrétion, soit un organe sensoriel.

La ligne latérale est large de 127 n ; son canal médian mesure 5 au niveau du tiers moyen du corps. Le pore excréteur semble s'ouvrir à lmm,3 en arrière de la bouche.

L'intestin est à peu près qualre fois plus étroit que l'ovaire: vers le milieu du corps, il mesure 97 n, alors quecedernier est large de 344 y.. Le reclum est long de 450 n et large de 37 a. L'anus s'ouvre sur la face ventrale, à une courte distance de l'extrémité de la queue; sur l'exemplaire long de 8 à 10 centimètres que Cobbold a décrit, celte distance était de 0mm,28.

L'appareil reproducteur est constitué par deux ovaires long?, flexueux et dont la cavité est distendue par un grand nombre d'œufs et d'embryons ; ils occupent presque toute l'étendue du corps et forment, au voisinage de la queue, une anse qu'un ligament particulier rattache à la face dorsale. La vulve se voit dans la région antérieure: elle était à 2mm,o6 de la bouche dans l'exemplaire de P. de Magalhâes, à lmm,2G dans celui de Cobbold.

La femelle est vivipare; parfois cependant elle pond des œufs encore imparfaitement développés. Les embryons circulent dans la lymphe et dans le sang, où ils font un séjour prolongé; ils peuvent ensuite, si un Moustique ne vient pas les saisir, tomber dans l'urine, où ils se meuvent et progressent rapidement, par d'énergiques con-j tractions. Ce liquide reste rarement normal, mais présente un aspect laiteux ou chyleux caractéristique, qui a valu à la maladie les noms de chylurie, d'hémato-chylurie endémique des pays chauds, d'hêi malurie intertropicale, etc., suivant que l'urine est simplement graisseuse ou sanguinolente, ou bien qu'il y a réunion de ces deux caractères. Maintenant que la cause commune et unique de ces états morbides est reconnue, il est rationnel sinon d'abandonner ces dénominations, du moins de ne plus considérer chacune d'elles que comme s'appliquant à une forme particulière delà filariose. Dans la chylurie, l'urine renferme, en outre de ses principes constitutifs habituels, une émulsion graisseuse quel'éther permet d'en séparer; dans l'héj mato-chylurie, une quantité variable de sang vient encore s'ajouter àl'émulsion de matières grasses. Une semblable urine renferme des

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embrvons; clic contient en outre assez de fibrine pour se prendre en gelée nprôs son exposition à l'air, ou du moins pour déposer au fond du vase des caillots dans lesquels on aura chance de trouver le parasite.

Celui-ci peutse rencontrer encore dans d'autres humeurs de l'organisme. On se rappelle que Demarquay l'a découvert dans une hydrocèlc chyleuse ; de môme, Winckel l'a vu dans une ascite chyleuse, chez une femme ayant longtemps habité Surinam; au Japon, Beukema l'a observé dans des hémoptysies.

A la côte d'Or, 0' Neill le vit (i) dans la sérosité de papules développées en différents points du corps des nègres indigènes, mais surtout entre les doigts, sur le devant du poignet et sur les coudes; celte papulose, depuis longtemps connue chez les nègres de la côte occidentale d'Afrique et désignée par eux sous le nom de craw-craw, peut être confondue à première vue avec une gale invétérée, à tous les degrés de développement, d'autant plus qu'elle s'accompagne toujours de démangeaisons intenses. Une dermatose toute semblable a été observée au Brésil par da Silva Araujo et par P. de Magalhâes, qui ont également constaté la présence de l'embryon dans le liquide des papules. Rappelons enfin que Lewis a trouvé ce même animalcule dans les larmes, dans la sécrétion des glandes de Meibom et dans la lymphe exsudant des tumeurs éléphantiasiques.

On a proposé un grand nombre de théories pour expliquer le passage du chyle, de la lymphe ou du sang dans l'urine ou dans les séreuses péritonéale et vaginale. Les uns refusent toute action aux parasites; les autres, et nous croyons qu'ils ont raison, considèrent ceux-ci comme la cause essentielle de ces extravasations. Nous ne ferons pas la critique de ces opinions diverses : Monvenoux, Papin, Cœtze et d'aulres se sont chargés de ce soin. Sans songer à édifier à notre tour une théorie nouvelle, faisons pourtant remarquer que l'anatomie explique la produclion de ces phénomènes morbides.

