CHOIX DES VERRES CORRECTEURS
Quand on se dispose h choisir des verres correcleurs à un myope, chose importante, qui, selon qu'elle est bien ou mal faite, peut exercer l'influence la plus heureuse, ou avoir des conséquences funestes pour les progrès de la myopie, il faut toujours avoir présent à l'esprit que l'amplitude relative de l'accommodation dans cette anomalie n'est pas du tout la môme que chez l'emmétrope. Ce dernier, en effet, possède le pouvoir d'accommoder fortement, alors que les lignes visuelles n'ont qu'une faible convergence ; le myope, au contraire, par le fait de la puissance dioptrique considérable de son œil et de la structure spéciale de son muscle ciliaire, n'accommode que très faiblement, même quand les lignes visuelles s'entre-croisent sur un objet très rapproché. De sorte que si l'on vient à corriger complètement la myopie en la neutralisant par un verre concave, qui rend l'œil emmétrope, cet œil ainsi modifié va être obligé de faire des efforts d'accommodation dont il est incapable, et par suite la vision de près, au moyen de ces verres, deviendra très pénible, sinon impossible.
Dans les cas de myopie très légère, de 1 à 2 dioptries, on peut laisser le malade complètement libre de se servir de lunettes ou de n'en pas porter.
Quand la myopie atteint 3à4 dioptries si le sujet est jeune, on essayera de neutraliser complètement sa myopie par des verres appropriés; on réussira ainsi souvent à modifier de bonne heure son amplitude d'accommodation, et à le placer tout à fait dans les conditions de l'emmétrope; aussi les verres choisis à ce moment lui deviendront indispensables et lui permettront de voir de loin comme de près. Il faudra, en pareil cas, avoir bien soin que les verres prescrits correspondent exactement au degré de myopie (voir page 324), car s'ils étaient trop forts, l'œil serait rendu hypermétrope, et son accommodation serait constamment mise enjeu d'une façon exagérée.
Quand on a alfaire, et ce sont les cas les plus habituels dans la pratique, à des individus dont le degré de myopie varie entre 4 et 10 dioptries et qui, n'ayant jamais porté de lunettes pour la lecture, possèdent depuis longtemps l'amplitude relative d'accommodation spéciale à l'œil myope, il sera le plus souvent impossible de corriger leur vice de réfraction avec une seule paire de lunettes. Aussi on leur prescrira un pince-nez avec des verres neutralisant complètement leur myopie et dont ils ne se serviront que pour abadie. Mal. des yeux, 2° édit. n, — 23
noir au loin; pour lire, ils c» auront d'autres plus faibles. Le choix de ces derniers sera fait par tâtonnement, et en cherchant quels sont les verres qui a 0"',20 environ favorisent le mieux la lecture. On comprend qu'aucune règle précise ne puisse être donnée, car on ne sait pas à l'avance dans quelle mesure chaque myope a modifié son amplitude d'accommodation.
Quand la myopie atteint 12 dioptries, et s'élève au-dessus de ce chiffre, les difficultés augmentent, et les indications ne peuvent plus ètreformuléesd'unemanièregénérale; elles varient, pourainsi dire, avec chaque cas particulier. Dans ces degrés élevés, l'insuffisance des droits internes existe presque toujours, et devient quelquefois une complication redoutable, dont il faut à tout prix atténuer les l'Acheux effets. Le meilleur moyen d'y réussir serait de donner des verres qui, en permettant la lecture à la distance habituelle de la vision distincte, c'est-à-dire à 0m,20 ou 0m,^5, éviteraient les efforts pénibles de convergence; mais de tels verres placés devant des yeux dont l'accommodation n'a presque jamais fonctionné sont difficilement supportés.
Ici encore on procédera par tâtonnements ; il faudra rechercher si ces yeux sont susceptibles de faire des efforts d'accommodation et si ces efforts sont moins préjudiciables que ceux de convergence. La puissance d'accommodation disponible ne pourra être appréciée que par l'essai des verres concaves qui corrigent ou à peu près le degré de myopie. Si ces verres sont bien supportés, s'ils ne provoquent aucune géne,si en outre il n'existe ni scléro-choroïdite postérieure étendue, ni lésions de la macula, ni aucune autre contre-indication formelle à la mise en jeu de l'accommodation, on les prescrira définitivement en vue de permettre la lecture à distance et de soulager ainsi les muscles droits internes affaiblis.
Si l'insuffisance musculaire est légère, et si l'accommodation a conservé encore une certaine amplitude, on combinera avec les verres concaves des verres prismatiques ; à un verre concave plus faible que celui qui permet la lecture à la distance de la vision distincte, on surajoutera de faibles prismes à base interne de 2 degrés. Le môme effet peut encore ôlre obtenu en décentrant un peu en dehors les verres concaves choisis, et en augmentant ainsi leur écart ; l'épaisseur du verre, plus considérable sur les bords qu'au centre, fait qu'ils agissent alors à la manière de faibles prismes. Mais, s'il y a à la fois impuissance du muscle r iliaire et des droils internes, des verres prismatiques seuls pourront être supportés. 11 suffit de jeter un coup d'oeil sur la figure pour voir l'effet obtenu au moyen des prismes à base interne ; les