‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 41 sur 181 · RÉTINITE ALBUMINURIQUE · texte numérisé non relu

RÉTINITE ALBUMINURIQUE

rosilé- ses contours sont effacés; les veines paraissent dilatées, tortueuses, les artères, au contraire, grêles et amincies.

Parfois les lésions du fond de l'œil sont bien autrement accusées • les plaques blanchâtres, en s'élargissant et en se réunissant les unes aux autres, Unissent par constituer autour de la papille une large zone sur laquelle les hémorrhagies, devenues plus abondantes, forment de larges taches rouges. Le nerf opt.quc

Pig. 29. — Rétinitc albuminuriquo (forme grave).

présente tous les caractères delà névrite, sauf le gonflement toujours moins prononcé que dans l'inflammation véritable. Au milieu de tous ces désordres, on retrouve encore, autour de la macula, la figure étoilée que nous avons décrite précédemment. Dans quelques cas, il survient aussi des complications du côté de la choroïde; on aperçoit des plaques tantôt claires, tantôt sombres, au niveau desquelles la couche des cellules pigmenlaires semble complètement désorganisée. On a cité quelques exemples de décollement rétinien.

Constamment les deux yeux sont atteints, mais presque toujours les lésions sont plus accentuées d'un côté que de l'autre. Les occasions sont malheureusement fréquentes d'examiner les Abadie. Mal. des yeux, 2e éetit. n. 10

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lésions rétiniennes, observées pendant la vie. On a reconnu que les plaques blanchâtres sont dues, soit à des loyers de dégénèrescence graisseuse avant envahi les cellules glanglionnaires, les grains de la couche granulée externe et les éléments conjonctifs de la rétine, soità 1 epaississement, et h la transformation seléreuse des fibres nerveuses. Souvent, du reste, ces deux sortes d'altérations existent simultanément. Les fibres nerveuses atteintes de sclérose prennent par places un reflet brillant, un éclat particulier, dû à l'infiltration dans leur épaisseur d'une substance opalescente, de consistance ferme, qui réfracte fortement la lumière ; dans toute l'étendue de la partie altérée, elles présentent de nombreuses varicosilés.

L'ophthalmoscope, sans nous permettre de distinguer toujours les foyers de dégénérescence graisseuse de ceux qui sont produits par la sclérose des fibres nerveuses, nous donne néanmoins quelques indications fort utiles à cet égard. Ainsi, la situation des vaisseaux relativement aux régions altérées de la rétine est déjà très importante pour faire ce diagnostic. Les plaques blanchâtres sont-elles situées en arrière des vaisseaux, il est rationnel de les attribuer à des foyers de dégénérescence graisseuse intéressant les couches profondes ; les vaisseaux se trouvent-ils, au contraire, recouverts par les parties opaques, il est probable qu'il s'agit d'une sclérose des fibres nerveuses, puisque normalement cellesci occupent le môme plan que les vaisseaux eux-mêmes. A l'image droite, avec un faible éclairage, les plaques graisseuses sont plus grisâtres et moins brillantes que les plaques scléreuses, qui réfléchissent une plus grande quantité de lumière.

Dans la région centrale de la réline, les fibres de soutien (fibres de Huiler), convergent toutes en rayonnant vers la tache jaune ; c'est à cette disposition anatomique spéciale des éléments frappés de dégénérescence graisseuse qu'est due la forme êtoilée des lésions autour de la macula.

Les troubles fonctionnels ne sont pas toujours en rapport avec les lésions révélées par l'ophthalmoscope. Quelques malades n'accusent qu'une très légère amblyopic, alors qu'il existe déjà des désordres considérables; d'autres, au contraire, avec une rétine en apparence peu altérée, voient à peine assez bien pour se conduire. La gravité de la perturbation fonctionnelle dépend surtout de la région intéressée; tant que la macula est respectée, l'acuité visuelle se maintient relativement bonne; mais dès qu'elle est envahie, la vision centrale disparaît presque subitement.

Il n'y a pas toujours une relation constante, nécessaire, entre

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la marche de l'affection principale et celle de la rétinite. Dans certains cas, les symptômes généraux s'aggravent, et néanmoins les taches disparaissent, les hémorrhagies se résorbent, et la vision se rétablit. D'autres fois, au contraire, bien que la quantité d'albumine diminue dans les urines, les altérations rétiniennes progressent et la vision s'affaiblit de plus en plus.