Les embryons qui circulent dans les vaisseaux lymphatiques peuvent s'accumuler à eux-mêmes et s'agglutiner avec les leucocvtes, de manière à former une masse qui obstrue le vaisseau en un certain point de son parcours, par exemple au niveau d'un ganglion. Le cours de la lymphe se trouve ainsi suspendu dans tous les vaisseaux atlérenls; ceux-ci se distendent, puis finissent par se rompre. Si le fait se produit pour les chylifères ou lymphatiques du mésentère, 1 ascite chyleuse en est la conséquence.

o,t(1inL, idCntit1 ,dU Pa''asite Clu craw-craw a™c l'embryon de la Filaire du sanK v endra ;ÎmP'1 maU''?e; " ^ ve™isscaux ™ sont pas identiques, on condot \ 7 f' f T f°rt scmblablcs : ™* du craw-crav!. étaient longs de 2o0 n, largos do 12 p et pourvus d'une queue effilée.

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L'obstruction du canal thoraciquc ou de quelqu'un de ses gros troncs d'origine est tout aussi possible, non peut-être par l'accumulation des embryons, trop grêles pour en remplir le calibre, mais par une ou plusieurs Filaires adultes en voie de migration vers les vaisseaux sanguins. 11 en résulte une stase lymphatique dans tout le territoire situé en amont, d'où reflux du chyle vers divers organes, autant que le permettent les valvules, et ruptures vasculaires dans le rein, dans la vessie, dans le péritoine ou dans les tuniques du testicule, suivant le point qui présente la moindre résistance. Les parasites venant à poursuivre leur migration, la lymphe reprend son cours et tout rentre dans l'ordre, jusqu'à ce que la même cause amène les mêmes accidents. On peut donc comprendre de la sorte l'intermittence de la chylurie.

Cette manière de voir explique également les cas d'ascite chyleuse ou de chylurie non parasitaires, par un simple obstacle mécanique au cours de la lymphe. Quant à l'hématurie, elle peut tenir à l'arrêt des embryons dans les capillaires du rein ou de la vessie.

On sait que l'êléphantiasis des Arabes (t) et ses diverses variétés (lymphorrhagies cutanées, abcès lymphatiques, éléphanliasis du scrotum, lympho-scrotum, etc.) doivent être considérés comme causés par le parasite. Celte opinion, fortement combattue par d'aucuns, a été exposée et habilement défendue par Manson. D'après lui, la forme de la maladie lymphatique dépend de la situation occupée parla Filaire dans les vaisseaux lymphatiques ; elle est encore en relation avec l'oblitération d'un vaisseau ou d'un déparlement lymphatique.

« Si l'obstruction est partielle, dit Manson, il n'en résulte que des varices lymphatiques; mais, grâce aux anastomoses, la circulation de la lymphe reste ininterrompue et charrie jusqu'au sang les embryons de Filaire. Les conséquences de l'obstruction partielle seront le lympho-scrotum, la chylurie ou les engorgements ganglionnaires.

« Si l'obstruction est complète, deux cas se présentent : la lymphe accumulée dilate tellement les vaisseaux, qu'ils arrivent à se rompre, et il en résulte une lymphorrhagie plus ou moins permanente. Alors la lymphe ne stagne pas complètement, mais elle circule en rétrogradant et reste tluide. Les symptômes qui se produiront en pareille circonstance seront la lymp'horrhngie du scrotum ou de la jambe et l'engorgement variqueux des ganglions : on rencontrera des embryons dans ces derniers ; on en trouvera peut-êlre dans l'écoulement de lymphe, mais jamais dans le sang.

(1) On a proposé récemment de lo désigner sous le nom à'élépliancie, pour lo distinguer de V éléphanliasis des Grecs.

FILARIA SANGUINIS IIOMINIS.

