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DIFFICULTÉ DK L'ORIENTATION, PHÉNOMÈNE DE LA FAUSSE PROJECTION

La paralysie d'un des muscles de l'œil entraîne toujours une certaine difficulté dans la démarche, qui s'accompagne de vertige oculaire. Dans les conditions normales nous arrivons à nous orienter, à nous rendre compte de la position respective des obstacles qui nous entourent, par le déplacement du globe oculaire, nécessaire pour les apercevoir; un objet est-il situé à une certaine distance sur notre droite, nous jugeons de sa position exacte par l'étendue de l'arc que doit parcourir notre ligne visuelle pour se transporter sur ce. point. La conscience que nous avons du déplacement de notre œil pour atteindre l'objet nous rend compte de sa situation.

Or, supposons que le muscle droit externe île l'œil droit étant

paralysé, nous voulions fixer un objet situé a notre droite ; pour amener la ligne visuelle de l'œil droit sur cet objet, nous serons obligés de faire un effort musculaire beaucoup plus considérable que si ce muscle avait sa puissance normale. Il nous semblera, par conséquent, que le globe oculaire s'est porté fort loin vers la droite, et nous croirons l'objet très éloigné de ce côté. Si nous voulons le saisir brusquement, sans nous donner le temps d'analyser la valeur de cette fausse sensation, nous porterons instinctivement la main au-delà de l'objet vers la droite. C'est ce phénomène qui est connu sous le nom de fausse projection. Il nous fait comprendre comment la paralysie d'un muscle de l'œil nous empêche de reconnaître la véritable position du sol et des obstacles qui nous entourent; de là l'incertitude de la démarche et l'apparition du vertige, surtout quand les mouvements exigent une certaine précision, comme pour descendre un escalier. Ainsi qu'il était facile de le prévoir, cette sensation disparaît dès que l'œil malade est fermé, tandis qu'elle persiste, au contraire, si c'est l'œil sain qui est exclu de la vision.

Nous ferons remarquer que la disparition du vertige, dès que l'œil malade est fermé, sera un signe précieux pour différencier ce vertige d'origine purement oculaire, du vertige qui pourrait être occasionné par une lésion cérébrale. Ce dernier persistera quand même, quel que soit l'œil qui cesse de fonctionner.

DIPLOPIE.

Presque tous les malades atteints de paralysie d'un des muscles de l'œil accusent très nettement de la diplopie binoculaire ; quand leurs deux yeux sont ouverts, ils voient les objets doubles. Nous allons examiner en détail ce symptôme fondamental des perturbations fonctionnelles des muscles extrinsèques des yeux.

Tout d'abord, il est facile de comprendre pourquoi et comment la paralysie d'un muscle de l'œil provoque nécessairement de la diplopie binoculaire. Quand le système musculaire des deux côtés est intact, les lignes visuelles sont constamment dirigées de telle sorte qu'elles s'entre-croisent sur l'objet fixé; par conséquent, sur chacun des deux yeux l'image de cet objet vient se peindre sur la macula; c'est là la condition essentielle pour que la vision soit simple. Tant qu'elle est remplie, la vision binoculaire nous procure l'avantage d'une sensation plus nette du relief des objets à trois dimensions, en môme temps qu'elle nous donne une notion plus exacte de leurs positions respectives dans l'espace.

iU) M A L A I) I K S H K S MUSCLES l)K l.'IKIL.

Mais que, par une cause ou une autre, l'image d'un objet se forme d'un côté sur la macula et de l'autre sur une région difl'crente de la rétine, aussitôt l'objet sera vu double.

Or, quand un muscle de l'œil se trouve paralysé et que le sujet essaye en vain de le contracter pour amener la ligne visuelle dans une direction déterminée, qu'arrive-t-il ? L'œil sain exécute le mouvement voulu, il entre en fixation et l'image de l'objet fixé se peint sur la macula. Mais, l'autre œil restant immobile, ou ne se déplaçant que d'une façon incomplète, sa ligne visuelle n'est plus dirigée vers l'objet; l'image ne se fait donc plus sur la macula, mais sur un point plus ou moins voisin de la rétine, et il survient aussitôt de la diplopie. Si la ligne visuelle est très peu déviée de la position normale qu'elle devrait occuper, la fausse image rétinienne sera très près de la macula et les deux images de l'objet, la fausse et la vraie, paraîtront très peu écartées l'une de l'autre; si, au contraire, la fausse image rétinienne est très éloignée de la macula, la fausse image de l'objet sera de plus en plus écartée de la vraie. Quand l'objet se déplace du côté où le muscle paralysé est sollicité à agir, la fausse image rétinienne vient se peindre sur une région de plus en plus excentrique de la réline; et, par suite, la fausse image de l'objet semble s'écarter de plus en plus de la vraie. Réciproquement, quand il y a diplopie, la fausse image, c'est-à-dire celle qui semble s'écarter quand on déplace l'objet, appartient à l'œil dont un des muscles est paralysé; de plus, cette image, se faisant sur une région de la rétine moins sensible que la macula, est toujours moins nette que l'image donnée par l'œil sain.

Pour reconnaître plus facilement la position des images doubles et la fausse de la vraie, ce qui est très important pour diagnostiquer quel est celui des six muscles de l'œil qui est paralysé, on place le malade dans une chambre obscure, en lui mettant devant un œil un verre coloré en rouge et en l'invitant à regarder avec les deux yeux un objet lumineux, ta llamme d'une bougie, par exemple. Si la diplopie existe, deux flammes apparaissent aussitôt, l'une avec son apparence naturelle, l'autre colorée en rouge, la première appartient évidemment à l'œil laissé libre, la seconde à l'œil muni du verre coloré; le verre coloré diminuant toujours un peu Pacuïlé visuelle, on aura soin, quand on procédera a cet examen, de le placer devant l'œil le meilleur, de façon à ce que les deux flammes soient vues bien nettement et avec le même éclat.

Quand la paralysie est très légère (parAsie), les deux images de

l'objet sont tellement rapprochées l'une de l'autre, qu'elles se louchent presque, la diplopie cesse d'être aussi nette. Les malades accusent alors simplement un trouble de la vision, dont ils se rendent difticilement compte, et qui leur paraît avoir un caractère bizarre.

Tantôt, en effet, si c'est un des muscles abducteurs qui est devenu parétique, ils se plaignent que la vision est confuseau loin, dans les mouvements associés des yeux, tandis que de près, pendant les mouvements accommodatifs où les abducteurs seuls fonctionnent, elle redevient nette. Quelquefois la gêne disparaît complètement quand ils donnent à la tête une certaine inclinaison, ou qu'ils placent l'objet fixé dans une position latérale de façon à éviter la contraction du muscle affaibli.

Dans ces divers cas, la diplopie est pour ainsi dire latente, mais il suffit pour la mettre en évidence de l'artifice que nous avons indiqué plus haut : si l'on place le malade dans une chambre obscure, la tête maintenue immobile et un verre coloré devant un œil, en promenant une bougie dans toute l'étendue du champ visuel il arrive un moment où les deux images apparaissent.

En terminant, nous ferons cette remarque importante, que tous ces troubles de la vision, sans exception, cessent complètement dès que l'œil dont le jeu musculaire est défectueux se trouve caché et cesse de prendre part à l'acte de la vision binoculaire. Si c'est l'œil sain qui est exclu, la vision reprend sa netteté, et la diplopie disparaît également. Mais les vertiges, l'incertitude de la démarche, dus, comme nous l'avons vu, à la difficulté de l'orientation, persistent.

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