PARALYSIE DU DROIT INFÉRIEUR
La paralysie isolée du muscle droit inférieur s'observe très rarement; ce muscle est le principal agent de l'abaissement de la cornée, mais il n'est pas seul à produire ce mouvement; le grand oblique y prend anssi sa part; de là certains caractères communs entre les paralysies de ces deux muscles.
Quand le droit inférieur est atteint, le mouvement d'abaissement de la cornée du côté malade ne s'effectue qu'avec difficulté, et la pupille reste au-dessus de celle de l'œil sain. Par suite, quand l'objet fixé se déplace en bas, la fausse image rétinienne vient se peindre au-dessus de la macula, elle est alors projetée suivant un axe secondaire qui passe au-dessous de la ligne visuelle. Il en résulte de la diplopie en hauteur. Plus l'objet fixé sera abaissé, plus la fausse image sera projetée en bas et plus elle s'écartera de l'autre. Le maximum d'écartement en hauteur sera atteint quand le globe oculaire occupera la position où le droit inférieur a son maximum d'effet sur le déplacement de la cornée, c'est-a-dire quand le regard sera dirigé en bas et en dehors. En bas et en dedans, au contraire, grâce à l'action du grand oblique, la différence de hauteur des deux images diminuera.
Les images ne sont pas seulement déviées en hauteur, elles sont aussi croisées. Le muscle droit inférieur, en effet, est abaisseur et légèrement adducteur; à ce litre, il est en opposition avec le grand oblique, qui est abducteur; le globe oculaire abandonné à l'action de ce dernier muscle sera un peu dévié en dehors, d'où diplopie croisée, comme dans la paralysie du droit interne.
Nous savons en outre qu'à l'état normal le droit inférieur agit sur le méridien vertical, qu'il incline en dehors, action contre-
balancée par le grand oblique, qui l'incline en dedans. Aussitôt que cet équilibre est rompu, le méridien vertical est entraîné en dedans, et n'est plus parallèle à celui de l'œil sain. Dès lors, l'image fausse parait inclinée de bas en haut et de dedans en dehors, position qu'elle occuperait sur la rétine si le méridien redressé était parallèle à celui du côté opposé.
Comme ici les images sont croisées, l'image fausse paraît se rapprocher de la vraie par son extrémité supérieure et s'en écarter par son extrémité inférieure.
La paralysie du droit inférieur pourrait être confondue avec celle du grand oblique, car ces deux muscles sont abaisseurs, et l'abolition de leur fonction détermine de la diplopie en haub-m quand les lignes visuelles se déplacent en bas. Mais ce symptôme est le seul qui soit commun aux paralysies de ces deux muscles; et en dehors de leur écarlement en hauteur, la position môme des deux images nous permettra d'apprécier avec exactitude quel est le muscle atteint. En effet, le grand oblique est abducteur, tandis que le droit inférieur est adducteur; aussi les deux images, tout en étant au-dessus l'une de l'autre dans les deux cas, seront homonymes quand le premier de ces muscles cessera d'agir, elles seront au contraire croisées quand c'est le second qui sera paralysé. En outre, en raison de l'action différente de ces deux muscles sur le méridien vertical, la fausse image se trouve inclinée de bas en haut et de dehors en dedans dans la paralysie du grand oblique, tandis que dans la paralysie du droit inférieur elle est inclinée de bas en haut et de dedans en dehors. Enfin, dans le premier cas, le maximum d'écarlement des images en hauteur a lieu quand l'œil est dirigé en bas et en dedans, parce que c'est dans celte direction que le muscle paralysé a son maximum d'action comme abaisseur, tandis que, dans le second cas, ce môme maximum d'éloignement des images est atteint quand l'œil est porté en bas et en dehors, le droit inférieur agissant surtout comme abaisseur dans cotte position du regard.