« S'il ne se produit pas de rupture des lymphatiques, la lymphe stagne complètement et s'accumule dans les tissus voisins des ganglions. Ceux-ci s'indurent; les tissus aussi, et l'éléphantiasis apparaît. On ne trouve pas d'embryons dans le sang, parce que pas un d'entre eux ne peut traverser les ganglions, et la Filaire mère périt étouffée, pour ainsi dire, par ses jeunes et par la lymphe qui s'organise. Conséquemmenl, il sera impossible de découvrir les embryons dans le sang ou dans la lymphe, lorsqu'on se trouvera en présence d'un cas d'éléphanliasis vrai, sans complication. »

Manson élaye celte théorie sur un assez grand nombre d'observations. Toutefois, certains auteurs, parmi lesquels il convient de citer Sonsino, admettent l'existence de cas d'éléphanliasis qui ne dépendent aucunement de la présence de la Filaire. Walter Innés serait même disposé à considérer l'éléphantiasis comme une maladie infectieuse (I) : il a trouvé dans le tissu conjonclif qui formait la presque totalité d'une tumeur du scrotum, une grande quantité de Bacilles longs de 2 u. et très distincts de ceux de la lèpre.

Guès révoque en doute l'action pathogénique de la Filaire, au moinsdans les cas d'éléphanliasis, et Vieira de Mello partage cette opinion. Bancroft croil au contraire à un rapport étiologique possible entre la sclérodermie et la Filaire, confirmant ainsi les vues de Rasmussen,. qui regardait la sclérodermie comme une affection éléphantiasique.

La filariose-s'observe à tout Age, dans toutes les races et dans' les deux sexes. Toutefois, l'hématurie serait plus fréquente dans l'enfance et l'hémato-chylurie dans l'âge adulte; d'après Wucherer et da Silva Lima, la maladie semblerait être plus commune chez les femmes ; elle s'observe enfin surtout chez les créoles ou chez les Européensayant fait un long séjour dans les régions où elle est endémique.

La Filaire du sang ne s'observe en Europe que chez des individus chyluriques ou cléphantiasiques, revenant des pays où elle est endémique; toutefois, on doit redouter son importation définitive : son introduction aux Barbades, où elle était inconnue au siècle dernier, est de date relativement récente.

Depuis 1874, Sonsino l'a observée un bon nombre de foisdans la basse Egypte (2), aussi bien dans des cas de cliylurie-

ïLrA H» i i i ? vatl0n~exPer^ments • The Lancet.II, p. 1128, 1884) à

micrl î , J' 7' "lai! à 'a Suit0 d'««P<Sriencos pou convaincantes; des microbes avaient clé trouvés dans l'urine.

eoSriM i! 'apid-! °?P.0SÔ Bé0»raP"»inue, nous signalons uniquement les sent Tes JTv ll!1-mômc,a 616 directement observé, et non celles où sévissent les maladies qu'on attribue h. son action.

!>8 ORDRE DES NÉMA.TODES.

que d'éléphanliasis, associée ou non à la Bilharzie; il a démontré ainsi que la filariose n'était pas rare dans ce pays. En Algérie, Cauveta vu l'embryon dans l'urine d'un Arabe hématurique. Ch. Robin l'a reconnu aussi dans un dépôt d'urines chyleuses provenant de la Réunion et qui lui avait été adressé par Foncervines, médecin de la marine. Nativel et Giraud l'ont vu à Maurice et à la Réunion ; on l'a encore observé à Madagascar.

En Asie, le parasite est extrêmement commun aux Indes (Bengale), où Lewis l'a étudié ; en Chine (Amoy, détroit de Fo- Kien) et dans le nord de Formose, où Manson a fait sur ses migrations et sa périodicité les belles observations que l'on sait. 11 n'existe pas dans le sud de Formose, et Myers pense que son absence est subordonnée à celle des Moustiques capables de lui servir d'hôtes intermédiaires.

Au Japon, la Filaire a été vue par divers observateurs : d'après Scheube, elle est presque exclusivement limitée à Kioucbiou, la plus méridionale des quatre grandes îles, et aux petites îles voisines (Goto, Hirado-Chima; Amakousa, etc.); Torikala, d'Oita, l'a observée, et on se rappelle que Beukema l'a vue aussi à Nagasaki. Elle est très rare dans Hondo, la plus grande île : Baelz l'a rencontrée à Tokio, mais sans doute chez des individus venus du sud; elle n'a pas encore été signalée à Yézo.

Elle a été observée par BancroR en Australie (Brisbane, Queensland) et à Taïti, en 1878, par Chassaniol et Guyot. De nouvelles recherches la feront sans doute connaître dans toute! les îles de la zone intertropicale ; elle doit être abondante aux Samoa, où l'éléphantiasis est très commun.