En général, dans les formes bénignes de l'albuminurie, quand il ne s'agit que de troubles momentanés de la sécrétion urinaire, les lésions du fond de l'oeil disparaissent complètement sans laisser de traces, et l'acuité visuelle redevient normale. Quelquefois même la vision se rétablit d'une façon très satisfaisante, bien que les altérations rétiniennes persistent encore fort longtemps. Il est très rare que ces lésions entraînent une cécité complète; de Graefe et Donders en ont cependant rapporté des exemples.

Il ne faut pas confondre les troubles visuels de l'albuminurie avec ceux qu'on observe dans l'urémie; l'abolition de la vision reconnaît pour cause, dans cette dernière affection, non plus des altérations rétiniennes, mais bien l'intoxication générale du sang et la perturbation des centres nerveux qui en est la conséquence.

La rétinite albuminurique peut se montrer dans toutes les formes d'albuminurie, qu'il s'agisse de lésions rénales chroniques (maladie deBrightavec ses diverses variétés, gros rein, petit rein) ou bien de simples troubles circulatoires d'ordre mécanique, comme dans la grossesse. L'albuminurie qui vient compliquer si souvent la scarlatine, celle qu'on observe parfois dans certaines altérations du sang, peuvent également déterminer les mêmes désordres du côté de l'œil. Mais il importe de savoir que la rétinite albuminurique n'est pas une complication constante des affections rénales. Quelquefois les urines renferment une quantité considérable d'albumine, bien que la rétine soit dans un état d'intégrité parfaite. Chez 280 malades atteints de néphrite albumineuse, Lecorché (1) n'a noté que 62 fois des manifestations oculaires. Frerichs (2) a trouvé que, sur 41 malades atteints de maladie de Bright, G seulement éprouvaient des troubles de la vue. Sur 157 cas Wagner (3) n'a pu constater que 18 fois à l'ophtlialmoscope des lésions rétiniennes.

J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs malades chez lesquels les lésions rétiniennes étaient portées au plus haut degré et qui

(1) Thèse de Paris, 1858.

(2) Die BrigKtiiche Nierenkrankheitf p. 93.

(3) Virch. Arch., t. XII, 1867.

poUrlant m' avaient pas d'albumine dans les urines. Il s'agissait de ces formes de néphrite interstitielle où L'albumine n'apparaît qu'à la dernière période, quelques jours avant la terminaison fatale de la maladie.

Traube avait mis en avant une hypothèse ingénieuse pour expliquer les altérations du fond de l'œil dans les affections rénales. Pour lui, les troubles circulatoires survenus du côté de l'organe de la sécrétion urinaire retentiraient d'abord sur le cœur, détermineraient une hypertrophie du ventricule gauche, puis, à la suite de l'impulsion exagérée imprimée alors à la colonne sanguine ascendante, il se produirait des hémorrliagies cl des lésions secondaires de la rétine. Malheureusement, l'observation clinique est en désaccord avec cette hypothèse : l'absence complète de toute affection cardiaque dans un grand nombre de cas de rélinite albuminurique rend ce mécanisme inadmissible.

A vouloir expliquer la relation qui existe entre la rétinite albuminurique et les affections rénales, il serait plus rationnel d'invoquer des altérations similaires, telles que la dégénérescence amyloide, existant à la fois dans les vaisseaux du rein et de la rétine; les altérations du sang provenant du trouble profond de la sécrétion urinaire doivent aussi jouer un grand rôle dans la désorganisation des membranes profondes de l'œil.

Il est évident que le traitement des lésions oculaires doit être subordonné à celui de l'affection principale; il variera par conséquent avec chaque forme d'albuminurie. Les meilleurs résultats sont donnés par le régime lacté, les transpirations cutanées, le jaborandi, etc.

Quant au traitement local.il a fort peu d'importance ; pourtant des applications de ventouses Heurteloup, faites avec ménagement et circonspection, peuvent favoriser la résorption des épanchernents sanguins et, hâter la rapidité de la guéri son.

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