En Amérique, le parasite a une aire de distribution considérable : Salisbury et Guiteras l'ont observé dans le sud des Klats- Unis, où il semble être rare. Pontoppidan l'a vu à l'île Sain" Thomas, Crevaux et Papin l'ont vu à la Guadeloupe; il exisl aussi à Cuba, comme le prouve l'observation de Demarquay. Winckel l'a signalé à la Guyane et Wernicke à Buenos-Aires.

A parties Indes et la côte chinoise, la Filaire n'est peut-être nulle part plus fréquente qu'au Brésil. Paterson et Hall on) trouvé l'hématozoaire chez 8,60 p. iOO des habitants de Bahia. On devra le trouver bien au delà de la zone tropicale,

FILARIA SANGUINIS nOMINIS. 59

30° degré de latitude nord au 33° de latitude sud, aussi bien dans le versant du Pacifique que dans celui de l'Atlantique.

Bien que découverte récemment, la Pilaire du sang a déjà été l'objet d'un nombre considérable de travaux. Nous ne citons ici que ceux qui ne se trouvent menlionnés ni par d'Arcy W. Thompson (A lïbliography of Protozoa, Spon(jes,CœlenleralaandWorms. Cambridge, I880), ni par 0. Taschenbcrg (Bibliotkeca zoologica. Leipzig, 18S7), ni dans la thèse de Monvenoux, ni dans le mémoire de H. von Hebra.

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FAMILLE DES ANGUILLULIDES

Les Anguillulides sont des Vers de petite taille, ordinairement libres dans la terre ou dans l'eau douce; quelques-uns vivent dans des matières en putréfaction ou en fermentation ; d'autres, en plus petit nombre, sont parasites, soit des animaux, soit des plantes. Le corps est toujours filiforme, aminci de part et d'autre; l'extrémité antérieure est percée d'une bouche arrondie, qu'entourent parfois des lèvres; l'extrémité postérieure est ordinairement effilée ou en alêne, mais peut présenter, chez le mâle de certaines espèces, des appendices de forme variée. Le tégument est ordinairement lisse.

A la suite de la bouche, dont la constitution variable sert à caractériser les genres, vient un pharynx cylindrique, souvent soutenu par deux ou trois baguettes chitineuses longitudinales ; il se continue par un œsophage musculaire, renflé en un bulbe cylindrique ou fusiformo, auquel fait suite fréquemment un second renflement plus large, globuleux et dont la cavité étroite et anguleuse est revêtue d'une sorte d'armature dentaire. L'intestin reste simple et débouche au dehors au voisinage de l'extrémité caudale. Le maie a deux spicules

ORDRE DES NÉMATODES.

égaux, avec ou sans pièces accessoires; il est toujours plus petit que la femelle. Celle-ci est reconnaissable à sa queue plus ou moins effilée, souvent prolongée en une pointe Due, et à sa vulve située dans la moitié postérieure du corps ; l'ovaire est formé de deux tubes droits, non sinueux, dont la réunion constitue un vagin très court. La femelle est fréquemment ovovivipare; elle ne produit qu'un nombre restreint de petits, mais la multiplication de l'espèce est assurée par le rapide développement de ceux-ci.

La famille des Anguillulides renferme un très grand nombre d'espèces, dont la classification a été tentée par divers auteurs, notamment par Baslian et OErley. Ce dernier les répartit actuellement en huit genres (Rkabditis, Cephalobus, Anguillula, Biplogaster, Plectus, Teratoccpkalus, Tylenchus et Aphelenchus), dont les trois premiers méritent une mention spéciale.

Le genre Rkabditis Dujardin, 1845, comprend des Nématodes que Schneider répartissait entre ses genres Pelodera, Leptodera, Alloionema et Pelodytes. Ce sont des animaux filiformes, dont le corps se rétrécit progressivement en avant et se termine en arrière par une queue pointue, plus ou moins allongée. La cuticule est délicatement striée en travers et marquée de stries longitudinales très faibles. L'extrémité antérieure est arrondie ou tronquée, formée le plus souvent de trois à six lèvres qui portent ordinairement des papilles arrondies ou pointues. La cavité buccale est allongée, trigone, conservant la môme largeur dans toute son étendue. L'œsophage musculeux présente un ou deux renflements, dont le postérieur renferme un appareil dentaire. L'intestin recliligne est formé de deux rangées de cellules. Les lignes latérales sont très développées ; les vaisseaux latéraux débouchent au voisinage du renflement postérieur de l'œsophage. Le mâle possède deux spicules, munis d'une pièce accessoire; son extrémité caudale porte ordinairement une bourse et est ornée de 0 à 10 papilles, soit sur la bourse, soit sur la ligne médiane. La vulve est saillante ; les deux tubes génitaux femelles sont symétriquement disposés. Ces animaux sont pour la plupart à sexes séparés; quelques espèces seulement sont hermaphrodites.

Rkabditis terricola Dujardin, 1845.

Synonymie : Pelodera leres' Schueider, 1 SCG . Rkabditis teres Pérez, 186G.

Pelodera setigera Bastian, 1879.

Rkabditis Coniwalli Cobbold, 1879.

Cette espèce est très répandue en Europe : on la trouve presque toujours dans les matières organiques qui se putréfient sur la terre.

RI1AUDITIS TERRICOLA. 63

Le maie est long de la femelle est longue de lmm,40 à lmia,4b.

Ce Nématode, dont Pérez a publié une étude détaillée, n'est jamais parasite.

A la fin de l'année 1879, éclata à bord du vaisseau-école CornwaU une maladie épidémique dont furent atteints quarante-trois cadets; l'un d'eux mourut. Les symptômes ne différaient pas notablement de ceux: de la tricbinose. Au bout de deux mois, on fit l'exhumation du cadavre : Power et Corry furent chargés d'en faire l'autopsie. L'examen macroscopique n'ayant fourni aucun résultat, ces observateurs procédèrent à l'examen microscopique des muscles. La première préparation, prélevée dans les muscles de l'abdomen, leur montra un Nématode vivant et agile ; d'autres Vers semblables furent rencontrés encore dans la plupart des muscles examinés, mais surtout dans le -diaphragme. Ils étaient très nombreux, sans pourtant que les muscles en fussent littéralement farcis; aucun d'eux n'était enkysté, tous étaient morts, sauf celui de la première préparation.

On en conclut que l'épidémie du CornwaU était la trichinose. L'opinion publique s'en émut vivement et la question fut portée devant les deux Chambres du Parlement anglais. Cependant, Bastian et Cobbold ne tardèrent pas à démontrer qu'il s'agissait là, non de Trichines, mais deRhabditis auxquels Bastian donna le nom de Pelodera setigera et Cobbold celui de Rh. CornwalU. Par la suite, OErley prouva que le ■Ver en question n'était autre que Rh. terricola. Ce Nématode n'étant jamais parasite, n'avait donc pu passer dans le corps du cadet de marine qu'après l'inhumation.

Pérez, Recherches anaiomiques et physiologiques sur l'Anguillule terrestre Whabdilis terricola Dujardin). Annales des se. nat., Zoologie, (5), VJ, p. 152,

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ORDRE DES NÉMÀTODES.

Rhabditis pellio Biitschli, 1873.

Synonymie : Pelodera pellio Schneider, 18GG.

Rhabditis genitaits Schciber, 1880.

Ce Ver est très commua dans la terre humide et dans les substances organiques en putréfaction; on le trouve fréquemment dans des Vers de terre putréfiés. C'est à lui qu'il faut rapporter, comme l'a démontré OErley, une intéressante observation publiée par le Dr Scheiher, de Sluhlweissenburg (Hongrie).

Ce praticien fut appelé auprès d'une femme atteinte d'une pleuropneumonie droite, compliquée de catarrhe gastro-intestinal aigu et de pyélo-néphrite interstitielle. La malade rendait par vingt-quatre 'heures de 300 à 600 grammes d'une urine acide, d'une densité de 1014, 1res trouble et d'un jaune brunâtre foncé. Ce liquide devenait alcalin peu de temps après son émission ; il renfermait de l'albumine, un peu •de sang, beaucoup de pus et un nombre considérable de Vers, les •uns morts, les autres encore vivants; ces derniers pouvaient survivre jusqu'à trois jours après l'émission de l'urine (1).

On a pu retrouver le parasite pendant toute la durée de la maladie : il était en telle abondance, que, en pratiquant l'examen microscopique du dépôt laissé par l'urine, on en voyait toujours de trois à cinq dans le champ du microscope. La femme en expulsait donc chaque jour des milliers d'individus. Ceux-ci se présentaient du reste à tous les états de développement.

Tous ont le tube digestif construit sur le même plan. La bouche est située à l'extrémité obtuse du corps : elle est entourée de trois lèvres •en forme de papilles. A sa suite vient un canal rectiligne; dans lequel •on distingue aisément trois parties : un œsophage, un intestin et un rectum. Comme chez tous les Rhabditis, l'œsophage est lui-môme constitué par trois portions, dont les deux extrêmes sont renflées et réunies l'une à l'autre par une partie rétrécie; le dernier renflement ou bulbe pharyngien renferme trois dents chitineuses. Le rapport de •longueur de l'œsophage au corps entier est 1 : 4 chez les larves et chez les femelles adultes ; il est 1 : 5 chez les mâles.

Le mâle (fig. 402) est lourd et trapu. Son extrémité antérieure présente les mêmes caractères que chez la femelle, mais la postérieure s'épaissit notablement et s'incurve vers la face ventrale. Il a une longueur de 0mm,8o à lmm,0o. La largeur varie suivant le point qu'on examine. Elle est en moyenne de 30 1>. au niveau du bulbe pharyngien, de 36 à 39 n à l'extrémité postérieure.

(1) Ce fait est douteux; OErley a toujours vu les Rhabditis mourir dans l'urine en moins de cinq minutes.

HIIWIMTIS PELLIO.

Go

Chez beaucoup de mâles, A, celle extrémité s'effile brusquement en une poinle conrle, et porte une lamelle chitineu.se cordiforme et ayant l'aspect d'une nageoire, soutenue de chaque côté par 7 ù 10 côtes rayonnantes. Chez d'autres, B, celle lamelle fait défaut, et l'extrémité postérieure présente une concavité qui s'étend de la face dorsale à ln face ventrale, et surles bords de laquelle s'implantent une série depoils lins et raides. Chez d'autres encore, C, l'aspect est le même que chez ces derniers, si ce n'est que les poils n'existent pas. Scheiher consi-

Fig.402. - Extrémité postérieure de RhabdUis pelliomttle, d'après Scheiber.

dére les mâles de la première forme comme les plus jeunes et les derniers comme les plus âgés.

Le testicule est un tube très contourné qui s'enroule autour de la partie postérieure de l'intestin, et qui s'unit au rectum avant de déboucher au dehors. Les deux spicules sont marqués suivant leur longueur de facettes et de crûtes; ils sont longs de 27 à 33 p et larges de 3£ L'un d'eux semble toujours être plus long que l'autre, mais la différence ne dépasse pas 3 v.. Par leur extrémité interne, épaissie en boulon, ils divergent fortement l'un de l'autre, mais ils se rapprochent et se touchent par leur extrémité libre, qui est effilée.

La femelle (lig. 403) est reconnaissante à son aspect fusiforme Elle présente son maximum de largeur vers le milieu du corps • l'extrémité antérieure est étirée en cône, la postérieure en une longue Blanchaiii.. — Zool. méd. H «

GO

OllDItli DES NÉMATODES.

pointe incurvée eu alèiie. Ses dimensions oscillent cuire Om» 9 et 1 """,32, sans qu'il y ait le moindre rapporl entre la taille et l'état de développement; la plus grande largeur est de 0n>m,0o ii &""",00.

La vulve, c, est située un peu eu arrière de lu moité de la longueur du corps : par exemple, sur une femelle longue de lmiu,0b, elle était placée à 0mm,o7 de l'extrémité antérieure, soit à 0mm,04i> en arrière de la moilié de la longueur totale. L'ovaire occupe la plus grande partie du corps et renferme une chaîne d'œufs ovalaires, 6, mesurant 60 à 66 n de long sur 3a à 40 y. de large, et parvenus déjà pour la plupart aux premiers stades de la segmentation.

Les plus petites larves sont longues de 0,um,21 et larges de 12 p.; les plus grandes sont longues de 0mm,54. Elles sont très délicates et meurent de bonne heure après l'émission de l'urine.

Une série d'observations a permis à Scheiber de reconnaître qu'il ne s'agissait point là d'un parasite intestinal ou vésical. Le Ver avait été amené fortuitement au niveau de la vulve, probablement par de la terre appliquée sur la cuisse (1) : il s'y était reproduit, avait pullulé à l'entrée du vagin et, à chaque miction, un grand nombre d'individus se trouvaient entraînés par l'urine. On ne doit donc pas considérer Rhabditis pellio comme un vrai parasite, mais simplement comme un parasite accidentel.

Ces conclusions sont confirmées par les expériences de OErley. Cet observateur introduit un grand nombre de Rhabditis dans le vagin des Sour'ig. 403. — Hhab- ris ayant déjà mis has plusieurs fois. Bien que dilis pellio fe- celles-ci se lèchent fréquemment la vulve, les Vers molle, (1 après ge multiplient ; ils meurent au contraire dans l'u- Schéibei . — a, . Bans l'oreille et dans les fosses nasales, ils pépharynx;6,œuf; .... , - , , c vulve1 d anus, rissent également, si la muqueuse est normale;

mais si celle-ci est enflammée et calarrhale, ils peuvent vivre à sa surface, toutefois sans se mullplier. Ces résultais sont d'accord avec ce qu'on connaissait du genre de vie particulier

(1) OErley dit que les paysans hongrois attribuent h la terre on aux matières fécales appliquées sur la peau uno fonlo do propriétés médicinales.

RHABDITIS NIELLYI. 07

;m\ Rhabdilis, à savoir, qu'ils prospèrent dans les milieux humides, où se trouvent des substances organiques en putréfaction, et où l'air se renouvelle difficilement.

S. H. Scheiber, Ein Fait von microscopisch kleinen Rundwûrrhèrn — Rhabditis genitalis — im Urin einer kranken. Vircbow's Arcliiv, LXXXII, p. 101, 1880. — Id., Er/i/ nubeteg vizele'ében talâlt fondbfergek [Rhabditis genitalis) egn eseterôï. oivosi hetilap, XXV, p. 25'.), ?83, 300, 353. Budapest, 1881.

Dans le but de savoir si les Rhabdilis étaient capables de vivre dans l'intestin des Vertébrés, Œrley a tenté d'infester des Grenouilles, des Chats et des Souris; il a bu lui-môme de l'eau renfermant des milliers de Vers : toutes ces expériences lui ont démontré que les Rhabdilis ne peuvent vivre dans ces conditions. Ils sont tués par la chaleur du corps ou par le suc gastrique, et les matières putréfiées sont le milieu qui leur convient par-dessus tout. Le naturaliste hongrois conclut de ses expériences que les espèces du genre Rhabditis ne sont nuisibles ni à l'Homme ni aux animaux.

* Toutefois, celte conclusion serait trop absolue. Semmer a trouvé chez le Cheval, sous les écailles d'un exanthème darlreux, un grand nombre de Nématodes très agiles, qui mesuraient jusqu'à 0mm,2 et qui peul-etre étaient des Rhabditis; le sang ne renfermait point de parasites. Lcuckart a observé une fois, sur la peau d'un Renard paraissant atteint de la gale, de nombreux Nématodes à l'état larvaire, ayant l'aspect de Rhabditis. Voici maintenant le cas de papulose parasitaire observé par Nielly.

Seramer, OEsterr. Vierteljahrsschrift fur Veterinârkunde, XXXVI, p. 175,

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Rhabditis Niellyi R. RI., 1888.

Byhonymie : Leptodera Niellyi I!. Bl., 1885.

Le professeur Nielly, de Brest, a observé chez un candidat-mousse Be I i ans, une papulose analogue au craw-craw, el développée depuis ■ à 0 semaines : le tronc était à peu près complètement épargné, mais les membres étaient couverts de papules plus ou moins conll uentes; aux membres inférieurs, les fesses et les cuisses étaient seules atteintes. Né dans un village des environs de Rrest, ce garçon n'était jamais sorti de la contrée ; il buvait fréquemment l'eau des ruisseaux.

Le liquide de chaque papule renfermait une ou plusieurs larves qui semblent devoir être rapportées au genre Rhabditis. Ces larves sont longues de 333 u. et larges de 13 v.h In partie moyenne. La cuticule est

0I1DBE DES NËMATODES.

ornée d'une délicate s'.riation Iransversule. Le corps s'eflile légèrement en avant et se termine un peu carrément; en arriére, il s'atténue davantage et s'effile insensiblement.

Le tube digestil'est le seul organe qui soit bien différencié. 11 débute par un pharynx assez court, implanté sur un élargissement de l'œsophage. Celui-ci présente deux rendements bien marqués, le premier à la partie moyenne, le second à la partie postérieure ; ce dernier est muni d'une armature triturante. L'anus s'ouvre à peu de distance de l'extrémité postérieure. Les organes génitaux n'existent pas : l'utérus est du moins très rudimentairc ; il est représenté par une masse ovalaire, formée de quelques petites cellules rondes, et situées un peu eu arrière de la moitié de la longueur. La vulve n'existe pas encore, mais la situation de l'utérus indique l'endroit où elle se creusera.

Quel est le point de départ de cette dermatose? Il est peu probable (jue les parasites se soient introduits par la peau ; il est plus vraisemblable, au contraire, qu'à l'exemple de la Pilaire du sang, ils ont été ingérés, à l'étal d'œufs ou d'embryons, avec les eaux de boisson, puis ont passé dans le sang, où ils ont continué à se développer. L'éruption cutanée serait dès lors causée par leur élimination.

Cette opinion se trouve confirmée par l'observation môme de Nielly : en examinant le sang au microscope, il a pu en effet y retrouver l'embryon du Némalodc, mais seulement au début de l'affection ; plus tard, le parasite avait totalement disparu du torrent circulatoire. D'ailleurs, il n'a rencontré de Vers ni dans les selles, ni dans les urines, ni dans les crachats.

Nielly s'est mis à la recherche des embryons, ou des œufs du Ver, dans le pays môme où le mousse avait contracté sa maladie, mais l'examen attentif des eaux de différentes localités n'a donné aucun résultat positif, et on n'a pu découvrir la source d'où provenaient les parasites.

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Le genre Anguillula renferme un certain nombre d'espèces dont les larves sont reviviscentes : telle est notamment A. [Ti/lenchus) tri- Hei ou Anguillule du Blé niellé. Ce Ver se multiplie parfois en quantité prodigieuse dans les grains de Blé encore verts, déterminant la maladie connue sous le nom de nielle. Les grains, au lieu de grossir, se racornissent et prennent un aspect arrondi et noirâtre (lig. 401, A : ils contiennent, avec un reste de fécule altérée, une substance blanchâtre, fibreuse, qui n'est autre chose qu'un amas de petits Vers qui,

IWMII.LK ItKS RHARUONÉMIOES.

sont restés à L'élftt larvaire,

qu'ils si la terre

en se desséchant, sont restes a leiai iwtbwjï, »• Aussitôt tombent, les grains attaqués de la sorte se ramollissent est humide, et commencent à se putréfier ; en même temps, les larves reviennent à la, vie, et se répandent dans le sol; si elles rencontrent quelque jeune pousse de Blé, elles se mettent à grimper le long de la tige, G.

Sont-elles saisies en route par la sécheresse, elles tombent de nouveau en vie latente, et demeurent en cet état, cachées dans la gaine des feuilles, jusqu'à ce que la pluie vienne derechef les faire ressusciter. Finalement, elles atteignent l'épi, pénètrent dans son épaisseur, et deviennent adultes pendant qu'il fleurit et mûrit. Bientôt après, les Anguillules s'accouplenl, puis meurent après avoir pondu des œufs.

De ceux-ci sortent des embryons qui parcourent à leur tour le cycle que nous venons d'indiquer.

Les larves de l'Anguillule du Blé niellé peuvent rester de longues années en vie laltente. Needham, qui découvrit l'animal qui nous occupe, envoya à Baker, en 1744, des grains renfermant des larves que celui-ci put rappeler à la vie au bout de vingt-sept ans. Toutefois, Pennelier a vu '. la faculté de reviviscence se conserver pendant quatorze années, mais ne pas dépasser cette limite.

L. OErley, Az AnguilliUiddlc magrinrajka. Teraicszctrajzi fiizetok, IV, p. 10, • 1880. — Id., Monographie der Anyuilluliden. Ibidem, p. 154. — Id., Die Whabditiden und ilire medicinische Bedcutung. Berlin, in-4°, 1880.

Fig. 404. — A, grains de Blé niellé, de grandeur naturelle ; B, coupe transversale d'un grain niellé contenant des Anguillules adultes, grossi 4 fois ; C, coupe longitudinale d'une tige de Blé, grossie 100 l'ois, sur laquelle on voit une larve. D'après Davainc.

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